MARTYRS ( LES QUAHANTE). NOUS
avons sur le martyre de ces témoins de la foi des homélies de plusieurs Pères, notamment une homélie de S. Basile, dans laquelle ont puisé S. Grégoire de Nysse, S. Éphrem et S. Gaudence de Brixen. Les actes de ces martyrs, qui se trouvent dans les Bol la ndistes au 10 mars, sont d'une origine postérieure, toutefois assez anciens et assez respectables pour éclaircir et compléter l'homélie de S. Basile. L'un de ces actes est d'un auteur anonyme, l'autre est une traduction du grec en latin, donnée par Jean Diacre, le biographe des archevêques de Naples jusqu'en son temps (il finit avec l'archevêque Athanase, f 872). La fête de ces martyrs se répandit peu après leur mort dans tout l'Orient, et se propagea en Occident par S. Gaudence , évêque de Brescia (2), qui rapporta de son voyage à Jérusalem des reliques de ces martyrs, qu'il avait reçues en cadeau, à
(t) Marzohl et Schneller, Liturg. mcis t IV, p. 17ft.
(2) V oy. Gacdemce (S.J.
Césarée de Cappadoce, d'une religieuse, nièce de S. Basile, et en l'honneur desquelles, à son retour, il bâtit une église. Le jour de la dédicace il prononça, devant l'assemblée des évêques de la province, l'homélie sur les quarante martyrs qui existe encore. Depuis lors on construisit de divers côtés des églises sous le nom des quarante martyrs, comme on «vait déjà commencé en Orient, où, aujourd'hui encore, le 9 mars, on célèbre très-solennellement leur fête, tandis qu'en Occident on en fait mémoire le 16 mars. On voit dans un passage de S. Grégoire de Nysse à quel point on vénérait les reliques des témoins sanglants de Jésus-Christ , et spécialement celles des quarante martyrs.
« Leurs corps, dit-il (c'est-à-dire ceux des quarante martyrs), ont, il est vrai, été brûlés, mais leurs cendres et leurs reliques sont tellement répandues sur la surface de la terre que presque toutes les provinces en ont reçu quelque parcelle; » et c'est ce que confirme la grande solennité qui eut lieu lors de l'invention des reliques des quarante martyrs, à Constantinople, sous le règne de Pempereur Théodose (1). S. Basile raconte, dans l'homélie que nous avons citée en commençant, ce qui suit de l'histoire de leur passion, a Durant la persécution de l'empereur Licinius (dans laquelle mourut S. Biaise, évêque de Sébaste) (2), environ vers l'an 820, quarante soldats jeunes et courageux se déclarèrent Chrétiens dans la ville de Sébaste, en Arménie, et répondirent, à toutes les promesses et à toutes les menaces par lesquelles on voulut les entraîner à l'apostasie, qu'ils aspiraient à des richesses qui dureraient plus d'un jour, à des honneurs qui fleuriraient éternellement, à des joies qui dépasseraient
(1) Sozotn. , Ht* t. ère/., I. IX, c. 2.
(2) Foy. Blaise (S.),etBol!and.,afévr.
MARTYRS SCYLLITAINS — MARTYROLOGES
infiniment toutes les joies terrestres, et qu'ils ne craignaient qu'une peine, celle de l'enfer. Ils furent condamnés, exposés nus, pendant une nuit d'hiver rigoureuse, sur un étang gelé, pour y mourir de froid (il est plus probable qu'ils furent plongés dans l'étang, n'ayant que le haut du corps hors de l'eau) (I). Les soldats, remplis d'une joie divine, rejetèrent leurs vêtements, s'encouragèrent à persévérer, et dirent à Dieu : Nous sommes descendus dans l'arène à quarante ; que tous les quarante soient couronnés; car votre jeune a sanctifié ce nombre, ainsi que le jeûne d'Élie et de Moïse. Leur prière fut exaucée; car, à la place de l'un d'entre eux, qui faillit et alla se jeter dans un bain chaud préparé pour ceux qui apostasieraient, se présenta le soldat qui veillait sur les quarante confesseurs. A la fin ils furent jetés, les uns demi-morts, les autres sans vie, sur un chariot, et de là sur un bûcher où on les brûla ; leurs cendres furent précipitées dans l'eau.
La mère de l'un de ces martyrs posa elle-même son fils expirant sur la charrette, l'exhortant à persévérer. •
Schhôdl.
martyrs scyllitaixs. On nomme ainsi les martyrs qui, au troisième siècle, subirent la mort à Scyllite, en Afrique, sous l'empereur Sévère. Les actes nomment Spératus, Cittinus , Donato, Vestina, Sécunda. Us étaient douze en tout. Le proconsul Saturnin avait commencé la persécution vers l'an 200. Spératus portait, à ce qu'il semble, la parole; c'est du moins à lui que s'adresse le proconsul en lui demandant de jurer par le génie de l'empereur. « Je ne le connais pas, répondit Spératus ; je ne connais que Dieu, créateur du ciel et de la terre, que je sers, ainsi que l'empereur, en tout ce qui lui est dû. » Cittinus fit également une réponse digne
d'un martyr. On les mit en prison. Le lendemain le proconsul chercha à ébranler les femmes, sans mieux réussir. Saturnin leur proposa un délai , qu'elles refusèrent. La réponse qu'ils firent quand on leur demanda quels livres ils estimaient le plus est remarquable. Spératus répondit : « Les quatre Évangiles, qui parlent de Notre-Seigneur Jésus- Christ, les Épttres de l'apôtre S. Pauh et toute l'Écriture inspirée de Dieu. » Ils furent décapités tous les douze. Leurs ossements furent transportés d'abord à Carthage, et de là, en 806, à Lyon, dans l'église de Saint- Jean-Baptiste (I). Baronius attribue à l'an 202 les actes qu'il tira de trois manuscrits très-anciens. D. Ruinart trouva un manuscrit un peu différent de cette donnée dans la bibliothèque de Colbert ; Mabillon découvrit un fragment dans la bibliothèque d'un couvent près de Constance.
Dans les trois manuscrits les saints confesseurs sont nommés viartyres Scyllitani ; nous ne rencontrons pas leur nom dans de plus anciens auteurs. Cependant Tertullien (2) dit de Saturnin qu'il fut le premier qui persécuta les Chrétiens d'Afrique par le glaive et qu'il devint ensuite aveugle. Ado, archevêque de Vienne, qui vécut au neuvième siècle, fait mention des martyrs scyilitains (3) dans sa Chronique et son Martyrologe. Les actes cités portent tous les caractères de l'authenticité.
martyrologes (marttjrologia).
Ce sont les catalogues des saints martyrs rédigés pour servir dans l'Église suivant l'ordre des jours du mois. Dans le commencement c'étaient de simples calendriers, calendaria martyrum, qui indiquaient à chaque jour le nom du martyr dont on faisait mémoire; mais il était naturel qu'aux noms se rattachassent bientôt des notices biogra-
fl) Eecard, Franc. OrienU, II, p. 47.
(2) Ad Scap., S.
(5) Toir TUIemont.
MARTYROLOGES - MARUTHAS (S.)
phiques, et qu'on y joignît peu à peu les biographies d'autres saints qui n'avaient pas été martyrisés; d'abord des confesseurs, puis des évêques, etc.
Ces livres se nomment chez les Grecs ménoioges, de jat*, ■= mois, c'est-àdire des registres mensuels.
Les mènes grecs et russes diffèrent des ménoioges, quoiqu'ils aient la même étymologie et soient également des livres d'église. Ce sont, en effet, de grands livres, composés de douze pages in-folio, correspondant aux douze mois, renfermant pour chaque jour l'office des saints et les légendes et hymnes qui s'y rapportent.
Le ménologe grec le plus célèbre est celui qui fut fait d'après les ordres de l'empereur Basile le Macédonien, au neuvième siècle, et qui fut publié, en 1727, par le cardinal Annibal d'Urbin.
Cest h S. Jérôme que, dans l'Église latine, on fait remonter le plus ancien martyrologe ; du moins Cassiodore lui en attribue un. Mais celui qui porte encore le nom de S. Jérôme, et qui a été souvent réimprimé, par exemple dans le onzième volume de l'édition de S. Jérôme de Vallat, renferme des additions postérieures. Grégoire le Grand parle d'un martyrologe en usage dans l'Église de Rome ; mais il est très-douteux que ce soit le même que celui de S. Jérôme. Au moyen âge ce furent notamment Bède le Vénérable, en Angleterre; Florus, Ado et Usuard, en France ; Rhaban Maur et Notker de Saint-Gall, en Allemagne, qui rédigèrent des martyrologes ; mais celui qui est parvenu jusqu'à nous sous le nom de Bède n'est pas authentique. Plus tard on vit paraître, pour diverses contrées et certains ordres monastiques, des martyrologes spéciaux , martyrologia particularia.
Le Martyrologe romain, au contraire, est unirer.se/, car il renferme des saints de tous les pays. Il fut édité en 1586 |
par Baronins, avec un savant commentaire, d'après les ordres de Grégoire XIII, et fut augmenté dans une nouvelle édition publiée par le R. P. Héribert Rosweid, Jésuite.
m a m* tu as (saint), évêque de Tagrit ou Maipherkat (Martyropolis), en Mésopotamie, est un des écrivains les plus célèbres de l'Église syriaque, en sa qualité d'auteur des Actes des martyrs.
11 fleurit à la fin du quatrième et au commencement du cinquième siècle.
Il raconte d'une manière attrayante, mais dans un style souvent trop recherché , les cruelles et longues souffrances que Sapor II fit endurer, pendant quarante ans de persécution, à l'Église de Perse. L'auteur présente , dans dix-huit histoires , les plus brillants exemples de l'héroïsme chrétien ; de temps à autre il ajoute à son récit des prologues et des épilogues, dans lesquels il prend parfois un élan tout à fait poétique.
Mais Maruthas mérita qu'on conservât son nom dans l'histoire de l'Église autant par ses vertus et les services qu'il rendit que par son talent d'écrivain. Il fut honoré de l'amitié de S. Chrysostome et se distingua par son savoir, son zèle épiscopal, et par le don des miracles.
D'après les données de plusieurs écrivains syriaques, il assista, en 380, au concile de Constantiuople, qui jugea Marédonius; au concile d'Antioche (383 d'après Baronius, 390 d'après Tïllemont) il contribua à la condamnation des Messaliens (I). Voulant raffermir la situation de l'Église chrétienne en Perse, il entreprit, en 403, un voyage à Constantinople , auprès de l'empereur Arcade, dans l'espoir de le déterminer a agir sur le successeur de Sapor, Jezdegerd, en faveur des Chrétiens.
(1) Fcy. MEftfULicmu
MARUTHAS (S.)- MASIUS
Mais l'empereur était alors impliqué dans les tristes démêlés dont S. Chrysostome fut la victime. Maruthas ne put aborder Arcade et quitta promptement Constautinople , où il revint toutefois Tannée suivante, toujours en vue d'améliorer le sort des Chrétiens de Perse, en même temps que pour prendre la défense de son illustre ami. S. Chrysostome lui écrivit deux lettres du lieu de son exil ; le saint patriarche parle avec éloge de son ami dans une lettre adressée à Olympias.
Théodose II, successeur d'Arcade, employa fréquemment Maruthas en qualité d'ambassadeur auprès de Jezdegerd , avec lequel il voulait contracter alliance, et dont Maruthas gagna l'estime et l'affection par ses éminentes qualités. Il parvint ainsi, malgré la haine et le fanatisme des mages, à rendre de grands services à l'Église chrétienne. Il était principalement appuyé dans ses efforts par l'évêque persan Abdas , avec lequel il délivra le fils du roi d'un démon qui l'obsédait.
Maruthas présida deux synodes à Ctésiphon, dans le but de relever la discipline qui s'était fort relâchée durant la persécution. Ces services ont rendu le nom de Maruthas cher aux Latins comme aux Grecs , aux Coptes comme aux Syriens.
Les Actes des martyrs, qu'il écrivit en syriaque, forment la première partie des Àcta SS. Martyrum orientalium et occidentalium , publiés en 1748 , à Rome, par Étienne Évode Assémani.
Zingerlé.
masius (André), né en 1516 à Lennich, près de Bruxelles, fut un des plus grands érudits et un des hommes d'État les plus remarquables du seizième siècle. Il s'adonna dans sa jeunesse à l'étude de la philosophie et du droit. Ses éminentes facultés lui procurèrent la place de secrétaire de l'évêque de Constance, Jean de Wèze. Une
mission à Rome, qu'on lui confia après la mort de l'évêque, lui donna l'occasion de demeurer assez longtemps dans la ville éternelle, et il profita de ce séjour pour se fortifier dans la connaissance du syriaque.
En général Masius avait un talent remarquable pour les langues ; outre plusieurs langues vivantes il possédait parfaitement le latin, le grec, l'hébreu, le chaldéen et le syriaque. Après son retour de Rome il devint conseiller du duc Guillaume de Clèves, et en 1558 il se maria. Il mourut chrétiennement à l'âge de 57 ans, en 1573.
Masius n'était pas un philosophe exclusif; il avait une immense érudition dans d'autres branches du savoir humain, à laquelle se joignait une grande sagacité ; de là le caractère critique que présentent ses travaux. Aucun savant de son temps ne le surpassa dans la connaissance de l'histoire et de la géographie anciennes et dans la critique de la Bible. Tel fut le jugement qu'en portèrent Séb. Munster et Richard Simon.
Masius, à la demande d'Arias Montanus, prit part à l'édition de la Polyglotte royale d'Anvers. Il fournit la paraphrase chaldaïque des premiers prophètes, des Psaumes, del'Ecclésiaste et du livre de Ruth ; en outre il composa un lexique syriaque intitulé : $yrorum Peculium (Anv., 1 571 , in-folio); puis une Grammaire de la Langue syriaque (Anv., 1571 in-folio), à ajouter à la Polyglotte. Son Commentaire sur le livre de Josué est un chef-d'œuvre de critique biblique, d'érudition historique et philologique. On le trouve dans les Ctitiques sacrés (Critici sa cri), Londres et Amsterdam, t. II.
On fit paraître comme supplément ses Annotationes in Deuteronomii caput XVI ad XXXIV.
Masius traduisit plusieurs fragments anciens et modernes du syriaque; cette
collection se trouve dans la Bibliothèque des Pères, de Margarin de la Digne, et dans les Critiques sacrés, deuxième édition. Ainsi il traduisit, par exemple, le Commentarius de Paradiso, ante annos DCC a M ose Bar-Cepha Syro scriptum, et S. Basilii AuTcu^îav, Anv., 1 569. Masius écrivit aussi une Disputatio de Coma Domini, contre les Calvinistes, et des observations sur quelques passages de Jérémie et des fcvangélistes. Il préparait des commentaires sur les livres historiques de la Bible lorsqu'il fut surpris par la mort. Dux.
MASORE , OU plutôt MASSORE
(rrjteç. îrçioçt njtoÇi WFf]iDD. "©jo*
proderet tradere). La massore est, à proprement dire , la tradition dans le sens le plus étendu ; mais on a appliqué spécialement ce nom à un certain travail des anciens rabbins sur le texte hébreu de la Bible; on a nommé ces rabbins des massorètes (rnÏDÇn *73£a), ils prirent principalement à tâche de fixer définitivement la forme et la prononciation du texte hébraïque de la Bible d'après les données de la tradition , qu'ils systématisèrent. Leur principal travail fut d'abord la vocalisation et Y accentuation du texte. En outre les massorètes rédigèrent une foule d'observations sur le texte hébreu de la Bible, premièrement se rapportant au fait même de l'existence de ce texte, secondement consistant en corrections de ce même texte.
A. Aux observations de la première espèce se rapportent :
to Les Jttur Sopherim , TE?
onsiD (1), les Tikkun Sopherim, ^ipn OnDÏD (2), et les points extraordinai-
(1) C'est-à-dire ornement de langage ; c'est une sorte d'invenion.
(2) C'est-à-dire rectification des scribes. Ce sont 13 textes révisés par convenance, dans des termes autres que ceux que le sens véritable
parait exiger; par exemple, "UTg? OîTDS
F.!\CV( L THÉOL. CATIf. — T. XIV.
MASORE 369
res(punctaextraord inaria, "Sy "np3), qui la plupart se trouvent déjà dans le Talmud, d'où les massorètes les ont tirés (1);
2° Les lettres extraordinaires, notamment celles qu'on appelle literx majusculx, minuscu/x, suspensx, inrersx, dont le Talmud fait aussi partiellement mention.
Ainsi la massore fait sur la première lettre de la Bible, le 3 de rprçxia,
l'observation : 1W 2, et sur le n de DH-iana, de la Genèse, I, 4, l'observa-
tion : "W n. Ces lettres reviennent si souventque les massorètes purentformer tout un alphabetum ex literis ma juscul is, mSna nvniKO an, et un al-
phabetum ex literis minusculis, 2 s mattp nrniNO, qui devient parfois même double et triple. A propos du : de Nombres, 10, 35, la massore remarque : rcVlSn yU (nun inversum), et
écrit d'après cela > - 3 , en ajoutant que cette manière d'écrire a lieu dans neuf passages, qu'elle cite comme exemples (2).
Elle remarque, à propos de pï, de
nrjo. Juges, 18, 30 : nnbn (nun suspensum), et ainsi de suite pour beaucoup d'autres endroits, n'indiquant que le fait, sans rien dire des causes (3).
M »3dS "TC?. Genèse, 18, 22. « Et Abraham se tint encore devant Dieu. » Le sens semblera^ exiger : « Et Dieu se mit encore devant Abraham. » DiTSK V; "TC? "1; mais ce tour de phrase eût Féché contre les convenances. (Rote du traducteur.)
(1) Cf. Revue Mm. de Tubingue, ann. 18A8, p. 601 sq.
(2) Cf. cependant Norti, Minchat Schuî, sur cet endroit.
(5) Il y a encore un troisième terme dont l'article du savant Dr Welle ne fait pas mention; c'est celui de 01910 M1pC« pronon-
3» Le nombre des chapitres (paraschot, sedarim), des versets, des mots, des lettres de chaque livre, l'indication des passages qui les partagent en deux. Ainsi, par exemple, quant au Pentateuque, elle remarque qu'il a 5845 versets, 290 paraschot ouverts, 379 fermés, et que le passage du Lévitique, 8, 8, ÏX\ yann n« vby Dt?n, le partage en deux. Une grande partie de ces indications se trouve déjà dans le Talmud.
Les massorètes ne les ont pas simplement adoptées, mais ils les ont développées, et en cas de besoin justifiées. Les talmudistes ne paraissent pas avoir à rénumération des mots et des
4° Diverses propriétés de certains versets.
Par exemple elle remarque, quant à
la Genèse, 4, 8, TpoS *P*D8 P3
piDS, c'est-à-dire que 28 versets finissent au milieu du verset, de sorte qu'à la seconde moitié du verset commence un sens nouveau.
A propos d'Exode, 32, 8, elle remarque : îro "pD WTVn ioD a, c'està-dire qu'il y a dans le Pentateuque deux versets qui commencent par D (1).
Il est dit, à propos de Nombres, 29, 37 :
do pnnian Sa ipon m Îdd a, c'està-dire qu'il y a dans le Pentateuque deux versets dont tous les mots se terminent par un □. Au verset 5, chapitre 29 de l'Exode, il est remarqué:
n*i in nu i m ira ^dd i, c'est-à-
ciation adoptée par les scribes. On entend par là la suppression des lettres quiescentes après
les voyelles, comme par exemple Kl*, bara qui se lit comme s'il y avait ; ou bien le
aent de voyelles par suite d'une pause,
V7k ,nj2 ^ y?? • W
pour D^yp. [Note du traducteur.)
f) Outre Bx<-1e, 82, 8. Nombres, 10, 19.
MASORR
dire qu'il y a trois versets dans lesquels se trouve trois fois T)H et trois fois
nu*
A propos de Nombres, 36, 8, il est remarqué: yilK S yiro TCS i, c'està-dire qu'il y a trois versets dont chacun a 88 lettres.
Aproposde Jérémie, SI, 7, il est remarqué : Dp psi ySo 30 ÎDS3 tvh
yn'N, c'est-à-dire que ce verset renferme 42 mots et 1G0 lettres.
5* Des observations sur certaines liaisons de mots ; par exemple elle remarque, quant au mot SipS, Genèse,
16, 2 : 1 Vtpb njPDV, c'est-à-dire que 1JW est construit dix-sept fois avec SipS. Au verset 21 du chap. 18 dÉzéchiel elle remarque : im ira IDD n nnvyi nsisn , c'est-à-dire que rmbn
est construit dans 8 versets avec ROT.
6° Des observations sur la signification de certains mots qui sont à considérer au point de vue de Vexégèse.
Ainsi au sujet de njh, Genèse, 29, 9,
il est remarqué : «nb 33 i, c'est-à-dire que ftfy se trouve trois fois dans trois sens différents. Les deux autres passages sont : Is. , 24, 1 9, et Prov. , 25 , 1 9 . Au sujet de San, Genèse, 29, 10, il est dit:
tnb *"irn 3, c'est-à-dire que ce mot se présente deux fois, mais dans deux sens différents. L'autre passage est Ps. 16,9.
A propos de Hîgi Ps- 22i 17« 11 est dit: unb nra ysOD à, c'est-à-dire que
TOO, avec le kamez sous le kaph, se présente deux fois dans deux sens différents. L'autre passage est Is., 38, 13, où il signifie « comme un lion, » ce qui
n'aurait pas de sens dans le psaume 7° Enfin une foule d'
Digitizec
fie
sur des voyelles, des accents, des signes diacritiques, des mots pleins ou défectueux, observations qui se trouvent souvent dans les éditions ordinaires de la Bible.
B. Les corrections massorétkjues sont surtout les leçons qui sont connues sous le nom de kéri, 'ïp, et qui s'écartent du texte écrit, kétib, 3'DD.
Elles sont, la plupart, d'une nature critique et exégétique, quelques-unes grammaticales et orthographiques, et 6e rapportent :
a. A des changements de lettres, comme quand, dans III Rois, 12, 33, en
place du kétib "T3bn il y a le kéri taSt?, ou quand, dans Ézéch., 25, 7, en place du kétib «S il y a le kéri
b. A des transpositions de lettres, comme quand, dans III Rois, 7, 45, au lieu du kétib SriRH il y a le kéri r^tfj, ou dans Prov., 23, 26, en place du kétib IQIV1 il y a le kéri nrixn;
c. Au remplacement de lettres qui manquent, au retranchement de lettres superflues, comme dans Amos, 8-8, où, en place du kétib np*?3, il y a le kéri n^pw-idans Jos., 8, 12, où, en place
du kétib w\ il y a \eUn *f) ;
d. A des séparations défectueuses de mots qu'elles corrigent, comme quand, au Ps. 123, 4, dans le kétib il y a QWNft, dans le kéri 0*W 'HjtS; ou, au Ps. 55, 16, dans le kétib niOW, dans le kéri
e. A des kéris grammaticaux ; ainsi il y a fréquemment, dans le Pentateuque, K*n pour KVi et TOa pour
f. A des kéris orthographiques, comme dans Ézéch., 27, 17, 0^3ni pourD^aim, et II Parai., 8, 18, riityj pourJWIK;
MASORE 371
g. A des kéris euphémiques, par exemple: IV Rois, 18, 27, *D'Ç D-T^l en place de D.Tru, et oniltt
pour D^SJT, dans I Rois, 5, 6, 9, 12.
On sait que le nombre des kéris de ce genre est très-conaidérable ; mais ils ne sout notés dans aucun manuscrit et dans aucune édition. Sous ce rapport ni les manuscrits ni les éditions ne sont d'accord, ce qui provient probablement de ce que la massore se forma peu à peu et plutôt encore de la négligence des copistes.
Outre ces kéris il faut mentionner encore les conjectures massorétiques, connues sous le nom de ^T3D. Les massorètes placent, à la marge de certains versets qui s'écartent de la construction ordinaire et de l'analogie gram* maticale, la version qu'ils pensent être le texte vrai. Ainsi la massore remarque à HÇ WPf n. Genèse, 19, 23 :
mH* |*TOO a, c'est-à-dire qu'il faut probablement lire, dans trois endroits, mtj en place de N3P; les deux autres endroits sont: Jér., 48, 45; Dan., 8, 9. àO^VO 3W, Exode, 4, 19, la petite
massore remarque : îlOUO *pT3D H, c'est-à-dire que, dans cinq passages, en
place de D^fP ■ faut ,ire nP^VP; la grande massore, en revanche, reprend l'observation avec i en place de n» et cite, outre Exode, 4, 19, cinq autres passages où il faut présumer nonïO en place de savoir: Genèse, 37,
36; 43, 15; Deut., 28,68; Jos., 24,5; I Rois, 12, 8.
Comme corrections massorétiques on rencontre souvent aussi les kéri veto kétib, 3W3 kSi np, et les kétib veto kéri, 'Hp N^i 3TD, que cependant on trouve déjà en partie dans le Talmud (I),
(1) Mdarim, fol. 57 6,58 a.
MASORE
et qui, par conséquent, remontent encore plus haut. Dans le premier cas il s'agit de mots qui doivent être lus quoiqu'ils ne soient pas dans le texte : le texte a alors un espace vide, que remplissent les voyelles du mot qu'il faut lire : le mot est placé à la marge ; dans le second cas il s'agit de mots qui ne doivent pas être lus quoiqu'ils se trouvent dans le texte ; ils sont, pour ce motif, privés de points voyelles, quoique le reste soit vocalisé, et ils sont reconnaissables par là. Ainsi, par exemple, la massore, aux mots 'S», Ruth, 3, 5, Ruth, S, 17, ano, Jérém., 31 , 38, remarque expressément : np a»ri3 «S% et, à l'inverse, aux mots fî\ Jérém. 51, 3, WDTI, Ézéch., 48, 16, elle dit : np «Si 3713.
On peut plus facilement induire Vépoque à laquelle naquit la massore de son contenu et de ses rapports avec le Talmud que de ce que les rabbins disent à ce sujet. Ils ne sont pas d'accord entre eux, et une partie de leurs données sont évidemment inexactes. Quelques-unsdésignent la massore par l'expression HdSh ITCO nwob, comme une œuvre provenant de Moïse (1); d'autres la considèrent comme un des nombreux travaux d'Esdras, notamment Juda Lévita dans le livre Cosri (2), et plus tard Élias Lévita (3), dans le Massoreth Hammassoreth , dont l'opinion a été adoptée par plusieurs savants chrétiens, tels que Buxtorf, Bartolocci, Wolf; d'autres enfin l'estiment l'œuvre des savants de Tibériade, après la clôture du Talmud, comme Aben-Esra dans
(«) Cf. Carpzow, Crit. sacr., p. 285.
(2) Voir Cosri, III Part., g 31.
(3) L'opinion d'Élias Lévita est que les auteurs de la massore n'ont existé qu'après la clôture du Talmud. Il attribue la même opinion au Cosrl. Voir la préface du Massoreth Hammassoreth. [Note du traducteur.)
son Zachut, et beaucoup d'autres après lui.
Les deux premières opinions sont insoutenables, et la dernière mérite évidemment la préférence, en tant qu'elle ne prétend pas rapporter tout ce qu'il y a dans la massore à des temps postérieurs au Talmud ; car, en somme, la massore appartient incontestablement à une époque postérieure au Talmud, ce qui résulte déjà suffisamment de ce que le Talmud ne connaît pas encore les voyelles et les accents du texte hébraïque de la Bible. On lui a, il est vrai, attribué cette connaissance, à cause de quelques assertions qu'il renferme, notamment à cause de la fréquente apparition de rtipnS ON W et de rrnpoS an r; or, dans ces cas, il ne s'agit pas de voyelles et d'accents, ni en général de ce que nous comprenons sous le nom de massore, mais de certains artifices exégétiques des anciens rabbins (I).
Du reste il est dans la nature de la chose qu'une œuvre telle que la massore ne soit pas née tout d'un coup. Les observations dont elle donne les résultats, les comparaisons et les combinaisons sur lesquelles elle s'appuie, ne purent être faites que peu à peu, dans le cours d'un temps assez long, et Élias Lévita, qui l'attribue à Esdras, il est vrai, mais qui en rapporte la continuation et l'achèvement à un temps bien postérieur, a certainement raison lorsqu'il dit qu'il y a eu des centaines et des milliers de massorètes à travers de nombreuses générations, et qu'on ne peut déterminer exactement ni le commencement ni la fin de cette œuvre (2)* car, quoique l'époque du travail des massorètes soit connue en général, on ne
(1) Voir Revue trimestr. de Tubingue, 1842, p. ftS sq.
(2) Cf. Buxtorf, Tiberias, riut Massorethicvs, etc., p. 3.
MASORK
sait, en aucune façon, jusqu'où elle s'étend et où elle s'arrête.
Les rabbins du moyen âge avaient déjà une haute opinion de Y importance de la massore; ils la désignent comme la clôture de la loi, îTTinS VD (i), et en parlent de la manière la plus respectueuse. Aben-Esra, par exemple, dit, au commencement de son min TlD\ que c'est aux efforts des massorètes seuls qu'on doit d'avoir conservé la loi de Dieu intacte et d'avoir préservé les livres saints de toute addition, de tout retranchement arbitraires. Élias Lévita revendique de la même manière, en faveur des massorètes, le mérite d'avoir conservé l'Écriture sainte dans sa parfaite intégrité, ajoutant que sans eux elle aurait eu le sort d'autres livres, qu'elle aurait été défigurée comme ceuxci, et qu'on ne saurait plus au juste ce qui appartient au texte sacré et ce qui ne lui appartient pas. Quelle que soit l'exagération de ces jugements, on ne peut approuver l'opinion de certains rabbins du moyen âge (2) et de maints savants modernes qui, de leur côté, déprécient trop la massore. Il est certain que les massorètes empêchèrent le texte hébraïque de la Bible d'être défiguré et corrompu; le dénombrement purement mécanique des versets, des mots et dus lettres, était un moyen pénible, mais un excellent moyen de garantir le texte contre les additions et les retranchements. Ce qu'on désigne comme des minuties qui ne valent pas la peine d'être notées (3), comme par exemple la nomenclature des particularités remarquables de certains versets ou l'énumération de certaines constructions, n'était pas inutile dans le but que nous venons d'indiquer. Les observations
(1) Cf. Carpz., I. c, p. 290.
(2) cr. Buxtorf, 1. c, p. *7 sq.
(5) Eiclihorn, lntrod., I, M7.
critiques et exégétiques conservent d'ailleurs leur valeur comme vieilles traditions. Sans doute il serait à désirer qu'une main intelligente mît de l'ordre dans les matériaux massorétiques, qui ne sont pas classés et qui trahissent toutes sortes de négligences (1).
Nous avons déjà remarqué qu'il y a une grande et une petite massore. La petite massore (massora porta, "Pïp
mnonn ou rusp miOD) donne
les observations en termes abrégés et techniques, ordinairement à la marge du texte, et se nomme souvent par ce motif massora maryinalis; la grande massore (massora magna, rTVIOOn nSna ou «nai mica ) se trouve habituellement au-dessus et au-dessous du texte de l'Écriture, et sert à compléter la petite massore, ou encore, ce qui revient au même, la petite massore est un extrait de la grande. Quand, par exemple, la petite massore remarque, au
mot Sgl, Gen., 29, 10 : t>S *TTP i»
la grande massore, dans ces cas, indique les passages dont il s'agit, soit par les mots du commencement, soit par quelques autres expressions remarquables. En outre on distingue encore une massore finale (massora / t/is% massora maxima, massora magna fina~ lis). C'est une espèce de concordance/' qui indique dans l'ordre alphabétique les mots et les passages sur lesquels les massorètes ont eu des observations à faire.
Comme la massore dont nous avons parlé provient principalement des savants de Tibériade, on pourrait aussi l'appeler la massore de Palestine, par opposition à celle de Babylone,qui naquit à peu près en même temps dans les écoles de Sora,de Nahardéa et dePombéditha, mais dont nous savons peu de chose. Il paraît qu'il ne s'eu est rien conservé qu'un
(1) Eichhorn, 1. c, p. W3.