‹ Dictionnaire encyclopédique de la thélogie catholiqueChapitre 151 sur 224 · MARTIN DE TOURS (S · texte numérisé non relu

MARTIN DE TOURS (S

dans la confiscation, non sans quelque motif, vu que des zélateurs comme Itbace tenaient pour suspects toute étude assidue , tout jeûne persévérant , et que l'empereur n'était pas exempt d'avarice. Le lendemain S. Martin assista avec les évêques à l'ordination de Félix ; mais il ne put être entraîné à signer l'acte d'ordination. Depuis lors il évita rigoureusement toute communion avec les Ithaciens et ne prit part à aucune réunion épiscopale. Il raconta souvent à ses élèves qu'à dater de ce moment il avait senti diminuer le pouvoir qu'il avait reçu contre les démons.

Le reste de la vie de S. Martin s'écoula dans une heureuse activité, au service des fidèles et des moi nés, et fut glorifiée par une foule de miracles.

Mais le plus grand miracle de la grâce, c'était Martin lui-même. Jésus était pour lui tout en tout ; il voyait tout en Dieu et ramenait tout à Dieu. On ne découvrait pas une passion en lui; sa douceur et sa bonté enlevaient tous les coeurs; son humilité et son esprit de péniteuce rendaient son âme plus pure que le cristal ; ses actions étaient des actions divines, ses paroles l'expression de la simplicité et de la sagesse même. Ce n'était pas une vaine vision que celle d'Arbor, préfet de Rome, dont Martin avait guéri la fille, devenue religieuse depuis lors, et qui vit un jour, pendant la célébration du saint Sacrifice , des rayons émanant .des mains étendues du prélat, qui étaient comme parsemées de perles.

Enfin le temps de l'éternelle récompense arriva. Martin tomba malade dans une visite qu'il faisait à Candé, la paroisse la plus éloignée de son diocèse; il perdit subitement toutes ses forces.

Ses disciples en larmes l'entouraient en disant : « Père, pourquoi nous abandonne/.- vous? à qui laisserez-vous vos enfants désolés? Des loups furieux dévasteront votre bercail ! » Martin ré-

pondit en priant : ■ Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse pas le travail ; que votre volonté soit faite ! » C'est dans ces sentiments que le saint mourut, le 11 novembre 397 ou 400, sur un sac couvert de cendres. Les habitants de Poitiers et de Tours se disputèrent la possession de son corps.

« Il est à nous, disaient ceux-là, car c'est parmi nous qu'il fut d'abord abbé; vous l'avez eu comme évêque. — Il nous appartient, disaient ceux-ci, car c'est chez nous qu'il a été sacré évêque (1). » Tours l'emporta.

Lorsque le cortège s'approcha de la ville tous les habitants et ceux des environs accoururent au - devant de lui ; deux mille moines et autant de religieuses assistèrent aux obsèques solennelles. Briccius, successeur de S. Martin (2) , fit ériger une chapelle sur la tombe du saint ; Perpétuus , évêque de Tours («f> 490), construisit en place une belle basilique (3). Le célèbre S. Éloi (4) fit un reliquaire couvert d'épaisses plaques d'or et parsemé des pierres les plus précieuses, destiné à recevoir les ossements du pontife ; une foule de donations et de présents de toute nature enrichirent le tombeau de S. Martin, que Louis XI fit entourer d'une grille d'argent pesant 6776 marcs. Les pèlerinages qu'on fit à son tombeau, où s'accomplissaient une foule de guérisons et de miracles incontestables, acquirent la même célébrité que les pèlerinages de Jérusalem et de Rome. Le jour de S. Martin fut solennellement fêté dans l'Occident et surtout en France. A dater du cinquième siècle on érigea de tous côtés des églises en son honneur, et tous les martyrologes proclamèrent sa gloire. Les rois de France considérèrent toujours

(t) Grfg. Turon., Hi$t. Franc. % 1, M.

(2) Mi ibid.. Il, t.

(3) Id.t ibid.% II, 14; X, SI.

(*) roy. tvoi (S.),

MARTYRS - MARTYRS (les dix mille)

S. Martin comme un de leurs patrons et comme un des protecteurs de la France ; ils se servirent du voile qui couvrait sa tombe comme d'une bannière sacrée et tinrent à honneur d'être comptés parmi les chanoines de Saint- Martin.

Les huguenots furent d'un avis contraire (1); ils pillèrent l'église de S. Martin et brûlèrent ses reliques (2).

SCHBÔDL.

M ARTINI S RRACARENS1S. Voyez

Capitulaiuls des évêques.

martyrs (p^>tuP, témoin). On nomma martyrs, dans la langue de l'Église , dès les temps les plus anciens, les Chrétiens qui, durant les persécutions religieuses, souffrirent la mort pour la foi ou qui rendirent témoignage de leur foi en supportant des supplices, la prison ou l'exil (3). Quand on songe à la cruauté des persécutions païennes et à l'intention qu'elles avaient d'anéantir totalement le Christianisme; quand on se représente les supplices et les tortures auxquels les persécutés étaient condamnés et qui dépassent ce que l'histoire de la tyrannie peut offrir de plus horrible ; quand on se rappelle en même temps la fermeté de conviction, la conûance inébranlable et la sérénité avec lesquelles ces héroïques victimes combattirent pour la foi, sans qu'il y eût dans leur courage ni orgueil humain, ni résignation stoïque, on ne peut méconnaître que non-seulement les martyrs doivent être estimés les plus grands des héros qui aient paru dans l'histoire , mais encore que la rapide propagation du Christianisme descendit surtout

(1) V oy. Huguenots.

(2) foM-Sulp. Sév., Opp.t edit. Hieron. de Prato, Verou*, 1754. Paulini (iVo/amV) l. FI dt fila S. Martini. Gregor. Tur., L IV, A/ir. S. Martini ; Venant. Fortunat., 1. IV, Vit. S. Martini; Tillemont, Mém., t. X, p. 309-857, et p. 771-787.

C8) Foy. Confesseurs.

de leur invincible courage, et que rien n'est plus fondé et plus juste que le culte que, dès l'origine, on leur consacra dans toute la chrétienté.

Lorsqu'on pouvait les visiter dans leurs prisons, c'était aux diacres à les servir ; on baisait leurs chaînes et leurs plaies; on cherchait la force dans leurs paroles et leurs exemples ; leur intervention adoucissait les châtiments infligés aux pénitents (1). Ce culte devenait encore plus marqué après leur mort : on en célébrait solennellement l'anniversaire, on offrait le saint Sacrifice sur leurs tombeaux, on faisait mémoire d'eux dans les prières de l'Église, ou chantait des hymnes en leur honneur , on proclamait leurs noms , on lisait au peuple l'histoire de leurs souffrances (2). Bientôt on éleva des chapelles et des églises sur leurs tombeaux (marlyria), on vénéra leurs restes mortels (3), et les orateurs sacres les plus célèbres prononcèrent à l'envi leur oraisou funèbre. Le nom des martyrs les plus illustres se trouve dans les martyrologes de l'Église.

LÛFT.

martyrs (les dix mille). Le Martyrologe romain fait deux fois mention des souffrances des dix mille martyrs : au 18 mars : ISicomediœ sanctorum decem mil li il m martyrum qui pro Chris ti confessione gladio perçus si sunt, et au 22 juin : In monte Ararat h passio sanctorum martyrum decem millium crucifijcorum.

I. Sauf la mention du Martyrologe romain, il n'est question nulle part des premiers dans les documents de l'Église latine ; mais, comme il en est question dans un ancien ménologe grec traduit en latin par le cardinal Sirteli et publié par Canisius, lequel ménologe donne ISi comédie pour lieu de leur

(1) Foy. J.apsi.

(2) F oy. Actes dks M a ht vus.

(3) Foy. Reliques.

3g le

MARTYRS (les dix mille)

martyre, on peut difficilement mettre en doute que dans ces dix mille martyrs on honore une partie de ceux qui perdirent de diverses manières la vie à Nicomédie en 303, au commencement de la persécution de Dioclétien (1). D'après le récit de deux contemporains, Eusèbe (2) et Lactauce (8), concernant les cruautés commises à cette époque à Nicomédie, on ne peut trouver le chiffre dix mille exagéré (4).

II. Les dix mille martyrs crucifiés sur le mont Ararat obtinrent une plus grande célébrité et furent honorés dans presque tout l'Occident ; on construisit beaucoup d'églises sous leur invocation ; d'anciens missels ont une messe propre et une séquence le jour de leur féte, et à Vienne, à Rome, à Prague, etc., etc., on conserve des reliques sous leur nom. Les actes de leur martyre, assez étendus et assez circonstanciés, mais qui ne sont rien moins qu'authentiques, doivent, d'après l'inscription et l'introduction , avoir été traduits du grec en latin par Anastase (quelques manuscrits portent, à tort sans doute, Athanase); mais la différence du style de ces actes avec celui des véritables œuvres d' Athanase est telle qu'elle suffit pour motiver le doute.

Il faut remarquer d'ailleurs que, dans les divers manuscrits existants, le nombre des martyrs n'est pas toujours le même; les uns parlent de 1480, celui du Vatican parle d'abord de 1400, puis toujours de 10,000; la plupart présentent ce dernier chiffre, et les actes qui placent ces martyrs entre la 40e et la 50- année du second siècle s'accordent pour raconter ce qui suit.

Au temps des empereurs Adrien et Antonin, deux peuples syriaques, les Gadaréniens et les Euphratésiens, se ré-

(1) ; "y- Dioclétiim.

(2) Uist. ecclés., VIU,cO.

(i) De Morte perse: ut., c 10.

(ftj Cf. 3olL, t. II MarL, foi. «7.

voltèrent contre les Romains. Les empereurs, irrités, marchèrent contre les rebelles avec une troupe de 9,000 hommes (Surius dit 16,000) ; mais, les révoltés ayant réuni une armée de 1 00,000 hommes, les deux empereurs, en se trouvant en face d'une multitude aussi considérable et aussi inattendue, perdirent courage, et avant de livrer bataille ils s'enfuirent avec sept hommes armés (Surius dit sept mille) . Les neuf mille restants, après avoir inutilement sacrifié aux dieux, étaient au moment de prendre également la fuite, lorsqu'un ange du Seigneur leur apparut sous la forme d'un adolescent, qui les engagea à invoquer le vrai Dieu, à croire en J.-C., à avoir confiance en lui et à livrer bataille. Les Romains, convaincus par cette apparition, plaçaut leur espoir en J.-C, livrèrent bataille, remportèrent une victoire complète, et furent conduits par l'ange sur le sommet du mont Ararat (1), éloigné de 500 stades (douze milles et demi allemands) d'Alexandrie de Syrie; là, assisté par sept autres envoyés du ciel, l'ange les instruisit plus à fond et leur prédit leur destinée. Les empereurs, apprenant que toute leur armée était devenue chrétienne, furent singulièrement abattus par cette nouvelle. Ils réunirent cinq rois voisins, Sapor, Maxime, Adrien, Tibérien et Maximien (le dernier est aussi nommé empereur ou César dans les actes), avec leurs armées, autour d'Alexandrie, firent appeler devant eux les néophytes du mont Ararat, auxquels une voix du ciel avait promis la grâce de la persévérance, et leur ordonnèrent d'apostasier. Mais ceux-ci confessèrent courageusement leur foi et se déclarèrent prêts à partager les souffrances du Christ. Alors toute l'armée, entourant les empereurs, et formant plus de cent mille hommes, demanda à grands cris

(î) Foy. ÀRAJUT.

MARTYRS (les dix mille)

la mort de ces rebelles : Tollanturhi de medio cum suis prœstigiis. L'empereur Adrien ordonna qu'ils fussent lapidés, mais les pierres rejaillirent contre ceux qui les lançaient; Antonin ordonna de les flageller, mais, à la prière des Chrétiens, la terre trembla et les mains qui s'élevaient contre eux se desséchèrent. A la vue de ces miracles un maître des milices, magister militum, de l'armée de Maximien, nommé Théodore , s'unit , avec les mille hommes qu'il commandait, aux neuf mille confesseurs, et compléta ainsi leur nombre de dix mille. Après diverses tentatives inutiles pour séduire ces courageux athlètes du Christ, Maximien ordonna de les conduire, pieds nus, sur un espace de 30 stades (3/4 de mille allem.) couvert de clous de fer triangulaires et pointus, que des anges, envoyés de Dieu, serrèrent les uns contre les autres pour empêcher qu'ils ne pussent blesser les pieds des confesseurs. Alors ils furent couronnés d'épines, en mémoire de la Passion du Sauveur, leurs flancs furent percés de roseaux pointus ; on les traîna, en les frappant de verges et les chargeant d'outrages^ travers la ville, on les ramena au palais, où les empereurs les reçureut en les saluant par dérision : Avete, reges Judœorum. Cependant les martyrs, recueillant dans leurs mains le sang qui coulait de leurs blessures, s'en couvrirent la tête et le corps en disant : Fiat nobis hic sanguis mysterium Baptismatis in remissionem peccatorum , tt ils entendirent une voix du ciel leur disant : Sicut petistis, ita contingat vobîs. Les païens crurent entendre les bruits d'un tremblement de terre et le roulement du tonnerre. Enfin les courageux confesseurs furent, à la demande de Sapor, condamnés à être crucifiés, et en effet deux mille hommes armés les conduisirent sur le mont Ara rat, où ils furent mis eu croix. Vers la sixième heure il s'éleva un tel tremblement de

terre que les rochers se fendirent , que le sol s'entr'ouvrit. Les crucifiés demandèrent pour tous ceux qui se souviendraient d'eux, en honorant Dieu dans le jeûne et dans le silence, qu'ils fussent préservés de tout mal et enrichis de tous les biens ; une voix du ciel leur annonça qu'ils étaient exaucés.

Lorsqu'à la neuvième heure les crucifiés rendirent le dernier soupir, le ciel s'ouvrit, une grande lumière se répandit sur leurs corps ; un nouveau tremblement de terre fit tomber les corps du haut des croix, et les anges se mirent immédiatement à les ensevelir. Outre Théodore les actes nomment : Achate (Acatius ou Acacius), primicerius, et son frère Eliades, dux; Castérius, campi ductor ; Pharétrius, campi ductor; Minas, signifer; Speusippe, cornes, etc. D'après des suppléments ajoutés plus tard en Espague, la plupart de ces martyrs auraient été Espagnols (ce qui est évidemment contraire aux actes); ils auraient été instruits dans la foi par le saint évéque Hermélaus et baptisés en Espagne ; Hermélaus les aurait accompagnés en Arménie et aurait souffert le martyre avec eux.

Nous avons cru devoir donner un extrait de ces actes des dix mille martyrs pour qu'on pût en juger (car ils sont très-rares), vu que non-seulement leur authenticité est mise en question, mais encore que le fait historique qui leur sert de base soulève plus d'un doute.

Quant à la non- authenticité elle saute aux yeux ; car, abstraction faite : 1° des voix du ciel et des anges qui y apparaissent ; 2° d'expressions dures et recherchées qu'on attribue aux confesseurs, par exemple, quand on fait dire à Antonin par Speusippe : Vir inique, manducans panem suspendu etbibent value m infidix ; 3° du nombre exagéré des crucifiés; 4« de la grande ressemblance, on dirait de l'identité des souffrances de ces martyrs avec

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