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CRÉDIT

COUVERT, A Couvert, a l'Abri. [Gram.) A couvert présente l'idée d'un voile qui dérobe; à Vabri^ l'idée d'un rempart qui défend. On se met à couvert du soleil et à l'abri du mauvais temps. On a beau s'enfoncer dans l'obscurité, rien ne met à couvert des poursuites de la méchanceté, rien ne met à l'abri des traits de l'envie.

CRAPULE, s. f. {Morale.) Débauche habituelle ou des femmes ou du vin. C'est le terme auquel aboutissent presque nécessairement ceux qui ont eu de bonne heure l'un de ces deux goûts dans un degré violent, et qui s'y sont livrés sans contrainte, la force de la passion augmentant à mesure que l'âge avance, et que la force de l'esprit diminue. Un homme crapuleux est un homme dominé par son habitude plus impérieusement encore que l'animal par l'instinct et les sens. Le terme de crapule ne -s'appliquait qu'à la débauche du vin ; on l'a étendu à toute débauche habituelle et excessive. La crapule est l'opposé de la volupté; la volupté suppose beaucoup de choix dans les objets, et même de la modération dans la jouissance ; la débauche suppose le même choix dans les objets, mais nulle modération dans la jouissance. La crapule exclut l'un et l'autre.

CRATÈRE [Hist. anc. et mod.). On donne ce nom à certains vaisseaux des anciens. Il y a des cratères d'une inimité d'espèces différentes : on trouve sur ces vaisseaux des bas-reliefs de la plus grande beauté; ils sont d'ailleurs de formes très-commodes et très-élégantes. Comment eût-il été possible qu'ils passassent de mode? Il n'y a que les choses qui n'ont aucun modèle dans la nature dont il soit possible de se dégoûter. On ne buvait point dans les cratères^ mais on y mettait le vin et l'eau dont on devait se servir. La Sorbonne et le cardinal Lemoine ont encore aujourd'hui des cratères; ce sont de grandes coupes en écuelle à bords rabattus et sans oreilles.

CRÉDIT, s. m. [Morale.) Le crédit d'un homme auprès d'un autre, dit M. Duclos dans ses Considérations sur les mœurs, marque quelque infériorité dans le premier. On ne dit point le crédit d'un souverain, à moins qu'on ne le considère relativement à d'autres souverains, dont la réunion forme à son égard de la supériorité. Un prince aura d'autant moins de crédit parmi les autres, qu'il sera plus puissant et moins équitable ; mais l'équité peut contre-balancer la puissance, et je ne suis pas éloigné de

CMKDlILITl';. 2/|l

croire que cot(o vcrlii iio soii |):ii- conséquent aussi essentielle à un souverain, surtout s'il est puissant parmi les autres souverains, qu'à un commerçant dans la socicHr. I\ien ne ferait plus d'honneur à un grand que le cn'dit qu'il accorderait à un honnête homme, parce que le crhlil étant une relation fondée ou sur l'estime ou sur l'inclination, ces sentiments marqueraient du la conformité, soit dans l'esprit, soit dans le co'ur. Voyez le chapitre du CuKoir dans l'ouvrage que nous citons; si vous ètr-s un grand, vous y apprendrez à bien choisir ceux à qui vous pourrez accorder du crêdil ; si vous êtes un subalterne en faveur, vous y apprendrez à faire un usage convenable du crhlil que vous avez. CRÉDIILITK, s. f., est une faiblesse d'esprit par laquelle on est porté à donner son assentiment, soit à des propositions, soit à des faits, avant que d'en avoir pesé les preuves. Il ne faut pas confondre l'impiété, l'incrédulité et l'inconviction , comme il arrive tous les jours à des écrivains aussi étrangers dans notre langue que dans la philosophie. L"impie parle avec mépris de ce qu'il croit au fond de son cœur. L'incrédule nie, sur une première vue de son esprit, la vérité de ce qu'il n'a point examiné et de ce qu'il ne veut point se donner la peine d'examiner sérieusement; parce que, frappé de l'absurdité apparente des choses qu'on lui assure, il ne les juge pas dignes d'un examen réHéchi. L'inconvaincu a examiné; et sur la comparaison de la chose et des preuves il a cru voir que la certitude qui résultait des preuves que la chose était comme on la lui disait ne contrebalançait pas le penchant qu'il avait à croire, soit sur les circonstances de la chose même, soit sur des expériences réitérées, ou qu'elle n'était point du tout, ou qu'elle était autrement qu'on ne la lui racontait. 11 ne peut y avoir de doute que sur une chose possible; et l'on est d'autant moins porté à croire le passage du possible à l'existant, que les preuves de ce passage sont plus faibles, que les circonstances en sont plus extraordinaires, et que l'on a un plus grand nombre d'expériences que ce passage s'est trouvé faux, ou dans des cas semblables, ou même dans des cas moins extraordinaires ; en sorte que si les cas où une pareille chose s'est trouvée fausse sont aux cas où elle s'est trouvée vraie comme cent mille est à un, et que ce rapport soit seulement doublé par la combinaison des circonstances de la chose considérée en elle-même, sans aucun é^ard

2/i2 CROIRE.

à l'expérience, il faudra que les preuves du passage du possible à l'existant soient équivalentes à 1,999 au moins. Celui qui aura fait ce calcul, dans la supposition dont il s'agit, et trouvé la valeur de la probabilité égale à 1,999, ou moindre que cette quantité, sera un inconvaincu de bonne foi. Celui qui n'aura point fait le calcul, mais qui l'aura présumé tel en eiïot qu'il est et qu'il doit être, par l'habitude d'un esprit exercé à discerner la vérité, sans entrer dans la discussion scrupuleuse des preuves, sera nécessairement un incrédule; l'impie aura dans la bouche le discours de l'incrédule, et dans l'esprit une présomption contraire : ainsi, l'inconviction est éclairée par la méditation, l'incrédulité par le sentiment, et l'impiété s'étourdit elle-même; r inconvaincu mérite d'être instruit, l'incrédule d'être exhorté, l'impie seul est sans excuse. L'impiété ne répugne point à la crédulité. Un idolâtre qui croit en son idole, et qui la brise quand il n'en est pas exaucé, est un impie ; un catholique qui approche de la sainte table sans reconnaître en lui-même les dispositions nécessaires est un impie ; un mahon>étan aux yeux duquel les différents articles de sa croyance sont autant de rêveries qui ne sont pas dignes d'occuper sa réflexion est un incrédule; le protestant qui, sur un examen impartial, parvient à se former des doutes graves sur la préférence qu'il donne à sa secte est un inconvaincu. Au reste, comme il s'agit ici de questions morales, il pourrait bien arriver que, quoiqu'il y eût deux mille à parier contre un que telle chose est, cependant elle ne fût pas. L'inconvaincu peut donc supposer raisonnablement la vérité où elle n'est pas : il est encore bien plus facile à l'incrédule de s'y tromper. Mais il ne s'agit point de ce qui est ou de ce qui n'est pas, il est question de ce qui nous paraît. C'est avec nous-mêmes qu'il importe de nous acquitter; et quand nous serons de bonne foi, la vérité ne nous échappera pas. Il y a le même danger à tout rejeter et à tout admettre indistinctement ; c'est le cas de la crédulité, le vice le plus favorable au mensonge.

CROIRE, V. act. et neut. [Métuphyx.), c'est être persuadé de la vérité d'un fait ou d'une proposition, ou parce qu'on ne s'est pas donné la peine de l'examen, ou parce qu'on a mal examiné, ou parce qu'on a bien examiné. 11 n'y a guère que le dernier cas dans lequel l'assentiment puisse être ferme et satisfaisant.

Il est iuissi rafo ([iic dilïicile d'être content de soi, I()r.s(|ii'(jn n'a fait aucun usage de sa raison, ou lorsque l'usage (ju'on en a fait est mauvais. Celui (\m croit sans avoir aucune raison de croire, eût-il rencontré la vérité, se sent toujours coupable d'avoir négligé la prérogative la plus importante de sa nature, et il n'est pas possible qu'il imagine qu'un heureux hasard pallie l'irrégularité de sa conduite, (lelui qui se trompe, après avoir employé lesfacultés de son àni(,' dans toute leur étendue, se rend c\ lui-même le témoignagt; d'avoir rempli son devoir de créature raisonnable; cl il serait aussi condamnable de croire sans examen, qu'il le serait de ne pas croire une vérité évidente ou clairement prouvée. On aura donc bien réglé son assentiment, et on l'aura placé comme on doit, lorsqu'en quelques cas et sur quelque matière que ce soit, on aura écouté la voix de sa conscience et de sa raison. Si on eût agi autrement, on eût péché contre ses propres lumières et abusé de facultés qui ne nous ont été données pour aucune autre fin que pour suivre la plus grande probabilité : on ne peut contester ces principes, sans détruire la raison et jeter l'homme dans des perplexités fâcheuses. Voyez Crédulité.

CROISADES, s. f. {flisl. mod. et ecdésiast.), guerres entreprises par les chrétiens, soit pour le recouvrement des lieux saints, soit pour l'extirpation de l'hérésie et du paganisme.

Croisades entreprises pour la conquête des lieux saints. Les fréquents pèlerinages que les chrétiens firent à la Terre-Sainte, aprèsqu'on eut retrouvé la croix sur laquelle le Fils de V homme était mort, donnèrent lieu à ces guerres sanglantes. Les pèlerins, témoins de la dure servitude sous laquelle gémissaient leurs frères d'Orient, ne manquaient pas d'en faire à leur retour de tristes peintures, et de reprocher aux peuples d'Occident la lâcheté avec laquelle ils laissaient les lieux arrosés du sang de Jésus-Christ en la puissance des ennemis de son culte et de son nom.

On traita longtemps les déclamations de ces bonnes gens avec l'indifférence qu'elles méritaient, et l'on était bien éloigné de croire qu'il viendrait jamais des temps de ténèbres assez profondes, et d'un étourdissement assez grand dans les peuples et dans les souverains sur leurs vrais intérêts, pour entraîner une partie du monde dans une malheureuse petite contrée, afin

2'Ah CROISADES.

d'en égorger les habitants et de s'emparer d'une pointe de rocher qui ne valait pas une goutte de sang, qu'ils pouvaient vénérer en esprit de loin comme de près, et dont la possession était si étrangère à l'honneur de la religion.

Cependant ce temps arriva, et le vertige passa de la tête échauffée d'un pèlerin dans celle d'un pontife ambitieux et politique, et de celle-ci dans toutes les autres. Il est vrai que cet événement extraordinaire fut préparé par plusieurs circonstances, entre lesquelles on peut compter l'intérêt des papes et de plusieurs souverains de l'Europe ; la haine des chrétiens pour les musulmans, l'ignorance des laïques, l'autorité des ecclésiastiques, l'avidité des moines, une passion désordonnée pour les armes, et surtout la nécessité d'une diversion qui suspendît des troubles intestins qui duraient depuis longtemps. Les laïques chargés de crimes crurent qu'ils s'en laveraient en se baignant dans le sang infidèle. Ceux que leur état obligeait par devoir à les désabuser de cette erreur les y confirmaient, les uns par imbécillité et faux zèle, les autres par une politique intéressée ; et tous conspirèrent à venger un ermite picard des avanies qu'il avait essuyées en Asie, et dont il rapportait en Europe le ressentiment le plus vif.

L'ermite Pierre s'adresse au pape Urbain II ; il court les provinces et les remplit de son enthousiasme. La guerre contre les infidèles est proposée dans le concile de Plaisance, et prêchée dans celui de Clermont. Les seigneurs se défont de leurs terres; les moines s'en emparent ; l'indulgence tient lieu de solde : on s'arme, on se croise, et l'on part pour la Terre-Sainte.

La croisade, dit M. Fleury, servait de prétexte. aux gens obérés pour ne point payer leurs dettes; aux malfaiteurs, pour éviter la punition de leurs crimes ; aux ecclésiastiques indisciplinés, pour secouer le joug de leur état; aux moines indociles, pourquitter leurs cloîtres; aux femmes perdues, pour continuer plus librement leurs désordres. Qu'on estime par là quelle devait être la multitude des croisés!

Le rendez-vous est à Gonstantinople. L'ermite Pierre, en sandales et ceint d'une corde, marche à la tête de quatre-vingt mille brigands; car comment leur donner un autre nom, quand on se rappelle les horreurs auxquelles ils s'abandonnèrent sur leur route? Ils volent, massacrent, pillent et brûlent. Les peuples

se soulèvent contre cii\. (Icltc croix rouge qu'ils avaient prise comme l;i Miar(|ii(! de, leur |)ir(é devient pour les nations qu'ils traversent le signal de s'armer et de courir sur eux. ils sont exterminés; et de cette foule il ne reste que vingt mille hommes au plus([iii arrivent devant Constantinople à la suite de l'ermite.

Une autre troupe, qu'un prédicateur allemand, appelé Godescal, traînait après lui, coupable des mêmes excès, subit le même sort. Une troisième horde, composée de plus de deux cent mille personnes, tant femmes que prêtres, paysans, écoliers, s'avance sur les pas de Pierre et de Godescal ; mais la fureur de ces derniers tomba particulièrement sur les Juifs. Ils en massacrèrent tout autant qu'ils en rencontrèrent; ils croyaient, ces insensés et ces impies, venger dignement la mort de Jésus-Christ en égorgeant les petits-fils de ceux qui l'avaient crucifié. La Hongrie fut le tombeau commun de tous ces assassins. Pierre renforça ses croisés de quelques autres vagabonds italiens et allemands, qu'il trouva devant Constantinople. Alexis Gomnène se hâta de transporter ces enthousiastes dangereux au delà du Bosphore. Soliman, soudan de Nicée, tomba sur eux, et le fer extermina en Asie ce qui était échappé à l'indignation des Bulgares et des Hongrois, et à l'artifice des Grecs.

Les croisés que Godefroy de Bouillon commandait furent plus heureux; ils étaient au nombre de soixante-dix mille hommes de pied et de dix mille hommes de cheval. Us traversèrent la Hongrie. Cependant Hugues, frère de Philippe P'', roi de France, marche par l'Italie avec d'autres croisés; Robert, duc de Normandie, fils aîné de Guillaume le Conquérant, est parti; le vieux Raymond, comte de Toulouse, passe les Alpes à la tête de dix mille hommes, et le Normand Boemond, mécontent de sa fortune en Europe, en va chercher en Asie une plus digne de son courage.

Lorsque cette multitude fut arrivée dans l'Asie Mineure, on en fit la revue près de Nicée; et il se trouva cent mille cavaliers et six cent mille fantassins. On prit Nicée. Soliman fut battu deux fois. Un corps de vingt mille hommes de pied et de quinze mille cavaliers assiégea Jérusalem et s'en empara d'assaut. Tout ce qui n'était pas chrétien fut impitoyablement égorgé ; et dans un assez court intervalle de temps, les chrétiens eurent quatre

établissements au milieu des infidèles :à Jérusalem, à An tioche, à Édesse et à Tripoli.

Boemond posséda le pays d'Anlioche. Baudouin, frère de Godefroy, alla jusqu'en Mésopotamie s'emparer de la ville d'Édesse; Godefroy commanda dans Jérusalem, et le jeune Bertrand, fils du comte de Toulouse, s'établit dans Tripoli.

Hugues, frère de Philippe Ps de retour en France avant la prise de Jérusalem, repassa en Asie avec une nouvelle multitude mêlée d'Allemands et d'Italiens; elle était de trois cent mille hommes. Soliman en défit une partie; l'autre périt aux environs de Constantinople , avant que d'entrer en Asie; Hugues y mourut presque abandonné.

Baudouin régna dans Jérusalem après Godefroy; mais Édesse, qu'il avait quittée, ne tarda pas à être reprise, et Jérusalem, où il commandait, à être menacée.

Tel était l'état faible et divisé des chrétiens en Orient, lorsque le pape Eugène III proposa une autre croisade. Saint Bernard, son maître, la prêcha à Vezelay en Bourgogne, où l'on vit sur le même échafaud un moine et un souverain exhortant alternativement les peuples à cette expédition. Soixante-dix mille Français se croisèrent sous Louis le Jeune; soixante-dix mille Allemands se croisèrent peu de temps après sous l'empereur Conrad III, et les historiens évaluent cette émigration à trois cent mille hommes. Le fameux Frédéric Barberousse suivait sononcle Conrad. Ils arrivent : ils sont défaits. L'empereur retourna presque seul en Allemagne; et le roi de France revint avec sa femme, qu'il répudia bientôt après pour sa conduite pendant le voyage. La principauté d'Antioche subsistait toujours. Amaury avait succédé dans Jérusalem à Baudouin, et Guy de Lusignan à ce dernier. Lusignan marche contre Saladin, qui s'avançait vers Jérusalem dans le dessein de l'assiéger. Il est vaincu et fait prisonnier. Saladin entra dans Jérusalem; mais il en usa avec les habitants de cette ville de la manière la plus honteuse pour les chrétiens, à qui il sut bien reprocher la barbarie de leurs pères. Lusignan ne sortit de ses fers qu'au bout d'un an.

Outre la principauté d'Antioche, les chrétiens d'Orient avaient conservé au milieu de ces désastres Joppé, Tyr et Tripoli. Ce fut alors que le pape Clément III remua la France, l'Angleterre et l'Allemagne en leur faveur. Philippe-Auguste régnait en

cnoisADKs. 247

France, ITonri II en /\Mfi;l('(('rr(!, vX l'i-rdc-ric HarlxTousse en Allcinagnc. I.cs rois de France el il'Aiiglelerre cessèrent de tourner leurs armes l'un contre l'autre pour les porter en Asie; et l'empereur partit à la ttite de cent cinfjuantc mille hommes. 11 vain- (|uit IcsGrecs et les Musulnjans. Des commencements si heureux présageaient pour la suite les i)ius grands succès, lorsque liarberousse mourut. Son armée, réduite àsept à huit mille hommes, alla vers Antioclie, sous la conduite du duc de Sonabe son fds, se joindre à celle de Lusignan. Ce jeune ])rince mourut peu de temps après devant Ptolémaïs, et il ne resta pas le moindre vestige des cent cinquante mille honmies que son père avait amenés. L'Asie Mineure était un goullre où l'Europe entière venait se précipiter; des flottes d'Anglais, de Français, d'Italiens, d'Allemands, qui avaient précédé l'arrivée de Philippe-Auguste et de Richard Cœur-de-Lion, n'avaient fait que s'y montrer et disparaître.

Les rois de France et d'Angleterre arrivèrent enfin devant Ptolémaïs. Presque toutes les forces des chrétiens de l'Orient s'étaient rassemblées devant cette place. Files formaient une armée de trois cent mille combattants. On prend Ptolémaïs. Cette conquête ouvre le chemin à de plus importantes; mais Philippe et Richard se divisent : Philippe revient en France; Richard est battu; ce dernier s'en retourne sur un seul vaisseau, et il est fait prisonnier en repassant par l'Allemagne.

Telle était la fureur des peuples d'Europe, qu'ils n'étaient ni éclairés ni découragés par ces désastres. Baudouin, comte de Flandre, rassemble quatre mille chevaliers, neuf mille écuyers et vingt mille hommes de pied; ces nouveaux croisés sont transportés sur les vaisseaux des Vénitiens. Ils commencent leur expédition par une irruption contre les chrétiens de la Dalmatie ; le pape Innocent III les excommunie. Ils arrivent devant Gonstantinople, qu'ils prennent et saccagent sous un faux prétexte. Baudouin fut élu empereur; les autres alliés se dispersèrent dans la Grèce et se la partagèrent; les Vénitiens s'emparèrent du Péloponnèse, de l'île de Candie et de plusieurs places des côtes de la Phrygie ; et il ne passa en Asie que ceux qui ne purent se faire des établissements sans aller jusque-là. Le règne de Baudouin ne fut pas de longue durée.

Un moine breton, nommé Erloin, entraîna une multitude

de ses compatriotes. Une reine de Hongrie se croisa avec quelques-unes de ses femmes. Elle mourut à Ptolémaïs d'une maladie épidémique, qui emporta des milliers d'enfants conduits dans ces contrées par des religieux et des maîtres d'école. Il n'y a jamais eu d'exemple d'une frénésie aussi constante et aussi générale.

11 ne restait aux chrétiens d'Orient rien de plus considérable que l'état d'Antioche. Le royaume de Jérusalem n'était qu'un vain nom dont Émery de Lusignan était décoré, et que Philippe-Auguste transféra à la mort d'Emery à un cadet sans ressource de la maison de Brienne en Champagne. Ce monarque titulaire s'associa quelques chevaliers. Celte troupe, quelques Bretons , des princes allemands avec leur cortège , un duc d'Autriche avec sa suite, un roi de Hongrie qui commandait d'assez bonnes troupes, les templiers, les chevaliers de Saint- Jean, les évéques de Munster et d'Utrecht, se réunirent; et il y avait là beaucoup plus de bras qu'il n'en fallait pour former quelque grande entreprise; mais malheureusement point de tête. André, roi de Hongrie, se retira; un comte de Hollande lui succéda avec le titre de connétable des croisés. Une foule de chevaliers commandés par un légat accompagné de l'archevêque de Bordeaux, des évêques de Paris, d'Angers, d'Autun et de Beauvais, suivis par des corps de troupes considérables; quatre mille Anglais, autant d'Italiens, achevèrent de fortifier l'armée de Jean de Brienne; et ce chef, parti presque seul de France, se trouva devant Ptolémaïs à la tête de cent mille hommes.

Ces croisés méditent la conquête de l'Egypte, assiègent Damiette, et la prennent au bout de deux ans. Mais l'ambition mal entendue du légat, plus propre à bénir les armes qu'à les commander, fait échouer ces faibles succès. Damiette est rendue, et les croisés faits prisonniers de guerre sont renvoyés en Phrygie, excepté Jean de Brienne, que Meledin garda en otage.

Jean de Brienne, sorti d'otage, donna sa fille à l'empereur Frédéric II avec ses droits au royaume de Jérusalem. Le politique habile, pressé par le pape Grégoire IX, que sa présence inquiétait en Europe, de passer en Asie, négocie avec le pape et le sultan Meledin ; s'en va plutôt avec un cortège qu'une armée prendre possession de Jérusalem, de Nazareth et de quelques

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