MARC LE
Chacune de ces voyelles a son existence propre, analogue à celle des anges du Christianisme, et toutes forment ensemble le pléroma. Ces existences portent le nom commun d'œons, de mots (xdyoi), de racines, de semences, de fruits ; leurs noms propres sont renfermés dans le mot ecelesia. Or la Sigê, un des «ons suprêmes, appartenant à la première tétrade, révéla ces noms a Marc, lui montra, comme à un des aeons supérieurs, la vérité, «Xrôux, sans voile, et lui permit de les décrire en détail (1).
La Sigé lui fit ensuite connaître exactement le rapport de ces œons entre eux , ceons qui expriment chacun une des phases de la nature incompréhensible de Dieu. Parmi ces œons se trouve Jésus- Christ, dont le nom renferme , dans chacune de ses lettres et de ses syllabes, de merveilleux mystères et possède des vertus extraordinaires.
Ainsi tout le système est bâti sur les vingt-quatre lettres de l'alphabet grec , et sur la distinction des consonnes, des semi-voyelles, des voyelles, des lettres doubles, qui toutes donnent lieu à une série de figures fantastiques.
La création du monde visible n'est qu'une copie du pléroma invisible divisé en ses membres divers, tétrades , octoades , décades , dodécades et trentenaire sacré, posés par le démiurge imparfait, qui les créa sans y rien comprendre, et comme un simple instrument, entre les mains de la mère céleste qui le dirigeait (2). Marc cherche à établir toute sa fantasmagorie par des preuves tirées de la Genèse mosaïque , de la constitution de l'homme, de la nature et du cours des astres.
L'aeon Jésus-Christ, qui ne fit que passer par Marie, comme un canal, sans
(1) Iren., adv. U<tres.t 1. 1, e. 14, n. 3.
(2) Id., ibid., I. I, c. 14, n. 2, 7, et c. 17.
NOSTIQUE 211
en rien prendre, et dans lequel , après le baptême , se concentra la vertu de tous les œons , devait annoncer aux hommes le Dieu suprême et abolir par là même la mort sur la terre (1).
Marc et ses partisans attachaient une grande valeur à leur rédemption ().û- T;*a<Tt;, redemptio), mot par lequel ils désignaient chaque acte particulier dans lequel l'œuvre du Christ se réalise et se complète. Cette rédemption s'opérait sous une double forme : tantôt dans une direction purement spiritualiste, tantôt dans une direction pins formel I e, plus ou moins conforme aux mœurs traditionnelles des Chrétiens et à la loi du Sauveur. Pour les partisans de la direction purement spiritualiste la rédemption était tout entière dans la pure science du Dieu suprême (y*w<n{) ; ils rejetaient tout autre signe extérieur. Théodoret nomme ces derniers les Ascodrutes, ou Ascodrupites, et en fait une secte spéciale (2). Quant aux partisans de la seconde direction, ils admettaient un baptême d'eau, mais falsifiaient, suivant leur système d'aeons, la formule du baptême, dans laquelle ils nommaient eu hébreu divert œons, et y ajoutaient une onction avec du baume ; ou bien encore ils mêlaient de l'eau et de l'huile et baptisaient avec ce mélange; ou enfin ils remettaient la rédemption par ce baptême d'eau et d'huile jusqu'à l'heure de la mort, et communiquaient en même temps aux mourants certaines formules d'anathème par lesquelles ceux-ci pouvaient chasser les esprits qui voudraient les saisir après leur mort, et repousser même les atteintes et les séductions du démiurge (3). Il est à remarquer que cette forme de rédemption se retrouve, sous le nom de consolamentum , au
(1) Iren., adv. Hœret., 1. I, o. 15.
(2) Theod., Hœrtt. Fabtd., 1. 1, c. 10, et l'art Tascudhucites.
(S) Iren., adv. Hœrtt., 1. 1, c 21.