DIEUX
Les premiers faux dieux qu'on ait adorés sont les astres, le ciel, le soleil, la lune, à cause de la chaleur et de la lumière que les hommes en reçoivent ; ensuite la terl'e, qui fournit les fruits qui servent à la nourriture des hommes et des animaux : le feu aussi bien que l'eau devinrent aussi l'objet du culte des hommes à cause des avantages qu'on en reçoit.
Dans la suite ces dieux se sont multipliés à l'infini par le caprice de leurs adorateurs, et il n'y a presque aucune chose qui n'ait été déifiée, sans en excepter celles qui sont inutiles ou nuisibles.
Pour autoriser le crime et justifier la débauche, on fit des dieux criminels et débauchés, des dieux injustes et violents, des dieux avares et voleurs, des dieux ivrognes, des dieux impudiques, des dieux cruels et sanguinaires.
Les principaux dieux, que les Romains appelaient diimajorum gentiujn, et Cicéron dieux eélestes, Varron dieux choisis, Ovide nobiles deos, d'autres consentes deos , étaient Jupiter, Junon, Vesta, Minerve, Gérés, Diane, Vénus, Mars, Mercure, Neptune, Vulcain, Apollon.
Jupiter était le dieu du ciel, Neptune le dieu de la mer, Mars le dieu de la guerre, Apollon celui de l'éloquence, de la poésie et de la médecine. Mercure celui des voleurs, Bacchus celui du vin, Cupidon celui de l'amour, etc.
On mettait aussi au rang des demi-dieux , qu'on appelait encove semi-dii, dii minorum gentiutn, indigestes^ les héros et les hommes qu'on avait déifiés. Les grands dieux possédaient le ciel comme une chose qui leur appartenait de droit, et ceuxci comme une récompense de la manière extraordinaire dont ils avaient vécu sur la terre.
Il serait trop long de nommer ici tous les dieux du paganisme : on en peut trouver le détail dans le Dictionnaire de Trévoux, qui en rapporte la plus grande partie comme extraite du livre d'Isaac Yossius, intitulé De origine et progressu idolatriœ. Il n'y a point d'excès ou les hommes ne se soient portés à cet égard : non contents d'avoir divinisé la vertu, ils avaient fait le même honneur au vice. Tout était dieu, dit Bossuet, excepté Dieu même.
On reconnaissait pour dieux la santé, la fièvre, la peur, l'amour, la douleur, l'indignation, la pudeur, l'impudence, la
DlSl'AUlTi;. 285
fiin'iir, la joie, l'opinion, la rt'noiiiiiK'e, la prudence, la science, l'ail, la liciclitt', la frliciU', la caloiniiic, la liberh'*, la monnaie, la giicii-c, la paix, la victoire, le Irioinplie, etc.
Mais ce qui déshonore l'hunianité est de voir un dieu Sterculus, parce que le premier il avait enseigné à fumer les champs : la pâleur et la crainte, pallor et pavor, mis au rang des dieux, comme il y a eu les déesses Caca, Cloacina et Muta ; et Lactance, en son Liv. i", a eu raison de faire honte aux païens des ces ridicules divinités.
Enfin, la nature et !e monde tout entier a passé pour un dieu.
DISCRÉTION, s. f. {Morale.}. Le substantif dincrêlion me paraît avoir une toute autre acception que l'adjectif discret. Discret ne se dit que de l'art de conserver au dedans de soimême les choses dont il est à propos de se taire ; discrétion ne s'entend guère que de la tempérance dans le discours et dans les actions : la vue de l'esprit ne se porte plus sur l'idée de secret. Il semble que la discrétion marque la qualité des actions de l'homme prudent et modéré. La modération et la prudence sont dans l'âme ; la discrétion est dans les actions.
DISERT, adj. {Gram. et Belles-Lett.), épithète que l'on donne à celui qui a le discours facile, clair, pur, élégant, mais faible. Supposez à l'homme disert du nerf dans l'expression et de l'élévation dans les pensées, vous en ferez un homme éloquent. D'où l'on voit que notre disert n'est point synonyme au disertus des Latins; car ils disaient peclus est quod disertum facit, que nous traduisons en français par c'est l'âme qui rend éloquent, et non pas c'est l'âme qui rend l'homme disert.
DISPARATE, s. f. C'est le vice contraire à la qualité que nous désignons par le mot d'unité. Il peut y avoir des disparates entre les expressions, entre les phrases, entre les pensées, entre les actions, etc. ; en un mot, il n'y a aucun être composé, soit physique, soit moral, que nous puissions considérer comme un tout, entre les défauts duquel nous ne puissions aussi remarquer des disparates. Il y a beaucoup de différence entre les inégalités et les disparates. Il est impossible qu'il y ait des disparates sans inégalités ; mais il peut y avoir des inégalités sans disparates.
DISPARITÉ, Inégalité, Différence [Gram. Synon.). termes
28/i DISTINCTION.
relatifs à ce qui nous fait distinguer de la supériorité ou de l'infériorité entre des êtres que nous comparons. Le terme différence s'étend à tout ce qui les distingue ; c'est un genre dont V inégalité et la disparité sont des espèces ; V inégalité semble marquer la différence en quantité, et la disparité la différence en qualité.
DISSERTATIOiX, s. f., ouvrage sur quelque point particulier d'une science ou d'un art. La dissertation est ordinairement moins longue que le traité. D'ailleurs le traité renferme toutes les questions générales et particulières de son objet ; au lieu que la dissertation n'en comprend que quelques questions générales ou particulières. Ainsi un traité d'arithmétique est composé de tout ce qui appartient à l'arithmétique: une dissertation sur l'arithmétique n'envisage l'art de compter que sous quelques-unes de ses faces générales ou particulières. Si l'on compose sur une matière autant de dissertations qu'il y a de différents points de vue principaux sous lesquels l'esprit peut la considérer; si chacune de ces dissertations est d'une étendue proportionnée à son objet particulier, et si elles sont toutes enchaînées par quelque ordre méthodique, on aura un traité complet de cette matière.
DISTLNGTION, s. f. {Métaph.). La distinction en général est la négation d'identité. Ainsi une chose est distinguée d'une autre, dès là qu'elle n'est pas la même. Il y a une grande différence entre distinction, séparation et diversité. Car, par exemple, le corps et l'âme sont distingués, et cependant ils ne sont pas séparés dans l'homme : Pierre et Paul sont distingués, encore qu'ils n'aient pas une différente nature. La distinction est précisément la négation d'identité, comme nous venons de le voir; au lieu que la séparation est la négation d'unité, et la diversité la négation de similitude.
Les philosophes sont fort embarrassés pour assigner une marque caractéristique de la distinction des êtres. Les uns assignent la capacité que les êtres ont d'être séparés mutuellement; les autres la font consister dans tout ce qui exclut l'unité numérique. Mais comment concilier cela avec la Trinité et la reproduction du corps de J.-C. dans l'eucharistie, ces deux, mystères qui étonnent et confondent notre raison?
La distinction est une source féconde de disputes entre les
thomistes et les scotistcs. Où les premiers ne découvrent fju'uii ôlre, les seconds ont le secret d'y en apercevoir une inlinitc'. La grande maxime des scolistes, c'est de multiplier les êtres à à mesure qu'ils multiplient les idres. Or, comme il n'y a point d'être, quelque simple qu'il soit, qui n'oiïre une foule d'idées partielles, aussi n'y a-t-il point d'être où ils ne découvrent une infinité d'êtres distingués. Dieu, tout simple qu'il est, est donc pour les scotistcs un être des plus composés. Autant d'attributs, autant d'êtres distingués réellement. Il n'y a pas jusqu'aux idées abstraites de leur esprit qu'ils ne réalisent. Les genres, les espèces, les différences, les propriétés, les accidents, sont autant de petites entités qui vont se placer d'elles-mêmes dans tous les êtres. Moyennant ce système, il n'y a point d'être dans tout l'univers qui ne renferme une infinité d'ordres d'infini, élevés les uns sur les autres. Ce que la divisibilité des parties à l'infini est à la matière, la multitude d'êtres à l'infini l'est même aux esprits : et ce qu'il y a de singulier, c'est que des entités toutes spirituelles s'allient dans ce système avec les êtres les plus matériels, s'il est permis de parler ainsi ; car que sont autre chose ce qu'où appelle, dans l'école, degrés métaphysiques? y a-t-il d'être qui n'ait ses degrés métaphysiques? et si, comme le prétendent les scotistcs, tous ces degrés existent réellement dans les objets, je ne vois pas comment ils pourraient se défendre d'enter sur la matière des entités purement spirituelles et indivisibles. Voilà, à proprement parler, en quoi consiste le faible de leur système. Les thomistes, plus sensés, prodiguent moins les êtres : ils n'en voient que là où ils aperçoivent des idées totales et complètes.
La distinction en général est de deux sortes, réelle et mentale, autrement de raison. La première suppose des êtres qui ne sont pas les mêmes, indépendamment de ce que l'esprit en pense ; et la seconde, des choses que l'esprit distingue, quoiqu'elles soient réellement les mêmes. Telle est la distinction qui se trouve entre une chose et son essence, entre son essence et ses propriétés.
Les scotistcs, autrement les réalistes, admettent trois sortes de distinctions réelles : l'une pour les êtres qui peuvent exister séparément, comme le corps et l'âme; l'autre pour deux êtres, dont l'un peut être séparé de l'autre sans que cela soit réci-