MAXIMIN
relation avec la cour ; mais, quand même l'empereur aurait restreint ses or- ' dres sanguinaires aux ecclésiastiques, il était impossible que, dans l'exécution, on n'eu vint pas à la confiscation des biens, au bannissement et à d'autres peines atteignant tous les membres de la communauté chrétienne.
L'empereur n'eut qu'à se déclarer ennemi des Chrétiens pour exposer les partisaus de l'Kvangile aux dangers que nous venons d'énumérer, dans toutes les provinces, où l'antique haine des païens avait été ravivée par diverses catastrophes, et où le fanatisme des gouverneurs fit cause commune avec la rage du peuple. Plusieurs provinces avaient été ravagées par des épidémies; en Cappadoce, et en particulier dans le Pont, un tremblement de terre avait englouti des villes entières. Les Chrétiens furent comme de coutume accusés de tous ces malheurs et persécutés par Séréuianus, gouverneur de Cappadoce.
JSon-seulemeut le diacre Àmbroise et le prêtre Protoclétus furent dans le cas de confesser hautement leur foi, mais les Chrétiens eu général furent contraints de fuir et d'émigrer dans d'autres provinces. Les Chrétiens de Rome ne demeurèrent pas non plus à l'abri.
Le Pape Pontien et le prêtre Hippolyte furent, en 235, bannis de Rome et transportés en Sardaigne. Le Pape y mourut dans l'année , probablement à la suite des mauvais traitements qu'il subit. La même destinée, amenée vraisemblablement par les mêmes causes, fut réservée à son successeur Antère, en 236. On ignore si la persécution s'appliqua à toute la communauté chictien ne de Rome et s'étendit encore à d'autres provinces. Dans tous les cas elle prit fin lors du soulèvement qui éclata contre Maxim in , en 237. La défiance et la cruauté du tyran avaient excité de toutes parts des trahisons et des conjurations. L'Italie et l'empire tout en-
MAYENCE
tier étaient remplis d'espions et de délateurs, et les châtiments les plus cruels étaient si fréquents que les confiscations, les bannissements et la simple peine de mort passaient pour des preuves de douceur. II en résulta, eu Afrique, un désespoir et un soulèvement universels à la suite desquels on proclama les deux Gordien , le père et le fils , l'un Auguste et l'autre Cé sar. La sédition fut, il est vrai , rapidement calmée; les deux Gordien furent mis à mort; mats le sénat les avait reconnus et avait provoqué toutes les provinces à s'insurger contre le tyran. Lorsque la nouvelle de la malheureuse issue du soulèvement d'Afrique arriva à Rome, le sénat n'eut d'autre parti à prendre que de persévérer dans son hostilité contre Maximin. Il proclama empereurs Maxime Pupiénus et Cœlius Balbinus, l'un devant demeurera Rome, l'autre devant marcher contre Maximin. Pupiénus établit son quartier général à Ravenne et fournit à Aquilée une forte garnison qui opposa à Maximin une résistance désespérée.
Le siège d'Aquilée traîna en longueur, et les soldats de Maximin succombèrent en grand nombre à la fièvre et à la famine, dans ces contrées marécageuses.
Leur mécontentement finit par éclater en une sédition formelle, à la suite de laquelle Maximin fut tué. Il avait régné trois ans (235-38).
Cf. Persécutions des Chrétiens.
Allgaybb.
MAYENCE. D'après la tradition du diocèse, Crescence, disciple de l'apôtre S. Paul, prêcha non-seulement dans les Gaules, mais dans les environs de Mayence, et devint le premier évéque de cette communauté chrétienne. On prétend démontrer que Crescence vint dans les Gaules (et Mayence était probablement unie aux Gaules par des liens de politique et de voisinage en qualité de capitale de la Germania
MAT km; Ë
prima) par le passage de l'épître II à
Timothée, 4, 10, où S. Paul dit : Kfm- «xr.; (SC. hwpwOr,) tt; rxXxrtxv, c'est-àdire Crescence partit pour la Galatie.
En place de r*Xxnxv (Galatie) beaucoup d'anciens Pères de l'Église, de même que plusieurs manuscrits de la Bible eneore existants, lisent raXXtx* ou rxxxîxç; ainsi les Codex, C. 23, 31, 39, 73, 80 (I). Mais ce qui est plus important, c'est qu'anciennement les deux expressions Gaules et Galatie étaient indifféremment prises l'une pour l'autre, et désignaient toutes deux tantôt le pays occidental, tantôt le pays oriental des Celtes. Seul le pluriel rxxxîxise rapportait toujours à l'Occident, c'est-à-dire à nos Gaules. Il suit de là que, quelle que soit la bonne leçon de la seconde épître de S. Paul à Timothée , que ce soit r*x«Tîxv ou rxxxîxv, on peut comprendre aussi bien les Gaules que la Galatie (2).
Dans les premiers siècles S. Irénée (3) et les Constitutions apostoliques (4) rapportèrent les paroles de S. Paul à la leçon rxXxTtxv ; depuis le quatrième siècle ce passage fut de plus en plus positivement rapporté à la Gaule occidentale. Eusèbe (5) dit :
Crescence fut envoyé ii; rxxxîxç; S. Jérôme (6) raconte : Crescens in Galiiis ■prxdicarit. La chronique dite Chronicon paschale (7) emploie également le pluriel. S. Épiphane (8) et Théodoret (9) se prononcent résolument contre la leçon Galatie en faveurdes Gaules (10).
(1) Cf. Griesbach, in Apparatu, ad h. I.
(2) Cf. Rellberg , Bit. de l'Église d'Ailetnagne, t. I, p. 83.
(S) Adv. Har.y III, 14, n. 1.
(ft) VU, »ô.
(5) Hist. eccl., IH, ».
(6) Catal. Scripc. eccl., append. I.
(7) Olymp. 220, 1. 1, p. 471, ed. Bonn.
(8) Hterts., 51, 11.
(9) In II Tint., », 10.
(10) CI. Rettberg, I. c, et Héféle, Hit. de VlNtrod. du Chrieu dan» l'Allemagne méridionale, p. 53.
Il ne s'agit donc que de savoir de quel poids sont ces témoignages.
Voici comment , dans l'ouvrage cité dans la note 1, eol. précédente, Griesbach résout la question (I) : Eusèbe et les autres Pères n'auraient pas rapporté les paroles de S. Paul à la Gaule occidentale (et par conséquent à Mayence) si la tradition existant dans les Gaules ne les y avait naturellement autorisés.
Rettberg, au contraire (2), prétend 'que ni à Mayence, ni dans les Gaules (notamment à Vienne), l'antiquité n'offre de tradition relative à Crescence, et que cette tradition ne naquit que trèstard des paroles de S. Paul, d'Eusèbe et des autres; qu'Ado, vers 800, fut le premier qui relata cette tradition.
Mais l'argumentation de Rettberg n'est nullement victorieuse, et il semble, au contraire, que les expressions d'Eusèbe , de S. Jérôme et des autres, sont autant de preuves de l'existence et de l'ancienneté de la tradition gallo-mayençaise.
La seconde place dans l'histoire de l'Église de Mayence est ordinairement attribuée à la vingt-deuxième légion romaine, qui, stationnée d'abord en Égypte , prit part à la ruine de Jérusalem, compta, à dater de cette époque, un grand nombre de Chrétiens dans ses rangs , et fut , immédiatement après , transférée sur le Rhin (70 ou 71 après J.-C). Mais on a démontré qu'il y eut deux légions portant le n° 22, dont l'une se trouvait déjà sur les bords du Rhin en 66 avant Jésus-Christ, tandis que l'autre était encore en 70 devant Jérusalem (3).
Toutefois il ne s'ensuit pas, comme Rettberg veut le conclure (4), que cette vingt-deuxième légion ne joue aucun
(3) Cf. P^S.-A. Wiener, de Ugwne Rom.
vicesima tecunda* 1S30.
MAYESCE
rôle dans la conversion du pays de Mayence et de la première Germanie ; car dès le secoud siècle il n'y avait guère de légion qui ne renfermât des Chrétiens (I). Or, dans ces temps primitifs, tout soldat, comme tout négociant, était un missionnaire. D'ailleurs S. Irénée prouve qu'au second siècle il y eut réellement des communautés chrétiennes-, il dit (2) : Ai neque hx gux in Germaniis sitic sunt Ecclesitt aliter credunt, nec quœ in HUpaniU aut Gailiis (3). Sans doute il ne nomme pas formellement Mayence ; mais comme Mayence était la capitale de la première Germanie, de même que Cologne celle de la deuxième, et comme, d'après une règle générale, les villes les plus grandes et les plus visitées furent celles qui, partout, eurent les premières des communautés chrétiennes, il faut voir dans les paroles de S. Irénée un témoignage en faveur de l'existence d'une église chrétienne à Mayence au second siècle.
Seulement on ne peut pas démontrer avec certitude, comme le professeur Brùhl veut le rendre vraisemblable dans son ouvrage sur Mayence (1829), que déjà l'empereur Domitien, lors de son invasion bruyante , mais infructueuse , en Germanie , décréta une persécution contre les Chrétiens des contrées du Rhin, et que sous l'empereur Septime Sévère (193-211) un grand nombre de Chrétiens furent immolés , à l'occasion de sa féte quinquennale, à Mayence.
On suppose que l'aveugle zèle de quelques soldats chrétiens donna lieu à cette persécution, et, en effet, on a trouvé dans une grotte , près de Mayence, une statue à moitié brisée de Diane, avec une inscription dont il reste
(1) Cf. Tertull., Ji>ol., c. 37 t Hesterni sumus, et veslra omnia implevimus , urbes... castra ipsa. Cf. aussi le commencement de fcou livre de Corona.
19} Cf. Ueféîé, Hi»t. de l'Ldrod., etc., p. A9.
ces mots : Qui ferreo fuste percussit Dianam. Il est démontré que, vers la fin du troisième et au commencement i du quatrième siècle, les bords du Rhin étaient déjà convertis au Christianisme, et cela non-seulement par d'anciennes inscriptions isolées découvertes dans ces provinces (la tombe d'Eppocus, à Wiesbade, du troisième ou quatrième siècle; la tombe de Lindis, à Ébersheiin, et de Servandia Barbara, à Mayence) (1), mais encore par la déclaration formelle de I l'historien Sozomènc (2) ■ qu'au temps j de Constantiu les races des deux rives du Rhin étaient chrétiennes » (ror. -z; toî rt àa'rî rbv 'Htvcv (pûXx i/^ioTiâvi^ov) (3). Cependant il est étonnant qu'au synode d'Arles (4), eu 314, il n'y ait pas eu, parmi les autres eveques gaulois et allemands (de Cologue et de Trêves) qui le souscrivirent, un évêque de Mayence.
Biutérim, dans ses Memorabilia (5), cherche à expliquer ce fait en supposant que l'évêque de Mayence avait été précisément alors chassé de sou siège par l'invasion du roi des Vandales, Karoko ; plus tard, cependant, il revint sur cette hypothèse, d'autant plus que rien n'est moins certain que la chronologie relative à Karoko, ou Chrocus , et la remplaça par cette autre supposition que les actes du concile d'Arles furent signés, non par tous les évéques présents, mais seulement par un comité (6).
Un événement de 307 prouve que Mayence comptait une nombreuse population chrétienne vers le milieu du quatrième siècle. Le chef alémanique Zando avait, depuis longtemps, formé de mauvais projets contre Mayence. II choisit, pour exécuter son plan, un jour
(1) Voir Rettberg, 1. C , p. 174.
(2) Sa*. V.