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STUART

qualité de catholique elle servait d'appui aux Catholiques du pays et du dehors, et que son élévation au trône d'Angleterre entraînerait nécessairement la ruine du protestantisme. Enfin on trouva le biais cherché, et on intenta un procès non à Marie , mais à ses amis. Le résultat des conférences qu'on ouvrit à ce sujet devait lui être funeste. En effet Murray accusa, le 22 novembre , la reine Marie Smart de meurtre , et livra ses lettres et ses contrats de mariage. Marie prouva son innocence (janvier 1669), parla d'un ton digne et lier, et la conférence fut dissoute. Dès lors l'infortunée reine fut traînée d'une prison dans l'autre. Le comte de Norfolk et d'autres grands d'Angleterre, qui s'intéressaient à son sort, furent accusés de haute trahison et exécutés parce qu'ils s'étaient unis dans l'intention de délivrer Marie. On délibéra de nouveau sur son sort : fallait-il la retenir en prison ou la faire mourir, pour se garantir de toutes ses prétentions au trône? Cependant les souffrances de la royale captive étaient extrêmes; on renvoya ses gens, on restreignit sa table, on diminua ses promenades en plein air, on retint ses lettres, on prit toutes les mesures imaginables pour rassurer Elisabeth toujours tremblante de voir Marie s'échapper de ses mains et renverser son trône. Le sort de Marie Stuart ne s'adoucit pas même lorsque son fils, Jacquet VI (1), monta sur le trône d'Ecosse. Jacques sut défendre son indépendance, mais non sauver sa mère ; il finit par l'abandonner complètement, tout en faisant exécuter Norton comme le meurtrier de Darnley. Ce changement de circonstances en Écosse fortifia les espérances des Catholiques anglais, irrités de l'oppression dont ils étaient victimes , et des bruits de conjuration qui

(1) V oy. Jacques I*.

se répandirent de tous côtés jetèrent Elisabeth dans le trouble et l'inquiétude. Enfin une conspiration tramée par Babington contre Elisabeth, durant Tété de 1686, décida du sort de Marie. Elle fut accusée d'avoir pris part à ce complot. Ou mit le scellé sur ses papiers, et l'ordre fut donné de commencer son procès. Une cour, composée de quarante-sept membres , Pairs, conseillers de la couronne, magistrats, fut chargée de prononcer la sentence. On amena Marie à Fotheringay. Elle eut l'imprudence de consentir à prouver son innocence sans avoir d'avocat, sans connaître les lots anglaises. Elle était accusée d'avoir tramé l'invasion de l'Angleterre par l'étranger et la mort de la reine Elisabeth. Marie protesta contre la fausseté des lettres dont on appuyait l'accusation. Elle n'en fut pas moins déclarée coupable, et dès lors sa vie fut entre les mains d'Elisabeth, qui demeura longtemps indécise, cherchant à échapper à une responsabilité devant laquelle elle tremblait encore. Le 22 novembre l'arrêt de mort fut signifié à Marie, et au mois de février 1687 il fut exécuté. Les représentations des ambassadeurs espagnols, français et écossais, furent inutiles. Marie mourut dignement, comme une chrétienne éprouvée, après avoir refusé résolument le concours d'un prédicateur protestant, fortifié son âme en communiant avec une hostie consacrée par le Pape, veillé aux intérêts de tous ses domestiques et prié pour tous ses ennemis.

Cette mort expia les torts qu'on pouvait reprocher à la jeunesse de Marie.

Cf. F. de Raumer, la Reine Elisabeth et Marie Stuart, 1830; cet ouvrage attaque la mémoire de la reine ; G. de Sohùtz, Marie Stuart, Mayence, 1839; Feuilles histor. et polit., 1. 1, p. 467 sq., t. III, p. 684 sq. Parmi les apologistes anglais : Y\ hitaker, Maria queen of Scotland rindieated. 3 vol.,

ai.

MARIE-THÉRÈSE

Lond., 1787 ; Chalmer, Life of Maria, queen of Scottand ; Mignet, Hist. de Marie Stuart, 2 vol., Paris; LabanofF, Lettres de Marie Stuart.

Fbhr.

marie-thérêse, reine de Hongrie et de Bohême, archiduchesse d'Autriche, impératrice d'Allemagne, fllle aînée de Charles VI et d'Élisabeth de Brunswick, naquit le 3 mai 1717.

Elle fut élevée avec autant de simplicité que de rigueur. A l'âge de quinze ans son père la flt entrer pour la première fois au conseil dans lequel on délibérait sur la question de la guerre avec la Pologne. Elle lit dès lors pressentir la souveraine dout le caractère viril devait sauver la monarchie autrichienne. Par une destinée singulière, elle était au moment d'épouser Frédéric de Prusse, contre lequel, dès le commencement de sou règne et jusqu'à la fin de sa vie, elle fut presque constamment en guerre. Ce mariage, projeté par le prince Eugène, et que des divisions de famille de la cour de Berlin et les bruits répandus sur la jeunesse dissipée de Frédéric firent échouer, eût réuni sur le même trône deux sourerains d'une rare supériorité. Le 17 février 1736 la jeune princesse fut mariée à François-Étienne, duc de Lorraine, qui devint bientôt après grand-duc de Toscane et plus tard l'empereur François Ier.

La mort de son père, Charles VI (20 octobre 1740), appela la jeune Marie- Thérèse au gouvernement des États héréditaires d'Autriche, dont la légitime possession lui fut vivement disputée.

Charles VI avait modifié par sa pragmatique sanction la loi de succession de la maison de Habsbourg, en décrétant qu';i défaut de descendance mâle la succession passerait à sa fille aînée et à ses descendants, et il avait obtenu à cet égard non-seulement l'assentiment de ses propres États, mais la garantie de la plupart des cours d'Europe. Cependant,

espérant toujours des descendants mâles, l'empereur avait commis une faute énorme en négligeant de faire élire son gendre roi des Romains et de maintenir ainsi la couronne impériale dans la maison d'Autriche. A peine Charles VI eut-il fermé les yeux que l'ambassadeur de Bavière, le comte Pérusa, protesta au nom de son souverain, l élec-> teur Charles- Albert , déclarant qu'en 1 vertu de sa descendance d'Anne, fille aînée de Ferdinand Ier, l'électeur ne reconnaîtrait pas l'archiduchesse de Toscane comme héritière de la monarchie autrichienne avant qu'on eût examiné les droits plus directs qu'il avait à cette couronne. Il en appela aux dispositions testamentaires de Ferdinand I", qui avait arrêté que, à défaut de descendance mâle du côté de ses fils, les descendants de sa fille aînée seraient appelés à hériter de ses États.

Cependant il avait contre lui l'acte original de ce testament de Ferdinand, tel qu'il avait été rédigé à Vienne, et dans lequel cette succession héréditaire n'était désignée qu'à défaut d'héritiers naturels légitimes. L'ambassadeur, ne pouvant établir que ce document avait été faussé, chercha à démontrer que l'expression d'héritiers naturels légitimes ne pouvait s'entendre que des descendants mâles. Il quitta Vienne le 20 mars 1740, et laissa une déclaration émanée de l'électeur faisant valoir ses droits aux États héréditaires d' Autriche, qui subsistaient légalement malgré la renonciation faite en faveur de la pragmatique sanction par sa femme, fille de Joseph Iw. D'un autre côté les convoitises de la Prusse se faisaient pressentir. Dès le mois de décembre 1740 Frédéric II envahit la Silésie à la tête de 30,000 Prussiens, sous prétexte de garantir le duché de Silésie, boulevard de son royaume, contre ceux qui avaient des prétentions sur les États héréditaires de la maison d'Autriche. En même

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MARIE-THÉRÈSE

temps il promit à Marie-Thérèse sa coopération pour le maintien de la pragmatique sanction, sa voix pour l'élection de son mari à l'empire et une avance de 2 millions de thalers, si on lui assurait le duché de Silésie, auquel Marie-Thérèse renoncerait, pour le dédommager des services importants qu'il lui rendrait et des dangers qu'il allait encourir. Ce désintéressement fut apprécié à sa juste valeur par la reine ; elle rejeta nettement les propositions de Frédéric, en déclarant qu'elle n'avait pas l'intention d'inaugurer son règne en morcelant ses États ; qu'elle se voyait obligée, en honneur et conscience, de défendre la pragmatique sanction contre toutes les attaques directes et indirectes dont elle pourrait être l'objet.

Rien ne pouvait être plus favorable à la politique de la France, qui avait toujours eu pour but l'affaiblissement de la maison de Habsbourg, que la situation critique où elle se trouvait alors. L'adroit comte de Belle- Isle voulut profiter de l'occasion, et, s'étaut assuré de { assentiment du cardinal de Fleury, il vit, dans les prétentions de succession soulevées par plusieurs puissances, le moyen d'arriver au morcellement de la monarchie autrichienne. Après avoir parcouru l'Allemagne pour préparer l'exécution de ses projets, il avait arrêté le partage prochain de l'Allemagne avec l'électeur de Bavière dans une entrevue au château de Nymphenbourg, à la suite de laquelle fut contracté un traité d'alliance entre la Bavière, la France et l'Espagne (22 et 28 mai 1741). Ces deux dernières puissances promettaient à l'électeur de l'aider à obtenir la couronne impériale; l'électeur, en revanche, promettait au roi d'Espagne de lui livrer les possessions autrichiennes en Italie, et aux Français, dès qu'il serait empereur, la paisible jouissance des provinces et des villes qu'ils posséderaient sur le Rhin.

L'électeur ouvrit la guerre contre l'Autriche en s'emparant de Passau; fortifié par la position d'une armée française commandée par le comte de Belle-Isle, il entra dans la haute Autriche, prit Lintz sans coup férir, et s'attribua le titre d'archiduc d'Autriche, après avoir reçu l'hommage des états.

Auguste, roi de Saxe, s'associa aux coufédérés et envoya 20,000 hommes s'emparer de la Moravie, vers la Bohême.

George II, roi d'Angleterre, qui voulait venir au secours de Marie-Thérèse, en fut empêché par une armée française et prussienne, et fut, en qualité d'électeur de Hanovre, obligé de promettre de donner sa voix à Charles-Albert pour l'empire.

La Russie fut détournée de porter secours à l'Autriche par une déclaration de guerre que les menées françaises avaient opérée.

Cependant Frédéric II avait pris solidement pied en Silésie, conclu une alliance offensive et défensive avec l'électeur de Bavière, auquel il avait arraché la promesse de la Silésie et du comté de Glatz. Le 7 novembre 1741 il reçut à Breslau l'hommage des états de la basse Silésie.

Les Saxons, les Français et les Bavarois s'emparèrent de nuit de la ville de Prague (26 novembre 1741). L'électeur prit le titre de roi de Bohême et reçut l'hommage des quatre états du royaume. Il ne lui manquait plus que la couronne impériale (1).

Dans cette situation désespérée l'infortunée Marie-Thérèse chercha et trouva son refuge auprès des Hongrois. A peine Charles-Albert eut-il été à l'unanimité élu empereur (24 juin 1742) , et couronné avec pompe sous le nom de Charles VII (12 février), que le bonheur commença à l'abandonner et à se tourner du côté de la reine de Hongrie. Elle

(1) Voir Meozel, Nouv. Hiti. des AlUm., X, e.22.

MARIE-THERESE

était d^jà parvenue à remettre deux armées en campagne. L'une d'elles, commandée par le mari de la reiue , pénétra en Bohême, et l'autre, commandée par le général Bàrenklau, envahit la haute Autriche, occupa l'électorat de Bavière et entra, le 13 février, dans Munich, où, peu de jours auparavant, on avait célébré l'élection de l'empereur Charles VIL La division et la jalousie des alliés vinrent en aide au parti de Marie-Thérèse, qui avait si heureusement repris l'offensive. L'ambassadeur d'Angleterre Hyndfort parvint à conclure la paix entre l'Autriche et la Prusse, à Breslau (11 juin 1742). En vertu de ce traité la basse Silésie, une grande partie de la haute Silésie, outre le comté de Glatz, furent pour toujours cédés au roi de Prusse et à ses descendants ; en retour de cette cession le roi de Prusse s'obligea à retirer toutes ses troupes des Etats de la reine et à renoncer à toute alliance avec ses ennemis. Quant à l'Église catholique de Si* lésie, il Tut convenu qu'on la maintiendrait dans sa situation antérieure , en laissant toutefois aux protestants la liberté absolue de conscience et au souverain l'exercice des droits qui lui appartiennent (1). A la suite de ce traité de paix la Saxe se sépara de son côté de l'alliance des princes, et les armes de l'Autriche reprirent de plus en plus la prépondérance. Les Français furent contraints d'évacuer la Bohême et le haut Palatinat ; les Bavarois furent battus dans leur propre pays récemment conquis. L'empereur fut forcé de s'enfuir à Francfort. Ses sujets récents vinrent rendre hommage à la reine de Hongrie.

Lorsque l'armée dite de la pragmatique sanction, envoyée par George II, roi d'Angleterre, à l'aide de l'Autriche, se fut jointe aux armées de Marie-Thérèse, la reine put songer à transporter la guerre

U)^wMen»rf,l.c,p.Ar7. *

en France. Une alliance contractée le 23 septembre 1743 entre l'Angleterre, l'Autriche, les États-Unis de Hollande et le roi de Sardaigne , à laquelle adhéra bientôt la cour de Saxe, garantit de nouveau à Marie-Thérèse le maintien de la pragmatique sanction. La France déclara alors , en son propre nom , la guerre à la reiue de Hongrie et à l'Angleterre, et Louis XV se rendit luimême à l'armée qui avait envahi les Pays-Bas. Frédéric, craignant de perdre la Silésie par suite de son alliance avec r Autriche, s'entendit avec la France, et conclut une union avec elle et la Bavière, à Francfort, dans le but de reconquérir la Bohême, qu'il investit de trois côtés à la fois avec 80,000 hommes (août 1744). Mais il fut bientôt obligé de l'évacuer et perdit en même temps la Silésie , qui retomba entre les mains des Autrichiens et des Hongrois. Alors Marie-Thérèse exposa, dans une longue et vigoureuse proclamation adressée au peuple de Silésie, les prétentions illégitimes de Frédéric. Mais la rencontre meurtrière de Kessel sdorf (15 décembre 1745) et la paix de Dresde renversèrent l'espoir qu'elle avait conçu d'anéantir la puissance de la Prusse. La paix de Dresde fut continuée en 1742 à Breslau et à Berlin, et, à la suite de ces traités, Frédéric reconnut, dans un acte authentique , la diguité impériale à laquelle François- Étienne avait été élu. Charles VII, en effet, était mort subitement à Munich (20 janvier 1745).

Son fils, M a\i mi lien- Joseph, âgé de dixhuit ans , se vit hors d'état de maintenir l'alliance avec la France et la Prusse, et résolut de se récoucilier avec l'Autriche. Un traité fut conclu à Fùssen, le 22 avril 1745, entre l'Autriche et la Bavière, en vertu duquel Marie-Thérèse restitua toutes les conquêtes faites en Bavière et reconnut la dignité impériale dont l'électeur défunt avait été revêtu. Maxirailien- Joseph, en revanche, renonçait à toutes ses

M ARIE-TH ÉRÈSE

prétentions à la succession de l'Autriche, reconnaissait la pragmatique sanction, et promettait, à la prochaine élection à l'empire, sa voix au grand-duc François. Ce traité réalisa un des désirs les plus ardents de Marie-Thérèse; il prépara raccomplissemcDt d'un vœu non moins vif et non moins important qu'elle avait conçu. La paix d'Aix-la-Chapelle (18 octobre 1748) garantit derechef à l'Autriche la pragmatique sanction, et Marie-Thérèse fut remise en possession de toutes ses provinces, à l'exception de la Silesie et du comté de Glatz, ainsi que des duchés de Parme, de Plaisance et de Guastalla, auxquels elle dut renoncer en faveur de l'infant d'Espagne don Philippe (1).

Une souveraine qui, comme Marie- Thérèse, déclarait qu'elle aimait mieux vendre son dernier diamant que de renoncer à la Silésie, devait prendre les rênes du gouvernement intérieur de ses États avec autant d'énergie qu'elle en avait déployé à les défendre; et, en effet , pendant les quarante années du règne de Marie-Thérèse, la vie politique de la monarchie autrichienne prit un essor qu'elle n'avait jamais connu sous aucun de ses prédécesseurs. Au moment où Marie-Thérèse monta sur le trône elle avait nommé son époux, l'empereur, corégent de ses États héréditaires ; mais il ne se considéra jamais que comme un simple particulier en face d'elle , et il se contenta d'assister au conseil privé. Un des premiers soins de l'impératrice fut de relever les finances, que la guerre avait épuisées, et qui s'améliorèrent bientôt , malgré la perte de la Silésie et de Parme.

L'armée reçut une organisation nouvelle sous la direction du maréchal Daun, et c'était un besoin urgent en face des progrès que Frédéric II avait imprimés à tout ce qui concernait la

(t) Menzel.l.c, t. X, p. M5.

guerre. Après la victoire de Collin l'impératrice créa l'ordre de Marie- Thérèse, destiné à récompenser le mérite militaire ; elle réforma l'administration de la justice, abolit la question, protégea l'industrie et le commerce.

Les écoles et les établissements d'instruction publique ne furent pas négligés; elle fonda l'Académie noble de Kremsmunster, le Theresianum, l'observatoire et l'Académie des langues orientales. Cependant l'esprit de réforme qui animait l'impératrice prit une direction dangereuse lorsque le parti de la cour, qui était depuis longtemps hostile à l'Église, put appliquer les réformes générales au domaine spirituel.

On peut voir dans l'article Joseph II (1) comment Marie Thérèse fut à la fois la mère de Joseph II et du joséphisme.

Les Joséphistes, à la tête desquels marchaient le ministre de Marie-Thérèse, le comte de Kaunitz, sou médecin ordinaire, Van Swieten, et le graud-maître de la loge maçonnique, Sonnenfels (2), prirent d'autant plus facilement de l'influence sur Marie-Thérèse qu'ils firent une sorte de nécessité politique de leur tendance irreligieuse , et qu'ils trouvèrent un adepte docile et ardent dans le fils de Marie-Thérèse, qui, à la mortde son père (18 août 1765), avait été élu roi des Romains et associé par sa mère aux affaires de l'empire. Ce fut probablement par une concession faite à la politique de la France que, sous l'inspiration du parti joséphiste, l'impératrice retira aux Jésuites la faveur et l'autorité dont ils avaient joui jusqu'alors. Après la paix d'Aix-la-Chapelle la politique de l'Autriche subit un changement notable. Se méfiant du cabinet anglais , Marie-Thérèse voulut entrer à tout prix en uuion avec la Franee ; elle consentit, dans ce but, à

(t) T. XII, p. 355.

(2) Foy. Fbancs-Maçons.

correspondre avec madame de Pompadour, qu'elle nomma Madame ma chère sœur et cousine, alors que, naturellement, elle avait toujours répugné à entrer en correspondance avec les personnes qui n'étaient pas à son niveau moral et intellectuel, telles qu'ÉIisabeth et Catherine de Russie (1). L'alliance austro-française fut conclue le 6 mai 1756, et elle eut pour conséquence immédiate la guerre de Sept-Ans. Cette déférence pour la cour de France décida l'impératrice à laisser dans l'embarras le Pape Clément XIII (2). qui l'avait honorée, elle et ses successeurs, du titre de roi apostolique. Le parti joséphiste eut plus de peine à décider Marie Thérèse à faire exécuter la bulle qui abolissait l'ordre des Jésuites (3), et à abandonner ces religieux au mauvais vouloir des cours bourboniennes. Déjà en 1770 Joseph avait fait entendre au duc de Choiseul qu'il lui serait difficile de gagner sa mère aux idées du premier ministre, mais il le consolait en lui montrant l'influence de Kaunitz, qui avait résolu l'abolition de la Société de Jésus et n'avait pas l'habitude de laisser les choses faites à demi (4). L'impératrice déclara nettement, en voyant les attaques incessantes dont les Jésuites étaient l'objet , « qu'elle ne comprenait pas comment un ordre

MARIE-THÉRÈSE

inventé par Gorani (1), Marie-Thérèse aurait remis par écrit sa confession générale au P. Kaupeuhutter, qui l'aurait envoyée à ses confrères à Rome. Le roi d'Espagne serait parvenu à s'en procurer une copie et l'aurait renvoyée à l'impératrice, pour l'éclairer sur la faveur qu'elle accordait aux Jésuites , et Marie-Thérèse, convaincue par cette preuve irrécusable, aurait accepté les projets des cours bourboniennes relatifs à l'abolition de Tordre. La fausseté de cette anecdote est d'autant plus évidente que le confesseur de l'impératrice ne s'appelait pas Kaupenhutter, mais Parhammer. Puis on sait généralement que jamais, dans l'Église, aucun pénitent n'a pu remettre sa confession par écrit, à moins d'être muet, ce qui n'était pas le cas chez Marie-Thérèse. La demande d'un pareil écrit aurait suffi pour exciter l'attention de l'impératrice, qui n'aurait pas eu besoin d'attendre que sa confession fût publiée pour se défier de son aumônier. Ce mensonge colossal se réduisait, d'après le Catéchisme dit des Jésuites , publié en 1820 à Leipzig, et qui est un des écrits les plus hostiles à cet ordre, à ce qui suit : lors du premier partage de la Pologne, en 1772, l'impératrice avait, dit-on, en dehors de la confession, demandé au P. Parhammer, à quel degré l'acte qu'on

qui comptait dans son sein tant de pieux iu|- proposait était juste. Le Père jé-

I r • .! . & J Min«!»»»i»t««. . . m. m m m f .

ecclésiastiques , tant de missionnaires dispersés sous toutes les latitudes, tant de savants dans toutes les branches des connaissances humaines, pouvait être si corrompu et si dangereux. »

Elle répondit dans le même sens à l'ambassadeur de France , le cardinal

suite, indécis dans son jugement sur cette grande affaire, aurait demandé conseil aux supérieurs de son ordre à Rome. L'ambassadeur d'Autriche à la cour de Rome, M. de Wilseck, put se procurer une copie de la lettre du Père jésuite, et s'en servit pour irriter l'un-

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de Rohan. Suivant un mensonge hardi, pératrice contre l'ordre entier (2).

(1) Voir Anémones du journal d'un vieux pèlerin, Iéna. 1841, t. II, p. 231, et L III, p. 22.

(2) Foy. Clément XIII.

(S) Foy. JÉMJITES.

(«) Yoir Anémones, t. IV, p. iftS.

(1) Mémoires secret» et critiq. des Gouvernements, Pari», 1*793, LU, p. 59.

(2) Grégoire, Hist. des Confesseurs , Leipzig» 1825, I, p. 168. Nouvelle Sion, 1846, cah. I, p. 10.

MARIE-THÉRfcSE

Suivant ce récit il put, par conséquent, y avoir eu violation d'un secret, mais non du secret de la confession. Le f ieux Pèlerin a donné une version nouvelle de l'anecdote de Goraui, dans ses Anémone* (1). Il raconte qu'un jeune Jésuite du nom de Joseph Monsperger, ayant désiré quitter l'ordre, n'en put, sous aucun prétexte, obtenir la permission de ses supérieurs. Ce jeune religieux travaillait à la chancellerie secrète de la cour en qualité de secrétaire du provincial des Jésuites. Un heureux hasard lui lit trouver dans une armoire, invisible au dehors et trèsartistement ménagée dans le mur, une foule de papiers secrets, de correspondances des plus importantes, depuis longtemps oubliés, et entre autres plusieurs confessions générales de têtes couronnées, de princesses, de ministres et de grands seigneurs des dernières années de Charles VI et des vingt premières années de Marie-Thérèse, la plupart originales, d'autres en copies d'originaux envoyés à Home. Monsperger fit connaître cette singulière trouvaille par un ami au comte de Kaunitz, qui parcourut curieusement ces arcanes, mais garda le silence pendant plusieurs années , parce que bien des choses n'étaient pas assez mûres encore pour être publiées. Monsperger, ayant menacé de rendre sa découverte publique, obtint de Clément XIII la permission de sortir de l'ordre des Jésuites.

Abstraction faite des invraisemblances que présente cette anecdote du Fieux Pèlerin, comme celle de Gorani, les paroles mêmes du récit en prouvent la fausseté. Immédiatement avant ce récit l'auteur dit que Joseph 1er et Charles VI avaient exclu les Jésuites de la connaissance des secrets de l'État, et cependant , d'après ce qu'il raconte ,

Monsperger aurait trouvé des confessions générales de Charles VI, écrites de sa main. Ensuite il prétend que Marie- Thérèse ne répondit jamais qu'en pleurant aux représentations de Kaunilz la pressant de s'associer aux cours bourboniennes dans leurs efforts pour abolir et disperser les Jésuites ; et cependant, d'après le récit rapporté plus haut , Kauuitz était depuis longtemps en possession des prétendus documents, et les aurait passés sous silence alors qu'il n'y avait plus aucun motif de les cacher à l'impératrice. « Enfin, irritée de ce que Kaunitz lui remit une confession générale écrite de sa main , qu'elle avait autrefois faite à un Jésuite et qu'on lui avait adressée de Rome, l'impératrice signa ; » et cependant il en coûta beaucoup encore (I) pour la faire renoncer au Jésuite son confesseur, et pour le remplacer auprès d'elle par le prévôt du chapitre de la collégiale de Sainte- Dorothée, Ignace Millier, qui l'assista à ses derniers moments. Il faudrait donc plus que la foi qui transporte les montagnes si on ne voulait pas douter (2) que le consentement de l'impératrice à l'abolition des Jésuites fut la conséquence de la violation du secret de sa confession. L'abbé Grégoire donne un motif assez vraisemblable pour lequel elle céda aux instances dont elle fut entourée , et qui fait suffisamment honneur à la perfidie de Kaunitz ; il raconte, dans ses Mémoires (3) , que Clément XIII fit sentir à la pieuse Marie-Thérèse que son opposition opiniâtre était une résistance à l'autorité de l'Église , si on ne préfère admettre que ce qui exerça le plus d'influence sur elle ce furent les représentations de son chancelier, lui persuadant que le bon-

(1) Anémones, t. IV, p. Ito.

2) Mfnzrl, 1 C, t. XII. p. 87.

(S) Mémoires -our servir ù l'histoire, Parla, 1817, p. 158.

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heur de sa fille, mariée au Dauphin de France, dépendait de sa condescendance (1).

Une affaire qui ne donna pas moins de souci, d'inquiétudes et de remords à l'impératrice que l'abolition des Jésuites, ce fut le partage de la Pologne , exécuté en 1772 et depuis longtemps projeté entre la Prusse et la Russie.

Elle vit avec un profond chagrin les Catholiques opprimés par les violences de Catherine de Russie et le projet qu'avait cette souveraine de s'emparer de la Pologne. Elle soutint en conséquence les confédérés et déclara qu'elle ne consentirait jamais à un morcellement de la république, de quelque nature qu'il fut. Ce ne fut que lorsque Kaunitz lui représenta que son accession au projet de partage était une mesure politique inévitable que le désir de jouir des fruits de l'injustice triompha de sa conscience et qu'elle signa l'acte que lui présentait Kaunitz, en ajoutant : « P lacet , puisque tant de grands et savants personnages sont de cet avis; mais je serai morte depuis longtemps quand on s'apercevra des conséquences de cette violation de tout ce qui, jusqu'à présent , a été regardé comme juste et sacré. » Les troubles de la conscience de l'impératrice se révélèrent plus ouvertement encore dans un billet de sa main qu'elle adressa à Kaunitz (2).

Un événement important devait clore la vie longue et agitée de l'impératrice : ce fut la guerre de succession de la Bavière (3). Cette guerre lui était devenue d'autant plus à charge que le droit était douteux et le succès incertain et vivement disputé; aussi, au scandale de son ministre de Kaunitz et de son fils Joseph, chercha-t-elle à la terminer

(1) Menzel, I, c.

|2) Voir Menzel, I. c., t. XII, p. il. Anémones, IV, p. ft6.

(5) Fo\j. Joseph II.

promptement, et elle y parvint heureusement par le traité de paix de Teschen (13 mars 1779).

L'année suivante, le 18 octobre, elle eut un pressentiment de sa mort prochaine. D'une beauté remarquable dans sa jeunesse, elle avait extrêmement changé dans un âge avancé, à la suite d'une atteinte de la petite vérole et d'une chute grave, et son immense corpulence rendait sa démarche trèspénible.

Un jour qu'elle visitait le tombeau de son mari , un des pieds du fauteuil sur lequel on la faisait descendre dans le caveau se cassa, et, voyant dans ce fait insignifiant un avertissement d'en haut , elle s'écria : - Il veut me garder; j'arriverai bientôt. » Eu effet, atteinte d'un catarrhe, elle mourut au bout de quelques jours (29 novembre 1780), après avoir conjuré son fils de ne jamais abandonner la religion de ses pères.

L'éloge de l'auteur des Anémones, qui dit « qu'il n'y a guère eu de femme plus grande sur le trône, plus pure dans sa vie privée, que cette princesse, » ne nous paraît pas exagéré. II est, dans tous les cas, justifié si on compare Marie-Thérèse aux princesses qui régnèrent de son temps, Élisabeth d'Angleterre et Catherine de Russie. Elle fut le modèle des épouses chastes et fidèles à l'égard d'un mari qui ne suivait guère son exemple. La mort subite de cet époux, qui fut enlevé à Innsbruck pendant qu'on y célébrait le mariage de l'archiduc Léopold avec l'infante d'Espagne Marie-Louise , la jeta dans une profonde douleur, et elle ne quitta plus le deuil tant qu'elle vécut. Elle fit de ses propres mains le linceul qui devait envelopper l'empereur et conçut le projet de terminer sa vie dans un couvent. Le 18 de chaque mois elle se retirait dans le silence de ses appartements et passait des heures entières

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près du sépulcre de François, au couvent des Capucins. Les commissions dites de chasteté, qu'elle institua, sans atteindre leur but, prouvèrent combien elle tenait à voir observer par les autres les vertus quelle pratiquait fidèlement elle-même. Elle se préoccupait spécialement des veuves et des orphelines, et la bienfaisance était devenue une véritable passion chez elle. « Il faudra qu'on me tue si Ton veut m'empêcher de faire du bien », dit-elle un jour à Joseph. Elle fut mère aussi tendre qu'épouse Adèle. Des six fils et des six filles qu elle avait eus, les suivants lui survécurent :

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