CITOYEN
commandés, mais l'un par un être moral, et l'autre par une personne physique. Le nom de citoyen ne convient ni à ceux qui vivent subjugués, ni à ceux qui vivent isolés; d'où il s'ensuit que ceux qui vivent absolument dans l'état de nature, comme les souverains, et ceux qui ont parfaitement renoncé à cet état, comme les esclaves, ne peuvent point être regardés comme citoyens, à moins que l'on ne prétende qu'il n'y a point de société raisonnable où il n'y ait un être moral, immuable, et au-dessus de la personne physique souveraine. PuiïendorfT, sans égard à cette exception, a divisé son ouvrage Des devoirs en deux parties, l'une des devoirs de l'homme, l'autre des devoirs du citoyen.
Comme les lois des sociétés libres de familles ne sont pas les mêmes partout, et comme il y a dans la plupart de ces sociétés un ordre hiérarchique constitué par des dignités , le citoyen peut encore être considéré, et relativement aux lois de sa société, et relativement au rang qu'il occupe dans l'ordre hiérarchique. Dans le second cas, il y aura quelque différence entre le citoyen magistrat et le citoyen bourgeois; et dans le premier, entre le citoyen d'Amsterdam et celui de Bâle.
Aristote, en admettant les distinctions de sociétés civiles et d'ordre de citoyens dans chaque société, ne reconnaît cependant de vrais citoyens que ceux qui ont part à la judicature, et qui peuvent se promettre de passer de l'éiat de simples bourgeois aux premiers grades de la magistrature ; ce qui ne con\ ient qu'aux démocraties pures. Il faut convenir qu'il n'y a guère que celui qui jouit de ces prérogatives qui soit vraiment homme public; et qu'on n'a aucun caractère distinctif du sujet et du citoyen, sinon que ce dernier doit être homme public, et que le rôle du premier ne peut jamais être que celui de particulier, de quidam.
Puffendorff, en restreignant le nom de citoyen à ceux qui, par une réunion première de familles, ont fondé l'État, et à leurs successeurs de père en fils, introduit une distinction frivole qui répand peu de jour dans son ouvrage, et qui peut jeter beaucoup de trouble dans une société civile, en distinguant les citoyens originaires des naturalisés, par une idée de noblesse mal entendue. Les citoyens, en qualité de citoyens, c'est-à-dire dans leurs sociétés, sont tous également nobles; la noblesse se
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lir.iiit, non des ancôtrcs, mais du droit coininun aux premières difjjiiilés de la magistrature.
L'être moral souverain étant par rapport au citoyen ce que la personne physique despotique est par rapport au sujet, et l'esclave le plus parlait ne IranslV-rant pas tout son être à son souverain ; à plus forte raison le citoyen a-t-il des droits qu'il se réserve, et dont il ne se départ jamais. Il y a des occasions où il se trouve sur la même ligne, je ne dis pas avec ses concitoyens, mais avec l'être moral qui leur commande à tous. Cet être a deux caractères, l'un particulier et l'autre public : celuici ne doit point trouver de résistance ; l'autre peut en éprouver de la part des particuliers, et succomber même dans la contestation. Puisque cet être moral a des domaines, des engagements, des fermes, des fermiers, etc., il faut, pour ainsi dire, distinguer en lui le souverain et le sujet de la souveraineté. Il est dans ces occasions juge et partie. C'est un inconvénient sans doute; mais il est de tout gouvernement en général, et il ne prouve pour ou contre que par sa rareté ou par sa fréquence, et non par lui-même. Il est certain que les sujets ou citoyens seront d'autant moins exposés aux injustices que l'être souverain, physique ou moral, sera plus rarement juge et partie dans les occasions où il sera attaqué comme particulier.
Dans les temps de troubles, le citoyen s'attachera au parti qui est pour le système établi; dans les dissolutions de systèmes, il suivra le parti de sa cité, s'il est unanime; et s'il y a division dans la cité, il embrassera celui qui sera pour l'égalité des membres et la liberté de tous.
Plus les citoyens approcheront de l'égalité de prétentions et de fortunes, plus l'État sera tranquille : cet avantage paraît être de la démocratie pure, exclusivement à tout autre gouvernement; mais dans la démocratie, même la plus parfaite, l'entière égalité entre les membres est une chose chimérique, et c'est peut-être là le principe de dissolution de ce gouvernement, à moins qu'on n'y remédie par toutes les injustices de l'ostracisme. 11 en est d'un gouvernement en général ainsi que de la vie animale : chaque pas de la vie est un pas vers la mort. Le meilleur gouvernement n'est pas celui qui est immortel, mais celui qui dure le plus longtemps et le plus tranquillement.
CLARTÉ, s. f. [Gram.) Au simple, c'est l'action de la lumière XIV. 13