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CARACTÈRES D'IMPRIMERIE

au moins partager avec eux les ouvriers habiles qui avaient gravé les poinçons sur lesquels les frt/Y/rf(7V5 avaient été fondus; sans les difficultés de l'art typographique qui sont grandes, ce serait comme si l'on eût donné à un imprimeur en taille-douce la gloire d'une belle estampe, dont il aurait acheté la planche, et vendu au public des épreuves imprimées avec soin.

On a beaucoup parlé des Plan tins, des Elzeviers, desÉtiennes, et autres imprimeurs, que la beauté et la netteté de leurs caractères ont rendus célèbres, sans observer qu'ils n'en étaient pas les auteurs, et qu'ils n'auraient proprement que montré l'ouvrage d' autrui, s'ils n'avaient travaillé à le faire valoir par les soins d'une impression propre et soignée.

Nous ne prétendons point ici déprimer l'art appelé proprement typographic^ue ] il a ses règles, qui ne sont pas toutes faciles à bien observer, et sa difficulté qu'on ne parvient à vaincre que par une longue habitude du travail. Ce travail se distribue en plusieurs branches qui demandent chacune un talent particulier. Mais n'est-ce pas assez pour l'imprimeur de la louange qui lui revient du mécanisme de la composition, de la propreté de l'impression, de la pureté de la correction, etc., sans lui transporter encore celle qui appartient à des hommes qu'on a laissés dans l'oubli, quoiqu'on leur eût l'obligation de ce que l'imprimerie a de plus beau? Car une chose qui doit étonner, c'est que les écrivains qui ont fait en différents temps l'histoire de l'imprimerie, qui en ont suivi les progrès, et qui se sont montrés les plus instruits sur cet objet, se sont fort étendus sur le mérite des imprimeurs, sans presque dire un mot des graveurs en caractères^ quoique l'imprimeur, ou plutôt le typographe, ne soit au graveur que comme un habile chanteur est à un bon compositeur de musique.

C'est pour rendre à ces artistes la gloire qui leur est due que M. Fournier le jeune, lui-même habile fondeur et graveur en caractères à Paris, en a fait mention dans un livre de modèles de caractères d'àtiprimerie, qu'il a publié en 17Zi2. Il a mis au nombre de ceux qui se sont distingués dans l'art de graver les caractères, Simon de Colines, né dans le village de Gentilly, près Paris; il gravait en iliSO des caractères romains, tels que ceux que nous avons aujourd'hui. Aide Manuce faisait la même chose et dans le même temps à Venise, Claude Garamond, natif

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(le Paris, parut en 1510, et porta ce travail an plus liau( point (lo porrcctioii (|ii'il ait jamais ac,(|nis, soit par la fij^iirc des ninic- /n'cs, soit par la justesse et la prrcision avec lesquelles il les exrcula.

Vers le commencement de ce siècle on a perfectionné quelques lettres, mais on n'a rien ajouté à l'exactitude et à l'uniformité que Garamond avait introduites dans son art. Ce fut lui qui exécuta, par ordre de François I", les caractères qui ont tant fait d'honneur à Robert Kticnne. Robert Granjean, aussi de Paris, fils de Jean Granjean, im|)rimeur et libraire, grava de très-beaux caraclcrcs grecs et latins; il excella dans les caracti-rcs italiques. 11 passa à Lyon en J570; il y travailla huit ans, au bout desquels il alla à Rome où le pape Grégoire XIII l'avait appelé.

Les caracti-rcs de ce graveur ont été plus estimés que ceux d'aucun de ses contemporains : ils étaient dans le même goût, mais plus finis. Les frappes ou matrices s'en sont fort répandues en Europe, et elles servent encore en beaucoup d'endroits.

Le goût de ces italiques a commencé à passer, vers le commencement du dix-huilième siècle : cette espèce de révolution typographique fut amenée par les sieurs Granjean et Alexandre, graveurs du roi, dont les caractères servent à l'imprimerie royale. En 17Zi2, M. Fournier le jeune, que nous avons déjà cité avec éloge, les approcha davantage de notre manière d'écrire, par la figure, les pleins et les défiés qu'il leur donna.

Guillaume le Bé, né à Troyes en Champagne vers l'an 1525, grava plusieurs caractères, et s'appliqua principalement aux hébreux et rabbiniques : il travailla d'abord à Paris; de là il alla à Venise, à Rome, etc. Il revint à Paris où il mourut. Robert Etienne a beaucoup employé de ses caractères dans ses éditions hébraïques.

Jacques de Sanlecque, né à Cauleu, dans le Boulonais, en Picardie, commença, dès son extrême jeunesse, à cultiver la gravure en caractères. 11 travaillait vers l'an 1558; il y a bien réussi.

Jacques de Sanlecque son fils, né à Paris, commença par étudier les lettres; il y fit des progrès, et se rendit aussi digne successeur de son père dans la gravure. Sanlecque père et fils étaient, en 161Zi, les seuls graveurs qu'on eût à Paris. Le fils

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exécuta de très-belles notes de plain-chant et de musique, plusieurs beaux raractcrcft, entre lesquels on peut nommer le plus petit qu'on connût alors à Paris, et que nous appelons la Parisienne.

M. Fournier le jeune, juge très-compétent, par la connaissance qu'il a et de son art et de l'histoire de cet art, prononce sévèrement que depuis Sanlecque fils jusqu'au commencement du XVIII* siècle, il ne s'est trouvé en France aucun graveur en caractères tant soit peu recommandable. Lorsqu'il fut question de distinguer les i et les ?< consonnes et voyelles, il ne se trouva pas un seul ouvrier en état d'en graver passablement les poinçons : ceux de ces anciens poinçons qu'on retrouve de temps en temps montrent com])ien l'art avait dégénéré. 11 en sera ainsi de plusieurs arts, toutes les fois que ceux qui les professent seront rarement employés; on fond rarement des statues équestres; les poinçons des caractères typographiques sont presque éternels : il est donc nécessaire que la manière de s'y prendre et d'exceller dans ces ouvrages s'oublie en grande partie.

La gravure des caractères est proprement le secret de l'imprimerie; c'est cet art qu'il a fallu inventer pour pouvoir multiplier les lettres à l'infini, et rendre par là l'imprimerie en état de varier les compositions autant qu'une langue a de mots, ou que l'imagination peut concevoir d'idées, et les hommes inventer de signes d'écriture pour les désigner^

CARAÏBES, ou Caxxicales, sauvages insulaires de l'Amérique, qui possèdent une partie des îles Antilles. Ils sont en général tristes, rêveurs et paresseux, mais d'une bonne constitution, vivant communément un siècle. Ils vont nus; leur teint est olivâtre. Ils n'emmaillottent point leurs enfants, qui, dès l'âge de quatre mois, marchent à quatre pattes, et en prennent l'habitude, au point de courir de cette façon, quand ils sont plus âgés, aussi vite qu'un Européen avec ses deux jambes. Ils ont plusieurs femmes qui ne sont point jalouses les unes des autres, ce que Montaigne regarde comme un miracle dans son chapitre sur ce peuple. Elles accouchent sans peine, et dès le lendemain vaquent à leurs occupations; le mari garde le lit, et fait dièle

1. L'article est complété par la description dos procédés employés pour la fonte des caractères, et tout ce qui s'y rattache, soit 20 pages in-f", c'est-à-dire plus de soixaute-dix des nôtres,

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