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cession passait légalement à la dynastie
d'Ecosse.
Mais de grands obstacles s'opposaient à la prise de possession de la couronne d'Angleterre par Marie Stuart. La politique de Philippe d'Espagne, époux de Marie la Catholique, avait été contraire à une union de l'Angleterre et de la France. L'Angleterre, où prédominait le parti protestant, représentée par un parlement corrompu, redoutait un gouvernement catholique, et fournissait à Elisabeth tous les moyens nécessaires pour soutenir ses prétentions à la couronne. Marie Stuart , devenue reine de France par l'élévation de François II au trône , hésitait à ratifier un traité qui devait la faire renoncer au titre et aux armes de reine d'Angleterre, lorsque, le 5 décembre 1660, François II mourut. Marie Stuart, cessant d'être reine de France, perdit toute sa puissance, et fut obligée de retourner dans sa patrie pour y revendiquer ses droits héréditaires au trône d'Ecosse. Une série permanente diufortunes succéda au rapide bonheur dont elle avait joui en France. Sou coeur resta attaché au pays où elle avait été élevée, où elle avait passé le printemps de sa vie, eutourée de l'amour et du respect de tous. Les ministres d'Angleterre cherchèrent d'abord à retarder son retour, craignant qu'elle ne se remariât et ne fit valoir avec des chances sérieuses ses prétentions au trône d'Angleterre. Ils songèrent ensuite à la fairearrêter durant son trajet de France en Écosse. Marie Stuart passa l'hiver dans sa famille de Lorraine. Quoique déçue de ses espérances en France, elle ne put se décider à ratilier le traité dont nous avons parlé, et elle en référa à ce sujet à la volonté des états d'Ecosse, qu'elle consulterait. Elisabeth fut tellement irritée de ce refus qu'elle ne lui permit pas de traverser l'Angleterre. Marie Stuart n'en fut point
ébranlée; elle retourna, au mois d'août 1561, eu Écosse, échappa heureusement à la flotte anglaise qui la guettait dans les dunes, et fit bientôt après son entrée solennelle dans la capitale de l'Écosse, aux acclamations de son peuple, heureux de la revoir. Ce fut pour ainsi dire le dernier jour de joie qu'elle goûta sur la terre.
Sa mère (veuve de Jacques Ier en 1 542) avait eu le chagrin de voir en 1560 le protestantisme s'introduire en Ecosse, sous la forme d'un sombre puritanisme, prendre peu à peu le dessus, et faire une opposition terrible à son gouvernement. Orpheline, veuve à l'âge de dix-huit ans, reine d'un pays radicalement bouleversé, Marie Stuart dut nécessairement recourir à des appuis étrangers. La France, déchirée et dévastée par les guerres civiles et religieuses, ne pouvait lui prêter secours , et Marie se vit obligée de solliciter contre ses propres sujets l'appui d'Elisabeth.
Prompte à oublier les injures, elle voua à Elisabeth une amitié sincère, tandis que celle-ci restait en défiance à l'égard d'une princesse dans laquelle elle entrevoyait toujours une rivale dangereuse.
Elisabeth commença donc par réclamer par l'entremise de Leith la ratification du traité que Marie avait refusé de signer et continuait à repousser. Elisabeth, toujours jalouse des grâces et de la beauté de Marie, craignant peut-être l'influence que la présence de cette séduisante princesse pourrait exercer sur ses sujets, ne voulut pas consentir à une entrevue personnelle qu'on lui proposa au nom de la reine d'Ecosse.
Marie Stuart lui ayant fait connaître sou désir de se remarier, Elisabeth lui proposa de s'unir ù Dudley, que Marie repoussa pour prendre la maiu du comte Darnley, qui était Stuart et catholique. Ce mariage trancha à sa manière l'alternative qu'Elisabeth avait posée à Marie , d'épouser Lcicester ou de rester
MARIE STUART
veuve, et Elisabeth, avide de vengeance, poussa les Écossais à s'opposer à cette union, qui, disait-elle, menaçait la foi des puritains d'Écosse. Marie s'expliqua de façon à calmer ses sujets et parvint à repousser les insurgés de son royaume.
Cependant la nouvelle union de Marie ne fut pas heureuse. Darnley, prince débauché, ivrogne, entêté, passionné et implacable, ne répondait ni à la délicatesse des sentiments, ni à la culture d'esprit de la reine. 11 demanda à être couronné ; Marie refusa, et Darnley fit tomber toute sa haine sur les conseillers de la reine, et entre autres sur un malheureux chanteur italien, vieux et difforme, nommé Riccio. Riccio était arrivé à la cour d'Êcosse avec l'ambassade de Savoie, et était parvenu, grâce à ses talents, au rang de secrétaire de la reine. Possédant la confiance de Marie, à laquelle il était sincèrement dévoué, il prit son parti dans ses dissentiments domestiques, ce qui augmenta la haine que les courtisans et les prédicateurs lui portaient déjà à titre d'étranger et de catholique. Les intrigues du perfide comte Murray parvinrent à séparer Darnley de Marie, et à associer l'époux de la reine aux complots des grands exilés de la cour et aux intérêts des protestants. On avait grand soin d'entretenir la haine de ces derniers contre une reine catholique et contre son secrétaire, qu'on représentait d'autant plus facilement comme le secret agent du Pape que Marie avait pris fait et cause pour la Ligue.
La conjuration longuement tramée contre Marie finit par éclater. Riccio fut attaqué, dans l'appartement même de la reine, par les grauds d'Écosse, en présence de Darnley; on lui plongea l'épée du roi dans la gorge, on le traîna dans une salle voisine et on l'y acheva en lui donnant cinquante-six coups de poignard (9 mars). Darnley prononça de son chef la dissolution du parlement
qui venait de s'ouvrir, et il fut décidé que Marie serait retenue prisonnière jusqu'au moment où elle aurait légalement institué « l'Évangile » et fait couronner son époux. Mais Marie parvint à s'enfuir, à reprendre l'offensive, et dès le 18 mars elle rentra victorieuse dans Édimbourg, que les meurtriers de Riccio se hâtèrent d'abandonner. Élisabeth avait eu connaissance de la conjuration et l'avait appuyée, ce qui ne l'empêcha pas d'envoyer ses félicitations à Marie sur son heureux retour. Marie alors vécut séparée de Darnley, jusqu'au moment où la naissance d'un prince (qui devint Jacques I#r, roi d'Angleterre) rapprocha les deux époux. 1 .a naissance de ce prince, dont le baptême accompli suivant le rit catholique irrita les réformés, fortifia le parti de Marie Stuart en Angleterre et augmenta par là même la jalousie d'Elisabeth .
A cette époque Marie Stuart donna sa confiance au comte Jacques de Bothwell, qui, de concert avec quelques lords et Murray, revenu au parti de la reine, voulant se mettre à l'abri de l'inimitié de Darnley, poussèrent Marie à un divorce ; le refus de Marie les décida à faire périr Darnley par la violence. Bothwell résolut de l'assassiner, et ses complices promirent de le garantir contre les conséquences de son crime.
Le 17 décembre le jeune prince fut baptisé, et le 24 Morton et vingt-quatre autres bannis furent graciés à cette occasion. Darnley quitta alors la cour, soit pour témoigner son mécontentement, soit de peur d'être assassiné, et se rendit chez son père, à Glasgow; toutefois au mois de janvier 1567 il se réconcilia avec la reine. Un mois après, le 10 février, il fut atteint de la petite vérole et transporté durant sa convalescence dans une maison de campague près de Holyrood, où Marie Stuart s'établit et entoura son mari de toute es- I pèce de soin. Une nuit que la reine était
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MARIE
STUÀRT
au bal dans un château des environs, la maison de Darnley, minée et remplie de poudre, sauta en l'air et ensevelit le malheureux sous les décombres. Bothwell, accusé de ce crime, fut absous par le parlement. On a beaucoup discuté la question de la culpabilité de Marie à ce sujet ; ce qui est hors de doute , c'est qu'il n'y a pas le moindre motif de soupçonner Marie d'après sa conduite antérieure à l'événement. Elle était, il est vrai, dans une grande intimité avec Bothwell, et entretenait une correspondance active avec lui, mais cette correspondance était parfaitement innocente et ne traitait que d'affaires. La reine porta sincèrement le deuil de Darnley.
Cependant sa conduite postérieure confirma les soupçons qu'on avait conçus contre elle, et dont ni la force des circonstances ni les violences de Bothwell ne peuvent la laver complètement. Sans doute Bothwell mit à l'improviste la main sur \a reine, l'emmena à Dumbar (24 avril), et l'y retint captive pendant dix jours, jusqu'à ce qu'elle consentit à l'épouser ; mais on prétend que c'était une comédie convenue entre eux.
Rien ne le prouve.
Le mariage fut accompli le 3 mai.
Marie Stuart trouva dans Bothwell un mari dur et cruel, qui la réduisit à verser d'amères larmes. A partir de cette union le sort de la reiue ne fut plus qu'un enchaînement de malheurs qui se terminèrent sur l'échafaud.
D'un côté la politique anglaise, qui avait su profiter de tous les troubles de l'Écosse, continua à jouer un rôle aussi habile qu'immoral ; d'un autre côté les intrigues des lords écossais précipitèrent la ruine de la reine. Leur but était d'abord de renverser Bothwell , puis d'élever l'uu d'eutre eux sur le trône et d'agrandir ainsi leurs privilèges. Ils sondèrent la reine d'Angleterre pour savoir quel parti elle prendrait dans la lutte qui se préparait; Élisabeth
EKCYCL. THKOL. CATU. — T. XIV.
repoussa la pensée d'une Intervention armée en faveur des mécontents , tout en les encourageant dans leur projet.
Ce projet fut promptement mis à exécution, et le 1 1 juin 1567 la reine et Bothwell furent inopinément arrêtés par les conjurés. Marie parvint à s'échapper et à s'enfuir vers Dumbar. Quatre jours après, les armées des confédérés et de la reine se rencontrèrent. Au moment d'en venir aux mains on s'entendit, et il fut convenu que Bothwell s'éloignerait et que Marie s'unirait au parti des confédérés. Au bout de quatre jours la reine ne fut plus que la prisonnière de ses perfides alliés, qui l'enfermèrent au château de Lochlewen. Cependant Élisabeth, convaincue que ce soulèvement des lords contre Marie Stuart était la conséquence des prédications de Knox, qui lui était odieux (1), voulut intervenir en faveur de Marie. Ses efforts échouèrent devant la promptitude du parti que prirent les lords d'Écosse et la politique de ses propres ministres. Le 24 juillet Marie Stuart fut contrainte d'abdiquer en faveur de son fils, et la régence fut déférée à Murray. Telle fut l'issue de la conjuration des Saints.
La réforme avait justifié la révolution d'Écosse comme celle d'Augleterre.
Cependant il fallait couvrir ces violences d'un prétexte aux yeux du monde. On enleva à la reine sa cassette ; on prétendit y avoir trouvé des lettres qui prouvaient la part qu'elle avait prise au meurtre de Darnley. Le 4 décembre il fut arrêté que Marie serait accusée d'adultère et de meurtre, et on rendit immédiatement compte de cette grave résolution à la reine Élisabeth. Le parlement admit l'accusation, à quelques modifications près, ordonna la confiscation des biens de Bothwell, et, se contredisant en même temps, déclara que Bothwell avait employé la
(1) Fiy. Knox.
MARIE STUART
violence à Tégard de Marie Stuart et l'avait contrainte à l'épouser. Ainsi, ou les lettres de Marie Stuart étaient fausses, ou son enlèvement à Dumbar et son mariage avaient eu lieu contre son gré. Marie Stuart parvint encore une fois à s'échapper de prison, le 2 mai Iâ68, sous les habits de sa femme de chambre Kennedy ; elle arriva heureusement au château de Hamilton et rétracta de I cette résidence l'acte d'abdication qu'on lui avait violemment extorqué. A cette déclaration les royalistes se réunirent autour de la reine, et alors elle apprit pour la première fois la vérité sur le meurtre de Darnley et la culpabilité de Bothwell. Elle demanda au régent de soumettre leur différend an jugement du parlemqnt ; elle s'engagea à livrer les coupables à la justice, à la condi- j tion qu'il en serait de même à l'égard des accusateurs de la reine. Morton et Maitland furent pris d'inquiétude et déclarèrent les adhérents de la reine des traîtres. En même temps Murray, profitant d'un moment où la reine se rendait à son château de Dumbarton, attaqua les hommes de sa suite ; ceuxci se défendirent avec courage, mais ils furent bientôt obligés de fuir. La reine, entraînée, fit une course forcée de 60 milles à cheval , et trois jours après elle déclara qu'elle était résolue de chercher son refuge à la cour de sa bonne sœur la reine d'Angleterre. Ses meilleurs amis cherchèrent à la détourner de cette décision, sans pouvoir convaincre l'infortunée princesse. Il est difficile de reconnaître quelle fut durant tous ces événements la véritable politique du cabinet anglais. Extérieurement Élisabeth se montra l'amie de Marie et déclara en face des puissances étrangères qu'elle était prête à lui faire rendre la couronne. Pendant qu'elle réclamait impérieusement la liberté de Marie Stuart, ses ministres s'entendaient secrètement avec les ennemis de
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cette princesse. Lorsque Marie parvint en Angleterre, Cécil et ses complices tressaillirent de joie de tenir enfin entre leurs mains la victime qu'ils attiraient depuis des années dans leurs filets , et Cécil proposa nettement de retenir la reine Marie Stuart dans une perpétuelle captivité pour la sûreté d'Élisabeth et du protestantisme. Il fallait trouver un prétexte pour cette nouvelle perfidie.
On fit entendre à Marie Stuart qu'il serait utile qu'avant son entrevue avec la reine Elisabeth elle se disculpât des accusations dont elle était l'objet. Marie désirait se rencontrer avec Élisabeth pour lui parler à cœur ouvert ; mais Cécil fit comprendre à Élisabeth qu'en sa qualité de reine vierge elle ne pouvait entrer en relatiou directe et personnelle avec une princesse accusée d'adultère et de meurtre.
Le conseil opina, d'ailleurs, que, la couronne d'Écosse étant subordonnée à celle d'Angleterre, Marie devait avant tout établir son innocence devant des commissaires anglais. Mais Marie protesta contre tout ce qui avait l'apparence d'un procès , surtout de la part d'un parti qui avait fomenté la rébellion dans son royaume; elle réclama, en sa qualité de reine indépendante, le droit de retourner en Écosse ou la faculté de chercher un refuge en France.
On ne répondit que par un refus, parce que ce projet ne s'accordait point avec les plans du cabinet anglais.
Cependant Marie se montrait prête à établir son innocence devant Élisabeth, non comme devant son juge, mais comme devant son amie, en même temps qu'elle réclamait sa liberté. Toutes ses réclamations furent vaines ; les ministres anglais résolurent de la faire transporter de Carlisle au château de Bolton, dont il était plus difficile de s'échapper, sous l'unique prétexte qu'elle avait élevé autrefois des prétentions au trône d'Angleterre, qu'en sa
MARIE