MANASSÈS
Au temps de Moïse la tribu de Manassès compta d'abord 32,000 hommes (!) capables de porter les armes, puis 57,200 (2). Elle obtint dès le temps de Moïse une portion de la Terre promise sur les rives orientales du Jourdain, c'est-à-dire tout Basan, l'ancien royaume du roi Og, avec les bourgs de Jaïr, la moitié de Galaad, Astharoth et Êdraï (3). Du reste ce district ne paraît pas avoir été très-nettement limité ni au sud et au sud-ouest vers la tribu de Gad, ni à l'est et au nord vers les races non Israélites. Le Jabboc est bien indiqué comme le fleuve qui sépare Gad de la demi-tribu de Manassès (4). On ne peut pas toutefois prendre cette limite dans un sens strict, parce que, d'après Jos., 13, 27, le domaine de Gad s'étendait le long du Jourdain jusqu'au lac de Génézareth.
Ce district assez vaste ne suffisait cependant qu'à la moitié de la tribu ; l'autre moitié obtint sa part, sous Josué, dans la région occidentale du Jourdain, à côté de la tribu d'Éphraïm.
Cette part avait pour bornes à l'ouest la mer Méditerranée, au nord la tribu d'Aser, à l'est celle d'Issachar (5), au sud celle d'Éphraïm. Cette dernière limite n'était pas non plus très-rigoureuse. Il est bien dit qu'elle était formée par le fleuve ÏS'achal-Kana (6); mais en même temps le livre de Josué cite des villes de Manassès appartenant à Éphraïm (7), tout comme il montre que Manassès avait des possessions dans Aser et Issachar (8). La tribu de Manassès fut lougtemps hors d'état de chasser les Cananéens des régions
(1) Nombres, 1, 34; 2,21.
(2) Ibid., 26, 34.
(3) Ibid., 32, 39; 39, 14. Josué, 12, 6; 13, 29-31.
(4) Deulér., 3, 13 sq.
(5) Josué, 17, 10.
(6) Ibid., 16,8; 17, 9.
(7) Ibid., 16, 9 ; 17,8.
(8) Ibid., 17, 11.
et des villes qui lui avaient été assignées (I).
Après Salomon Manassès devint une portion du royaume d'Israël et partagea la destinée de ce malheureux État, qui s'éloigna de plus de Dieu et de son service pour s'enfoncer dans l'idolâtrie et ses désastres.
II. Manassès, Gis et successeur du roi de Juda Ézcchias (698-643 av. J.-C.) (2), fut, au point de vue moral et religieux, tout l'opposé de son père. Il monta sur le trône à l'âge de douze ans, s'abandonna au culte des idoles , rétablit les hauts lieux qu'avait renversés son père , érigea des autels à Baal et à Astarté, et pratiqua l'astrologie. Il plaça des autels idolâtriques jusque dans les deux parvis du temple ; il y dressa une statue d'Astarté, y exerça ses pratiques de magie, conjura les morts, immola son propre fils à Moloch et entraîna le peuple dans son apostasie , « au point qu'ils firent plus de mal que les peuples que Jéhova avait fait exterminer par les enfants d'Israël (3). » Il versa aussi des (lots de sang innocent « et en inonda Jérusalem d'un bout jusqu'à l'autre (4). » La tradition compte le prophète Isaïe parmi les victimes de sa cruauté. Jéhova menaça Manassès par la bouche de prophètes dont le nom n'est pas connu, mais dont les discours furent consignés dans les annales du royaume de Juda (5); il lui annonça qu'il appliquerait à Jérusalem l'équerre de Samarie et le fil à plomb de la maison d'Achab, et qu'il disposerait de Jérusalem comme on lave et retourne une assiette (6). Bientôt se montra le prélude des malheurs annoncés. Les Assyriens firent, on ne sait
(1) Josué, 17, 12. Juges, 1, 17.
(2) / oy. HÉBREUX.
(3) IV Rois, 21, 1-9. II Parai., 33, i-9. (ù) IV Rois, 21, 16.
(5) 11 Parai., 33, 18.
(6) IV Rois, 21, 10-13.