L'infortunée Marie- Antoinette, reine de France
Au moment même où l'on accusait Marie-Thérèse d'un prétendu fanatisme religieux, on forgeait autour d'elle les chaînes dont on chargea l'Église d'Autriche et qui pesèrent sur elle jusque dans les temps modernes. Cette contradiction s'explique quand on considère que la politique machiavélique de cette époque tendait surtout à anéantir l'indépendance de l'Église, et que Marie- Thérèse, dans la confiance aveugle qu'elle avait en ses ministres et ses conseillers, tous imbus de l'esprit du siècle, ignorait les conséquences de l'attitude qu'elle prenait à l'égard de l'Église et n'avait pas conscience de la contradiction qu'il y avait entre sa foi religieuse et ses empiétements sur le domaine ecclésiastique. Malgré cela Marie-Thérèse était pieuse et dévouée à la foi catholique. On lui attribue un li-
(1) Poir McomI, l c, c. 12, p. 105.
MARIN (saint) — MARINE
vre de prières. Elle assistait tous les jours à la messe. Sa piété ne la garantit pas toujours des mouvements d'une vivacité passionnée, et ne l'empêcha pas de violer sa conscience lorsque les nécessités politiques semblaient lui en faire une loi. Frédéric le Grand (1) lui rendit ce témoignage, non suspect dans sa bouche : « Elle a honoré le trône et son sexe. Je lui ai fait la guerre, mais je n'ai jamais été son ennemi. »
Khuen.
marin (saint), martyr. La persécution des Chrétiens ordonnée par Valérien avait diminué sous son fils Gailien (260-268) ; mais, quoique les temps parussent adoucis pour les disciples du Christ, Marin mourut encore pour sa foi à Césarée. Peut-être l'ordre donné par Gallien de ménager les Chrétiens n'était-il pas encore généralement connu , ou peut-être arriva-t-il, comme sous Trajan, qu'en vertu de cet édit les Chrétiens ne durent pas être recherchés, mais qu'une fois découverts ils durent être punis (2). Marin, d'une famille distinguée, servait dans l'armée et avait des droits au grade de centurion; mais, au moment d'être nommé, un rival lui reprocha d'être Chrétien et prétendit qu'à ce titre il n'avait pas droit au rang qu'il ambitionnait lui-même. Le juge Achacus fit comparaître Marin devant son tribunal et apprit de lui qu'en effet il était Chrétien. Achacus lui donna trois heures de réflexion. Théocténus, évêque de Césarée, mena Marin dans l'église et l'exhorta à confesser virilement sa foi. Marin, rappelé devant le tribunal, proclamant sa foi avec plus d'enthousiasme qu'auparavant, fut immédiatement martyrisé. « Un sénateur romain, nommé Astéritis (Astyrius), connu par ses richesses et sa haute naissance et très en faveur auprès de l'em-
(t) Œuvres de Frédéric, t. XI. p. 292. (2) Cf. Baronius, ad ano. 202, * 18.
pereur, fut témoin de l'exécution de Marin , prit le cadavre sur ses épaules et l'emporta, quoiqu'il fût revêtu d'une toge blanche fort précieuse. Il enveloppa le corps du martyr dans des linges de prix et l'ensevelit avec honneur. » Les amis de ce sénateur racontaient de nombreux exemples de la vertu d'Astérius, et Eusèbe relate un des miracles qu'il opéra (1). L'Église célèbre la mémoire de S. Marin le 3 mars.
Gams.
marin I et II, Papes. Le premier fut Pape de 882 à 884, le second de 943 à 946; mais, après le treizième siècle, dit Papebroch (I), ils furent désignés sous les noms de Martin II et III.
Voyez par conséquent ces articles.
marine d'Escobar. Parmi lésâmes nombreuses que Louis de Ponte dirigea dans les voies de la perfection, la plus étonnante et la plus célèbre fut Marine d'Escobar. Née en 1554 à Valladolid, fille du savant jurisconsulte Jacques d'Escobar, elle appartient à la pléiade des âmes saintes qui, au seizième et au dix-septième siècle , firent la gloire de l'Église d'Espagne, S. Jean de la Croix, Ste Thérèse, S. Pierre d'Alcantara , S.
Jean d'Avila, etc.
Marine reçut de si grandes grâces que Louis de Ponte, qui la dirigea pendant trente ans, la place sans hésiter à côté de Ste Thérèse et de Ste Catherine de Sienne. Elle n'avait que trois ans lorsque l'amour divin s'empara tellement de son âme qu'elle ne cherchait en tout que Dieu seul. A l'âge de dix ans l'esprit du monde l'envahit à son tour et l'entraîna ; mais quatre ans plus tard elle fut ramenée dans sa véritable voie. Cependant elle abandonna encore une fois la prière et la vie intérieure, comme trop dangereuse, et ce ne fut qu'à l'âge de trente-trois ans qu elle fut définitivement convertie et
(1) Cf. Eusèix», HUt. ecclés., 1. Vit, c 15, 10, 17. Jeta Satict., ap. Bolland., U I MarU
commença sérieusement à vivre en Jésus-Christ. Lorsque l'amour divin se fut complètement rendu maître de sa généreuse nature, Dieu lui ordonna d'agir sur d'autres âmes pour les ramener à lui (1599). Tantôt elle parlait en termes ardents aux religieux pour leur apprendre comment ils devaient parve.
nir à l'union divine ; tantôt elle exhortait en pleine rue les jeunes garçons à aimer Dieu, parlant à ceux qu'elle connaissait, comme aux inconnus, de la nécessité de la prière. Ainsi la dévotion de Marine n'était pas oisive et stérile. Ses paroles avaient une vertu singulière et une grâce toute victorieuse. Elle se prononça énergiquement en faveur d'une réforme de Tordre de Sainte-Brigitte (l), et le Pape Urbain VIII confirma cette réforme. Une profonde humilité, une douceur angélique, une héroïque patience furent les vertus qu'elle pratiqua spécialement durant cinquante ans de souffrances permanentes. Mais de son humble cellule partaient des lettres et des écrits qui portaient au loin son influence et son autorité, en même temps qu'elle dirigeait avec amour et sagesse une foule d'élèves réunies autour d'elle. Malgré sa pauvreté elle prenait soiudes pauvres qui réclamaientson assistance. Elle mourut à près de quatre-vingts ans, le 9juillet 1633 . durant une extase qui lui avait causé d'intolérables souffrances.
Le peuple tout entier assista à ses funérailles. Les visions habituelles de la pieuse extatique étaient extrêmement gracieuses. Tantôt la sainte se présentait à Dieu comme un pèlerin délaissé réclamant une aumône, et choisissant, parmi les perles et les pierres précieuses qu'on lui présentait, non le don de sagesse, le don des miracle» ou celui des langues, mais le don de conformer sa volonté à la volonté divine ; tantôt une abondante pluie de grâces se
(1) Foy. Baicirrt (ordre de Sainte-).
déversait sur elle, tandis que les anges chantaient les louanges du Seigneur.
D'autres fois elle se voyait richement parée, la téte ornée d'une couronne d'or ; ou bien Dieu lui apparaissait comme un soleil aux rayons duquel se fondait son âme transfigurée ; ou encore elle se tenait devant Dieu, couverte d'un vêtement blanc et éclatant comme la lumière du jour ; ou bien enfin le Christ lui apparaissait comme une étoile lumineuse, enveloppé de l'auréole de ses mérites infinis , déversant sur la terre le fleuve intarissable de son sang divin et en abreuvant le sol de la céleste Jérusalem. Elle racontait toutes ces visions avec la même naïveté que Ste Angèle de Foligno, qui rapportait si simplement les paroles que Dieu adressait à son âme. Ces visions n'étaient pas des images fantastiques et stériles; c'étaient de victorieux stimulants qui poussaient son âme vers une perfection toujours croissante.
Elle ne s'y arrêtait pas et ne s'y complaisait point; elle en avait plutôt la crainte et l'aversion , car, n'aspirant qu'à de solides vertus, elle ne voulait et ne voyait en tout que le Sauveur. Aussi un jour Dieu lui montra son cœur, brillant comme un précieux rubis, au milieu duquel étaient écrits en lettres d'or ces mots : « Ici demeure Jésus. »
Telle fut la vie de Marine d'Escobar.
Le célèbre poète Jean-Angélus Silésius, dans la préface de son Voyageur angélique, dit d'elle : On trouve dans la vie de Marine d'Escobar ce que les maîtres mystiques les plus célèbres disent de la secrète sagesse du Ciel. Elle fit en elle-même l'expérience de ce qu'avaient jamais éprouvé les âmes les plus habituées aux voies merveilleuses de Dieu.
Louis de Ponte écrivit la vie de Marine d'après les Mémoires qu'elle avait laissés ; son confrère Ramirez acheva l'ouvrage. François Cachupiu, provincial des Jésuites, publia, après la mort de Marine, en 1664, la partie de cette
MARIS
biographie qu'avait rédigée Louis de Ponte.
ZlRGERLB.
maris est un nom qui so présente souvent en Orient, surtout en Syrie et en Perse. Quatre personnages portant ce nom dans l'histoire méritent d'être cités ici d'une manière spéciale.
Le premier est le Maris qui , suivant la légende, était un des 72 disciples du Seigneur, élève particulier de S. Thaddée et coopérateur de l'apôtre S. Thomas, fondateur et premier évêque de l'Église principale de Sélcucie- Ctésiphon (Modin, plus tard transférée à Bagdad). Cette légende ne s'appuie sur aucune donnée historique solide, quoiqu'on l'ait mêlée à la légende du roi A b gare et qu'elle ait valu à Maris une haute vénération dans les provinces les plus reculées de l'Orient. Les Chrétiens de Chaldée l'honorent comme l'Apôtre de la Mésopotamie, parmi leurs saints les plus remarquables, et lui attribuent même en partie la rédaction de leur liturgie (2).
Le second Maris, plus connu en Occident que le premier, doit sa renommée uniquement à cette circonstance que ce fut à lui que fut adressée une lettre qui , au cinquièmeet au sixième siècle, donna lieu à de vives controverses. Qui ne connaît la fameuse lettre du prêtre Ibas, plus tard évêque d'Édesse, à Maris le Persan (3) ? On trouve cette lettre (mais non entière) en grec dans les actes du concile universel de Chalcédoine (451), 10« session (4); on en trouve une vieille traduction latine dans la 6e session du cinquième concile uni-
(1) In Paralip. ad Conat. Chron. hist. Pontif. Bollanrt., Ptvpyl. ad Majum, p. 106.
12) Voir Assémani, Bitliolheca Orienlalis, Rom», 1719-1-328, t. II, p. 394 595 ; t III, p. I, p. 299, 302, 611 ; t. III, p. II, p. ft-5, 17-24.
(S) V oy. Ibas et Chapitres (controverse des Trois).
.Jk) Manant. VII, col. 241-3W.
verset de Constantinople (553) (1), et une traduction latine, presque contemporaine de cette première, dans l'apologie connue des Trois Chapitres de Facundus, d'Hermiane (2). On voit dans cette lettre que Maris avait passé d'abord quelque temps à fcdesse (probablement dans l'école destinée aux Persans), qu'il étudia assidûment l'Écriture, et qu'Ibas lui adressa cette lettre pour qu'il en répandft la teneur en Perse. On ne sait si ce fut l'unique motif ou s'il en exista un autre pour lequel l'empereur Justinien nomma Maris un hérétique (3).
Il est probable qu'il eut d'autres motifs pour cela, d'après ce que Siméon de Bétharsam raconte de Barsumas de Nisibisetde l'introduction du n est onanisme en Perse (4). « Un certain Maris d'Hardaschir, dit-il, reçut d'Ibas l'erreur nestorienne, et c'est ainsi que le nestorianisme commença à se répandre en Perse par la lettre d'Ibas et les écrits de ses maîtres (Théodore de Mopsueste et Diodore de Tarse), dont la traduction en persan a été sans raison suffisante attribuée par quelques modernes à Maris (5). » On le nomme aussi évêque d'Hardaschir, sans en avoir de preuve certaine.
Ébedjésu , dans son Catalogue des Écrivains syriens (6)\ dit que Maris le Persan (il le nomme ainsi sans faire mention de la dignité d'évèque) laissa trois ouvrages : un Commentaire sur Daniel, une Explication des lettres oVAcace (de Césarée ? ou deBéroé ? ou de Mélitène ?), et un écrit contre les Ma-
(1) Mansi, t. IX, col. 29S-S00.
(2) L. VI, o. 5. Sirmondi Opéra varia, Ve- Detii», 1728, t. II, p. Ù18-M0.
(3) Justiniani Imper, edictum, seu Con/essio recta fldei adv. Tria Capitula, dans Mansi, t. IX, col. 56a.
(«■) Assemani, Biblioth. Orient., 1. 1, p. 550.
(5) Tel Garnier, dans son édition du Breviar rium Liberati diaconi, Paris, 1675, p. 52.
(6) Catalogus librorum Syrorum, C 98, Assemani, BibU Orient,, t. UI, p. 171-172.
MARIS — MABIUS MERCATOU
ges de Nisibis. Tillemont (1) pense que c'est plus tard que, pour faire remonter l'origine de la doctrine nestorienne aux temps apostoliques, on éleva ce Maris au rang de disciple et de coopérateur des Apôtres, en embellissant la légende, dont les dates ne sont pas fort certaines. Cette opinion n'est pas invraisemblable.
Un troisième Maris, surnommé Bar- Tobi, vécut dans la seconde moitié du dixième siècle. Il naquit à Mosul et devint en 987 patriarche des Nestoriens de Perse. Ce Maris est remarquable parce qu'il fut le premier qui se fit donner le diplôme de patriarche par les califes, et qu'il consacra ensuite un grand nombre d'évêques uestoriens. Il mourut en 999 (2).
Le quatrième Maris (du douzième siècle) porte le surnom de Fils de Salomon, et sa mémoire a été conservée parce qu'il écrivit en arabe une histoire des patriarches nestoriens, dont Assémani donne un court résumé (S).
Enfin on peut mentionner encore un cinquième Maris, à propos d'un fait que le savant évêque Théodoret, du cinquième siècle , en raconte dans son Histoire des Moines (4). Ce solitaire, dit-il, remarquable par sa charité et sa douceur, sa chasteté et sa sévère abnégation , aspirait depuis longtemps , dans sa retraite qu'il ne quittait jamais, au bonheur de voir célébrer le trèssaint et très-mystérieux Sacrifice (poonxrv ftuaîav rpc«çi;HatvT.*), et pria Théodoret d'ofrrhr le saint Sacrifice dans sa
Solitude, Tr.v raï Ouou Awpcu irpcfixoixi^v.
Théodoret répondit avec plaisir à ce vœu et fit apporter les vases sacrés (ri îe?à cxtûm). Les mains des diacres, dit Théodoret, me servirent d'autel, et c'est
(1) Mém.,L XIV. S. Cyrille d'Alexandrie, art. CXV11I, édit. de Yen., p. &6û.
(2) Aasém.mi, Bibl. Orient., t. II, p. M3.
(5) Id , iflid., t. III, p.5H-5tf et Wl-WÛ.
(6) Religiota hùtoriu, c 20.
ainsi que j'offris dans la solitude de Maris le mystérieux, divin et salutaire Sacrifice , rh jiuxmxT!* xxt toi*» xaù ow-niptoV fcxriflw irpawe-pwt. Le pieux solitaire en recueillit une plénitude de joiesspirituelles comme s'il avait vu le ciel même s'ouvrir devant lui , et il déclara que de sa vie il n'avait ressenti un pareil bonheur. Tel est le récit du célèbre historien Théodoret, qui, grâce à son immeuse érudition, à sa connaissance exacte de l'antiquité chrétienne, devait savoir d'une manière certaine si l'Église avait reçu du Christ et des Apôtres un sa cri lire extérieurement visible, que les prêtres seuls pouvaient offrir. Ce récit de Théodoret, à propos de Maris, exprime sa conviction d'une manière si nette et si claire qu'il ne peut rester de doute à cet égard.
J. Fessler.
M A R1CS ATENTICC8, évêque d\*renticum, au sixième siècle {.4rentU cvm est aujourd'hui Avenches ou Wifflisbourg, dans le canton de Vaud), est l'auteur d'une chronique qui se rattache, comme continuation, à la chronique de Prosper, et s'étend jusqu'en 58 1. Marius assista en 585 au synode de Mâcon. Il mourut âgé de soixantequatre ans, après avoir dignement rempli sa charge épiscopale pendant vingt ans.
Sa chronique renferme des détails importants sur l'histoire de la Bourgogne et de la Suisse. Elle est imprimée dans D. Bouquet, Script, rer. Gall., t. H.
m \ Kirs m krcator , historien du cinquième siècle , qui fut en relations fréquentes avec S. Augustin, mais dont on ignore d'ailleurs la patrie et la vie, écrivit avec beaucoup d'ardeur contre les Pélagiens et les Nestoriens, et rendit service par son histoire de ces hérétiques. Son ouvrage fut publié par le P. Jean Garnier, S. J., Paris, 1673, et mieux encore par Etienne Baluze Paris, 1684.
MAROMTES
maronites. Nom d'une peuplade de Chrétiens d'Orient qui, au nombre de cent cinquante mille environ, demeurent en majorité dans les montagues de Kesruan, appartenant au Liban de Syrie, et y occupent une surface de cinquante-six milles carrés. Ou n'a pas de données certaines sur l'étymologie de leur nom, sur la date de leur origine comme secte hérétique et sur leurs rapports avec le monothélisme.
En nous adressant aux sources les plus sûres et les plus anciennes nous pouvons en tirer les données suivantes.
D'après Simon Assémani, Maronite d'une des premières familles du pays(l), il y avait dès le sixième siècle un couvent de Saint-Maron, situé entre Apamée et Émèse, au bord du fleuve Oronte, en Syrie, dont les moines s'appelèrent Maronites, du nom de leur fondateur. Ce fondateur fut probablement le Maron du commencement du cinquième siècle dont Théodoret parle dans son histoire (2). Nous ne retrouvons un personnage de ce nom qu'au septième siècle. Ce Maron se fit des partisans qui embrassèrent ses opinions hérétiques et prirent son nom. Eutychius, patriarche d'Alexandrie au dixième siècle, raconte : « Au temps de l'empereur Maurice, à la fin du sixième et au commencement du septième siècle, vivait un moine nommé Marum, qui enseignait qu'il y avait deux natures, une volonté et un acte dans le Christ. La majeure partie de ses adhérents, appelés Maronites d'après son nom , se composait des habitants des villes de Hamah, Kennesrim et Awasem. Après la mort de leur chel les habitants de Hamah nommèrent le couvent qui avait été bâti dans leur ville Dair Marum (couvent de Marum), et professèrent publiquement sa doctrine. »
ftj Bibl. Orient., t I, p. ft«7.
[2) T. m, c. 16, p. 1222 , d'après l'édit de Schultz.
Un supplément au livre deTimothée, De Us qui accedunt ad Kcclesiam , qui se trouve dans VHistor. Monothe- Utarum, de Combéfis (I), parle de cette hérésie. D'après ce supplément, les Maronites, qui rejettent les quatrième, cinquième et sixième conciles universels, ajoutent au Trisagion : « Toi qui as été crucifié pour nous, » et ils enseignent qu'il n'y a qu'une volonté et un acte dans le Christ. Comme ce supplément manque dans le manuscrit de Timothée même et ne vint probablement au jour qu'au huitième siècle, il perdrait de son importance s'il n'était appuyé par des documents contemporains qui ont le même sens.
En effet S. Jean Damascène, qui pouvait, en sa qualité de Syrien, connaître les Maronites, les appelie des hérétiques avec lesquels il n'a aucun rapport, et il parle de l'addition au Trisagion que nous avons rappelée (2).
D'autres renseignements donnés par Guillaume, archevêque de Tyr, nous fout faire un nouveau pas dans l'histoire des Maronites, car il parle nonseulement de leur nom, de leur origine, mais encore de leurs tentatives de réconciliation et d'union avec le Saint- Siège. Il dit, à la date de l'année 1182 (3) : « Comme après la guerre de Saladin on jouissait de la paix, il s'opéra un grand changement dans une nation syrienne qui habite, au pied du Liban, la ville de Ryblos, en Phénicie. Après avoir professé pendant cinq cents ans l'erreur d'un hérésiarque nommé Maron, dont elle avait reçu son nom de Maronites , avoir été séparée de l'Église orthodoxe et avoir eu son culte particulier, cédant à une inspira-
(2) lÀMlum de vera Sententia, d'après l'édit. de Le Quien, 1. 1, c. 8, p. 595, et Ep. de Hymno trùagio, c. 5, p. &85, du môme ouvrage.
(S) De Bello sacro, I. XXII, c. 8, in Bongars. Gettis Dei per Franco», t. I.
MARONITES
tion divine, elle se convertit, se soumit au patriarche latin d'Antioche, Aimerich III, abjura son erreur et se réconcilia avec la véritable Église. Les Maronites se déclarèrent prêts à admettre et à observer les prescriptions de l'Église romaine. Ils formaient plus de quarante mille âmes, occupant toute une partie du Liban. Ils furent trèsutiles aux Latins dans leur guerre contre les Sarrasins. Maron et ses partisans, comme on peut le lire dans le sixième synode, soutenaient qu'il n'y a et qu'il n'y a eu dès le commencement . qu'une volonté et un acte dans Jésus- Christ. Après leur séparation de l'Église romaine ils avaient encore adopté quelques autres opinions déplorables.
C'était leur patriarche et quelques uns de leurs évéques qui s'étaient adressés à l'Église. » Guillaume ne parlant que de la conversion du patriarche et de quelques évéques, Assémani n'est pas en droit de rejeter comme une fable le renseignement donné par le primat jacobite Abulfaradsch (1), par ce seul motif qu'à côté de la réconciliation qui eut lieu au douzième siècle il parle encore, au treizième, de Syriens maronites se distinguant des autres sectes chrétiennes en ce qu'ils ne reconnaissent pas deux natures, deux volontés et deux actes dans le Christ (2). Précisément, par cela qu'une réconciliation complète n'eut lieu qu'au seizième siècle , une donnée du treizième siècle qui parlerait dans un sens différent devrait nous paraître tout à fait invraisemblable.
Déduisant des autorités que nous venons de citer l'étymologie du nom, il nous semble probable qu'il provient, non pas de la Maronie, contrée située entre Antioche et le Liban, ni de la ville de Maronée, mais bien du saint abbé
(1) Voy. Bar-Hrurjecs.
(2) Àl>ulferad»cb , rf« Theolog., daoi Àttémanl, BibU Orient,, t II p. 292.
E.NCTCL. THÉOL. c \ ut. - T. XIV.
dont Théodoret décrit la vie, et qui, au commencement du cinquième siècle, donna vraisemblablement son nom d'abord au couvent qu'il avait fondé, ensuite aux moines de ce couvent, tandis que les habitants du Liban et de PAnti-Liban, qui se multiplièreut plus tard, prirent le même nom, au septième siècle, de Jean Maron, leur premier patriarche. 11 est possible que la tribu, encore faible avant le septième siècle, portât déjà le nom du couvent de Saint- Maron, quoiqu'il soit presque certain que ce même nom, désignant une grande secte hérétique et en même temps un peuple assez considérable, se rapporte à Jean Maron et aux événements de son temps. En effet une portion des monothélites, poursuivie par Anastase II après la chute de l'empereur Philippe Bardesane et expulsée de l'empire grec, s'associa au petit peuple encore insignifiant du Liban.
Nous ne prétendons pas soutenir par là que ce ne fut qu'à cette époque, ou du moins après le sixième concile, comme le pense Mosheim, que les moines du couvent de Saiut-Maron furent initiés par ces émigrés aux opinions monothélites. Les Libaniotes avaient certainement eu connaissance de cette doctrine erronée et l'avaient partiellement admise avant cette époque , puisque le patriarche d' Antioche et les moines syriens la défendirent au sixième conciie. Walch pense que cette connaissance pouvait remonter au temps de l'empereur Héraclius (I). I*a restauration de l'autorité de cet empereur en Syrie, les tentatives de réconciliation qu'il fit en proposant de reconnaître une direction divino-humaine de la volonté dans le Christ, rendent cette opinion vraisemblable. Mais, quand elle ne serait pas tout à fait établie, il est certain que les fugitifs persécutés
(1) Voy. Heracucs.
MARONITES
sous Anastase cherchèrent appui et refuge auprès des moines et des habitants indépendants du Liban. C'est au temps de cette émigration qu'appartient Jean Maron, que, suivant quelques auteurs, Eutychiui représentait faussement comme le fondateur du monothflisme. Or les paroles que nous avons rapportées n'établissent pas ce fait, et quand ce serait leur sens , on comprendrait encore Terreur, parce que Jean Maron fut choisi comme chef de la secte monothéiite en Syrie avec le titre de patriarche d'Autioche, et chercha certainement à répandre sa doctrine dans les diverses villes de Syrie. La rapide multiplication des Maronites, qui résulta de l'émigration des monothélites, raffermit à la fois les protecteurs et les protégés et leur donna le pouvoir de se défendre.
L'indépendance de doctrine à laquelle ils aspiraient leur inspira le désir de Tindépendance politique. Ils refusèrent l'obéissance à l'empereur et se défendirent énergiquement, en peuple libre , indépendant et belliqueux. Ce fut précisément à l'occasion de ces luttes à la fois politiques et religieuses que le chef de l'Église maronite déploya une grande activité. Il prit, ainsi que ses successeurs, une part importante aux expéditions guerrières de son peuple, de telle sorte que la suprématie spirituelle et temporelle s'identifièrent dans la même personne, et que le nom du premier souverain patriarcal devint nonseulement le nom religieux d'une secte certainement existante et isolée au huitième siècle, mais en même temps le nom du peuple lui-même, tandis que les Melchites, c'est-à-dire ceux qui prénaient parti pour l'empereur, donnaient aux Maronites le nom injurieux de mardaïtes , c'est-à-dire de révoltés.
Quant à leur doctrine, on ne peut les confondre avec les monophysites, car ils rejetaient leurs opinions et nom-
maient Eutychèset les siens des hérétiques. On ne peut admettre que ce furent de simples différences de coutumes religieuses qui entraînèrent une séparation complète, d'autant plus que, s'ils s'écartaient des usages romains, ils ne s'éloignaient nullement de ceux de l'Église grecque.
Pourquoi, dans ce cas, auraient-ils émigré et se seraient-ils séparés des Grecs ? Mais le schisme devait s'opérer du moment qu'ils admirent la foi des monothélites et s'opposèrent par là aux décisions du sixième concile, de 680, appelé concile in Trullo. Or les sources où nous puisons nos renseignements autorisent cette présomption. D'après ces sources, la proposition erronée des Maronites, comme celle du monothélisme même, portait : Les deux natures sont les facteurs d'un seul libre arbitre et d'une seule personne, et constituent une volonté unique, I* %ù.h\êm xaî jxCav tvî'p-j*iav <ir. Xptvroû etirtîv toXjxtÎ<txvt»ç.
Peut-être ajoutèrent-ils aussi le supplément du Trisagion dans un sens orthodoxe. Cette doctrine erronée s'est perpétuée pendant des siècles en Syrie et y a conservé ses principaux adhérents.
Les Maronites, qui, dans la lutte, devinrent un peuple montagnard énergique et brave, surent défendre contre les Grecs et les Arabes leur indépendance religieuse et politique. Ils ont maintenu cette dernière jusqu'à nos jours, sous la domination turque, moyennant un tribut qu'ils payent à la Porte. Leurs principales résidences en Syrie furent le Liban, TAnti-Liban et le couvent de Saint-Maron. Leur capitale et la contrée de Kesruan exceptées, ils sont peu nombreux dans les autres parties de la Syrie, comme Alep, Damas, Tripoli et Tfle de Chypre. C'est le Liban qui reste leur résidence la plus importante.
En avançant dans l'histoire des Maronites jusqu'aux six derniers siècles nous voyons qu'à dater du douzième
MARONITES
siècle ils furent plusieurs fois (1182 et 1445) réconciliés avec l'Église romaine ; mais ce ne fut qu'à dater du milieu du quinzième siècle que l'union devint permanente (1). Les croisades furent l'occasion de leurs premiers rapports avec les Catholiques latins. La réconciliation définitive fut consolidée par Grégoire XIII (2), qui en 1684 fonda à Rome le collège des Maronites, dont depuis la fin du seizième siècle sortent la plupart des prêtres maronites. En 1736 Clément XII les détermina à reconnaître, dans un comité national tenu dans le Liban, les décisions du concile de Trente. Toutefois le Saint-Siège fit en faveur des Maronites preuve de sa sagesse et de sa condescendance ordinaires en tout ce qui est permis et admissible; il leur laissa la communion sous les deux espèces , le mariage des prêtres comme chez les Grecs (leur culte rappelant d'ailleurs en beaucoup de poiuts le rît grec), et l'usage de la langue syriaque et arabe pour l'office divin. La messe des Maronites se célèbre eu vieux syriaque ; les péricopes se lisent d'abord en syriaque, puis en arabe. Ils font remouter leur liturgie à Ëphrem le Syrien (3). Ils ont leur patriarche, qui, quoique demeurant dans le couvent Dair-al-Schafl, sur le Liban, conserve le nom de patriarche d'Antioche, s'appelle toujours Pierre, et rend compte au Pape tous les dix ans. Il a sous sa juridiction dix-sept évêques, dont deux résident à Alep, deux en Mésopotamie, un à Beyrouth, et les autres avec le patriarche ou à Mar Ëphraïm. Ils ont cent cinquante paroisses dirigées par autant de prêtres.
Les revenus des évêques sont très-modiques; les prêtres vivent de travaux manuels , ce qui n'empêche pas les fidèles de les tenir en haute considéra-
(1) Foy. Ferrahe, Florence.
(2) Foy. Grégoire XIII.
[S) Foy. Êphrem.
tion. Us ont un grand nombre de monastères; dans le Kesruan on compte au delà de deux cents couvents d'hommes et de femmes, habités par vingt à vingt-cinq raille religieux qui suivent la règle de S. Antoine (1), vivent d'une manière très-austère , et travaillent aux champs et dans les jardins, dont ils tirent eu partie leur subsistance. Us se distinguent des laïques et des prêtres séculiers par une bande bleue qui entoure leur coiffure. Us sont considérés a u ta ut que les prêtres. Les uns et les autres sont affranchis du service militaire. La statistique ecclésiastique de Wiggers remarque (2) « que les Maronites paraissent avoir abandonné le dogme monothélite et embrassé la foi orthodoxe, quoique l'apparence puisse facilement tromper en cela , et qu'il ne soit pas impossible que, dans l'intérieur de leur Église, le dogme schismatique d'une volonté dans le Christ subsiste encore. Us rejettent les messes privées. »
La géographie et la statistique ecclésiastiques de Stàudliu (3) ajoutent i « Quoiqu'ils reconnaissent la suprématie spirituelle du Pape , ils ne se dirigent pas en tous points suivant les décisions de ce juge suprême de la foi. »
Nous ne savons si cette ignorance est réelle, et si elle doit nous surprendre, ou si nous devons la désavouer comme purement imaginaire. Nous serions bien aise d'apprendre comment ces auteurs ont pu se rendre compte ainsi des dispositions intimes des Maronites. Fuhrmaim émet les mêmes opinions dans son Lexique (4), et nous lui appliquons la même observation.
Depuis l'époque de la réconciliation les savants maronites se sont donné toutes les peines imaginables pour faire croire au monde que, dès l'origine , les
(1) Foy. ASTOI3E (S.).
(2) F. 286 sq.
(3) T. f, |). 01 sq.
W T. III, p. 67.
MARONITES
Maronites ne se distinguèrent de l'Église romaine qu'en des points indifférents, par de simples usages religieux, mais que, quant aux dogmes, ils furent toujours d'accord avec elle; que J. Maron fut orthodoxe et que le récit d'Eutychius n'est qu'une fable. Nous voyons, parmi ces apologistes en contradiction avec les donuées des sources existantes, Faust Nayron, dans sa dissertation de Orig. et relig. Maronit., Rome, 1679, et dans son Enoplia Fidei catholicx, Rome, 1694. Simon Assémani cherche à justifier l'opinion de Nayron dans sa Bibliotheca Orientait:, en rejetant les sources les plus anciennes, contraires à son avis, et en ne se servant que de documents plus récents, qui datent d'un temps postérieur au schisme.
Renaudot a fait justice de ce système d'Assémani dans son Histor. Patriarch. Alexandr., et mieux encore Michel Le Quien, qui a réuni dans sou traité de Ecoles. Maronit. toutes les raisons opposées, et en a fait un chapitre de son Oriens Christianus. — ISous en restons à la distinction des Maronites anciens et modernes, et nous reconnaissons dans les premiers les propagateurs de l'erreur monothélite.
L'organisation politique des Maronites est celle d'une république militaire, régie par un ancien droit coutumier. Ils se distinguent en deux classes : les scheiks (noblesse héréditaire) et le peuple. Quatre scheikssuprémes gouvernent patriarcalement; ils sont tenus de diriger la guerre quand elle éclate. Défendus contre les attaques du dehors par leur position même, ils se suffisent dans l'intérieur de leurs montagnes par la culture de leurs terres, de leurs vignes, par celle du tabac et du coton. lia nourriture des familles dans les villages est très-simple. Par leurs mœurs , leur tempérance, leur hospitalité, leur probité, ils ressemblent aux anciens Ara-
bes. Les haines de familles se perpétuent facilement chez eux. En signe de noblesse ils portent un turban vert, privilège que les Turcs se réservaient autrefois. Les Maronites , nous l'avons dit, sont d'ailleurs un peuple très-belliqueux, toujours prêta faire la guerre; ils comptent environ trente à quarante mille hommes capables de porter les armes. Ils marchent tous armés et sont toujours prêts à défendre leurs propriétés. Us vivent indépendants dans leurs montagnes. Le tribut qu'ils payent à la Porte , et dont la valeur varie suivant la récolte annuelle , est l'unique marque d'une dépendance quelconque. Ils sont demeurés , jusque dans les derniers temps, en parfait rapport avec leurs voisins les Druses(l), dont Us ont souvent été les alliés fidèles. Ces rapports pacifiques ont duré jusqu'à l'époque où Méhémet Ali, par l'intervention des puissances occidentales, en 1840, et par sa défaite près de Saint-Jean d'Acre , fut obligé de se contenter de la viceroyauté de l'Égypte, sous la suzeraineté de la Porte. La France seule se sépara des autres puissances et vint en aide à Méhémet Ali.
Les puissances occidentales eurentelles une influence purement négative, ou directe et positive, dans les malheurs qui bientôt après accablèrent les Maronites: c'est ce que nous ne pouvons décider. Il est certain que , vers la fin de 1841, la guerre éclata entre les Maronites et les Druses, et que leur haine réciproque n'a fait que s'accroître depuis. On connaît les déplorables événements de 1860 , les massacres de Damas, de Beyrouth, d'Alep, l'intervention courageuse d*Abd-el-Kader, celle des troupes françaises débarquées , en Syrie , sous le commandement du général d'Hautpoul , retirées depuis , à la suite d'une convention des puissances
(1) y oy. DnuSES.
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