CARROSSE
regarde comme une des principales causes de la décadence des lettres, par la facilité qu'elle apporte à la dissipation.
Les carrosses ont eu le sort de toutes les nouvelles inventions qui ne parviennent que successivement à leur perfection. Les premiers qu'on lit ('laicnl ronds et ne tenaient que deux personnes; on leur donna dans la suite plus de capacité, on les lit carrés, et on s'y asseyait quatre personnes ; ils étaient fermés par devant, comme le sont encore ceux de louage. On peut dire qu'il ne manque plus rien aujourd'hui, soit à leur commodité, soit à leur magnificence,- ils sont ornés en dehors de peintures très-finies et garanties par des vernis précieux; ils sont couverts en dedans de velours.
Les parties de menuiserie sont élégamment sculptées; celles du charronnage ont des moulures et des dorures; le serrurier y a étalé tout son savoir faire par l'invention des ressorts doux, pliants et solides; le sellier n'y a rien négligé dans les parties en cuir. On a publié quelques lois somptuaires pour modérer la dépense excessive de ces voitures : il a été défendu d'y employer l'or et l'argent ; mais l'exécution de ces défenses a été négligée.
Quelque grand que fût le nombre des carrosses sous Louis XIV, l'usage en paraissait encore réservé aux grands et aux riches; et ces voitures publiques, qui sont maintenant à la disposition des particuliers, n'étaient point encore établies. Ce fut un nommé Sauvage à qui cette idée se présenta ; son entreprise eut tout le succès possible : il eut bientôt des imitateurs. Sauvage demeurait rue Saint-Martin, à un hôtel appelé Saint-Fiacre; c'est de là qu'est venu le nom de Fiacre, qui est resté depuis et à la voiture et au cocher. En 1650, un nommé Villerme obtint le privilège exclusif de louer à Paris de grandes et de petites carrioles. M. de Givri en obtint un pour les carrosses : il lui fut accordé par lettres -patentes du mois de mai de 1657 de placer dans les carrefours et autres lieux publics des carrosses à l'heure, à la demi-heure, au jour, qui mèneraient jusqu'à quatre à cinq lieues de Paris. L'exemple de M. de Givri encouragea d'autres personnes à demander de pareilles grâces, et l'on eut à Paris un nombre prodigieux de voitures de toute espèce. Les plus en usage aujourd'hui sont les carrosses appelés fiacres, les brouettes, les chaises à porteur, et les voitures pour Saint-