MACHA TU ES
Nicanor, perdit deux batailles et son général. Enfin une troisième expédition , sous la conduite du même Bacchide, composée de vingt mille hommes de pied et de deux mille cavaliers, découragea l'armée de Judas, qui ne comptait que trois mille hommes. Ceuxci abandonnèrent tous Judas, à l'exception de huit cents hommes, avec lesquels il hasarda le combat. 11 fut défait et perdit héroïquement la vie (160 av.
Son frère Jonathas, élu à sa place , sut d'abord se maintenir contre Bacchide; puis, au bout de deux ans (158 av. J.-C),il le serra de si près qu'il l'obligea à contracter une paix favorable aux Juifs (2).
Alexandre Balas, qui, à cette époque, disputât le troue de Syrie à Démétrius, reconnut solennellement Jonathas en qualité de grand-prétrc et de prince des Juifs (3). Démétrius Nicanor en fit de même au commencement de son règne. Jonathas lui rendit en retour de grands services, malgré lesquels il fut dans la suite attaqué par Démétrius. Mais Antiochus, Ois d'Alexandre , chassa Démétrius et monta sur le trône de Syrie. Antiochus fut à son tour attaqué par Tryphon, qui, pour se débarrasser d'un adversaire aussi redoutable que Jonathas, l'attira auprès de lui par un insigne mensonge et le tua (4).
Les Juifs avaient, aussitôt que Jonathas était tombé entre les mains de Tryphon , élu à sa place son frère Simon (5). Tryphon marcha contre Simon à la tête d'une formidable armée ; mais il n'accomplit pas grand'chose »
et revint bientôt en Syrie , où il tua le
(1) Conf. ! Mach., 7, 1-9, 22. II Mach., 14, 1-15, 87.
(2) I Mach., 9, 28-73.
(S) Ibid., 10, 1-47.
(4) f'oy. Jonathas.
(5) I Mach., 15, 8.
roi Antiochus, dont il usurpa le trône (1). Simon , profitant du répit que lui laissait l'ennemi, répara les places fortes et conclut alliance et amitié avec le roi Démétrius, qui le reconnut au titre ri« grand-prêtre et de prince des Juifs. Ct fut de ce moment que data la complète indépendance des Machabées (142 av.
J.-C.). Simon chassa de la citadelle de Jérusalem la garnison étrangère, et son règne fut, pendant un certain temps, paisible et prospère. Le peuple reconnut par un monumeut public les bienfaits de son gouvernement (2).
Antiochus, successeur de Démétrius, contracta d'abord une alliance avec Simon et reconnut son pouvoir en Judée; mais il n'observa pas longtemps la paix. Il envoya Cendebée à la tête d'une puissante armée contre les Juifs, qui le défirent complètement sous la conduite de Jean et de Judas , lils de Simon (3).
Simon, après la victoire de ses fils, ayaut parcouru le pays pour se rendre compte de sa situation et de ses besoins , fut traîtreusement tué à Jéricho par son gendre Ptolémée (135 av.
J.-C). Son successeur dans le sacerdoce et le priucipat fut son fils Jean , surnommé ilyrcan (4).
Nous renvoyons à l'article Hébreux pour ce qui concerne le règne d'Hyrcan et de ses successeurs, jusqu'à la chute de la dynastie machabéenne sous Pompée.
III. Des quatre Livres des Machabées dont il est question chez les anciens, le premier et le second seuls ont une autorité canonique. La graude différence qui existe entre ces deux livres demande qu'on les examine à part.
Le premier livre renferme l'histoire des Machabées depuis Mattathias jusqu'à
(1) I Mach., 13, 12-32
(2) Ibid , 13, 33; 14, 40.
(S) Ibid., 15. 1 ; 16, 10.
(4) Ibid., 16, 11-24.
MACHABÉES
Jean Hyrcan, histoire que nous venons d'esquisser. Li langue originale de ce livre est l'hébreu tel qu'il était parlé alors en Palestine. Origène connaît un texte hébreu du I" Livre des Machabées ayant pour titre ixfîrfi ««pSawt fx(t), et S. Jérôme dit en propres termes :
Maccabxorum primum librum Hebraicum reperi (2). Ce qui prouve que le texte grec de ce livre est la traduction du texte hébreu, ce sont d'abord les nombreux et durs hébraïsmes qu'on y rencontre, et plus encore les passages qui ne peuvent s'expliquer que comme des traductions erronées d'un original hébreu.
Ainsi, parmi ces hébraïsmes : t° le livre commence par K*î i-p'vtto; 2° x*l sert souvent de transition d'un passage à l'autre, comme dans 5, 1, 9, 29; 8° l'emploi fréquent de l'infinitif dans des propositions subordonnées , répondant à l'infinitif hébreu avec S, par exemple, 2, 22, 29,S4;3, 10, 15; 8, 18; 4° l'emploi de locutions telles que:
Tft-pKjtat «i; fopCV (DOS njH) (3) , ïyvâjAl-
vc; ^tmiarrau irpôç T.piç (IjS SpV Sb') (4) f i7rpflt(hr(oav tgù ircrwxt tô Trcvnpov (Conf.
vyp riwyb TJJÇip) (*); *° «'emploi
des mots et Xr^ot , t« pru.arx pour traduire événements ou circonstances, d'après l'hébreu Dnavi (6); 6» oïwç rfo SaaiXtîac, exprimant ce qui est subordonné à la puissance royale , comme l'hébreu HpSoDn (7).
Nous avons un exemple de la traduction erronée du texte hébreu dans ce passage : Kaï i pj ht tel* kwvtoç «ÙTïiv (8), dans lequel im est la
(1) Eusèbe, HUU eccl., VI, 25.
(2) Proteg. Gai.
(5) Ht Roi», 21, Jt, I Mach., 1, 15.
(«) li 2».
traduction inexacte de Stk ou S ; il en est de même de l'expression fkèkk. (i), qui dans le contexte ne peut avoir que le sens de « lettre - ; l'hébreu emploie assez souvent dans ce sens D^SD (2) , ! qui est sans doute littéralement traduit par &i6xî*, tandis que, d'après le sens [ et la liaison, il devrait y avoir iitiaroXii. i Ainsi encore les mots in itXrpcimoç *loû$* T«ûTa (3) ne peuveut vouloir dire, d'après le contexte, que • lorsque Judas parlait encore , » et prouvent qu'il y a eu confusion de SSo avec
En face de ces motifs, les raisons sur lesquelles s'appuie Hengstenberg pour prétendre que le grec est le texte original sont très-faibles (4).
Du reste ces faits prouvent en même temps que le traducteur s'en tint rigoureusement à l'original , qu'il tâcha de traduire littéralement, et qu'ainsi il nous a donné en somme une traduction exacte de l'original hébreu.
Vauteur, d'après la langue dans laquelle il écrivit et d'après la connaissance ponctuelle qu'il a du théâtre des événements, est évidemment un Juif de Palestine. C'est tout ce qu'on peut dire de sa personne, et les opinions mises en avant pour attribuer ce livre soit à Jean Hyrcan, soit à un des fils de Mattathias, soit aux membres de la grande synagogue, soulèvent plus d'objections qu'elles n'offrent de solutions.
On a voulu déduire Ydge du livre de la conclusion, et cela de diverses manières. Parce qu'il est dit : « Le reste de la vie de Jean, ses entreprises, ses guerres, ses grandes actions, enfin tout ce qu'il fit pendant son gouvernement est écrit au livre des annales de son sacerdoce, depuis qu'il fut établi prince des prêtres en la place de son père , »
pigXÛ» iiUfSr* àpxiifamûv»!; oùtgw, «ç'05 i-p. (1) i. w.
ffl Par exemple, IV Rois, 10, 14. I»ate,VJ, M. (3) ft, 10.
r«r Herb»t, Introd., II, 5, P. 70.
MACHABÉES
W,6n àpxteptù< u.nk tô* ita-np* «ùtcû (I), les uns ont cru que ce livre avait dû paraître avant la mort de Jean Hyrcau; les autres ont dit, au contraire, que l'auteur avait les annales du règne d'Hyrcan par devers lui comme un tout clos et complet. Mais ce dernier fait n'est nullemeut constaté par les termes de ce passage ; bien plus, les mots i-S tv fyvrfa, xtX. , qui donneut le point de départ , le terminus a quo, et non le terme final, terminus adquem, établissent évidemment que J. Hyrcan est encore en vie ; après sa mort cette observation n'eût plus été à sa place. Une autre circonstance qui prouverait que le livre fut écrit du vivant d'HvTcan, c'est que nulle part il n'y a la moindre allusion à des temps et à des faits postérieurs, ce qui eût été le cas si l'auteur avait vécu et écrit après Hyrcan.
Ou ne peut pas déterminer non plus exactement le moment où apparut la traduction grecque ; dans tous les cas elle est antérieure à Josèphe , qui s'en sert. Jahn pense qu'elle est antérieure au dernier siècle avant Jésus-Christ ; on appuie cette opinion sur ce qu'un livre si important, même pour les Juifs étrangers, dut probablement être traduit en grec peu de temps après sou apparition.
Quant aux sources, on a prétendu que l'auteur ne s'était servi d'aucun document original écrit , parce qu'il n'y fait jamais allusion , et qu'il donne à entendre , à la fin de son livre , qu'il n'aurait pas écrit la vie des premiers Machabées s'il avait existé des récits authentiques plus anciens et plus dignes de foi que le sien. Mais le silence gardé sur des sources écrites n'est pas une preuve qu'on n'y a pas eu recours; les Livres des Rois, par exemple, n'en appellent jamais à des documents écrits , et cependant ils repo-
sent sur des documents de ce genre.
L'observation de la fin du livre, qui constate qu'il existe des annales du règne de Jean Hyrcan, permet de pré" sumer que la même chose eut lieu sous ses devanciers. En effet il est dit, quant à Judas , que ses exploits , ses guerres , etc., etc., n'ont pu être toutes décrites, parce qu'elles sont en trop grand nombre (I), ce qui prouve, au moins indirectement, que quelques-unes de ces actions ont été consignées. Mais il est en outre dit que Judas fit recueillir les faits de ses guerres (2) et que ce recueil existe.
Quoi qu'il en soit, il est évident qu'on s'est servi de documents écrits pour rédiger le premier livre des Machabées, puisque ce livre donne des extraits des écrits du temps des Machabées, soit textuellement, par exemple : 8, 23-32 ; 10,18; 12, 25-45; 12,6-23; 13,36-40; 15,2-9; 16, 21, etc.; soit sommairement, par exemple : 10, 6; 15,22 sq.,ce qui prouve que l'auteur avait à sa disposition des sources écrites. On ne peut pas indiquer quels secours l'auteur a eus, outre les sources qu'il cite expressément; mais on peut encore moins affirmer que ces secours lui aient manqué, et il est très-vraisemblable que ses principales sources furent des annales, peut-être fragmentaires, des hauts faits ê des premiers Machabées.
Ainsi rien ne peut ébranler l'autorité de ce livre, établie sur des sources certaines que l'auteur eut à sa disposition et confirmée par le court espace de temps qui le séparait des événements qu'il raconte. A ces motifs s'ajoute une foule de détails très-précis sur les temps et les lieux, qui trahissent une connaissance certaine des faits, et un accord remarquable avec les historiens grecs et romains qui ont parlé de I histoiro des Machabées; c'est ce qui a été paifaitc-
(2) II Mac h., 2, 14.
MACHABEES
ment établi à la suite de la discussion élevée à ce sujet entre le P. Frôlich et le P. Khell, Jésuites, et les deux Werusdorff (1).
Les objections qu'on continue à faire contre quelques données du livre , par exemple qu'Alexandre partagea son empire entre ses généraux (2), — qu'Antiochus le Grand tomba au pouvoir des Romains (3), — que les Spartiates étaient alliés des Juifs (4), sont si iusigniGautes qu'il n'est pas nécessaire d'y répondre ici (5).
Le second Livre des Machabées se divise en deux parties très - inégales quant à leur teneur et à leur étendue. La première renferme deux lettres des Juifs de Palestine aux Juifs d'Égypte, invitant ces derniers à célébrer annuellement la féte de la Purification du temple par Judas (6).
La deuxième partie (7) est surtout un complément de ce que le premier livre n'a rapporté que succinctement de Judas Macbabée.
L'original de ce livre est, sans contredit, grec. S. Jérôme dit : Secundus (se. liber Maccab.) Gr meus est , quod ex ipsa quoque phrasi probari potest(Prol.gaL). Toutconflrme cette assertion, rien ne la contredit. Les particularités qui se présentent d'ordinaire daus la traduction grecque des textes hébreux ne se rencontrent pas ici, et le style accuse un auteur original, maître de la langue dont il se sert.
En outre la partie principale du livre (à partir de 2, 19) est désiguée comme un abrégé de lhistoire plus étendue de Jason de Cyrène (8). Or, la langue nationale de Cyrène étant la langue grec- Ci) Voir Herbst, Inttnod., Il, 5, p. 22 sq.
W 12, 1 sq.
(5) /'oirHerUI. I. a, p. 23.
que, l'histoire de Jason devaitétre écrite dans cette langue, et personne n'admettra que l'abréviateur se soit servi d'une autre langue que celle de l'auteur lui-même qu'il abrégeait. Les deux lettres adressées aux Juifs d'fcgypte, qui forment la première partie, doivent aussi avoir été écrites originairement en grec, puisque autrement elles n'auraient point été comprises par ceux à qui elles s'adressaient; car les Juifs d'Egypte ne comprenaient pas l'hébreu, le prouve déjà la nécessite d'une de la Bible, comme il ri des ouvrages de Pbilon , et dit expressément Justin (I).
Dans le fait, on voit aussi peu dans ces lettres que daus les récits qui suivent les marques d'une traduction d'un original hébreu , et quoique Bertholdt assure le contraire , notamment de la première lettre, il n'a pas cherché à démontrer ce qu'il avance (2).
Quant à Ydye, on a voulu trouver dans S. Paul, Uebr., 11, 85, une allusion au livre II des Machabées ,6,18 sq., et 7, 3, 24, allusion très-vraisemblable, mais qui n'est pas certaine. On reconnaît généralement que l'auteur du discours si« MxxxaSoucuç % tttpt aùioipat- TGf&; attribué à Josèphe, et qui,
en tous cas, provient d'un Israélite antérieur à la prise de Jérusalem par les Romains , a connu le second livre des Machabées. Par conséquent il n'est pas exact de dire qu'on ne trouve aucune trace de ce second livre avant le temps des Pères de l'Église. Comme la seconde lettre a pour date l'an 188 (par conséquent 123 av. J.-C), le livre ne peut évidemment pas avoir été écrit avant cette année ; et on ne peut admettre une origine de beaucoup postérieure , par cela que la connaissance exacte des événements racontés n'était pas encore très-répandue alors , quoi-
(1) Apol.% 1, 91.
(2) Inlrvd., III, 1072.
MACHABÉES
qu'elle fût généralement désirée (1), et qu'un abrégé de la longue histoire de Jason dût paraître répondre à ce besoin quelques années après la publication de celle-ci. Or celle-ci fut publiée, selon toute vraisemblance , postérieurement à Fan 160 av. J.-C ., puisque (d'après l'Épitomé) l'histoire de Jason ne va que jusqu'à cette année, et qu'après la description de la déf.u'te de Nicauor elle remarque que les Hébreux depuis lors occupèrent Jérusalem (2). D'après cela l'Épitomé, c'est-à-dire notre second livre des Machabées , peut avoir été écrit vers la fin du second siècle avant Jésus-Christ.
Uauteur en est inconnu, et les opinions émises à ce sujet sont ou formellement erronées, ou du moins dénuées de preuves suffisantes. Il est erroné de soutenir que l'auteur est Judas Machabée lui-même, ou Philon , ou Josèphe; car, dans tous ces cas, ce livre n'aurait pu paraître à l'époque que nous venons d'indiquer. Les dates ne seraient pas , il est vrai , contraires à Judas l'Essénien, à un ami ou à un contemporain d'Aristobulc ; mais il n'y a aucun motif plausible à alléguer pour l'un ou pour l'autre.
Les sources du livre sont indiquées par l'auteur lui-même, et la source principale est même spécialement nommée. Malgré cela on a élevé des objections, et on a prétendu que l'auteur, eu écrivant les quatre derniers chapitres, n'avait plus pour base l'histoire de Jason, mais un autre document. Or le principal motif de cette présomption , 5 savoir qu'au chapitre 2, verset 19 sq., où l'on indique le sommaire de l'œuvre de Jason, il n'est pas question de Démétrius, ce motif est de peu de valeur ; car, du moment que les actions de Judas et de ses frères (3) sont désignées comme
(1) 2, Vx sq.
l'objet de cette œuvre historique, elle comprend par là même le rapport des Machabées avec Démétrius sans qu'elle en parle expressément ; quant à la désignation formelle d'Antiochus Épiphane et de son successeur, ce n'est qu'une citation de la partie la plus importante du tout. Ce qu'on dit encore en faveur de cette assertion repose sur des observations inexactes, sur des explications qui sont plutôt contraires que favorables (1).
V intégrité du livre a été niée en ce sens qu'on a considéré comme une addition postérieure les deux lettres du commencement. On a , pour soutenir cette opinion, mis en avant les fausses dates, 1,7, 10; les fables de 1, 19; 2, 8, et la contradiction entre 1, 13, et le chapitre 9 (2). Mais il n'est nullement impossible ou incroyable que les Juifs de Palestine n'aient convié les Juifs d'Égypte à célébrer la mémoire annuelle de la purification du temple par Judas (3) qu'en 169, c'est-à-dire vingt ans après cette purification, abstraction faite de ce que cette invitation n'exclut pas la possibilité d'un appel antérieur.
Quant à la date de 188 (4), elle ne serait inexacte que dans le cas où le Judas cité parmi les rédacteurs de cette lettre serait le fils <Je Mattathias, ce qui n'est dit nulle part et ce qu'on n'a aucun motif d'admettre. Il y a sans doute une différence entre 1, 13, et le chapitre 9; la mort d'Antiochus Kpiphaue est autrement racontée dans la lettre du grand conseil de Jérusalem que daus l'histoire de Jason , d'après le résumé de l'Épitomé; mais cela ne pouvait être pour l'abréviateur , qui ne prétend pas être un historien original, un motif de rejeter cette lettre, émanant d'une autorité aussi considérée que |e
(1) f 'oir Herhst, futrud., II, S, p. 37.
(2) De Welte, lulrod., 0« édit., p. MO. (5) 1, 1.
MACHABÉES
grand conseil. Les prétendues Tables dont on parle pouvaient encore moins l'y autoriser; car ceux qui trouvent des fablesdans cette lettre eu trouvent encore ailleurs dans le second livre des Machabées. Si l'abréviateur avait eu la même haine de ces prétendues fables, il aurait abandonné tout son travail, ou il aurait dû l'entreprendre d'une tout autre façon.
Ou a nié Va uthenticité du livre, en ce sens qu'on a nié que les documents qui s'y trouvent appartinssent aux personnes auxquelles on les attribue. C'est ce qui fut fait d'abord pour les deux lettres dont nous venons de parler , et on s'appuya : 1° sur les deux dates indiquées au chap. 1, 7, 10; 2° sur les fausses données de la mort d'Antiochus Épiphane (I); 3° sur la construction du second temple par Néhémias, dont parle I, 18; 4° enfin sur les fables prétendues évidentes de la découverte du feu sacré par Néhémias, et le fait de l'arche d'alliance cachée par Jérémie.
Le grand conseil de Jérusalem , diton, aurait été mieux informé sur tous ces points que l'auteur des lettres en question; mais, d'après ce que nous avons remarqué plus haut, nous devons considérer les deux dates contestées comme parfaitement justifiées. Quant au genre de mort d'Antiochus Épiphane, il pouvait facilement s'être répandu en Judée une fausse nouvelle, qui aurait trouvé croyance auprès des membres du grand conseil (2).
La construction du temple de Zoro-
ces prétendues fables ne sont pas de ceux qui d'ordinaire considèrent le grand conseil de Jérusalem comme affranchi de toute espèce de croyance aux miracles et aux légendes, et ils ne sout pas en droit de contester au conseil un document par cela seul qu'ils le prétendent légendaire et fabuleux.
On a aussi nié que les autres lettres que renferme le second livre fussent émanées des auteurs auxquels ce livre les attribue expressément; ou n'y a vu que de pures inventions, ayant pour but de dramatiser l'histoire; mais les motifs allégués sont si futiles qu'il est inutile de les énumérer ici (I).
U autorité historique Au second livre a été contestée d'après les prétendues inexactitudes que nous venons de discuter, et on a surtout insiste sur le fait de la découverte du feu sacré et de l'enlèvement de l'arche d'alliance. Mais on peut concevoir cette découverte sans aucun miracle, si l'eau (2) renfermait par hasard du naphte, et c'est ce que le verset 36, chap. 1 , fait nécessairement admettre (3). Le talmud de Babylone, suivi plus tard par les rabbins, nomme sans doute le feu sacré parmi les objets qui manquaient au second temple, niais le talmud de Jérusalem ne l'y comprend pas. Le talmud de Babylone peut vouloir ne parler que du feu allumé miraculeusement et entretenu saus interruption dans le sanctuaire antérieurement à l'exil; il pouvait dire qu'il manquait au second temple, même en connaissant et reconnaissant comme
babel n'est nullement attribuée à Né- vraie la donnée de la lettre du grand hémias par ces mots : Nuptoc oix^Guiiax; to Tt U?o* xai tô &jm«arr,piGv, àvr,vi-pu foaîav (3) ; car ces paroles peuvent parfaitement s'appliquer à d'importantes reconstructions des bâtiments du temple. Enfin ceux qui se scandalisent de
(1) i, is.
(2) Cf. Antiocius ËPit-HANB, note 2.
conseil. Mais c'est surtout le fait de l'enlèvement de l'arche d'alliance par Jérémie qui est attaqué et déclaré fabuleux, parce que : 1° l'arche d'alliance manquait au second temple ; 2° parce que Jérémie n'aurait pas pu l'emporter
(1) fo/rHerbrt, hc,p. «.
(S) INclu-nias appela ce lieu NrpMhar.
avec le tabernacle; 3° parce que l'arche d'alliance Tut, selon le livre IV des Rois, 24, 13, pillée et détruite par les Chal-
déens.
Mais le premier point n'est pas contraire au fait qu'on nie, car il n'est pas dit que l'arche se trouvât dans le second temple ou qu'elle fût cachée pour être portée plus tard dans ce temple.
Le second point est fondé en ce sens que Jérémie n'aurait pu à lui seul emporter l'arche et le tabernacle; mais il n'est plus fondé s'il prétend que le prophète ne pouvait être aidé et que les Chaldéens l'entravèrent , vu qu'on sait que Jérémie eut toujours des amis et des partisans parmi eux et qu'il jouit de la faveur de Nabuchodonosor(l), de sorte qu'il put parfaitement en obtenir l'arche d'alliance, l'autel des Parfums (2) avec le tabernacle, qui était encore conservé dans le temple de Salomon (3).
Enfin l'arche d'alliance ne se trouvait pas parmi les objets du temple pillés par les Chaldéens, puisqu'elle n'est jamais nommée, tandis que les autres objets pillés sont spécialement énumérés (4).
On a aussi porté un jugement trèsdéfavorable sur la seconde partie ou sur l'abrégé de l'œuvre de Jason, quant à son autorité historique. De Wette dit encore, dans la 6e édition de son Introduction (5) : « Ce récit est rempli de miracles incroyables (6), de fautes historiques et chronologiques (7) , de détails exagérés et arbitraires (8). » Pour apprécier à fond une critique aussi générale il faudrait naturellement cousidé-
(t) Jérém., 59, tl sq.
(S) III Rois, 8,4. II Parai., 5, S.
(ft) Jérém., M, 17. Esdras, 1, 7-11.
(5) P. toô.