‹ Dictionnaire encyclopédique de la thélogie catholiqueChapitre 206 sur 224 · MÉLITON · texte numérisé non relu

MÉLITON

plus haute importance quant à l'authenticité du canon de l'Écriture. Méliton y rappelle d'abord son voyage en Palestine et les recherches qu'il y fit pour réunir les livres authentiques de l'Ancien Testament, dont il donne l'énumeration suivante: 5 livres de Moïse (Genèse, etc.); Jésus Navé (Josué) ; les Juges, Ruth; 4 livres des Rois; 2 livres des Paralipomènes (Chronique); les Psaumes de David; les Proverbes de Salomon, nommés aussi la Sagesse; rEcclésiaste, le Cantique des cantiques, Job ; les Prophètes Isaîe, Jérémie ; les douze petits Prophètes dans un livre; Daniel, Ézéchiel, Esdras. On voit que cette nomenclature ne parle pas des livies de Néhémie et d'Esther. En effet ni les Juifs ni les Grecs ne faisaient alors de Kéhémie un livre à part; il était toujours compris dans Esdras.

L'absence du livre d'Esther est plus surprenante ; on a fait plusieurs tentatives pour l'expliquer (1).

Les deux fragments qu'Anastase le Sinaïte nous a conservés des livres de Méliton sur l'Incarnation du Christ, contre Marcion, et sur la Passion, sont moins remarquables (2). Le premier se prononce en faveur de la véritable humanité et de la vraie divinité du Christ, de la doctrine des deux natures ; le second dit : « Dieu a souffert de la main d'Israël. »

Enfin la Chaîne des Pères renferme quatre petits fragments d'un livre de Méliton dont le titre n'est pas indiqué, qui représentent le sacrifice d'Isaac par Abraham comme le type du sacrifice du Christ; mais il n'est pas tout à fait certain que ces fragments dérivent de Méliton. S'il est vrai , comme on le soutenait autrefois, qu'il y ait, dans la bibliothèque du Vatican, un livre de Méliton sur la Genèse de

(1) Cf. Herbsj-Welte, Introd. à VAnc. Te$U, 1 1, p. 13, note.

P) Hodeg., c 12 et 13, p. 216 et 260, ed. GreU.

Moïse, ces quatre fragments pourraient facilement avoir appartenu à cet ouvrage; mais personne, ni Angélo Mai lui-même, n'a établi l'existence réelle de ce problématique manuscrit du Vatican. On a prétendu avoir découvert, au dix-septième siècle, au collège de Clermont, à Paris, appartenant aux Jésuites, la traduction latine d'un autre livre de Méliton, qui est nommé daos la liste d'Eusèbe et dans celle de S. Jérôme, savoir la Clef ^ xX*i«; ce manuscrit du moyen âge est un dictionnaire explicatif des expressions figurées qui se présentent dans la Bible. Mais d'abord cet ouvrage parle de moines, par conséquent il est beaucoup plus récent que Méliton ; ensuite on y trouve entre hostis et hostia, un jeu de mots qui prouve évidemment un auteur latin et non un auteur grec, Les expressions bibliques, Vœil de Dieu, le bras de Dieu, etc., y sont expliquées figurément, tandis que le vrai Méliton était anthropomorphiste ; enfin des recherches plus exactes du titre ont prouvé que l'auteur indiqué est Mèlitus et non Méliton (1).

Les ouvrages suivants sont faussement attribués à Méliton :

1. De Transitu (de la mort) Marix, que le décret dit de Gélase déclare déjà apocryphe (2) ;

2. De Passione S. Joannis, plein de merveilleux, connu seulement depuis le dixième siècle;

3. L Apocalypse de Méliton, satire du monachisme, dont l'auteur est le Minorité français Pi t h ois, devenu protestant.

Cf. Piper, L c, p. lit sq.

Héfélb.

melk, célèbre abbaye de Bénédictins dans la basse Autriche. Lorsque Léopold de Babenberg eut enlevé en

(1) Cf. Routb, 1,155. Lumper, HUt. tkéoU crit., III, 13 sq.

(2) Cf. Corp. Jur. co»., c 5, g 55, dlst. 15.

MELK

084 la forteresse de Melk (Médilik) aux Magyares, il y établit sa propre résidence et y fonda un chapitre de chanoines séculiers. Sous le règne do son fils Henri Ier, il se trouva que le fils du roi d'Irlande, Coloman, faisant un pèlerinage à Jérusalem, fut pris à Stockera u pour un espion déguisé des Bohèmes, des Moraves ou des Magyares, et fut peudu à un arbre, le 17 juillet 1012. Le corps de la victime étant devenu pendant deux ans l'objet de divers miracles, on reconnut l'injustice qu'on avait commise, on vénéra Coloman comme un martyr, et le margrave Henri fit, le 13 octobre 1014, déposer solennellement le corps du saint , parfaitement conservé, dans le couvent de Melk, où on l'inhuma. Quelques années après, le corps de Gotthalm, fidèle serviteur de S. Coloman, qui avait partout réclamé son maître et qui avait finalement appris son genre de mort, fut porté du village de Mânes, où Gotthalm était décédé, au couvent de Melk, qui n'en était p.is loin. Le margrave Adalbert (f 1056) donna au couvent une particule notable de la vraie croix, et le margrave Ernest l'enrichit d'une lance de S. Maurice et d'un hanap de S. Ulric d'Augsbourg; en outre il transmit au chapitre la seigneurie de Weikendorf. Ainsi la considération du chapitre, dédié à S. Pierre et S. Paul, grandit de plus en plus ; il servait en même temps d'église à la cour des Babenberg qui résidaient à Melk, et qui y eurent leur tombe jusqu'à Léopold le Saint (1). Aujourd'hui encore la mémoire des Babenberg qui reposent dans l'église est honorée, tous les ans, le 12 octobre, par un service funèbre et par une distribution d'aumônes faites à ceut pauvres.

Une grande modification fut apportée au chapitre en 1089, le jour de Saiut-

(l) Foy. Cf. Léopold le Saint.

Benoit : en place des anciens chanoines séculiers, douze Bénédictins, tirés du couvent de Lambach, avec leur abbé Sigibold, vinrent prendre possession de l'église du chapitre, à la demande du margrave Léopold III, agissant de concert avec Altman, évéque de Passait.

Léopold III fut le dernier des Babenberg qui fut enterré à Melk. Son fils, S. Léopold IV, se bâtit une nouvelle résidence sur le Kahlenberg, près de Vienne. Cependant ce saint roi n'oublia pas pour ce motif son cher couvent de Melk. Il se fit recevoir ehevap lier dans l'église de Melk, en 1 104, en 1106 il s'y maria; il y vint souvent prier avec les moines. Ce fut une joie pour lui que d'augmenter les revenus de cette maison; il en rebAtit l'église de fond en comble, et obtint du Pape, pour le couvent, l'exemption de la juridiction cpiscopale, ce à quoi Ulric 1er, évéque de Passau, donna volontiers la main.

Ce n'est pas ici le lieu d'entrer davantage dansles détails de l'histoire de Melk; celui qui désire des renseignements sûrs et circonstanciés relatifs à cette célèbre abbaye n'a qu'à lire Y Histoire de rabbaije des Bernardins de Melk dans la basse Autriche, ses possessions et ses environs, par le chanoine de la cathédrale , Ignace -François Keibliuger, 1. 1, Histoire de l'Abbaye, Vienne , 1851, chez Fr. Beck, libraire de l'Université.

Nous tirerons de cet excellent livre les renseignements suivants :

Sous 1 abbé Erchenfried (t 1 163), un Bénédictin de Melk composa l'ancienne chronique de Melk, et Erchenfried lui-même est très- vraisemblablement l'auteur des Acta S. Colomanni M .(I).

L'abbé Conrad I", de Wizzenberg (1177-1203), écrivit la Chronique qui porte son nom ou du moins la fit faire

(1) Voir Keiblinger, p. 280 et 281.

sa direction par les moines de l'abbaye (I) ; U y avait déjà à cette époque une école monastique à Melk.

Hadmar (1212-1217) améliora l'infirmerie du coûtent.

Gaulthier^Yallher)( 1124*1247), qui parait avec la mitre sur le sceau d'un acte de 1232 et dans une miniature d'un manuscrit de cette époque qui se trouve daus l'abbaye, enrichit la bibliothèque au milieu même des horreurs de la guerre (2). Le Pape Alexandre IV exempta, en 1255, l'abbaye de l'obligation d'admettre et de pourvoir de bénéfices les ecclésiastiques qui, nantis de lettres de recommandation du Pape ou d'un légat, demandaient à être entretenus, sauf le cas ou un bref pontifical déclarerait formellement faire exception à l'exemption susdite (3).

Le Pape Bouiface VIII donna, en 1295, à l'abbaye la faculté, pendant la durée d'un interdit lancé sur le pays, de célébrer l'office divin, les portes de l'église fermées, sans sonnerie, sans chant et 6ans l'admission des personnes excommuniées ou interdites. Le 14 août 121)7 un incendie réduisit l'abbaye, son église et sa bibliothèque, en un monceau de cendres.

Ulrich II 1306-1324) sauva par sa fidélité Frédéric le Bel ; mais par suite des sacrifices faits pour Frédéric l'abbaye fut presque dissoute faute de ressources; ce fut Bernhard, évéque de Passau, favorable aux constitutions monastiques en général (t 1314), qui sauva l'abbaye. Aussi les religieux de Melk célèbreut tous les ans un office solennel en sa mémoire (4). Le même ajbbé Ulrich II est nommé prince dans des titres de propriété. Dans la suite l'abbé de Melk fut reconnu primat des

W p. m et ftoo.

MELK

États de la basse Autriche et président

de la chambre des prélats (4).

Vers 1 862 un Bénédictin de Melk écrivit une IJUtoria fundationis coenobii Mellicensi$ \ un autre moine anonyme de l'abbaye rédigea une notice sui la particule de la croix de Melk, et le Bénédictin Bernhard Truchsess écrivit l'histoire de S. Gotthalm (2). Sous Frédéric III (1371-1378) l'abbaye se trouva dans une si déplorable situation que le duc Albert 111 en prit l'administration.

Un changement favorable aux progrès de l'abbaye résulta des décrets du concile de Constance sur la réforme des couvents, picolas Seyringer, de Matzen (1418-1425), qui réforma d'autres couvents en Autriche , introduisit la réforme à Melk. A cette époque, outre la personne de son abbé, le couvent se glorifiait de posséder Pierre de Rosenheim, Bavarois, qui avait puisé le véritable esprit de S. Benoit, avec d'autres Allemands, dans l'abbaye bénédictine de Subiaco, en Italie, et qui était un des ornements de l'abbaye de Melk par sa vertu et son savoir, tout comme il fut, par son zèle et sa fermeté, le réformateur des abbayes de Tégernsée, Béuédictbeuern, Weikenstephan et Saint-Pierre de Salzbourg. Entre autres ouvrages qu'il composa on cite un Memoriale roseum sacrx Scripturx, c'est-à-dire un index versifié du contenu de chaque chapitre de l'Écriture sainte. Il mourut en 1440. A la même époque le poète allemand Léonard Peuger était une des gloires de Melk (3). Durant les années 1422, 1423 et 1424, l'abbaye posséda dans ses murs Nicolas de Dùnkelsbuhel, le pieux et savant recteur de l'université de Vienne, chanoine de Saiiit- Étienne, fondé de pouvoirs du duc Albert V au concile de Constance, et l'un des promoteurs de la réforme des cou-

(1) p. wo.

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