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et des eaux de la dernière marée, laquelle , à certains endroits , atteignait les genoux des chameaux et rendait la traversée assez difficile. On ne peut faire cette route que par un vent du nord ; avec le vent du sud-est H y a du danger; au moment de la marée on est perdu.
La marée déborde souvent sur le rivage, comme le prouve le sable fin qu'elle laisse derrière elle, et il est hors de doute qu'autrefois le golfe s'étendait davantage vers le nord-est ; car la bande du désert, qui se prolonge entre l'extrémité septentrionale de la mer et la chaîne de collines qui s'élèvent envirori à 16 kilomètres à l'est et bornent cette plaine, porte toutes les traces auxquelles on reconnaît un sol récemment abandonne par la mer. Les couches de cette chaîne sont tout à fait horizontales et appartiennent à la formation du Mokattam, situé eu face. La surface est couverte de sable de mer et de débris marins; en certains endroits elle est surchargée des terres d'alluvion provenant des montagnes voisines, et surtout de pyrites dures et très-peu friables. Dans beaucoup d'endroits le sable forme des collines qui se rattachent les unes aux autres comme des dunes ; c'est la que se trouvent les puits d'Asin-Mousa. Si l'on considère que le circuit autour de Suez, au temps de la marée basse, dure quatre heures, qu'il se prolonge à la marée haute , qu'au temps de Pharaon la mer s'avançait plus qu'aujourd'hui dans les terres, on comprend que ce roi se hâta de suivre les Israélites dans les profondeurs de la mer eutr'ouverte , qu'il put prendre pour la marée basse; mais on voit aussi qu'une marée basse, dont les Israélites auraient profité, ne suffisait pas pour expliquer leur traversée extraordinaire.
D'ailleurs les paroles de la Bible s'opposent à toute explication purement naturelle : « Les enfants d'Israël niar-
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chcrent à sec au milieu de lames, ayant l'eau à droite et à gauche, qui leur servait comme d'un mur (I). » On ne pourra jamais déterminer d'uue manière positive et exacte le lieu où le passage s'effectua, et le fait est assez indifférent. Les modernes pensent qu'il se fit au nord de Suez, à peu près le long de la route traversée par Russegger (2) ; la tradition le met plus au sud. Schubert dit : « Quand je pèse les motifs graves que dernièrement Raumer a résumés, dans son opuscule sur l'Expédition des enfants d'Israël, je ne puis m'empécher d'adopter l'ancienne tradition, suivant laquelle le passage de l'armée d'Israël eut lieu en partant de la vallée opposée d'Asin-Mousa et qui débouche à la côte entre l'Attaka (Baal Zephon) et le Kuaiba (Migdol), situé au sud. Les Hébreux marchèrent durant une nuit pleine d'angoisses. L'aurore les trouva arrachés au péril et à l'inquiétude, près du puits de Moïse (3). » C'est aussi vers cette opinion que penche Ritter, dont l'autorité est si grave (4).
Ce golfe ne fut jamais d'une grande valeur pour la navigation et le commerce, soit à cause des obstacles qu'il présente naturellement, soit à cause de la proximité du Nil ; mais le golfe oriental, le golfe Élanitique, était d'autaut plus important Les Commodores Moresby et Caries ne purent en trouver le fond, sauf tout près de la côte. Il est naturel qu'il résulte d'une telle masse d'eau un choc formidable, même par les vents les plus doux et les marées les plus calmes. La majeure partie de l'année ce sont les vents nordnord-est qui prédominent; ils sont très-modérés pendant deux mois, après l'équinoxe de printemps; le reste du
(1) Exode% 14, 22.
(2) De la Borde.
(3) Voyage d< Orient, 11,272, m Gëogr., XIV, 82*.
temps ils sont extrêmement variables et forts , les hautes montagnes des environs ne laissant qu'un étroit passage aux vents latéraux et augmentant ainsi leur violence et les dangers qui en résultent. La partie supérieure du golfe est moins orageuse que la partie inférieure. Les affluents qui débouchent dans le golfe sont très-nombreux au bord septentrional ; durant la saison des pluies ils deviennent de formidables torrents et forment, par leurs alluvions, les pays bas de la presqu'île sinaïtique, tandis que les ruisseaux de la côte orientale sont en général absorbés par le sol, qui est mou et visqueux, et ne peuvent pas charrier de terres d'alluvion. C'est pourquoi on ne trouve de stations pour les vaisseaux et d'emplacement pour des ports sur la côte occidentale qu'à Klath et Asiongaber (1).
C'est de cette route maritime, pénétrant profondément dans le continent, au centre des pays commerçants du monde ancien, que partirent les premières grandes expéditions maritimes ; c'est là que, dès la plus haute antiquité, se trouvait la voie qui reliait l'Orient à l'Occident, et c'est ce qu'elle pourrait devenir encore si, par un obstacle quelconque , la voie de l'Inde par Suez et l'Égypte était coupée; il pourrait encore partir de là des expéditions d'uphir, allant chercher les richesses de l'Inde , comme au temps de Salomon.
III. La M bb Mobte , Mare mortuum (2), ôaXacaa ri wxpà (3), s'appelle dans la Bible mer de sel, nSan Qi, mer de la plaine, raiyn D^, mer de /'Orient, WOTpn D>; dans Josèphe, mer Asphaltite\ chez les Arabes, merde Loth (Bahr el Loud). Sa largeur est en général assez uniforme; elle a deux milles à deux milles et demi allemands,
(1) t'oy. Elatu, Asiongaber.
(2) Justio.
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sauf aux deux extrémités, où elle est resserrée par les montagnes. On Tarie sur la longueur, parce que celle-ci diffère suivant les saisons; en moyenne elle a dix milles. Le lit de cette mer est un prolongement du Ghor, lequel se trouve à l'extrémité septentrionale de la mer; c'est un marais salé, dont le plan est presque horizontal ; hommes et bétes y enfoncent jusqu'aux chevilles dans la vase. Le pays qui longe les bords conserve ce caractère jusqu'à u dernier gué du Jourdain.
La partie méridionale est resserrée à Test par une presqu'île qui s'avance à près de 8 kilomètres, et qui, vue de j l'ouest, a l'air d'un banc de sable; à l'ouest de la pointe méridionale, qui est partout très-guéable, et d'où partent beaucoup de petits bancs de sable, s'élève une longue et étroite arête, nommée Chadschir Usdum (pierre de Sodome). Cette montagne, tout à fait isolée, paratt comme incrustée de chaux. Lynch l'escalada et la trouva formée d'un sel solide, couverte de pierres calcaires, cylindrique de face, pyramidale par derrière , se terminant par une portion arrondie haute de 13 mètres, et reposant sur un piédestal également arrondi de 13 à 17 mètres au-dessus du niveau de la mer.
Sa masse, qui diminue peu en s'élevant, est toute formée d'un sel cristallisé, d'une couleur matte et terne. C'est là qu'étaient probablement la vallée de sel (1), et la ville de sel dont parle Josué (2) , nScn-T* (3). Le Ghor se prolonge encore au sud de la mer Morte pendant près de 12 kilomètres sous le même nom. Immédiatement à partir du fond il s'abaisse, et forme vers l'ouest, aux deux tiers de sa route, des terrains bas et nus ; la partie orientale,
(1) Pi. 00, S x « In pelra exalUuti me. »
(2) 15, «3 : « Rel>«*n , c'eat-à-dire la ville du sel. »
P) Robinson, III, 25.
arrosée de ruisseaux et cultivée par des Bédouins , présente un aspect plus agréable. Peu à peu le sol s'élève et forme une ligne de séparation entre le Ghor et le Wadi Araba. Ces deux séries de montagnes, qui entourent le lac, présentent de toutes parts des rocs élevés et abrupts. Là où des sources ou des fleuves débouchent dans le lac, on rencontre un sol fertile et la végétation la plus riche des tropiques. De tout temps ces parties furent habitées, et l'on y trouve encore des races bédouines. Ce que les anciens racontaient de l'aspect horrible de cette contrée est plein de fables et d'exagérations; toutefois c'est un désert et un lieu abhorré par les enfants des hommes. L'eau du lac est verte et n'est pas tout à fait limpide. Son goût est salin et d'une amertume dégoûtante. Sa pesanteur, causée par sa nature saline, fait que les objets qu'où y jette surnagent assez facilement et que les poissons ne peuvent y vivre. Cependant les dernières recherches microscopiques faites sur ces eaux ont découvert des traces de rie. La lourde masse de ses eaux ressemble à un immense miroir de métal sur lequel bouillonne une chaleur africaine. En hiver l'eau s'élève de quelques décimètres au-dessus du niveau des mois les plus chauds; il en résulte qu'en se retirant elle laisse un dépôt de sel que les Arabes ramassent pour leur usage et celui de leurs troupeaux.
Le bassin de la mer Morte se compose de deux parties fort distinctes :
d'un bassin plus grand et très-profond au nord; d'un bassin plus petit, peu profond, au sud, séparés l'un de l'autre par la presqu'île décrite plus haut et par un gué qui se dirige vers l'ouest. La profondeur des eaux du bassin du sud n'est nulle part de plus de 5m,33 ; celle du nord a au moins 333 mètres au centre; au bord elle a toujours entre 166 et 266 mètres; elle a
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même, pendant une certaine distance, j 409 mètres. Une si grande différence semble indiquer que ces deux parties appartiennent à une origine et à des époques de formation différentes. La mer Morte a encore cette propriété extraordinaire et toute spéciale que son niveau est à 412 mètres au-dessous du niveau de la mer Méditerranée, et qu'ainsi , à sa plus grande profondeur (qui est de 657 mètres), elle a atteint 1068 mètres au-dessous du niveau de l'Océan.
Cette immense dépression jette de la lumière sur le récit de la Bible relatif à la ruine des cinq villes qui peuplaient autrefois la terrible vallée de Settim (1). Ritter suppose que le Jourdain forma dans l'origine une immense trouée qui s'étendait du Liban jusqu'à la mer Rouge. Il distingue ce premier lit. formé avant les temps historiques, d'une modification secondaire dont parle la Bible et qui fut provoquée par le soulèvement du sol, lequel se posa comme une barre à travers la vallée. En effet on a trouvé des soulèvements de porphyre portant des assises de grès au centre de toute la partie orientale du Wadi Araba. Des recherches géologiques faites sur les périodes successives de ces soulèvements pourraient donner des solutions décisives, parce que le porphyre comme la basalte dénotent la présence d'agents puissants, remuant le fond même de la croûte terrestre et produisant les phénomènes plutoniques et volcaniques qu'on reconnaît dans toutes les directions de ce sol crevassé. Un pareil soulèvement du sol, auquel on sait que la nature travaille lentement pendant des siècles, sans que les générations successives s'en aperçoivent, pouvait, antérieurement à toute mémoire d'homme , avoir arrêté le cours primitif du
U) Gtniu, 14.
Jourdain fit l'avoir transformé en un lac d'eaux douces, avant la catastrophe qui en changea l'aspect par une explosion soudaine et terrible, dévasta la contrée et modifia la nature de ses eaux. Le géologue Poberçy a cherché avec beaucoup d'intelligence à expliquer cette catastrophe par une action volcanique, en remarquant que cela n'empêche pas de reconnaître, dans les puissances mêmes de la nature opérant ces transformations, les instruments de la volonté divine.
Le profond abaissement du niveau de ce lac, dit Ritter, ne pouvait être l'obstacle qui changea l'ancienne direction du Jourdain vers la mer Rouge; car cet abaissement de niveau devait être la conséquence naturelle de l'évaporation croissante des eaux et du soulèvement du tiers méridional du lit du lac mis à sec, et il donne comme exemple analogue la mer Caspienne, qui est située à 1 00 mètres au-dessous du niveau de la mer Noire. Russegger est d'accord avec Ritter quant au fond. S'il était bien établi, dit-il, que la mer Morte diminue de plus en plus, il serait possible que sa surface eût un jour recouvert toute la vallée du Jourdain et eût été de niveau avec la mer Rouge. Alors il serait aussi possible que les deux lacs n'en eussent fait qu'un seul, que le golfe d'Akaba atteignît jusqu'à Dschebel el Scheich, que le lac intérieur n'eût été formé que par le soulèvement de l'arête ou par la ligne de partage des eaux entre le Ghor et le Wadi el Araba, et que ce soulèvement eût séparé naturellement la mer Morte de la mer Rouge. Dans ce cas la vallée que parcourt aujourd'hui le Jourdain se serait peut-être prolongée d'une manière sous-marine, bien avant la séparation des deux mers par le soulèvement des eaux.
Toujours est-il que, d'après tous les indices géologiques, nous avons affaire