‹ Dictionnaire encyclopédique de la thélogie catholiqueChapitre 152 sur 224 · MARTYRS (LES DIX MILLE · texte numérisé non relu

MARTYRS (LES DIX MILLE

la Passion du Sauveur, etc., etc. (1), les absurdités manifestes et les bévues historiques et géographiques qui pullulent suffiraient pour leur ôter tout caractère authentique. Il faut compter parmi ces absurdités et ces bévues :

a. Le fait d'un gouvernement simultané et d'une campagne entreprise en commun par Adrien et Antonin. Sans doute Adrien adopta ce dernier un an avant sa mort, le nomma César et son successeur; mais il était alors malade d'une hydropisie et incapable d'entreprendre une expédition lointaine en Orient ;

b. Le fait de deux peuples en révolte , dont l'un situé aux frontières septentrionales , l'autre aux frontières méridionales de Syrie, tous deux par conséquent séparés par toute la Syrie et ne pouvant se réunir pour une opération commune *,

e. L'indication erronée de la distance de l'Ararat à Alexandrie, ou la confusion de l'Ararat et du Taurus;

d. Le récit de la campagne entreprise contre un ennemi si puissant avec neuf mille hommes seulement, la fuite équivoque des empereurs et leur lâcheté, quand ils avaient une armée de cent mille hommes à leur disposition ;

e. Le fait d'une si éclatante victoire remportée par une poignée d'hommes sur une masse ennemie aussi énorme, qui est resté inconnu au monde entier, dont aucun historien n'a jamais rien dit, tandis que les historiens romains ont su raconter une victoire analogue de la légion fulminante, etc.

• Si ces erreurs, pour ne pas dire ces faussetés , établissent évidemment la non - authenticité des actes des dix mille martyrs , des additions postérieures et des ornements légendaires , et

(1) Toute» choses qai ne suffiraient pas en elles-mêmes pour mettre l'authenticité (ie cet actes en doute. Bintérim, Ncmorab., V,l, c.5,

leur invraisemblance par rapport à la plupart des circonstances, — il reste une seconde question, beaucoup plus difficile à résoudre, savoir : Qu'y a-t-îl de vrai dans ces actes? Quel est le fondement historique, s'il y en a un, de la légende?

Beaucoup de savants, qui, en même temps qu'ils sont pleins de vénération pour les saints , sont convaincus qu'il ne faut jamais altérer la vérité par de vaines fictions, doutent de la base historique de la légende, s'ils ne la rejettent pas complètement.

Déjà, vers la fin du quatorzième siècle, Radulphe de Rivo ou de Bréda, doyen de Tongres (f 1403), dit à ce sujet : De decem millions martyrum, qux {fabulosedicam donec aliud ridero) finguntur omnia gênera Passionis Christi perpessi fuisse in monte Ararath, prope Alexandriam^ nec ipsorum passio in aliquo Martyrulogio authentico annotatur, nec ipsorum diem Romx in aliquo kalendario potui reperire (1). »

Radulphe nous donne en même temps la certitude que , de son temps, aucune des nombreuses églises de Rome n'avait encore introduit les dix mille martyrs dans son calendrier, et qu'aucun exemplaire du Martyrologe d'Usuard, dont on se servait alors, ne parlait de ces saints. Le cardinal Baronius, chargé de la rédaction du Martyrologe romain par Grégoire XIII, entreprit de défendre contre Radulphe l'existence des dix mille martyrs admis dans le Martyrologe de Rome. Dans les observations qu'il ajouta à la nouvelle édition de ce martyrologe il reprocha à un auteur aussi savant et aussi grave (gravi) que Radulphe d'avoir méprisé un pareil document ; mais ce reproche tombe à faux , car à l'époque de Radulphe il n'y avait pas encore de Marti) De Obterv, canonum.

MARTYRS (les dix millb)

tyrologe romain, et ce ne fut qu'en 1498 que le Frère Augustin Bellonus fit imprimer à Venise le Martyrologe d'Usuard, qui s'était augmenté de tous côtés, sous le titre de Martyrologium secundum usum Curiœ Romanx. — Bellarmin en appelle, pour constater l'existence des crucifiés de l'Ararat, au Martyrologe de Bède, à un ménologe grec et à quelques autres ; mais les savants continuateurs de l'œuvre de Bollandus, après de nouvelles recherches sur la question, se rattachent à l'opinion de Radulphe de Tongres, et nonseulement prétendent que les preuves de Baronius sont sans force, mais appuient leur opinion relative à l'invention de la légende des dix mille martyrs sur des motifs solides. Ils disent :

1© Que, malgré toutes les recherches, on ne peut trouver la moindre trace des dix mille martyrs dans les mènes ou synaxares des Grecs et des Arabes, des Coptes et des Éthiopiens, ou dans d'autres œuvres historiques grecques, même dans celles qui n'ont pas peur des fables ; l'exemplaire grec dont on a dû tirer la traduction latine de la légende n'a pu être découvert ;

2° Qu'on ne trouve rien de positif chez les Arméniens, dont le pays a dû être le théâtre de l'événement, qui trahisse la moindre connaissance de l'existence de ces martyrs, avant que cette connaissance leur fût parvenue par les Latins au douzième ou au treizième siècle; d'où il faut conclure que l'Occident seul a d'abord connu ces martyrs ;

3° Qu'en Occident même il n'est fait mention des dix mille martyrs ni dans le véritable Martyrologe de Bède , ni dans les additions qu'y a faites Florus, ni dans les martyrologes d'Ado ( Bénédictin et archevêque de Vienne, f 875), d'Usuard, de Rhaban, de Notker ou de qui que ce soit au onzième siècle ;

4° Que la mention la plus sûre et la

plus ancienne des dix mille martyrs ne rem od te qu'à Pierre de Natalibus, vers 1370 (plebanus Ecclesiae SS. Apost.

Venetiis, et postea episcopus EquUi* nus), tib. 5 Catalogi, cap. 137, qu'ont suivi plus tard les rédacteurs de martyrologes Grévénius, Canisius, Molanus, l'Augustin Bellinus, etc., etc. ;

5° Que si d'une part il y a absence absolue de témoignages historiques, d'autre part les actes renferment une telle masse d'invraisemblances que non-seulement ils ont besoin d'être corrigés, comme le pense Baronius, mais qu'ils ne sont pas susceptibles de correction, et qu'ils portent les marques indélébiles de la fiction. C'est en se fondant sur ces motifs que Henschen et Papebrock ont mis plus qu'en doute l'existence des dix mille martyrs.

Toutefois les nombreuses reliques des dix mille martyrs conservées en beaucoup de localités et le culte dont ils sont l'objet soulèvent de graves difficultés.

Papebrock va au-devant de ces difficultés en rapportant la translation de ces reliques et le commencement du culte dont ils devinrent l'objet aux croisades ; ce que le Martyrologe gallican confirme eu disant : Horum nonnullorum reliquias postea a Christianis occiduîs, in Orientent belli sacri inferendi voto profectis, maxime a Francis, in Gallias advectœ, plurimam teneratiônem receperunt. Unde et ex»

avita observations natal is eorum variis in locis hodie annua celebritate colitur. On sait en effet que les croisés attachaient un.grand prix aux reliques, et en rapportèrent une prodigieuse quantité d'Orient ; il se peut que des reliques anonymes, peut-être des reliques des compagnons d'Acace, martyrisé à Byzauce (1), ou d'un autre Acace mis à mort en Arménie avec d'autres fidèles,

(1) Bollutid., Act. SS., 8 Majl

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