PASSIFLORE
Le P. Tartonraira Schiod. (N, Joum., IV, p. I, 89. — Ginsif. et Gom., F/» de Fr., I, 63) est le Thymelxa Tartonraira All. {Daphne Tartonraira L. — Chlamydanthus Tartonraira C.-A. Met. — Sanamunda argenteOf latifoliay angustifolia Barrel.), auquel on donne les noms vulgaires de TrintaneUe^ T, Malherbe et Gros-Retombet. C*est une espèce à tige ligneuse, haute de SO i 50 centimètres, dressée, à rameaux étales-ascendants, couverts d'an dufet soyeux dans leur jeune âge, puis glabrescents et noirâtres; à feuilles trèsrapprochées au sommet des rameaux, obovales-oblongues, épaisses, chargées d'un duvet argenté et soyeux. Ses fleurs sont axillaires et sessiles, jaunes et soyeuses à Textérieur. La plante croit sur les bords de la Méditerranée, en Provence, à Ilyères, en Corse et sur les côtes italiennes voisines. Ses feuilles sont employées dans cette r^ion comme purgatives < à la dose d'environ un demigros ». A dose plus élevée, elleÎB provoquent des vomissements. Cepeodaot Ix>iseleur-Deslonchamps (Jf an. pL muelLj II, 54) en a donné jusqu'à 13 gros en décoction et n*a obtenu que des évacuations alvines, sans vomissements. À dose plus faible, il a dû ajouter au Tartonraira de la manne et des seb pnr* gatifs. Toumefort, dans son Voyage en Orient (II, 155), a vu cette pUnte employée comme tinctoriale à Samos, où Ton en fait aussi des balais. M. Bétet, pharmacien de la marine, pense que l'écorce de cette plante peut remplacer le Garou et a expérimenté que la pommade à laquelle on l'incorpore est bien plos active que celle qu'on préparc avec le Daphne Gnidvtm. H. Bn.
BnuonAmc. — L., Bort. Cliff., 146, t. It; Gên. (éd. i), n. 856. — C.-A. Mer., in M: S.-Pétersb,, IV, n. 4. — Spacb, Suite à Buffon, I, 446. — Meun., Froar., 561. — Km. Gen., Suppl., IV, p. II, n. 2007. — B. H., Gen., III, 194, n. 15. — Uêr. et de L., IHet. MêL méd.. Il, 587. — Gren. et Godr., FL de Fr,, III, 60. — Cal, Pl.méd. indig., éd. 5,SW.^ H. Bit, HUt. des pi,, VI, 111, 118, 154, ûg. 86; Tr. Bot. méd. phanér., 298, 985. EBv.
PASse-BOftB. Nom donné à la Ro$e Trémière (Alcœa rosea L.), de U famille des Alalvacées. Pl.
PASSE-8ATIIV. Nom donné à la Lunetière, Lunaria annua L, de la famille des Crucifères. Pl.
PASSE-VELOURS. Nom donné au Celosia paniculata L., de la famille des Amaranthacées. Pl.
PASSIFLORE. PA8S1FLORACÉES. Les Passiflores (Passiflora) mi des plantes polypétales dont les fleurs sont ordinairement hermaphrodites, régur lières et pentamères. Leur réceptacle a la forme d'une poche souvent peu pith fonde, dont les bords donnent insertion au périanthe, tandis que son ibiMi ^ relève en une colonne centrale qui supporte les étamines et au-des6us d*elleik gynécée. Le calice est formé de 5 sépales libres, imbriqués en quinconce daaik bouton, parfois colorés sur les bords ou en dedans, et la corolle, qui manqae aflSÂ souvent, est à cinq pétales alternes avec les sépales imbriqués dans la prtforaison. Les étamines sont au nombre de cinq et alternipétales. Elles foroflil une sorte de collerette portée sur le haut du pied du gynécée e t se com posent cèi* cune d'un filet libre et d'une anthère biloculaire, introrse d*abord, puis ««âl* lante, déhiscente par deux fentes longitudinales. L*ovaire est libre, sopèret uniloculaire, avec trois pUccutas pariétaux, dont un antérieur et deux poste*
PlSitiLORE. 5(ft
rieurs» et un style à trois kwicbes deal Textrémité renflée se termine par une tète stigmatifère» sMàveni globuleuse» Chaque pUcenU supporte un nombre resireint et plus soaveat indéfini d*ovuks anatropes» ascendants ou presqne horiiontaux. Le réeeplaele prend tardivement» dans bi fleur des Passiflores, des défelappements ^eepiionnels qui seni le point de départ de la production d'un certain nombre de colleretlas conceotriques dont la nature a été Tobjet d'aseï nombreuses discussions ei qui sont aujoiird^bai eonsidéréesi» vu leur apparition tardiive, comme appartenant i Tordre des diaqwea. Les filaments colères qui constituent ces couronnes sont le plus souvent étroits et allongés. Haio il y en a aussi de pbis petits et de moin» éclatants qui kiw sont interposas ; danacertaines espèces communément cuki^éea, comme le P» cœrulea^ il y en a >ttsqu*à cinq rangées, sans compter nno rangée intérieuiei épaisse» charnue et arquée, de la cupule réeeptaculaire, qui fait saillie aurdesaeus de toutes cee colkr^tea, et dont les bords glandulens aonl nectarifirea^ de même quune pertioA de k concavité du réceptacle. Dan» d'autres espèces, le mwahre de ces couronnes se trouve, au cootraûre, eonsiéfa^llamsnl réduit. Le fruit des PaasiikNres es4 une baie, parfois incompiétemeni indéhîaeente, à graines pourvues d*un arille qm souvent enveloppe complètement la seuMnce et est charnue, pulpeuse, sucrée ou acidulée. Les Passiflores sont dressées ou plus souvent grimpantes^ avec des vrilles non ramifiées. Lemrs feuilles, p«eaq«e toujours alternes, sont accompsgnées de deux stipules, padeis largua et foliaeées. Leurs fleurs sont axillaires, solitaires, géminées ou en grappes, ei leurs pédicelles articulés sont pourvus de bractées. On en compte plus de 100 espèces, asiatiques, australiennes, mais surtout américaines, presque toutes tropicales, quelques-unes des régions plus tempérées, comme le P. eœrulea qu*en peut cultiver en été dans nos jar«Uns. Cette espèce a un fruit comestible» rafraîcUasaot,, fébrifuge ; on en a préparé des boissons et un sirop agréables. Il en est de même de plusieurs autres : le P. coo emea ÀroL., dont la pulpe est gélatineuse ; le f, alata^ dont la pulpe est aigre» lelte ; le P. fiBlida L.» dcùit la chair estcependant peu abondante ; le P. ornalm IL, de rAmérique équinoxiale; le P. ^Mdramyulafu L., ou Barbadine; le P. U» gularii J.» dont les fruits ool la grosseur d*ua citrmi et une saveur aigrelette; le P. laurifolia L., ou Pomme de Uane^ des Antilles, dont le fruit est rempli d*une pulpe aromatique qu'on hume per un petit trou pratiqué dans Li paroi parcheminée du péricarpe ; le P. lyrœjblia Toss., de la Jamaïque» dont la pulpe est vantée comme rafraîchissante, apéritîve, utile contre les maladies du foie et de Testomac, les fièvres, les pUegmasies, les dermatoses, et pour provoquer la sécrétion urinaire; le P. wudiformis L., on Pomme de la Dominique^ à baies comestibles, rafraîchissantes; le P. Murucuja L.» employé aux mêmes usages dans le Brésil méridional ; le P. Unifolia J., qui sert de même à Gayenne; le P. Lowei User., de TAmérique du Sud, introduit aux Canaries, dont les baies sont également comestibles, de même que celles des P. pallida L., lutea L., rmhra L., ierratifoliah., terratutipula I)G., tilistfolia L.fOlbida Kee, Sururuca ViLLos., filamenlota L.» palmaUi Lodd., Piionû Kost. , ierrata L., pedataL.^ etc.; etc. Les racines et les feuilles de plusieurs espèces ont des propriétés différentes. Ainsi Ton sait, depnis le temps de Harcgrail et de Pison, qui écrivaient au milieu du dix-septième siècle, quan Brésil plusieurs Passiflores avaient des feuilles réputées diurétiques, désobstruantes, vermifuges, et qu'on les appliquait sur les hémorriuRdes, les parties contuses, etc. Le P. lauri" foiia L. sert au traitement des brlminthfis; on administre ses feuilles « à la doM
d'un ou deux 'gros ». C*est un amer qui rend des services. Le P. fcttida L. a des feuilles réputées aniihysiériques (Nicrolson) et estimées pour rappeler les règles (Poupée-Desportes); on accorde les mêmes vertus à celles des P. htrcina Swnr et hibiscifolia Lamk. Le P. Murucuia L. (Murucuia ocellala Pbis.) est également vanté comme antihystérique. Le P. serrata L. est r^uté anlîsoorbotiqae, et le suc de ses feuilles se prescrit aux Antilles contre les angines. Le P. Ùm^ Irayerva Su., du Mexique, tire son nom de cette croyance que ses feuilles goë*^ rissent de la morsure des serpents venimeux, et le P. normaUt W. porte, dtt-oD^ dans TAmérique centrale, le nom de Conirayerva^ pour la mèine raison. Le P. rubra L. passe à la Jamaïque pour narcotique et s'emploie aux mêmes usages que Topium, si bien qu'on en prépare dans ce pays une teinture médicinale qui porte le nom de Laudanum hoUandaiê. A la Guyane, le P. captularb L est usité comme emménagogue, et les P. coccinea Aubl. et maliformù L sont recommandés comme remèdes des fièvres intermittentes. Rien n est donc variaUe comme les vertus médicinales des espèces de ce genre ; et Ton peut, à cet égaiti, consulter l'article de Ricord-Hadiana, l'auteur de travaux remarquables sorte Mancenillier, intitulé : Recherches et expériencei 9Ur les propriétés méHealet de quelques Passiflora^ dans le volume I'' des Annah of Natural Bhtoni de New- York; mais les propriétés les plus sin^lières sont, sans contredit, celles que le même auteur attribue à la Barbadine ou Passiflora quadrangulariil. Sa racine est, en effet, extrêmement vénéneuse. En décoction, elle toi, dit Ricord-Madiana, un chien en quarante minutes, plongea d'autres animaux dus une sorte d'état cataleptique ; elle n'agit ainsi que lorsqu'elle est trakhe. A Rourbon, cette racine s'ajoute à VApocynum scanidens pour produire des voa»sements. On Ta aussi recommandée, mais avec doute, comme tsenicide. Son principe actif a été nommé Passiflorine.
La famille des Passifloracées comprend une quinzaine de genres, en y comptant les Malesberbiées (genres Malhesherbta et Gynopleura), sans importsfice médicale. Quelques auteurs y rangent encore les Papayées [ Carica et JacaraÙa) dont nous avons fait des Bixacées voisines des Pangiées. Quant aux principaax genres des Passiflorées proprement dites, ce sont les Paropria, Modecca, Âéth ria, Tacsonia^ etc. Ces derniers doivent peut-être rentrer dans le même g^nre que les Passiflores et ont en général leurs propriétés. U. Bi.
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AFFECTioivs MORALES. ËTioLOGiE. Pathogéme. A quelque point de vue qu*on se place pour comprendre et définir les passions; qu*on les envisage avec Platon comme des maladies de Pâme, avec Zenon et ks stoïciens comme un trouble d'esprit contre nature, qui détourne la raison de a voie; qu'on ne leur donne pour mobile avec les épicuriens que le plaisir et II douleur, avec Bossuet Tamour, avec Condillac un désir dominant, amour os haine, espérance ou crainte ; qu'on les ramène toutes avec saint Thomas d*Aqoii h deux groupes, constitués, Tua par les facultés concupiscibles, Pautre parb qualités irascibles, ou qu'avec Descartes on en admette six primitives, dut toutes les autres ne seraient que des composés ou des espèces; qu'on les fisse toutes provenir du lempérameul et des penchants naturels, des appétits et (ks
instincts, avec de la Chambre des appétits intellectuels ou des appétits sensitifs, avec Alibert des instincts de conservation, d*iniitation, de relation et de reproduction, les quatre pivots primitifs de l'existence physique et morale; qu'on les divise, selon les divers points de vue où on les envisage, suivant leurs caractères, leur origine ou leur finalité, en passions animales et passions sociales (Vagendie), en viscérales ou cérébrales (Se. Pinel), en innées ou ac» quises (Marc), excentriques ou concentriques (Delestre), affectives et intellectuelles (Spurzheim), en sensitives, familiales, distributîves (Fourier), en animales, sociales et intellectuelles, selon qu'elles se rapportent aux instincts, aux sentiments ou aux facultés de l'esprit (Descuret); — qu'on leur assigne pour siège, avec Bichat et Cabanis, les principaux viscères de la vie organique, le cœur, le foie et le système nerveux ganglionnaire, ou bien avec Gall et Spurzlieim le cerveau et spécialement la partie postérieure et fondamentale de l'appareil cérébral, — toutes questions que nous n'avons pas à examiner ici, — les passions, que l'un des auteurs du Dictionnaire usuel de$ sciences médicales a très-bien définies c une inclination devenue violente, impérieuse, qui étouffe ou ramène à elle tous les autres sentiments naturels de Tàme », ont une action manifeste sur notre économie. Cette action qui peut être parfois bienfaisante, est le plus souvent nocible et perturbatrice de l'équilibre organique, en d'autres termes, cause de maladies.
Voilà le fait général, dont nous voulons dès à présent prendre acte, n'ayant ici d'autre but et d'autre visée que d'étudier ce fait dans sa généralité comme dans ses principales variétés et de rechercher, avec le secours de ce que nous livre l'observation, quels sont les effets des passions sur l'organisme, à quels troubles, à quelles lésions elles peuvent donner lieu, de quelles maladies elles peuvent devenir l'origine.
Aussi loin que nous puissions remonter dans l'histoire de la médecine, nous trouvons partout et dans tous les temps des témoignages univoques de l'action pernicieuse que peuvent avoir les passions pour la santé. A presque toutes les époques de la science les médecins les ont considérées même comme de grandes maladies.
f II faut prendre garde à une grande crainte ou à une joie excessive, dit Hippocrate dans les Préceptes ». s Les passions, dit Galien, sont des mouvements contre nature de l'Ame qui ne raisonne pas. Elles proviennent toutes d*un désir non rassasié et font sortir le corps de l'état de santé ». f Toutes les
passions agissent sur l'organisme Si elles agissent longtemps et fortement,
elles peuvent déterminer des perturbations et des vices qui deviennent le principe de maladies » (Tissot). Suivant Zimmermann, les passions agissent ou
subitement, avec plus ou moins d'énergie, ou lentement; elles sont suivies de mort subite ou elles ne sont que la cause éloignée de la mort, ou elles consument riiomme peu à peu. Les anciens auteurs d'anatomie pathologique, Morgagni, Bonnet, Lieutaud, Sénac, Corvisart, rapportent de nombreuses observations de lésions viscérales diverses, soit de l'estomac, du foie, de la rate, des poumons ou du cœur, dont ils ont attribué l'origine aux affections morales auxquelles les sujets avaient été en proie pendant leur vie. AVhytt, Lorry, Hoffmann, Willis, Van Swieten, Wepfer, ont signalé surtout les effets des passions sur le cerveau et sur les nerfs. Enfin, parmi nos contemporains, un médecin qui a traité avec un grand soin et une étude approfondie cette question, dans un ouvrage ayant pour titre : La médecine des passions ou les
tm PASSIIMIS.
patàoM cofmdéréea dam lewn rapperU avec les mtdadieSf Ut U» et ka fvfigkm (3 vol., 1860), Deaeoret, que bous aurons à eiter pk» d'me foisdbu» cet artkle, n*a pas hésité à avancer que les mabdies produites par fet pMsHMis sont, à elles seules, incomparablement plus fréquentes qoe œltet qui proYÎeBoent de tous les autres modificateurs de rorganisoM. En dTet, d*»-I-ois pas mis sur leur compte depuis les simples ébranlements passagers de b saslé, les troubles morbides les plus divers par leur natore, commo par leur d^ié et leur durée, jusqu'au affections cbraûques les plus irrémédiiaUeo et jusqu'à la mort subite I Sans remonter Tbistoire jusqu'aux récits restés légenddra de- Sophocle» de Ghîlon (de Lscédémone), ou des dames romaines sucemahmi à h^ joie ou à l'émotion, l'un dans son propre triomphe, Tautre en aHsiwtant an triomphe de son ils, celles-ci à la vue de kur» fÛa revenant de k balaiUe de Trasimène, que de faits ne pourrailHon pas ciler, qui se sont passés pbw prèr de nous, tels que celui que rapporte Waltr d'um homme qui, se voyant pièsde^ posséder l'objet de son amour, ÙX saisi d'une telle émotion qn*il expira sdhîtement, ou Texemple de Fouquet, qui meurt en apprenant que Louis XIV hn nadait la hbertél Les recueils médicaux sont pleins d*hisloires de BMrl iitîte, attribuée chez les uns à cette émotion si douce et si bien£iisaBle, «fuené elle est modérée, mais parfois si terrible quand elle est portée à ce degré extrltoe, la joie, chez les antres à l'effroi, à la terreur ou à la colère l exemple les eap^ reors Nerva et Yalentinien qui périrent tous deux dans un accès de colère.
L'annonce brusque de la mort d'une personne chèrement aim^ a j^as faae fois en le même effet, Edouard III mourant en apprenant la mort de son pè^; l'impératrice Irène mourant ^ la nouvelle de la mort de Fempereur Phil^ son mari.
Que d'affections chroniques, minant lentement et sourdement réconoraie, ae voyons-nous pas journellement, qui n*ont d'autre origine et d'autres causes lien' souvent que des préoccupations morales tristes, de profonds et irrémééijMei diagrinsl Qui nous donnera Tinterprétation scientifique, la clef de ces obRVS problèmes? Bien des livres ont été écrits, dans ces derniers temps, sorksrapports du physique et du moral, bien des observations ont été faites Mret sujet et recueillies avec plus ou moins de soin et d'exactitude par des hislorieasr des moralistes cl des médecins. Et cependant, il y a quarante ans à peine, tm* liomme qui avait jusqu'à un certain point droit à ces trois titres, Réveillé*Ptoise pouvait encore dire avec raison : « On convient généralement de l'infloeMe éo moral sur les maladies, mais ce principe est seulement posé et les résalWs sont dans le vague et rindéterminalion. On s'accorde encore à reconn^tre qos^ les fonctions vitales, régulières ou anormales, ont une part d'influence plifi f» nioins large dans les actes moraux, que « l'obligation par a les organes i est peut-ôtre la plus solide base de la sagesse; mais là, ou à peu de chose près, s'ff* râle la science. »
Voyons s*il est possible aujourd'hui d'aller plus loin, à l'aide des docameit^ nouveaux qu'ont pu nous apporter des observations plus rigoureuses, éciaiféei par les notions plus exactes acquises de nos jours en psychologie, en physiologie et en pathologie.
Huis auparavant définissons d'abord les passions telles qu'il importe de le^ comprendre au point de vue qui doit seul nous occuper ici, etchat^boafl établir entre elles quelques distinctions utiles à notre objet.
I. Sous cette dénominaûon ^éu^t^le. de passions on comprend souvent if^
éUU psychiques parfois très-divers, et dont les eilets sur Torganisme diffèrent sarlMit entra enx, selon leur caractère, leur durée, leur intensité ou leur ontiouîté d'action. Cette distinction sera importante particulièrement an point de Tue de l'apprédatiiMi des effets produits, du pronostic que le médecin pourra en déduire et des indications qui lui dicteront la direction qu*il devra donner i soa intenrention.
Un premier départ doit être fait, à cet égard, entra rénM>tion Ti?e, forte» inattendue, toujours accidentelle et le plus souvent fugitive, qui vient surprandra brusqueneot rorganîsme et y jeter le trouble, au point parfois de le ààiret, à la maniera de la fondra, et la passion proprement dite, le plus ordiaaireBieot chronique, sourde, lente dans ses effets et qui mine insensiblement et graduellement Féconomie, mais avec une continuité incessante» comme la SQOceiiîon répétée -des (^uttes d'eau creuse à la longue le rocher.
Ce sont surtout les grandes émotions brusques qui donnent lieu à ces troubles nerveux subits, souvent si effrayants, qui, lorsqu'ils ne produisent pa» inmédialement la mort, peuvent provoquer Texplosion immédiate d'un délira ou hûaaer à leur suite ces névroses le plus ordinairement incurables, dont les exemples sont si fréquents; tandis que le plus habituellement les passions^ profondes, invétérées, « plantées en nos entrailles », comme dit Hontaigne, telka que l'ambition, l'envie, la jalousie, les chagrins, les remords, usent insensiblement l'organisme, en affectant et troublant successivement, parfois siimiltaBément et par la voie naturelle de leurs liens physiologiques et de leur selidaritë fonctionnelle, le cerveau d'abord, puis le cœur, l'estomac, le iîoie et finalement tout l'ensemble des fonctions sensitives et nutritives.
Une autre distinction doit être faite aussi, au point de vue des efTets, entra Ice pussions, suivant leurs caractères, selon qu'elles sont de leur nature gaies, expansives, ou tristes et concentrées, enfin selon leur mobile et leur objet. k ccA ëgsrd, nous devrons nous tenir à distance de deux opinions que nous conùdéront l'une et l'autre comme également exagérées, tout au moins, et même fHiaies dans leur formule absolue. Nous voulons parler, d'une part, de celle qui eonsidèra toutes les passions comme mauvaises en elles-mêmes, nuisibles an moral comme an physique et toujours condamnables ; et, d'autre part, de celle qui les regarde, au contraire, toutes comme légitimes, comme bonnes, par le fait seul qu'elles sont naturelles, qu'elles répondent à des besoins de- Mtm existence physique et morale, à des dispositions primordiales de notre être» ne devenant funestes que par l'abus ou le mauvais usage qu'on en fait» la BMiavaise directiMi qu'on leur donne, les excès auxquels elles peuvent conduire, par rencludnement où elles tiennent la volonté et la conscience. Gœtlie* n*a4-il pas dit : « Les passions sont des défauts ou des vertus, mais seulement quand elles sont exaltées? ». N'y a-t-il pas, en effet, des passions, non-seulement bonnes, avouables, mais nobles, grandes et généreuses? Qu'est-ce que cet attachement à l'être aimé qui lui sacrifie tout et qui s'identifie avec lui jusqu'à* l'oubli de ses propres besoins, jusqu'à l'abnégation de sa personnalité? Qu'est-ce que l'amour de la patrie à laquelle on voue tous les instants de sa vie et jusqu'à sa vie elle-même? Qu'est-ce que cette poursuite incessante du beau et du vrai,, dans l'art ou dans la science, au prix de tant de labeur et de désintéressement?' Qu'eat-ee que l'admiration et l'enthousiasme qui élèvent notre âme? Qu'est-ce, enfin, que cette sublime exaltation dans l'amour de Dieu, qui engendre ces miracles de charité et ces admirables sacrifices de soi-mémet dont noua so\SL\»efl^
témoins tous les jours? — Passions, sans doute, mais nobles passions, on en con- Tiendra, et sans lesquelles rien d*ëlevé, rien de grand ne se ferait dans le monde.
Est-ce à dire que cette exaltation elle-même dans le sentiment du beau et du bien, que cette sorte de tension constante de Pâme vers Tobjet réel on idéal qu'elle poursuit sans trêve, pour être louables en soi, n*aient pas plus d*une fois de fôcheux eiïets sur l'organisme? C'est par ce côté que les passions bonnes, comme les mauvaises, peuvent aussi devenir nuisibles à la santé et incombent à la connaissance du médecin.
Enfin une dernière délimitation est encore nécessaire, c'est celle qui s^iare les passions des vices. Que les mauvaises passions y conduisent et en soient comme l'aclieminement naturel, cela n'est pas discutable. Hais, bien qu'issues souvent de la passion, ces dépravations des instincts passées en habitude, comme les a si bien désignées un médecin philosophe, ne sont pas des passions daii5 le sens défini qu'on leur donne généralement, elles n*ont jamais droit à l'excose qu'on ne refuse pas toujours aux passions les plus mauvaises.
On a distingué, avec justesse, les passions, au point de vue pathogénîfiie, en passions gaies, expansives ou stimulantes, et passions tristes, concentrées, débilitantes, ou, suivant la classification de Galien, en passions « systoliques », c'est-à-dire produisant des phénomènes de resserrement et de concenlratira, et passions « diastoliques », s'accompagnant de phénomènes opposés. C'est au fond la même chose.
On les a classées encore suivant un ordre qui correspond à la différence naturelle de nos fonctions, suivant qu'elles intéressent la vie nutritive, h vt génératrice, la vie intellectuelle ou la vie d'action. Enfin, suivant leur objet, les passions ont été distinguées encore en égoïstes (ambition), altruistes (amoitr), passion d'un idéal ou d un but matériel, celles qui sont purement de sentiment et celles qui portent à l'action.
Quel que soit l'objet de la passion, quel qu'en soit le caractère, ce qui la rend surtout nuisible, c'est son intensité, sa persistance ou sa violence. Grandes m petites par leur objet, dès que les passions s'élèvent à un certain diapason, c'est toujours aux dépens du double équilibre moral et physique, par conséquent aox dépens de la santé. Ainsi agissent la colère, la haine, les chagrins profonds, la joie excessive, l'amour contrarié, la jalousie, l'ambition déçue, le désir immodéré de la possession d'un objet ou d'un but qui vous échappe, etc. Les passions, en un mot, comme on l'a dît si justement, sont « comme des plaies intérieures qui s'irritent d'autant plus qu'on y porte plus souvent la main ».
Ces définitions et ces distinctions établies, ce serait le moment d'étudier les divers accidents et états morbides auxquels les passions donnent lieu, le genre de maladie qu'elles peuvent constituer par elles-mêmes quand elles sont portées à l'extrême, enfin les états organiques préexistants dont elles peuvent être les efTets. C'est sous ces trois chefs que nous aurons à considérer les relations des passions avec la pathologie. Mais, avant d'aborder cette étude et afin de ]K>aToir le faire non pas d'une manière absolument empirique et d'après de simples relations historiques, mais en nous fondant à la fois sur de vraies observations cliniques et sur des notions ayant caractère scientifique, il est indispensable que nous entrions ici dans quelques considérations psycho-physiologiques.
II. On sait, d'après les belles études de M. Luys sur la physiologie et U pathologie cérébrales, que la mise en activité du cerveau serait régie j»ar les mêmes lois générales et \es m^vue^ cAwditions de mécanisme organique qoe
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celles qui président à Tactivité des différeals segments de Taxe spinal et de la moelle proprement dite. Elle se décompose en une série de processus d'ordre réflexe qui évoluent d'eux-mêmes, en raison de l'organisation préétablie du labstnlum organique qui les supporte et par le jeu naturel des forces nerlemes mises en activité. Chacun d'eux est constitué, toujours physiologique* meaU en trois périodes successives, strictement enchaînées et se commandant kf unes les autres : une période d'incidence, une période intermédiaire et une période de réflexion. C'est toujours une impression irradiée d'un plexus çensitif, uoe impression centripète, consciente ou inconsciente, qui marque le dâbot du phénomène, et c'est toujours une réaction motrice satellite de la première qui le complète.
Cette conception ingénieuse du mécanisme fonctionnel du cerveau jette un jour MIT certaines des manifestations par lesquelles se traduisent les émotions viirea. Suivant la nature de ces émotions, ce sont tantôt certains groupes déternûiiés de muscles qui se contractent à l'unisson et d'une façon synergique, ceux de la face, par exemple, qui expriment l'état actuel de la sensibilité gai on triste ; tantôt les muscles respiratoires, qui par leurs contractions saccadées produisent le rire ou les soupirs. Gratiolet, a consigné de très-intéressantes observations sur ce sujet d'une des études Sur la physionomie et les expressions.
On trouve, en effet, ce caractère général de i*éaction motrice automatique dans toute cette série de phénomènes qui se révèlent à notre insu, d'une façon coordonnée, sous la forme de gestes, d'attitudes diverses, de mouvements de la physionomie, dans l'expression naturelle des passions, de la frayeur, de la joie, de b colère, de la volupté. La fibre musculaire qui se contracte dans cette circonstance n'obéit pins à son incitation physiologique d'origine volontaire. Quoi de plus automatique, en effet, fait remarquer très-justement M. Luys, que cette série de phénomènes musculaires rliythmés qui se manifestent, alors que les âéaients de notre sensorium sont en vibration et qu'ils révèlent ainsi d'une façon expressive les différentes phases émotives par lesquelles ils passent. Qui ne sait combien le jeu des muscles de la face est intimement lié aux émotions intimes de notre sensorium I Les gestes qui expriment l'étonnement, la crainte, la joie* la colère, les appétitions sensuelles, ne sont-ils pas tous effectués automatiquement, sans que nous ayons jamais appris à les produire?
Appliquant ces considérations physiologiques aux phénomènes morbides* H. Loys nous montre comment, malgré leur apparente diversité, ils sont néanmoins réductibles à des phénomènes simples, à des opérations communes, qu'ils partagent avec les processus réguliers qui s'accomplissent journellement d'une tiçoa automatique dans les phases diverses de l'activité normale.
Teb sont, par exemple, les phénomènes pathologiques variés, qui ne sont que des traductions fidèles d'un processus normal considérablement prolongé et amplifié, que l'on voit chez les individus qui ont été saisis d'émotions vives, de terreur instantanée, et qui sont restés, en vertu de cette persistance des ébranlements des éléments nerveux, pendant un temps plus ou moins prolongé, figés en ({uelque sorte dans l'expression somatique où ils ont été incidemment placés (phénomènes de catalepsie, d'extase, avec leurs variétés).
Mais ce n'est pas seulement par une action réflexe motrice que se traduisent les états du sensorium. Il y a, en outre, un lien intime, dont le dispositif anatomique serait trop long à exposer ici, entre les divers réseaux du sensorium et les sensibilités spéciales et partielles de la vie viscérale, lien tel que le
%iê PASSIONS.
prooessus réflexe conçu dans les réseaux 4u teasorium se réperciite k dbtaice, e» mettant en jeu à leur tour ces sensibilités spéciales. C*est ainsi que ia plupart des appareils de Torganisme sont plus ou moins sympathîquenMMt associés aux ébranlements de la sphèro psyché •intellectiidle, subissant les contre-oeaps des émotions morales; coooment les organes centramx et périphériques de la drculation, comment Tapparsï respiratoire, Tapiiareil digeslîf, les divers appareils aécrétoires, supportent le retentissement des grandes éiM-^ tîons, des peines comme des joies. Nous aurons à reprendre et à signaler, chemin faisant, les nombreuses appiications de oet onlra de frite phjsioligi. qi^s aux effets si multiples et si divers des passions sur rorganimie, 4fM mms, allons maintenant étudier.
IH. Quels sont les effets des passions sur r<organisne? Quels sont las «rgnes qu'elles affectent pins particnlièrement? Est-il vr», comme heauoegp de médecins disent Tavoir obserré, que, bien qne les effets des paanons soieot généraux et que levr influence se fasse sentir sur l'ensemble de réooiiomie, mt le système générai des forces, cfaaqve afféotion d'une certaine iatamtë ail an aboutissant sur un organe particulier, comme elle y a parfois aussi son psnt de départ? Qne le chagrin, par exemple, agisse principalement, ooomie on 1^ smvent dit, sur restomac, la peur ou reCTrai sur Tintestûi, la joie on la jalousie sur le coBur» la haine ou la colère sur le foie? Ou bien, comme le dît avee beanetnp de raison E. Carrière dans Tédition révisée du livre de Reveillé^ariee Sur lajdfiioloffie et V hygiène des hommes livrés aauc tfWfaux de Fesprit^ n*est-it pas piv conforme aux données de la physiologie eonme à eellss de Tobsenration d'en rechercher les {N'omiers effets sur le système nerveux, le premier exposé à iear action, et, par leur intermédiaire, sur les visoèpes qu'une pnédispo^tion oi « état morbide antécédent rend plus aoeessibles et pks prêts è toute inflaone agressive ? Il est certain que le premier effet de tonte émotion forte, de loatc passion vive, est un ébranlement imprimé au système nerveux, quel qne stit d'ailleurs le caractère de cette émotion ou de cette passion. Que cet ébranlesMit puisse retentir et retentisse souvent, en effet, sur telle autre partie du cerps, sur tel ou tel organe, tel ou tel viscère, cela est tout aussi incontestable. Mus ce n'est ni au hasard ni indiiTéremment qu'a lieu ce retentissement. Sa diredioa est déterminée par deux ordres de conditions, les unes inhérentes an canRftère même, à la nature de la passion mise en jeu, les autres au degré de suseepiibilitéplus particulière, de iaiblesse relative de tel ou tel oiigane. Voici à pw près en quels termes Descuret, dans l'ouvrage cité plus haut, a formaU ce qu'il a appelle les lois des effets des passions.
D'une manière générale, quand il existe une harmonie complète entre loaleB les fonctions, les passions gaies ébranlent de préférence les organes thoraô^; les passions tristes, les viscères abdominaux ; les passions mixtes oes dernien d'abord, les premiers ensuite.
Quand il y a dans l'économie un organe malade, c'est toujours sur lui qoe h passion va retentir.
Enfm chez les individus dont la constitution est fortement dessinée les effiets morbides varient selon les diverses prédominances qui constituent de véritables dispositions à des maladies déterminées.
Mais, avant d'aborder le côté patbogénique proprement dit de la questiei, arrêtons-nous un instant, comme à un préliminaire obligé, à l'indication k quelques-uns des effets immédie^U car lesquels se traduisent les impressioos
PABSIOIVS. 511
■uns passagères, «T^iine grande émotion sor l'oiffaiiisBie, phénonèoes fqgitUs comme leur cause, qui dépassent à peine les liniiles phjsiuiogifcies «t ' ^ sans laisser à leur suite aucune trace.
dei énuUimu tm affeeliam mortUei vwa et pamagères ^àm framde$ cofUaUiom de VewprU. Prescpie feule émolioa wm^ affection ■sniia pamnigère, contention excessive deresprit, se tradnit le plus sonimt îiiMiédJiÉtimant par des phénomènes nerreux knpUqnant avec eux la mise en jeu soit 4a fTHid appareil ckcolatoire, soit des appareils capillaires Taso-mslenra el des sppareib sécrétoires. T«ls sont, notammeat, raccélératîoa ou le ralentiaaement ib la circalalion générale, les palpitations ou rafiâiblissement des impriaîoas les hyperénûes ou anémies locales, partielles, i*exeitatkHi de certaiaes ;; la sécrétion et récoulement-des lannes, par exemple, sousTî d*une émotion pénible ou douloureuse, la rougeur subite des joMS<|«e
ittment de pudeur alarmée ou de honte, Tinjeetion générale de la face al éM yeux, la turgesoeooe q«e suscite uu mourement de Tiolente oséère, la pMaor 4fm soit immédiatement un sentiment d*efim. Telles sont ces aœun géné- 4m partielles, ces excrétions saliyaîres, ces évacuations aivines subites, œs urinaires répétées qui surviennent souvent à la suite d'émpresaioiis de peur, de crainte, d*appréhensions, dont ils senbkot n*étra «n quekpie qne la crise ou un moyen de détente, comme le sont tes larmes après tsue imt doiilettr morale, ou réjaculation qui résont le spasme de violents désira 4roli^pMi. Uuel est Télève en présence de son examinateur, le candidat an nwraesit ia rnbôr mie épreuve de coocours, l'accusé placé en face de sa victime a« aouiais à rialeifogatoire du juge d'instruction, le soldat à sa première aflbîre, fàl-il •BBÉnM daM les plus brav«s, qui n'ait plus ou moins éprouvé l'un de ces efiets. DTanlres fois, au contraire, som les mêmes influences plas vMemment perfnatt ttnleB les excrétions sont monentanément supprimées : d'oik notamount oaa idlMs survenant brusquement à la saite d'un violent accès de colère ou d^aae fias frayeur.
fllB a va, dans certains cas, les humeura excrétées pendant la crise passijm- Mtteaie^rir tout à coup des qualités anormales et même délétères, le lait ■ourrice, par exemple, subissant, sous l'action d'une vive émotion, des is subites dans sa quantité, comme dans ses qualités, qui peuvent très-préjudiciables à la santé du nourrisson. Les exemples n'eu sont pas nm, nous pourrions rappeler entra autres celui d'une jeune femme qui, dasM Fespaoe de quatre années, perdit subitement ses deux en&uts et un nournaMm, pour leur avoir donné le sein immédiatement après ua violent emfxir- On a attribué — ceci demande vérification — à des accès de fureur le d'imprimer à la salive le caractère rafaique. C'est à un phénomène analogue de modification profonde et subite de certains d*excrétioQ qu'il faut rapporter ces faits de calvitie subite ou Uauchispresque instantané des cheveux, sous Tinfloeoce d'un sentiment profond •de terreur ou d'angoisses portées au plus extrême degré.
Tab aont encore ces eAets variables et souvent contraires de certaines éuntâons, suivant leur caractère, sur l'état des forces musculaires et de la sensibsUtégéoérale, ceux, par exemple, de la crainte et de la terreur, qui abattent et anéafltissent momentanément les forces motrices, tandis qu'une grande joie, un sentiment vif de satisfaction et de confiance eu soi, un relèvement subit de
courage en présence d*un danger ou un accès de colère, semblent au coniraife les redoubler.
On peut assimiler, au point de vue de leurs effets sur Torganisme, aux afTeetioiii morales vives ou profondes, 'ces états psychiques dans lesquels Tâme surexcitée, exaltée et absorbée dans la contemplation de la divinité, — nous avons nomiDé Textase religieuse, — semble laisser momentanément en suspension les sens et les mouvements de la vie animale. C*est par cet état d*extase qu'on peut s'expliquer rinsensibilité au moins apparente avec laquelle les martyrs chrétiens supportaient sans se plaindre les tortures et voyaient approcher sans terreur le moment dn dernier supplice. C*est par un effet analogue ou du même ordre que les Ukin indiens peuvent conserver sans paraître en éprouver aucun malaise ni aucooe fatigue, pendant un temps souvent ti-ès-prolongé, ces attitudes bizarres et forcées avec immobilité absolue, qu'ils prennent en se livrant à leurs prières on à kan méditations.
C'est aussi à une autre sorte d'extase, l'extase intellectuelle, c'est-à-dire à une : énorme contention de l'esprit, à une attention fortement et longtemps soutenue sur un même objet, soit dans le domaine de l'imagination en quête d'un idéal, soit dans celui de la science à la poursuite d'un problème ardu, d'une vérité dmivelle entrevue et qu'il s'agit de dégager des obscurités qui l'enveloppent, soit dans celui de la métaphysique ob l'esprit plonge et se débat dans les profondeurs des abstractions, soit, enfin, sur le ten-ain plus ferme de l'action où le devoir, l'honneur et la lutte pour la vie se trouvent à la fois engagés, qu'il faut attribuer ces actes de témérité, ces oublis de soi-même, ces insensibilités à la douienr dont ont si souvent témoigné les soldats dans la chaleur du combat, et ces apparentes excentricités de ces grands distraits, absorbés dans leur pensée unique, indifférents à tout ce qui y est étranger : Àrchimède courant nu dans les mes de Syracuse en s'écriant : Eupijxs, aussi insensible daus son enthousiasme à l'im* pression de l'air qu'au sentiment de la pudeur; Socrate, pendant Tune des expéditions militaires auxquelles il prit part, trouvé debout en face de l'ennemi dans une profonde mëdilalion et restant dans la même attitude le jour et la nuit, jusqu'au lever du soleil du lendemain ; Newton oubliant dans ses profonds calculs les lieures de repas et de sommeil ; Ampère ayant formulé les premiers termes d'un problème sur la capote d'une voiture au repos, courant après la voiture une fois mise en marche, pour poursuivre la solution de son problème. Et notez que ces oublis momentanés du monde extérieur, ces insensibilités à toutes les impressions qui en proviennent, au profit exclusif de Tunique faculté mise actuellement en activité, c'est, en général, sur des hommes que les excès mêmes des travaux intellectuels ont rendus exagérément sensibles, sur de véritables ndvropaUies, qu'on les observe. Qui ne sait, en effet, jusqu'à quel point se vérifie trop souvent le proverbial Vatum irritabile genus^ à quel degré d'hypersensibihté conduisent les efTorts trop soutenus et trop souvent réitérés de l'imagination « dont chacun est heurté et quelques-uns renversés, » suivant l'expression de Montaigne ! N'est-ce pas à propos de l'une de ces victimes de l'imagination, de J.-J. Roussean, si nous ne nous trompons, que Hume a dit qu'il était au moral dans la situation d'un animal qu'on aurait dépouillé de son épiderme et livré ainsi au contact du monde extérieur? C'est, comme en a fait très-justement la remarque le docteur Larivière dans une très -bonne thèse de 1855 sur le sujet qui nous occupe, V Influence des agents moraux sur l'organisme, de celte association d'une imagination ardente avec une sensibilité excessive, qu'est née cette sorte de con-
tagion de noire temps, pour laquelle il a fallu créer un mot, a le vague des passions », dont les types idéalisés des René, des Hanfred et des Werther, ont créé à leur tour tant d'imitations réelles et livré tant de victimes au suicide.
Nous avons dit plus haut que toutes les émotions, comme toutes les passions, agissaient suivant leurs caractères, les unes en déprimant Téconomie, les autres en l'excitant, ce qui les a fût distinguer en agents sthéniques et agents asthéniques. C'est ainsi que nous avons vu que la frayeur, eu général, déprime les forces, paralyse les mouvements, jette l'économie dans un état de défaillance et de pro>tration qui s'accuse par la pâleur, le tremblement, les horripilations, la sueur froide qui couvre le visage, la syncope, etc., tandis que la colère produit une sorte de suranimation, de turgescence de la face, et un redoublement momentané des forces ; que le chagrin, la jalousie, l'envie, sont essentiellement concentrés, dépressifs de leur nature, tandis que la joie se traduit par des phénomènes d'expansion, par une respiration plus libre et plus ample, par une sorte de sentiment général d'allégement et un besoin de se communiquer et de s'épanouir au dehors, à moins, comme on l'a déjà vu par les exemples cités plus haut, que portée à son degré le plus excessif elle n'aille jusqu'à l'épuisement subit des sources mêmes de la vie. C'est sur ces contrastes mêmes entre les effets d'une même cause qu'il convient que nous arrêtions un instant notre attention avant d'aller plus loin. S'il est vrai, en eflet, d'une manière générale, qu'on puisse ramener la plupart des effets des émotions à ces deux types de sthénie et d'asthénie, une analyse plus attentive des phénomènes nous montre souvent des contradictions apparentes, qui ne peuvent s'expliquer ou que par les degrés d'intensité même de l'émotion ou par le mode de réaction de l'économie suivant la constitution et le tempérament individuels. C'est ainsi, par exemple, que la frayeur dont nous venons de montrer les effets dépressifs produit parfois, lorsqu'elle est excessive, des phénomènes qui sembleraient se rattacher plutôt à l'ordre sthénique, tel que la contraction des capillaires d'où résultent le froid et la pâleur, l'horripilation avec corrugation de la peau (la chair de poule) et le redressement de la chevelure et des poils qui en est la conséquence. La colère ne se traduit pas toujours par l'état d'animation, de turgescence de la face et de toute la surface cutanée, par la violence et l'emportement du geste et l'exubérance de forces dont nous en avons fait le .«igné le plus commun. En opposition à cette colère « rouge », il faut placer la colère « blanche i, c'est-kdire la colère concentrée, avec pâleur de la face, contraction des traits; tremblement des membre^, tous phénomènes semblant indiquer un état particulier d'angoisse, mêlée de crainte et d'un caractère dépressif. Il importait de ne pas laisser passer ces différences dans les manifestations d'une même cause.
Les grandes émotions exercent-elles une influence sur l'état du sang? Quelle est cette influence? C'est là une question plus aisée à poser qu'à résoudre, aucune étude spéciale n'ayant été faite, que nous sachions, à ce point de vue '.
* Nous nous sommes vainement enquis de ce qui avait pu ôtre tenté pour apprécier eipéri mentalement les eflcU immédiats des grandes émotions sur l'état du sang, soit par les procédés physiques d'exploration, soit par les analyses chimiques. Ni dans les recherches spbygmographiques si multipliées depuis quelques années, ni dans les études d'hëmalopathologie que nous avons pu consulter, nous n'avons rien trouvé qui ait directement trait à ce sujet. Nous en dirons autant pour les variations possibles de la température, pour les modiflcations qu'un état passionnel violent peut introduire soit dans la composition des principaux liquides de l'organisme, soit dans la nutrition du système nerveux.
Tout au plus trouverions-nous un guide ou une indication de la voie dans Uc^jneUft ^^o.
MOT. IHG. S* S. XXL '^'^
5u Passions.
Nous ne voyons pas que les antenrs qui se sont spécialement oceopés des np-ports des passions avec la pathologie soient beaucoup plus avancés qae nous. € 11 est plus que probable, dit Descuret, que le sang éprouve aussi par VtttA des passions des altérations dont la chimie parviendra peut-être à constater k nature. Quant à présentée crois pouvoir avancer que les passions gaies on excentriques communiquent à ce liquide les caractères physiques qu'il présente dans la plupart des inflammations suraiguês, tandis que les passions tristes on concentriques lui donnent plutôt l'aspect qu'il offre dans les maladies astbénkpwSv notamment dans le scoriiut. » Mais c'est là une vue de l'esprit» une simpleprésomptîon qu'aucun fait précis, aucune expérience n'autorise à affirmer. Ce qu'on peut considérer comme (ait d'observation en même temps que comme dMaction physiologique, c'est l'altération secondaire, anémie, ou hydr^mieou* aglobulie, que subit le sang par suite des trouMes survenus, sous rinfluenoe dar passions, dans l'état des fonctions digestives (inappétence, anorexie, dyspepsie) et dans l'état de la nutrition générale. L'estomac est ici, comme dans tant d'antres circonstances, comme l'intermédiaire entre les deux grands systèmes organiques nerveux et circulatoire.
Abordons maintraant le point de vue spécial de notre sujet, l'action patbogénique des passions.
1 V. Effets pathogéniquei det pasHons sur les principaux organes. C'est surtout nux émotions que s'est appliqué tout ce qui précède. Ce que nous allons dire s*appliquera également aux unes et aux autres, les émotions, bien que passagères, pouvant donner lieu parfois d'emblée à des affections déterminées, le plus souvent clironiques et parfois même incurables, comme nous aurons à en citer des exemples, les passions proprement dites, par leur action plus lente, mais continue et incessante, donnant plus naturellement lieu à des maladies diverses. Nous avons déjà dit que c'est sur le système nerveux, en général, et plus particulièrement sur le système nerveux cérébral, que porte primitivement l'actiondes passions, les centres circulatoires et tous les autres viscères n'en étant impressionnés que subsidiairemcnt ou consécutivement. C'est donc par la recherche des effets pathogéniques sur les centres nerveux que nous allons rommencer cette étude, qui sera, en quelque sorte, comme la partie clinique de ce travail.
Cerveau. Les causes psychiques, passions, émotions vives, affections pro-
(lOiiiTait engager de semblablea recherches dans les études de X. Hairet sur rinfluence de l'aliénation mentale et de Tépilepsie sur l'élimination de Tacide phosphorique et sur les échanges nutritifs qui se passent au sein du système nerveux dans ces conditions morbides. Étant donné, d'après les recherches de M. Hairet, que la manie modifie difTéremment suirant les diverses périodes d'agitation, de dépression, de rémission et de convalescence, réliminatjon par les urines de l'acide phosphorique et de l'azote ; qu'elle modifie les échanges nutritifs qui se passent au sein de la substance nerveuse et les augmente; qu'elle suractive la Dotrition générale dans les périodes d'agitation, et les ralentit dans les périodes de dépression; que la lypémanie augmente les échanges nutritifs qui se passent au sein de la substance cérébrale et relentit la nutrition générale ; que dans l'épilepsie, en dehors des attaques et de Tétat de mal épileptique, l'élimination de l'azote et de l'acide phosphorique par les urines n'est pas modifiée, mais que les attaques et l'état de mal augmentent l'élimination de l'azote et de l'acide phosphorique, suractivent les échanges qui se passent au sein du système nerveux, — ne pourrait-on pas appliquer à l'étude dee effets des grandes passions ces procédés de recherches des modifications introduites sous leur influence dans les lois générales de la statique organique ? Dans l'impuissance où nous sommes actuellement de réunir les moiiidres éléments de ces problèmes, nous nous bornons à les proposer, non sans nous dissimuler les fré5^andes difQcultés qu'en poiura présenter l'étude. B....
fondes de Tâme» entrent dans l*ëlîologie d'un grand nombre de troubles ou de maladies plus ou moins graTes de Tencéphale» telles que : la méningite simple, rhyperémie cërëbrale, Tapoplexie, la sclérose. La plupart des auteurs sont unanimes à cet égard. Mais nous ayons voulu pousser plus loin Tenquéie sur ce point. Si nous consultons les collections d'observations relatives aux maladies de rencéphaie, voici quelques-uns des documents que nous y trouvons.
Dans les Lettres sur Vencéphale de Lallemand, sur les 270 observations qui y sont rapportées ou analysées, mais dont un très-grand nombre reconnaissent pour causes des traumatismes ou des influences spécifiques, nous en trouvons 10 dans lesquelles a été constatée la relation d'une souffrance morale ou d'une vive émotion avec des lésions cérébrales à divers degrés. Là ce sont des chagrins domestiques à la suite desquels sont survenus ou des accidents méningitiques chroniques suivis de ramollissement de la pulpe cérébrale, ou des hémorrliagies intra-ventiîculaires. Ici c'est une mort subite survenue chez un sujet irascible et en proie à de violents chagrins, et à l'autopsie duquel on trouve toute la substance cérébrale injectée et sablée de sang. Ailleurs on voit chez un sujet déjà hypochondriaque, en proie à une tristesse profonde, une violente impression donner lieu presque immédiatement à une hémiplégie faciale, suivie d'une hémiplégie complète de tout le côté droit, amenant la mort au bout de peu de temps. On trouve à l'autopsie plusieurs foyers purulents dans l'hémisphère gauche, avec ramollissement des parties environnantes. Dans un autre cas, chez on sujet mélancolique, un chagrin cuisant provoque un accès d'épilepsie qui laisse après lui une hémicrânie droite persistante. Le malade tombe dans le coma et meurt. L'autopsie révèle l'existence d'un abcès enkysté dans l'hémisphère droit du cerveau.
Dans le Traite' de pathologie d'Emile Gintrac on trouve des relevés d'observations classées par catégories de localisations avec l'indication des circonstances étiologiques et des lésions constatées à l'autopsie. Nous extrayons de ces relevés l'indication des faits où la relation d'une afTection morale avec la manifestatîoili morbide a été constatée et le rapport numérique de ces cas avec celui des autres causes.
La série des hémorrhagies méningées comprend 172 cas, sur lesquels les excitations morales ont été signalées 15 fois comme ayant eu une influence incontestable sur la production des accidents. Ces excitations morahs se décomposent ainsi : caractère exalté et irascible 2 fois; emportements 3 fois; chagrins iO fois.
Les hémorrhagies de la substance corticale du cerveau, an nombre de 45, se sont produites 4 fois à la suite de causes morales : affections morales tristes 3 fois, vive frayeur 1 fois.
Les hémorrhagies des lobes moyens, au nombre de 127, ont eu pour cause S fois des préoccupations morales et des émotions fortes, 1 fois un accès de jalousie et de colère, 3 fois des chagrins prolongés; en tout 7 fois une influence morale.
35 hémorrhagies des lobes postérieurs ont eu pour cause 4 fois de longs chagrins.
72 cas d'hémonrliagies des corps striés ont eu 10 fois pour cause des afl'ecticms morales vives, des chagrins, des frayeurs ou des accès de colère.
38 cas d'hémorrhagies des couches optiques ont été précédés 10 fois par des chagrins.
Sur 48 cas d'hémorrhagies simultanées des corps striés et des couches optiquesi les chagrins figurent pour cause 3 fois.
516 PASSIOHS.
Enfin» SOT 46 cas d*hémoiTfaagies des ventricules, on a relefé S fois de vib chagrins.
Les bémonrfaagies du oenrelel, au nombre de 56, ont été détermiiiées S Ibil par des accès de colère.
Pour les hémorrhagies du mësooéphale, des pédoncules et du bulbe rachidiea. an nombre de 78, 3 fois seulement on a relevé pour cause des aOectHms morales vifes, ou tristes ou concentrées.
La récapitulation de ces chiflres donne, pour un total de 753 obsenmlioM d*hémorrhagies, soit des méninges ou des diverses parties de Tencéphale» 67 Uns l'intervention de causes morales.
Voici maintenant les relevés qui concernent les eno^alites et les cérébellilei.
Pour les encéphalites, à foyers multiples, au nombre de 54, les affections vives de Tàme avec les excès alcooliques figurent au premier rang de Féliokigîe, mais sans indication de chiflres. Les chiflres manquent également pour TeBoé» phalile d*un hémisphère ou celle de la sid>stance corticale.
Quant aux encéphalites des lobes moyens, des lobes postérieurs, des lobes antérieurs, de la région centrale du cerveau, des corps striés et des couches optiques, représentées ensemble par le chiffre de 819, les causes morales, émotions vives, chagrins violents, vives contrariétés, figurent pour le chiflfre de 15.
Sur 32 cas de cérébellite on a signalé 1 fois une très-forte contrariété.
Ajoutons à ces faits Tobservation faite par Descuret que chei les jeunes filles de quinze à dix-huit ans l'hydrocéphalie aiguë serait le résultat d'un attadiement malheureux, d'un chagrin concentré.
On remarquera dans l'énoncé de ces faits que des désordres divers, des lésions graves du cerveau ou de ses annexes, ont eu pour cause tantôt des émotions vifes, tantôt des chagrins prolongés. Que ces derniers, par leur action continue, presque incessante, ne laissant en quelque sorte presque pas de repos aux centres nerveux, aient pu finir par amener à la longue des désorganisations cérébrales dont on vient de voir des exemples, cela se conçoit à la rigueur. Mais conunent une émotion vive, une impression violente et passagère, ont-elles pu produire de pareils résultats? C'est plus difficile à comprendre, à moins d'admettre des prédispositions, peut-être même des lésions déjà existantes, mais restées jusquelà à l'état latent et qui se manifestent avec éclat, à Toccasion de l'émotion vive qui vient surprendre brusquement les éléments nerveux dans ces conditions déjà anormales par elles-mêmes, soit que l'impression agisse directement sur les éléments nerveux par une sorte d'épuisement, soit que propagée aux centres vaso-moteurs elle détermine une ischémie ou une hypei-émie des lobes cérébraux et des altérations nutritives secondaires. Cette hypothèse nous parait d'autant plus admissible que, comme l'a dit si justement l'auteur du mot Cerveau de ce Dictionnaire, les causes fonctionnelles d'une part et les prédispositions de l'autre ne tiennent nulle part plus de place que dans les maladies de cet organe.
Cœur et circulation. Quand on envisage les fonctions circulatoires, on est frappé de l'impressionnabilité extrême de ses appareils, de la facilité et de la promptitude avec lesquelles ils réagissent sous les influences morales. L'effet des émotions morales sur le rhythme circulatoire est i'uue des preuves les plus manifestes de Taction du cerveau sur le cœur par l'intermédiaire du pneumogastrique, si bien établie par les expériences de Cl. Bernard, et de la loi de réciprocité d*influence ou de réaction de ces deux organes l'un sur l'autre, formulée
par Darwin. Mais Tobservatioa clinique, à cet égard, avait cl<$jà devancé les expériences et les interprétations physiologiques.
€ De toutes les causes capables de produire les maladies du cœur, a dit Corlisarty les plus puissantes sont les affections morales. Aucune affection de ce genre n'a lieu sans que le cœur ne soit accéléré, renforcé ou ralenti, i Les émotions fréquentes et surtout les passions tristes, le chagrin, étaient, suivant lui, des causes fréquentes d'hypertrophie cardiaque. « Qui niera, dit-il, l'immense puissance de la colère, de la fureur, de la crainte, de l'envie, de la jalousie, de la peur, de la terreur, de l'amour, du désespoir, de la joie, de la tristesse, etc.? Par une fatalité déplorable, ajoute-t-il, les plus nobles passions, les plus beaux sentiments, réagissent aussi sur le cœur pour troubler son action. »
Sénac, s'étendant longuement aussi sur TinOuence des causes morales, fait la remarque qu'elles n'agissent pas toutes de la même manière ; que la crainte et la terreur n'ont pas le même mode d'action que les chagrins et la tristesse.
Bonillaud n'a pas tout à fait partagé, à cet égard, l'opinion de ses devanciers,
dont il a trouvé les assertions au moins exagérées. « Quel est donc l'homme,
dit-il, qui ne soit agité par une ou plusieurs passions bonnes ou mauvaises? Si
elles pouvaient déterminer des lésions organiques du cœur, leur nombre devrait
être ^1 à celui de la population... Si l'opinion de Corvisart était vraie, ajoute-
t-il plus loin, on devrait observer des lésions organiques du cœur à la suite des
palpitations violentes et prolongées: or ces névroses, surtout celles qui sont liées
i on état chlorotique, sont certes bien communes. L'observation faite chaque
jour pendant de longues années nous montre des personnes nerveuses tour-
meolées depuis longtemps par de violentes palpitations, snns que celles-ci aient
jamais amené de lésions organiques du cœur, i Bouillaud attribue la croyance
des médecins qui regardent encore les influences morales comme susceptibles
d*engendrer quelquefois ces maladies à une méprise, à ce que beaucoup d'entre
eux prennent encore des palpitations chlorotiques pour des palpitations se rat-
taidiant à une lésion organique. Quant à lui, il reconnaît l'influence des causes
morales sur le développement des afTections nerveuses du cœur, mais non sur
celai de ses lésions organiques.
Les opinions de Bouillaud sur ce point sont celles qui paraissent dominer anjonrd*hui et qu'ont adoptées la plupart des auteurs des ouvrages les plus récents sur les maladies du cœur.
n y a cependant des distinctions et des réserves à faire au sujet de celte opinion. L*acûon des passions sur le cœur n'est pas conteslable et elle n'est pas contestée en iait. Hais il s'en faut qu'elle soit aussi générale, aussi profonde et aussi fireete qu'on Ta cm longtemps. Sans doute rien n'est commun comme de eoDstater sous l'influence d*une émotion vive, d'une exaltation de Tâme, d'une passion violente, d*une énergique détermination de la volonté, une perturbation momentanée ou plus ou moins persistante dans le rhythme du cœur, un accroissement d'impulsion, une précipitation ou un désordre tumultueux dans ses battements, le cœur lançant tantôt le sang avec force dans les artères, d'autres fois, au contraire, si la passion est de nature déprimante et concentrante, hésitant, luttant et s'épuisant en efforts impuissants qui se traduisent par de petits battements intermittents irréguliers, accélérés et aboutissant à la syncope, à une véritable sidération du cœur, dernier terme de la dépression. Ceci est d'observation journalière; mais de là à la détermination de lésions organiques soit du myocarde, de l'endocarde ou des orifices, il y a loin. Et cependantU eik\A 4âxv^ \fi^
annales de la science plus d*un exemple authentique de mort subite par rupture du cœur déterminée par une frayeur, une émotion vive, un violent accès de colère. L'émotion n*a été évidemment, dans ces cas, que la cause déterminante d'un accident préparé par un état morbide antérieur du cœur, ramollissement, ulcération ou dégénérescence granuleuse ou granulo-graisseuse, qui Ta fait céda devant une contraction violente. Les émotions, dans ce cas, n'agiraient pas autrement que diverses autres causes. Barth a noté la rupture du cœur à la suite de vives contrariétés ou d*un repas copieux ou d*un effort pour monter au lit; chez d'autres, ce sont les efforts pour aller à la garde-robe qui ont déterminé la rupture du cœur. On a cité aussi l'immersion dans un bain froid. Il est probable, ainsi que M. Peter en fait la juste remarque dans son Traité clinique et pratiqiLe des maladies du cœur, 1883, que ce sont autant de causes occa* sionnelles et que dans tous ces cas le mécanisme matériel de la rupture a été le même : l'émotion, c'est la contraction violente du cœur; le repas copieux, c'est la plus grande fréquence en même temps que l'intensité plus grande des contractions, etc. De part et d'autre, il y a saisissement par contraction brusque el violente du cœur, qui cède dans le point oîi il est déjà altéré et ramolli.
Nous en dirons de même pour les lésions vasculaires produites par des causes morales. Comme l'ont dit très-justement aussi nos collaborateurs le regretté Parrot et MM. Potain et Rendu dans l'article Cœca de ce Dictionnaire: « Sans doute les émotions, les grands chagrins et tous les autres troubles de Tàme impriment ta oœur des secousses qui l'épuisent et lanéantissent. Toutefois, ils ne frappent avec cette intensité que les cœurs prédisposés par une faiblesse native ou par un état morbide antérieur, et, s'ils font de graves blessures aux cœurs usés, ils s'émoussent le plus souvent sur ceux qui sont jeunes et qui ne portent aucune tare î> (Parrot).
Quant aux lésions d'orifices ou val vula ires, MH. Potain et Rendu font la remarque que les e'motions n'agissent que comme prédisposition à l'aclioa d'autres causes plus directes, ou bien, ces lésions une fois formées, en exagérant les conséquences nuisibles ou en faisant apparaître les symptômes jusquelà restés latents. C'est de la même manière que Ton peut comprendre le rôle d'une émotion vive survenant chez un sujet déjà asystolique dont elle aggravera certainement Tétat, si elle ne précipite même l'issue de la maladie. Beau a rapporté le fait d'un homme qui serait devenu asystolique par le (ait seul d'une grande frayeur.
Ce qu'on peut affirmer, d'une manière générale, c'est que les émotions vires, surtout loi*squ'elles sont répétées, sont souvent des causes de palpitations quii par leur reproduction fréquente, peuvent finir à leur tour, les prédispositions aidant, par devenir le point de départ de désordres plus sérieux et même de véritables lésions telles que l'hypertrophie du ventricule gauche, des anévrjsnies de l'aorte, ou un véritable épuisement cardiaque. M. Peter admet cependant qae dans certains cas les passions, comme les fatigues et les excès, peuvent déterminer directement l'hypertrophie du ventricule gauche. Il l'a observé cbex des individus usés par les fatigues de la vie maritime ou de la vie des camps, delà politique ou des affaires, etc., chez lesquels le concours de ces deux ordres de causes était manifeste. D'après des observations de M. Legroux, les émotions joueraient un rôle certain dans la production des anévrysmes de l'aorte.
Les passions tristes, telles que les chagrins, la peur, la crainte, de même que le surmènemenl rèsuVlaxil de It^vaux intellectuels exagérés ou de fatigues
iphjBÎqoes excessives, amènent au contraire une dépression du cœur pouvant aller jiisqu*à la syncope et à lasystolie. Les émotions factices qu*on va chercher dans certains spectacles, jointes à Taction de la clialeur souvent excessive de la salle et à la gène respiratoire qu*on y éprouve, déterminent ces états syncopaux que les médecins de théâtres ont si souvent Toccasion d'observer et que M. Constantin Paul a décrits sous le nom de ma/ de théâtre.
Parmi les phénomènes de perturbation circulatoire locale produits par des panions il faut signaler, en outre, les rougeurs, les pâleurs subites de la lace, qui trahissent à notre insu les étals d'ébranlement de la sensibilité, effets soavent indiqués par Beau et très-bien décrits dans la thèse d'agrégation de Legros sur les vcuo-moteurs^ certains troubles trophiques résultant des actions à distance produites par les centres nerveux sur les différents territoires de la •cûrcalation périphérique, à la suite d'émotions vives, tel que le blanchisscment instantané des cheveux, dont nous avons déjà parlé plus haut, les cas d'alopécie rapportés par Cornette dans les Annales médico-psychologiques de 1873, la soppression ou les modifications brusques du lait chez les nourrices, les métrorifaagies, les avortements qui s'ensuivent souvent pendant la grossesse, les troubles nutritifs survenus chez le fœtus, etc.
Un gynécologbte distingué, Raciborski, a signalé, dans un mémoire publié en 1865, Taménorrhée par causes psychiques ou passionnelles comme constituant un état pathologique réel ayant son individualité. 11 a rapporté, notamment, les exemples d'aménorrhée produite par la peur de la grossesse. Une trop ^^rande concentration des idées vers la maternité, Timmense désir d'avoir des enfants a pu agir aussi dans quelques cas d'une manière réflexe sur les nerfs vaso-moteurs des ovaires et occasionner une suspension plus ou moins longue de la meastruatrion. 11 n'est pas rare, en effet, de voir des femmes après plusieurs mois de mariage infécond poursuivies par la crainte de la stérilité, s'en préoccupant sans -cesse, surtout aux époques menstruelles, devenir réellement aménorrhéiques sans que leurs désirs et leurs espérances se réalisent. L'aménorrhée née dans ces ' conditions peut se prolonger pendant plusieurs mois, et l'on a vu quelquefois se manifester dans ces cas, sous l'influence de la conviction oîi sont ces femmes qu'elles sont enceintes, des sensations particulières à la grossesse, telles que des nausées, le sentiment de gonflement des seins avec coloration de l'aréole et quelquefois même un commencement de sécrétion lactée. C'est ce qu'on a désigné sous le nom très-impropre d'ailleurs de grossesses nerveuses.
On peut rapprocher de ces faits, que Raciborski a cru pouvoir expliquer par une modification de la circulation ovarienne sous l'influence de causes psychiques, ce qui se passe dans l'anaphrodisie psychique de l'homme.
Organes respiratoires. Les ébranlements du cerveau ont aussi leurs retentissements sur les organes et sur les fonctions respiratoires, soit que les nmscles qui effectuent les mouvements d'inspiration et d'expiration soient synergiquement mis en activité et produisent, tantôt une inspiration anxieuse, entre-coupée, hale*^ taute, tantôt une expiration saccadée ou diversement troublée dans son rhythme et se traduisant par des soupirs, des gémissements, des sanglots, etc., soit que par rintermédiaire du pneumogastrique l'innervation du poumon vienne à être atteinte; enfin, le poumon peut être atteint par l'épuisement général de l'économie* La pneumonie peut éclater à l'occasion d'une vive émotion morale. Rostan a rapporté l'histoire d'une femme qui fut frappée subitement d'une pneumonie 4rès-grave à la nouvelle de la mort de son fils. Grisolle l'a observa chez une
femme qui, apprenant qu'elle avait été victime d'un vol, éprouva à l'instant même un saisissement violent, qui fut promptement suivi d'un frisson, d'un point de côté et de crachats rouilles. On l'a vue se développer à la suite d'un grand accès de rire ou d'un accès de colère.
L'asthme a eu plus d'une fois pour point de départ, sinon pour cause, des chagrins profonds et prolongés, un accès de colère. D'après Van Helmont, la contraction spasmodique des poumons à la suite d'un mouvement de colère a déterminé l'asthme nerveux et la mort. Hoffmann raconte qu'un homme profondément affecté pour un grand opprobre et une injure publique, ne pouvant rien répondre et cherchant à dissimuler sa honte, fut pris presque aussitôt d'un accès d'asthme. On l'a vu survenir également à la suite d'une frayeur (Riediin, Millenarius), d'un accès de jalousie (J. Frank), de l'amour sexuel (Plater, etc.).
D'après Descuret, la moitié des phthisies pulmonaires reconnaîtraient pour cause la passion amoureuse, les excès sexuels auxquels elle conduit. Nous inclinons à considérer cette proposition comme exagérée. Que les excès sexuels, comme toutes les causes d'ébranlement profond du système nerveux, de âéferditim des forces et d'altération des fonctions nutritives et plastiques, en ameui^ à la longue la misère physiologique, contribuent pour leur part au développement d'une tuberculisation pulmonaire à laquelle les sujets seraient déjà prédisposés, soit héréditairement, soit par leurs antécédents morbides propres, rhumes fréquents, bronchites répétées, congestions pulmonaii'es, cela ne fait aocmi doute; mais que les excès sexuels sufQsent à eux seuls pour déterminer d'emblée et dans une aussi grande proportion une tuberculose pulmontire, dont le germe n'existerait pas soit sur le sujet lui-même, soit à sa portée sons forme de contagium, d'après les faits expérimentaux récents, c'est ce f» nous ne saurions admettre sans de grandes réserves. La passion de lamonra, d*ailleurs, de bien autres effets, dont la variété même nous a obligé à les dissocier et à les disséminer dans divers paragraphes. Nous aurons donc h y re?enir.
Appareil digestif. Les organes digestifs, comme les organes pulmonaires, sont également, plus même que ces derniers, à la merci des grandes émotions et des passions violentes ou profondes. Une frayeur subite, une nouvelle émoavante, interrompent instantanément la digestion, si elle est en train de s'effectuer, provoquent le rejet immédiat des aliments que Testomac devient inliabilet élaborer. Une grande tristesse habituelle ralentit d'une manière permanente et trouble les fonctions de restomac. On fait jouer aussi un grand rôle aox chagrins, aux passions tristes et déprimantes, sur la manifestation de la gastralgie, de la dyspepsie, des phlegmasies chroniques, des ulcératious de h muqueuse gastrique, du squirrhe du pylore ou des autres formes du cancer stomacal. En effet, le chagriu, les sentiments de la peur et de la terreur prolongés, ont très-souvent pour conséquence des dyspepsies rebelles, avec toute la variété de leurs symptômes, en même temps qu'elles déterminent la dét^béance de l'économie, double condition qui peut influer sur le développement de néoplasies. Quant aux effets immédiats sur Tétat de la muqueuse gastrique, ils ont été directement constatés par Beaumont, qui a vu plusieurs fois, à travers li fistule de son Canadien, la muqueuse devenir rouge et sèche ou pâle et tenie, sous rinfluence d'une commotion morale. M. Leven, dans -son livre intitula* Estomac et Cerveau, comme exemple des relations étroites qui lient ensefflWe ces deux organes et des perturbations communes qu'y produisent les passiofls et les chagrins, rapporVe k ta\l suivant. Une femme de quarante-huit ans,
PASSIONS. 5if
toumiratëe depuis plusieurs années par de violents chagrins, fut prise tout d*un coup d'un état nerveux, caractérisé par des douleurs de tête atroces sur la partie supérieure du crâne, jour et nuit sans trêve, insomnie, bourdonnements d*oreille. Un médecin, croyant à une congestion cérébrale, la soignait depuis deux mois sans résultat par des sangsues, des vésicatoires et des purgatifs. H. Leven ayant constaté de la douleur à la pression sur le plexus solaire, de rinappétence et des vomissements alimentaires, institua le traitement de la dyspqfisie. En huit jours, les crises de tête avaient cessé, le sommeil était revenu ; en moins de trois mois la malade était guérie.
Les intestins, moins immédiatement soumis que l'estomac aux influences émotives, n'eu sont cependant pas tout à fait à l'abri. Nous avons déjà parlé plus haut de l'effet bien connu de la peur sur l'hypersécrétion de la muqueuse intestinale et sur le relâchement du sphincter, d'où l'espèce de catastrophe que l'on 8»t.
Qoel est le rôle que les émotions vives et les passions jouent dans la production des maladies du foie ? ou plutôt les influences morales ont-elles une part dans ces maladies? La question a été déjà posée à l'article Foie de ce Dictiminaire, et l'auteur de cet aiiicle, H. Rendu, regarde ce point déjk trèscootroversé comme fort obscur. Il ne nie pas que des perturbations fonctionnelles du foie surviennent fréquemment à la suite d'émotions vives : témoin l'ictère {ne Ton peut appeler émotif, non plus que la participation que le foie prend avec l'estomac aux troubles qu'engendrent les préoccupations intellectuelles ou morales intenses. On en pourrait citer plus d'un exemple, celui notamment, rapporté par Lorry, d'un homme tombé dans un état de mélancolie, dont le dâure exclusif consistait dans un amour de la patrie porté à l'excès. On était alors au temps oh la France subissait les plus grands revers. Les calamités publiques le plongeaient dans une profonde tristesse. Les médecins les plus instruits ne savaient à quoi s'en tenir sur cette maladie. Insensiblement les digestions devinrent mauvaises ; le corps s'amaigrit, le visage devint pâle et lÎTÎde. Tout à coup le malade se trouva pris d'une douleur obtuse et profonde dans la r^on du foie et peu de temps après il périt dans le marasme. A Tantopsie, on trouva un vaste foyer purulent dans le foie. Nos récents désastres n*ont-ils pas produit des effets analogues? Nous conviendrons toutefois, avec notre savant collaborateur, de la diCGculté de discerner, dans les cas presque tonjoars complexes où les troubles du foie paraissent jouer un rôle sous rinfluence de gi*andes émotions ou perturbations morales, ce qui lui appartient en propre d'avec ce qui peut n*être que secondaire aux troubles gastriques antéoédoils ou concomitants. Pour ce qui est du cancer hépatique, que l'on mis sur le compte des passions dépressives, comme les longs et profonds chagrins, il ne serait peut-être pas beaucoup plus facile d'en démontrer rigoureosement l'origine passionnelle qu'il ne serait possible de la nier.
Fièvres* Les excitations du système nerveux, les émotions morales, les préoccupations violentes, comptent au nombre des causes de l'ataxie dans la fièvre typhoïde. Le typhus, le scorbut, sont loin de rester étrangers à leur influence. La fièvre intermittente compte aussi au nombre de ses causes occasionnelles les mouvements déréglés de l'âme, la honte, l'amour, la terreur. Ce dernier sentiment surtout, inspiré par la vue d'animaux immondes ou malfrisants, par la vue d'un épileptique, a été plusieurs fois signalé comme cause déterminante d'accès de fièvre intermittente. J. Frank dit avoir compté un
5Si PASSIONS.
grand nombre de ces fièvres occasionnées par l'attaque de chiens. La fièvre puerpérale est assez souvent gravement influencée par les conditions morales si tristes et si déprimantes dans lesquelles se trouvent en général les filles mères qui vont se faire accoucher dans les hôpitaux. « J*ai vu maintes fois dans moo service, dit H. Hervieux, déjeunes accouchées en voie de rétablissement prendre un frisson et devenir mortellement malades à la suite d*une visite et de reproches intempestifs faits par leur mère ou un parent; ou, à la suite de Tagitation et de la perplexité que leur causait la résolution d'abandonner leur enfant, des filles mères jusque-là bien portantes tomber malades le lendemain du jour où cette résolution avait été exécutée et succomber peu de temps après. Je vois journellement les moindres réprimandes, les contrariétés les plus légères, Tattente d*une lettre qui n'anîve pas, la préoccupation d*ua loyer à payer, la crainte d*étre mal reçue au sortir de Thôpital, une déception, une surprise, en un mot, une commotion moi-ale quelconque, donner lieu le jour même à une surexcitation nerveuse bientôt suivie de fièvre et de symptômes abdominaux plus ou moins graves chez des malades qui ne m'avaient in^iré aucune inquiétude, ou que je croyais hors de danger. » Des faits analogues avaient été constatés et signalés, d ailleurs, par la plupart des anciens aocouclieurs, notamment par Roderic à Castro, par Rivière, Willis, Cooper, Demnao, Jonhson, Delaroche, Paul Dubois, Alexis Iforeau, Tonnelé, etc., qui ont toas indiqué les affections vives ou tristes de Tâme comme cause des maladies des femmes en couches.
CUoroie. Les noms de morbus virgineuSf de chlorom amaloria^ fièwre d'amour, que l'on a donnés à cette cachexie, indiquent assez par eux-mémei le rôle qu'on a assigné de tout temps dans sa production à la plus naturelle et h plus universelle des passions, celle dont on a dit, avec raison, qu'elle était h plus douce, la plus pénible ou la plus affreuse de toutes, selon qu'elle est heureuse, contrariée ou traversée par la jalousie. Sans doute, la chlorose nï pas toujours pour cause la passion amoureuse, n*étant même le plus souvent que Teffet ou le résultat d*un phénomène d*évolution et de développement organique plus ou moins troublé ou enrayé dans sa marche naturelle, abstraction faite de rintervention de tout désir sensuel ou de tout sentiment platonique. Mais qoe dans ces conditions ou à une période un peu plus avancée de la vie, en état de continence rigoureuse, vienne à s*allumer un amour uon-seulement non satisfait, mais contrarié ou non partagé et qui va s'accroître à raison des obstacles OQ des rebuts jusqu'au paroxysme de la plus violente passion ou de la plus ardeote jalousie, ce ne sera plus seulement un martyre moral dont sera frappée II malheureuse victime, mais à une échéance plus ou moins éloignée une dégradation organique générale lente et graduelle, une véritable consomption dont rien ne pourra arrêter les progrès et prévenir Tissue fatale. Les exemples de faits de ce genre sont loin d'èlre rares dans les annales de la science comiDe dans Thistoire du monde. Pour ma part, je ne pourrai jamais oublier une belk jeune fille, a laquelle j'étais attaché par une affection toute paternelle, d*ooe santé florissante et d'ime belle constitution, appartenant à une famille dans laquelle il n'y avait point de maladie héréditaire, exempte elle-même de tout antécédent morbide, et chez qui rien ne pouvait faire soupçonner Texisteoct d'une diathèse quelconque, et que j'ai vue peu à peu perdre sa fraîcheur et si gaieté naturelle, s'assombrir, s'anémier, maigrir, perdre de jour en jour te forces, tousser sans (^ue l'auscultation ait jamais révélé la moindre lésion dua
les poomons» perdre l'appétit, n'assimiler qu'imparfaitement le peu d'aliments qu'U était possible de lui faire prendre, se dess(k:her, tomber enfin dans une Téritable fièvre hectique et succomber, sans qu*aucun des soins que des amis aussi dévoués qu'intelligents voulurent bien lui donner de concert avec moi, ait pu un seul instant enrayer ni modifier en quoi que ce soit cette marche fatale d*uoe maladie sans nom et sans cause... autre que celle dont j'avais le secret, un amour violent, le premier et le seul qu'elle ait jamais eu, pour un homme ({\\i ne le partagea point.
La chlorose et ses conséquences ne sont pas les seuls effets d'un amour non satisfait. Beaucoup d'autres états morbides dont il sera question ailleurs peuvent «a être le résultat, comme l'hystérie, l'épilepsie, la manie, la mélancolie, la tendance au suicide, etc. Quant aux effets de l'amour trop satisfait sensuellement, des excès sexuels ou des funestes résultats de la débauche à la fois vénérienne et bachique, de l'onanisme, etc., nous n'avons pas à nous en occuper spédalement ici, ces faits rentrant plutôt dans l'ordre des habitudes vicieuses que dans celui des passions proprement dites. On les trouvera, d'ailleurs, signalés dans Ténomération des causes d'un grand nombre d*aflections à Thistoire desquelles nous renverrons les lecteurs, telles que l'état nerveux ou névropathie, dlTerses névroses spéciales, l'ataxie locomotrice, certaines myélites, en parlicu* lier la myélite chronique primitive, la paralysie labio-glosso-pharyngée, la para- Ijsie générale, etc.
Névroses* Trousseau et Pidoux assimilant les passions aux spasmes essentiels, nous les montrent les uns et les autres jaillissant des mêmes foyers, suscitant des troubles analogues, s'accom plissant, en un mot, suivant les mêmes lois physiologiques et ne différant véritablement que par leurs causes déterminantes <Hi occasionnelles et conséqueœment par leur but final. Nous ajouterons à ce rapprochement comme trait d'union de plus que la plupart des grandes névroses, <le» maladies essentiellement spasmodiques, reconnaissent le plus habituellement pour causes de grandes émotions ou de violents accès de passion.
La première place appartient à la plus grave et la plus terrible des névroses, fépHepsie. L'influence des émotions morales, de la frayeur, de la crainte, de la terreur, notamment, sur la production de l'épilepsie, a été indiquée par Bippocrale et mentionnée depuis partons les médecins. J. Frank a fait le calcul que, diez 60 épileptiques sur 80, les accès avaient été déterminés par la terreur. Georget et Esquirol ont constaté également que la frayeur doit être comprise pour les 3/4 au moins dans le tableau des causes de l'épilepsie. Uu relevé fait par Horeau (de Tours), en 1854, avec Taide des diverses statistiques de Leuret, Bouvet et Cazauvielh, de Beau, de Maisonneuve, de Calmeil et de la sienne (HoprOt a donné pour un total de 444 épileptiques l'énorme proportion des i/b^* (KNur les causes morales. La frayeur à elle seule figure pour le chiffre de 314. En y ajoutant les émotions vives d'une autre nature, la vue d'un épileptique en teeès, le viol, qui impliquent des impressions à peu près identiques, on arrive ta chiffire de 364 sur 444.
Dne statistique anglaise, celle de Gowers, communiquée il y a quelques années an Collège royal des médecins de Londres, donnait des résultats analogues. Cowers attribuait plus de 1/3 des cas où les causes ont pu être relevées et 1/7* de la totalité des faits observés aux causes psychiques : la frayeur, Texci- Uition, l'anxiété. C'est la frayeur qui occupait le premier rang, avec 10 pour 100. Elle agit» disait-il, surtout aux premiers âges de la vie, où l'émotion est facile;
elle est encore puissante à Tépoque du passage de l'enfance à Tadolescence ; plus tard elle devient inactive.
Presque tous les médecins sont d*accord pour reconnaître une même influence des causes morales sur la plupart des autres névroses» notamment de la frayeur et de la colère sur la chorée et sur la paralysie agitante; de la frayeur, da chagrin, de Tamour contrarié, après lesquels il faut placer Texcès des travaux intellectuels, les méditations profondes et trop soutenues sur la catalepsie; des passions et aHections morales tristes, déprimantes, préoccupations, soucis, chagrins, nostalgie, crainte, ennui, contrariétés d*amour, jalousie, sur Yhysiérie; enùa de presque toutes les passions, en général, de quelque caractère qu'elles soient, sur la neurasthénie ou cet état que nous avons décrit dans ce Dictionnaire sous les noms i'état nerveux^ de névropatkie.
Cette étiologie banale de la plupart des névroses par les émotions et les divers mouvements passionnels, qui semble acceptée par la très-grande généralité des médecins, repose-t-elle en réalité sur une observation rigoureuse, est-elle \ Tabri de toute objection? Des critiques sérieuses ont été faites en particulier à la théorie étiologique de Tépilepsie par la frayeur. Lasègue s*est élevé âiergiquement contre l'extrême facilité avec laquelle, au nom de la statistique, on admet que dans une proportion considérable qui varie, suivant les relevés, de 50 à 70 ou 75 pour 100, Tépilepsie, cette maladie terrible et implacable, h plus rebelle à toutes les influences extérieures, quelles qu'elles soient» et fatalement destinée à une évolution qui n'a pour terme que les plus graves perversîoos encéphaliques et finalement la mort, reconnaîtrait pour, cause unique une frayeur ou toute autre émotion violente, alors, disait-il, que ni la peur i son summum, ni la mort imminente, ni un péril suprême, ne seraient de nature à provoquer un vertige ëpileptique de quelques secondes de durée ! J'accepteraist ajoutait-il, une émotion violente, terrible, occasionnant un délire passager, mais je ne consens pas à laisser figurer ces agents subalternes en tète deTédologie de Tëpilepsie. La cause de Terreur dans laquelle sont tombés â cet égard la plupart des médecins, complices en cela de Topinion populaire, est loot entière dans ce fait qu'ils ont attribué à Taccident qui a précédé plus ou moins immédiatement l'explosion de la maladie une puissance étiologique suffisante, alors que la maladie existait en puissance, soit héréditairement, soit parle fait d'une prédisposition organique ou constitutionnelle, et que l'événement accidentel n'a été que l'occasion de sa manifestation ou la cause déterminante des accès ultérieurs. Lasègue se fondait en cela sur quelques exemples qui éliient de nature à prêter à l'équivoque et qu'une analyse pathologique rétrospeclire suffisait à ramener à leur signification étiologique vraie. Ici c'était Tliisloire d'un gendarme qui, après avoir assisté à une exécution capitale, fut pris d'insomnie et de terreurs nocturnes avec vision de têtes de décapités desc^dant le long des murs de sa chambre. L'émotion ne semblait-elle pas, au premier abord, jusliûer suffisamment ce trouble mental ? Sans doute. Mais ce qu'onaTiil omis de dire, c'est que ce gendarme était un alcoolique, élément étiologiqa^ prédisposant, antérieur à Timpression morale et qui, par conséquent, denit entrer au moins pour une part dans la production de l'idée délirante. U* c'était un enfant qui, pendant qu'il traversait un chemin creux, voittoofi coup un chien de berger sauter d'une haie à l'autre. L'enfant a peur et htit jours après éclate la première crise ëpileptique. Or, cet enfant avait une de ces conformations crâniennes \'vdew%es dont Lasègue a fait une des conditions (Xp^-
niques et un des caractères de la prédisposition à Tépilepsie. On pourrait multiplier beaucoup ces exemples.
Est-ce k dire que devant une maladie aussi spéciale que Tépilepsie dans ses formes comme dans son évolution, inhérente et enracinée à Téconomie, qu'elle soit héréditaire, congénitale ou acquise» il faille refuser absolument toute participation aux actions et aux influences extérieures, soit sur leurs premières manifestations» soit sur la reproduction des accès ultérieurs, pour laisser peser rétiologie tout entière sur une disposition organique appi*éciable ou non? Nous M le pensons pas. Ici comme à propos de toutes les maladies autres que celles qni reconnaisseiit pour cause un agent spécial bien déterminé comme un poison, on virus, an parasite ayant puissance ètiologique entière et absolue, — réserve faite encoredes résistances individuelles, — il y a à faire Tapplication de Tune des lois les plus générales de Tétiologie, savoir : la complexité et la hiérarchie de ses éléments, les uns éloignés, prédisposants, les autres prochains, occasionnels ou déterminants; enfin, les conditions souvent si variables de la réceptivité, de la résistance ou de la réaction organique. Qu'une frayeur, une impression d*effioi ou de terreur profonde, n*aient pas par elles-mêmes, si intenses qu'elles soient, la puissance de produire de toutes pièces une maladie telle que Tépikpsie, si les conditions organiques du sujet ne sont pas de celles qui constituent la prédisposition à cette alïection, nous Taccordons volontiers. Mais en pi*ésence des faits si nombreux que fournit lobservation, est-il possible de se refuser à voir, dans ces influences morales qui portent un trouble si profond dans toute Téconomie et surtout sur le système nerveux, au moius la cause occasionnelle qui a déterminé la première explosion d'une maladie peut-être déjà eu voie d'évolution latente, ou bien, une fois la maladie déclarée, qui provoque des accès toujours imminents et qui semblent n'attendre qu'une occasion pour passer à l'action?
Ce que nous venons de dire pour l'épilepsie peut également s'appliquer à
quelques-unes des autres névroses que nous avons rapidement passées eu revue.
Un médedn dont l'esprit sceptique n'était pas facile pour tout ce qui était
légende populaire, tradition scolastique ou banalité ètiologique, Lorain, n'a pas
béaitë à s'élever contre une fin de non-recevoir systématique, opposée à cet
^purd par beaucoup de médecins, et à admetti*e dans une certaine mesure les
éoioiioas soudaines comme cause du développement instantané de troubles
aemeox persistants, tels qu'hystérie, chlorose, chorée, paralysie agitante. Ce
Sont des iSûts observés par lui-même qui l'y ont conduit, tels que ceux-ci :
deux femmes choréiques qui ont vu leur maladie se développer sous l'influence
de la peor, étant toutes deux en pleine époque menstruelle, et prendre chez
roue la forme rhumatismale, chez l'autre la forme hystérique, en raison de
leoni différences de constitution ; une jeune fille, chez qui l'émotion causée par
la foudre tombée presque à ses pieds a déterminé une chorée également bien
CMMSlérisée; une autre, devenue aussi choréiqueà la suite d'une émotion causée
f9T une rixe; enfin, une jeune femme qui, à la suite d'une émotion, a été prise
d*hyfttérie paralytique, et une jeune fille prise après une peur de paralysie
agitante.
Nous avons vu, il y a peu de temps, à l'IIôtel-Dieu, dans le service de 11. Vuipian, une femme de la campagne, vigoureuse, bien constituée, pas du tout nerveuse, ayant joui jusque-là d'une santé parfaite et qui, à la suite d'un saisissement profond, d'une douleur morale intense que venait de lui causer
la mort de son mari, a ëté prise brusquement du tremblement caractéristiqoe de la maladie de Parkinson. L*enqiiête la plus précise sur les antécédents et la manière de vi?re habituelle de cette malade n'a pu faire découvrir aucune antre circonstance susceptible d'expliquer autrement le développement de cette afiee» lion. Dans les faits, déjà nombreux du reste, observés par H. Charcot et pir Parkinson, c'est presque constamment une cause semblable, c'est-à-dire m une grande frayeur ou une violente émotion, qui a été le point de départ de h maladie. En admettant pour la paralysie agitante, maladie si spéciale aussi» ks mêmes restrictions que nous avons faites pour Tépilepsie, savoir que Taction de la cause manifeste et seule apparente a été secondée ou favorisée, suivant toutes les probabilités, par quelque prédisposition telle qu'une diathèse on une hérédité nerveuse, toujours est-il qu'on ne peut pas ne pas tenir compte de la part à faire à l'émotion, au moins comme cause déterminante. Nous en dirons autant pour l'hystérie, pour la chorée.
Tout récemment encore, H. Charcot présentait à ses élèves de la SalpéCrià« et aux assistants à ses leçons une femme devenue hystérique d'abord, pais choréique rhytbmique» à la suite d'une grande commotion produite par la vue de son mari gravement Uessé et ayant eu son cheval tué sous lui. H ne nous paraît pas possible de négliger cet élément éliologique.
Au nombre des névroses ou à côté d*elles il faut placer ici encore la noUalgk ou mal du pays^ celte sorte « d'idée fixe du cœur »» comme l'a appelée Fonssagriivs, née, en effet, d*une véritable passion, l'amour exclusif des lieux de sa naissance ou de ceux qu'on a habités et oh ont été conçues toutes les premières affections, éprouvées toutes les joies des premières années, dont les souvenirs se sont transformés par l'éloignement en regrets, en chagrins et en un désir maladif de retour, que mille causes accessoires ne font qu'accroître et aigrir de plus en plus ; c'est surtout dans l'armée et dans la marine que sévit encore le plus acti* vement le mal du pays, bien que de Tavis des médecins militaires et des médecins de la marine il paraisse devenir de moins en moins fréquent de nos jours.
Aliénation mentale. Production de la folie par la passion. Transition de Vune à Tautre, Nous arrivons à l'un des points les plus graves et les plus intéressants à la fois de l'histoire pathogénique des passions, à leurs relations avec l'aliénation mentale. Nous avons dit qu'aux yeux de la plupart des médecins aliénistes un accès de passion était un accès de folie. On a dit et répété bien souvent, en cfTet, que toutes les folies ont leur type primitif dans quelques passions et que celles-ci ne sont que des folies passagères. L'assimilation, quoique ne manquant pas d'une certaitie justesse, est plus apparente que réelle. Les passions sont en réalité, sinon un acheminement direct et frtal à la folie, du moins l'une de ses causes les plus communes. Tous les médecins aliénistes s'accordent, en effet, a attribuer une grande prépondérance aux causes morales sur les causes physiques dans la génération de la folie. Mais suffirait-il d*une passion, si violente fût-elle, pour constituer l'aliénation ntentale caractérisée? ou, en d'autres termes, celle-ci ne serait-elle que l'exagération de la passion, auquel cas la transition de Tune à l'autre serait insensible et insaisissable? Il n'y aurait entre elles que le demi-tour de cheville qui, suivant Montaigne, sépare la raison de la folie. Entre l'assimilation et l'identité des deux états physiologiques ou psycho-organiques il y a un hiatus qui est représenté,^ en pathologie, par la différence qui sépare un état physiologique des plus violents de l'état pathologique proprement dit; en médecine légale, l'bonune
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qui, ajint son libre arbitre, est responsable de ses actes, de celui qui en est privé. AfâDt que l'homme passionné verse dans Taiiénation mentale, il a un pas à franchir, il faut que le demi-tour de cheville soit donné. Ce pas à franchir» ce tour de cheville nécessaire pour que la passion devienne de la folie, c'est la perte du sentiment moral, l'inconscience. Comme le dit avec une parfaite raison M. Plpospor Despine dans son remarquable ouvrage De la psychologie naturelle, f ni le malade, chei lequel la maladie a fait naître des passions insolites à son evadère, ni l'homme en santé, qui est sous l'influence de ses passions natuidlet, ne sont (bas, par la raison qu'ils ont des passions, fussent -elles même d'âne grande puissance et d'une grande ténacité. Le malade qui sent surgir Cl lui une pasnon violente et chez lequel cette passion n'a pas encore étoufTé les sentiments moraux qui peuvent la combattre n'est point encore un fou. De même l'homme en santé qui a la conscience morale de sa passion, qui en sent h perversité, n'est point fou, quelque puissante que soit cette passion. Ce qui produit la folie, c'est l'aveuglement moral de l'esprit è l'égard des inspirations ptaimnées, c'est l'étouffement de la raison et l'extinction des sentiments moraux fd n*éclairent plus l'individu... i En un mot, pour qu'il y ait folie, deux conîtions sont nécessaires : 1* l'objet de la folie, les idées ou les penchants irrationnds, immoraux, inspirés par une passion ; 3* l'aveuglement de l'esprit à Tégurd de ces idées et de ces penchants.
Hais, si c'est une circonstance psychique, l'aveuglement moral, qui constitue k folie, non la passion elle-même, ni même la maladie du cerveau proprement file, il (aut reconnaître que l'une y prépare et que l'autre y aide. Il est exact, €0 eflet, que les passions soulevées par un état pathologique du cerveau ont In'ea plus que les passions naturelles de Thomme en santé la puissance d'enva- Usaement et de ténacité qui facilite l'absorption, la domination absolue et rafenglement de l'esprit : aussi les passions pathologiques produisenl-elles l'aveogleaient moral et la folie, beaucoup plus souvent que les passions naturelles. C'est, au fond, la même pensée de Tabsence de toute opposition ration- Belle aux inspirations passionnées, considérée comme le critérium de la folie, foi avait été exprimée déjà par Griesinger et si bien rendue par son savant «motateur M. Baillarger dans cette phrase : a Les conceptions extravagantes et Il perveraoo des sentiments, les impulsions insolites, tout cela constitue une auÂadie, mais cette maladie ne prend le nom de folie que quand on a perdu la eooamnoe du désordre intellectuel et moral, ou qu'on est devenu impuissant ^oat r^MÎnier les actes auxquels ces désordres vous entraînent, i Stahl avait kit résider la folie dans l'erreur causée par les passions. Griesenger, Baillarger StProsper Despine ont complété cette notion en indiquant la cause physiologique de celte erreur.
En ataignant le rôle considérable qui revient aux passions dans la détermination de la folie, il importe toutefois, comme nous l'avons fait plus haut pour \m névroses qui ne sont souvent elles-mêmes qu'une transition, qu'un passage 4*mi de ces états à l'autre, de faire la part qui revient, dans l'étiologie des diienes formes de l'aliénation mentale, aux causes prédisposantes, à l'hérédité, à Isi prédominance du tempérament nerveux, à certains états diathésiques et OcmilitDtionnek, à la dégénérescence organique ; si bien que, tout important ^'il soit, le rôle des passions se circonscnt presque toujours dans l'action Oeeasionneile ou déterminante. C'est ainsi que, l'une des conditions prédispo- ^rnntea étant donnée, tout ébranlement subit et intense qui viendra impressionner
les clëments de la sphère psychique et mettre en jeu les aptitudes ëmotifes» telle qu*une grande frayeur ou une grande joie subite, une vive appréhension, un excès de travail intellectuel, une forte contention de lesprit dans une direction déterminée, deviendra par cela même le point de départ d'hallucinations, lesquelles seront reproduites et entretenues en vertu de la loi physiologique de la persistance prolongée de certaines émotions et de certaines impressions sensorielles formulée par H. Luys. Ainsi, dans les différentes formes de la folie caractérisée, faisant toutefois nue reserve pour les folies dues à ces causes spéciales, les folies toxiques, par exemple, dans la manie aiguë, dans les diverses monomanies, trouverons-nous les causes morales au premier rang des conditions étiologiques ; agissant, les unes rapidement en déterminant par une sorte de commotion un état de saisissement profond qui développe presque instantanément le spasme vasculaire ischémique, les autres lentement par une série de secousses qui usent infailliblement Témotivité. Ainsi sont, par exemple, les chagrins prolongés, les déceptions, les revers de fortune, etc., pour produire les formes dépressives de la folie, la lypémanie, Thypochondrie, la méhooolie, tandis que les passions violentes, les grandes commotions morales comme celles qui sont si souvent mises en jeu dans les temps de guerre, de révolutions et d'agitations politiques, provoquant une suractivité fonctionnelle, une surexcitation des centres émotifs intellectuels ou psycho-moteurs, donnent lieu tox diverses formes de manie émotive, intellectuelle ou impulsive.
Le caractère spécial de certaines monomanies leur sera imprimé beiucoop plus par les conditions prédisposantes, par l'objet des préoccupations d'esprit habituelles ou des prédominances instinctives du sujet, que par la cuise morale occasionnelle. C'est ainsi, par exemple, qu'une commotion monte profonde, de quelque nature qu'elle soit, agissant sur un individu à tendances mystiques, à idées religieuses exaltées, fera éclater le délire religieux; que la même cause venant à frapper un esprit surmené par des éludes ou des méditations métaphysiques, arrivé à cet état d'inquiétude intellectuelle que les aliénisles comparent à la lypémanie anxieuse, il tombera du côté où il penchait déjà, c'est-à-dire dans le délire du doute.
Enfin, si nous passons de ces exemples à l'une des psychopathies les plus complexes, la folie paralytique, dans laquelle les conditions prédisposantes sont surtout bien manifestement au premier rang, les causes morales, les chagcios, les déceptions, la jalousie, l'ambition, forment avec des travaux intellectuels excessifs ou des fatigues physiques poussées jusqu'au surmènement le oontingeot des causes déterminantes, sans que d*ailleurs elles influent sensiblement ni sur la marche, ni sur les caractères de Taffection.
En résumé, pour aboutir à Talicnation mentale sous l'impression d'â>ranlements profonds ou successifs du sensorium, le processus patliogénique n* est pas au fond différent du processus physiologique du développement de la sensibilité morale. A la suite des secousses qui ont violemment troublé l'harmonie de b vie des cellules émotives, pour parler comme M. Luys, dès modifications oifiniques fatales s'opèrent dans la trame cérébrale, des fluxions sanguines s'oijanisent, se répètent et deviennent chroniques. Là où il y a des phases d'créthisa^ nerveux, là il y a bientôt une phase d'éréthisme vasculaire, et en raison de« cercle fatal d'actions et de réactions entre l'irrigation vasculaire et ïcréÛisBi^ des éléments nerveux les hyperémies deviennent chroniques et les réseifli nerveux entrent dans uu état permanent d'activité incoercible, le délire st
caractérise, la préoccupation émotive du début devient pei*sistante, etTindividu ne pense plus qu*à Tobjet de son délire et se sépare de plus en plus de la perception du milieu qui Tenvironne. Hais, pour que les causes morales arrivent à produire ce résultat, il faut qu*elles trouvent un terrain préparé, un tempérament émotif, offrant par son organisation première une porte ouverte à Taliénation.
Suicide, Nous avons prononcé plus haut le mot de suicide. C'est le cas d*en signaler ici la relation si intime et si étroite avec les passions, qu'il en est trop souvent la conclusion fatale. Si le suicide a quelquefois sa cause dans des eonditioas prédisposantes d'hérédité, dans la folie, dans des inQuences de milieux elimatologiques et météorologiques, d'isolement, etc. , les causes de beaucoup les plus cooimuneSy il faut le dire, ont leur racine dans la sensibilité générale, cest-à-dire dans les inclinations, les sentiments, les passions. Généreuses ou égoïstes, beaucoup d'entre elles aboutissent, en effet, au suicide. Que ce soit l'orgueil qui en est le mobile, le fanatisme religieux ou l'amour déçu, la jalousie, la sôoffruice ou la crainte de la douleur, c'est toujours une passion qui en est ieplm puissant incitateur. a A la douleur, dit Brierre de Boismont, se rattachent toutes les histoires de suicides que nous avons recueillies dans les annales de la justice. Elle a toujours été associée à ceux que nous avons vus s'accomplir I0O8 nos yeux ». Hais la douleur elle-même a bien des causes qui sont susceptibles de constituer plusieurs groupes. Brierre de Boismont les a réunies en tableaux dressés d'après l'analyse de 4595 observations. En voici Ténumération suivant leur ordre proportionnel : l'ivrognerie, les chagrins domestiques, con* trariétés, amour, misère, embarras d'argent, revers de fortune, cupidité, ennui, ^oùt de la vie, tristesse ou exaltation du caractère, hypochondrie, remords, crainte du déshonneur, des poursuites judiciaires, inconduite, paresse, jalousie, jeo, orgueil, vanité. Hais il est un autre point de vue, moins personnel, plus todal, des causes du suicide, qui a fait plus particulièrement l'objet d'une étude ^)édaie, publiée en 1860 par Châles des Étangs, et qui n'est pas moins intéressant pour la question qui nous occupe, c'est ce qu'on pourrait appeler le suicide politique, a En dehors des inQuences permanentes où le suicide apparaît conmie la conséquence d'un état morbide, combien d'autres, dit des Étangs, ne se révèlent à nous que sous la pression de circonstances accidentelles et sont auasi mobiles, aussi variables que le milieu même où elles se produisent ! Tirées du tond inépuisable des passions humaines, ces causes doivent être, en effet, plus ou moins promptes à se manifester, selon que les conditions morales, iatellectoelles et physiques, qui agissent sur l'homme vivant en société, seront ^nature à ralentir ou à précipiter l'essor de ses passions... Le suicide sera doue dans un rapport constant et nécessaire avec Tordre social, avec l'état des mœurs et des institutions politiques et religieuses, de même qu'avec le mouve- Mil des sciences, des lettres, des arts, de l'industrie, du commerce, de la richesse ou de la misère publique, car toutes ces inûufences sont représentées ^Dt la mort volontaire, chaque fait pour ainsi dire en conserve l'empreinte et ^nçoit de l'une ou de plusieurs d'entre elles un caractère propre, une physio-
^-tomiespédale. »
Envisagées en eflTet à ce point de vue, toutes les époques de l'histoire qui ont
^^é le plus fécondes en événements politiques, en révolutions, en guerres civiles,
^W aussi celles où les suicides ont été le plus fréquents. Scepticisme, incrédu-
^^j enthousiasme, exaltation, fanatisme, maladies de) l'imagination, orgueil,
**^eries, découragement ; chagrins domestiques ; querelles» menacer, m^vvs^x^i
jucT. me s* i, XXL ^^
iraileinents; proscriptions, mises hors la loi, souffrances morales, iffrrtiM brisées, déTOoementy déception, découragement, incooduite, ÎTrognerie, <HMck>, jeu, loterie, spéculations de bourse, etc., tels sont les prindpaox Aeb aans lesquels peuvent être groupées les causes des innombrables cas de «ikide qà ont été relevés dans tous les temps et dont notre histoire révolutionnaire depûb la fin du dernier siècle nous fournit tant de tristes exemples.
V. Influence des maladies sur les passions. Nous en arons fini avec b première et la seconde question : les passions, sources d'accidents mfffHiB** et de maladies, maladies ellesHaoémes. Quelle valeur ont-elles comme s^jbb d*états morbides, quelle est, à son tour, l'influence des maladies sur les passions? (Test la dernière question que n^ ayons à examiner, avant d'arriver à l'hygiène et à la thérapeutique.
Au point de vue sémâologique, il y a souvent un grand compte à Uak, surtout dans les maladies graves, de certains changements plus on nMÎas brusques survenus sous l'influence de l'état morbide, dans ce que nous appellerons les habitudes passionnelles des individus. Ainsi c'est toujours un s^gne fidieux de voir se produire un changement complet dans l'humeur IttfaîhieUe du malade, succéder au calme, à la confiance ou à la résignation, Timpalienee et le découragement, ou à ceux-ci l'apathie, l'abandon; d'entendre exprimer par les malades des sentiments d'épanchements afiectueux ou des sentioMBls contraires qui ne sont en rapport ni avec leur caractère, ni avec leurs hiibitmH, ou bien oifin de les voir en proie à des agitations morales également insolites, à des accès de profonde tristesse ou de joie immodérée sans moliis, à des craintes puériles, des terreurs subites, une frayeur constante de la mort qne leur état actuel ne semble pas justifier.
L'influence des maladies sur le moral est incontestable. Conmie le dit justement Dcscuret, elle se lie naturellement à celle des constitutions qui, ellesmêmes, sont déjà une prédisposition à des maladies déterminées. Une première observation générale ressort de l'étude de ce rapport, c*est la série des modifications morales apportées par les maladies dans le caractère, modifications qui peuvent varier suivant la nature de ces maladies et un peu aussi suivant qu'elles sont aiguës ou chroniques. On a fait assez généralement la remarque que les maladies des viscères tlioraciques portent plutôt aux passions expansives, tandis que les maladies des viscères abdominaux portent aux passions tristes ou concentriques. Ce dernier point est plus vrai que le premier qui, suivant la remarque très-juste de Descuret, ne l'est que d*une manière relative et pour certaines maladies Ihoraciques seulement, à Texclusion des autres. Telle serait, par exemple, la phtliisie tuberculeuse, qui respecte souvent pendant longtemps, quelquefois môme jusqu'aux derniers jours, la confiance, la quiétude d'esprit, rëgalité d'humeur des malades, et parfois même les illusions d'une guérison prochaine et les douces émotions de l'espérance qu'elles font naître, tandis que, au contraire, le malade qui est atteint d'une affection cancéreuse qu'il sait incurable et inopérable s'abandonue facilement au noir chagrin que suscite trop légitimement sa triste situation, et le désespoir lui suggère souvent des idées de suicide, plus d'une fois mises à exécution.
On sait aussi à quel degré de mélancolie, de misanthropie ou d'irritabilité irascible, sont sujets les malades affectés de lésions ies voies urinaires, les rhumatisants, les goutteux, les diabétiques, parfois aussi les herpétiques, les pellagreux surtout^ si facilement enclins au suicide.
On a souvent soulevé la question de savoir laquelle des deux infirmités, la oê/àié on la surdité, avait le plus d^influence sur le caractère moral et paslîaniiel des sujets qui en sont atteints. C*est encore là un des points qui ont fixé rattention de Descuret et sur lequel il a émis quelques propositions qui nous ont paru fondées. Susceptibles les uns et les autres, dit- il, de sentiments de religîoB, de pudeur et d^faumanité, les sourds et les aveugles sont, en outre, profondémeat reconnaissants ; mais, tandis que les émotions des aveugles sont muettes et ne se peignent guère que par une légère rougeur qu*on distingue à peine sur leur pave physionomie, la gratitude des sourds-muets, beaucoup plus vive, maïs plus bigaoe, se traduit à Tinstant même sur leur visage expressif. Dans tous les deux on remarque beaucoup de méfiance, une volonté opiniâtre, un grand fond d*orgueil, nie susceptibilité fort irritable. Mais ces derniers mouvements passent vite ciiez l'aveugle, dont le cœur connaît peu la haine et la vengeawse, tandis que le aourdmvBlofiensé conserve longtemps sa rancune, lors même qu'il a donné un libre eoors à sa colère. Plus calmes, plus chastes, plus amis de la droiture et de réquité, les aveugles ont un respect inviolable pour la propriété d'autrui, et iVÂC rien à démêler avec la justice des hommes ; il n*est inalheurensemeat pas rare de voir les sourds-muets entraînés par leurs passions se faire traduire hvaBt les tribunaux : il semble que les uns vivent plus par Tintelligence, les ■tires plus par le sentiment. Enfin il est fort rare que les aveugles soient atteints h Mie et d'idiotisme, tandis que cette dernière affection accompagne assez iré* l^emment la surdité.
Rdatîvement aux influences que peuvent présenter à cet égard les maladies aigoés et les maladies chroniques, elles ne sont pas au fond très^fférentes. Où peut dire, en général, qu'au début des premières le caractère se modifie plu on moins, il perd de son égalité ou de sa douceur habituelle, l'esprit détenu paresseux, incapable de toute attention sérieuse et soutenue, de tout eBortéeféaction, se laisse peu à peu envahir par la tristesse et le découragemon ; si les souffrances sont vives, elles provoquent l'impatience et parfois JBtqn*à des accès d'irascibilité. L'effet habituel des maladies chroniques est d*aaDenluer encore davantage quelques-uns de ces changements ou de! les rendre phs oonatants. Les malades atteints d'affections chroniques deviennent sombres, DMiniets, égoïstes, jaloux, misanthropes. Hais ce sont là plutôt des iBodifications de canctàre ou des accentuations de leurs tendances naturelles que des passions pwpreuAent dites que la maladie provoquerait ou produirait directement de teofes pièces.
UN» ne signalerons ici que pour mémoire ces exaltations momentanées proiniles par certains états morbides nerveux, comme l'état extatique ou les exprès- ■MM passionnelles qui font partie des névroses elles-mêmes et ne sont que l'une les phases des grands accès d'hystéro-épilepsie, les découragements profonds ou Pifsîcibilité qui suivent quelquefois les accès- d'épilepsie. Les états passionnels ûbbA que les actes inconscients suscités chez les sujets naturellement hypnotiques Ml hypnotisés, par voie de suggestion, rentrent dans cette catégorie de passions ineoDscientes, c'est4-diro de phénomènes morbides dans lesquels le libro arbitre ei par conséquent la responsabiUté sont hors de cause. Hais, comme l'a trèsfOileDient fait renuirquer H. Révillont dans un de ses articles de la Gazette éeê Hôpitaux du mois d'aoï^t 1884, « que l'on transporte par la pensée ee qui se passe dans ces expériences de suggestion, ee qui a lieu parfois auto- HMiliqiiement, sans l'intervention d'un tiers, sens rinfluenice d^ Vixt'vVaXMSù.^ ^as
exemple, ou sous celle d'une suggestion intérieure, d'une pensée frappée, d'une conviction fondée ou non, et Ton aura rexplication p<issible de beaucoup de phénomènes restés jusqu'ici plus ou moins obscurs ou relégoéi dans le domaine du menreilleux i.
Ceci nous conduit naturellement à rappeler toutes les histoires si carîeases de ces épidémies du moyen âge et de quelques-unes beaucoup plus récentes et qui se sont passées même sous nos yeux, de connilsions et de délires monomaniaques, de passions désordonnées, dans lesquelles les prédispositions ou même les états morbides réalisés antérieurement et l'imitation ont eu une si grande part. Enfin il n'est pas jusqu'au délire politique, malheureusement si cootagieax dans les masses à demi conscientes, qui n'y sont que trop prédisposées déj^ ptr les souffrances de la misère, par l'excitation de b^oins non satisfaits, quand ce n'est pas par l'alcoolisme ou par les abus d'une grossière sensualité, qui ne doive être mis au nombre des passions que peut engendrer l'état morbide et que l'hygiène et la morale, aidées à l'occasion de la médecine elle-même, datent chercher à réprimer.
Nous voici mis en demeure maintenant de faire appel à la thérapeutique des passions.
VI. Thérapeutique des panwni. Que peut être et que doit être la thérapeutique des passions? Les fondateurs de la Bibliothèque d'Alexandrie avaient iait mettre au-dessus de la porte principale l'inscription suivante : Dépôi ia remèdes de Vâme. Assurément ce pouvait être un bon cordial pour les âmes blessées par l'ambition, par la jalousie, par le remords ou par un profond diagrin, d'aller se rasséréner à la lecture bienfaisante des œuvres de Platon, de Zenon, de Sénèque, etc. Nos bibliothèques publiques d'aujourd'hui pourraient offrir avec une amplification considérable les mêmes ressources aux affligés. Mais nous doutons qu'il y ait dans les salles de lecture une grande aOluence de gens qui y aillent pour y chercher un remède à la passion qui les tourmente. Outre que la plupart des passionnés ne tiennent pas à guérir, les uns se complaisant dans leur passion, les autres ne se sentant ni le courage ni la force d'en entreprendre la cure, le petit nombre de ceux qui cherchent sincèrement à se corriger ou à soulager leur âme du poids qui l'oppresse s'adressera rarement pour cela aux œuvres des moralistes. S'ils ont des sentiments religieux, c'est dans la lecture et la méditation des livres saints, c'est dans le secret du confessionnal, surtout, auprès de leur directeur de conscience, qu'ils iront chercher la consolation, le calme et l'encouragement qui leur manquent. A défaut du confesseur, c'est l'époux ou l'épouse, c'est l'ami, le confident habituel, qui sera consulté et dont le secours moral sera invoqué. S'il s^agit d'un enfant chez qui l'on veuille réprimer une passion naissante, c'est par toutes les voies de l'éducation morale et religieuse, depuis les avertissements affectueux de la famille, du précepteur ou du directeur, jusqu'aux menaces et à la correction, que Ion tentera d'y arriver. S'agit-il, au contraire, chez un individu conscient d'ailleurs et responsable, d'une de ces passions effrénées, qui ne reculent pas devant le crime pour s'assouvir, c'est affaire à la justice. Jusque-là le médecin n'aura pas à intervenir, à moins que ce ne soit à titre d ami. Là où commencera seulement son int.ervention, c'est lorsqu'il y aura, par le fait de la passion, maladie proprement dite. Le problème n'est pas toujours aisé. Le fait de l'alliance de l'esprit et du corps qu'il faut accepter, sans qu'on puisse toujours chercher à le comprendre et encore moins à l'expliquer, est la base sur laquelle doit reposer tout essai
d*hygiène et de thérapeutique des passions, car il y a dans lous nos égarements la part à faire aux erreurs de la raison et aux conditions organiques de notre tempérament. Ce ne seront donc pas seulement des appels à la raison et à la volonté qu*il faudra faire, de simples conseils de morale qu*il faudra donner, mais des modifications qu*il faudra chercher à introduire dans Tétat constitutionnel organique dont on aura reconnu les relations avec Tétat moral, par de véritables médications, par des soins empruntés à la thérapeutique aussi bien qu*à l'hygiène. Kant avait traité du pouvoir de Tâme de maîtriser la douleur; Feuchtersleben, fauteur d*un excellent petit Traité de rhygiène de rame, est allé plus loin, il s est posé le problème de l'art de maîtriser le mal même. <c L'homme, dit-il, pouvant, au moyen de l'âme, agir sur son être, ne pourrait-il pas agir aussi sur ses maladies, celles du moins qui ont leur source dans la constitution individuelle? » 11 voit la preuve la plus frappante de la puissance de Tesprit dans les conséquences mêmes de son impuissance, a Qui ne sait, en effet, dit-il, que les déments sont à l'abri d'un certain nombre de souflrances corporelles, leur attention concentrée sur un seul point les rendant inaccessibles aux influences extérieures ! » C'est donc à ces deux éléments de la vie à la fois, dans leur liaison, que le médecin se trouvera le plus souvent avoir affaire, et la tâche ne sera pas toujours facile.
L'une des plus grandes difficultés que rencontre dans ces cas le médecin pour apprécier la part qui peut revenir à une influence morale dans les états morbides si souvent obscurs, à symptômes insolites, à forme indécise et parfois indéterminable, qui s'offrent à lui, c'est le silence que gardent le plus souvent les malades, lorsqu'on les questionne sur leurs antécédents, sur les causes présumées ou probables de leur état, soit par ignorance réelle de ces rapports, soit par calcul ou dissimulation. Alors même, souvent, que le malade va consulter son médecin pour une maladie qu'il sait très-bien lui-même dépendre d'une cause morale, il accusera les maux qu'il éprouve, en demandera le remède ou le soulagement, mais en se gardant bien d'en indiquer l'origine, le plus souvent même en faisant tous ses efforts pour la taire. Si bien que le médecin, en présence de ces phénomènes morbides vagues, dont il ne trouve la raison d'être dans aucune des conditions organiques qu'il est à même d'apprécier, ni dans les éléments étiologiques communs, se trouve le plus souvent réduit à chercher ou à deviner le secret qu'on lui cache ou qu'on ne songe pas à lui révéler, la cause morale du mal. C'est tantôt un signe indifférent en apparence ou étranger aux symptômes que présente le malade, un trouble involontaire, une larme qui perle aux paupières, un soupir réprimé, une expression particulière de la physionomie, tantôt une réticence, un pro|K)s coupé, un aveu échappé, des marques d'impatience ou d'une sorte d'irritabilité mal dissimulée, qui mettent le médecin sur la voie. Sa sagacité fait le reste. C'est ainsi qu'un médecin interrogeant un malade sur ses antécédents, ses habitudes, sa manière de vivre, ses relations, les principales particularités des milieux où se passe son existence, met parfois, sans s'en douter, le doigt sur une plaie vive que traduit aussitôt une émotion mal contenue. C'est surtout quand le médecin est un ami de son malade, qu'il connaît ses habitudes, sa manière d'être, le train de ses affaires, qu'il est bien plus à même de ne rien laisser échapper de ce qui peut l'éclairer sur l'origine de sa maladie. Ceci me remet en mémoire une anecdote que j'ai déjà racontée ailleurs, mais que je reproduis ici parce qu'elle est tout à fait de circonstance. Le célèbre Bouvard, médecin de Louis XIII, consulté par un de
ses amis dont il connaissait la situation pécuniaire embarrassée et qu*il vojatt aller dépérissant, sans que cet état lui parût attribuable à d'autres causes qu'au chagrin que lui causaient ses embarras, prit une feuille de papier défaut lui et en manière d*ordonnance écrivit : « Bon pour vingt mille francs à toucher chez mon notaire «. Ce n'est pas seulement, comme on le voit, d'une graoïie sagacité que Bouvard fit preuve dans cette circonstance. Mais, bien qu'un tel exemple valût d'être suivi, une pareille formule ne serait pas à la portée de tous les médecins.
Faire naître Tespoir, dans un cœur découragé, par des encouragements ou des promesses qu'on est souvent bien loin soi-même de juger réalisables, est sfiuvent un mojen utile de relèvement. Les médecins militaires ont souvent combattu avec efficacité la complication grave de la nostalgie chez leurs blessés ou leurs fiévreux par d'habiles stratagèmes, de pieux mensonges, parfois en ûiisant miroiter à leurs yeux Tespérance d'un prochain congé, en les entretenant de leur pays et de leurs affections, en leur faisant parvenir des lettres de consola* tion et d'encouragement.
Une fois la cause passionnelle d'un état morbide reconnue, quelles sont les indications qui devront diriger l'action du médecin et dans quelles limites eette action elle-même pourra -t-ellc s'exercer? Au point de vue de la passion ellemême, l'indication sera très-différente suivant quil s'agira d'une passion triste, énervante, déprimante, ou d'une passion expansive. Tandis que les passions expansives, comme l'amour, l'ambition, Tenthousiasme, l'orgueil, ne demandest qu'à être modérées, calmées, les passions tristes, déprimantes, comme la houle» le chagrin, l'enrie, la peur, réclament à la fois des moyens de diversion énergique et de relèvement moral. Mais calmer, consoler, relever, tout cek est bientôt dit et plus difficile à mettre à exécution. Si le médecin a, indépendamment de la confiance de son malade, une autorité morale sur lui fondée à la fois sur son propre caractère, sur la reconnaissance de services déjà rendas et sur une affection réciproque, sa tâche sera rendue plus facile, son action plos efficace. De sages avis sur les dangers sérieux que pourrait entraîner une plw longue persévérance dans la situation psychique présente ; un appel énergiqae fait à la volonté du malade pour se surmonter et se dominer lui-même; ao règlement de régime approprié à son tempérament et à sa constitution, ei qui soit capable d'en atténuer ou d'en modifier les éléments d'où a pu procéder la passion ou qui la tiennent sous leur dépendance ; une alimentation douce, r^ lière, des calmants, des sédatifs, des hypnotiques même à loccasion, s'il s'agit de combattre les ardeurs d'un tempérament violent, les emportements d'un caractère irascible, les rêves d'une ambition démesurée; des stimulants, des fortifiants, des analeptiques, des amers, des apéritifs, au contraire chci les sujets déprimés, affaissés, devenus anorexiques, sombres ou apathiques, par une douleur e\cessive, des chagrins profonds, par le ver rongeur de la jalousie, en un mot, par les passions tristes et déprimantes ; susciter chez les uns et les autres des distractions honnêtes, voyages, lectures, spectacles, la musique siH^ tout, celte incantatio morbomm, dont quelques médecins ont obtenu d'excellents résultats et à laquelle on ne recourt peut-être pas assez souvent, toos moyens capables de les soustraire au moins passagèrement à Tinfluence pernicieuse de leur milieu habituel, de leur faire oublier momentanément l'objet de leois constantes préoccupations; leur inspirer avant tout l'amour du travail,!'* des plus grands agents d& Ciowsoklion ; les engager dans la pratique des boone^
PASSIONS (bibliographie). 535
«BUTres, de la charitë, ce double cordial pour Tobligeant aussi bien que pour VoblJgë à la fois; dans quelques cas, combaltre les passions les unes parles autres, chercher, par exemple, à faire sorlir le malade opprimé par un profond découragement de Tétat d'inertie où il semble se complaire, en faisant appel à ses devoirs, aux soins de ses propres intérêts ou de ceux de sa famille, en suscitant cbez lui, suivant que les circonstances s'y prêtent, un sentiment de légitime ambition, ou en éveillant dans son cœur une douce et bienfaisante affeclion pour Tune des personnes qui Tentourcnt et qui est jugée digne d'y répondre ; enfin, aider ces avis, ces conseils, ces suggestions, par une surveillance active de leur mise à exécution, par des visites fréquentes dans lesquelles d affectueuses paroles d'encouragement relèvent et doublent le mérite des prescriptions : tel est, en résumé, l'ensemble des moyens que le médecin pourra et devra mettre en œuvre.
Quant aux états morbides déjà réalisés, le médecin les combattra par les moyens
appropriés et qui sont indiqués à chacun des mots qui les concernent, mais sans
janms oublier ni perdre de vue la cause originelle qui, si elle était négligée ou
abandonnée à elle-mênje, ne manquerait pas ou d'entraver la guérison ou de
provoquer des rechutes. Brochin.
Bbuogeafbii. — Gauen . Quod animi morea corporis temperamenta sequantur. — Du mène. Ùeproyriorum animi cujuaque affectuum dignolione et curalione, Oper. Trad. fr. Paris, 1557, iii-16. — CuREAU DE LA Chambre. Caractères des passions, Paris, 1040-1662, vol. III, tii-4*. — DtscARTES. Passiones animœ. Amsterdam, 1692, in-4*. Traduit en français, 1726, I]h12, et ceavres complètes. — Stalh. Dissertatio de frequenlia morborum in homine prœ hntiiM, Halle, 1705, in-4'*. — Du uême. De passionibus animi. Halle, 1695, in-4<*. — Nichols. JhrœUeL de anima medica. London, 1750. — Clark. Dissertatio concerning the Effects of €Âe Patnoiu on Human Bodies. London, 1752. — Lacaze(L. de). Idée de V homme physique mi moral, in-12. Paris, 1755. — Backer. De affectibus animi. Cantobr., 1755. — lioNXET fN.-€b.) (Genève). Des passions. In Essai analytique sur les facultés de Vûme, Copenhague, in4*, 1760. — Mabinghe!*. De animi pat hematum, Lugduni Batav, 1765. — Collignon (Cb.). Mnquiry into tlie Structure of human Body^ relative to ils svpposed Influence on the MoraU of Mankind, 2* édit. Cambridge, in-8«, 1765. — Gaub. De Hegimine mentis, Lugduni-Batav, 1707. — Zdgkert. Von den Leidenschoften, Berlin, 1768. — Rickman!< (Ch.). Tractalus med. de affectionibus animœ ^ quatsnus machinam corpoream in contentum trahunt, JaD. i7ô8, in-4*. — Le Camus. Passions. Pathologie de l'âme. In Médecine de Vesprit, Paris» i769, 2 vol., in-12. — Tissot. Des passions. In Essai sur les maladies des gens du monde. l^ausanne, 1770, 2» édit., vol. in-lS. — Du même. Des effets des passions et de leurs Irai' 4ew»gniê, In Traité des nerfs et de leurs maladies. Paris et Lausanne, 1778 à 1780, vol. IV, iD-12. — Db Beadcuesne. De l'influence des affections de l*âme dans les maladies nerveuses ■des femmes, Montpellier, 1781. — Falconer. Dissertatio on the Influence of the Passions stpan Disonders of the Rody. London, 1788. — Fabre (P.). Essai sur les facultés de l'âme eonsidérées dans leurs rapports avec la nensibilité et Virritabilité de nos organes, Paris, 1787, ill-12. — ScHxiDT. Quid in corpus humanum animœ affecliones valeant. Stuttg., 1791, 111-4*. — hicRkx. Recherches physiologiques sur la vie et la mort. Paris, 1799. — Zimmermaxii. Jks passions eonsidérées comme causes de maladies. In Traité de l'expérience, t. III, 3 vol. m-f S, traduct. de Le Febvre. Avignon, 1800. — Du même. La solitude. Paris, 1817, in-12. — GàLL et SrauHEijf. Anatomie et physiologie du système nerveux en général et du cerveau -en particulier, Paris, 1801-1818, 4 vol. in-4\ — Cabams. Traité du physique et du moral de -f homme. Paris, 1802, in-8**. — Biisso>' (M.-F.-K.). Influence des passions sur les phéno- ■wsèmes organiques de V homme. Thèse in-8*', 1802. — Royer (G.-M.). De l'influence des passions eonsidérées sous le rapport médical. Thèse. Paris, in-8**, 1803. — Roger. Traité des ■effets de la musique sur le corps humain. Traduit par Sainte-Marie. Paris, 1803. — Simon (G. Th. B.). De V influence des passions sur l'économie animale. Thèse in-4% 1805. — Petit (M.-A.). Essai sur la médecine du cœur. Lyon, 1806, in-S**. — Double. Signes tirés des pas- ^sionset des affections de l'âme. In Séméiologie générale, Paris, 1811-1810-1822, 3 vol. in-8». — Tieillard (J.-N.-A ). Influence des passions de la mère sur le fœtus. Thèse de Paris, 1815. Ijabd (H.-Fr.j. Sur les phénomènes physiologiques et pathologiques des passions et sur le îi qu'on en peut tirer dans la thérapeutique, Paris, in-4% 1815. — Doprillat (J.-B.-L.].
536 PASSOW.
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PASSOIV (Ludwig-Carl-Friedrich-Franz). Né a Ludwigslust dans le
PASSY (Eau minérale de). 557
duché de Mecklembourg-Schwerin, le 20 septembre 1786, mort à Breslau le U mars 1835, est un savant philologue qui peut être cité ici en raison d'une dissertation médicale dont il fut le commentateur, travail qui a fait une certaine sensation de son temps ; il s*agit d'un manuscrit grec imprimé par Demetr. Georgiades Schinas, en 1821, dans le Museiim criticum CantabrigiensCf puis reproduit par Passow avec la traduction latine :
Alexandri AphrodisiensU de /ebrUnta Ubellut , grœce et latine. Ratisbonne, 1822* in4«. A. D.
PAS(BU£.JS. Yoy. Passum.
PASSUn. Boisson consistant en une décoction de moût de raisin ou de raisin desséché au feu ou au soleil (passa, passula). Les passœ majores étaient les gros grains de Perse, de Damas ; les minores les petits grains, tels que ceux de Corinthe. Les Anciens faisaient un fréquent usage de cette boisson dans les maiadies débilitantes. On appelait passulatum une pAte molle (électuaire) formée de pulpe de raisins secs cuits et passés à travers un tamis. D.
PAS9T (Eau minérale de), athermcUe^ sulfatée ferrugineuse faible, non gazeuse. Dans le seizième arrondissement, sur la rive droite de la Seine, au H** 32 du quai de Passy, au milieu d'un parc appartenant à M. Bartholdi, et dans une galerie souterraine où Ion descend par un escalier dallé, émergent trois Sources, dont l'eau est amenée par des conduits de pierre et versée sans cesse dans des bassins également de pierre. Ces trois sources sont désignées par des numéros d'ordre inscrits à côté de leurs bassins. Le griffon qui porte le nuxnéro 5 est le plus abondant et le plus ferrugineux. C'est son eau qui est à peu près exclusivement employée.
Cette eau, claire et très-limpide, n'est nullement recouverte, comme on l'a dit ^ tort, par une couche ocreuse. Elle est parfaitement transparente dans toutes Ses parties et n'est traversée par aucune bulle gazeuse. Elle n'a aucune actioUt ttiénie très-légère, sur les préparations de tournesol, elle n'a aucune odeur et sa SaiTeur est franchement ferrugineuse. Sa température est de 8°,3 centigrade» l^eau étant à 5<*,5 centigrade. On ne connaît pas sa densité et son analyse chimique n'a pas été publiée. Le trop-plein du bassin tombe sur des dalles et se r^nd à la rivière. Ce ruisseau est incrusté de rouille qu'un frottement même ^ssex fort ne parvient pas à enlever.
Le griffon numéro 2 vient aboutir aussi à un bassin de pierre qui est à en^roa 15 mètres du numéro 5. Son eau n'a aucune odeur, sa saveur est lieaucoup moins marquée que celle de la source précédente. Elle n'a non plus lacune action sur le papier de tournesol. La limpidité et la transparence du noméro 2 sont complètes et son bassin n'est recouvert d'aucune couche à sa Superficie, ni sur ses parois intérieures, mais, lorsque l'eau du trop-plein de ce koMin a coulé depuis un certain temps dans le ruisseau qui Ta conduite à la Seine, elle tache en jaune-rougeâtre les pierres qu'elle mouille, et il faut un frottement énergique pour faire disparaître complètement ce dépôt qui se produit cependant moins vite que celui du numéro 3. Aucune bulle gazeuse ne lai traverse ni ne vient se déposer à l'intérieur du verre qui la contient. Sa Wmpérature est de 8% 9 centigrade, l'air extérieur étant à 5°,5cenftgrade.
55t PISST (EaC MIxiBALB »b).
5aiis allons àoanet ton analyse en même temps que eeOe de la sonm fiÛTaaCe.
Le point d'émergence du numéro i abooiit à nn basnn égakoieot de pierre placé â 12 métrés du précédent. Ce bassin est le plus rapproché des degrés de la galerie souterraine. Le filet Tersé sans cesse dans la ibotaine est de beanoonp le moins gros. Son eau n*a aucune odeur et n*est nullement gaieose. et oqpeDdant elle est connue sous le nom de source sulfureuse. Die n*a non plos aucune action sensible sur les préparations de tournesol et son goût est à peine ferrugi» neux. Sa température est de 9^,1 centigrade, Pair de la galerie marquant 15^,5 centigrade ; elle tache aussi les pierres du ruisseau qui enunène Tean à la HTière, mais ce n*est plus, comme aux deux autres sources, de Tocre incrusté et très-adhérent, c'est aussi une couche pnlTérulente blandiltre, douce au touehor et que le moindre contact mêle à Teau qui Tentralne : cet enduit blanc est assurément produit par un sel de chaux insoluble qui est probablement un carbonate. M. 0. Henrj a publié, en 1852, la composition qu*il a trouiFée aux griffons i et 2 de Passy. Nous la rapportons, quoique noos nous sopns assuré que leur eau est à peu près inusitée aujourd'hui; 1000 grannnes ont donné les principes qui suivent :
KM. !f «.
Suliaite di! cbaai 1.5360 S,774
magoéftie O.âOOO 0,300
— Mode 0,2800 0,340
Aliimhi 0,1100 0,248
Sulfate et Mos-suirate de protoxyde et de per-
oiydade fer 0,0156 0,418
Chlorure de sodium I ^ ,^^^^ . <«
- magoéflium l '^^^^ ^•**
Acide silicique 0,0800 0.060
Matière organique iodét. indét.
Total des MiTiinEs fixes 3,5116 4,360
^" I îddc'cai-bon'ique* libre! ! '. î '°^^'- ^^*-
Les eaux des trois griffons de Passy n'ont jamais alimenté d'établissement minéral proprement dit. Elles n*ont jamais été employées qu'en boisson. La famille Dclessert, à laquelle elles ont appartenu, les avait exploitées vers 1840. A cette époque on avait fait établir des tables et des sièges, qui étaient à la disposition des buveurs. Ceux-ci faisaient dans la propriété les promenades nécessaires à la digestion des eaux. On exportait même à cette époque un assez grand nombre de flacons qui étaient transportés en France et à l'étranger même. H existait alors, parait-il, une habitude que nous n'avons retrouvée nulle part.
Préalablement à leur exportation, on laissait séjourner ces eaux dans de grands vases de terre cuite, pendant deux ou trois mois. On les embouteillait alors et elles avaient perdu le goût atramentaire qu'elles avaient à leur griiToo. La famille Bartholdi, qui a hérité de ces sources, veut jouir de son grand domaine sans être visitée journellement par des buveurs et elle a renoncé à toute exportation de l'eau minérale de Passy. Elle a accordé seulement la permission aux malades voisins de venir chercher l'eau aux sources que nous avons décrites, à la condition expresse qu'ils arrivent munis d'une prescription médicale.
L'eau des sources de Passy est donc à peu près oubliée de tout le monde,
PâSTâ. 550
quoiqu'elle ait rendu et qu*el]e puisse rendre encore des services dans les états pathologiques qui accompagnent ou qui suivent certaines maladies, comme Tanémie et la chlorose. Les sulfates neutres qu'elles tiennent en dissolution permettent de reconstituer le sang en produisant une certaine laxation nécessaire souvent chez les malades affaiblis. Mais ce résultat heureux ne s'obtient qu'à la suite de Tassimilation pénible des eaux sulfatées et ferrugineuses, beaucoup moins bi^i supportées que les eaux bicarbonatées martiales. Durée de la cure. De un mois à six semaines.
Comme nous venons de le voir, on n'exporte plus les eaux de Passy, qui doivent rentrer dans la classe de celles dont le médecin n'a à s'occuper que d'une manière rétrospective. A. Rotureau.
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PASTA (Les deux).
Fmta (Aivdreà). Médecin et antiquaire italien, né à Bergame le 27 mai i 706, niort dans cette ville le 15 mars 1782. Fils d'un médecin, il embrassa la carrière de son père, fut à Padoue Télève de Morgagni, qui devint son ami et exerça son ^rt à Bergame. Nous ne dirons rien ici de ses ouvrages extra-mëdicaux qui, parait-il, témoignent de beaucoup d'érudition. Parmi ses ouvrages de médecine, <leux ont eu de la célébrité, Tun « sur les concrétions polypiformes trouvées ^lans le cœur, qu'il considère comme Teflet et non la cause des maladies qu'on «oar attribuait... ; l'autre sur les pertes de sang dans la grossesse, dans lequel ^l rassemblait avec érudition les résultats de toutes les notions acquises 4^squ'alors, ouvrage qui a surtout fait connaître l'auteur en France, par la traduction qu'en publia Alibert au commencement de ce siècle » (Dezeimeris).
I. Defensio epistolarum de motu sanguinis post mortem et de cordis polypo in duhium *%Mwa/d. in haccolta d'opuscoli scientifici et filologici, t. XXX. — II. Discorso tnedico- ^Âsrmrgieo, intomo al fluslo di sangue delV utero dellc donne gravide. Bergamo, 1750, tti^; deuxième édition, ibid., 1757, in-8^ Traduclion en français avec des additions, par Alibert. Paris, 180., in-8*. — III. Dissertazione soprn imenstrui délie donne. Bergamo, 'tTST, iii-8*, et à la suite de la deuxième édition de l'ouvrage précédent. — lY. Hippocratis ^èpkarismi atque praesagia^ cum recognitione et notis Andr. Pastae. Bergame, 1762, in-12. — ^. JHMêerta%ioni mediche intomo a diverse malattie délie donne, t. I. Napoli, 1783. — "Vl. ContuUi medici del celeb. And. Pasta (éd. Jos. Paste). Bcrgamo, 1791, in-4». — VII. Dei '^smli êenzet materia, discorso medico del Andr. Pasta colla giunta di varii consulti medici imediii del medesimo. Bergamo, 1791, in-4<'. L. Hx.
(Giuseppe). Autre médecin italien, né le 9 avril 1742 à Bergame, mort dans cette ville le 4 janvier 1823. Il étudia la médecine à Padoue, fut ireça docteur dans cette université, puis exerça son art dans sa ville natale, oi!k il {ut attaché au service de l'hôpital et nommé premier physicien de la province. Il ne jouit pas cependant d'une réputation égale à celle de son cousin Andréa IPasia. En i 795, il se démit de ses fonctions à l'hôpital et fit don à cet établissemeot de sa bibliothèque. Nous connaissons de lui :
I. Saggio intomo alla natura e facollà medicinali di un* aqua minérale nuovamente ^^operta nella valle Imagna. Bergamo, 1772, in-4«. — II. De sanguine et sanguineis conerc' ■Nimbus per anatomen indagalis et pro caugis morùorum habilis, quœstiones medicae^
510 PâSTEU
Bergame, 1786, in-8*. — III. La iollerama filosofiea délie malaUie^ oetervazûmi pratiche, Bcrganio, 1788, in-4*. — IV. Del corraggio nelle malatiie, Panna, 1792, in-V. Du courage et de la patience dan* le traitement deê maladies^ trad. de l'italien por Jouenne, suivi du poème de PEsprit du sage médecin, du docteur Delaunay. Paris, 1824, iii-18, ibid., 1820. — V. Délie faeolta delt opio nelle malatiie veneree, nuove ricerehe climcke. Bergamo, 1788, in-^*. Trad. en français par Brion. Lyon, 1816, in-8*. — VI. Erraim corrifi da opporre alV almanaco dei medici, ckirurghi e speziali^ stampato in Bergamo tatmo 178^. — VII. Lo xpiriio délia medicina del celeinre Andréa Pasia^ tratto daivariintoi ecrUtie dal êuo e$erciiio médicinale. Bergamo, 1790, in-8*. — VIII. Bemarquee (en italien) surTouwrmge de Betiolaisi : Ammesiramenti iniomo ai parti, 1790, in-8*. — IX. Galaûo dei mtedicL Bergamo, 1791, in-8*. Trad. en franc, par Fr. Ph.-Bellay, 1799, in-8*. — X. Délie œqm minerai i dei Bergamasco. Bergamo, 1794, in-8*. — XI. Elogio dei célèbre hotanieo Cmiù Linneo, etc. Bergamo, 180i, in-8*. — XII. Elogio delt abbate Ceromi, Bergamo, 180S, in-4*. — Xlll. Vanatmnia, Bergamo, 1820, in-8*. — XIV. La musiea medica. Bergamo, 1822. L. Us.
PASTE. Nom donné à la Menthe coq, Balsamita suaveolens L., de la famille des Composées. Pl.
PASTEL {Isatis tinctoria L.). Le gem-e Isatis appartient à la famille des Crucifères, série des Isatidées. Il a des fleurs régulières et hermaphrodites, ï 4 sépales égaux à la base. Les 4 pétales, alternes, sont imbriqués. L'androoée est formé de 6 étamines, hypogynes et didynames, dont les filets sont libres, non pounrus de dents. Le fruit est une silicule linéaire-oblongue, oTale, orbiculaire ou oblongue-cunéiforme, indéhiscente ou ne s'ouvrant que tard et incomplètement, à portion centrale épaissie, ligneuse, cornée ou osseuse, à bords coriaces, épaissis ou foliacés. Le style est très-court, à sommet stigmatifere papilleux. L^ovaire renferme un ou, plus rarement, deux OTules descendants, et dans le fruit il n*y a qu*une graine, rarement deux, descendantes, avec un embryon charnu, à radicule supère, incombante ou, plus rarement, accombante aux cotylédons. Ce sont des herbes annuelles ou bisannuelles, à tiges dressées et rameuses, à feuilles entières ou peu s*en faut, les caulinaires souvent sagittées. Les fleurs, ordinairement jaunes, sont disposées en grappes ramifiées, sans bractées, et les fruits sont portés sur des pédicelles pendants. Le genre renferme une trentaine d*espèces, originaires de TEurope, de ^A^ie et de TAûique septentrionale. L7. tinctoria est une espèce qui atteint 40 décimètres à i mètre et plus de hauteur. Sa racine est pivotante, rameuse. Ses feuilles inférieures sont oblongues-lancéolées, subaiguës, parfois sinuées, atténuées eu pétiole. Les caulinaires vont en diminuant de taille de bas en haut et embrassent Taxe par deux oreillettes aiguës. Les grappes sont nombreuses, roultiflores, et atteignent toutes la même hauteur. Les fleurs sont petites et jaunes, et les fruits sont oblongs, cunéiformes à la base, «vo fois plus longs que larges. On distingue plusieurs variétés de cette espèce. Celle qui a reçu le nom d'hirsuta (DC.) et qui est 17. alpina Vill. (/. Villarsii Gauii.), commune dans toute la France, a les feuilles étroites et velues, non glauques; ses fruits sont glabres. On a nommé canescens (/. canescens DC. — /. lusitanica Mor.) celle qui, avec tous les caractères de la précédente, a des fruits couverts de poils réfléchis, aa moins dans leur portion inférieure; elle ne se trouve que dans le Hidi. Quanta la variété saliva (DC), elle a les fruits glabres et les feuilles écartées, glauques et glabres ; on ne la voit guère que cultivée. Ccsi elle surtout qui est employée, sous les noms de Paslel des teinturiers, Guèdey Youède, Herbe de Saint-Philippe^ tandis que la variété hirsuta se nomme Pastel bâtard.
PASTENAGUE. 541
Le Pastel sert à préparer une couleur bleue, employée jadis en teinture, surtout avant Timportation des indigos. Son importance s*est relevée à Tépoque du blocus continental, et une Instruction sur V art d'extraire rindigo du Pastel a été publiée en 1811 par Gliaplal, Thénard, Gay-Lussac, etc. Une analyse a élc donnée du Pastel par M. Chevreul (in Ann. Chim., LXYIII [1808], 284). Médiealemenl, le Pastel doit avoir des vertus analogues à celles de toutes les Crucifies, car il est, comme elles, acre et piquant; on Ta comme antiscorbutique assimilé aux Cressons. Aymen, médecin à Castillonès, Ta employé avec succès contre le scorbut (Mém. de la Soc. roy, de méd.^ I, 545). En Provence, les paysans l'emploient au traitement de l'ictère. Lémery indique les feuilles pilées, appliquée sur les poignets, comme remède des fièvres intermittentes; et Ton a supposé qu'en pareil cas elles agissent comme rubéûantes. De là peut-être aussi les propriétés résolutives qu*on leur attribue. On a cité partout le passage suivant de Desbois (de Rochefort) : c 11 y a des observations sûres de caries et de douleurs ostéocopes scorbutiques, qui ont cédé à ce seul moyen (l*usage du Pastel). La dose est d'une demi-once à une once (16 à 52 grammes) en légère décoction à vaisseau fermé ». On a proposé avec raison de substituer le suc à une décoction qui doit être peu active. Les anciens Bretons se peignaient le corps avec le Pastel; on a pensé aussi que c'était le Glastum d*llippocrate. Les pains on boules que Ton prépare avec le marc du Pastel pressé se nomment Cocagne. Selon Fuschs « la Guesde cultivée a vertu de dessécher puissamment, taos mordication toutefois, car elle est amère et ensemble astringêle. Hais la aauuage ha quelque acrimonie, tant au goust qu*en l'opération : pour ce elle dessèche plus que la cultivée.... Ses feuilles ou sa racine, prinses en breuage, «oot très-bonnes contre feux sacrez, erisipeles, mal sainct Anthoine, et contre opiJatioos et autres maux de râtelle » (Hist. pL, 250). On peut extraire des graines du Pastel une huile analogue à celle du Colza. H. Bn.
BBLioauMB. — T., Inêt, Rei herh,^ 211, t. 100. — L., Gen,^ n. 82i. — Adans., Fam. des ji/-, U, 4S5. — J., Gen„ 242. — DC, Prodr,, I, 210. — Guib.. ùrog, kimpL, éd. 7, III. 483, tlOO. — Mte et Di L., Dict. Mat, méd., III, 660. — Schreib., Descr. du PatleL Halle, 1732. — €BAfa, Sur l'Isatis tinctoria. Genève, 1811. — Lastitrie. Du Pastel, Paris. 1811. — Gikbbrt. TraUé tmrle Pastel, 1813. — Pdtmadrik, Instr, s. l'art d'extr, rindigo.,, du Pastel (1813). ^— Spicb, Suite à Buffon, VI, 573. — Endl., Gen., [n.'4938. — Benth. et IIook. f.. Gen,^ l« 94, n. 120. — H. Bâillon, Hist. des pi., III, 109, 229, 258, fig. 257-258; Tr. Bot. méd. jpkamér,^ 756. U. Bu.
PAflVfiLLUS MERBA. Nom donné à Tindigo dans quelques auteurs «Dcieos. Pl.
PASTBNAJIE. Nom donné au Panais {Pastinaca sativa L.). Pl.
PASTBNAClUE. Parmi les poissons du groupe des Raies (voy. ce mot) les naturalistes de Tantiquité ont désigné sous le nom de Turtur la Pastenague ^'Aristote décrit comme un animal plat, pourvu d*un dard pouvant occasionner de cruelles blessures. Par sa forme étrange, par Taiguillon aigu et barbelé dont la queue, très-gréle, est armée, cette Raie devait attirer de tout temps Tatlention des pécheurs. Les auteurs anciens, et, pour ne citer que les plus illustres d'entre «ux, Aristote, Pline, Elien, Oppien, croyaient que les plaies faites par la Pastesiague sont presque toujours mortelles, et cette opinion s*est propagée jusqu'à l^époque delà Renaissance. Salviani et Rondelet parlent longuement des remues
Stt flSTÊQUI.
que Toa lioît employer oootre les Uessaret faites par le Tmrimr, Inj— iftaj eoeore, la PMeiugiie est très-redootée des fèthemn; Vû^mBam de est, eoeifet, une anne des plus dangereuses :aossi a-t-oa sois de rammal dès qu'il est ameaé à bord.
La Pasteoague fait partie de la (amille des Trrgooidées, caractérisée par s corps rhomboidaU asseï semblable à celui des Raies, aae qœne aiinoe, iart gvHe, tfMce d'un ou de plusieurs aiguilloos, eue tète coaloadae avec le corps, des dents assez petites, rangées en séries régulières. Ce poissoa est vivipaa ; les poches uiérnies sont sondées entre elles et ont la forme d'une las^cuTÎIé owaie se continuant atec on col qui se rend dans une antre canté déiioaciiaiit cUe-nèae dans le cloaqne; la moqueuse utérine est complètement cachée par de rillosités qui acquièrent un grand déreloppement.
On troofe deux espèces de Pastenague sur les cdtes de France. La commune (Trygon vulgarU Risso), connue sous les nomsTulgaîres de Tère^ Ferrr, Tamare^ Pastenagua^ peut atteindre plus de \ mètre et i/S de k^; Textiimité antérieure du disque est anguleux, ce qui distingue cette espèce de la ftatenagne TÎolette {Trygon violacea Bp.) ; cette dernière a été prise accideateUiAtat sur les côtes de Nice.
Outre le genre Trjgon, la iamille des Trygonidées comprend «aoore les genres Ptéroplatée, Taenia re, Urolophe, Trygoooptère, iEtoplatée, Hjpolo|die. (Test THypolophe ou Trygon sepben qui fournit le vrai galudiat ; la peso qui levèt le dos, polie et teinte en Tert ou en bleu, est utilisée dans l'industrie poar fidredes étuis de cigarettes, des porte-cartes, pour couvrir des petits coflrels ou poar servir de revêtement élégant à des meubles de fantaisie ; l'industrie reçoit aajoaid*kni de la mer Ronge et des mers de Chine les Raies armées avec lesquelles se prépare le galuchat. H.-E. Saovacs.
BiBLiocBAPiic. — Saltuxi. Aquatilium animalium hittoria^ 1554. — PiEmac IKilo!i. £c nature et diuertiU de* poi»$oruf, 1555. — Ro>D£Lrr Histoire entière des poiêsotu, 1558. — BovHDCT. De natura aquatilium carnien, 1558. — Risso. Bittoire naturelle des poissom de la Méditerranée, 1826. — Vcllkr et IIexlc. Systematische Besckreibung der PImçiottomeu, 1841. — A. DraéiiL. Hist. nat. des poissons, 1. 1, p. 600, 1865. — E. MomEAU. Hist, nat, des poissons de la France, t. I, p. 448, 1881. E. S.
PASTÉftUE. Cilrullus Schrad. Genre de plantes Dicotylédones appartenant
à la famille des Cuciirbi lacées et caractérisé de la manière suivante : fleurs monoïques, toutes solitaires à l'aisselle des feuilles; tube du calice largement campanule; corolle quinque-partite. Dans les fleurs mâles, 5 étamines libres, à antlières presque sessiles, flexueuses, sans appendices; dans les femelies, stigmate presque sessile, trilobé, à lobes obtusément bilobulés ; ovaire à trois placentas villcux ou glabres. Fruits péponides, globuleux, rarement oblongs, contenant des semences ovales, planes, le plus souvent bordées d*un bourrelet.
D*après H. Naudin le genre Citrullus ne contient que deux espèces, toutes deux intéressantes au point de vue de Talimentation et de la thérapeutique : h Pastèque (Citrullus vulgaris Schrad.) et la Coloquinte (Citrullus cohcynthis Schd. ) .
1® La première de ces espèces, qui porte plus spécialement le nom de Pastèque, est aussi appelée Melon d'eau. C*est le Citrullus vulgaris Schrad. (Citrullus edulis Spacli., Cucumis citrullus L.).
Le type de cette espèce cultivée dans les jardins des régions chaudes et tempérées du globe est une plante annuelle à feuilles grandes et molles,