‹ Dictionnaire encyclopédique de la thélogie catholiqueChapitre 21 sur 224 · MACÉDOINE · texte numérisé non relu

MACÉDOINE

prxbent portus ad Toronem ac montemAtho, alii ad insulam Eubœam, alii ad Hellespontum opportune veril. Tertia regio nobiles urbes Edessam, et Berœam, et Pellam, et Vettio* rum bellicosam gentem; incolat quoque permultos Gallos et Iltyrios, impigros cultures. Quartam regionem Lord. ri , et Lyncestœ, et Pelagones incolunt. Juncta his Atintaniay et Stymphali*, et Elimiotis. Lib. 45 , C. 30.

S. Paul commença à prêcher l'Évangile en Europe par la Macédoine , après avoir été encouragé par une vision céleste à entreprendre cette mission. Néapolis, Philippes, Amphipolis, Apollonie, Thessalonique et Béroé sont les villes macédoniennes que visita l'Apôtre. L'Évangile y fit de rapides progrès.

Cf. Amphipolis , Béboé , etc.

Schego.

macédoniens. Voyez Pnklmato-

MAQLES.

macédoxius. Voyez Pkeumato-

MAQUES.

macération (abus de la). Il est essentiel de distinguer les abus de l'usage dans les questions délicates de l'ascétisme chrétien. La mortification, qui ressort de l'esprit et de la discipline du Christianisme, ne doit pas être confondue avec les exagérations couvertes de son nom ou de celui non moins respectable de la macération véritable. Un caractère essentiel de la mortification, c'est que non-seulement elle dérive d'une idée vraie, mais qu'elle s'unit à une humilité sincère, et que, dans la pratique, elle ne dépasse pas une juste et légitime mesure. De même que nous blâmons les abus d'une macération mal entendue , nous approuvons sans réserve la mortification véritable. On ne peut nier que quiconque travaille sérieusement à son amélioration morale, et veut assurer à l'esprit le légitime empire du corps . reconnaît

MACERATION

que, dans certaines circonstances , il n'y a pas de moyen plus efficace pour brider les sens, pour mater la concupiscence, pour refréner des désirs immodérés , que de s'infliger volontairement des sensations douloureuses , désagréables ou incommodes; que l'expérience de tous les temps et de tous les hommes spirituels a constaté l'efficacité de ce régime de mortification. Il ne s'agit pas, en employant ces moyens, de se tourmenter vainement , de s'infliger d'inutiles tortures ; il s'agit d'une victoire importante à remporter, de la victoire décisive de l'esprit sur la chair, et, par conséquent, du but même de la vie humaine , du terme et du couronnement de la moralité chrétienne (1).

Sans doute, là où manque le véritable esprit de l'humanité et le sens raisonnable de la moralité, il n'est pas étonnant que le remède puisse se tourner en poison, et qu'il se produise des écarts, des perturbations, des aberrations dont la vue nous remplit de surprise et d'horreur. L'abus, l'exagération insensée n'est jamais plus près de l'usage que dans les pratiques de ce genre , dans les choses où le feu couve sous la cendre, tatet ignis sub cinere doloso. Il est presque impossible de croire jusqu'à quel degré de folie , de fureur, d'excentricité sauvage et barbare, le fanatisme de la macération peut pousser ses victimes; nous aurions à dérouler ici un spectacle par trop sombre si nous voulions décrire les tortures effrayantes qu'invente l'imagination fantasque et féroce des ascètes fanatiques. Si l'homme sensuel s'ingénie sanscesseà inventer de nouvelles jouissances, le fanatique qui se torture est, en quelque sorte, plus ingénieux encore pour imaginer chaque jour des souffrances et des supplices nouveaux.

L'homme abandonné aux caprices de

(1) /'oy. Sensualité.

MACHIAVEL

sa volonté , d'un côté comme de l'autre, tombe dans les plus effroyables égarements , et a autant de peine à se modérer dans les tortures volontaires qu'il s'inflige que dans les jouissances raffinées qu'il recherche.

Fuchs.

M aciii AVKL {Niccolo Macchiavelli), un des hommes les plus malheureux qui aient jamais existé, si c'est un malheur que d'être le représentant de principes méprisables dont on n'est pas le père et qui sont le triste patrimoine de la presque totalité du genre humain. Le mot de machiavélisme est un véritable épouvantail qui, employé par tout le monde, n'effraye plus personne.

Machiavel naquit, en 1469, à Florence, d'une ancienne famille tombée dans l'obscurité. Sa vie publique commence au moment où les ûls du grand Laurent de Médicis, mort en 1492, Pierre, Jean et Julien, furent, avec toute la famille des Médicis, chassés de Florence (1 493). Machiavel, instruit et habile dans les affaires, fut bientôt revêtu des fonctions les plus importantes de la république , chargé de plusieurs ambassades à Rome et à la cour de France, et finit par être nommé secrétaire d'État. Lorsqu'on 1513 les Médicis rentrèrent dans Florence, Machiavel fut une des premières victimes de la réaction. Soumis à une sévère enquête, voire même, dit-on, à la torture, il fut destitué de toutes ses charges par Laurent, fils de Pierre de Médicis, mort en exil, et relégué de Florence dans un de ses domaines. Soit qu'il eût un penchant naturel pour les Médicis, soit que par prudence il sût se conformer aux circonstances, .toujours est-il que le premier fruit littéraire de sa retraite forcée fut le Prince, il Principe , qu'il dédia au mattre de Florence, qui l'avait banni. Machiavel, s'adressant directement aux Médicis, les appelle à se placer à la tête de l'Italie pour en chasser les barbares (Français,

Espagnols), a liberare l'Italta dei barbari.

Ce livre dut être et fut, en effet, favorablement accueilli par les Médicis.

Machiavel reçut bientôt de la part de Jean de Médicis, parvenu au trône pontifical, en 1513, sous le nom de Léon X, la mission de proposer un plan pour la réforme et la régénération de la république de Florence. Machiavel répondit au désir de Léon X par son Discorso sopra il reforma re lo Stato dl Firenze, fatto ad istanza di Papa Leone decimo , dans lequel il donna le conseil de maintenir la forme républicaine, mais de la constituer de telle façon que le principat demeurât assuré à la famille des Médicis.

A partir de ce moment Machiavel demeura au service des Médicis, sans prendre d'ailleurs aucune part à l'administration de l'État. Il consacra ses loisirs à des travaux littéraires. Ses principaux ouvrages furent un livre sur l'art militaire, Arle délia Guerra; des commentaires sur les dix premiers livres de Tite-Live, Dtscorsi sopra iprimidieci Ittri di Lirio, et une histoire de Florence, ou plutôt des histoires florentines , dell' Istorie florentine. Les principes qu'il exposa dans ses Discours sur Tite- Live le rendirent, disent les uns, encore une fois suspect aux Médicis, tandis que d'autres prétendent qu'il fut soupçonné d'avoir pris part à une conjuration contre le cardinal Jules de Médicis , plus tard le Pape Clément VII (neveu de Léon X) . Mais cette opinion est réfutée par le fait de la dédicace des Storle florentine au Pape Clément VII , dédicace dans laquelle l'auteur exprime sa reconnaissance envers une famille qui l'a toujours comblé de ses faveurs.

Les données sur sa mort varient entre les années 152G et 1530. Cette dernière dato est la plus probable. Un fait certain, c'est que Machiavel, durant le second bannissement des Médicis (ce-

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lui d'Alexandre , fils de Laurent, mort en 1519), vivait encore, assez méprisé du reste , et Paul Jovius dit formellement que Machiavel mourut peu avant la restauration des Médicispar Charles-Quint (fato defunctus est paulo antequam Florent ia, Cœsarianis subacta armis, Medicœos, veteres dominos, recipere cogeretur). Or cette restauration eut lieu en 1531 , tandis que l'expulsion avait eu lieu en 1527. Rien ne prouve, mais rien n'infirme non plus péremptoirement l'assertion de ceux (1) qui prétendent que Machiavel mourut en athée, en blasphémant (2), et qu'il fallut en quelque sorte le contraindre à recevoir le sacrement des mourants, etc.

Tout le mérite de Machiavel est dans ses ouvrages } nous avons déjà nommé les plus importants. Outre ceux-là on a encore de lui plusieurs dissertations historiques et politiques sur Lucqucs , Pise, la France, l'Allemagne, plusieurs esquisses biographiques, entre autres la biographie, faite de main de maître, de Castruccio Castracani de Lucques ; des relations de ses ambassades {Legas/oni), des discours, des mémoires, et quelques poésies dramatiques. Tous ces écrits ont été souvent réimprimés, soit isolément, soit ensemble ; les plus récentes éditions complètes sont celles de Florence (1813, en 8 vol. , et 1818, 10 vol. in-8°), et à plusieurs reprises traduits en français (3) , en anglais , en espagnol, en allemand, etc. Machiavel est compté parmi les meilleurs écrivains italiens; quelques-uns le placent au-dessus de Boccace.

Ce qui a directement de l'intérêt pour nous, c'est le livre du Prince \, qui renferme en résumé les principes dits machiavéliques! et qui a répandu dans le

(1) Pau! Joviuf , Elogia.

(2) Théoph. RaynauUus , Dé boni» tt mali» librU.

(S) Par Glraudet, 1799, 10 vol. iu-6" , par Péri^, \m-lW> W vol. ln-8%

monde entier la réputation équivoque de leur auteur (I). Il importe de donner un court aperçu de la teneur de ce livre, si fort estimé par les uns , si fort déprécié par les autres.

La question fondamentale qu'il se pose est celle-ci : Comment les princes peuvent- ils régner et se maintenir dans leur pouvoir? Corne i principati si possono governare et mantenere. La réponse dépend de la manière dont le pouvoir s'est formé, suivant qu'il est ou héréditaire ou conquis.

I. Les princes héréditaires se maintiennent sans difficulté ; ils n'ont qu'à pratiquer une certaine prudence et à se préserver des fautes et des vices les plus grossiers. Il n'est, par conséquent, pas besoin d'en traiter longuement.

II. Les princes nouveaux, uovt principe doivent être distingués les uns des autres.

Ou bien ce sont des princes anciens qui sont devenus princes d'un État qu'ils ont conquis (principati misti), ou ils sont des princes tout à fait récents , c'est-à-dire devenus princes de simples citoyens qu'ils étaient , nuovi tutti. Leurs sujets, dans ce cas , ou ont déjà été soumis à un prince, ou étaient libres. Enfin la conquête a eu lieu soit par les propres forces du prince, soit à l'aide d'armes étrangères ; par un coup de la fortune ou par des moyens de violence.

a. Si un prince conquiert un pays , il faut , pour se maintenir, en général, qu'il mette hors d'état de nuire ceux qu'il a lésés par la conquête ; il faut qu'il se garde d'élever ceux qui l'ont aidé, tout en les satisfaisant d'ailleurs autant que possible.

Si le pays conquis est rapproché par la langue et les mœurs de l'État héréditaire qui se l'est annexé, le prince n'a qu'une chose à faire : anéantir l'ancienne

(!) Le Prince e»t traduit même en arabe.

famille régnante, et, du reste, tout sur le pied ancien.

Si le pays conquis est éloigné et étranger, il faut :

1° Favoriser ceux qui ont une médiocre importance, abaisser complètement ceux qui étaient puissants ;

2° Fonder des colonies (aux dépens des habitants) ;

3° Ne laisser s'établir aucun étranger puissant dans le pays ;

4° Autant que possible demeurer dans le pays.

b. A-t-on conquis un pays libre : il est très-dangereux de lui laisser ses anciennes lois. Il est avantageux , mais insuffisant , d'y résider. Le moyen le plus sûr de conserver un pareil État , c'est de le bouleverser complètement.

e. Les princes qui le sont devenus par eux-mêmes , par leur talent, leur vertu, leur courage, et qui ont créé un État, comme Cyrus, Thésée, Romulus, Moïse, se maintiennent facilement et n'ont pas besoin d'instruction.

d. Mais ceux qui sont parvenus au pouvoir par une force étrangère ou par les jeux de la fortune, con forza d'altri et per fortuna , doivent, s'ils veulent se maintenir, être prudents, rusés, faux , sans foi , parjures , hypocrites , dévots en apparence, voleurs , dissipateurs, cruels, homicides, en un mot scélérats consommés, tels que César Borgia (1), modèle accompli des princes de cette catégorie. Raccolte adunque tuite queste azioni del duca, non saprei riprenderlo; anzi mi pare , corne ho detlo, di proporlo ad imitare a tutti coloro che per fortuna et con le armi d'al tri sono salit i ail' imperio.

e. Celui qui veut s'emparer du pouvoir par le crime, le meurtre, la trahison, doit commettre ces crimes d'un seul coup et en une fois , c'est-à-dire , par exemple , faire mourir tous les

(t) Voy. BOROIA (CéwrJ.

MACHIAVEL

grands, tous les riches, tous les trats d'une ville d'un seul coup , pour qu'il n'ait pas besoin de recommencer plus tard et de raviver par là même la haine dont il est l'objet. A-t-il en une fois , en les tuant et les dépouillant, rendu les puissants inoffensifs : il est garanti pour tout l'avenir. i

f. Celui qui , par la faveur de ses concitoyens, et sans l'emploi de la force, est devenu prince, doit se rendre populaire, même quand ce n'est pas le peuple, mais la noblesse, qui l'a élevé ; car il ne peut s'appuyer que sur le peuple et ne doit pas compter sur la uoblesse. Mais ce qui est capital , c'est de se rendre indispensable. E perd un principe savio deve pensa re un modo per il quai i suoi cittadini sempre et in ogni modo e qualità di tempo abbiano bisogno dello stato di lui, e sempre poi gli saranno fedeli,

III. Viennent ensuite des règles pour les princes en général, c'est-à-dire pour les princes séculiers, car les princes ecclésiastiques n'en ont pas besoin; ils sont absolument sûrs, et leurs peuples sont heureux , solo adunque qnesti prlncipati — se. eccksiastici — sono sicuri e fellci. — Ces règles se divisent en trois classes. Elles ont pour but :

1° La sûreté du pouvoir, qui se garde dansdes citadelleset par des soldats. Les uns et les autres sont nécessaires. Ils ne sont utiles au prince qu'autant qu'ils servent au dehors, non contre ses propres sujets. La plus sûre forteresse est l'amour du peuple ; l'armée la plus fidèle, ce sont les sujets eux-mêmes, milizie proprie; des soldats mercenaires, des troupes auxiliaires sont toujours un danger.

2» Les vertus qui font la réputation et le salut des princes , les fautes qui les déshonorent et les perdent. Ces vertus sont principalement la générosité , la clémence, la fidélité et la piété. Il serait fort désirable que tous les princes possédassent ces vertus ; mais, le

MACHIAVEL

inonde étant ce qu'il est, cela n'est pas possible , et cela n'est pas nécessaire : l'apparence produit le même effet et rend les mêmes services. La générosité n'est nécessaire qu'au commencement d'un règne et n'est utile qu'autant qu'elle s'exerce avec le bien de l'étranger ; si c'est aux dépens de celui des sujets, elle est pernicieuse. La clémence ne doit pas s'exercer aux dépens du bien général dans l'intérêt des individus, et, par conséquent, ne doit pas être appliquée au préjudice de la crainte nécessaire chez les sujets.

Il est rare qu'on puisse conseiller à un prince d'être fidèle à sa parole ; car, s'il est fidèle tandis que les autres ne le sont pas, il est trompé. 11 est tout aussi rarement nécessaire qu'il soit fidèle; car il y a toujours assez de gens qui se laissent tromper; et pourquoi ne le ferait-il pas daus son intérêt et à son profit? D'innombrables exemples prouvent que des princes sans foi et sans parole s'en sont très-bien trouvés. Un des exemples les plus évidents est celui d'Alexandre VI. Ce Pape ne dit jamais une parole vraie, ne tint jamais aucune promesse , trompa tout le monde, rusa sans cesse, et, malgé cela, il se trouva toujours des hommes qui le crurent, qui se laissèrent tromper, et tous ses plans lui réussirent. Un prince n'a nul besoin d'avoir de la religion ; l'apparence suffit parfaitement. En un mot, il suffit, mais il faut qu'un prince paraisse pieux, fidèle, humain, probe, religieux , tutto pietà, tutto fi.de, tutto nmanità, tutto intégrité, tutto retigione; mais il n'a pas besoin de Y être réellement, et il ne doit pas l'être s'il peut en souffrir du préjudice.

Ce dont un prince doit se préserver absolument, ce sont les fautes qui peuvent lui attirer la haine et le mépris, odio e dispregio; un prince odieux et méprisé est perdu sans ressource. Ces fautes sont:

l« Des empiétements sur la propriété matérielle et les droits conjugaux de ses sujets, roba e donne de' sudditi;

2» L'inconstance , l'incertitude, la mollesse, la lâcheté, l'irrésolution.

3° En outre un prince doit savoir quand il peut armer, quand il doit désarmer ses sujets; il faut qu'il fasse de grandes choses, qu'il acquière de la renommée ; il faut qu'il saehe être ami et ennemi ; il ne doit jamais demeurer neutre quand ses voisins sont en guerre les uns contre les autres. Il doit protéger les arts et les professions libérales, honorer l'agriculture et l'industrie, donner des fêtes populaires, savoir choisir de bons conseillers et de bons ministres, éviter les flatteurs comme la peste, défendre son autorité contre ses conseillers.

Après ces explications générales sur les princes Machiavel aborde le but immédiat de son livre : il appelle les Médicis à se faire les libérateurs de l'Italie. Et avant d'entamer ce sujet :

!• Il remarque que les princes italiens ont perdu leur pouvoir et livré l'Italie aux étrangers parce qu'ils ont entretenu des troupes mercenaires, parce qu'ils se sont fait haïr des peuples comme des grands, parce qu'ils ont fui à l'approche du danger.

2° Il explique ce qu'on entend par le bonheur, fortuna. La fortune ne fait que la moitié de la besogne ; l'homme doit faire l'autre moitié. Si la fortune doit tourner eu notre faveur, il faut que nous l'y contraignions, et que nous agissions comme si tout le succès ne dépendait que de nous. La fortune ressemble aux femmes, qui sont favorables aux jeunes gens impérieux et hardis , et non à ceux qui sont timides et réservés, e sempre, corne donna , èamico dei g forant, perché sono me no ris* pettivi,più feroci, et con più audacia la coin manda no.

Cela dit , il sollicite les Médicis de

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se mettre à la tête des Italiens et d'affranchir l'Italie des barbares. Toutes les circonstances, leur dit Machiavel, vous sont on ne peut plus favorables, non moins qu'autrefois à Moïse, à Cyrus et Thésée, c'est-à-dire que, de même que les Israélites étaient esclaves en Égypte, les Perses mécontents sous les Mèdes, les Athéniens dispersés au temps de Thésée, de même les Italiens sont actuellement esclaves, mécontents, divisés; ils sont tout prêts à suivre un chef qui voudra les affranchir, les unir, les rendre heureux, surtout un chef de la maison de Médicis, qui, par Léon X, s'est élevée au-dessus de toutes les maisons princières de l'Italie.

Tel est le sommaire du Prince de Machiavel.

Comment un tel livre n'aurait-il pas été lu et dévoré dans le monde entier et u'aurait-il pas été l'objet des discussions des hommes dans tous les temps ?

Jamais de pareils principes n'avaient été professés avec un pareil cynisme ; jamais disciple de l'école cyrénaïque ou épicurienne ne s'était prononcé avec une telle impudence. Mais on se tromperait si l'on croyait pouvoir prononcer, d'après ce seul exposé, un jugement décisif sur Machiavel et son livre.

Machiavel a été compris de diverses manières, et, pour être juste, il faut comparer les différentes méthodes d'interprétation dont il a été l'objet. Elles se divisent en trois catégories.

!» La manière la plus directe est de prendre tout ce que dit Machiavel pour du comptant, comme étant sa pensée sérieuse, et par conséquent d'en prononcer la condamnation absolue. C'est de ce point de vue qu'a procédé Arabroise Catharinus, De libris a Christiano de tes tandis et ex Christianisme) penitus removendis, Rom., 15ô2 (t).

C'est dans ce sens qu'ont écrit les

(i) Fctf. Catharinus.

écrivains dits antimachiavéliques, depuis Gentillet (Discours sur les moyens de bien gouverner et de maintenir en bonne paix un royaume ou une principauté^ divisés en trois livres , à savoir : du Conseil, de la Religion et Police que doit tenir un prince. — Contre Nicolas Machiavel, Florentin, 1576), jusqu'à Frédéric II (Jntimacchiavelli ou Examen du Prince de Macchiavelli, 1740), et tous ceux qui, s'appuyant sur ces adversaires du Florentin, ne se sont pas donné grande peine pour condamner Machiavel et représenter le danger de son livre. Tels le P. Possevin (1592) qui, comme l'a prouvé Conringius (Nie. Macchiavelli Princeps, Helmstadii, 1660, Prxf.% p. 8 sq.), n'avait pas lu le Prince; Ribadéneira (de Principe Christiano, adv. Macch. cseterosque huius saeculi polit icos, Antv., 1603) ; le P. Lucchésini (Saggio delta sciocchezza di Nicolo Macch., Rom., 1697), etc., etc.

On peut difficilement admettre ce point de vue; il est faux, surtout s'il s'associe à l'opinion que Machiavel a conseillé une sanglante tyrannie et n'a pas considéré les crimes qu'il recommande comme des infamies. Toutes les faces du livre, de quelque côté qu'on l'examine, et les autres écrits de l auteur sont contraires à ce point de vue. On ne peut pas d'ailleurs, pour soutenir cette opinion, en appeler au jugement de l'Église. Sans doute te Prince a été condamné, mais seulement sous Clément VIII, c'est-à-dire près de cent ans après son apparition.

Cela prouve que , dans le commencement, l'Église l'a compris autrement que les adversaires de Machiavel. Cette sentence de condamnation ne fut rendue que lorsque le livre fut devenu réellement dangereux par les discussions et les malentendus qu'il avait fait naître.

2° Le second parti attribue précisément le sentiment et l'intention con-

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