I. MAWUSCBIT8 DE i/AWCIEH TESTA- MENT
1. Manuscrits des livres protocanoniques hébreux. — Les Hébreux consacrèrent dès les temps anciens l'attention la plus scrupuleuse à la copie exacte et correcte des exemplaires hébraïques de la Bible. Cela ressort non - seulement des détails et des prescriptions que contient à ce sujet, pour les copistes, le Talmud, ainsi que le Traité des Sophérim, DH91D, adopté par le Talmud, quoique ne lui appartenant pas dans le principe, mais encore du respect religieux que les Hébreux, comme on le sait, montrèrent de tout temps pour leurs livres sacrés. On voit dans le Traité Taanith (1) du Talmud de Jérusalem (2) qu'ils comparaient entre eux les bons manuscrits, surtout les exemplaires du Temple, pour corriger les exemplaires dont ils se servaient II s'est conservé des traces de ces corrections dans certains points, comme Issur et Tikun Sophérim, Keri Velo Ketib (8), mentionnés par le Talmud et passés dans la Massore.
(1) Fol. 68, 1.
(2) Cf. Llthfoo», Opp., II, 284.
(S) Cf. RtvuttrimeUr.de Tubing.. at)D. 1848,
DE LA BIBLE
Cependant le Pentateuque samaritain et les anciennes versions prouvent que, malgré le soin apporté aux manuscrits, les nombreuses copies de l'antiquité étaient fautives et différaient entre elles en beaucoup de points. Les efforts postérieurs des talmudistes ne purent aboutir à constituer un texte d'une forme ûxe et exempt de fautes. Les interprétations arbitraires qu'ils se permirent pour démontrer leurs opinions raBbiniques (1 ) furent et devaient être plus nuisibles que favorables à l'intégrité du texte.
Ce ne fut qu'après la clôture du Talmud que les Massorètes revirent, vocalisèrent et accentuèrent le texte hébraïque de la Bible , conformément à la tradition orale qui avait été peu à peu écrite, et, quoique les docteurs restèrent encore un certain temps sans le régler d'après les décisions de la Massore, comme, par exemple, le célèbre Saadia Haggaon (2), ce texte massorétique devint le seul texte biblique hébraïque usité et ayant autorité.
C'est le texte qu'à quelques exceptions près, tout à fait insignifiantes, les manuscrits de la Bible hébraïque conservés jusqu'à nous nous offrent encore. Us n'ont pas d'ailleurs une trèshaute antiquité, parce que, en vertu d'une prescription du traité des Sophérim (3), les exemplaires corrects destinés au service de la synagogue, lorsqu'ils étaient usés, devaient être soigneusement cachés ou anéantis, pour n'être pas profanés.
Ainsi aucun des manuscrits qui ont une date ne remonte au delà du onzième siècle, et il en est peu de ceux qui n'ont pas de date qui soient considérés comme étant beaucoup plus âgés. Rossi ne
(1) Cf. Rtvut trim. dt Tubing., ann. 1842, p. 19.
(2) Coof. Duker, Document* d'HitL littér., p. 82.
(3) Cf. de Romï, far. Lect.,prol.t p. xvi.
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connaît que quelques manuscrits qui, dans son opinion, proviennent du huitième siècle, et il n'en sait qu'un seul qu'il croit pouvoir attribuer au neuvième ou au dixième. En revanche le Codex Vindobonensis, le Codex Malatestianus et le Codex Mediceu* appartiennent déjà au onzième siècle (1). Par conséquent il est presque impossible de trouver autre chose dans les manuscrits que le texte massorétique.
Comme, du reste, il était difficile de faire des manuscrits sans faute, d'après les règles de la Massore, si on n'avait devant soi un bon exemplaire massorétique, il en résulta bientôt l'habitude de se servir, comme de manuscrite modèles, de certaines copies qui avaient des avantages incontestables sur d'autres et qui avaient été corrigées et revues avec un soin particulier. Quoique nous ne les connaissions plus que d'après les écrite des plus anciens rabbins, qui les invoquent souvent, cette connaissance a encore quelque importance pour nous, tant à cause du crédit dont ils jouirent autrefois qu'à cause de l'influence qu'ils eurent sur la forme de notre texte biblique hébraïque actuel. Les plus importante de ces manuscrits sont le Codex de Jérusalem , le Codex de Babylone, ^22 1SD-
Le premier a pour auteur Aaronben-Mosche, de la tribu d'Asser, nommé, par ce motif, tout simplement Ben- Ascher; il obtint une grande autorité surtout à Jérusalem et en Palestiue. Ce fut d'après lui qu'on transcrivit les manuscrite de la Palestine.
Le second est attribué à M osche-bon- David, de la tribu de Nephtali, et, par ce motif, appelé Ben-Naphtali , qui obtint le même honneur à Babylone. De là naquit, d'elle-même, la distinction des manuscrits i s ra dites , c'est-à-dire palestiniens, *TSD
(1) DeRossi, l.c,p. xvu.
" s lu*, et des manuscrits babyloniens, HDD. Ce Codex de Jérusalem servit d'original pour corriger les manuscrite de la Bible et pour en faire des copies nouvelles, non-seulement à Jérusalem et en Palestine, mais plus tard en Égypte ; il servit même à Maimonides ; c'est pourquoi il est connu aussi sous le nom de Codex égyptien. U peut, par conséquent, être considéré, à peu près, comme la base du texte biblique hébraïque répandu plus tard en Occident. En outre on cite comme manuscrite modèles le Codex Hiltelianus, nbmSD ou nxSn (Kimchi, sepher schoraschim, s. v. DW), qui provient de Hillel le Jeune, mais qui ne fut employé qu'en Espagne, et seulement, à ce qu'il paraît, dans certaines localités, comme un modèle; puis le Codex SU naï, WD 1DD, et le Pentateuque de Jéricho, ^nn» Win ; mais ni l'un ni l'autre ne paraissent avoir eu d'influence sur la forme du texte massorétique (1).
Les manuscrite bibliques hébreux conservés jusqu'à nos jours sont ou des rouleaux de la synagogue, ou des manuscrits privés.
Les premiers, destinés à la lecture officielle, ne renferment que les parties de la Bible qui sont publiquement lues dans les synagogues, par conséquent le Pentateuque , les Prophètes, le livre d'Esther. Ils sont écrite en caractè* res carrés, sans voyelles ni accents, mais avec les lettres extraordinaires, literœ majusculx, minuscutœ, inversée, suspensx. Le traité Sophérim renferme une foule de recommandations et de prescriptions minutieuses, tant par rapport aux matériaux dont on se sert que par rapport à la manière d'écrire le manuscrit. Les rouleaux doivent être écrits avec de l'encre
(1) Cf. Hottlngfr, Thetaur. philol., p. 10S aq. Carpzow , Critka sacra , p. 570 sq. De RqmI, Far. Lect., protcg., p. xxm iq.
noire ; une seule lettre écrite avec une encre d'une autre couleur, ou en or, rend la copie profane et impropre au service de la synagogue. Toute espèce d'encre noire n'est pas permise non plus; l'encre est inacceptable quand il y entre du charbon, du vitriol, de la gomme, de l'eau corrompue. Il faut la préparer avec de la suie provenant d'huile ou de poix brûlée, pétrie avec du miel et durcie; quand on veut écrire on liquéfie la masse dans de l'eau de galle i :. Puis on ne peut écrire que sur des peaux provenant d'animaux purs, n'étant pas poreuses ou tellement minces que l'écriture y soit transparente. La peau peut servir quand la béte n'aurait pas été régulièrement abattue ; il faut, toutefois, préférer la peau d'un animal qui a été tué à celle d'une bête qui est morte naturellement.
La peau doit avoir été préparée avec l'intention d'en faire la matière d'un rouleau de synagogue. Les peaux préparées par des Chrétiens, des païens, des Samaritains, en général par des ouvriers non israélites, sont impropres, parce que les Juifs seuls peuvent avoir l'intention exigée pour cette préparation (2). Comme la copie est encore plus importante que la simple préparation du matériel, et que c'est elle surtout qui demande l'intention voulue, on comprend que les rouleaux des synagogues ne doivent être écrits que par des Juifs. Les copies écrites par des païens sont enterrées ; celles qui proviennent des hérétiques, brûlées (3).
Le copiste se prépare d'une manière particulière à son travail ; il prend pour original un exemplaire authentique, et, eu le copiant, regarde chaque lettre avant de la copier, pour éviter toute faute. L'espace entre deux lettres d'un
(1) Cf. Scliickard , Jus regium Hebrœorum, ed. Carprow, p. 86.
(2) cr. Schickard, I. c, p. 89 sq.
( ) Sclkkard, 1. c, p. 120.
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même mot doit être de l'épaisseur d'un cheveu ou d'un fil, entre deux mots de l'épaisseur d'une lettre étroite, entre deux paraschen de la largeur de neuf lettres, entre deux livres de la largeur de trois lignes. Les deux cantiques du Pentateuque (1) doivent être écrits par versets. Le copiste ne doit pas écrire le nom de Dieu avec une plume nouvellement trempée dans l'encre, et, quand en l'écrivant il serait salué par un roi, il ne pourrait rendre le salut avant d'avoir fini d'écrire le nom, etc. (2). La copie terminée est soumise à un rigoureux examen, et, si elle n'a que peu de fautes, on les corrige; si elle a plus de deux fautes sur une page elle ne peut servir et on l'enterre (3). La copie trouvée propre à la lecture, après la révision, est fixée, par ses deux extrémités, avec des cordes à boyaux d'animaux purs, à deux cylindres autour desquels on la roule, et alors elle peut être employée dans la synagogue.
Les prescriptions ne sont pas aussi sévères pour les manuscrits privés ; la matière en est abandonnée au choix du copiste. On prend pour cela des peaux animales ou du parchemin, souvent aussi du papier de coton et du papier commun ; on écrit avec de l'encre noire, souvent les voyelles et les accents avec une autre encre; on dore ou orne volontiers les lettres initiales de couleurs différentes ; le format est, à volonté, fefoliOy in-quarto, in-octavo, et parfois in-douze.
L'écriture ordinaire est l'alphabet quadrangulaire, ou encore l'écriture cursive des rabbius. Ordinairement on copie toute la Bible hébraïque , et on ajoute de temps à autre au texte hébreu une traduction , le plus souvent la version chaldaïque , qu'on place dans une coït) Exode, 15 ; Dentér., 32.
(2) Conf. Eichhorn , Introd. à VAne. Te$i^ W éd., II, «61.
(S) Menachol., fol. 29, &.
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tonne à coté du texte, ou dans la même colonne que le texte, ligne par ligne.
Parfois on ajoute encore la petite et la grande Massore, l'indication des paraschen et des haphtaren , et un co m mentaire rabbinique estimé. Dans ce cas, en général, le texte et la traduction sont en regard, et l'espace intermédiaire est occupé par la petite Massore, tandis qu'en haut et en bas du texte se trouve la grande Massore, et le reste de l'espace tout autour est rempli par les commentaires. Les différents livres sont séparés les uns des autres par des blancs, ou occupés par des sentences pieuses, ou par le nombre des chapitres et des versets du livre précédent. L'ordre dans lequel se suivent les livres des Prophètes et des hagiographies n'est pas le même dans tous les manuscrits. T,cs uns, notamment les manuscrits allemands , suivent la série talmudique, mais sans rigueur; les autres, tels que les manuscrits espagnols , se rattachent davantage à la Massore, mais également sans rigueur et sans unanimité. Les deux séries,
• celle du Talmud et celle de la Massore, étant également autorisées, les copistes crurent qu'ils n'étaient tenus rigoureusement ni à l'une ni ù l'autre (1).
Il n'est pas facile eu général de déterminer l'âge de ces manuscrits. L'écriture carrée présente daus les divers manuscrits quelques différences de caractères ; ces différences ne prouvent pas la diversité du temps , mais celle des contrées daus lesquelles les manuscrits sont nés. La forme carrée et régulière des lettres marque l'origine espagnole, tandis que la forme éraillée , serrée et en losange , appartient aux manuscrits allemands; ceux qui proviennent de
' l'Italie tiennent le milieu cutre les deux. La présence ou l'abseuce de
(1) Coof. Herbst, Introd. à l'Ane. Test. , I, 12* sq.
la Massore, celle des points-voyelles et des accents , ne peut pas non plus servir de règle, parce que ces choses manquent souvent dans les manuscrits qui , d'après les indications , sont de date assez récente, tandis qu'on les trouve dans des manuscrits anciens.
D'ailleurs il ne parait pas qu'il se soit conservé de manuscrit du temps de l'introduction des points-voyelles et des accents. D'autres marques, auxquelles on a voulu s'attacher pour déterminer la valeur des manuscrits, ne sont pas plus sûres , telles que la simplicité de l'écriture, la pâleur ou la revivification de l'encre , l'usage fréquent de lettres extraordinaires, la couleur jaune du parchemin (1). Les inscriptions seules donnent des solutions certaines de l'âge des manuscrits , à moins qu'elles n'y aient été mises expressément pour tromper le lecteur. Parfois elles manquent, parce que les dernières feuilles ont souffert, ou parce qu'on ne peut pas facilement les déchiffrer, comme par exemple la signature du manuscrit de Reuchlin (2) ; ou bien encore elles sont l'œuvrede l'imposture, comme on le voit dans un manuscrit du couvent des Dominicains de Bologne, qui est désigné, par une addition qu'on trouve non pas à la On, mais au milieu du livre , comme l'autographe d'Esdras (3).
Quant à la valeur relative des manuscrits, il est difficile de prononcer un jugement général (4). Toutefois David Kinichi et Klias Lévita donnent la préférence aux manuscrits espagnols, non pas seulement à cauie de leur beauté calligraphique , mais à cause de leur plus grande correction (5) , et de nouvelles recherches ont plutôt confirmé
(1) Conf. Elchhorn, Introd. à l'Ane. TctL, V éd., Il, 557 sq.
(2) Cf. Carpzow, Crit. tuera, p. 375 (S) Carpz^ I. c, p. 506.
(o) a. Eiclihurn, Introd.. 11,503.
(5) Cf. Richard Simon. Hitt. crit. de Vdnt. Tett., Aoutetit., l«5, p. I»
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qu'inGrmé ce jugement (1). Les manuscrits écrits avec les caractères curstfs des rabbins sont plus récents et de moindre valeur ; parfois ils sont écrits assez rapidement, avec beaucoup d'abréviations, sur du papier de coton ou du papier commun.
Les manuscrits des Juifs de l'Asie centrale, notamment de la Chine, n'ont, autant qu'on les connaît jusqu'à présent, rien de particulier ni quant au contenu ni quant à l'écriture (2).