‹ Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, publie sous la direction de MM. les docteurs RaigeDelorme et A. Dechambre (volume 4)Chapitre 25 sur 51 · S54 GELÉE · texte numérisé non relu

S54 GELÉE

d'eau superficielles se couvraient de gelée blanche, ou même de glace, avant que leurs thermomètres, exposés à l*air, fussent parvenus au terme de la congélation. Ils en concluaient que Teau se congelait à des degrés variables ; cette opinion semblait corroboi ée par les observations faites dans des climats différents du nôtre. La grande différence de température de la nuit au jour, sous le climat continental de Péking, où le ciel est habituellement clair en hiver, avait fait croire que Teau s*y congelait à un degré de température moins rigoureux qu*en Europe.

Depuis le milieu du dix-huitième siècle on a reconnu que la glace qui se fond reste à un degré de température parfaitement ûxe.

Cette fixité n*est pas uniquement relative à Teau pure ; toutes les substances susceptibles de s*y dissoudre retardent ce point de congélation d*une manière très-dilférente d*un corps à Tautreet suivant le degré de concentration de la dissolution ; mais pour un mélange déterminé le point de congélation reste .-tussi fixe que celui de Teau pure, quoique souvent il soit beaucoup plus difficile à déterminer. Nous n*en citerons que quelques exemples : tandis qu'une dissolution concentrée de salpêtre se congèle à 2^,8 au-dessous de zéro, celle de sel marin se gèle à 2i<^,2, celle de chlorure de calcium vers 50 degrés. L'eau de mer, qui contient un peu mofns de quatre pour cent de sel marin, se congèle à 2^,55 audessous de zéro. Hais dans la nature il faut un degré beaucoup plus bas pour que la mer se couvre de glace, à cause de sa masse et de son agitation ; elle ne se prrnd guère en glaçons que vers 20 degrés de froid. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que cette glace est formée d'eau douce ; ce fait, bien connu des navigateurs des régions polaires, les dispense de faire provision d*eau pour les hautes latitudes.

L'alcool retarde beaucoup le point de congélation de l'eau à laquelle on le mêle: si à i 00 grammes d'eau on ajoute i3 grammes d'alcool absolu, la dissolution se gèle à 5 d egrés de froid ; en ajoutant à la même quantité d*eau 2d<',6 d'alcool, la congélation a lieu à 10 degrés, et si on ajoute 70 grammes elle D*a plus lieu qu'à 32 degrés. En augmentant les doses d'alcool on obtient bientôt des mélHUges réfractaircs aux plus grands froids que nous sachions produire jusqu*ici et qui dépassent iOO degrés au-dessous de zéro.

La gelée est un phénomène qui joue un rôle considérable dans la nature.

L'eau en se congelant augmente de volume de un dixième, contrairement à ce qui se passe dans presque tous les autres corps, c'est ce qui fait que la ^^lace flotte sur les rivières ; sans cette propriété les rivières gèleraient promptement jusqu'au fond et la débâcle serait impossible. Cette augmentation de Yolume exerce un effort mécanique immense qui soulève la terre et fait éclater les roches les plus dures ; c'est une des causes de destruction les plus puissantes des matières minérales à la surface du globe.

L eau douce se congèle au zéro de nos thermomètres, mais dans la nature les fleuves, par leur masse et leurs mouvements, retardent beaucoup cette congélation ; chez nous, les rivières ne se couvrent généralement de glace et ne s'arrêtent que quand la température de Tair a atteint au moins 9 degrés de froid. La Seine se gèle euTiron 20 fois par siècle, et cette congélation est généralement de courte durée ; il est bien rare que le fleuve reste entièrement glacé plus d'un mois. Pour d'autres fleuves, comme le Rhône à Lyon, la congélation est difficile à cause de leur rapidité ; celle du Rhône ne se produit guère que deux fois par sièc'e. Il a gelé en décembre i879 jusqu'à Arles et même au delà. Dans

Page 1