MARC-AURELE
suivant les ont, Antonin 16 Pieux à la condition qu Antonin adopterait Maro- Aurèle, et celui-ci Lucius Vérus, tandis que, suivant d'autres, ces deux derniers furent adoptés par Antonin le Pieux»
Marc, ayant été adopté à l'Age de dix* huit ans, prit le nom d' Aurèle Antonin et obtint la questure.
Lorsque Antonin, à la mort d'Adrien, devint empereur, il rompit la promesse de mariage qu'avait faite antérieurement son fils adoptif, l'unit à sa propre fille Faustine, épouse à tous égards indigne d'un tel mari, et donna à Marc- Aurèle, avec le consulat, le titre de César. Marc - Aurèle demeura pendant vingt-deux ans dans la maison de l'empereur, qui avait une estime singulière pour lui et l'associa aux affaires de l'empire. Mare-Aurèlc méritait cette confiance. Il donna à son père adoptif des preuves si évidentes d'activité, «réfection et de fidélité, que leurs cœurs s'unirent de plus en plus, et que cette intimité ne s'altéra pas un instant durant toute la vie d'Antonip le Pieux.
A la mort de cet empereur Marc- Aurèle monta sur le trône des Césars et associa immédiatement à l'empire Lucius Vérus, parce que la faiblesse de sa santé lui faisait désirer un collègue, et que, d'un autre côté, il avait l'espoir de pouvoir ainsi s'occuper plus librement de ses études favorites. Toutefois la charge de l'empire dut bientôt peser tout eutière et lourdement 6ur l'empereur.
Vers la fin de la première année de son règne l'empire fut frappé de toutes sortes de calamités ; une effroyable inondation du Tibre renversa une foule de maisons à Rome, entraîna une masse d'animaux domestiques et produisit une terrible famine. L'inondation fut suivie d'un tremblement de terre , de nombreux incendies dans les villes de l'empire et de dévastations produites dans les campagnes par des millions d'insectes. Enfin la guerre, éclatant de
toutes parts, mit le comble à la misère générale.
Les Parthes envahirent l'Arménie, s'avancèrent en Syrie et mirent le gouverneur romain en fuite; d'un autre côté les Bretons et les Celtes devinrent menaçants, et se mirent à dévaster, le fer et le feu à la main, la Germanie romaine, tout le long du Rhin. L'empereur prit les mesures nécessaires pour faire face à tous ces ennemis. Il envoya en Orient, contre les Parthes, Lucius Vérus. Ce prince, qui était l'opposé de Marc- Aurèle, et qui, pour la première fois , échappait à sa surveillance, s'abandonna à Antioclie aux plus basses débauches, tandis que ses généraux faisaient la guerre et la terminaient victorieusement.
Vérus revint à Rome, où il fit une entrée triomphale ; mais la paix coûta cher aux Romains , car les légions revenues du théâtre de la guerre rapportèrent la peste, qui se répandit dans tout l'Occident et y produisit d'épouvantables ravages.
Cette plaie ne fut pas la seule : en 169 éclata la guerre des Marcomans (l).
Unis a d'autres peuplades allemandes et slaves , les Marcomans fondirent sur la Rhétie et s'avancèrent jusqu'à Aquilée.
La guerre qu'il eut à soutenir contre eux , et dont nous n'avons pas les détails, occupa Marc-Aurèle pendant presque toute sa vie. Il se rendit avec Lucius Vérus sur le théâtre même de la guerre , passa trois années à Carnutum en Pannonie, battit à différentes reprises l'ennemi , et prit toutes les dis positions qui pouvaient mettre les provinces frontières de l'Italie à l'abri des barbares. L. Vérus étant mort en 170 ou 171, Mare- Aurèle rentra dans Rome en triomphateur. Cependant la guerre éclata pour la seconde fols en moins d'une année. La première campagne
(I) VoV. MAR00MAN9.
MARC-AURÊLE
ayant épuisé le trésor et affaibli les rangs de l'armée, ravagés en outre par la peste, Marc-Aurèle, voulant ménager les provinces, vendit aux enchères, pendant deux mois, les meubles les plus précieux des palais impériaux, et compléta les cadres de ses armées par des Slaves , des gladiateurs, des brigands dalmates et dardaniens, et des troupes auxiliaires tirées de la Germanie. Le succès couronna de nouveau ces efforts extraordinaires, et Marc-Aurèle aurait peut-être réduit la Marcomanie en province romaine si le cours de ses victoires n'eût été interrompu parle soulèvement d'Avidius Cassius. A la nouvelle de cette sédition Marc-Aurèle se rendit en toute hâte en Orient, où déjà le rebelle Cassius avait été assassiné. Marc- Aurèle n'en resta pas moins pendant trois ans en Orient, dont il régla les affaires et raffermit la situation, en se montrant partout aussi bienveillant que ferme.
Cependant les Marcomans et leurs alliés s'étaient de nouveau soulevés.
Marc-Aurèle, obligé de se mettre une troisième fois en campagne contre eux, eut le même bonheur que précédemment ; mais la guerre n'était pas complètement achevée lorsque la mort atteignit Marc-Aurèle, en 180 après Jésus- Christ , à Syrmium suivant les uns , à Vindobona suivant les autres. 11 avait régné 19 ans. L'empire sentit et déplora profondément sa perte. L'empereur avait donné, durant tout son règne, les preuves les plus éclatantes de son amour pour la vérité et la justice, de sa noblesse et de sa douceur, de sa sévérité envers lui-même, de sa sollicitude pour la bonne administration de l'empire, de ses égards pour le sénat, enfin de son activité guerrière.
Le respect universel qui a été accordé à la mémoire de Marc-Aurèle est dû non-seulement à ses qualités, mais, suivant la juste observation de Niébuhr,
au nombre prodigieux de bustes de cet empereur, dont chaque Romain désirait posséder le portrait , qui sont parvenus jusqu'à nous, et qui le représentent dans les diverses périodes de sa vie, depuis l'âge de dix ans jusqu'à sa mort. 11 est aussi à remarquer que ce prince trouva, au milieu des occupations incessantes d'un empire immense, le temps d'écrire.
Nous avons de lui 12 livres de pensées adressées à lui-même, -rà iî< tourov ; c'est une série de réflexions morales qui respirent de si nobles sentiments, une si sincère humanité, qu'on ne peut les lire sans en admirer et aimer l'auteur.
Mais à côté de cette admiration sincère il faut, pour remplir consciencieusement le devoir de l'historien, constater que l'empereur Marc-Aurèle n'eut pas une vie absolument pure et sans tache.
On l'a accusé, avec raison, de faiblesse et d'une coupable condescendance à l'égard de l'immorale Faust i ne et de son fils Commode, qu'il eut le tort de destiner à l'empire. Il était impossible qu'il eût méconnu les vices de ce prince, et c'était un devoir aussi facile que sacré pour lui de donner à l'empire un maître capable de le remplacer. Mais ce qui doit nous paraître encore plus étrange, c'est qu'un empereur d'ailleurs si juste et si clément ait persécuté les Chrétiens. Il importe de savoir quels furent les circonstances et les motifs qui le poussèrent aux mesures sanglantes qu'il décréta contre eux. Nous avons rappelé plus haut les calamités qui, dès le commencement du règne de Marc-Aurèle, accablèrent si cruellement l'empire. Le peuple romain vit dans ces calamités publiques le châtiment que lui infligeaient les dieux irrités de ce quêtant de gens désertaient le culte national et adoptaient une religion nouvelle. Tandis que ces causes naturelles rallumaient, comme au temps d'Antonin le Pieux, la haine du peuple païen contre les Chrétiens, les prêtres, consternés de la
MARC-AURÊLE
solitude de leurs temples, profitèrent de cette disposition générale des esprits pour attiser le feu et exalter la rage populaire. La caste des philosophes ne considérait pas avec moins d'envie et de haine les progrès du Christianisme.
La vie des communautés chrétiennes était déjà, par elle-même, le blâme le plus éclatant de la conduite perverse de ceux qui prétendaient suivre les préceptes de la plus stricte morale. Il ne faut pas méconnaître non plus que les champions du Christianisme attaquaient souvent, avec une vivacité extrême, les philosophes païens. Ils ne se contentaient pas, dans leurs écrits apologétiques, de démontrer la fausseté des reproches faits aux Chrétiens, ils prenaient l'offensive et découvraient sans ménagement combien la vie et la doctrine des philosophes, leurs adversaires, étaient vaines et vides (1). Il eût été étonnant que les philosophes n'eussent pas mis tout en œuvre pour anéantir ceux qui ébranlaient ainsi leur crédit et leur avenir. En effet on sait que Crescence le Cynique (2) s'efforça, par ses calomnies publiques, de livrer les Chrétiens au mépris, à la haine et aux persécutions du peuple de Rome. Reste à constater par où les adversaires du Christianisme trouvèrent accès dans le cœur d'un prince d'ailleurs si équitable, si doux et si clément envers ceux mêmes qui l'offensaient personnellement.
II fut circonvenu de deux cotés. Marc- - Aurèle avait, dès sa jeunesse, pratiqué avec sincérité et avec un zèle qui allait jusqu'à la superstition le culte des faux dieux. Jamais il n'entreprenait une guerre importante sans chercher à se concilier la protection des dieux par d'abondants sacrifices. La voix du peuple et les suggestions des philosophes trouvèrent d'autant plus facilement de
(1) Foy. Jlstin, Atii&açore.
(2) Foy. Crescence.
l'écho dans son âme qu'il croyait que les dieux ne lui accorderaient la victoire sur ses ennemis que s'il se montrait l'énergique défenseur de la religion traditionnelle de l'empire.
Déplus Marc- Aurèle, philosophe stoïcien, ne pouvait mieux apprécier la nature du Christianisme que Marc- Aurèle dévot païen. Il tenait ces nouveaux sectaires pour d'aveugles et de dangereux fanatiques hostiles à l'État, ennemis de ses lois. Enfin il ne pouvait ignorer que le Christianisme faisait tellement de progrès qu'il devenait un danger pour le paganisme et la constitution de l'empire. On comprend donc que Marc- Aurèle ait pu prendre la résolution de s'opposer de tout son pouvoir à la propagation du Christianisme. Promulgua-t-il directement l'ordre de persécuter les Chrétiens? Tertullien dit que non, Méliton de Sardes prétend le contraire ; ce dernier, plus ancien et contemporain de Marc- Aurèle, mérite évidemment plus de croyance.
Le théâtre de la première persécution des Chrétiens qui eut lieu sous Marc-Aurèle,etsur laquelle nous avons des renseignements positifs, fut la communauté de Smyrne (167 apr. J.-C).
Le proconsul romain, cédant à la fureur de la populace juive et païenne, fit rechercher les Chrétiens, qu'il s'efforça d'entraîner à l'apostasie par les plus terribles menaces et l'application des plus cruels supplices. Il ne put ébranler leur fermeté. Ce fut durant cette persécution que le vieux Polyearpe (1), évéque de Smyrne et disciple de S. Jean, obtint la palme du martyre. Amené devant le proconsul, il confessa hardiment sa foi et refusa de maudire son Sauveur et son Dieu ; condamné au feu, il accepta son supplice avec une joie héroïque et exhala son âme en louant le Seigneur. Le courage de l'évéque
(i) Foy. POLTCARPE.
206 MARC-AURÊLE -
avait raffermi la foi de ses ouailles; sa mort les sauva ; car la rage populaire , comme refroidie par le sang de ce généreux vieillard, s'apaisa peu à peu, et dès lors le proconsul lui-même cessa ses poursuites. Les Chrétiens de Rome durent à leur tour subir le sort de ceux de Smyrne. La persécution ordonnée ou tolérée par Marc-Aurèle est constatée par des preuves authentiques. Ce fut pour protester contre les cruautés dont les Chrétiens de Rome étaient victimes, et pour tâcher d'arrêter l'effusion d'un sang innocent, que S. Justin , philosophe et martyr, adressa a l'empereur sa seconde Apologie, dont il paya la hardiesse par sa mort (1).
Quelques années plus tard (174), durant la guerre des Marcomans, Marc- Aurèle se trouva avec son armée dans une situation des plus critiques. Ses soldats, abattus par la chaleur et mourant de soif, allaient être attaqués par Fennemi. Suivant le récit J'Eusèbe (2), une légion romaine, toute composée de Chrétiens, mit, dans cette extrémité, son espoir en Dieu, tomba à genoux et invoqua le secours du Christ. L'armée fut sauvée, et Marc-Aurèle voulut conserver le souvenir de ce prodige en donnant à cette légion le surnom de légion fulminante, fulminatrix. En même temps ses sentiments à l'égard des Chrétiens changèrent complètement, et il ordonna de cesser toute espèce de persécution (3). Mais le récit cTEusène se trouve infirmé quant au fait capital de la suspension de toute persécution ; car il eu éclata une sanglante trois ans plus tard, sous le règne même de Marc-Aurèle , dans les Gaules , et notamment contre les fidèles de Lyon et de Vienne. La fureur du peuple, comme celle de la population de Smyrne, entraîna les autorités à des cruautés inouïes. S. Poil) Foy. Justin (S.).
W Foy. LÉGION FULMINANTE.
MARC EUGÉMCUS
thin, évéque de Lyon, subit le martyre à l'âge de quatre-vingt-dix ans (4).
Les fidèles imitèrent la constance de leur évêque, malgré le grand nombre d'entre eux qui furent décapités, livrés aux bêtes, brûlés et jetés dans le Rhône.
On ne connaît pas d'autres provinces romaines dans lesquelles, sous le règne de Marc-Aurèle , les Chrétiens aient été persécutés, soit que les documents aient été perdus, soit que la persécution se soit réellement restreinte aux deux provinces que nous avons citées.
Cf. Pebsécuiion des Chrétiens.
Allgaybr.
marg EroÉNirrs , métropolitain d'Éphèse , obtint la triste renommée parmi les Grecs d'avoir rendu vaine la réconciliation des Églises grecque et latine si péniblement conclue et si solennellement jurée aux conciles de Ferrare et de Florence. Jean VI Paléologue, à qui les progrès incessants des Turcs, sous le sultan Murad II, n'avaient à pea près laissé du vaste empire de ses prédécesseurs que la ville de Constantinople, pressée elle-même de toutes parts, espéra s'assurer, par la réconciliation de l'Église grecque avec celle de Rome, le secours des princes de l'Occident. Lorsqu'il vit tomber Thessalonique, dernier rempart de sa capitale menacée, il se hâta de nouer des négociations et envoya une ambassade au Pape Martin V, et, après la mort de ce pontife, à son successeur Eugène IV. Le Pape accueillit avec joie la proposition faite spontanément par les Grecs ; mais les déplorables discussions du concile de Bàle retardèrent de plusieurs années la solution projetée. Le Pape, las de voir échouer toutes les tentatives faites auprès du concile de Bâle, proclama solennellement, par sa bulle du 18 septembre 1437, que le concile serait trans-
(>) Foy. POTBIN.
MARC EUGENICUS
féré à Ferra re. Une seconde bulle fixa l'ouverture du nouveau synode au 8 janvier 1438 (!). En effet ce jour- là le cardinal Nicolas Albergati ouvrit, au nom du Pape, le concile, dans l'église principale de Ferrare. Les prélats tinrent plusieurs réunions préparatoires et deux sessions solennelles avant l'arrivée des Grecs. Ceux-ci entrèrent enfin à Ferrare, au nombre de sept cents. On remarquait parmi eux avant tout l'empereur et son frère Démétrius , puis le patriarche de Constantinople, les fondés de pouvoirs des patriarches d'Orient, beaucoup d'évéques , de prêtres , de fonctionnaires et de grands de l'empire. Parmi les prélats se trouvait Mabc Eugénicus, qui, peu avant son départ, à la mort du métropolitain Joasaph, était monté sur le siège d'Éphèse, et qui devait représenter au concile, avec le métropolitain russe Isidore, le patriarche d'Antioche.
Le 9 avril 1438 on célébra dans la cathédrale de Ferrare la première ses- . sion, ou plutôt l'ouverture solennelle du concile.
Après de longues hésitations les Grecs consentirent a discuter les points litigieux entre les d'eux Églises dans des conférences communes , et l'on choisit des deux côtés dix membres chargés de préparer la discussion et de rédiger les projets de conciliation. Les Grecs nommèrent pour les représenter dans ces conférences préparatoires Marc Eugénicus,Bessarion,les évêques de Monembasie, de Lacédémone et d'Anchialus, le grand - chartophylax Balsamon , le grand-ecclésiarque Syropolus, deux abbés et un moine. Marc et Bessarion devaient être les orateurs qui, après s'être enteudus au préalable avec leurs collègues et avoir pris leur avis , devaient soutenir la discussion. Les conférences furent ouvertes par le cardinal Julien
(1) Hardouiu, Coll. Conc., IX, 098-708.
Césarini, président de la commission, choisi par les Latins , qui , dans un brillant discours, recommanda vivement l'union et exhorta la commission à y travailler avec ardeur. Marc Eugénicus répondit froidement et sans onction , et fit sentir que l'union n'entrait pas dans ses vues. Les Grecs , mécontents euxmêmes, demandèrent qu'il cédât la parole à Bessarion dans le courant de la discussion. Celle-ci avait duré pendant des mois sans qu'on fût encore parvenu a se rapprocher. Tout restait dans le vague, parce que l'empereur d'une part évitait toute promesse formelle et que les Grecs de l'autre refusaient toute explication positive; ils prétextaient d'ailleurs qu'il fallait attendre l'arrivée des Balois. Marc Eugénicus et les Grecs qui se trouvaient dans les mêmes dispositions que lui profitèrent de ce retard pour quitter secrètement Ferrare ; mais l'empereur les fit rappeler par des courriers expédiés a leur poursuite. Enfin l'infatigable Eugèue sut convaincre Pempereur; les négociations furent reprises en octobre, continuées non dans des conférences, mais dans des sessions formelles, et l'on résolut sérieusement d'en venir à une conclusion. Les Grecs choisirent dix orateurs de leur nation chargés de discuter avec les Latins. Marc Eugénicus fut encore une fois du nombre, ainsi que Bessarion. Le 8 octobre 1438 eut lieu la seconde session, ou , si on ne veut pas compter comme telle la solennité de l'ouverture du 9 avril , la première session , qui fut suivie de quinze autres sessions tenues à Ferrare et de neuf à Florence. Marc assista à toutes ces sessions et ne manqua pas une occasion de manifester ses sentiments de haine et d'hostilité contre les Latins. Il soutint la cause des Grecs contre André, évéque de Rhode, contre le cardinal Julien Césarini et le provincial des Dominicains, Jean de Raguse , ou plutôt il s'opposa à toute
MARC EUGENICUS
tentative d'union avec tant d'opiniâtreté et de passion que l'empereur se vit obligé de lui défendre d'assister à l'avant-dernièrc session, dans laquelle on devait clore la discussion importante relative à la procession du Saint- Esprit et à l'addition du Filioque(\). Les Grecs, après la dernière session synodale du 24 mars 1439, se réunirent encore fréquemment dans des conférences particulières, avant de se décider définitivement pour ou contre les Latins, et Marc Eugénicus continua son rôle d'opposition, taxant les Latins d'hérésie, reprochant sa naissance illégitime à Bessarion, celui des Grecs qui insistait le plus vivement en faveur de l'union. Le 2 juin 1439, dans une assemblée générale tenue devant l'empereur, après avoir entendu le patriarche de Constantinople parler en faveur de la procession du Saint-Esprit, les Grecs finirent par se prononcer pour l'union, et, six jours après, ils se réunirent auprès du Pape pour rédiger leur déclaration définitive et recevoir le baiser de paix des Latins. Marc Eugénicus et Sophronius d'Anchialus furent les seuls évêques grecs qui résistèrent jusqu'au bout. Le 5 juillet 1439 les Grecs souscrivirent la déclaration solennelle de l'union , définition Ôpoç, et le lendemain cette union fut publiquement proclamée dans Téglise principale de Florence durant la grand'messe. Non -seulement les évêques grecs proprement dits, mais les fondés de pouvoir des Valaques , des Ibériens, des Russes et de l'empereur de Trébizonde, souscrivirent cet acte solennel.—Marc Eugénicus seul persévère dans son entêtement. Lorsque le Pape en fut informé il s'écria douloureusement, dans le vague pressentiment de ce qui allait arriver bientôt : « Hélas ! nous n'avons rien fait ! »
Environ un mois après, les Grecs re-
(t) Hardouin, Coll. Conc.t IX, 307.
prirent la route de leur patrie en passant par Venise. L'empereur emmena Marc Eugénicus sur son navire , pour tâcher de le gagner par des marques de bienveillance, ou, dans tous les cas, pour le surveiller de plus près; mais les Grecs n'avaient pas quitté Venise que déjà éclataient leurs sentiments équivoques et leur mécontentement des résultats du concile. Us furent bien plus ébranlés encore lorsque, durant le voyage, ils entendirent les amers reproches que leurs concitoyens leur adressaient sur l'union conclue, et, à plus forte raison, lorsqu'ils virent la froideur avec laquelle on les accueillit à Constantinople (janvier 1440). Tandis qu'on les appelait des apostats, qui avaient trahi la cause de l'orthodoxie , de tous côtés retentissait l'éloge de Marc Eugéuicus, qui, seul, avait su résister aux Latins et sauver l'honneur de l'Église.
Dès le carême de la même année le parti hostile à l'union s'était tellement accru et fortifié qu'il essaya d'exclure de la participation aux saints mystères ceux qui s'étaient déclarés en faveur des conciles de Ferrare et de Florence. On ne peut douter que Marc Eugénicus profita de ces circonstances pour donner le coup de grâce à l'œuvre de l'union. L'empereur l'avait, avec intention , retenu à Constantinople , car lorsque, au commencement de 1440, Métrophanes, métropolitain de Cyzique, fut monté sur le siège de Constantinople à la place du patriarche, mort à Florence dans la communion de l'Église romaine, et se fut à son tour hautement prononcé en faveur de l'union, Marc Eugénicus s'enfuit avec le métropolitain dlléracléeet retourna dausson diocèse. Il continua à déclamer contre les amis de l'union , à mauifester sa haine contre les Latins, répandant au loin ses accusations et ses calomnies.
Il défendit sur son lit de mort qu'aucun Grec uni accompagnât ses funé-
MARC EUGENICUS
milles, et, comme un autre Annihal, il fit jurer à son ami George Scholarius de combattre constamment l'union et de vouer à Rome une haine éternelle.
Il mourut vers 1447 (1).
Fabricius, dans sa Bibliothxea Graeca, nomme vingt-huit écrits dus à la plume de Marc Eugénicus (2). Quelques-uns ont été publiés; la plupart n'existent qu'en manuscrits et ne sont connus que par des citations. Abstraction faite de plusieurs lettres manuscrites destinées à l'empereur Jean Pnléologue, on peut citer, parmi les écrits de Marc qui ont rapport à l'affaire de l'union, deux circulaires, adressées à la chrétienté, que Marc Eugénicus publia d'fcphèse, probablement après sa fuite de Constantinople. Elles ont été conservées parce que Joseph, évéque de Méthone, et le protosyncelle Grégoire, plus tard patriarche de Constantinople, les ont citées dans leur réfutation , soit en entier, soit par fragments. On les trouve imprimées avec la réfutation dans Uardouin, IX, 549-670.
La première circulaire, que Marc répandit partout , comme le remarque Joseph de Méthone, t&î; ï--j.;~x-l>,j xpicruxvci; àTrc<mt).*;, renferme une histoire abrégée et très-partiale des conciles de Ferrare et de Florence. Marc raconte qu'on ne put amener l'union qu'en corrompant les évêques, et que seul, résistant aux séductions des Latins, il défendit la cause de l'Eglise grecque.
La seconde circulaire est également adressée à tous les Grecs du continent et des îles(T*ï; ebravraxw tâ; -pîî xxi
tûv vr.owv tOpimcpivoi;) , et renferme de violentes attaques contre les partisans de l'union. Il les nomme des bâtards , des Gréco-Latins, des latinisants, des moitiés d'homme, semblables aux ceu-
(1) Cf. tes articles Balb (concile de) , Bessamom, Eccèkeîv, 1 1 rut a n k, Florence, Église ciucoue. Julien Céhakini.
(2) Êdit. Maries, XI, «70 677.
EKCÏCL. THÉOL. CATU. — T. XIV.
taures de la fable , rp*ixoXaTÎv« , Aanvo-
çpcvt;, ut^'ftr.fi; w4p*»7rtt, x*ri T&î; {auôci;
Î7«rîjuvTaûp'.t;. L'union de Florence, ditil, est une conciliation qui n'en est pas une; on a deux confessions de foi :
l'une avec le Filioquc, l'autre sans cette addition ; on conserve un Sacrement de l'autel, mois on a deux cènes eucharistiques, l'une avec du pain levé, l'autre avec du pain azyme.
Une autre lettre de Marc, dans laquelle il reproche à George Scholarius son penchant pour l'union , a été conservée par Léon Allatius(l\
On a également imprimé le livre de Marc Eugénicus contre la doctrine des Latins touchant le moment où a lieu la transformation de la matière sacramentelle : "On cù (xovov itn ç <,<-?; twv famtixwv pr.uâTCijv à-jtat^cvTxt ri Ôttx iwpx (2).
On ne connaît que d'après des manuscrits et des citations les écrits suivants : Capita sytlogistica contra Latinos de processione Spiritus sancti; Orationes dux de Purgatorio; Epistola ad Georgium presbyterum contra ri tus et sacn'ficia Roman x Eccles.; Antirrheticum contra Andream Coloss.; Apologie de sa fuite de Constantinople; Contra Enctjcli»
cam Bessarionis; Epilogus ad versus Latinos, etc., etc.
Cf. l'histoire des conciles de Ferrare et de Florence , probablement rédigée par Bessarion, dans Hardouin, Acla Concil., IX, col. 1-442; l'histoire de ces conciles d'Horace Justiniani, dans Hardouin, I. c.coll. 669-1044 ; l'histoire partiale de ce même synode par Silvestre Syropulus, ennemi de l'union :
(1) Foy. Ali. v i u s Lconii Jllatii in Roberti CreygtonU apparu tum, Borna; , 1674, I, 88, d'après Héfélé. Cf. un article de I* Revue trim. de Théologie de Tubingue sur VI' mon temporaire des Êgtùei grteque et latine, 1(48, p. 191.
(2) En grec , comme supplément a l'édition des Liturgie» orientales , Paris, 1560, p. 1381M; en latin, dans les Lilurgicu Claudii de Sain* ctet, Aulwerp., 1500, p. 8*-M.