CARACTÈRES D'IMPRIMERIE
eux d'entretenir la tranquillité publique, d'empêcher qu'il ne se commette des violences clans les rues, d'en informer les magistrats de police, veiller à ce que chaque citoyen s'applique à une profession honnête, poursuivre les gens de mauvaise vie, chasser les fainéants, avoir l'œil sur les édifices publics, assembler les citoyens quand il en est besoin, surveiller les boulangers, les bouchers et autres gens d'arts ; d'où l'on voit que les curalores urbis des Anciens, les caparions des Italiens d'aujourd'hui, et nos commissaires, ont beaucoup de rapport entre eux.
CARACTÈRES d'imprimerie. Ce sont autant de petits parallélipipèdes d'une composition métallique particulière, à l'extrémité desquels est en relief une lettre ou quelque autre figure employée dans l'impression des livres, et dont la surface, enduite d'encre noire, rouge ou d'autre couleur, et appliquée fortement par la presse d'imprimerie contre du papier préparé à cet effet, y laisse son empreinte.
On conçoit qu'il faut que le caractère qui doit laisser son empreinte sur le papier soit tourné dans le sens opposé à l'empreinte. Exemple : pour que le caractère B donne l'empreinte B, il faut que ce caractère soit disposé comme le voici g ; car si l'on suppose un papier appliqué sur ce g, de manière qu'il en reçoive l'empreinte, il est évident que quand on retournera le papier pour apercevoir l'empreinte laissée, les parties de ce g qui étaient à gauche, se trouvant à droite, et celles qui étaient à droite, se trouvant à gauche, on ne verra plus la figure g, mais la figure B. C'est précisément comme si le papier étant transparent, on regardait le caractère g par derrière. C'est là ce qui rend la lecture d'une /bn^ze difficile à ceux qui n'en ont pas l'habitude.
On conçoit encore que si l'on avait autant de ces petits caractères ^w relief qu'il en peut entrer dans l'écriture, et qu'on possédât l'art de les arranger comme ils le doivent être pour rendre l'écriture, de les enduire de quelque matière colorante, et d'appliquer dessus fortement du papier, de manière que ce papier ne se chargeât que des figures des caractères disposés, on aurait l'art le plus utile qu'on pût désirer, celui de multiplier à peu de frais et à l'infini les exemplaires des bons livres pour lesquels cet art devrait être réservé; car il semble que l'impri-
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nioric, moKanl les productions do l'esprit jiiiinain entre les mains (le tout le monde, il ne faudrait imprimer de livres que ceux dont la leclnre ne |)enl iniire h personne.
Cet art suppose celui de faire les rdntrfrrrs, et celui de les employer : l'art de faire les ruraclùrcs se distribue en deux autres, celui de préparer les poinçons nécessaires pour la fonte des caraclircs, et l'art de fondre ces caraclcres à l'aide des poinçons.
On peut regarder les graveurs des poinçons comme les premiers auteurs de tous les carar tires mobiles avec lesquels on a imprimé depuis l'origine de l'imprimerie : ce sont eux qui les ont inventés, corrigés et perfectionnés, par une suite de progrès longs et pénibles, et qui les ont portés dans l'état où nous les voyons.
Avant cette découverte, on gravait le discours sur une planche de bois% dont une seule pièce faisait une page ou une feuille entière; mais la diflîculté de corriger les fautes qui se glissaient dans les planches gravées, jointe à l'embarras de ces planches qui se multipliaient à l'infini, inspira le dessein de rendre les carddîrcs mobiles, et d'avoir autant de pièces séparées qu'il y avait de figures distinctes dans l'écriture.
Cette découverte fut faite en Allemagne vers l'an \hhO ; l'utilité générale qu'on lui trouva en rendit les succès très-rapides. Plusieurs personnes s'occupèrent en même temps de sa perfection; les uns s'unissant d'intérêt avec l'inventeur; d'autres volant, à ce qu'on prétend, une partie du secret pour faire société à part, et enrichir l'art naissant de leurs propres expériences, de manière qu'on ne sait pas au juste qui est le véritable auteur de l'art admirable de la gravure des poinçons et de la fonderie des caractcrcs^ plusieurs personnes y ayant coopéré presque en même temps; cependant on en attribue plus communément l'honneur à Jean Guttemberg, gentilhomme allemand.
Les graveurs de caraclcres sont peu connus dans la république des lettres. Par une injustice, dont on a des exemples plus importants, on a attribué aux imprimeurs qui ont fait les plus belles éditions une réputation et des éloges que devaient
1. Ce genre d'impression s'appelle xijlographique : celle sur planches solides se nomme en général tabellaire, et le mot typographie désigne l'emploi des caractères mobiles. (Br.)