ENCYCL. THÉOL. CATII. — T. XIV
divine, » que le brigand se convertit et entra dans un couvent où il mena une vie pénitente. Martin n'eut pas la joie de convertir son père, mais il réussit auprès de sa mère et de beaucoup d'autres gens de bonne volonté. L'arianisme dominait en plein dans ces provinces, et Martin eut la gloire d'y confesser la divinité de Jésus-Christ, d'être battu de verges et chassé au nom du Christ.
Il voulut alors, conformément à sa promesse, retourner à Poitiers auprès de S. Hilaire; mais, ayant appris que ce saint évêque avait été banni, il se rendit à Milan. L'évéque arien Auxence (1) le repoussa. Il se retira dans la petite île de Gallinaria, auprès de Gênes, et y mena pendant un certain temps une vie très-austère , en compagnie d'un autre prêtre fervent. En 360, S. Hilaire ayant obtenu la permission de rentrer dans son diocèse, Martin alla au-devant de lui jusqu'à Rome ; mais, l'ayant manqué, il le suivit à Poitiers. L'évéque lui fit cadeau d'un terrain situé à deux lieues de Poitiers, et Martin, toujours désireux de la solitude, y bâtit à Ligugé, Locociagense, le premier couvent de France et un des plus anciens de l'Occident.
Ce fut là qu'il ressuscita un catéchumène. Ce miracle répandit rapidement sa renommée dans tout l'Occident et jusqu'en Orient. Il nous est raconté par Sulpice Sévère, son ami intime et son fidèle biographe, témoin oculaire d'une partie des faits qu'il rapporte ; or il affirme à plusieurs reprises qu'il ne raconte que la vérité, et il ajoute que Martin lui dit plusieurs fois qu'il n'avait plus senti, depuis qu'il était évêque, le même pouvoir d'opérer des miracles qu'avant son épiscopat.
Entre 371 et 372 mourut Lidorius, le second évêque de Tours, qui avait administré cette Église depuis 338, et avait eu pour prédécesseur Gatien , évêque
(1) V oy. Milan.
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que Dieu lui départît, convertit en masse les populations rurales des Gaules. Il exposait sa vie quand, dans son zèle apostolique , il abattait lui-même de sa main les temples et les bois sacrés. Un jour que dans le pays des Éduens il s'était mis à détruire un temple d'idoles, une troupe de paysans se précipita sur lui, et déjà l'un d'entre eux levait la cognée; Martin lui tendit le cou ; le paysan, au milieu de sa rage, fut saisi d'épouvante, tomba à genoux et demanda pardon. Un autre jour un prêtre des idoles voulut le poignarder, mais le poignard tomba de ses mains et ne put être retrouvé. Dans une autre circonstance Martin avait fait renverser un très-ancien temple et se disposait à abattre de même des sapins qui l'entouraient. Les païeus s'y opposèrent, lui disant : « Si tu as tant de confiance en ton Dieu, nous abattrons l'arbre nous-mêmes, à condition que lorsqu'il tombera tu lui tendras tes épaules. » Martin accepta la condition et se fit attacher à l'endroit où l'arbre devait tomber. Une foule de spectateurs attendaient l'événement ; les moines, pâles de terreur, se tenaient tout autour. Déjà l'arbre s'inclinait en craquant sur Martin, lorsqu'au signe de croix que fit le saint l'arbre, comme saisi par un ouragan, tourna sur lui-même et tomba du côté opposé, où il faillit écraser une troupe de païens. Ceux-ci , terrifiés par ce miracle, demandèrent tous qu'on leur imposât les mains et qu'on les admît parmi les catéchumènes.
En même temps que S. Martin convertissait les païens et élevait des églises et des couvents sur les ruines des temples des faux dieux , il combattait la superstition parmi les Chrétiens. Il y avait dans le voisinage de Tours une chapelle élevée sur la tombe d'un prétendu martyr, dont, d'ailleurs, on ne gavait pas l'histoire. Martin ne voulut ni troubler, pi autoriser la dévotion du
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peuple qui fréquentait cette chapelle tant qu'il ne s'était pas rendu compte du véritable état des choses ; mais, Dieu lui ayant fait connaître que le prétendu martyr avait été un brigand exécuté en cet endroit , Martin fit abattre la chapelle et mit un terme à cette dévotion superstitieuse.
Ce que Sulpice Sévère raconte des nombreux voyages que S. Martin fit à la cour impériale, à Trêves, et de sa conduite à l'égard des Prisciîlianistes, n'est pas moins remarquable. L'empereur Valentinien I", craignant que le saint lui demandât des choses qu'il ne pourrait accorder , poussé d'ailleurs par l'impératrice Justine (1), qui était Arienne, ne permit point à l'évêque de Tours de paraître devant lui. Martin eut recours à ses armes ordinaires ; il pria et jeûna, et parvint ainsi a se faire ouvrir les portes du palais et le cœur de l'empereur, qui lui accorda tout ce qu'il demanda et voulut combler le saint de présents , que celui-ci n'accepta point par amour de la pauvreté. S. Martin refusa assez longtemps la communion ecclésiastique à l'empereur Maxime, et ne répoudit à l'invitation à dîner qu'il en avait reçue que lorsque l'empereur eut affirmé qu'il était innocent de la mort de l'empereur Gratien et qu'il n'avait accepté la pourpre que parce qu'il y avait été contraint par les soldats.
Maxime invita en même temps, comme à une solennité extraordinaire, les personnages les plus considérables de sa cour. Après avoir fait asseoir S. Martin à ses côtés , l'empereur, avant de boire, lui offrit son verre. L'évêque ne le lui rendit pas immédiatement, comme Maxime s'y attendait , mais il l'offrit d'abord , par respect pour le sacerdoce, au prêtre qui l'accompagnait.
Lorsque Martin apparaissait à la (l) foy. Justine.
cour c'était toujours pour intercéder en faveur des malheureux, notamment de ceux qui avaient été impliqués dans les dernières luttes politiques. Souvent Maxime lui-même le faisait appeler pour s'entretenir avec lui , et Martin ne manquait pas de parler dans la sincérité de son cœur, suivant les mouvements que lui inspirait le Saint-Esprit ; c'est ainsi qu'il lui prophétisa hardiment le sort qui l'attendait s'il combattait le jeune Valentinien. Le saint évêque avait aussi de fréquents entretiens avec l'impératrice, qui était pleine de respect pour lui, et qui n'eut pas de repos qu'il ne lui eût accordé la consolation de le recevoir chez elle, de le servir elle-même comme une seconde Marthe.
Parmi les infortunés auxquels l'évêque s'intéressa auprès de l'empereur il faut compter aussi les Pristilliauistes (l);non pas qu'il ne condamnât nettement leur hérésie, mais il considérait comme une innovation criminelle et inouïe de soumettre une affaire purement ecclésiastique aux tribunaux séculiers et d'infliger à des hérétiques la torture et la mort. Martin pria l'empereur d'épargner la vie des Priscillianistes , vu qu'il suffisait qu'ils eussent été déclarés hérétiques par le jugement des évêques et chassés de leurs églises. Tant que S. Martin demeura à Trêves (384-385) on suspendit en effet les poursuites judiciaires, et l'empereur lui promit, à son départ, qu'il n'y aurait plus de sang répandu ; mais à peine le saint fut-il éloigné que l'empereur céda aux représentations de l'évêque espagnol Ithace et de son parti, qui voulait que les chefs des Priscillianistes fussent poursuivis et punis par les tribunaux séculiers, et Priscillien fut en effet exécuté avec plusieurs de ses partisans.
Peu de temps après, vers 386, Martin entreprit un nouveau voyage à Trêves
(i) Foy. .PlUSCILLAmSTES.
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pour obtenir de l'empereur la grâce de deux grands fonctionnaires de l'empire, ISarsès et Leucadius , qui devaient être exécutés pour avoir été du parti de Gratien. II y avait précisément, à ce moment, une foule de prélats réunis à Trêves pour le sacre de l'évêque. Loin de refuser, comme saint Martin, S. Am- 1) roi se et le Pape Sirice, la communion ecclésiastique à Ithace, ils avaient proclamé l'innocence de cet évêque. Lorsqu'ils apprirent la prochaine arrivée de Martin ils furent pris d'inquiétude et parvinrent à arracher à l'empereur un ordre qui ne permettait à saint Martin d'entrer dans Trêves qu'à la condition de vivre en paix avec ses collègues. Martin répondit qu'il arrivait avec la paix du Christ. Dès qu'il fut à Trêves il présenta sa supplique à l'empereur, et, ayant appris qu'on devait envoyer en Espagne une commission militaire avec plein pouvoir de continuer les informations contre les Priscillianistes et de les condamner à mort et à la confiscation de leurs biens, il supplia l'empereur de ne pas donner suite à la résolution prise contre ces hérétiques.
Maxime l'écoutaavec bienveillance, mais chercha à le convaincre de la justice des mesures arrêtées et à le réconcilier avec les évêques, réconciliation qui devait être la condition à laquelle l'empereur lui accorderait toutes ses demandes.
Le saint ne put consentir au désir de l'empereur, qui le renvoya avec humeur.
Tout à coup le saint apprend que les deux généraux Narsèset Leucadius vont être exécutés et que la commission militaire est en route pour l'Espagne.
Quoique ce fût au milieu de la nuit.
Martin se rend au palais, promet à l'empereur d'entrer en communion avec les évêques, et sauve uue foule de malheureux, parmi lesquels se trouvaient certainement beaucoup de Catholiques, car les Catholiques riches d'Espagne craignaient d'être enveloppés