MAGNUS - MAGYARES
de Tosso, que déjà l'auteur de la légende avait fait nommer successeur de \Vïkterp à Augsbourg, par l'intervention de Magnus auprès du roi Pépin ; de sorte que, ou l'évéque Tosso, que Braun place au huitième siècle, appartient au septième ; ou il y a eu deux évêques de ce uom, appartenant l'un au septième, l'autre au huitième siècle-, ou enlin l'auteur de la légende a confondu le prêtre ïtisso du septième siècle avec l'évéque Tosso du huitième. Théodore, dit en outre la biographie de Magnus, plaça une courte esquisse des actions de Magnus sous la tète du saiut, dont le corps fut déposé dans la chapelle de Fùssen.
L'évéque Simpert, d" Augsbourg (f 807), restaura le couvent de Magnus à Fùssen; les évêques Nidgarius (f vers 830) et Lanto (f vers 857) élevèrent une belle église en l'honneur de S. Magnus , et Lanto fit faire la levée solennelle du corps de l'apôtre . On trouva à cette occasion la petite biographie du saint placée sous sa tête, toute jaunie , mais encore lisible, et on la donna à refaire et à corriger au moine Ermenrich, d'Ellwangen.
Voir les Bollandistes, au 6 septembre, Yita S. Magni; Mabillon, Acta SS., t. 1F, ad a. C6ô; Basnage-Canis., Lect. antiq., t. I, P. II, p. 651; Goldast, Script, rer. Aiem., 1. 1; Braun, Hist.
des Evêques Augsbourg, t I, p. 87 ; Butler, VU des Pères% G septembre; Tafrathshofer, S. Magnus, Kempten, 1842. Cf. les articles Alemans et Bavièue.
ScHfiônL.
magog, ;*; - , nom de peuple qui revient trois fois dans l'Écriture (I).
D'après les deux passages d'Ézéch ici (2), cette nation parait à côté de Thubal et de Mosoch, qui, dans tous les cas, étaient situés au delà des frontières septentrionales de la Médie. Ézéchiel
(1) Genèse, 10, 2. Ezéck.% 3», 2 et 0.
(2) Voir la note ci-dewus.
ayant prédit au peuple de Magog , à 1a téte duquel apparaît Gog, un grand rôle dans l'histoire du monde , le souvenir de cette prophétie dut nécessairement se conserver d'une manière vivante au moyen de la Bible. Ce souvenir , en effet, parait dans de nombreuses légendes judaïques sur la lin du monde (I), dans la littérature chrétienne des Syriens, dans les écrits des musulmans, comme disciples des Juifs. Le Coran (2) parle de Jagug (Gog) et de Magug (Magog), et attribue à Dsu-I-Karnaïn (Alexandre le Grand) la soumission de cette race (3). Les auteurs arabes postérieurs appliquent les deux noms aux peuples de la Tartane et de la Mongolie. lbn-al-Wardi, par exemple, fait de Jagug et Magug les voisins septentrionaux des Chinois, et nomme la muraille de Chine le rempart de Jagug et
de Magug, gj^Lo gjaL 5- (4).
La position de ce peuple se trouve ainsi marquée d'une manière générale.
Il est toutefois étonnant qu'il ne reste aucune trace de ce peuple dans la littérature orientale nou influencée par la langue biblique. Ne pourrait-on pas voir une ancienne faute de copiste dans Sog, avt,et Masog,^ta? Les Massagètes d'Hérodote (5) seraient les Sakes, les Dahes des temps anciens. Il faudrait par conséquent chercher Magog et Gog parmi les hordes sauvages de Juvan, près de l'Oxus et du Jaxartes.
Sur les Sakes, voir Rittcr, VII, p. 628 et 672. Cf. les opinions anciennes sur Magog dans Bochart, Phuleg, p. 21 2 sq.
IIaneberg.
MAGYARES OU MADGYARES (CON- VERSION DES) AU CHRISTIANISME. Les
(1) Voir Eiseotneogcr, le Judaume dévoilé,
il, m
(2) Voy. Coran.
(3) Su ra 18, Mi
(fc) Cod. or. monac, n. 107, p. 13 et SS. (5) 1, 105. Sur T dans tfTO et a«J uaua MacaaYtxai.cf. 2T?N et vacwiw*.
Magyares sont, d'après l'opinion commune, une tribu turque ou scvthe, qui prit son nom de la ville de Mad'shar ou Magyar, au pied du Caucase, sur la rive gauche du Kuma , ville qu'ils avaient à la fois conquise et nommée.
Les Slaves et les Allemands, leurs voisins, les appelèrent VgrHj Ungri.
En 894 les dernières hordes des tribus nombreuses qui avaient émigré d'Asie en Europe , s'y étaient établies et y avaient fondé des Etats, envahirent, sous la conduite d'Arpad , la Hongrie, habitée alors par un mélange de Slaves, de Bulgares, de Valaques, d'Allemands et d'Italiens, et régie par divers petits princes, et la conquirent sans beaucoup de peine, quoique tout le peuple magyare ne comptât guère, au moment de l'invasion, qu'un million d'âmes , dont à peu près 200,000 hommes capables de porter les armes.
Non contents de s'être emparés de la Hongrie, ces barbares avides de pillage ne purent demeurer longtemps tranquilles dans leur nouvelle patrie, et pendant plus d'un demi -siècle firent des invasions continuelles non- seulement dans les contrées voisines, mais dans les provinces les plus éloignées, comme l'avaient fait avant eux leurs prédécesseurs les Huns (!), portant partout le fer et le feu, ravageant tout ce qui était sur leur passage, si terribles, en un mot, que les Allemands et les Italiens ajoutaient aux Litanies : « De la fureur des Magyares préservez -nous, Seigneur ! » La Bavière surtout eut à souffrir de ces Incursions désolantes.
Enfin l'aspect des affaires changea lorsque l'Allemagne éleva au trône Henri l'Oiseleur. Il trouva honteux de livrer aux ennemis de Dieu le patrimoine des églises et de ses sujets. Après leur avoir envoyé, à la place du tribut annuel qu'on leur payait, un chien galeux, dont la
(1) v oy. Htm
ARES Ut
queue et les oreilles étaient coupées, il les attaqua vivement et les battit dans plusieurs rencontres. En 955 son glorieux fils, Othon le Grand, livra la bataille décisive du Lechfeld, qui fit à jamais renoncer les Magyares à inquiéter l'Allemagne. S. Ulric, évéque d'Augsbourg (l), avait par son héroïsme préservé de leur fureur sa ville épiscopale; mais l'armée hongroise restait entière et menaçante, lorsque enfin l'empereur Othon I", qui avant la bataille avait communié des mains d'Uiric, les défit complètement. Othon portait dans cette occasion la sainte lance à la main (J). Sept Magyares seulement revinrent de la bataille en Hongrie. Leur fuite les fit déclarer à jamais infâmes et incapables de rien posséder dans le pays. Plus tard le roi S. Etienne eut pitié d'eux, et donna le couvent de Saint- Lazare de Gran à leurs descendants, qui furent depuis lors appelés les pauvres de Saint-tazare.
Cependant les expéditions lointaines des Magyares avaient préparé leur con* version ; car, aux nombreux Chrétiens que les Magyares trouvèrent en Hongrie au moment de la conquête, s'ajoutèrent tous ceux qu'ils firent prisonniers dans leurs excursions. Les Chrétiens se multiplièrent tellement en Hongrie qu'ils dépassèrent le chiffre des Magyares et deviurent bientôt entre les mains de Dieu l'instrument de la conversion de leurs vainqueurs. A la suite des invasions des Magyares daus l'empire grec, vers 948, les Grecs essayèrent déjà de convertir les Magyares. Deux princes magyares, Cyula et yerbulcs, qui avaient séjourné pendant plusieurs années à Constantinople en qualité d'otages, à la suite d'un armistice conclu entre les Magyares et les Grecs, y reçurent le Baptême, furent nommés patriciens, comblés d'honneurs, et revinrent en
(1) Foy Ulric (S.).
(2) Foy. Lance (»ainte!).
Hongrie, se faisant accompagner par le moine grec Hiérothéus, qui avait été sacré, à Byzance, évêque de Hongrie. Verbulcs à son retour apostasia ; mais Gyula demeura ferme, et convertit, grâce à l'intervention d'Hiérothéus, sa famille et un certain nombre de Transylvains, ses sujets. On n'en sait pas davantage sur Hiérothéus et rien n'est moius constaté que l'influence considérable que les historiens modernes lui ont attribuée sur la conversion des Magyares. Hiérothéus mort, il ne parut plus de missionnaires grecs parmi les Magyares, et ceux-ci restèrent étrangers aux affaires de l'empire de Byzance , après s'être fait battre souvent, et en dernier lieu encore en 970.
Éloignés des affaires de l'empire d'Orient et n'étant plus visités par les missionnaires grecs, les Magyares tournèrent leurs regards vers l'empire d'Occident et cherchèrent à entrer en alliance avec lui. En 971 un traité fut conclu entre les Allemands et Taksony, prince des Magyares. Le célèbre moine S. Wolfgang, plus tard évêque de Ratisbonne (1), profita sans retard de cette occasion, de concert avec Pilgrin, évéque de Passau, pour envoyer aux Magyares des missionnaires de l'Occident. Ses efforts furent infructueux , Taksony étant demeuré hostile au Christianisme. Wolfgang fut rappelé par Pilgrin. Mais en 972, à la mort de Taksony, son fils Geisa lui ayant succédé, les circonstances devinrent plus favorables à l'introduction du Christianisme.
Geisa avait épousé Sarolta, jeune et belle Chrétienne, fille de Gyula, d'une raison forte, d'un caractère ferme; Sarolta régna plus que son mari, et contribua beaucoup à ce que ce prince, naturellement ennemi des expéditions aventureuses et persuadé de la nécessité de la
(I) F oy. WOLVCARC {S ).
MAGYARES
paix pour son peuple épnisé, affermît les relations pacifiques dans lesquelles ou était entré avec les nations voisines, e t spécialement avec les Allemands, détournât les siens de leur amour du pillage et se rendît de jour en jour plus' familière la connaissance de la religion chrétienne. Voulant repeupler et cultiver la Hongrie dévastée par la guerre, il invita les peuples chrétiens ses voisins à s'y établir, et accorda une généreuse hospitalité et toutes les garanties désirables aux nouveaux colons. D'un autre côté Othon avait singulièrement à cœur la conversion des Magyares. Pilgrin, évêque de Passau (1), envoya donc de nouveaux missionnaires aux Magyares, comme ses prédécesseurs avaient envoyé des ouvriers évangéliques aux Huns et aux Avares (2). On peut lire les succès de cette mission dans la lettre que Pilgrin adressa au Pape Benoit VI (ou VII). « La paix, dit-il, m'a inspiré le désir d'évangéliser les Hongrois; j'ai répondu aux nombreuses prières qu'on m'a adressées en envoyant des moines et des prêtres habiles, dont les prédications ont en peu de temps converti cinq mille Hongrois des familles les plus considérées. Les Chrétiens qui forment la majorité de la population de la Hougrie, qui avaient été entraînés dans ce pays de toutes les provinces de l'Occident, n'av aient pu jusqu'à ce jour faire baptiser leurs enfants qu'en secret ; ils les apportent aujourd'hui ouvertement à l'église, ils bâtissent des oratoires et peuvent librement adorer leur Rédempteur; car les barbares, quoiqu'en partie encore païens, ne défendent plus à aucun de leurs sujets de se faire baptiser ; ils permettent aux prêtres de circuler librement dans le pays et vivent dans les rapports les plus bienveillante avec les Chrétiens. » Pilgrin terminait sa let-
(1) Foy, Passau.
(2) Foy. Hun», Bavière.
MAGYARES
tre en s' appuyant sur ce que toute la nation hongroise inclinait vers la foi pour prier le Pape d'envoyer quelques évêques en Hongrie (t).
Ces espérances si raisonnables furent toutefois momentanément déçues par les troubles qui éclatèrent en 975 en Allemagne ; mais, lorsque la paix fut rétablie, Pilgrin reprit l'œuvre commencée par ses missionnaires. Après la perte de Môlk , que Léopold le Glorieux , fondateur de la maison de Babenberg , enleva aux Magyares en 985, la femme de Geisa négocia la paix et établit des rapports d'amitié entre ce prince , son époux , et l'empereur Othon IU. A la suite de ces relations amicales une foule de négociants chrétiens s'établirent en Hongrie. 8. Adalbert , évéque de Prague (2) , y vint de son côté et travailla activement, par lui-même et par quelques prêtres qu'il avait amenés, à l'instruction du pays.
Ce fut lui qui baptisa à Gran, en 994, Geisa , avec son fils Vaik et toute sa famille (à moins que Geisa n'eût reçu le Baptême quelque temps auparavant).
On comprend que l'exemple de la fa* mille du souverain ne demeura pas stérile. Cependant un grand nombre de Hongrois demeura sourd aux vives exhortations de Geisa et l'obligea à en venir à des menaces et à la violence.
D'un autre côté, mieux avisé et ne perdant pas de vue la conversion toujours retardée de la Hongrie, Geisa, grâce à l'intervention de l'empereur Othon, conclut le mariage de son fils Vaik avec Gisèle , sœur du duc Henri de Bavière (996). Peu de temps après Geisa mourut (997).
Après ce prince les rênes du gouvernement tombèrent entre les mains du plus grand homme de la Hongrie , Vaik, fils de Geisa, qui avait été bap-
(1) f 'oir Hansiz, Gernu tacr. I de Piligrimo.
(2) roy. ÀDALBERT.
ENCYCL. THFOL.CATn. — T. XIV.
tisé sous le nom d'ÉTiEHNB, et qui reçut de son peuple et de I Kglise le titre bien mérité de Saint.
Né à Gran en 979, Étienne fut d'abord élevé par le comte Déodat de San Sévérino. Lorsque S. Adal bert vint en Hongrie, Etienne savait déjà non-seulement sa langue maternelle , mais le slave et le latin, et il était si solidement instruit des vérités de la foi qu'au bout de très-peu de temps Adalbert le trouva mûr pour le Baptême.
Geisa avait fait antérieurement prêter aux Hongrois serment de fidélité à Étienne, en l'associant à son autorité.
Étienne, en épousant Gisèle , s'obligea par serment, non-seulement à rester fidèle personnellement à la foi qu'il avait embrassée, mais à y amener, autant qu'il le pourrait , son peuple. Il monta sur le trône avec la ferme résolution de tenir sa parole et de remplir ses engagements.
A peine avait-il commencé à se mettre à l'œuvre , ordonné aux Hongrois de se faire baptiser et d'affranchir leurs esclaves chrétiens , qu'une insurrection terrible, fomentée et dirigée par Kupa, prince de Samogy (Samogitie ? ), parent d'Etienne, éclata contre les Allemands émigrés en Hongrie en même temps que contre leur religion. Étienne n'avait à opposer aux masses des insurgés qu'une petite troupe de Hongrois fidèles. Heureusement il trouva dans les Allemands des auxiliaires d'une foi ardente et d'un courage héroïque, à la tête desquels il triompha , et décida la victoire du Christianisme sur le paganisme et la barbarie.
Il accomplit avec conscience le vœu qu'il avait formé avant la bataille de donner la dixième partie des revenus de la Samogy au couvent que son père avait commencé à bâtir sur le Martinsberg, et continua avec ardeur l'œuvre entreprise. On vit alors arriver, à sa demande, une foule de savants et
MAGYARES
pieux moines et ecclésiastiques d'Italie, d'Allemagne, de Bohême et de Pologne, pour prêter le concours de leur parole, de leur savoir, de leur zèle apostolique, à un prince dont le nom était déjà vénéré dans tout l'Occident. La conversion du pays ayant fait de rapides et de solides progrès, Étienne résolut de diviser son royaume en dix diocèses, dont Grau serait la métropole, et envoya à cet effet l'abbé du couvent de Martinsberg, Astricus ou Anastase, à Rome, en le chargeant de rendre compte au Pape Sylvestre II de tout ce qu'il avait fait et obtenu jusqu'alors dans l'intérêt de la foi, de ce qu'il avait dessein d'entreprendre encore, et de lui demander la confirmation des mesures qu'il avait prises, de la circonscription de ses États qu'il avait en vue, en même temps que le titre de roi et l'envoi d'une couronne. Sylvestre s'empressa de répondre à tous les désirs d'Étienne, lui concéda le droit de régler, en son lieu et place, les affaires de l'Église de Hongrie, et lui envoya, pour lui et ses successeurs, une couronne et une double croix avec le droit de la faire porter devant lui.
Étienne se fit solennellement couronner le 15 août de l'an 1000, à Gran, sa résidence, et devint le premier roi de Hongrie.
Peu à peu les évêchés proposés furent institués, dotés et occupés, à Gran,
Raab , Erlau, Csanad» \\ ait zen, et Aiba G vnla' ou Alba Julia, plus tard Alba Carolina , Carlsbourg , pour la Transylvanie. La fondation du diocèse de la Transylvanie eut lieu après la victoire remportée par Étienne sur Gyula le Jeune , qui , à la mort de sou oncle Gyula l'Ancien, avait levé l'étendard de la révolte contre Étienne, et, secondé par les Hongrois encore païens ou devenus apostats, réfugiés auprès de lui, et par Kean, prince des Petché-
nègues (1), avait déclaré la guerre au Christianisme en Hongrie et en Transylvanie.
Etienne , en mémoire de la victoire remportée sur Gyula et Kean, fit bâtir, selon le vœu qu'il avait formé, à Ofen et Stuhlweissenbourg, de belles églises sous le vocable de la sainte Mère de Dieu. Il est vraisemblable, sans être tout à fait certain , qu' Étienne fonda aussi le diocèse (latin) de Grosswardein. Les évêqties qu'Etienne plaça sur ces sièges nouveaux étaient, autant qu'on les connaît, des prélats éminents. On cite surtout parmi eux les deux premiers archevêques de Gran , Dominique I, le bienheureux Sébastien, Art rie us, évéque de Rolocza, les deux premiers évêques de Cinq-Églises, Bonipert (Bénédictin frank et chapelain d'Etienne), S. Maur, abbé de Martinsberg, l'évêque de Csanad, ancien abbé à Venise , S. Gérard , martyr, etc. (2).
Étienne, sachant combien il importait de créer des pépinières au clergé, fonda, outre le couvent de Martinsberg, quatre autres abbayes de Bénédictins, à Pecsvar, Szalavar, Ha ko n y bel et sur le mont Czobor ; les évêques, à son exemple, érigèrent des écoles près de leurs cathédrales, notamment S. Gérard à Csanad et Bonipert à Cinq-Églises. Une école florissante s'éleva aussi à Stuhlweissenbourg, où Étienne avait fondé un célèbre prieuré, qu'il avait enrichi de toutes sortes de privilèges. Il fit venir d'Allemagne et de l'empire grec d'habiles architectes auxquels il confia le soin de bâtir des cathédrales , des églises, des couvents, parmi lesquels on distingua les cathédrales de Gran, de Kolocza , de Raab et d'Erlau, les
(1) Empire comprenait ia Valachie, ta Moldavie, la Transylvanie et la Bessarabie moderne.
(2) f 'oy. Erlau, Gran, Kolocza, et l'ouvrage
apud Uungarvs initia.
MAGYARES
églises collégiales de Stuhlweissenbourg et de Pabbaye-mère de Martinsberg.
D'un autre côté il imposa aux divers villages l'obligation de se réunir par dix et de bâtir une église en commun. Il pourvut, de concert avec la reine Gisèle , ces églises des vases et des ornements nécessaires ; les livres et l'entretien des ecclésiastiques furent à la charge des évêques.
Étienne, voulant en même temps rendre plus faciles aux Hongrois les pieux pèlerinages , et par là même les rapports avec les autres nations chrétiennes, et témoigner la vénération qu'il avait pour les lieux saints , confia à des religieux les hospices qu'il fonda à Jérusalem, Rome, Ravenne et Constantinople.
Enfin il rendit d'immortels services à sa patrie en donnant à son peuple une nouvelle forme de gouvernement et une nouvelle constitution , fondée toutefois sur les bases de l'ancienne ; il s'entoura, pour accomplir son œuvre, d'évéques et de seigneurs allemands, prit l'Allemagne pour modèle, et eut pour but principal , en même temps que la consolidation de l'autorité royale, celle de la foi chrétienne parmi son peuple.
Dieu accorda aux Hongrois la faveur d'être gouvernés pendant plus de quarante ans par un prince qui, en consolidant la monarchie qu'il avait fondée et en travaillant à la prospérité matérielle de son peuple, lui servit de modèle et de prédicateur, par sa piété ardente, par sa bienfaisance envers les pauvres et les pèlerins qui tr aversaient la Hongrie pour se rendre à Jérusalem, par son humilité, qui lui faisait fréquemment laver les pieds aux plus obscurs de ses sujets, et surtout par sa tendre dévotion pour la sainte Vierge, sous la protection de laquelle il avait placé son royaume.
Nous avons vu que la reine Gisèle, sœur de S. Henri, digne de son époux et
de son père , avait activement secondé le roi dans tous ses travaux. Malheureusement le noble couple eut la douleur de voir descendre dans la tombe tous ses fils, encore en bas âge. Émerich seul , soigneusement élevé par son père et l'évéque S. Gérard, et donnant les plus belles espérances, parvint jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans.
Il allait succéder à son père, qui voulait se retirer du monde, lorsqu'il mourut (2 septembre 1031). Êtienne le suivit le jour de l'Assomption 1038. Quarante-cinq ans plus tard il fut , ainsi que son fils Émericb, élevé par l'Église au rang des saints.
On conserve encore intacte dans la chapelle du château d'Ofen la main droite de S. Étienne , comme la relique la plus précieuse de l'Église de Hongrie. Gisèle lui survécut et mourut dans le couvent de Niedembourg , à Passau, couvent que son frère, le saint roi Henri, avait restauré et où se trouve son tombeau.
L'absence d'héritiers directs du trône précipita la Hongrie dans de déplorables agitations , et au milieu du trouble général le paganisme releva la tête. Les chefs de la révolte contre le roi Pierre , successeur d'Étienno contraignirent le roi André, qu'ils avaient élevé au trône (1046-1061), de rétablir le paganisme. Ils mirent une véritable fureur à attaquer le Christianisme, renversèrent les églises, massacrèrent les fidèles, tuèrent une foule de moines et d'ecclésiastiques, et trois évêques, parmi lesquels se trouva Gérard de Csanad.
Gérard, né a Venise, et moine dès sa jeunesse, avait, en revenant de Jérusalem, passé par la Hongrie et y avait été retenu par S. Étienne. Après avoir, pendant plusieurs années, mené la vie d'un solitaire a Bakonybel, il avait été élevé par Étienne au siège de Csanad, et était devenu un des apôtres les plus actifs de
I (6 MAGYARES
l'Évangile en Hongrie. Vétu d'un habit de peau de chèvre, assis dans une pauvre carriole, il allait de bourg en bourg, préchant la parole de Dieu ; lorsqu'il parlait dans les villes, il avait soin de sortir vers le soir et de passer la nuit au milieu des bois dans une misérable hutte qu'il se construisait à la hâte. Il bâtit un grand nombre d'églises, entre autres la cathédrale de Csanad, que S.
Étienne dota richement. Gérard était un fidèle et ardent serviteur de Marie, et il fonda, de concert avec son royal ami S. Étienne, la profonde vénération du peuple hongrois envers la sainte Mère du Sauveur. Il refusa de couronner le roi Samuel (1041-1044), parce que ce prince avait souillé ses mains, pendant le carême, du sang injustement versé de plusieurs Hongrois de marque. Lapidé par les paysans révoltés, et la poitrine percée d'une lance, Gérard termina glorieusement sa vie par le martyre.
Cependant, au milieu de cette effroyable réaction du paganisme, la majorité du peuple demeura fidèle à la foi chrétienne. Lorsque la tempête se fut apaisée, le roi André se fit couronner par les trois évêques qui avaient survécu à la persécution, et publia un édit sévère, ordonnant, sous peine de mort, à tous ses sujets d'abandonner le paganisme et de revenir à la foi chrétienne.
La paix, rétablie dans l'Église, ne fut plus troublée qu'en 1061. Le parti païen se souleva de nouveau à l'occasion d'une assemblée convoquée par le roi Béla ; il demanda avec fureur l'autorisation d'immoler les prêtres et les collecteurs de dîmes, de renverser les églises, de jeter à bas les croix et les cloches. Béla parvint à maîtriser l'émeute et en fit exécuter les promoteurs. Ce fut le dernier combat que le paganisme livra ouvertement au Christianisme enHongrie.Cependantle roi S. Ladislas (1077-1095) et le roi Coloman durent
- MAHOMET
encore promulguer des lois sévères pour extirper certaines coutumes païennes qu'on eut de la peine à faire disparaître.
Voir chez les Bollandistes la Vie de S. Étienne (2 septembre), de S. Gérard (24 septembre), et, outre les anciens historiens de la Hongrie, l'Histoire de Hongrie de Mailath et M. Horvath.
SCHRÔDL.
mahomet (1). On a beaucoup écrit sur la vie de cet homme remarquable (2) ; mais si on met de côté, d'une part, ce qui est évidemment fabuleux et légendaire, et, d'autre part, ce que les chroniques disent de ses expéditions militaires, de ses traités, etc., etc., il ne reste presque que le Coran où l'on puisse trouver ce qui regarde la personne même de Mahomet, tant qu'on n'aura pas exploité les collections de traditions de Bochari et Muslim, etc., qui jusqu'à ce jour ont peu servi.
On reconnaît dans le Coran (3) et dans la tradition (4) l'habile réformateur, mais on n'y voit pas la manière dont il Test devenu. L'histoire ne comble que très-imparfaitement les lacunes que laissent à cet égard le Coran et la Sonna.
I. Mahomet naquit à la Mecque (5) en 569 ou 571. Son père, Abdallah, mourut peu de temps après la naissance de Mahomet. Il fut dès lors, avec ses quatre oncles, Abu Taleb, Abu Lahab,
(1) Les Allemand» écrivent Mohammed,
Muhammed et Mohamed, J^ar* [digne de louange, notable, considérable). De Hn miner présume avec raison que Mahomet, en en appelant plus tard à l'Évangile, dans lequel II trouvait sa mission prédite, se fondait sur le changement du mot Paractet, napdcxXijToç, en lupixiuxo;, dont la traduction présente à peu près le sens de Mohammed.
(S) Voye* la On de l'article.
(S) Foy. Coran.
(û) Foy. Sonna.
(5) Voir Weil, Fie de Mahomet, et Bammer, Getnàldctaat ou Galerie des grands hommes, I »
MAHOMET
Abbas et Hamza , traité comme fils de son aïeul Abdul MotaIeb,et grandit sous l'œil de son grand-père. Abdul Motaleb était le chef de la famille des Haschémites , de la tribu des Koraïchites , et avait, comme tel, le droit et l'honorable devoir de nourrir les pèlerins de la Caaba (1). Une des premières et des plus vives impressions que reçut Mahomet résulta de ce qu'en sa qualité de descendant dlsmaël et d'Abraham , qui, suivant la tradition arabe, étaient les fondateurs de la Caaba, il se sentit en rapport intime avec ce sanctuaire des Arabes, et par là même avec toute leur religion. Les voyages qu'il fit avec des négociants de sa famille en Arabie et dans les provinces septentrionales lui apprirent la différence qu'il y avait entre la religion indigène des Arabes, dune part, et celle des Chrétiens et des Juifs, de l'autre. 11 est difficile de déterminer la part qu'eurent sur le développement de ses idées de réforme les entretiens qu'il eut avec les moines, peut-être nestoriens(?),d'un couvent de Bossra (2), sur la route de Damas. On ne peut pas même constater nettement si la connaissance qu'il fit de ces moines data de son mariage avec Chadidscha (Kadischa), c'est-à-dire de sa vii tième année, ou lui fut antérieure.
II. Ses rapports avec un parent de Chadidscha, nommé Waraka ou Werka, eurent une très-grande influence sur lui. Werka B. Naufil, cousin de Chadidscha, était non-seulement Chrétien, mais prêtre, et avait traduit en arabe l'Ancien et le Nouveau Testament (3). Cependant il ne faut pas attribuer uue trop grande importance à ces relations diverses, et Waraka n'était,
(1) Foy. Cuba.
(2) Un de ces mol net ett appelé Boheira, Maraecio, Ma Mah.% p. 1S. D'un autre côté UD Juif, nommé Sald be n Kalin, eut de l'influence sur le prophète. 76.
(S) Hammer, I. c, p. W.
dans aucun cas, prêtre orthodoxe ; c'était, selon toutes les probabilités, un sectaire nazaréen.
Mahomet, qui se recueillait souvent en lui-même pour méditer (1), et qui peut-être était atteint d'une affection nerveuse (2), devint peu à peu visionnaire. Les visions involontaires, les hallucinations maladives auxquelles il était sujet devinrent pour lui des réalités et expliquent sa conduite ultérieure. Il montra trop de désintéressement, d'enthousiasme et de patience dans ses traverses, pour qu'on ne puisse voir en lui qu'un simple imposteur.
III. Il avait quarante ans, il était marié depuis seize ans avec Chadidscha, lorsqu'un jour, dans sa solitude du mont Hora, il eut une vision. Il lui sembla voir l'ange Gabriel qui lui ordonnait de lire un écrit qu'il lui présentait. Tandis que Mahomet surpris hésitait, l'apparition s'avança jusqu'au milieu delà montagne et s'écria : « Mahomet, tu es l'envoyé de Dieu ; je suis Gabriel (3). ■ L'impression de cette apparition fut triste et abattit Mahomet. Il fallut que Waraka, l'adepte équivoque d une religion semi-chrétienne, le relevât et le fit encourager par Chadidscha (4).
Alors eurent lieu les premières conversions; mais leur nombre demeura pendant plusieurs années très-restreint.
11 était d'autant moins engageant de suivre ce nouveau prophète que plusieurs de ses disciples de s'exiler ($), et que
(1) Il te retirait fréquemment, après son mariage, avec Chadidscha et toute sa famille, dans la solitude du mont voi&iu Hora. Abulféda, I, p. 28.
(2) Zonare en fait on épileplique, dans Holtinger, mu. Or., p. 1». Cf. sura 1 et 73. mer. Le», p. M.
(S) Voir sura 98.
(a) f 'oir Abulféda, I, p. 28.
(•*>) lis émigrèrent en Abyssin le et y rent l'anoui des Chrétiens. Abulféda. 1. 42.
MAHOMET
soignait pas encore avec l'autorité de la conviction et de l'enthousiasme.
Cependant des hommes influents, comme Omar et Hamza, s'étant associes à Mahomet, arrêtèrent la persécution qui avait éclaté de tous côtes contre le réformateur. En somme sa position était embarrassée, et il avait déjà cinquante ans (619 apr. J.-C.) que son entreprise en était encore à son origine. En outre la mort lui enleva coup sur coup sa Gdèle Chadidscha , qui avait eu incontestablement une profonde influence morale sur lui, et son oncle Abu Taleb, dont l'autorité et la bienveillance le protégeaient et le consolaient. Il continuait cependant à prêcher, principalement dans les grands marchés et partout où le peuple se réunissait, sans que le succès répondît à ses efforts, et sans qu'il eût encore pu complètement surmonter les découragements qui s'emparaient de son ;lme.
Mais une nouvelle vision vint lui donner un courage nouveau. Il se crut littéralement ravi au ciel, et ce fut ce qu'il appela son voyage céleste,
Quel que soit le jugement des psychologues à cet égard, il est certain qu'à dater de ce moment Mahomet n'eut plus aucun doute, aucune hésitation. Si l'énergie inspirée avec laquelle dès lors il parut parmi les siens lui attira d'une part des outrages et des mépris, de l'autre elle lui gagna des partisans zélés , notamment dans la ville de Médine (2).
IV. Mahomet, pour fuir ses ennemis de la Mecque qui le poursuivaient de leur haine et de leurs menaces, choisit, dès 622, Médme pour sa résidence habituelle. C'est pourquoi cette année G22 se nomme l'année de la fuite ou de Yhé-
(t) foir Bura 15, 1 sq.; 17, 1 gq.; 72, 1-15; 55, 1 sq.
(2) Conf. Ansau, Houadscuëaun et Mauohet tcoiupiguoaa de).
g ire (1). Durant les dix années qu'il passa à Médine sa doctrine se formula plus nettement, et ses paroles eurent dès lors l'autorité des ordonnances d'un législateur (2). Il régla notamment la liturgie, et la mosquée bâtie à Médine devint le modèle de toutes celles qu'on éleva depuis. Ce fut de là aussi qu'il entreprit plusieurs expéditions belliqueuses, surtout contre les Juifs, alors puissants au nord de l'Arabie centrale (Chaibar). La guerre sainte 3) se distingua sans doute des expéditions qui n'avaient pour but que le vol et le pillage ; les batailles de Bcda, Ohod, Chandok, Fedek, qui eurent lieu durant cette période, n'eurent d'importance que par la réaction qu'exerça sur elles plus tard la grandeur des exploits de l'islamisme.
Toutes ces expéditions auraient été oubliées, avec mille autres luttes des tribus arabes, si le pèlerinage armé de la Mecque , que Mahomet entreprit la huitième année de l'hégire (629 ou 630 apr. J.-C), n'avait amené un changement décisif. Il devint alors maître du sanctuaire central des Arabes ; il en renversa les idoles, et, ayant purifié la Caaba (4) , il y fit entendre pour la première fois publiquement la prière moslémite. Il eut encore quel-
(1) Voy. HÉcinE.
2) Dans la septième année de l'hégire II défendit l'usage du vin. foir Hammer, p. 157.
(S) Voir Hammer, I. c, p. 101. La bataille XVII est remarquable ; elle m nomme le tombeau de Cbaudok. lh., p. 139 : « Pendant qu'ils travaillaient aux redoutes, les Arabes rencontrèrent une pièce qui résista à tous les coups. Mabomet prit lui-même une pioche et donna trois coups qui mirent la pierre en pièces. A chaque coup des étincelles sortireut de la pierre ; c'étaient des éclaira aux yeux du prophète. Le premier éelair lui montra dans toute sa splendeur le palais de Ghamdon , le roi de l'Yémen ; le second, le palais rouge de Damas; le troisième traversa le toit du palais de Gosroe à Médain. Le prophète promit, d'après ces visions, aux fidèles la conquête des palais de Ssanaa, de Damas et de Médaiû. •
(ft) foy. Caaba.
ques combats à livrer, et put, l'année suivante, neuvième année de I hégire (630 apr. J.-C), recevoir les hommages qu'on lui offrait de tous côtés. Il fut dès lors si rassuré sur son autorité et son pouvoir qu'il songea à faire la guerre à des princes étrangers qui n'avaient pas favorablement accueilli ses envoyés l'année précédente (I). Èn tête des princes contre lesquels devait être dirigée la guerre sainte de Tabuk (2) se trouva l'empereur de Byzance ; mais il fallut bientôt renoncer à ce projet, le nouvel état de choses n'étant pas suffisamment consolidé en Arabie. Un grand pèlerinage pacifique à la Mecque, dans la dixième année de l'hégire, contribua à le raffermir (631). Mahomet en profita pour enseigner et ordonner beaucoup de choses. De retour à Médine il voulut se préparer à une troisième expédition contre l'empereur de Byzance, mais il tomba malade. Il augmenta son mal en allant, malgré sa fièvre , la nuit au cimetière de Médine, prier pour les morts et se réjouir de sa délivrance prochaine. Malgré sa faiblesse il prit encore part à la prière publique et parla au peuple. En sentant la mort s'approcher il dit : a L'enfer s'enflamme , la révolte est proche ; c'est la dernière partie d'une sombre nuit. Mais, par Dieu, vous ne pourrez m'en accuser; je n'ai permis que ce que permet le Coran et n'ai défendu que ce qu'il défend (3). »
Ce fut dans ces sombres pensées qu'il mourut, le 8 juin 632, à Médine, où l'on voit encore son tombeau (4).
(f) fotrHammer, p. 165.
(2) ^*fjX 'ijji. Abalféda, I, no. Hnm-
mer, p. 180. L'année précédente la malheureuse expédition contre Muta, dans le vimix pays des Moabites, avait été entreprise en même temps que celle de ta Mecque. Abulf., 1, 142.
(3) Weil, Jntrod., p. SI.
M roy.
MAHOMET 110
On a porté toutes sortes de jugements
sur Mahomet. Tout esprit impartial reconnaîtra qu'il n'y a pas eu dans l'histoire d'homme à tempérament mélancolique ayant fait preuve d'une plusgrande énergie et de plusd'activité. Il parut persuadé lui-même de sa mission, quoique de temps à autre il recourût à des révélations dans le but de pallier ses aventures avec ses femmes (i), car il était devenu d'une sensualité extrême depuis la mort de Chadidscha (2). A dater de sa fuite de la Mecque il fut toujours très-sévère à l'égard des ennemis de l'islam (3), convaincu qu'il était que le but qu'il poursuivait sauctinait tous les moyens qu'il employait. I laminer prouve qu'il souilla sa main de plusieurs meurtres (4). Il était simple dans ses besoins, sauf en ce qui regardait les femmes. En somme ce fut un grand mais terrible caractère , le modèle du plus atroce fanatisme religieux qui ait jamais paru. Les détails sur sa vie se trouvent dans ses biographies. Deux de ces biographies arabes sont répandues parmi les savants de l'Europe: celle d'Abulféda , recueillie dans les annales traduites par Reiske, et celle qu'on lit dans les biographies de Piavavi, publiées par Wùstenfcld. Moraccio a tiré de plusieurs biographies la vie très-de taillée de Mahomet qui précède l'édition du Coran. La Fie de Mahomet, par Gagoier, Amst., 1732, 2 vol., a pour base le texte d'AbuIféda. Dans Hammer- Purgstall , Galerie biographique des grands Dy nu s tes moslémites , t. I, Leipz et Dannst., 1837, p. 1-238, la vie de Mahomet occupe la première place.
(1) Hamroer, p. 195. Sura 06, 1-6. Sura 24, 4-5. Weil, Introd., p. 3<k
(2) « Outre Lbadid*cba Mahomet avait encore dix femmes et plusieurs esclaves qui jouis, raient des mêmes privilèges. - Weil, Introd., p. 35.
(3) Voy. Islam.
(fi) Yoir l'ouvi a$e cita, p. ili, 121, 150, 155.
MAHOMET (compagnons de) — MAI
A ce travail succéda l'ouvrage de Weil, Mahomet le prophète, sa vie, sa doctrine , puisées dans des sources manuscrites et dans le Coran, Stuttgart, Metzler, 1843, in -8°. Le même auteur résume cette vie dans sou Introduction historico-critique au Coran, Bielefeld, 1844, in-12.
Hanebbbg.
MAHOMET (COMPAGNONS DE). Les
Mahométans comptent , dans un sens général , parmi les compagnons de Mahomet, qui portent le nom d'honneur $Ashab-ar-rasul , siyfl ^Lac^i, c'est-à-dire compagnons de l'Envoyé, tous ceux qui virent le prophète et qui vécurent avec lui , tous ceux , par exemple , qui lui furent associés durant une campagne ou un pèlerinage (1). Dans un sens plus restreint ils appellent ainsi ceux qui furent associés à sa fuite de Médine et de la Mecque, et qui sont connus plus spécialement sous le nom de Ansar et MohadscherunÇ2). Enfin , dans le sens le plus strict, ils donnent ce nom à huit personnes avec lesquelles il vécut dans la plus grande intimité , savoir : sa femme Chadidscha, les trois premiers califes, Abu-Béker, Omar et Osman, puis Talha etZobair, tous deux du nombre des six hommes qu'Omar désigna peu avant sa mort pour qu'on choisit parmi eux celui qui lui succéderait dans le califat (3); enfin Moawia, gouverneur de Syrie et successeur d'Ali dans le califat (4) , et Amru , le conquérant de l'Égypte (5). Ces compagnons du prophète , fort estimés par les Musulmans, sont, comme Mahomet, compris dans la prière du vendredi (6),
(1) Cf. Abulftdœ Annales Muslemici, t. I, p. 197.
(S) Foy. ANSAR, MOHADSCHERIK.
(5) Fmr a de Ptalen, Hist. du meurtre <f 0. war, p. 8 et 23.
(4) Foy. AU.
(5) Cf. de Sacy, Chrestomathie arabe, Paris, 1806, t. H, p. 97.
(0) Foy, Vekpbedicuez les Maiiométani.
et, au point de vue religieux, remarquables surtout en ce que les uns, en qualité de secrétaires de Mahomet, prirent note de ses révélations, les autres les entendirent et les retinrent de mémoire, de manière qu'après la mort de Mahomet Abu-Béker (1) put se servir de ces deux sources écrites et orales pour rédiger le Coran , de même que ce fut de leur bouche qu'on recueillit ou à leur autorité qu'on attribua la Sonna ou la tradition des paroles et des actions religieuses de Mahomet qui ne sont pas comprises dans le Coran. Cependant l'autorité principale parmi ces huit fut Chadidscha, les assertions des autres n'ayant obtenu pleine croyance que par la confirmation de Chadidscha (2).
Wbtzbb.
mahométisme. Voyez Islam.
mai (Angelo) naquit le 7 mars 1782 à Schilpario, dans la province de Bergame. Pieusement élevé par ses parents et destiné à des études sérieuses , il donna de bonne heure des preuves de son intelligence et de sa bonté. Il reçut, avec quatre autres enfants de son âge, au séminaire de Bergame, les enseignements de l ex-Jésuite Aloyse Mozzi, son savant compatriote. Ferdinand de Bourbon, duc de Parme, cherchant à rétablir la société des Jésuites abolie en (793, et lui ayant accordé, avec l'autorisation de Pie VI , le droit d'élever une maison dans ses Etats, Mozzi fut appelé à Colorno , dans le Parmesan , et ses cinq élèves l'y suivirent; car ils lui étaient attachés comme à un père. En 1799 Angélo et ses quatre amis entrèrent dans la société des Jésuites, où ils furent confiés à la direction du Père Joseph Pignatelli, mort en odeur de sainteté.
Lorsqu'en 1804 Pie VII rétablit, à la demande de Ferdinand VI , roi de Na-
(1) Foy. Abv Bi klu,
(2) Foy, Alsou.
MAI
pies , les Jésuites dans son royaume , Maï dut se rendre, avec le Père Pignatelli et ses condisciples, à Naples , où il fit ses humanités, et s'occupa avec succès de poésie, pour se distraire des études classiques , dans lesquelles ses progrès étaient plus sérieux encore. Naples ayant passé sous la domination du roi Joseph, frère de Napoléon, et Ferdinand s'étant réfugié en Sicile, les Jésuites furent de nouveau chassés du royaume, et c'est ainsi que Mai vînt à Rome. Il y fréquenta assidûment les cours de théologie du Collège romain, jusqu'au moment où l'évéque d'Orviéto, plus tard le cardinal Lambruschini , l'appela, avec plusieurs de ses confrères, dans son diocèse, et utilisa ses services, après lui avoir conféré le sacerdoce.
Maï s'occupa surtout de littérature hébraïque et grecque et de paléographie, sous la direction de deux vieux Jésuites, les Pères Monéro et Menchaca.
Maï se mit à la recherche des palimpsestes, et, guidé par l'expérience de ces deux savants, s'exerça à l'art de déchiffrer les textes. A la fin de 1808 le P. Pignatelli le rappela à Rome pour y exercer le ministère dans l'hospice de Sainte-Marie du Bon-Conseil ; mais il ne put y rester longtemps, le gouvernement français ayant rigoureusement rappelé dans leur patrie tous les sujets du royaume d'Italie. A son départ de Rome le Père Pignatelli lui prédit qu'ils ne se reverraient plus, et que Maï s'élèverait aux plus hautes dignités de l'Église.
Maï partit avec Mozzi pour Milan.
Mozzi lui procura l'entrée de la bibliothèque Ambrosienne et le recommanda aux notabilités de cette ville. Maï découvrit dès lors plusieurs trésors de la littérature ancienne, et ces découvertes révélèrent son nom au moude savant. En 1813 il fut nommé conservateur de la fameuse bibliothèque. Le premier travail qu'il publia fut une
édition du discours dlsocrate, de Permutatione, avec une traduction latine et un commentaire. En 1819 il fit paraître , en société avec Castiglione, d'importants fragments de la traduction gothique des épîtres de S. Paul, qu'il avait découverts dans la bibliothèque Ambrosienne , comme , l'année précédente, il avait publié, avec Zozab, Chron. canones Eusebii. En outre Maï découvrit dans la bibliothèque plusieurs écrits du Juif Philon , un ouvrage inédit du philosophe Porphyre, les Antiquités romaines de Denys d'Halicarnasse, des ouvrages de Cornélius Fronto, d'anciens interprètes de Virgile, des lettres inédites d'Anton in le Pieux , de Marc-Aurèle , de Lucius Vérus et d'Appien , des fragments de Plaute , de Thémtstius, d'Isa? us, d'Aurélius Symmaque , etc. , le 6* et le 1 7e livre des Oracuta Sibyllina, dont plus tard il retrouva à Rome les livres 11—18.
En 1819 Angélo Mai fut nommé bibliothécaire du Vatican. Les cardinaux Lorenzo Litta et Hercule Consalvi, depuis longtemps attentifs à ses travaux , avaient supplié le Pape Pie VII de l'élever à ce poste alors vacant, en s'appuyant du concours du Père Aloyse Fortis, qui avait été le professeur de philosophie de Mai et qui bientôt après fut élu général des Jésuites. Tout le monde étant d'accord, Pie VU délia le Père Maï de ses vœux de religieux et lui confia la bibliothèque Vaticane.
Le savant archéologue Joseph Marchi, qui avait été eu relations intimes avec Maï, dit, dans l'épitaphe détaillée inscrite sur son tombeau : Angeli interea nomen ita per Europam didebatur ut L. Litta et H. Causai ri us, cardinales, agilare (cœperint) interse ad divinam gloriam ma gis neene conduceret si A. in faticanam bibliothecam adduceretur, vel ritam inSocietatis instituto transigere permitltretur. Cum A. Fortis, qui paulo poi
MAI
loti Societati pr se fuit, qui que philosophiam Ange lo tradiderat et extréma ad eundem Pignatellii verba prmlare noverat, rem totam communicant cum Pio F//, demum consilia conferunt, atque hic utiliorem Faticanx bibliothecx quam Societati Angelum futurum interposito decreto déclarât.
Mai fut infatigable, comme toujours, dans ses nouvelles fonctions; il trouva dans la bibliothèque Vaticane d'autres livres de Cornélius Fronto, plusieurs fragments du droit antérieur à Justinieu, quelques discours de Symmaque, la Rhétorique de Jules Victor, et surtout la plus grande partie du livre, si longtemps perdu, de Republica* de Cicéron, et bientôt après une série considérable d'écrits des saints Pères, non encore imprimés.
Il devint successivement chanoine du Vatican, prélat romain, protonotaire apostolique et secrétaire de la congrégation de la Propagande. Malgré ses fonctions officielles et ses incessants travaux Maï faisait assez souvent des leçons publiques et des discours : il en prononça un en 1824 sur l'harmonie de la religion et de l'art ; un autre, à l'Académie de la Religion catholique, sur les services rendus à la science par Pie VU et le clergé; fit le panégyrique latin du roi de Portugal, Jean VI, dans la chapelle Sixtine, et le discours Pro etigendo Ponii/ice devant le conclave qui suivit la mort de Pie VIII. En 1838 (12 février) le Pape Grégoire XVI le créa, en même temps que le savant Mezzofanti, cardinal au titre de Sainte- Anastasie. Il devint peu de temps après préfet de la congrégation du concile de Trente, président de la commission de la bibliothèque Vaticaue et de ses aunexes, de la commission de l'amélioration des livres orientaux. Ces nombreuses obligations n'entravèrent en rien son activité littéraire.
Le monde savant glorifia alors à l'envi ses services. Bergame, sa patrie, plaça solennellement son portrait dans son athénée; il fut nommé membre d'un grand nombre d'académies; l'Angleterre lui envoya une grande médaille d'or avec cette inscription : Angelo Maio, palimpsestorum invent uri atque restaura tori.
Au milieu de tous ces honneurs le cardinal conservait la simplicité de ses mœurs et la paisible sérénité de son âme. Adversus plaudeni , dit l'épitaphe du P. Marchi, seque ac invidentis vulgi lasciviam immobilis perstitit semper, nec quidquam unquam animi quietem illi imminuit; inlibatus Deo et divinx gloriœ vixit.
Son goût des recherches le poussait incessamment à de nouveaux travaux.
11 mit en ordre les manuscrits du Vatican, fit faire d'exacts catalogues, examina, traduisit et interpréta les documents les plus divers de l'antiquité. A côté de tous ces travaux il s'occupa spécialement du célèbre Codex Valicanus (Corf. 2?), dont, à sa mort, la publication était presque achevée. Épuisé de fatigue et souffrant de la poitrine, le cardinal se retira, durant l'automne de l8.i l, à Albano, pour jouir d'un air plus pur, comme il le faisait chaque année.
Il fut pris d'une inflammation d'entrailles qui mit un terme à ses jours le 9 septembre 1854, Il mourut, muni de tous les sacrements de l'Église, à l'âge de soixante-douze ans. Le 13 septembre on célébra, dans son église titulaire, un service funèbre en sa mémoire ; Pie IX et tout le sacré collège y assistèrent. Sa paroisse natale devint l'héritière principale de la fortune assez considérable que lui avaient value ses travaux.
Il destina une somme de 12,000 scudi à fonder un établissement de bienfaisance, subordonné à l'évêque de son diocèse, créa deux canonicats dans sou église titulaire à Rome, et laissa un