‹ Dictionnaire encyclopédique de la thélogie catholiqueChapitre 169 sur 224 · MAUR (CONGRÉGATION DE S.) — MAURES · texte numérisé non relu

MAUR (CONGRÉGATION DE S.) — MAURES

d'ailleurs pour chaque religieux un véritable honneur que d'appartenir à un institut qui pouvait se glorifier de l'estime universelle et d'être l'asile des hommes les pluséminents du siècle. Toutefois la meilleure garantie de la prospérité de la congrégation se trouvait dans le caractère religieux et moral de ses membres. Quoique la science, à laquelle la congrégation se voua avec tant d'ardeur et qui lui valut une si grande renommée, n'eût pas été le but spécial de la réforme , son premier général, Grégoire Tarisse (1630-48), eut une prédilection particulière pour les jeunes gens chez lesquels il discernait du talent et de l'émulation. Bientôt on arrêta que les jeunes Bénédictins qui auraient terminé leurs études, et qui feraient preuve de capacités particulières et d'un goût prononcé pour les travaux scientifiques, seraient transférés dans des maisons où ils pourraient poursuivre leur instruction. C'était parmi ces jeunes moines lettrés et zélés qu'on choisissait les maîtres des novices, les professeurs de séminaires (dans lesquels on élevait de jeunes gentilshommes) et les bibliothécaires des divers couvents.

D'autres religieux étaient chargés de travaux particuliers, qui devenaient le plus souvent la tâche et le but de leur vie entière. Au commencement ces travaux se bornèrent à recueillir des matériaux pour l'histoire des couvents de la congrégation et pour celle des saints, ce qui naturellement les amena à des études et à des travaux paléographiques et diplomatiques plus considérables.

Dans la suite l'activité des Bénédictins de Saint-Maur s'teudit sur toutesc les branches de la science. Ce n'est pas ici le lieu d'entrer dans des détails sur leurs immenses travaux. On peut consulter à ce sujet une excellente dissertation de Herbst, dans la Rerue trimestrielle de Théologie de Tubingue,

ann. 1833 et 1834 : les Services rendus à la science par les Bénédictins de Saint-Maur.

Malheureusement cette congrégation, ' autrefois si florissante, succomba à la tourmente de la Révolution. Elle fit de vaines tentatives pour renaître en 1816. En 1833, grâce aux efforts de Dom Guéranger, l'abbaye de Solesme, dans le diocèse du Mans , redevint un foyer de vie religieuse et scientifique. Si les religieux de Solesme parviennent à achever l'œuvue capitale de la Gallia Christiàna , ils auront ressuscité la gloire des anciens Bénédictins.

Voyez BÉNÉDICTINS.

Fehb.

MAUR RHABAN. V. RhABANMaUR.

maures (en Espagne). On désigne sous le nom de Maures le peuple qui naquit, au nord de l'Afrique, du mélange des Berbères et des Arabes, lorsque ceux-ci conquirent au septième siècle l'ancienne Mauritanie, en l'arrachant, avec, le concours des Berbères, au pouvoir de Byzance. L'Afrique septentrionale devint alors une partie du grand califat dont la capitale avait été transférée de Médine à Damas, depuis l'élévation des Ommiades au trône (660 après J.-C.)

,Les Arabes , impatients de répandre l'islam et d'agrandir leurs conquêtes, jetèrent les yeux sur les rivages de l'Espagne, situés en face de leurs possessions africaines ; ils y firent bientôt des incursions; mais ils en furent repoussés avec de grandes pertes, en 672, par le vaillant roi des Goths (Espagnols) Wamba. Cependant les dissensions intestines de l'Espagne leur ouvrirent bientôt l'accès de la péninsule. Un des successeurs les plus immédiats de Wamba, Wttiza , avait fait crever les yeux à Théofried, duc de Cordoue. Roderic, fils de ce malheureux prince, se révolta enteee Wittiza et s'empara du trône en 7 10. Mais les fils du roi dé-

MAURES

trôné, alliés à leur oncle Oppas, archevêque de Seville, et au comte Julien, gouverneur de Septura (Ceuta), voulant renverser Roderic, qui leur était odieux, appelèrent à leur secours Musa, gouverneur de l'Afrique. Dès 711 Tank, commandant en son nom une armée arabe, parut à la pointe méridionale de l'Espagne et gagna une grande bataille près de Xérès de la Frontéra.

Roderic succomba avec la majeure partie de son armée. Musa rejoignit à la tête de nouvelles troupes celles de son général victorieux, conquit en moins de cinq ans presque toute la péninsule pyrénéenne, et fonda ainsi la domination des Maures en Espagne.

Un rejeton de l'ancienne maison royale, Pélayo, seul, conserva, dans les montagnes septentrionales des Asturies , de la Biscaye et de Castille , un royaume chrétien, qui, malgré sa petitesse, maintint son indépendance.

Dans les Pyrénées occidentales les Basques surent aussi défendre leur liberté contre les Maures, comme ils l'avaient su garantir autrefois contre les Visigoths (1). Tout le reste de l'Espagne tomba au pouvoir des Mahométans, fut incorporé au grand califat, mais s'en sépara bientôt et se transforma en un califat indépendant. Le califat de Cordoue (756) devint la patrie des arts, du luxe et des mœurs les plus dissolues.

Charles Martel (2) arrêta le cours des victoires des Arabes par la sanglante bataille de Poitiers (732). Les Maures complètement défaits ne songèrent plus jamais à franchir les Pyrénées. Le petits-fils de Charles Martel, Charlemagne, attaqua les Maures en Espagne, leur reprit une partie de leurs plus récentes conquêtes, qu'il fondit dans la grande Marche espagnole, dont, après

(î) Foy. Goths.

(2) Voy. Charles Martel.

sa mort , se forma une série de petits royaumes chrétiens, en dernier lieu le royaume de Navarre et le comté de Barcelone ou la Catalogne. Ainsi, peu à peu, les Espagnols secouèrent le joug musulman; le petit État de Pélayo parvint, au terme d'une lutte heureuse, à s'agrandir aux dépens des infidèles, et forma, au commencement du dixième siècle (918), le royaume de Léon et le comté de Burgos ou la Castille. Au milieu du onzième siècle on vit se fonder de nouveaux États espagnols , plus considérables que les précédents. En 1028 le comté de Castille échut en héritage a Sanche III, major de Navarre.

Un acte de partage le transmit à son fils Ferdinand ( 1035), comme un royaume particulier. Ferdinand ayant, trois ans après, également hérité du royaume de Léon et de la Galice, ces trois États formèrent dès lors, non pas, il est vrai, sans interruption, mais, à dater de Ferdinand III (1230), d'une manière permanente et pour toujours, le plus grand des royaumes chrétiens d'Espagne , destiné à affranchir définitivement la péninsule pyrénéenne de la domination des Maures. En 1084 Tolède, l'antique résidence des Visigoths, retomba entre les mains des Chrétiens et devint la capitale de la Castille.

Cet État trouva de bonne heure un puissant voisin dans PAragon, qui, insignifiant d'abord, s'éleva et se fortifia rapidement. L'Aragon, jusqu'alors portion de la Navarre, était, par le même partage que la Castille, devenu en 1035 un royaume à part sous le sceptre de Ramirc, fils de Sanche. Des héritages et des conquêtes l'agrandirent successivement, et, après s'être uni à Barcelone par mariage, l'Aragon (1137) occupa bientôt le second rang parmi les États chrétiens de l'Espagne, tandis que la Navarre demeura au troisième rang, et tomba même au quatrième lorsque I Alphonse VI, roi de Léon et deCastille,

MAURES

39fJ

eut assigné h son gendre , Henri de Bourgogne , comme comté héréditaire, le Portugal, côte occidentale de la péninsule arrachée aux Maures.

Des partages analogues faits entre des fils et des filles affaiblirent et divisèrent à plusieurs reprises les royaumes espagnols, jusqu'au moment où Ferdinand III (I) réunit pour toujours, en 1230, la Castille, Léon et la Galice, et qu'il en advint de même, en 1319, pour l'Aragon, Barcelone et la Catalogne.

Tant que l'Espagne fut divisée en nombreux États chrétiens snns cesse eu lutte les uns avec les autres, les Maures n'eurent pas grand'chosc à redouter ducourage, d'ailleurs héroïque, des chevaliers espagnols.

Mais les Maures eux-mêmes se divisèrent entre eux durant les trois premiers siècles de la conquête, si bien que fréquemment les parties recouraient à l'assistance des Chrétiens, et f militaient ainsi le sucées de leurs armes.

D'ailleurs, à l'époque où la Castille et l'Aragon conquirent leur indépendance et leur grandeur, la race des Ommiades qui régnait à Cordoue s'éteignit (1038), et le califat, unique jusqu'alors, se partagea en une série de petites principautés, comme autrefois l'empire de Macédoine après la mort d'Alexandre le Grand. Si déjà le califat avait eu des pertes à subir au nord de la part des Chrétiens, à plus forte raison les petites principautés, divisées entre elles, furentelles faeilement vaincues, et deux générations après l'extinction du califat la moitié de la Péninsule, jusqu'au Tage, était conquise par les Chrétiens, graYe surtout aux exploits du Cid Campéador (t 1090).

Les pertes succédèrent rapidement aux pertes : la superbe capitale des Maures, Cordoue, tomba entre les mains

(1) Foy. Fei.dinand III.

d"s Castillans, et vers le milieu du treizième siècle il ne restait de l'empire des Maures en Espagne que la ville et le petit royaume de Grenade, composé d'une langue de terre étroite, longeant les rives méridionales de l'Espague; mais une terre féconde , un climat incomparable en faisaient un paradis terrestre ; les habitants de Grenade, riches, lettrés, doués à la fois du génie le plus poétique et du caractère le plus chevaleresque, mêlaient avec goût les mœurs orientales aux habitudes de l'Occident.

Grenade, couverte par la mer, fortifiée par la nature et par l'art, était plus forte encore par le courage de ses défenseurs, par les ressources que lui fournissaient les arts, le commerce et la richesse, et le voisiuage des Musulmans de la côte d'Afrique. Grâce à ces immenses ressources, Grenade, toute petite qu'elle était, sut encore se maintenir dans son indépendance pendant plus de deux cents ans. Cependant elle approchait de sa fin.

Le 19 octobre 1469 Ferdinand, héritier d'Aragon, épousa Isabelle, héritière de Castille. Isabelle entra dès 1474 en possession de ses États ; Ferdinand, de son côté, prit possession des siens dès 1479. A peine les deux époux se furentils solidement établis sur leur trône qu'ils dirigèrent leurs reginls vers les contrées méridionales de l'Espagne, d'où depuis près de huit cents ans le croissant avait chassé la croix du Sauveur.

Les Maures, en attaquant les Espagnols, donnèrent à Ferdinand et à Isabelle l'occasion qu'ils attendaient depuis longtemps, et Ferdinand s'écria :

« Nous arracherons jusqu'au dernier pépin de cette Grenade. » Muley Abul Haken, roi de Grenade, rompit les relations amicales qu'il avait entretenues jusqu'alors avec la Castille, s'empara do Zahara (1481), forteresse des frontières, et en emmena toute là* population à Grenade. Les Espagnols se vengèrent

MAURES

d'abord par la conquête hardie de la riche et formidable forteresse d'Alhama (28 févr. 1482), et les plus avisés d'entre les Maures comprirent que c'était l'avant-coureur des derniers malheurs. En effet Ferdinand continua la guerre. Il fut d'abord battu. Il éprouva de grandes pertes devant la forteresse de Loja , et son armée eut un triste sort, au mois de mars de Tannée suivante, dans les défilés de l'Axarquia, près de Malaga, où elle fut presque entièrement anéantie. Mais les Maures se divisèrent entre eux ; Abu Abdallah ou Boabdil (comme le nomment les Espagnols) se révolta contre sou père, Abul- Haken, et lui arracha la plus grande partie de son royaume et sa capitale. Le vieux roi fut réduit à Malaga , tandis que le jeune prince régnait à Grenade, au détriment de la puissance génémle des Maures, que cette division affaiblit et paralysa.

Un mois après la défaite des Chrétiens dans les ravins de l'Axarquia, ils livrèrent bataille près de Lucéna (2 1 avr. 1483) et s'emparèrent de Boabdil, qu'Isabelle ne rendit à la liberté qu'à la condition qu'il payerait un tribut annuel, comme vassal de Castille, qu'il laisserait aux troupes espagnoles le libre passage à travers sou royaume et leur fournirait des provisions dans leur marche coutre son propre père. Son retour dans sa capitale renouvela la guerre civile, et pendant cinquante jours et cinquante nuits le sang maure, versé par la main des Maures, coula dans Grenade.

El-Zagal, c'est-à-dire le Brave, frère du vieux roi , levait renversé du trône et luttait avec acharnement contre son neveu Boabdil, tandis que le sort favorisait, quoique lentement, les armes espagnoles. Les forteresses maures tombèrent les unes après les autres entre les mains des Chrétiens, et au mois d'août 1487 la florissante ville de Malaga fut contrainte de se rendre. Deux

ans après, les Espagnols prirent Baga, capitale d El-Zagal, qui, désespérant de son sort, renonça, en décembre 1489, au trône de ses' ancêtres. Ainsi une partie du royaume des Maures se trouvait reconquise. Dès lors les vjjles fortes furent occupées par les vainqueurs; les Maures durent se retirer dans les faubourgs et les villes ouvertes, tout en conservant leurs propriétés, leur religion, leurs lois et leurs usages, et en n'acquittant envers la couronne de Castille que ce qu'ils avaient payé jusqu'alors à leurs propres souverains. Isabelle avait plus contribué à ce succès que le plus vaillant des capitaines ; couverte d'une armure, elle parcourait les rangs de ses soldats, les animait par sa présence, et étonnait jusqu'aux plus vieux héros de son armée par son coup d'oeil et son intrépidité.

Elle déploya une énergie singulière à pourvoir à toutes les nécessités de la guerre, mettant ses joyaux en gage, enrôlant de nouvelles troupes, veillant à ce qu'il ne manquât rien à ses soldats, visitant les blessés, pour lesquels elle inventa l'établissement des ambulances. Comme cette guerre n'était pas purement politique à ses yeux, elle sut entretenir dans son armée la pensée qu'on se battait pour l'honneur de la croix; les combats commençaient et se terminaient par des prières et des actes religieux; toute dispute était défendue, tout jeu prohibé ; aucune courtisane n'était tolérée dans le camp des Chrétiens. De toute l'antique puissance des Maures il ne restait plus que le faible Boabdil, avec la moitié de son royaume, dépendant de la Castille, dont l'appui seul le soutenait sur le trône. Boabdil avait promis de livrer sa capitale dans le cas où El-Zagal renoncerait à ses droits. Mis en demeure par Ferdinand d'accomplir sa promesse, puisque le moment en était venu , qu' El-Zagal ne régnait plus, Boabdil eut recours à des

MAURES

faux-fuyants, prétendit qu'il n'était pas libre et qu'il ne pouvait tenir sa parole. Il disait probablement la vérité, car le peuple maure se souleva avec une énergie nouvelle contre les Chrétiens, et Grenade, défendue par ses mille trente tours, semblait pouvoir délier toute espèce d'ennemi. En effet la première expédition entreprise par Ferdinand contre Grenade échoua complètement, et ce ne fut que Tannée suivante que les Maures commencèrent à perdre le courage et l'espoir, lorsqu'ils virent s'élever en face de Grenade même, avec une étonnante rapidité, la ville de Santa- Fé, et qu'ils reconnurent que les Espagnols étaient bien résolus à ne plus quitter la place.

Isabelle avait donné le nom de Santa- Fé à la ville nouvelle parce que d'une part la guerre était à ses yeux une véritable croisade, et que d'autre part elle croyait fermement au succès définitif de son entreprise. Son espoir ne fut point déçu, et le 2 janvier 1492 elle entra dans la capitale des Maures, où elle reçut l'hommage du deruier prince de la race vaincue. Boabdil quitta la terre de ses aïeux en soupirant et en jetant un suprême regard sur Grenade du haut du rocher qui garda le nom d>/ ultimo sospiro del Moro. Réduit à une petite principauté dans les monts d'AIpuxarras, il l'abandonna bientôt pour aller mourir parmi ses coreligionnaires en Afrique.

Son peuple obtint des conditions encore plus douces que celles qui peu d'années auparavant avaient été accordées au peuple d'EI-Zagal; il eut le droit de conserver intégralement ses propriétés, son culte, ses mosquées, ses lois nationales, ses usages, ses autorités, les anciens impôts, dont il fut même affranchi durant les trois premières années. Du reste tout Maure pouvait ëmigrer, s'il le voulait.

Ainsi s'était enfin réalisé le vœu que

EACÏCL. TI1ÉOL. CATlt • - T. XIV.

presque tous les Espagnols avaient formé depuis près de huit cents ans; l'antique honneur était rétabli : il avait fallu, comme à Troie, dix ans pour renverser une puissance florissante depuis huit siècles.

Toute l'Europe prit part à la joie de l'Espagne ; les souverains rivalisèrent avec Rome pour célébrer par des fêtes somptueuses l'issue d'une lutte si heureuse pour la Chrétienté. Le Pape accorda à Ferdinand et Isabelle le nom de Majesté Catholique, et c'est sous le titre de los reges catolieos que Ferdinand et Isabelle devinrent célèbres dans l'univers (I). Ils mirent à la tête de l'administration politique et religieuse de Grenade deux hommes aussi modérés que probes et vigoureux, en nommant le comte Mendoza de Tendilla gouverneur et Fernand de Talavéra, de l'ordre des Hiéronymitcs, archevêque. Naturellement le uouvel archevêque chercha à répandre la foi chrétienne dans son nouveau diocèse, et la pureté de ses mœurs, sa douceur, sa bienfaisance secondèrent efficacement ses efforts, déterminèrent de nombreuses conversions, et rendirent cher a tous les habitants de Grenade le grand alfaqui des Chrétiens (c'était le titre que les Maures donnaient à l'archevêque). Bientôt le prélat fut aidé dans son active mission par l'archevêque de Tolède, Ximéuès (2) (1499), et dès le 18 décembre celui-ci put baptiser en un même jour quatre mille Maures. Ximénès, dans l'ardeur de son zèle, dépassa les bornes de la modération ; il voulut forcer les conversions et fit brûler plusieurs milliers d'exemplaires du Coran. Cette mesure et plusieurs autres du même genre déterminèrent, dans les derniers jours de 1499, une sédition dans l'Albaycin,

(1) Foy. FEKDI2UND LE CaTUOUQIË et ISA- BELLE.

12) Foy Xwénes.

402 MAURES -

c'est-à-dire dans le quartier des Maures de Grenade; mais Ferdinand et Isabelle proposèrent aux séditieux l'alternative de recevoir le Baptême ou d'être châtiés comme coupables de haute trahison. Presque tous les habitants de Grenade et des environs embrassèrent le Christianisme ; les autres s'enfuirent dans les montagues ou en Afrique. De nouvelles émeutes firent prendre, à l'égard de ce qui restait de Musulmans dans le royaume de Grenade, le même parti que vis-à-vis des Maures de la capitale, et il en résulta qu'en 1501, dans tout l'ancien royaume de Grenade, après l'émigration des Musulmans opiniâtres, il ne resta plus un seul Maure qui ne fût baptisé.

L'année suivante parut la fameuse pragmatique de Ferdinand et d'Isabelle, qui ordonna également d'émigrer ou de recevoir le Baptême aux Maures de Castille et de Léon (on ne toucha pas encore à ceux de l'Aragon), et la plupart se Orent baptiser. Cette sévère mesure fut, dit-on, conseillée par Don Diégo de Déza, Dominicain, successeur de Torquémada (t 16 septembre 1498) dans les fonctions de grand inquisiteur; ce fut lui aussi qui conseilla aux deux souverains catholiques d'introduire l'Inquisition (1) à Grenade pour empêcher les Moriscos (nom des Maures baptisés) de retourner à l'islamisme. Isabelle consentit uniquement à ce que le tribunal de l'Inquisition de Cordoue étendît sa juridiction sur Grenade, ordonnant d'ailleurs qu'on n'inquiétât pas les Maures pour de légères infractions et qu'on ne les poursuivît qu'en cas d'apostasie avérée.

Ce fut dans les mêmes conditions que les .Moriscos de Castille et de Léon, et depuis Charles-Quint ceux d'Aragon, furent placés sous l'autorité de l'Inquisition ; ils furent en général traités

11) Foy, Inqusiuoh.

MAURICE

avec beaucoup de douceur. Le Pape Clément VII veilla à ce qu'on leur donnât une solide instruction chrétienne , et l'empereur Charles-Quint défendit de confisquer les biens des apostats, qui devaient être conservés à leurs enfants ; il défendit en même temps de condamner à mort aucun renégat. Grégoire XIII s'efforça de gagner les Moriscos par la douceur.

Mais les Maures furent si peu sincères et si peu persévérants dans leur conversion qu'à diverses reprises ils se soulevèrent, s'unirent aux Maures d'Afrique et obligèrent Philippe III, en 1G09, à décréter leur complète expulsion d'Espagne. On fait souvent aux Espagnols un reproche de cette expulsion des Moriscos; mais on a victorieusement démontré que cette mesure fut considérée (1) comme une nécessité absolue par les contemporains de Philippe III les plus éclairés et les plus intelligents, tels que Cervantes; on a reconnu (2) que les partisans publics et secrets des Moriscos menaçaient l'unité de l'Espagne, bien plus qu'on ne le croit communément.

Cf. Héfélé, le Cardinal Ximénès, p. 1, 24, 56, 294, et les sources qui sont citées dans cet ouvrage ; Aschbach , Histoire des Visigoths ; Condé, Hist.

des Maures en Espagne.

HÉFÉLÉ.

Maurice (saint), chef de la légion thébéenne (3). Les martyrologes grecs font mention d'un autre Maurice qui fut martyrisé, avec soixante-dix compagnons, à Apamée, en Syrie (4). Le Martyrologe romain nomme encore un Maurice qui fut cruellement torturé et finalement brûlé, en même temps que

(1) Annale» vivantes de GœUingue, du 28 juillet 1842.

(2) Voir la Gazette da$ Autland , 1845, n* 146.

(3) Foy. LÉCIOH THKBÉKNM .

(û) Voir JciaSS.% 21 fcbr.

Page 1