‹ Dictionnaire encyclopédiqueChapitre 43 sur 98 · CLOCHE · texte numérisé non relu

CLOCHE

nieii qui succéda à saiiU Crôgoirc ; mais ils se trompent; on ne peut revendiquer pour le pap(; SaJjinien et saint Paulin que d'en avoir introduit l'usage dans l'Kglise, soit pour appeler le peuple aux offices divins, soil pour distinguer les heures canoniales. Cet usage passa dans les églises d'Orient ; mais il n'y devint jamais fort commun, et il y cessa presque entièrement après la prise de Constantinople par les Turcs, qui l'abolirent, sous le prétexte que le bruit des cloches troublait le repos des âmes qui erraient dans l'air, mais par la crainte qu'il ne fût à ceux qu'ils avaient subjugués un signal en cas de révolte; cependant il continua au mont Âthos et dans quelques lieux écartés de la Grèce. Ailleurs, on suppléa aux cloches par un ais appelé symandre et par des maillets de bois, ou par une plaque de fer appelé le fer sacré, a.'^iov ai'-^/ipov, qu'on frappait avec des marteaux.

Il en est de la fonderie des grosses cloches ainsi que de la fonderie des canons, de l'art d'imprimer, de l'invention des horloges à roues ou à soleil, de la boussole, des lunettes d'approche, du verre, et de beaucoup d'autres arts, dus au hasard ou à des hommes obscurs ; on n'a que des conjectures sur l'origine des uns, et on ne sait rien du tout sur l'origine des autres, entre lesquels on peut mettre la fonderie des grosses cloches. On croit que l'usage dans nos églises n'en est pas antérieur au vi^ siècle : il y était établi en 61 0 ; mais le fait qui le prouve, savoir la dispersion de l'armée de Clotaire au bruit des doches de Sens, que Loup, évêque d'Orléans, fit sonner, prouve aussi que les oreilles n'étaient pas encore faites à ce bruit.

L'Église, qui veut que tout ce qui a quelque part au culte du souverain Être soit consacré par des cérémonies, bénit les doches nouvelles; et comme ces doches sont présentées à l'église ainsi que les enfants nouveau-nés, qu'elles ont parrains et marraines, et qu'on leur impose des noms, on a donné le nom de baptême à cette bénédiction.

Le baptême des cloches dont il est parlé dans Alcuin, disciple de Bède et précepteur de Gharlemagne, comme d'un usage antérieur à l'année 770, se célèbre de la manière suivante, selon le pontifical romain. Le prêtre prie; après quelques prières , il dit : Que cette cloche soit sanctifiée et consacrée, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit : il prie encore ; il

196 COMMILITON.

lave la cloche en dedans et en dehors avec de l'eau bénite ; il fait dessus sept croix avec l'huile des malades, et quatre dedans avec le chrême; il l'encense, et il la nomme. Ceux qui seront curieux de tout le détail de cette cérémonie le trouveront dans les Ch'î'munies religieuses de M. l'abbé Bannier.

Après cet historique que nous avons rendu le plus court qu'il nous a été possible, nous allons passer à des choses plus importantes, auxquelles nous donnerons toute l'étendue qu'elles méritent. C'est la fonte des cloches

COMËDlExN, s. m. Si l'on considère le but de nos spectacles, et les talents nécessaires dans celui qui sait y faire un rôle avec succès, l'état de comédien prendra nécessairement dans tout bon esprit le degré de considération qui lui est dû. Il s'agit maintenant, sur notre théâtre français particulièrement, d'exciter à la vertu, d'inspirer l'horreur du vice, et d'exposer les ridicules : ceux qui l'occupent sont les organes des premiers génies et des hommes les plus célèbres de la nation. Corneille, Racine, Molière, Regnard, M. de Voltaire, etc.; leur fonction exige, pour y exceller, de la figure, de la dignité, de la voix, de la mémoire, du geste, de la sensibilité, de l'intelligence, de la connaissance même des mœurs et des caractères, en un mot, un grand nombre de qualités que la nature réunit si rarement dans une même personne, qu'on compte plus de grands auteurs que de grands comédiens.

COMMENTATEURS, s. m. pi. Gens très-utiles dans la république des lettres, s'ils y faisaient bien leur métier, qui est d'expliquer les endroits obscurs des auteurs anciens, et de ne pas obscurcir les endroits clairs par un fatras de verbiage.

COMMETTRE {Gram.) a plusieurs significations; il est synonyme à faire ^ il marque seulement plus de mauvaise intention : je dis mauvaise^ parce qu'alors il ne se prend qu'en mauvaise part ; au lieu que faire se prend en bonne et en mauvaise ; on dit: faire une bonne action, faire une mauvaise action; mais on ne dit point commettre une bonne action, exemple : quelle action avez-vous commise!

COMMILITOiN, s. m. [Hist. anc), soldat d'une même centurie. Les généraux s'en servaient volontiers ; il revient à notre camarade. Quand ils voulaient ôter à ce mot l'air de familiarité, et lui faire prendre un caractère de dignité, d'honneur et de reli-

p;ion, ils y ajoutaient l'cpithèlo de sarnitus, qui rappelait au soldat son serment. (ïeux qui auront jetù les yeux sur l'ouvrage original que M. le maréchal de Saxe a laissé sous le titre de Mes rêveries, sentiront toute l'importance de ces ressources si petites en apparence.

COMPENDIUM, s. m. (Philos.), terme à l'usage des écoles de philosophie; il désigne un abrégé des principales matières contenues dans la logique. On commence par là, afin de faciliter l'étude même de la logique aux écoliers qui s'instruisent dans cet abrégé des mots qui sont le plus en usage dans cette partie de la philosophie, et qu'on y exerce à la manière de raisonner syllogistique sur plusieurs questions qui pourraient être mieux choisies et plus intéressantes.

COMPLIQUÉ, adj. [Gram.]. Il se dit en général de tout ce qui contient un grand nombre de rapports, qu'il est difficile d'embrasser et de concevoir distinctement. Il y a cette différence entre une affaire délicate et une affaire compliquée, que les rapports de la première peuvent être en petit nombre, au lieu que ceux de la seconde sont nécessairement en grand nombre.

COMPOSITION {en peinture). C'est la partie de cet art qui consiste à représenter sur la toile un sujet quel qu'il soit, de la manière la plus avantageuse. Elle suppose 1° qu'on connaît bien, ou dans la nature, ou dans l'histoire, ou dans l'imagination, tout ce qui appartient au sujet; 2° qu'on a reçu le génie qui fait employer toutes ces données avec le goût convenable; qu'on tient de l'étude et de l'habitude au travail le manuel de l'art, sans lequel les autres qualités restent sans effet.

Un tableau bien composé est un tout renfermé sous un seul point de vue, où les parties concourent à un même but, et forment , par leur correspondance mutuelle, un ensemble aussi réel que celui des membres dans un corps animal ; en sorte qu'un morceau de peinture fait d'un grand nombre de figures jetées au hasard, sans proportion, sans intelligence et sans unité, ne mérite non plus le nom d'une véritable co)77position que des études éparses de jambes, de nez, d'yeux, sur un même carton, ne méritent celui de portrait, ou même de figure humaine.

D'où il s'ensuit que le peintre est assujetti dans sa composition aux mêmes lois que le poëte dans la sienne ; et que

l'observation des trois unités, d'action, de lieu, et de temps, n'est pas moins essentielle dans la peinture historique que dans la poésie dramatique.

Mais les lois de la composition étant un peu plus vagues dans les autres peintures que dans l'historique, c'est à celle-ci surtout que nous nous attacherons, observant seulement de répandre dans le cours de cet article les règles communes à la représentation de tous les sujets, historiques, naturels ou poétiques.

De V imite de temps en peinture. La loi de cette unité est beaucoup plus sévère encore pour le peintre que pour le poëte : on accorde vingt-quatre heures à celui-ci, c'est-à-dire qu'il peut, sans pécher contre la vraisemblance, rassembler dans l'intervalle de trois heures que dure ime représentation tous les événements qui ont pu se succéder naturellement dans l'espace d'un jour. Mais le peintre n'a qu'un instant presque indivisible; c'est à cet instant que tous les mouvements de sa composition doivent se rapporter : entre ces mouvements, si j'en remarque quelques-uns qui soient de l'instant qui précède ou de l'instant qui suit, la loi de l'unité de temps est enfreinte. Dans le moment où Calchas lève le couteau sur le sein d'Iphigénie, l'horreur, la compassion, la douleur, doivent se montrer au plus haut degré sur les visages des assistants ; Clytemnestre, furieuse, s'élancera vers l'autel, et s'efforcera, malgré les bras des soldats qui la retiendront, de saisir la main de Calchas, et de s'opposer entre sa fille et lui ; Agamemnon aura la tête couverte de son manteau, etc.

On peut distinguer dans chaque action une multitude d'instants différents, entre lesquels il y aurait de la maladresse à ne pas choisir le plus intéressant; c'est, selon la nature du sujet, ou l'instant le plus pathétique, ou le plus gai ou le plus comique; à moins que des lois particulières cà la peinture n'en ordonnent autrement; que l'on ne regagne du côté de l'effet des couleurs, des ombres et des lumières, de la disposition générale des figures, ce que l'on perd du côté du choix de l'instant et des circonstances propres à l'action ; ou qu'on ne croie devoir soumettre son goût et son génie à une certaine puérilité nationale, qu'on n'honore que trop souvent du nom de délicatesse de goût. Combien cette délicatesse, qui ne permet point au

Page 1