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LUT

avait été le coopérateur le plus remarquable de Luther, par ses conseils et par ses discours, ne fut plus traité que comme le plus odieux de ses ennemis. Après l'avoir comblé de louanges et déclaré un théologien d'un incomparable jugement, Luther ne le représenta plus que comme un personnage scandaleux, déshonoré par tous les vices imaginables. « Que le Christ me soit en aide, disait-il, si Carlstadt croit qu'il y a un Dieu dans le ciel ! »

Luther n'avait guère invoqué dans l'origine l'autorité de l'Église primitive, parce que , comme il l'avouait , son dogme principal était complètement inconnu à l'antiquité, et parce qu'il sentait probablement qu'on ne pouvait pas admettre cette autorité traditionnelle partiellement et par fragments; qu'on ne pouvait pas d'une part se révolter contre l'Église contemporaine, et d'autre part s'attacher à la doctrine et à la pratique de l'Église des siècles passés. Malgré son peu de connaissance de la littérature ecclésiastique et des écrits des Pères , il en avait vu assez pour comprendre que l'esprit de ces écrits, que la pratique de l'antiquité , que son culte et sa discipline étaient diamétralement opposés à son système.

Il s'en tint par conséquent exclusivement au Nouveau Testament, qui contient, sur les institutions, la situation, la vie religieuse des premiers Chrétiens, des renseignements si rares et si obscurs qu'ils lui laissaient toute la latitude nécessaire pour développer ses paradoxes.

II montra nettement le peu de cas qu'il faisait du témoignage de l'antiquité ecclésiastique en se livrant aux sorties les plus véhémentes contre le •document le plus ancien et le plus respectable de l'Église , contre un document aussi immuable dans sa forme qu'incontestable dans son universa-

lité : nous voulons dire le Canon de la messe. C'est un fait avéré que ce canon était, dès le commencement du cinquième siècle, à part quelques courtes formules ajoutées plus tard , littéralement tel que nous le possédons aujourd'hui ; que daus les prières et les formules de ce canon domineut absolument le même esprit, la même doctrine que dans toutes les anciennes liturgies de l'Orient et de l'Occident.

Luther publia la traduction de ce canon en langue allemande, avec ses observations, « certain que chacun, à cette lecture, serait épouvanté et se si gnerait comme devant le diable luimême. • Chaque phrase du texte fut déclarée par lui « une abomination, un blasphème, un mensonge, une œuvre fatale et maudite, compilée par une ignorante et stupide prétraille. »

Mais le réformateur n'était pas moins actif à constryire qu'à détruire ; en même temps qu'il niait la théologie an* cienne , il systématisait sa théologie nouvelle et publiait à l'usage du peuple et des prédicateurs son Sermonnaire (Postille, 1523); puis sa traduction de la Bible, chef-d'œuvre littéraire, mais œuvre de parti , de parti pris inexact, altérant le sens, défigurant le texte original.

La discussion qu'il soutint durant les deux années suivantes, contre Érasme, sur la volonté humaine , la liberté ou le serf arbitre, fut une preuve nouvelle de la façon dont il entendait la controverse. Personne ne mit jamais autant d'audace que lui à fausser les textes les plus simples et les plus clairs et à leur faire dire précisément le contraire de ce qu'ils affirment. Quand la Bible exhorte l'homme à agir par luimême, à éviter le péché , à se purifier, le sens de l'Écriture , dit Luther , est celui-ci : « Faites-le, si vous le pouvez; mais il est vrai que vous ne le pouvez pas; Dieu se moque de la faiblesse

de l'homme, comme s'il disait : Voyons donc si ?ous pourrez le Taire ! » Quand Érasme lui oppose les passages qui établissent que Dieu veut, non la perte des hommes , mais leur salut , Luther répond en distinguant entre la volonté révélée et la volonté cachée de Dieu, en vertu de laquelle Dieu veut la damnation éternelle de la majorité des hommes , quoique , dans les Écritures, il parle tout autrement, et que sa volonté latente contredise ainsi sa volonté patente. La foi, l'apogée de la foi, selon lui, consiste à tenir pour ▼rai et pour certain ce qui est logiquement contradictoire, à admettre fermement, par exemple , que Dieu est nonseulement juste , mais miséricordieux, quoique, par sa volonté toute-puissante, il rende d'abord dignes de damnation des millions d'hommes, et qu'ensuite il les précipite dans les tourments éternels de l'enfer. Dans cette circonstance, comme lorsqu'il défend et recommande sa doctrine de la justiflcation, Luther s'emporte contre l'incrédulité qui, dans des questions de ce genre, prétend consulter la raison humaine. « C'est le diable, dit-il, qui entraîne les prêtres romains à apprécier la volonté divine d'après la raison humaine. Je puis bien comprendre, par ma raison, que deux et cinq font sept ; mais quand il est dit, de par le Ciel : Neuf, c'est huit, il faut que je le croie contre ma raison et contre mon sentiment. » « C'est pourquoi, ajoutait-il, il fallait, en vrai Chrétien, tordre le cou à la raison, lui crever les yeux et étouffer l'animal. » En général, il soutenait son dire avec un incomparable ton d'assurance , de certitude et d'autorité.

Cet Érasme, qu'autrefois il avait admiré et auquel il avait rendu hommage, comme tout son siècle, il le traita avec le ton de mépris, d'injure et de sarcasme qui était devenu sa seconde nature; ce n'était, à l'entendre, qu'un

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