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ÉPREUVE

ÉPREUVE, Essai, Expkrience. [Grnm.). Termes relatifs à la manière dont nous acquérons la connaissance des objets. Nous

noncent pas tons en faveur d'Épicure, nous avons joint, par forme de supplément, à l'article Épicurkisme, réimprime dans VEncydopédie méthodique ', ce que l'abbc Batteux a écrit sur la morale A'Epkure. Ce supplément nécessaire, peut-être môme indispensable dans le Dictionnaire dont il fait aujourd'hui partie, serait ici trèsdéplacé. C'est Diderot, surtout, qu'on veut lire, et non les recueils plus ou moins exacts de l'abbé Batteux. Nous dirons seulement on général que cet érudit, dont le style dur, sec et froid ne tempère jamais l'austérité des matières qu'il traite promet dans son livre un examen impartial; mais fi 1-art pertide avec lequel il envenime la plupart des maximes d'Fpicure, aux conséquences odieuses et fausses qu'il en tire, bu silence affecté qu'il garde sur celles même qu'il aurait pu louer sans se commettre avec la tourbe sacerdotale, aux vues étranges qu'il prête à ce philosophe, à la manière ridicule dont il le fait raisonner dans certaines circonstances, aux différents traits lances contre la philosophie et les philosophes modernes qu'il aurait beaucoup mieux fait d'étudier, il est facile de reconnaître un juge prévenu qui a déjà pris son parti sur le fond de la question, et dont l'esprit imprégné pour ainsi dire, d'une forte dose de superstition, corrompt les meilleures choses, comme la liqueur la plus pure s'aigrit dans un vase qui n'est pas net '*.

Au reste, il n'est pas inutile d'avertir, parce que personne, ce me semble, ne l'a remarqué, que l'ouvrage de l'abbé Batteux contre la physique et la morale d'Épicwre n'est qu'une réfutation indirecte de l'exposé que Diderot a fait de l'une et de Tautre, et surtout de l'esprit dans lequel cet excellent article est conçu es rédigé. L'abbé Batteux n'estimait guère que les connaissances qu'il avait acquises, et ne trouvait même presque rien d'utile au delà du terme où il s'était arrêté dans ses études. C'est, pour l'observer ici en passant, un travers fort commun, surtout parmi ces savants que Montesquieu tourne si finement en ridicule dans une de ses Lettres ■persanes***. Il voyait depuis longtemps le règne de l'érudition pencher vers son déclin, et celui de la philosophie expérimentale et rationnelle s'avancer rapidement et donner à tous les esprits une forte impulsion. Le succès brillant des articles Éclectisme, Éi'icubéisme, etc., l'impression vive et profonde qu'ils avaient faite sur les gens de lettres les plus instruits et du goût le plus délicat, c'est-à-dire sur cette partie du public dont la critique ou l'éloge détermine et entraîne tôt ou tard l'opinion générale, semblait décider la question en faveur des ouvrages pensés et écrits avec une certaine hardiesse. L'abbé Batteux le sentit, et ce changement remarquable dans les idées lui parut même très-préjudiciable à la religion. Ce n'était pas sans doute la chute de cette vieille idole, que les uns encensent par ignorance, les autres par habitude, qui le touchait le plus, quoiqu'il affectât partout un saint zèle pour cette cause : mais il ne se dissimulait pas que ses concitoyens, une fois tournés vers les matières de raisonnement, les seules qui puissent conduire à de grands résultats, occupés alternativement d'observations, d'expériences et de calculs, ne prendraient désormais qu'un faible intérêt aux recherches

SOPHIE, comme celle de tous les théologiens est : point de raison, ce qui exprime la même pensée en d'autres termes.

* Voyez le Dictionnaire de la Pliilosophie ancienne et moderne, tome II, pages 336 et suivantes.

** Sincerum est nisi vas, quodcunque infundis, acescit.

HoRAT., Épisl. II, lib. T, v. 54.

*** Voyez la cent quarante-deuxième, de l'édition d'Amsterdam. 1160.

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nous assurons par Vrprcnrc si la chose a la qualité que nous lui croyons; par Vcssai^ quelles sont les qualités; par Vcrpé-

de piiro ('rtidition, et. que tout sou savoir, apprôcio dès lors îi sa juste valeur, pour rait pcut-ûtrc lui nK'riter un jour le titre d'écrivain utile et laborieux, mais jamais celui d'homme célèbre.

L'aversion secrète de l'abbé Batteux pour la pliilosophie et les philosophes modernes avait encore une autre cause : sou amour-propre avait été grièvement blessé du coup que la Lettre sur les Sourds ' avait porté à son Traité des beauxarts réduits à un ntt^nie principe. Tous ceux qui savent juger des choses avaient observé l'intorvalle immense que cette lettre avait laissé entre le philosophe et le littérateur : celui-ci ne l'ignorait pas, et sa haine en était irritée :

Urit enim fulgore siio, qui prcegravat urtes Infra so positas.

Q. HoKAT., llpist. lib. II; Lfisl. i, vers 14 et 15.

Tous ces motifs réunis déterminèrent notre professeur à se couvrir du manteau de la religion, et à décrier ce qu'il appelait la nouvelle philosophie. Il n'osa cependant ni nommer ni désigner un seul de ceux qui professaient ces nouvelles opinions ; mais voulant, pour me servir de l'expression énergique et pittoresque de Montaigne, donner à Diderot une nazarde sur le nés d'Épicure, il fit tous ses efforts pour prouver que cette philosophie corpusculaire, que le savant encyclopédiste avait présentée sous un aspect très-imposant, n'étant au fond qu'un système complet d'athéisme, la morale, dont Epicure avait parlé d'ailleurs si dignement et donné de si belles leçons, ne pouvait plus avoir de hase dans ses principes, et n'était ;\ peu près qu'un mot vide de sens.

Il serait facile de démontrer, si c'en était ici le lieu, que cette conséquence absurde no peut se déduire en bonne logique, ni de l'hypothèse d'Épicure, ni de celle de Spinosa. Un examen réfléchi de ces matières prouve au contraire que les lois, les bons exemples et les exhortations sont d'autant plus utiles qu'ils ont nécessairement leur effet. J'ai fait voir ailleurs '* que le système de la nécessité, qui paraît si dangereux aux théologiens, et à ceux qui ne font pas un meilleur usage de leur raison, ne l'est point et ne change rien au bon ordre de la société. Les choses qui corrompent les hommes seront toujours à supprimer; les choses qui les améliorent seront toujours à multiplier et à fortifier. C'est une dispute de gens oisifs qui ne méritent pas la moindre animadversion de la part du législateur. Seulement notre système de la nécessité assure à toute cause bonne ou conforme à l'ordre établi, son bon effet j à toute cause mauvaise ou contraire à l'ordre établi, son mauvais effet ; et en nous prêchant l'indulgence et la commisération pour ceux qui sont malheureusement nés, nous empêche d'être si vains de ne pas leur ressembler ; c'est un bonheur qui n'a dépendu de nous en aucune façon.

Ceux qui aiment sincèrement la vérité et qui la cherchent sans préjugés, sans passions, peuvent au moins conclure de ce que nous venons de dire du livre de l'abbé Batteux, du motif qui le lui a fait écrire et du irut qu'il s'y est proposé,

* Voyez ce que j'ai dit à ce sujet dans les Mémoires historiques et philosophiques sur la vie et les ouvrages de Diderot; voyez aussi l'article de ce philosophe, page 178, col. 2 du tome II du Dictionnaire de la Philosophie ancienne et moderne.

** Voyez dans le Dictionnaire de la Philosophie ancienne et morfer ne, l'article Fatalisms et Fatalitb des stoïcibns.

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