MAC
traires à Machiavel. Véritable ami du peuple , ennemi de toute tyrannie, dit Albéric Gentilis (deLegathnibus, III, 9), Machiavel voulait faire connaître la perversité des tyrans, l'exposer à tous les yeux pour instruire, non les princes, mais les peuples : Itaque tyranno non favet. Sui proposai non est tyrannum {usinière, sed, arcanis ejus palamfactis, ipsum miseris populisnudum et conspicttum exh ibère... Consilium fuit ut sub specie principalis eruditionis populos erudiret.
A la tête de ce parti est Bacon de Vérulam, qui loue Machiavel d'avoir mis les princes hors d'état de nuire en dévoilant sans réserve leur perversité et leurs crimes (1). On est naturellement porté à adopter cette opinion quand on aime à constater dans un homme des sentiments humains. Elle a d'ailleurs pour garant la dédicace et la conclusion du livre, ainsi que le Mémoire rédigé à la demande de Léon X sur la réforme de la république de Florence, et surtout les discours sur Tite- Live, écrits dans un sens complètement républicain.
Cependant en admettant cette opinion on enlève tout principe au livre du Prince. On ne peut guère admettre qu'un ouvrage élaboré avec tant de soin ne soit pas établi sur des principes politiques généraux et ne soit pas autre chose qu'une compilation de faits destinée à rendre odieuse une certaine forme de gouvernement. On reconnaît dans les autres ouvrages de Machiavel des principes politiques bien arrêtés, et il n'y a pas de doute que ces mêmes principes sont l'âme du Prince. Si l'opinion de Bacon était juste, on ne comprendrait pas pourquoi Machiavel dit que les crimes les plus honteux sont indispensables pour les nouveaux prin- II aurait atteint son but aussi bien
U) DeJugm. VU,
IAVEL
et mieux en démontrant historiquement que tous les princes nouveaux agissent de telle ou telle façon , et en apprenant aux peuples comment ils ont à se défendre contre de tels princes. En outre, sans être un homme absolument réprouvé, Machiavel ne se montre pas toutefois comme un zélateur très-remarquable du droit et de la vertu. Et c'est là ce qui justifie la troisième manière d'envisager et de juger le livre du Prince.
3° La plupart des politiques qui se sont occupés de Machiavel ont défendu le livre du Prince en le prenant tout simplement tel qu'il est. C'est, dit par exemple Bocalin, un fidèle portrait des princes actuels. Or n'est-il pas injuste de condamner le portrait , tandis qu'on honore , estime et glorifie l'original ? « Ce ne sont pas les princes dit Bayle, qui ont rien appris de Machiavel, c'est Machiavel qui a été à l'école des princes; qu'on condamne, qu'on brûle son livre , la politique restera toujours la même. » « Il faut, ajoute-til, par une malheureuse et funeste nécessité, que la politique s'élève audessus de la morale. » H faut, dit Conringius (1), s'occuper, en politique, non pas d'un État idéal, mais de l'État réel, comme l'a fait Aristote. Amelot de la Houssaye, traducteur français du Prince, s'exprime de même : « Ceux qui blâment Machiavel n'entendent rien à la raison d'État ; de là vient que des hommes d'État , des princes , qui entrent eu carrière, condamnent Machiavel ; mais dès qu'ils sont parvenus au pouvoir ils se montrent ses fidèles disciples et suivent pas à pas les leçons de sa politique. Frédéric II est une preuve de la justesse de cette observation, lui qui, non-seulement comme roi , fut un machlavel consommé, mais qui, dans son antimachiavel (î) ,
(!) L. c, prie/.
(«) Publié par Voltaire
MACHIAVEL
s 'enveloppant d'une sainte et vertueuse apparence, professa le plus pur machia- Télisme.
Si cette troisième manière de comprendre le Prince est juste , la valeur du livre résulte de l'exposition qu'il Tait de la politique telle qu'elle se pratique en réalité.
En quoi consiste cette politique?
A concevoir un plan dans un certain intérêt personnel, à avoir un but marqué et à s'efforcer de parvenir à ce but en mettant en mouvement nonseulement ses propres forces, mais encore celles, des autres ; en employant à son profit tout ce qu'on rencontre sur son chemin , en anéantissant ou mettant de côté tout ce qui fait obstacle.
Il y a deux espèces d'hommes et deux espèces d'États et de chefs d'États. Les uns agissent et se meuvent dans le cercle qui leur est assigné :
t° Respectant le domaine (la propriété, les droits de tous les autres, tout comme ils veulent être respectés dans le leur ;
2» Abandonnant le succès à Celui qui dirige l'ordre du inonde et tous les détails de ce monde.
Les autres agissent :
1° Comme s'il n'y avait pas un ordre général soumis à la direetion d'un Être unique et suprëme,.qui se mêle de l'ensemble et du détail;
2° Et ceux-là, par là même, ne se restreignent pas au cercle qui leur est assigné, mais se font centre , pour attirer tout à eux et tirer profit de tout.
En d'autres termes, les uns observent le droit, les autres ne l'observent pas, ne faisant absolument que ce qu'ils pensent leur être utile, c'est-à-dire ce qu'ils pensent pouvoir servir au but qu'ils se sont proposé, dans leur propre et unique intérêt.
La politique des premiers est dite morale ; celle des seconds est appelée immorale.
Or c'est cette dernière qui est la politique machiavélique. Mous la rencontrons dans les autres écrits de cet auteur comme dans son Prince. La reconnaître et savoir agir conformément à ses principes, constitue toute la sagesse politique. Que ce que cette sagesse ordonne viole les droits d'autrui, contredise les lois divines, ou non, ce n'est pas la question. Il ne s'agit pas de ces droits et de ces lois. Les explications nécessaires à ce sujet sont l'objet de la philosophie abstraite du droit.
L'objet de la politique, en tant que science positive , n'est autre que cette prudence ou cette sagesse. Appliquons-»
nous cette politique à une république : il en résultera une conduite telle qu'on a pu l'observer à Sparte, ou, après les guerres persiques, à Athènes, aujourd'hui en Angleterre ; s'applique-t-elle à un prince futur, usurpateur ou conquérant î nous aurons le prince de Machiavel.
La politique du Prince n'est donc qu'une partie de sa politique générale, mais une partie parfaitement correspondante à l'esprit de l'ensemble.
Machiavel , dit Frédéric II, et après lui Stahl (1), est le Spinoza de la politique. Il se sépare, comme celui-ci, du Dieu ■» vivant, et tous deux amènent nécessairement, par cette séparation , en philosophie le spinosisme , en politique le machiavélisme. Si l'on abandonne quelque chose à la conduite d'une puissance supérieure, toute cette politique s'écroule ; si l'on veut veiller à tout soimême, on arrive nécessairement à cette unique ligne de conduite. Mais cette politique ne peut être appelée machiavélisme que dans le sens où la philosophie moderne, résolument et sciemment athée, s'appelle spinosisme. Machiavel a eu le malheur d'être le premier dont on a appliqué le nom à une
(1) Hat. de la phUotopkie du droit, I, SI*.
MACHIAVEL — MACHMAS
théorie qu'il n'a pas inventée. Elle existait longtemps avant lui, elle fut de son temps surtout la politique de tout le monde. Elle se montre chez lui dans sa forme la plus odieuse, parce qu'elle s'y manifeste tout entière, aux deux extrémités politiques : dans le gouvernement d'un prince qui , dans ce cas , est un tyran; dans le gouvernement d'un peuple livré à la pure démagogie.
Machiavel a-t-il écrit le livre du Prince seulement pour donner une forme nette, précise et complète à la politique qui se révèle dans tous ses écrits , surtout dans ses commentaires sur Tite- Live et dans son histoire de Florence, ou a-t-il eu des vues et des intentions secondaires, comme de prémunir les Médicis contre le projet d'ériger une monarchie formelle par l'abolition de la constitution républicaine ? C'est ce qui n'a aucune importance pour nous, si cela n'est pas sans intérêt pour fixer le caractère de Machiavel.
Quoi qu'il en soit, Machiavel est à plaindre : 1* d'avoir appartenu à cette classe d'hommes qui ne tiennent pas compte de ce que la vie des hommes , comme la vie de la nature, est soumise à une loi divine unique, immuable et inviolable; 2* d'avoir donné son nom à une théorie immorale dont tout le monde est coupable , et que chacun pratique tout en en rougissant.
Ceux qui ont osé dire que le machiavélisme était essentiellement la politique de la cour des Papes et des États catholiques, tandis qu'il ne pouvait prendre racine dans les États protestants, grâce au vrai Christianisme qui les anime, comme l'a dit récemment encore, après beaucoup de ses coreligionnaires, Matthài (1), ont avancé une méchanceté et une absurdité a laquelle il n'y a rien à répliquer.
(1) Rapport du Christianisme et de la politique, Gceltingue, 1850, p. ».
On trouve une riche collection de jugements sur Machiavel, tirés des auteurs anciens , dans Tob. Magiri Eponymologium eriticum , etc. , Francof.
etLipsiae, 1697. Cf. Bayle, Dtct. hist.crit. , et Artaud de Montor, Machiavel, son génie et ses erreurs, Paris, 1833; Venedey, Machiavel, Montesquieu, Rousseau, Berlin, 1850.
Mattès.
MACHMAS {Michmas)t DC3Q,
c'est-à-dire trésor (lieu, maison du trésor) , ville de la tribu de Benjamin , importante par sa position , aujourd'hui le village de Makhmas, situé à l'est de Béthel, à neuf mi Iles romains nord de Jérusalem. Cette ville dominait l'entrée septentrionale d'un dénié formé par deux rochers abruptes , s'avançant en forme de dent, Boses (X23t le saillant) et Séné (rUD, le roc, l'écueil). Les Philistins s'étaient emparés de ce défilé et avaient étendu de là leurs ravages sur toute la contrée septentrionale de Juda (1), et d'abord sur la tribu de Benjamin, tandis que Saûl campait avec 600 hommes au sud du défilé.
Plus tard on retrouve Saùl à Migron (3), en présence des Philistins qu'il fait battre en retraite, grâce à l'entreprise hardie de Jonathas qui escalade le défilé et attaque d'en haut l'ennemi surpris.
La crainte du Seigneur s'empare d'eux et les disperse. La description que fait Isaïe de la marche de l'armée assyrienne à travers les défilés de la Judée est imaginaire (3), mais elle prouve que Machinas était le dernier obstacle qui empêchât la conquête de Jérusalem. Jonathas Machabée résida à Machmas jusqu'à ce qu'il pût occuper Jérusalem.
La centrée environnante était renommée pour son extrême fertilité. Robinson vit dans le Makhmas moderne beau- Ci) I Rois, 13, n.
(2) Jbid , », s.
(S) Isaïe, 10, 28-32.
MACHMAS
coup de fondations do murailles, formées de grandes pierres de taille, et quelques débris de colonnes.
machsob ("nînn, retour, mouvement circulaire, de T»n, revenir) ; c'est le nom du rituel hébreu pour toute Tannée , tandis que le livre de prières quotidiennes des Juifs se nomme communément T/iéphilla (nSiïD , prière).
Le Machsor qui complète la Théphilla, dont il suit la division pour l'office quotidien et celui de tous les jours de l'année, n'en diffère que par diverses additions, notamment par les cantiques des fêtes. Un Machsor complet renferme, outre les prières rédigées en prose :
1° Des cantiques de fêtes de divers auteurs ;
2- Les chapitres du Pentateuque et des Prophètes qu'on lit les jours de fête ;
3° Les niSutS t&on (cinq rouleaux, cinq livres, c'est-à-dire le Livre de Ruth, Esther, le Cantique des cantiques , les Lamentations de Jérémie et l'Ecclésiaste) ;
4. La Pibke a bot h , sentences des Pères. C'est le neuvième traité, n3Dp.
de la quatrième partie, ytd, dans les éditions ordinaires de la Mischna ; dans le Talmud c'est le dernier traité de cette partie.
Mais il y a des machsorim abrégés , qui ne renferment que les prières et les cantiques des fêtes. Ils diffèrent aussi , quant au rit, suivant les diverses nations, les diverses contrées où l'on s'en sert. Il y a des machsorim italiens, allemands, polonais, espagnols et portugais , qui sont conformes aux usages et aux rites des Juifs de ces diverses nations , souvent toutes réunies dans la même ville et la même communauté.
La partie la plus importante du Machsor est la poésie mêlée à leurs prières, pour les jours de fête. Ces hymnes, nommés habituellement Pijutim (otttVS)»
mot d'emprunt se rapportant à pœta),
- MACHSOR 77
renferment d'une part des idées talmudiques, et d'autre part sont des produits de la spéculation religieuse aristotélicoscolastique du moyen Age ; aussi \es Juifs qui n'ont pas fait d'études spéciales à cet égard ne les comprennent pas d'ordinaire. Leur forme imite h poésie arabe, très-souvent avec beaucoup de bonheur. Cependant on ne peut dire que toutes soient réussies ; il y en a qui sont d'un goût équivoque, qui se plaisent dans de vains jeux de mots , et qui sont si pauvres d'idées que Heidenheim, le Rimchi des temps modernes, qui a traduit le Machsor en allemand et l'a commenté en hébreu , en a laissé de côté bien des pièces , parce que, dans une autre langue, elles n'eussent pas été supportables. Malheureusement les nouvelles éditions omettent le plus beau poème de l'hébraïsme extrabiblique, n-oSo ma, qui a été publié en allemand sous le titre de Couronne royale de ben Gabirol , et traduit en vers par Léopold Stem, Francfort-sur-le-Mein,
Les auteurs de ces hymnes nommés Peilanim , D^Û^S, dont on trouve la nomenclature alphabétique, avec quelques détails, dans l'introduction hébraïque qui précède l'édition du Machsor de Heidenheim , peuvent se diviser en deux classes :
V Les Espagnols, qui fleurirent surtout de 1070 à 1170, et à la tête desquels se trouvent Salomon ben Gabirol , Isaac ben Girath, Moïse ben Esra, lehuda Hallevi , Abraham ben Esra ;
2° Les Germano -Français , qui vécurent environ de 1040 à 1203. Ceux-ci sont en majeure partie des imitateurs de l'Italien Kalir.
Les manuscrits et les éditions du Machsor sont innombrables. La première édition et la plus rare est celle de Soncino et de Casai maggiore, de 1486.
Les réimpressions de Soncino faites à Pésaro sont aussi rares. Celle de Bologne
MACHSOR -
de 1541 passe pour la plus complète et la plus estimée de toutes. Elles sont toutes d'après le rit Italien.
La première édition conforme au rit allemand est celle d'Augsbourg, de 1536; la première suivant le rit polonaises! celle de Prague, 1533. Schmid, a Vienne , a publié des éditions plus récentes : Machsorim suivant le rit polonais , en deux parties ; on a les mômes , traduites en allemand, en dix parties; — Machsor suivant le rit allemand, cinq parties ; — Machsorim pour le rit italien ; — Machsor pour le rit espagnol, trois parties. — L'édition aujourd'hui en usage en Allemagne est celle de Heidenheim , en cinq parties (d'après les cinq fêtes : nouvel an , jour d'expiation, fête des Tabernacles, Pâques, Pentecôte), avec une traduction allemande. La meilleure édition est celle de Rôdelheim. — En général , pour ce qui concerne les machsorim , leurs éditions, arrangements, histoire, etc., cf.
de Rossi, Dictionnaire historique des si uteur s judaïques , traduit par Hamberger; Dukes, Poésies néo-hébraïques; Heidenheim, Introduction, citée plus haut; Wolf, Bibliotheca Hebraïca; Zunz, Cours de Religion, Catalogue de la Librairie hébraïque de François de Schmid et J.-J. Buch; Catalogue des livres hébreux publiés à Prague. On trouve aussi des détails isolés dans les gazettes judaïques modernes, par exemple, D13DTOn *TD3 TCn, l'Orient, de Furst; la Gazette de Geiger; Busch, Calendrier et Annuaire pour les Israélites, etc.
MACHINE (SAINTE). Vouez BaSILB
leGband.
madeleine (sainte). Marie-Madeleine, Maria Magdalena , est ainsi nommée dans l'Écriture sainte :
1° Dans S. Luc , 8, 2 , qui rapporte qu'elle se trouvait avec d'autres pieuses femmes que Jésus avait délivrées de mauvais esprits et guéries de maladies, et