MEMENTO DES VIVANTS ET DES
morts. F oyez Messb.
mémento mori. C'est Dieu même qui, le premier, prononça cette parole, lorsqu'il dit à Adam, après sa chute (2) : « Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front, jusqu'à ce que tu retournes à la terre , dont tu es sorti ; car tu es poussière , et tu retourneras en poussière. » Et l'Ecclésiastique (3) dit; dans le même sens : «Souviens-toi que la mort ne tardera pas... »
L'Ancien et le Nouveau Testament sont remplis d'avertissements de ce genre, quoiqu'ils semblent inutiles, puisque nous nous heurtons chaque jour, à chaque pas» coutre des faits qui nous rappellent d'une manière sensible cette redoutable et incontestable vérité. Mais l'homme n'oublie que trop facilement les avertissements du Ciel ; la plupart font tout ce qu'ils peuvent pour éviter
(1) / oy. NCUBOGBC.
(2) Genèse, S, 19.
tf) C. 12, m.
MEMENTO MORI - MÉJNAN
ce qui leur rappellerait la mort. Cependant il y a toujours eu des hommes qui ont employé des moyens plus ou moins singuliers pour rappeler à leur esprit l'infaillible mémento. Philippe, roi de Macédoine, avait ordonné à son valet de chambre de lui dire chaque matin, à son réveil : « Philippe, tu es un homme mortel ; vis en te souvenant de la mort (l). » Ptolémée, roi d'Égypte, avait toujours un crâne sur sa table, pour ne pas oublier sa destinée future. Les sages d'Égypte portaient toujours sur eux de petits ossements (réels ou en ivoire), et lorsqu'ils se rencontraient ils se montraient ces osselets en guise de salutation (2).
L'homme oublie surtout le Mémento mori lorsqu'il arrive aux honneurs; c'est pourquoi les triomphateurs romains avaient derrière leur char un esclave chargé de s'écrier : » IS'oublie pas que tu es un homme mortel ! » Au temps de Jean l'Aumônier (3) ou avait coutume, au couronnement des empereurs, tandis que le souverain était assis sur le trône, dans toute sa pompe et sa majesté, et qu'il recevait l'hommage des grands, de faire paraître devant lui les sculpteurs qui s'occupaient de tailler les monuments funèbres, et qui lui présentaient et lui donnaient à choisir cinq morceaux de marbre de couleur différente, pour qu'ils pussent se mettre immédiatement à exécuter le tombeau du nouveau souverain (4). C'est ainsi qu'aujourd'hui encore, quand le Pape est couronné, pour lui rappeler la mort et la fin de toute maguificence terrestre, un maître des cérémonies s'approche de lui, tenant au bout d'un bâton d'argent une touffe d'étoupe qu'il allume à un cierge porté par un clerc; puis, s'agenouillant devant le
(1) £ltan., 1, 8.
(2) Radxtvil, Ep. 1.
(3) roy. Jean l'Aumônier.
■ 4) Leout , in tUê S. Joann.
Saint-Père et poussant l'étoupe allumée dans l'air, il dit : « Très-Saint- Père, ainsi s'évanouit la gloire de ce monde! » Enfin chacun sait que, le mercredi des Cendres, l'église rappelle à tous les fidèles , d'une manière plus spéciale, le souvenir de la mort en marquant leur front de cendres et en disant : Mémento, homo, quia pulvis es, et in pulcerem reverteris. Les Chartreux et les Trappistes, en se rencontrant, en se saluant, ne font entendre que ces deux mots : Mémento mori l Les Trappistes ont toujours dans leur jardin une tombe ouverte, qui parle as* sez haut de la proximité de la mort.
Le proverbe allemand : « Regarde souvent dans la tombe, et tu t'y coucheras un jour facilement,» exprime d'une manière concise la pensée de S. Augustin : « La pensée de la mort inspire une crainte salutaire et fixo comme un clou les mouvements de la concupiscence à la croix de la mortification. »
Cf. Schmid, Catéchisme historique, t. III.
Fritz.
mkmoria, dans le langage des Pères de l'Église, notamment de S. Augustin , signifie une église pu une chapelle bâtie en mémoire d'un martyr ou d'un autre saint, souvent sur sa tombe même.
Cf. Schrôckh, Hist. del'Égl., t. VII, p. 323; IX, p. 187, 206; XI, p. 377, et les articles Oratoire, Martyrs.
hem puis. Voyez Noph.
MÉXANUi r, sectaire, disciple de Simon le Mage, né comme celui-ci à Samarie, était un des anciens gnostiqucs qui avaient été en rapport avec les Apôtres et contre lesquels ceux-ci prémunirent si fortement les fidèles.
En somme Ménander s'écartait peu des traces de son maître. Simon le Mage se donnait pour une incarnation de l'esprit créateur du monde, et Ménander
506 MÉNAISDER -
voulait de mime passer pour un hom- I me- du h. Simon le Mage jouait le rôle de Messie et Ménander de mime; il administrait à ses partisans un baptême qui devait les rendre immortels. Ménander passait pour magicien comme son maître. Tons deux, ainsi que leur contemporain de Samarie, Dosilhée(l), laissèrent après eux de petites sectes qui survécurent jusque dans le sixième siècle. On a eu tort de les compter parmi les sectes chrétiennes, car elles n'avaient absolument rien de chrétien; nées à l'occasion du Christianisme, elles s'opposèrent toujours au Christ et à l'Évangile. Cependant on comprend facilement que les païens confondissent les sectateurs de Simon et de Ménander avec les Chrétiens , tout comme ils confondaient les Juifs avec les disciples du Christ. Du reste, lorsque le Christianisme fut devenu la religion dominante , ces sectes cherchèrent à s'introduire dans l'Église , soit pour se cacher, soit pour s'attirer des partisans.
On peut consulter sur Ménander et sa secte Justin, ApoL, I ; Irénée, adv. Hœres., I, 23; Tertullien, de c. 50; Eusèbe, Hist. ecclés., 1. III, c. 26; Épiphane, Hœres., 22.
Cf. les articles Gnose, Dosithée, Simon le Mage. Scheôdl.
MEXDOG. Voyez Jagellon.
mimi vus, successeur de Jason dans le souverain pontificat. Jason l'avait envoyé à Antioche et lui avait donné, eutre autres missions , celle de remettre au roi Antiochus Épiphane les sommes auxquelles il avait acheté le souverain ' pontificat. Ménélaùs profita de l'occasion pour gagner la faveur du roi, lui offrit 300 talents de plus que Jason , et fut, en effet, nommé grand-prètre, tandis que Jason s'enfuvait vers les Ammonites (170 av. J.-d).
(1) y oy. DoglTHÉE.
- MÉNÉLAÙS
Ménélaùs était, suivant Josèphe (1), fils de Simon le Juste et frère d'Onias III ,et s'appela lui-même Onias V. Mais il n'est pas probable que Jason eût confié une ambassade aussi -dangereuse pour lui à un membre de la famille légitime des grands-prêtres , et le livre des Machabées (2) nomme formellement Ménélaùs frère de Simon de Benjamin (3). Comme, malgré les menaces du gouverneur de Jérusalem, Sostratos, il ne payait pas la somme promise, tous deux furent mandés à Antioche, et Lysimaque (4), frère de Ménélaùs, prit sa place. Ménélaùs, arrivé à Antioche, profita de l'absence du roi, qui était occupé à apaiser une sédition eu Cilicie, pour séduire Andronicus, qui remplaçait Antiochus, et le pousser à faire assassiner le grand-prêtre légitime, Onias III, qui l'accusait d'avoir pillé le temple.
Antiochus, à son retour, fit périr Andronicus, et Ménélaiis demeura impuni.
Pendant l'absence de Ménélaiis des troubles s'étaient élevés à Jérusalem (5) ; Ménélaiis fut accusé d'en être l'instigateur auprès d' Antiochus, qui se trouvait à Tyr; mais il parvint à gagner à prix d'argent Ptolémée, fils de Dorymène, si bien qu'il fut acquitté et que ses accusateurs furent condamnés à mort.
Enfin en 166 il revint à Jérusalem.
Bientôt après, le faux bruit s'étant répandu que le roi avait succombé dans une expédition contre l'Égypte, Jason rentra dans Jérusalem et contraignit Ménélaùs à se retirer dans la citadelle, occupée par les Syriens. Cepeudant l'entreprise de Jason finit par échouer et eut pour conséquence un affreux massacre qu'Antiochus, à son retour d'Égypte, ordonna dans tout
(1) Antiq., XII, U, 5.
(2) Il Nach., û, 25.
(3) Ibid., 3, ft.
(/») f 'oy. LYSIMAQDE.
(S) f'oy. lbid.
MENELAUS - MÉNIUS
Jérusalem. M enélaùs, eorame toujours, se tint du côté des Syrieus, conduisit lui-même lo roi dans le temple et conserva sa dignité (1).
Après la mort d'Antiochus Épiphane (2) Ménélaùs persévéra dans sa conduite perfide. Il accompagua l'armée que Lysias (3), tuteur du jeune roi Autiochus Eupator, conduisait contre Jérusalem. Mais à son retour Lysias détermina le roi à faire périr Ménélaùs, instigateur de tous les malheurs que la guerre entre les Syriens et la Judée avait attires 6ur le pays. Il fut, en effet, précipité du haut d'une tour, à Bercé, en Syrie, dans un monceau de ceudres (162) ; « juste jugement, dit le livre des Machabées {4)\ car, comme il avait commis beaucoup d'impiétés contre l'autel de Dieu, dout le feu et la cendre étaient des choses saintes, il fut lui-même justement condamué à être étouffé dans la cendre. »
Est-il question du même Méuéîaûs au deuxième livre des Machabées, II, 29, 32 ? Cela est douteux ; ce n'était pas un personnage propre à nouer des négociations de paix avec les Juifs, auxquels il était particulièrement odieux.
Reusch.
mÉnius (Juste), théologien de la confession d'Augsbourg, naquit à Fulde en 149-1, suivant d'autres en 1499. Après avoir étudié la philosophie et la théologie à Wittenberg il deviut diacre à Mùhlberg, plus tard curé d'Erfurt, et en 1540 le sénat de Gotha l'élut superintendant. Il prit part en 1527, avec Mélanchthon et d'autres, aux visites des églises de la Thuringe, de même qu'en 1536 à l'accord des théologiens de l'Oberland avec ceux de la Saxe. Dans la question de l'Intérim de Leipzig (5) il
(1) 11 Mach„ b.
(2) F<>y. ANUOCUIS ÊHl'HANE.
(5) f'o'j. LvtlAk.
(<0 H Uaeh., 13. Cf. Jo»., Antiq., t2, 15. (5) y oy. IMMUM.
se mit du côté des théologiens qui se déclarèrent contre cet acte de conciliation.
Bientôt après il fut impliqué la discussion d'Osiander, et il à cette occasion les trois censures des théologiens de Saxe concernant le symbole, et un écrit de lui-même contre la théologie alchimique d'Osiander (1).
En 1553 il fut envoyé avec quelques autres théologieus à Kœnigsberg par l'ancien électeur de Saxe, sorti de prison depuis un an, pour y aplanir les controverses religieuses et convertir les partisans d'Osiander. « Mais , dit Pladck, comme les théologiens saxons établirent un véritable tribunal des hérésies et se permirent ce que le Pape lui-même n'avait jamais osé, » leurs efforts non-seulement n'eurent pas de succès, mais ne firent qu'augmenter le trouble et le désordre des esprits.
A son retour M eu i us entra en discussion avec Amsdorf (2). Ce dernier le dénonça auprès de l'électeur comme un Majoriste qui, dans tous ses sermous, prêchait la nécessité des bonnes œuvres pour le salut, parce qu'il n'avait pas voulu se prêter à la condamnation de Major (3). Après avoir été contraint de se soumettre aux plus indigues procédures, il fut suspendu de sa charge, quelque mal fondée que fut la dénonciation. On lui défendit de monter en chaire et on lui fit promettre solennellement qu'il ne s'enfuirait pas avant l issue de l'enquête. Il fut cité devant un synode à Eiseuach , et, après s'être explique d'uue manière satisfaisante sur son orthodoxie, il devait espérer que l'issue du procès lui serait favorable, lorsqu'il fut, grâce aux efforts d' Amsdorf, obligé de souscrire un acte qui était rédigé d'une façon telle-
(1) Foy. OSUNDEH.
(2) rojf. AMSDOHf.
(5) V»y. Mjuor.
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M EN NAS — M EN NO et MENNONITES
d'abord son Édit théologique (544) et plus tard un nouvel Édit (551), et à les faire prévaloir par la violence. Mennas, menacé, signa l'édit; mais le Pape Vigile, quoiqu'il eût approuvé le premier édit, en ajoutant la clause « sans préjudice des droits du concile de Chaicédoine et à la condition que la controverse sera close par cet édit, »
refusa plus tard, en revenant sur sa conclusion, de ratiOer l'édit, malgré les instances de l'empereur, déposa l'évêque Théodore Askidas, et exclut de la communion de l'Église le patriarche Mennas et les évèques qui pensaient comme lui (1) (14 août 551). Mennas prouva alors son amour de la paix et la sincérité de ses sentiments religieux en se soumettant à la sentence du Pape et en réparant par son obéissance la faute qu'il avait commise par faiblesse. Sa soumission fut complète et absolue, et il déclara par écrit, avec plusieurs évèques, qu'il regrettait les décrets de l'empereur, et admettait les quatre conciles œcuméniques que les Papes avaient présidés par leurs légats ou leurs vicaires et les ordonnances du Saint-Siège qui concernaient la foi et confirmaient ces synodes (2).
Mennas n'eut plus que quelques jours de repos et mourut au mois d'août 553, après avoir gouverné l'Église de Constantinople pendant seize ans et six mois. Les Latins l'honorent dans leur martyrologe, comme un saint, le 25 août; les Grecs, dans leur Ménologe, le 24 (3). On trouve la biographie détaillée de S. Mennas dans les Bollandistes, t. I du mois d'août, le 25, et p. 65-67.
G. TlNKHAUSEB.
MENNO ET LES MENNONITES. Men-
uo, fils de Simon, d'où son surnom de
(1) Baronii Annal., ad ann. 551, n.6 sq.
(2) Hardouin, III, 10. Labb., V, 338.
(3) Martyrol. Rom., ad 25 August. Augtuti Menologium, ad 2H Aug. chei les Bollandiates, men«. Aug., I, flô7.
I Simonis, naquit en 1505 à Witmarsun, près de Franecker, dans la Frise.
Après avoir reçu une instruction assez médiocre il entra dans l'état ecclésiastique et devint, en 1528, chapelain de Pinningen, dans la West-Frise. Incapable, au milieu des mouvements religieux de l'époque, de conserver l'indépendance de son jugement, il ne fit comme tant d'autres que suivre le torrent. Il commença d'abord par mettre en doute la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, quoique, comme il l'avoue naïvement dans son écrit intitulé Abandon du Papisme, il fût trèspeu versé, à cette époque, dans la connaissance des Écritures. Il se mit alors seulement à les lire assidûment, en même temps que les ouvrages de Luther, de Bucer et d'autres réformateurs, et il trouva bientôt, comme résultat de se9 lectures, «qu'il avait été trompé par un culte idolâtrique (la sainte messe), un faux baptême et une fausse communion. » Il prêcha contre ces altérations de la pure parole de Dieu, tout en restant dans son église.
Lorsque, en 1533 , les anabaptistes commencèrent à se déchaîner dans Munsler, leurs désordres lui parurent moins une erreur qu'un fanatisme nuisible à la bonne cause. Les troubles de Munster ayant été apaisés en 1535 par la force des armes, quelques individus qui avaient pris part à toutes ces agitations, tels que les frères Philipps et David Joris et d'autres qui avaient été dès le principe contraires aux désordres de Munster, s'adressèrent à Menno, « comme à un prédicateur évangélique, qui avait déjà dévoilé à maints fidèles les abominations papales (I), » et le pressèrent de se mettre à la téte des anabaptistes modérés.
Il en résulta, en 1536, son Abandon public du Papisme. Ubbo Philipps lui
(1) Abandon du Papisme, p. 35.
MENNO et MEN'NONITES
administra lenouteau baptême. Menno se consacra alors à l'instruction des anabaptistes de la Frise, de Grôningnc, des Gueldres, de la Hollande, du lirabant, du Holstein et de la Prusse occidentale , qui reconnurent en lui leur maître et leur chef. Mais comme Menno lui-même avait peu de savoir théologique et que les Baptistes avaient trop peu de capacité pour imaginer une doctrine nouvelle, Menno en demeura tout simplement à quelques dogmes catholiques . auxquels il ajouta les idées des anabaptistes, en en modérant l'exagération fanatique. Il forma de cet amalgame un système mystique et séparatiste, sans consistance dogmatique, par conséquent sans véritable force de cohésion ; aussi Menno ne put-il empêcher divers par- 4is de naître de sa secte dès son vivant et sous ses yeux.
Menno enseigne : • Le péché d'Adam se perpétue ; sa conséquence est la mort ; cependant chacun n'est condamné que pour son propre péché et non par suite du péché originel. La liberté a un grand prix ; elle a une haute importance pour la justification , qui ne s'opère pas seulement par la foi , mais aussi par l'obéissance, par les *oonnes œuvres, les bous conseils, l'aumône , la visite des malades , preuves et fruits de la foi. La foi qui justifie change le cœur et fait d'un homme injuste un véritable juste. Le Christ n'a institué que deux sacrements : le Baptême, pour les adultes, pour ceux qui croient et qui font pénitence, et la Cène. Il a promis le ciel aux enfants sans le Baptême. Les sacrements sont des actes extérieurs et sensibles qui ne font qu'exprimer et représenter la vertu sanctifiante découlant incessamment du . Christ, mais qui ne la communiquent pas. Une cérémonie nécessaire est celle du lavement des pieds des frères voyageurs. L'Église est la continuation du royaume du Christ ; elle a des anciens et
des maîtresde la parole, que les premiers confirment en leur imposant les mains.
Dans un sens général, tous ceux qui sont rachetés appartiennent à l'Église, à l'alliance de Dieu. Il faut recevoir dans la communion de l'Église ceux qui veulent faire pénitence. L'autorité vient de Dieu ; nous devons le respect et l'obéissance aux supérieurs en tout ce qui n'est pas contraire à la parole de Dieu. La guerre et les serments sont absolu* ment interdits aux Chrétiens. »
Menno publia cet enseignement en 1536, dans son Livre fondamental de la vraie foi chrétienne (l). Mais il trouva dès Porigine des adversaires même parmi les Baptistes ; Battenburg et ses partisans parlaient encore de saisir le glaive d'Élie, d'extirper les impies, d'ériger un nouveau royaume des croyants, tandis que David Joris (2) , tenant le milieu entre Battenburg et Menno, pensait qu'il viendrait un temps où tous les princes de la terre déposeraient librement leurs couronnes, ma/s qu'il fallait les tolérer jusqu'alors et leur obéir.
D'autres dissidences s'élevèrent encore contre la doctrine de Menno relative à l'Incarnation du Verbe, à la défense du divorce, dissidences qui ne furent que temporairement aplanies dans la réunion d'Emden, en 1547, et qui le déterminèrent à publier divers opuscules (3). Mais le schisme devint complet, à propos des discussions qui s'élevèrent sur la validité de Pexcommunication ecclésiastique, entre ceux qui adoptaient et ceux qui rejetaient la direction fanatique des premiers anabaptistes.
Menno s'expliqua dans deux lettres (4) en faveur de l'excommunication pour les cas graves, mais seulement après
(1) Dans Sehyn, Historiœ Mennonitarum plenior deductio, p. 1 00-145.
(2) f'oy. Juristes.
(5) Schyn, I. C, p. 162.
(û) Id., tbid., p. 152, 157.
MENNO et MENNOMTES
trois avertissements, et en admettant la réintégration des pénitents. Il ne put emmener la séparation du parti de l'excommunicatiou rigoureuse (Flamands et Wcst-Frisons) et du parti plus modéré (Allemands et Ost-Frison6). En 1557, la cause ayant été de nouveau débattue dans une très - nombreusp assemblée tenue à Strasbourg, le faible Menno se laissa entraîner par Diétrich Philipps à l'opinion la plus rigoureuse, qui frappait de l'excommunication les fautes les plus légères, et à rompre toute communion arec les Mennonites de Moravie , de Suisse, de Souabe et du Brisgnu (1559), lesquels voyaient dans cette rigueur un retour au papisme. Menno ne survécut pas longtemps à ce schisme. Il mourut en 1561 a Oldeslo, dans le Holstein, dans la maison de campagne d'un gentilhomme qui l'avait mis à l'abri de la fureur des Baptistes. Sa position et celle de ses partisans avait toujours été très menacée, parce que les Catholiques, aussi bien que les Luthériens et les réformés, attribuaient les abominations de Munster aux Baptistes, de même que la formule de concorde désignait les anabaptistes, à côté des Schwenkfeldiens et des Ariens, comme des hérétiques. C'est ce qui détermina, en Moravie, en Prusse et en Suisse, l'exécution de beaucoup de Baptistes , considérés comme les ennemis de Tordre public ; David Joris fut exécuté, le 23 août 155G, à Bâle, où il s'était arrêté depuis 1541, sous le nom de Jean de Bruck. Plusieurs écrits de Menno (1), notamment Y Abandon du Papisme, avaient été consacrés à la réfutation de cette accusation souvent répétée, et le Mennonite Schyn consacra, dans son Historia Mcnnonitarum, Amstelod., 1723, page 131, un chapitre spécial à prouver que les Mennonites, qui rejettent le baptême des enfants,
(1) Dan» Schyn, I. c., p. 17017a.
sont les continuateurs des premiers
Chrétiens.
Les divergences déjà indiquées des Baptistes se formulèrent dans l'opposition des Fins, c'est-à-dire des Flamands et des Frisons occidentaux, et des Grossiers, c'est-à-dire des Waterlânder on des Ost-Frisons. Ceux-là tenaient rigoureusement à l'ancienne organisation et furent appelés Dompeler, parce qu'ils considéraient comme nécessaire la submersion complète (onderdompeling), tandis que ceux-ci se permettaient divers adoucissements à cette doctrine. On vit combien il y avait de pédantisme dans tout cela lorsque les deux partis eurent chargé deux de leurs maîtres, Jean Willems et Lubbcrt Gerrits (Gérardi) , d'arriver à un compromis (15C7). Leur sentence consista à ordonner aux deux partis de tomber à genoux, de se demander réciproquement pardon et de vivre dans la charité et l'union fraternelle. Les Waterlânder se mirent d'abord à genoux, reconnurent leur faute, demandèrent pardon et se relevèrent. Lorsqu'à leur tour les Flamands furent agenouillés et voulurent se relever, Willems déclara que le sens de la sentence était que les Flamands ne devaient pas se relever d'euxmêmes, mais devaient être relevés par la main qu'on leur tendrait. Ceux-ci, comprenant qu'à l'avenir ils ne seraient élus à aucune fonction dans la commune, rétractèrent leur rétractation et rejetèrent la sentence du compromis.
Le schisme devint plus complet qu'auparavant. Cependant peu à peu le besoin d'une nouvelle alliance se fit sentir et détermina la rédaction d'écrits symboliques. Le premier fut celui des Waterlânder, de Jean Ries et Lubbcrt Gerardi, rédigé en 1580. Il fut suivi de celui d'Outerman , maître mennonite de Harlem, qui parut en 1026, et fut sigué par dix-neuf maîtres. Il fut remis
MENNO ET MENNONITES
aux états généraux et procura la liberté de conscience aux Mennonites des Pays- Bas. Le sentiment de l'union ayant été fortifié par ces livres symboliques amena la réunion des partis séparés jusqu'alors. La commune d'Amsterdam prit l'initiative. Le véritable signe des enfants de Dieu, demandèrent-ils dans une circulaire de 1627, la foi active par la charité des Flamands ou des Waterlânder, pouvait-il être contesté ? Quelle parole des Écritures défendait aux deux partis de faire la paix ? A cette lettre succéda, en 1629, ce qu'on appela la Présentation, qui provoquait sérieusement à Puni té tous les enfants de Dieu dispersés. Ces écrits des Mennonites d'Amsterdam reçurent le nom d'O/ivier de la paix et furent adoptés par les Frisons et les Allemands réunis dans une assemblée d'Amsterdam (1630). Ce troisième écrit symbolique fut suivi bientôt d'un quatrième (1632), résultat d'un synode de Dordrecht, qui cimenta l'union des partis. Enfin une grande assemblée des prêtres et des diacres des Flamands unis, des Frisons et des Allemands, reconnut comme livres symboliques toutes les professions de foi publiées depuis 1626 et mit fin à toute discussion. Les différences de ces livres étaient insignifiantes, parce qu'elles avaient pour but d'effacer la divergence sur l'excommunication et la discipline ecclésiastique plutôt par une condescendance mutuelle que par des définitions bien tranchées (1). Mais cette absence de principes conduisit bientôt à de nouvelles oppositions, lorsqu'il s'agit du maintien des symboles. Contrairement à l'essence d'un symbole religieux, quelques-uns pensaient que, quelles que fussent les opinions dogmatiques qu'on admît, pourvu qu'on adoptât l'Écriture sainte et qu'on vécût pieusement, on devait être reçu dans la com-
(t) Cf. Schyo, 1. c, c. 4, p. 78-115.
munauté ; qu'ainsi on pouvait admettre et les Remontrants , appelés du nom de leur chef, médecin d'Amsterdam, Galènistes, et leurs adversaires, appelés du nom de leur chef, le médecin Apostool d'Amsterdam, les Apostooliques. Ceuxlà avaient des opinions sociniennes, tandis que les Apostooliques tenaient fermement à la doctrine de Menno sur la Trinité et l'Incarnation.
L'autorité, à laquelle les deux partis s'adressèrent, se décida en faveur des derniers. Cependant les Galénistes demeurèrent en possession des biens ecclésiastiques, parce qu'ils déclarèrent qu'ils étaient prêts à reconnaître les Apostooliques pour leurs frères, ce que ceux-ci ne pouvaient faire en conscience. Ils se séparèrent au nombre de six à sept cents et formèrent une communauté à part. Toutes les tentatives de réunion faites en 1684 furent inutiles. Plus tard les théologiens réformés profitèrent, aux états généraux, de ces divisions pour attaquer à plusieurs reprises les Baptistes, que toujours ils avaient regardés comme des hérétiques (1721, 1738, 1741). La cause parut devant les états , qui , naturellement , décidèrent dans le sens des dogmes calvinistes et se chargèrent d'une enquête sur l'orthodoxie des Baptistes.
Le culte des Baptistes est dépouillé de tout appareil extérieur, et consiste en prière, chant, prédication, catéchisme. Le huitième jour avant la Cène est institué deux fois par an pour le Baptême. Lorsque les catéchumènes sont examinés et que la communauté, à laquelle on les présente, n'a rien à produire contre leur admission, deux des anciens prononcent chacun un sermon (les anciens seuls ont droit d'administrer les sacrements), et ces sermons rappellent le symbole de foi de la communauté. Puis on interroge les catéchumènes sur ce symbole et l'on verse
M EN NO et MENNONITES — MÉNOCHIUS 513
trois foii de l'eau d'une cruche de pierre sur la téte des catéchumènes, en prononçant la formule du Baptême et le vœu que le Christ lui-même baptise le catéchumène dans le Saint-Esprit et le feu. Le plus ancien donne le baiser de paix aux nouveaux baptisés et les nomme chers frères ou chères sœurs. La célébration de la Cène ressemble beaucoup à celle de Zwingle. Le lavement des pieds est aboli.
Aujourd'hui encore les principales résidences des Mennonites sont les Pays-Bas, où ils occupent ISO communes. C'est dans le Holstein et en Prusse qu'ils furent d'abord tolérés. En 1827 ils furent exemptés du serment comme témoins, en Prusse, s'ils pouvaient donner la preuve authentique de leur conduite irréprochable. Ils ont établi plusieurs colonies dans la Russie méridionale, en 1803, de même qu'en Hongrie, en Transylvanie et en Moldavie. Ils se trouvent en Allemagne principalement dans le cercle de Clèves, dans l'Ost-Frise, dans le Holstein, à Neuwied, dans les deux liesses, moins dans le sud. Il y en a aussi en France, en Alsace et dans le département de la Moselle. La secte s'est propagée par des émigrations en Pensylvanie et d'autres provinces du nord de l'Amérique.
Cf. Opéra Mennonis, Amst., 1646; H. Schyn, Historia Christ ianorum qui Mennonitx appellantur, ib., 1723, traduite du hollandais ; le même, Historix Mennonitarutn plenior deducfïo, ib., 1729 ; Stark, Histoire du Baptême et des Baptiste*, Leipzig, 1709; Hunzinger, Religion, église et écoles des Mennonites, Spire, 1730.
SCHARPF.
ménochius (Jean-Étienne) naquit en 1576 à Pavie. Son père, Jacques Ménochius, président du conseil de Milan , était un des jurisconsultes les plus célèbres de son temps, auteur de plusieurs ouvrages de droit estimés,
MCTLC. VHÉOt* CATB. - T. XIV.
et surnommé le Baldus et le Barthole
de son siècle. Le 2.» mai 1593 le jeune Ménochius, âgé de dix -sept ans, entra dans l'ordre des Jésuites et s'y distingua par son savoir et sa vertu. Après avoir fait profession à Milan, il enseigna l'exégèse et la morale, remplit plusieurs fonctions importantes de son ordre, et mourut à Rome le 4 février 1655. Le plus connu de ses ouvrages est la Bretis Explicatio sensus Uteralit toi t us Scripturx. Il voulut rendre par ce travail le sens littéral de l'Écriture accessible à ceux qui n'ont ni le temps ni l'occasion de lire de longs commentaires. D'autres théologiens de son ordre, notamment Jean Mariana, Guillaume EsUus et Emmanuel Sa (1), avaient déjà fait la même tentative; mais Ménochius les surpassa ; lui-même fut ensuite laissé en arrière par un autre Jésuite, le Père Tirinus. Son Explication est précédée de prolégomènes en vingthuit chapitres, qui traitent brièvement des questions relatives à l'introduction à l'étude de la Bible et à l'herméneutique. L'ouvrage fut souvent imprimé (Cologne, 1630, 2 vol. in-fol.). De la Haye l'admit dans sa Biblla magna, et Tourne m nie le publia en 1719, avec plusieurs dissertations bibliques de divers auteurs. Il a été, ea 1843, imprimé, avec la paraphrase française de la Bible de Carrière, à Lille, en 8 vol. in-8°. Ménochius avait, en outre, composé les ouvrages suivants : Hieropolitica, s. institutiones politicx ex S. Scripturis depromptx, lib. 3, Lugd., 1625 ; Institutiones œconomicx ex S. Utterls depromptx, lib. 2, Lugd., 1627; de Republica Hebrxorum, lib. 8, Paris, 1648; Historia vitx Christi ; Historia sacra ex libro Act. Apost.; Diatribx, quibus plura Scripturx loca diserte exponuntur, Rome, 1647. — On trouva encore, après sa mort, et on publia une
(l) Toy. Maeiaha, Estics, Sà.