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volonté de croire, et il n'est pas tellement corrompu par le péché d'Adam qu'il ne puisse pas même avoir la volonté d'être guéri. On ne nie pas la grâce en faisant précéder la volonté, puisque la vie éternelle n'est acquise que par ceux qui, ayant volontairement cru en Dieu, ont reçu, par le mérite de leur foi, merilo credulitattii l'assistance de la grâce.
Le don même de persévérance peut se combiner avec le libre arbitre; car l'homme peut se procurer cette grâce par la prière ou il peut la perdre par son orgueil.
Un des plus habiles défenseurs de la doctrine semi-pélagienne à Marseille était un disciple de S. Chrysostome, Jean Cassien , qui avait acquis une influence marquée sur les moines des Gaules par ses écrits et par sa position de supérieur de deux couvents renommés. Cassien (1) admettait, il est vrai, que tout bien, même toute bonne pensée, vient de la grâce de Dieu ; mais il ajoutait que de notre propre nature dépend souvent le commencement d'une bonne volonté qui d'ailleurs ne peut devenir vertu complète sans l'assistance divine. Cassien tenait des conférences avec les anachorètes du désert de Scythie, et il en a transmis le récit à la postérité. Les renseignements donnés par S. Prosper, et ensuite par S. 11 i la ire, à S. Augustin, firent de l'impression sur ce dernier. 11 écrivit , pour se justifier, contre ses adversaires des Gaules, vers 428 ou 429, deux livres qu'il dédia à Prosper et à Hilaire. Il y blâme ses adversaires de ne pas attribuer à la grâce de Dieu le commencement de la foi, comme son accroissement, en voulant faire dépendre la grâce de la conduite de l'homme, etc., etc. Dans son livre de Dono persevei'antix S. Augustin démontre que la persévérance est aussi un don de la grâce divine, que presque toute 10- (i) Foy, Cassien.
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raison dominicale est une demande de persévérance , etc. Du reste la doctrine des Massi liens avait trouvé de l'écho non-seulement chez les moines (le pieux Vincent de Lérins, lui-même, ne fut peut-être pas tout à fait exempt de la contagion), mais chez les évêques , tels que Faust de Riez (1), Gennade de Marseille (2) ; ce qui put amener ce résultat, ce fut probablement l'exposition de la doctrine de S. Augustin (3), poussée jusqu'à l'exagération des termes les plus durs. Dux.
HASSIU.ON (Jean-Baptiste) naquit en 1663 à Hyères,en Provence, où son père était notaire. En 1681 il entra dans la congrégation de l'Oratoire ; ses heureuses dispositions attirèrent bientôt sur lui l'attention de ses supérieurs. Il composa à cette époque deux panégyriques de saints et deux oraisons funèbres, l'une de M. de Villars, archevêque devienne, l'autre deM.de Villeroy, archevêque de Lyon. Dans le premier de ces discours il exposa son opinion sur les oraisons funèbres de l'époque, qui, disait-il, ne parlaient que de politique et d'affaires mondaines à propos de la mort. Du reste ces deux discours trahissaient la jeunesse de l'auteur. A l'âge de trente-trois ans il fut appelé à diriger le séminaire de Saint-Magloire, à Paris, et il y composa cinq conférences sur l'excellence du sacerdoce, sur la fuite du monde, l'ambition des clercs , la communion , le zèle du prêtre contre les scandales. Ces discours révèlent beaucoup de zèle, d'intelligeuce et d'expérience ; le style en est vif et simple , mais n'a pas encore l'ampleur oratoire que Massillon développa plus tard, et qui, d'ailleurs, n'aurait pas été à sa place en cette occasion. Le succès de ces conférences le décida à se consacrer à la chaire chré*
(1) F oy. Falst.
(2) Foy. Genpade.
(3) Foy. Augustin 8).
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tienne, qui jetait alors un si grand éclat dans T Église de France.
Le Pere de la Tour, général de l'Oratoire, lui ayant demandé ce qu'il pensait des orateurs sacrés de Paris , il répondit : « Je leur trouve bien de l'esprit et des talents ; mais, si je prêche, je ne prêcherai pas comme eux. » Massillon avait pris son parti et fait sa part. Ses grands devanciers, Bossuet (1) et Bourdaloue (2), avaient épuisé tout ce que le génie oratoire peut déployer de force et de logique ; il restait le côté du sentiment ; ce fut celui auquel Massillon s'attacha. Mais Massillon n'entendait pas par l'éloquence du sentiment le simple ébranlement produit par les effusions d'une âme sentimentale ; il ne prétendait pas exciter de vaines émotions ; il voulait remuer , ébranler et attendrir le cœur dans un but élevé, en faveur de la foi et de la piété, faire servir les passions du cœur à sa sanctification, en les transformant en passions nobles, généreuses et pures.
S'il parvint au succès éclatant qu'on connaît, il le dut non-seuleirîent à son talent, à sa profonde et vive sensibilité, à sa sérieuse étude du cœur humain, mais encore à l'esprit de son temps, aux mœurs de la société polie au milieu de laquelle il parut, société dont la langue avait été anoblie et perfectionnée par des écrivains et des orateurs tels que Bossuet, Fénelon, Pascal , par des poètes tels que Corneille et Racine. Massillon trouva une langue toute faite et une langue parfaite. Les désordres de son temps excitèrent sa verve et provoquèrent son indignation, et sou éloquence déborda contre les vices de ses contemporains comme un torrent dont les obstacles redoublent l'énergie.
Eu même temps la vue du mal qu'il avait à combattre lui inspira cette mélancolie touchante et celte tristesse
(1) Foy. Bossuet.
12) Foy. Bourdaloue.
grave et profonde qui font le charme de ses discours. Il parvint ainsi à une éloquence originale, qui excite à la fois les émotions les plus fortes et les plus délicates, qui pénètre l'âme, provoque ses larmes , la subjugue et la contraint à reconnaître sa misère et à invoquer Dieu, son unique sauveur. Quand Massillon parle, l'émotion augmente à mesure qu'il avance. Sa profonde connaissance du cœur, sa vive et féconde imagination lui suggèrent sans cesse de nouveaux arguments , des motifs nouveaux ; il épuise, jusque dans ses moindres détails, la pensée qu'il poursuit; rien ne manque au tableau vivant qu'il fait du cœur, de ses passions, de ses aspirations, de ses luttes, de ses revers, de ses victoires.
Il suppose le devoir connu, et, partant de là, il montre combien les Chrétiens le remplissent mal; il oppose la loi divine aux mœurs générales ; il se met à la place de son auditeur fasciné; il entre dans ses vues, il scrute ses plus iutimes pensées, il prend un à un ses motifs d'excuse et en démontre irrésistiblement le mensonge et la vanité. Ses tableaux sont aussi variés que sincères ; tantôt sa parole est sérieuse , menaçante, terrible : elle effraye; tantôt elle est douce, suave, attrayante, et alors elle touche, émeut et édifie. Il n'entasse pas les pensées sur les pensées; un petit nombre d'idées lui su! lit pour remplir amplement le canevas d'un discours, tant son imagination est riche, sa langue abondante, ses ressources inépuisables. Si son style n'est pas hardi, s'il ne s'élève pas rapidement et d'un bond, jamais il ne tombe à plat ; il est toujours calculé, mesuré, adapté au sujet ; rien ne manque à l'élégance, à l'éclat, à la noblesse, à la pompe, à l'harmonie de ce langage; il évite toute image forcée, toute expression exagérée, tout ce qui serait bizarre et boursouflé. Jamais dans ses discours on ne I sent le travail ; les expressions coulent
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d'elles-mêmes, et si, en revenant sur les mêmes pensées, il ne peut éviter de faire parfois sentir la pénurie du fond, son style échappe toujours à la monotonie et sait tour à tour être abondant et bref, plein et précis.
Ses premiers essais de prédication proprement dite eurent lien à Montpellier en 1698; ils émurent à un haut degré. En 1699 il parut avec beaucoup de succès à Paris , et Bourdaloue, en l'en tendant , dit ! « Il faut qu'il grandisse et que je diminue. »
La même année il parut à la cour comme prédicateur de TA vent, et inaugura son premier sermon de la Toussaint par un compliment plein de délicatesse. En 1701 et 1704 il prêcha le Carême à Versailles devant le roi et la cour. « Mon Père, j'ai entendu plusieurs grands orateurs dans ma chapelle , lui dit Louis XIV à la fin de sa station ; j'en ai été fort content; pour vous, toutes les fois que je vous ai entendu , j'ai été très-mécontent de moi-même. — Désormais, ajouta-t-il, je veux vous entendre tous les deux ans. » Mais Massillon ne revint à la cour qu'en 1718, pour y prêcher son Petit Carême. Ce sont ces sermons de l'A vent et du Carême qui, avec les sermons sur les Mystères, ont fondé à jamais la gloire de Massillon. Il y déploie toute la pompe de son inimitable langage. Si le plan et le fond étaient au niveau de la forme et de l'expression, rien n'égalerait la perfection de ces chefs-d'œuvre d'éloquence chrétienne. Les plus beaux de ces sermons traitent : du bonheur des justes, de la mort du juste et du pécheur, du jugement universel, du délai de la conversion, de la divinité de Jésus-Christ, de la parole de Dieu, de la vérité d'un avenir, de la rechute, de l'impénitence finale, du petit nombre des élus, du mélange des bons et des méchants, de la mort, de l'aumône, du pardon des offenses, de la soumission
à la volonté de Dieu, des caractères de l'esprit de Jésus-Christ et de l'esprit du monde.
En 1718 Massillon fut appelé aux Tuileries pour prêcher le Carême devant le roi Louis XV, âgé de huit ans. Il y avait longtemps que Massillon était éloigné de la cour ; H pensa que ses anciens discours de Carême étaient trop sérieux et seraient inintelligibles pour le jeune roi ; il résolut d'en composer de nouveaux , et dans le court espace de trois à quatre mois il acheva son Petit Carême, dont rien n'égale le style harmonieux, élégant, abondant et varié.
La prose française n'a pas été au delà. L'œuvre est également parfaite au point de vue moral; personne n'a mieux connu les mœurs des grands que Massillon; il semble avoir toujours vécu au milieu de leurs jeux, de leurs intrigues et de leurs plaisirs ; il semble avoir vu leur cœur à nu, tant il est vrai, saisissant, complet, quand il décrit leurs passions, leur ambition, leur hypocrisie, leurs désordres. Mais au point de vue religieux le ^etit Carême est une grande enreuT. Au lieu de parler de Jésus- Christ, de sa grâce, qui dirige le cœur des rois et des peuples, et d'inspirer au jeune roi de tendres sentiments à l'égard du Sauveur du monde, il ne parle que de morale ; il met à l'arrière-plan les vérités religieuses qui ébranlent ou consolent ; même le vendredi saint il parle non des souffrances de Notre-Seigneur, mais des obstacles que la vérité trouve dans le cœur des grands. Sans doute personne n'avait oublié combien les passions de Louis XIV avaient été fatales au peuple et au pays.
Les oraisons funèbres du prince de Conti, du Dauphin, de Louis XIV, de Madame , duchesse d'Orléans , datent des années 1709, 1711, 1715, 1721.
Ses panégyriques des saints et ses oraisons funèbres sont ses œuvres les plus faibles ; elles sont froides, arides,
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