‹ Dictionnaire encyclopédique de la thélogie catholiqueChapitre 30 sur 224 · S) III · texte numérisé non relu

S) III

(t) £u««be, et Hier., in OuomasU

04 MAI

auxquels ils semblent enlever plut ou moins la force de se déterminer par euxmêmes; c'est ainsi, par exemple, qu'on parle sans métaphore de la magie que le serpent à sonnettes exerce sur de petits oiseaux, de la magie d'un discours, d'un sourire , de la magie de la grâce et de la beauté, etc.

Quant aux opinions théologiques relatives à la magie, deux systèmes ont, tour à tour et en tout temps, cherché à prévaloir: l'un met en doute ou nie la réalité objective d'un pouvoir magique; l'autre l'admet et l'enseigne- Le dernier système a presque exclusivement prénommé dans les écoles depuis le milieu du quinzième jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, tandis que le premier a si bien prévalu depuis lors que ce serait une témérité aujourd'hui que de vouloir être d'une opinion contraire. Ce qui a rendu possible uue divergence si absolue dans des opinions théologiques, c'est que ni l'Écriture, ni l'Église ne se sont nettement prononcées sur l'existence objective de la magie. L'une et l'autre, il est vrai, défendent les pratiques de la magie, ce qui n'est pas reconnaître la réalité objective de l'influence magique, mais constater tout simplement qu'il y a des gens qui y croient et qui agissent en vertu de cette croyauce. Quand P Écriture nous présente des passages qui, au premier abord, semblent affirmer l'existence d'une influence magique objective et réelle, comme le récit des magiciens d'Égypte (I), celui de la magicienne d'Endor (3), il est facile de les interpréter d'une manière naturelle en ne voyant dans le premier cas que des jongleries ordinaires, et, dans le second cas, qu'un artifice de femme opéré au moyen de la ventriloquie. Quant aux exorcismes, qui, de tout temps, ont été

(1) Exorff,7, il m,

Wi Rois,nt s.

pratiqués et autorisés dans l'Église, ils démontrent uniquement que l'homme est exposé à des influences sataniques, mais non que celles-ci ont lieu à la demande et sur l'injonction de l'homme, ce qui serait nécessaire si on voulait voir dans les exorcismes une preuve de la réalité de la magie. Que si on ne peut directement démontrer, par ces sources de la Révélation , l'existence d'une magie objective et réelle, en revanche on ne peut pas non plus par là démontrer le contraire.

La Révélation, dans ce point comme dans d'autres, se borne à ce qui est nécessaire au salut de l'homme, lui défendant, par exemple, de pratiquer la magie, mais abandonnant tout le reste à ses recherches, vu qu'il n'est pas doué en vain d'intelligence et de raison.

Les anciens moralistes traitent la magie comme une espèce particulière de superstition et la rangeutà côté de l'idolâtrie. Cette classification se justifie par le tait empirique que ce sont précisément les peuples idolâtres parmi lesquels la magie s'est le plus répandue.

Mais il y a encore entre la magie et l'idolâtrie un rapport plus intime, et c'est ce que la suite nous fera voir.

En rangeant avec raison la magie parmi les superstitions, les anciens moralistes sont tombés dans le grave inconvénient de n'avoir pas distingué deux notions tout à fait différentes et essentielles, à savoir la foi en la magie et l'influence même de la magie, et d'avoir ainsi supposé tout d'abord la possibilité et la réalité de l'action magique.

Nous ne pouvons partir de cette hypothèse et nous sommes obligés d'examiner à part les deux notions dont il s'agit.

Quant à la magie considérée au point de vue de l'influence objective, on trouve, chez les anciens auteurs qui ont traité de la magie ex professo, cette dé-

MAGIE

finition : La magie est l'art ou le moyen de produire, par une force créée et non surnaturelle, des effets si merveilleux et si extraordinaires que dans ce cas le rapport entre l'effet et la cause dépasse l'intelligence ordiuaire de l'homme. Os auteurs divisent par là même la magie en magie naturelle, magie artificielle et magie surnaturelle (1).

Ou voit que cette définition est assez large pour comprendre les artifices des jongleurs, les jeux de la nature, lusus naturœ, etc. Cependant cela n'est pas nécessaire; car, quand la liaison des effets à la cause de ces derniers phénomènes échapperait à l'appréciation de beaucoup de gens, elle ne dépasse pas toutefois la portée de l'intelligence humaine en général, et nous sommes par conséquent en droit d'exclure ces phénomènes, puisqu'ils ne sont nommés magiques que dans un sens impropre, dont nous ne nous occupons pas. Mais, cela fait, la définition doit encore être restreinte ; car si nous pouvons, dans le but que nous poursuivons, mettre dans la catégorie des jongleries les phénomènes qui sont incompréhensibles à la masse, mais non à la science, il reste encore assez de phénomèues à l'égard desquels la science est obligée d'avouer qu'elle n'a pas reconnu le rapport des effets à leur cause, sans que pour cela il tombe dans l'esprit de personne de les déclarer magiques. Les moyens qui sont à la disposition de la science, pour reconnaître les effets qu'elle examine , sont le calcul mathématique et l'expérimentation, c'est-à-dire le rétablissement à volonté des phénomènes observés par des moyens naturels connus. Si ces moyens n'ont pas encore été appliqués à un phénomène dont la nature est telle que l'analogie permeue de les lui appliquer , ils ne

(I) Cf. Delrio, DitquUitionum magicarum /.//,& 2.

peuvent pas, quoique encore inexpliqués, être rangés dans la catégorie des faits magiques, puisqu'on peut supposer que le temps viendra où ils seront expliqués. En attendant il existe toute une série de phénomènes dont on sait d'avance qu'ils échappent au calcul mathématique et aux expériences, et qui toutefois ne peuvent être considérés comme magiques. Telles sont par exemple toutes les actions vitales, que nous déclarons expliquées quand

régulier. Dans ce cas c'est l'expérience de ce cours régulier qui prend la place de l'explication du rapport de l'effet à la cause, et nous pouvons rejeter du cercle de la magie tous les phénomènes généraux qui ont lieu régulièrement et de la même manière chez tous les individus d'une même espèce, quand même nous ne pouvons pas démontrer le rapport qui existe entre les effets et leurs causes inconnues. La régularité observée dans ce cas se distingue pour l'observateur empirique en deux états, l'un de maladie, l'autre de santé. Nous n'avons pas à rechercher ici quelle est en dernière analyse la cause qui fait qu'il y a des maladies ; il nous suffit de constater que ces maladies n'appartiennent pas aux phénomènes dont la causalité ne peut être expliquée. La santé et la maladie sont des états qui ne tombent que dans une mesure très -restreinte dam le domaine de la liberté, et par conséquent en général ils ne sont pas moralement imputables ; mais il y a des états intermédiaires sur lesquels la liberté a une grande action ; nous voulons dire les états qui, dans le principe, apparaissent comme une exaltation de l'actiou vitale, et par là même de la santé et du bien-être , et qui , par l'abus des moyens qui les ont produits, peuvent être transformés en une disposition maladive, surtout quant à l'Ame. Ces abus, une fois qu'on connaît la manière dont

MAGIE

agissent ces moyens, tombent tout à fait dans le domaine de la liberté et par conséquent sont parfaitement imputables.

Si ces moyens sont d'une nature purement matérielle ; si ce sont, par exemple, des boissons enivrantes, des opiats, etc., la nature relativement infime de la volonté créée trouve, dans la qualité des moyens qu'elle emploie, les limites de son action, et les effets peuvent être calculés et par conséquent expliqués. Dès lors ces effets n'appartiennent plus au domaine de la magie.

Mais, outre ces moyens matériels, la volonté créée a encore à sa disposition des moyens d'une nature purement immatérielle, c'est-à-dire psychique ; c'est ce que démontre le mesmérisme ou le magnétisme animal (1), abstraction faite d'autres preuves. Nous arrivons par là à une sphère où il faut admettre d'avance la possibilité de phénomènes qui ne s'expliquent pas, et qu'il faut simplement constater comme des faits ; car d'une part se trouve la volonté créée, de l'autre, comme moyens, des forces psychiques dont l'incompréhensibilité relative doit être reconnue.

Cependant il faut encore distinguer ici. Ces forces psychiques ne sont pas nécessairement au service de la volonté ; elles peuvent, comme dans le somnambulisme naturel ou dans les affections nerveuses , dans les extases naturelles, telle que la catalepsie, agir par ellesmêmes, sans le concours de la volonté.

Dans ce cas elles ont, entant que forces naturelles, leurs limites dans les lois de tout ce qui est naturel, et, si sous ce rapport il y a encore en elles une partie obscure, plus obscure qu'on ne l'avoue, on peut cependant s'attendre à ce qu'une observation impartiale et sans préjugé amassera peu à peu un trésor d'expériences suffisant pour expliquer les phénomènes.

») roy. Extases.

Mais, lors même que la volonté se sert de ses forces, les effrts ne sont pas rejetés absolument dans le domaine de l'incompréhensible; car la volonté qui veut le bien a ses limites dans la loi divine, et elle ne se sert de ces forces psychiques que pour des fins reconnues bonnes et qu'on sait être celles pour lesquelles ces forces ont été créées. Quand donc, dans le mesmérisme artificiel, c'est la volonté du magnétiseur qui met en activité les forces en question , il peut y avoir, tant qu'on s'eu sert pour guérir, bien de l'obscurité dans cette pratique, mais il est impossible d'y voir rien de magique.

Reste la volonté du mal , que nous pourrions considérer comme l'auteur de ce qui est inexplicable par les seules forces créées. Mais là encore il n'y a rien que de naturel. Dans la sphère créée le mal seul est absolument arbitraire, sans loi, et par conséquent de lui seul peuvent procéder des effets qui sont entièrement inexplicables. Nous ne disons point par là que tout effet qui procède d'une volonté créée, perverse, qui se seit des forces psychiques dont nous parlons, soit par là même et en soimême inexplicable; nous disons que, la volonté perverse ayant la possibilité de tirer parti de ces forces, il en résulte qu'il est possible aussi que les effets produits soient inexplicables. Mais, comme ces effets partent d'une volonté mauvaise , ils sont eux-mêmes mauvais, circonstance qui constitue un des points essentiels de l'idée de l'action magique ; car l'effet magique est inexplicable comme l'effet miraculeux, et ce qui le caractérise en face du miracle, c'est précisément le mal. Ainsi l'expérience constate que, dans tous les cas où l'on a recours à la magie , c'est pour satisfaire de mauvaises passions, et surtout la volupté , l'avarice et l'orgueil. Mais il y a encore une autre marque caractéristique qui dislingue l'effet

MAGIE

miraculeux de l'effet magique, que nous I devons examiner de plus près , parce qu'elle peut servir à déterminer plus nettement l'idée de la magie.

Les théologiens distinguent dans l'univers quatre ordres d'effets.

Le premier est l'ordre surnaturel , ordo supernaturalis, comprenant les effets qui émanent directement de Dieu, soit sous la forme de la grâce, soit sous celle du miracle.

Le second est l'ordre naturel , ordo naturalis; il consiste dans les effets que les choses naturelles produisent en vertu des lois naturelles que Dieu leur a imposées.

Le troisième est l'ordre artificiel, ordo artificlalis, c'est-à-dire l'ensemble des effets qi:e l'homme peut produire en vertu d'i pouvoir que Dieu lui a donné sur la création.

Le quatrième enfin est l'ordre extranaturel , ordo pneternaturalis , qui comprend les effets dont sont capables les esprits créés, mais incorporels, pouvant faire connaître à l'homme les forces cachées de la nature et jouissant d'une suprême agilité.

Les trois derniers ordres ont cela de commun que les effets dont il s'agit ne peuvent émaner que de causes qui existent déjà dans la nature , et ne se distinguent que par le mode au moyen duquel l'effet est produit. C'est dans cette dépendance où sont les facteurs actifs des causes naturelles que consiste la différence essentielle entre ces trois ordres et le premier , et cela sous un double aspect. D'abord l'action des causes purement naturelles, pour produire des effets, est nécessaire, et, lorsqu'elles s'appliquent à des êtres libres, elles lui enlèvent sa liberté ; non pas que dans un être créé libre la puissance de la liberté puisse être anéantie ; mais il peut arriver que les forces dont la volonté libre a besoin pour se manifester soient liées par une puissance agissant

CNCÏCL. TIII.OL. CATII —T. XIV.

du dehors, de sorte que cette volonté, ne se manifestant plus, est comme n'existant pas. Le pouvoir magique, dans tous les cas, appartenant à ces trois ordres, il faut que, exercé contre une volonté libre , il lui enlève sa liberté. Par là le pouvoir magique se distingue immédiatement du pouvoir surnaturel en tant que pouvoir de la grâce; car la grâce a précisément cela de particulier qu'elle n'abolit pas la liberté humaine , mais qu'elle l'exalte, et ce n'est que par un malentendu aussi malveillant que grossier que, dans les temps modernes, certains protestants ont prétendu attribuer un caractère magique au pouvoir des sacrements tels que les comprend l'Église catholique. Ensuite le domaine extérieur des effets produits par des causes naturelles est toujours limité.

Ces causes ont des bornes qu'elles ne peuvent dépasser. La magie, étant attachée à l'un de ces ordres , ne peut donc jamais produire ce qui est naturellement impossible, et par conséquent le pouvoir magique a toujours un côté par lequel il est un pouvoir naturel. C'est en cela qu'il se distingue du pouvoir surnaturel des miracles, qui, élevé au-dessus des causes naturelles , se manifeste en effets qui seraient naturellement impossibles. C'est pourquoi la grandeur de l'effet peut servir de critérium pour distinguer le pouvoir des miracles du pouvoir magique (comme le fait en effet l'Évangile, par exemple Jean, 9, 32 ; 12, 37, etc.). Cependant ce critérium , dans le cas des prétendus miracles de la seconde classe, doit toujours être uni avec le critérium en vertu duquel on discerne les qualités morales de l'agent (I).

Mais nous ne devons pas seulement considérer l'effet du pouvoir magique dans son opposition avec le pouvoir des miracles ; nous devons encore l'exa-

(I) roy. Miracles.

MAGIE

miner en lui-même. Nous partons pour cela de la distinction établie plus haut entre la magie naturelle , la magie artificielle et la magie extrauaturelle. Qu'il n'y ait pas de magie naturelle, dans le sens strict du mot, c'est ce qui ressort de ce que la volonté libre, dont, nous l'avons vu, le pouvoir magigique devrait procéder uniquement , n'existe pas dans la nature. En revanche il se trouve en elle quelque chose d'analogue à ce qui, dans le règne des esprits, est la liberté; nous voulons dire que les forces immatérielles de ce monde, celles de l'électricité , du magnétisme, de la lumière, etc., apparaissent et disparaissent dans les formes matérielles de la nature comme des accidente multiples et variés , sans que la substance des objets dans lesquels elles se sont manifestées ait changé. Ainsi , par exemple, une aiguille peut être aimantée et peut cesser de l'être, tandis que, substantiellement, elle est et reste la même. Cette alternative est comme le reflet du jeu des forces libres , se déterminant elles-mêmes, et les effets qui en résultent sont précisément . ceux qu'on appelle magiques dans la nature.

Cependant cette dénomination peut être prise dans un sens large ou dans un sens restreint. Dans le premier cas on entend par là l'ensemble des phénomènes dans lesquels des corps naturels deviennent les porteurs des forces immatérielles de la nature. Mais comme , quand ces corps 6ont morts et inertes pareux-ménes, les phénomènes dont il s'agit peuvent être expliqués par la science, par l'expérimentation et par le calcul mathématique , ils sortent du domaine de l'incompréhensible, et, par conséquent , du domaine magique proprement dit; c'est pourquoi on prend ordinairement l'expression dans un sens plus strict, désignant les phénomènes qui se révèlent dans des corps vivants, quand ils sont placés d'une manière ex-

traordinaire sous l'influence de ces forces. Ces phénomènes peuvent se manifester dans les plantes, les animaux, et dans la nature physique de l'homme, et ils h ment ensemble le domaine des sympathies naturelles. Que ces sympathies existent, c'est ce qui est incontestable : l'expérience le prouve ; tout comme on ne peut nier toutes les obscurités que présente cet ordre de choses. Comme on ne peut employer dans cette sphère ni le calcul mathématique , ni l'expérimentation scientifique, on en est réduit, pour arriver à une explication scientifique des phénomènes, à la voie des expériences. Or le monde savant a jusqu'ici montré une invincible répugnance à se prêter à ces expériences, et il en est résulté que l'observation , l'examen des faits ont été abandonnés à des gens qui n'ont ni les connaissances suffisantes, ni l'impartialité requise, et que, jusqu'à présent, la science n'est pas en mesure d'expliquer des faits qui pourraient être de son ressort. Mais, pour notre but, il suffit qu'en général l'existence de ce pouvoir ne puisse être révoquée en doute. Les forces de la nature ne se manifestant dans ces phénomènes qu'involontairement et d'après leurs lois immanentes, ces faits n'appartiennent pas au domaine de la magie ; mais la volonté libre de l'homme peut contribuer à leur production en se rendant maître de ces forces, en les dirigeant à son gré et selon des intentions perverses. Ils peuvent ainsi être entraînés dans le cercle de la magie, et, quoiqu'il n'y ait pas de magie naturelle, ce que l'ou appelle ainsi peut devenir un des moyens de la magie proprement dite. Ceci devient un point d'appui pour déterminer jusqu'où s'étend le pouvoir magique de la nature extérieure.

Il ne peut en tous cas s'étendre au delà du cercle des sympathies naturelles, et, quand il est question d'effets magiques allant au delà , on a nécessairement af-

MAGIE

faire à des artifices de jongleurs ou à des fantômes de l'imagination.

Quant à la magie artificielle, nous n'avons sans doute pat besoin de remarquer qu'il ne faut pas entendre par là les exercices des joueurs de gobelets , des prestidigitateurs et des opérateurs de fantasmagorie. Nous comprenons par là non-seulement l'emploi, par une volonté perverse, des forces naturelles dont nous venons de parler, mais encore celui des forces psychiques dont il a été question plus haut. L'expérience nous apprend que ces forces psychiques sont en rapport direct avec les forces naturelles , et le langage vulgaire, dont la philosophie ne peut mécouuaitre l'autorité, confirme cette expérience , puisqu'on applique à ces forces le mot de magnétisme, sans qu'on veuille affirmer par là leur identité avec le magnétisme terrestre. Les états qui résultent de l'action de ces forces psychiques sout la clairvoyance magnétique, le somnambulisme, la catalepsie , en général ce que nous nommons 1< s extases naturelles. Ainsi que nous l'avons démontré dans l'article Extase, ces états peuvent être spontanés ou être provoques artificiellement. Cette provocation artificielle étant possible, on comprend le pouvoir qu'une volonté étrangère obtient sur les facultés psychiques du patient ; mais le somnambulisme spontané lui-même, la clairvoyance naturelle et la catalepsie ne sont jamais éloignés de l'intervention d'une volonté étrangère, attendu que les personnes affectées de cette manière ont un penchant naturel à se mettre eu rapport avec d'autres personnes d'une organisation analogue à la leur- Or ce n'est pas seulement une volonté bonne ou moralement indifférente, c'est encore une volonté mauvaise qui , par ces rapports , peut prendre de l'ascendant sur une âme, peut parvenir à mouvoir les forces dégagées dans

l'extase naturelle, ce qui ouvre une vaste sphère aux influences magiques.

La nature et la portée de ces influences sont déterminées par les phénomènes qu'offre l'extase naturelle. Si, par exemple, le somnambule paraît capable, par la clairvoyance dont il jouit, d'entrevoir dans le temps et l'espace des secrets qui sont impénétrables à l'homme dans l'état normal, il peut jouir de la même capacité au service d'une volonté étrangère et perverse. Si dans les extases nerveuses les passions sont vivement excitées , et surtout celles que les anciens théologiens désignaient sous le nom d irascibles , il sera au pouvoir de la volonté étrangère perverse, une fois le rapport établi , d'exciter les mêmes passions et de les diriger dans ses vues.C'est par là que se déterminent les formes principales du pouvoir magique dans le domaine psychique.

L'une de ces formes est la prédiction de l'avenir, effet du pouvoir magique analogue aux phénomènes despythonisses de l'antiquité. L'autre de ces formes est l'exaltation passionnée qui se révèle dans le culte bachique des anciens et de nos jours encore dans le schamanisme. 11 est aussi impossible de nier le pouvoir magique dans ces deux cas que les phénomènes de l'extase naturelle -, il faudrait vouloir nier l'existence de la volonté du mal dans l'humanité, ce que personne ne prétend. Mais en revanche il est certain que le pouvoir magique ne s'étend pas au delà des limites ou des effets possibles de l'extase naturelle.

Par conséquent la portée de la prédiction magique ne sera ni plus grande ni plus sûre que celle de la clairvoyance somnambulique, et il en sera de même des autres effets produits par le pouvoir magique, dont l'influence peut exalter les forces psychiques du patient, tout comme les facultés de l'extatique naturel peuvent être excitées et leur activité agrandie par l'énergie de la vo-

MAGIE

qui l'influence ou du magné- . Plus la volonté perverse est énergique et intense, plus son pouvoir magique s'exerçant sur une âme étrangère est grand. Or cette énergie de la volonté, cette intensité du pouvoir relatif atteint son apogée dans les êtres purement spirituels, qui ne sont pas attachés à un corps et limités par lui, et tels sont, dans la création, les anges et les démons. Il va de soi que ce sont ces derniers seuls qui entrent ici en ligne de compte, la volonté perverse constituant un des éléments essentiels de la magie et n'appartenant qu'aux démons, jamais aux anges.

Quand les démons prennent part à la magie, elle devient extranaturelle, m a gia prosterna tura lis.

Nous n'avons pas à nous occuper ici de ce que sont les démons ; il nous suffit de savoir qu'il est de foi qu'ils existent, qu'ils sont capables d'une action plus énergique que l'homme, et qu'ils abusent de cette capacité pour le mal.

La principale question que nous ayons à résoudre est de savoir s'il est possible que les démons entrent au service spécial d'un homme. Il est de l'essence de la magie d'être exercée par un homme, tandis que le pouvoir exercé directement par les démons ne se nomme plus magie, mais inspirations sataniques, obsessions, possessions, etc., etc.

On ne peut a priori répondre négativement à la question posée : si des anges peuvent servir l'homme, comme nous l'apprend l'Écriture, pourquoi les démons ne le pourraient-ils pas ? D'ailleurs comment nier les faits attestés par des hommes dignes de foi à tous égards?

Une seconde question est de savoir de quelle mauière s'établit cette relation de service entre le démon et l'homme. La foi populaire répond en admettant que le diable peut être con-

juré et être obligé par là à servir l'homme. Mais cette imagination populaire est inadmissible : une conjuration au nom de Dieu peut seule agir sur le démon et le contraindre, quand elle est conforme à la volonté divine, c'est-à-dire quand elle a lieu pour le bien; toute autre espèce de conjuration n'est qu'une parole humaine, à laquelle, comme telle, aucun esprit n'est soumis. 11 se peut, sans que nous le prétendions, qu'une pareille conjuration, radicalement nulle en ellemême, soit toutefois suivie d'effet ; mais cet effet n'a certainement pas lieu parce que le démon y est contraint et obligé ; il n'a lieu que parce que le démon se sent sympathiquement attiré vers un homme qui, par un pareil acte, prouve sa profonde décadence morale. Les histoires par lesquelles on s'abusait volontiers autrefois à cet égard, et suivant lesquelles tel ou tel homme avait en son pouvoir et à son service un démon, un esprit familier, spiritus famifiaris, ont sans aucun doute leur source dans la fanfaronnade ou l'imagination maladive des prétendus possesseurs, et aucune ne mérite la moindre croyance.

Une autre opinion, admise par beaucoup de théologiens, et qui joua un rôle important dans la période des procès de sorcellerie, est celle qui prétend que l'homme peut contracter un pacte avec le diable et le contraindre ainsi à lui rendre certains services. La conclusion d'un pareil pacte est considérée comme un procédé tantôt objectif et réel, tantôt subjectif, mais réel encore, tantôt implicite, tantôt explicite. Quant à la réalité objective, on peut concevoir ce pacte comme ayant été contracté par l'homme en santé ou dans l'état maladif de l'extatique. On justifiait la première de ces opinions par les aveux obtenus dans les procès des sorciers; mats nous verrous bientôt que cet aveu

MAGIE

D'à pas de valeur dans la question dont il s'agit. Quant à admettre un commerce direct avec le diable, comme celui du maître avec son valet, cette opinion est tellement grossière que nous pensons pouvoir ne pas nous y arrêter plus longtemps. En revanche la possibilité du pacte conclu'dans un état extatique a été souvcut et sufflsamment attestée, et elle n'a rien qui répugne en ellemême. Mais on voit facilement qu'il ne peut être questiou d'un pacte que dans un sens impropre, l'extatique n'étant pas libre et par conséquent n'étant pas capable de contracter. Ce qu'il en est au fond, c'est que l'alliance morale d'une âme avec le mal, dans son état de veille, peut, dans l'état extatique, devenir si évidente, et attirer tellement les puissances démoniaques, qu'au milieu des figures symboliques que les idées prennent naturellement chez les extatiques cette alliance morale avec le mal prenne la forme d'un pacte positif. En outre il se peut que le prétendu pacte ne soit autre chose qu'un phénomène subjectif : c'est le cas des malades d'esprit qu'on appelle démonomanes (1). Dans ce cas le malade s'imagine avoir conclu un pacte avec le diable, et son imagination n'a absolument rien qui lui corresponde dans la réalité ; c'est pourquoi on peut parler de la démonomanie en traitant de la superstition, mais elle ne doit pas entrer en ligne de compte quand il s'agit de la magie.

Quand on parle de pactes explicites ou implicites, on comprend d'ellemême la première de ces expressions ; la seconde s'entend de l'acte dans lequel l'agent est persuadé que l'effet qu'il attend ne peut être atteint que par le démon.

Quant au moyen par lequel un démon peut être lié au service d'un homme

(1) Cr. Debreyni-, Buai,urla Théologie moraie, p. IV, C. 4,5.

pour l'aider à exercer un pouvoir magique, nous affirmons qu'il n'existe pas , et que, si le démon se met au service de l'homme , il le fait librement , attiré qu'il est par l'affinité élective qui existe entre sa méchanceté et celle de l'homme. C'est pourquoi les théologiens généralement ne connaissent qu'un moyen d'entrer en rapport avec le démon, savoir l'évocation, invocatio, qui est explicite ou implicite. Elle est implicite quand on fait un acte qui implique une évocation du démon. On suppose que le démon est enclin par sa nature à écouter une évocation qui part d'une volonté profondément démoralisée. On considère encore comme une évocation implicite du démon l'emploi fait par légèreté ou méchanceté d'artifices sympathiques ou de procédés analogues au magnétisme.

Si , d'après ce qui précède , la possibilité d'une magie extranaturelle , plus directement démoniaque , ne peut être niée, on demande quelle portée il faut lui attribuer.

A cet égard nous répondons simplement que le démon n'est pas au-dessus de la loi de la nature , que lui aussi ne peut produire que ce qui est naturellement possible en soi. C'est pourquoi il ne peut rien au delà de la magie naturelle et de l'extase naturelle ; seulement son action se distinguera de la magie artificielle par une plus grande énergie et par une plus grande habileté dans l'emploi des moyens, habileté due à la connaissance plus vaste qu'il possède des secrets de la nature.

11. Quand nous parlons de la foi en la magie, nous n'entendons pas seulement la conviction théorique que la magie existe; car cette conviction est moralement indifférente, tout comme la conviction qu'il y a des péchés en général. Ce u'est pas non plus la conviction qu'il faut considérer tel ou tel phénomène comme magique ; car, si

MAGIE

cette conviction est fondée, elle est moralement justifiée. Si Ton objecte qu'avoir une pareille conviction, admettre une pareille opinion, c'est ouvrir la porte à toutes les extravagances des procès de sorcellerie, il suffit de répondre que l'abus ne peut jamais prévaloir contre l'usage. Biais si cette opinion n'est pas suffisamment fondée, elle devient coupable , parce qu'en beaucoup de circonstances elle peut nuire à l'honneur du prochain et à la gloire de Dieu. Dans le doute le préjugé doit toujours cire en faveur de l'explication naturelle, et il faut tenir un fait pour naturel tant que le contraire n'est pas démontré (I). Nous ne nierons pas que , sous ce rapport, on a beaucoup failli et qu'on pèche encore ; cependant le péché à cet égard est en général plutôt le résultat de la crédulité et d'un jugement inconsidéré que de la croyance en la magie.

Celle-ci, en effet , doit être considérée, de même que la vraie foi , comme un principe de vie intérieure, qui domine la peusée, le sentiment, la volonté et les actes. Si l'idolâtrie est, par rapport à la vraie foi, comme la mort par rapport à la vie, la foi en la magie est à la vraie foi ce que la maladie est à la santé. Elle consiste à croire que le salut peut venir de celui qui est lennemi de Dieu, du mal, croyance qui conduit à espérer en la puissance du mal et à se donner à lui. C'est pourquoi la magie implique une négation de Dieu, qui se manifeste fréquemment par l'abjuration du culte de Dieu et de ses saints et par l'établissement d'un culte démoniaque. Aussi toute action entreprise dans cette foi est un péché, tandis que cette même action serait innocente si elle était faite avec la pensée de faire usage des forces que Dieu seul a posées dans la nature. C'est pourquoi la sphère du péché de la

(1) Cf. Ferra rti, Prompta Bibt., mb. v. Supertlitio, u*99*

magie s'étend infiniment plus loin que celle du pouvoir magique. Des qu'une action est entreprise avec la conviction que la coopération du mal ou du démon est nécessaire, le péché de la magie existe. Même quand cette conviction n'est pas claire et positive, pourvu que la conviction contraire ne soit pas ellemême nette et ferme, le péché de magie a lieu. Il en est de même quand on abuse pour de mauvaises fins des forces sympathiques de la nature ou des forces psychiques exaltées par l'extase.

La source de la foi en la magie, telle que nous l'avons définie, est double:

elle est ou morale ou physique , elle est ou un péché ou une maladie de l'âme.

Il est facile de comprendre que les deux sources se confondent souvent dans la pratique.

Quant à la première, nous avons déjà nommé les passions coupables dont on cherche la satisfaction dans la magie, savoir : l'orgueil , l'avarice et la sensualité. Il faut y ajouter le penchant auquel le mal entraine toujours dans son cours, le penchant à causer du tort à autrui, sans qu'on en retire soi-même aucun profit ni d'autre plaisir que celui même de faire du mal. C'est pourquoi l'instruction, les lumières de l'esprit ne suffisent pas pour guérir le péché do magie ; il faut en outre, et surtout, une amélioration morale sérieuse et réelle.

Plus la décadence morale d'un homme ou d'un siècle est profonde , plus le péché de la magie devient prédominant , quelles que soient d'ailleurs sous d'autres rapports les lumières de ce siècle ou de cet homme. Les temps actuels en sont une preuve évidente , car la foi en la magie est iufiniment plus répandue qu'on ne le croit et ne le veut avouer eu général. Tous les médecins des fous savent que la foi eu la magie peut avoir son origine dans une maladie de l'âme.

Mais lorsque les médecins ont prétendu expliquer tous les cas de foi en la magie,

MAGIE

et, en général, tous les phénomènes de la mystique démoniaque, par des maladies de Pâme, ils ont été évidemment trop loin, et l'erreur, comme l'a démontré le célèbre médecin de Munich, le docteur de Walther, provient d une observation insuffisante des faits (1).

La foi en la magie , sous la forme qu'elle a prise dans les procès des sorciers depuis le seizième jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, a été le résultat soit d'une maladie des âmes, soit du péché.

La sorcellerie et les procès de sorciers qui s'y rattachent sont un phénomène historique d'une nature si effrayante qu'on ferait bien des sacrifices pour les effacer des annales de l'humanité, et ce phénomène présente en même temps de si nombresues énigmes qu'on ne peut s'étouner qu'on ait cherché à l'expliquer de toutes tes manières imaginables. Nous ne pouvons entrer dans ces détails, et nous nous contentons d'indiquer ce que présente d'essentiel la conclusion de Soldan dans son Histoire des Procès de sorcellerie.

L'explication la plus plausible semble, au premier abord, celle qu'ont donnée Soldan , Wâchter et d'autres, suivant lesquels la sorcellerie ne serait que le résultat des procès de l'Inquisition et de la question dont on y fit un si terrible usage. Les juges avaient d'avance, disent-ils, des convictions toutes formées, et ils appliquaient la question à ceux qui étaient accusés jusqu'à ce que les aveux fussent d'accord avec les convictions arrêtées dans leur esprit.

Nous sommes loin de nier l'influence que la question a pu exercer sur les aveux des malheureux soumis à la torture par l'Inquisition ; nous sommes persuadés que des milliers d'individus, par crainte de la question ou incapa-

(1) Voir Schubert, le Péché de Magie, étant set /orme» anciennes et modernes, p. 29.

hles d'en supporter plus longtemps les tortures, avouèrent les faits et les pratiques qu'on attribuait vulgairement aux magiciens et aux sorciers.

Spée, le premier adversaire de quelque valeur des procès de sorcellerie, a porté l'attention sur ce point, et Gôrres attribue aussi à la sécularisation des procès contre ceux qui étaient soupçonnés de magie les épouvantables horreurs qui furent la suite de ces procédures.

Mais on ne peut conclure de la procédure de l'Inquisition que le fait de ces abominations mêmes; celle-ci n'explique pas la forme particulière que la foi en la magie adopta dans la sorcellerie; elle n'explique pas comment cette foi est née et s'est propagée dans certaines contrées, tandis que dans d'au* très elle n'était connue qu'au point de vue théorique.

On peut bien dire qu'une procédure plus juste et plus douce n'aurait brûlé aucun sorcier, n'aurait en général pas trouvé matière à procès criminel dans les affaires de ce genre soumises à la justice, comme ce fut en effet le cas à Rome, où , alors qu'ailleurs le fléau des procès de sorcellerie sévissait le plus cruellement, personne ne fut poursuivi et encore moins condamné pour cause de sorcellerie. Mais la foi aux sorciers n'en aurait pas moins existé; elle serait restée un problème pour les médecins et les confesseurs, qui, comme le prouve l'exemple de Spée, auraient résolu la question plutôt en l'honneur de l'humanité que les juristes. C'est pourquoi nous ne pouvons admettre l'explication indiquée plus haut.

Une circonstance décisive dans cette question, c'est, à notre avis, que la sorcellerie se montra surtout parmi les peuples germaniques, tandis que les peuples latins en furent relativement presque affranchis. Or ce sont précisément les peuples germaniques qui, au seizième siècle, à la suite des perturba-

image not available

MAGIE — MAGNENCE

à leur tour prennent l'apparence de la réalité. La forme dont ces imaginations se revêtent répond eu général aux idées dominantes du siècle. Il faut ajouter toutefois que, en même temps que ces besoins paraissent apaisés , il y a un sentiment plus réel encore de malaise, précisément parce qu'il n'y a pas de satisfaction réelle. C'est là ce qui constitue le caractère principal de la foi en la sorcellerie. La source d'où elle est dérivée est d une part un état maladif et épidémique de l'âme , provoqué par la profonde perturbation des esprits; d'autre part, une disposition à l'état visionnaire déterminé par l'application de moyens extérieurs agissant sur les nerfs.

L'imagination du vol a toujours la forme déterminée d'un élan vers les lieux où la vieille foi populaire relègue les fantômes des dieux , dont le diable a pris la place. Ainsi s'expliquent les affirmations analogues à celles des malheureux soumis dans les procès de sorcellerie à la question, et provenant de gens qui n'y ont nullement été exposés. Ces imaginations avaient pour eux la valeur d'une réalité , tandis qu'elles n'étaient que les rêves d'une âme malade.

Sources : Delrio, Disquhitionum magicarum libri sex; Rémigius, de Dtemonolatria ; Gôrres , Mystique chrèt.; Soldan, Histoire des Procès de sorcellerie; Schubert, le Péché de Magie dans ses formes anciennes et modernes. Sur la magie du monde ancien, comparez l'article très-soigné relatif à la Magie de Géorgii, dans VEncyclopédie des Sciences classiques de l'antiquité.

Abbblk.

MAGISTER SACRASIENTI. Voyez

Sacrements .

m a ci ist ni' cci a. Voyez Casuistique, t. IV, p. 101, 2" col., alin. 3.

magnence. On ne sait rien de certain sur sa famille. Suivant quelques

auteurs, son père, Magnus, aurait été un Breton; suivant d'autres il aurait appartenu à une tribu germanique à laquelle Maximien Hercule avait permis de s'établir en Italie. D'autres enfin le font descendre d'une colonie de barbares que Constance Chlore (I) fonda dans les Gaules.

Il sut par sa bravoure prendre de l'ascendant sur l'armée romaine et par ses adulations conquérir la confiance et l'amitié de l'empereur Constant (3), qui le mit à la téte de la troupe d'élite des Joviens et des Herculéens, et lui sauva un jour la vie, en le couvrant de son manteau, au milieu d une émeute de soldats. Magnence répondit à cette affection par la plus noire ingratitude, et abusa de la confiance que l'armée avait en lui pour s'arroger la pourpre et se faire proclamer empereur, le 18 janvier 350, à Autun, où résidait alors la cour, grâce aux moyens de corruption que lui avait fournis, pour séduire les troupes, Marcellin, trésorier de l'empire. Constant prit la fuite et fut tué par les ordres de Magnence. Bientôt les provinces de l'Est imitèrent l'exemple des soldats d' Autun ; en peu de temps l'usurpateur rut maître des deux grandes provinces des Gaules et de l'Italie, et le trône même de Constance fut en danger. Quoique Magnence fût chrétien , comme l'indique l'étendard de la croix qui se trouve sur ses monnaies (3), sa révolte et son élévation furent un malheur pour le Christianisme, qui perdit dans la personne de Constaut un des plus fermes et des plus vigoureux défenseurs du principe catholique contre les envahissements de l'arianisme. Le paganisme se réveilla, rétablit son culte ; les agitations de l'empire permirent aux passions des divers

(1) foy. Constance Chlom.

(2) Voy. Constant.

18) Foir Eckhel, VIII, ltt

MAGNENCE

Page 1