‹ Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, publie sous la direction de MM. les docteurs RaigeDelorme et A. Dechambre (volume 4)Chapitre 35 sur 51 · GENÊT · texte numérisé non relu

GENÊT

figurant une sotie de grappe terminale, en groupes définis. La gousse est ordinairement telue-hérissée sur ses bords et renferme un petit nombre de graines. On employait jadis ses feuilles, ses fleurs et ses graines (Herba^ flores et $emina Spartii s. Genistœ OIT.) ; aujourd'hui Ton ne vend plus guère dans les herboristeries que ses fleurs desséchées. Les branches, souples et flexibles, servent de lien et surtout à fabriquer des balais; d'où le nom de Genêt à balais; on le nonune aussi, dans certaines provinces, Genettier et Juniesse, H sert fréquem* ment de combustible; en Italie, on fait rouir ses rameaux et l'on obtient ainsi meûksse rude qui sert à fabriquer des tissus, notamment une toile grossière. On a comparé les propriétés de cette plante à celles des Sénés ; elle est, en effet, eracuante et, suivant les parties, purgative ou éméto-carthartique. Dioscoi'ide, Pline et les anciens en général la prescrivaient comme purgative et diurétique, antiscrofuleuse, hydragogue. Canlan, GuUen, Bayer, l'ont préconisée contre les hydropisies, albuminuries, etc. On emploie généralement les feuilles ou les soounités fleuries en décoction, à la dose de 30 à 60 grammes pour un litre d'eau. On prescrit parfois aussi le suc des feuilles et des inflorescences, princi* paiement comme diurétique, à la dose de 20 à 30 grammes, dans le lait, l'inl'usion des fruits du Genévrier commun, etc. Les fleurs se prescrivent surtout en infusion, à la même dose que les feuilles, dans les cas de rhumatisme chronique, goutte, anasarque, engorgements du foie, du mésentère, scrofules, alfections cutanées chroniques, etc. On prépare aussi une conserve des fleurs, un sirop et un vin diurétique. Les fleurs du Genêt à balais font partie d'une préparation dite Décoction composée de la Pharmacopée de Londres^ recommandée comme purgative, dëpurative et hydragogue. Borellus faisait prendre aux malades affectés d'ictère un verre, chaque matin, d'un vin blanc dans lequel on faisait infuser du Souci et du Genêt à balais. A une certaine époque on préférait à ces préparations de feuilles ou de fleurs du Genista scoparia une lessive, dans l'eau ou le vin, de cendres de la plante, vantée contre les hydropisies, l'albuminurie. C'est l'usage de cette cendre qui, au rapport des historiens, aurait guéri le célèbre Maurice de Saxe d'une hydropisie de cause non indiquée contre laquelle Ions les autres remèdes étaient demeurés impuissants. Sydenham, dont Gullen le partage pas la manière de voir, a vanté les cendres de Genêt comme un diurétique puissant, désobstruant les viscères abdominaux et faisant dispafaitre les ipanchements séreux de l'abdomen. On a donné jusqu'à 50 grammes de ces :endres par litre d'eau, de vin blanc, de bière ou de cidre, et les malades consommaient ce litre en une semaine ou deux. Sumarie, médecin de Marignan, ^ railé par les cendres de Genêt à balais les anasarques survenant à la suite des lèvres éniptives, et Cazin cite, après tous les auteurs classiques, cette relation OD>i^ée dans les Mémoires de V Académie des sciences de Stockholm, d'après iquelle, « en 1757, l'armée suédoise, ayant beaucoup soufl'ert d'une épidémie atarrhale qui se terminait par l'anasarque, dut sa guérison à une infusion lixiielle des cendres de Genêt donnée à la dose de une pinte par jour ». Dans beau- Dup de circonstances, c'est la graine du Genista scoparia qu'on a préférée aux itres parties de la plante. C'étaient les Semina Genistœ angulosœ des otùcines. n les signalait, d'après VAncien Journal de Médecine (L\U 209), comme « un imède souverain, infusées dans du vin blanc, contre l'hydropi^ie, à la dose un gros tous les deux jours ». En présence de ces propriétés, si accentuées après plusieurs auteurs, il n'est peut-être pas prudent de manger les fleurs 1 Genêt à balais en salade ou d'employer les boutons confits au vinaigre» en

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guise de câpres, comme on l'a fait en France et en Allemagne. Lobel parie des semences comme succédanées du Café, mais alors elles sont employées après torréfaction.

Les diverses parties du Genista scoparia ont été prescrites comme médicameot externe. En mai, Ton récolte les jeunes pousses qu*on fait sécher poar les conserver ; on emploie aussi topiquement les fleurs, les finiits et les graines, soit ca décoctions, soit en cataplasmes. On dit qu'appliquées sur les abcès, les tumeon de nature scrofuleuse, les collections hydropiques, etc., elles en amènent li résolution ; on assure avoir obtenu des r^ultats analogues avec des famigalioib de fleurs ou de feuilles. Au temps de Levret, on appliquait sur les seins engor^'ts. notamment chez les accouctiées, des compresses imbibées d*une lessive de cendres de Genêt à balais, et Gazin dit avoir employé ces applications avec suooè^ contre toutes sortes d'engorgements mammaires et articulaires, des tumeurs blanches, des œdèmes, « dans tous les cas, ajoute-t-il, où les fomentations, les douches et les bains alcalins sont prescrits ». Ces propriétés étant dues, parait-il, à la Scoparine (G'^H^^O*^) et à la Spartéine que Stenhouse a retirée dJiGeiûsta scoparia, on a expérimenté ces substances elles-mêmes, et Ton a constaté que la première double la quantité d*urine rendue dans un temps donné, et que la dernière est un poison violent qui tue rapidement les lapins, à la dose d'one seule goutte.

Le Genêt d*Espagne, si recherché dans nos jardins pour la beauté et le parfum suave de ses fleurs, a aussi été employé comme médicament. C'est le Gem^ juncea Desf., plus connu sous le nom de Spartium junceum. C*est un arbuste de la région méditerranéenne, dont les feuilles lancéolées sont peu noonbreuse) et dont le calice est subbilabié. Son écorce a servi aussi à préparer une fiU»e textile. 11 a les propriétés des Genêts en général, mais il était surtout emploîé et préconisé comme diurétique.

f^ Genêt purgatif (Genista purgans L.) est une espèce des Cévennes, de riuvergne, de rÀnjou, etc. C*est le Spartium purgans de Linné, plante inerme, ï feuilles toutes simples, lancéolées, à fleurs axillaires et solitaires, à gousse chargée de poils serrés. Son nom indique qu'il était employé comme purgatif, il ne sert plus maintenant de médicament évacuant que dans quelques campagnes.

Le Genêt herbacé, nommé Genista sagittalis L. {Spec., 998) et G. herbicen Lakk (FI. franc.), espèce humble, commune dans nos bois et remarquable pir les ailes membraneuses de ses rameaux et ses courts épis terminaux, a toute» les propriétés du G. à balais. On désignait dans les anciennes pharmacopées ses parties employées par les noms de Herba et summitates Genistellœ s. Gw^Ut alatœ.

Le Genêt des teinturiers, Génestrelle ou Gonestrolle (Genista tinctoria L.>. trèsHX>mmun chez nous, était et est encore employé pour teindre en jaune ni. Ses diverses parties sont évacuantes, purgatives ou vomitives, principalemefli les semences. On a fait, à diverses époques, grand bruit de la prétendue pnpriété qu'aurait cette espèce de guérir la rage. On l'employait, parait-il, depll^ longtemps à cet usage dans plusieurs provinces russes, associée surtout au ÂH/ coriaria. On affirmait que le remède n'agissait que lorsqu*il amenait sou> li langue, au bout de quelques jours, Tapparition de pustules qu'on cautérisait pi>jr parfaire la guécison du mal. En 1825, Cliabanon affirma même qu'il avait gut?i à Uzès plusieurs cas de rage par Temploi de ce remède, mais à Paris et aiilear^ le remède a échoué. Marochetti, médecin de Moscou, a prétendu que les fleiir>

agissent aussi bien que les feuilles de la plante ; mais SaWatori croit que c*est la cautérisation des pustules sublinguales qui seule suflit à guérir de la rage.

On a attribué les propriétés du G. iinctoria aux 6. nervata Kit., ovata Waldst. etKiT., mantica PoLL., sibirica L., hispanica L. Le G. canariensis L. a passé, mais à tort, pour donner le Bols de Bhodes ou de roses. On a encore signalé comme espèces médicinales, aujourd'hui délaissées : le G. Scorpius L., le 6. virgata DC, de Madère, le G. acanlhoclada, de Grèce, qu'on croit être le Mtkuta pir^ti d'Hippocrate, et qu'on a vanté comme antidysentérique, et le G. horrida DC., de l'Europe méridionale. H. Bn.

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6E\E8TII0I.LE. C2EWE9TIIELI.E. Noms vulgaires du Genista iinctoria

(roy. Genêt).

CÉ^ÉTHLIOLOOIB (de yzvlOXtoc, qui est relatif à la naissance, et Xoyoç, discours). Branche de l'astrologie qui traite de l'influence des astres sur les naissances. Les êtres nés sous tel ou tel signe sidéral participent et participeront toute leur vie de5 qualités propres à ce signe. Né sous le signe du Lion, l'enfant sera courageux; sous le signe du Taureau, il sera robuste, etc. A l'influence du zodiaque se joignent celles des différentes planètes, de Vénus, de Jupiter, de Saturne, etc., et de leurs rapports avec les signes du zodiaque lui-même. Le peu qu'il convient de dire sur ce sujet dans un ouvrage comme celui-ci, surtout après l'article général sur Iastrologib, se trouve au mot Sidérales (Influences), Nous nous contentons de rappeler que la généthliologie, si respectée au moyen âge, est loin d*avoir perdu tout son empire ; non-seulement elle règne encore avec autorité dans des contrées éloignées de nous, principalement en Orient, mais on la retrouve aussi en Europe dans les classes populaires, sans être même bannie tout à fait des classes élevées. « Le professeur Wuttke, dit Ed. B. Tylor, dans son remarquable ouvrage sur la Civilisation primitive (t. I, p. 155, traduit par M"'' Brunet), nous apprend qu'il y a beaucoup de contrées en Allemagne oîi l'on conserve régulièrement dans l'armoire de la famille l'horoscope des «"nfants avec les actes de baptême. » Et Tylor ajoute : « 11 m'arriva à moimênie d*habiter (en Angleterre) à un mille d'un astrologue^ et j'ai vu demièrenient un grave mémoire sur les nativités offert de bonne foi à l'Association britannique » {voy. Astrologie et Sidérales [avec la noie]), D.

<SB:%eTTE. La famille des Viverridés (Viverridœ) comprend un si grand nombre de Mammifères carnivores (voy. les mots GariNivores, Viverridés et Civette), que feu le docteur J.-E. Gray a proposé de la subdiviser, pour la commodité de l'étude, en deux sections : les Viverridés à pattes de Félins ou i^luropoda et les Viverridés à pattes de Chiens ou Cynopoda. Dans ce système de classitication les JEluropoda sont partagés à leur tour en deux groupes, Mluropodes typiques ou digitigrades et jEluropodes aberrants ou subplantigrades ^ qui comprennent chacun un certain nombre de genres caractérisés par les dimensions relatives de la tête, des pattes et de la queue, par la présence ou l'absence

d'une crcle de poils sur la ligne dorsale et par la disposition du cadre orbiUiiv, tantôt complet, tantôt incomplet. G*est dans le premier groupe, parmi les Enropodes typiques ou digitigrades que prend place le genre Genette (GeneUa Cuv.), tout à côté du genre Fossa et à la suite des Protèles, des Civettes, de< BcusarU et des ViverrUntla.

Ces derniers constituent pour M. Gray la petite tribu des Viverriens (Viverrina)y tandis que les Genettes et les Fossa forment la tribu des Genelliem {Genettina), et que deux autres genres {Poiana et Prionodon)^ différant un peu des précédents par leur dentition et par leur corps très-allongé, sont désigna sous le nom de Prionodontiens {Prionodontina).

Chez tous les Genettiens le corps est svelte, mais robuste, et couvert d*ao pelage doux, marqué de taches plus ou moins distinctes qui sur la queue se transforment en anneaux, et la face plantaire du tarse, au membre postérieur, présente une ligne dénudée. En outre, chez les Genettes proprement dites (genre Genetta)^ le milieu de la région dorsale est occupé par une bande de poils plo> ou moins relevés et de couleur noire, la queue est longue, grêle, distinctement annelée, les pattes de longueur médiocre, terminées chacune par cinq doigts annés d'ongles courts et rétractiles, le crâne est étroit et allongé et les dents sont au nombre de quarante, la mâchoire supérieure ayant une paire de tuberculeuse de plus que la mâchoire inférieure.

On sait que la plupart des Viverridés possèdent des glandes odorantes situêe> dans la région anale. Chez les Genettes ces glandes sont assez réduites et le réservoir dans lequel s'accumule leur produit est représenté par une simple dépression linéaire comprise entre la verge et l'anus, au lieu de consister, comme chez les Civettes asiatiques et africaines, en une vaste poche précédée d'un vestibule. Sur les parois de cette anfractuosité s'ouvrent, chez la Genette du Sénégal, de petits orifices dans chacun desquels on peut introduire une soie de sanglier ei d'oii l'on fait découler, par une légère pression, une matière sébiformc, don jaune d'or. Ce produit présente, d'après H. J. Chatin, une grande analogie, (ian« ses propriétés et dans sa composition chimique, avec le produit des glandes sébicécs. Il exhale une odeur des plus pénétrantes : aussi Ganis avait-il pensé <[ue 1^ Genette pouvait se servir de cette sécrétion conune moyen de défense; niii' c'est là une simple hypothèse que les observations récentes de M. Chatin ne semblen: point justifier. En effet, une Civette du Sénégal qui a vécu pendant un œrtuB temps dans un des laboratoires du Muséum d'histoire naturelle, en compagnie d'un jeune chien, n*a jamais eu recours à un semblable procédé pour échapper aux taquineries de son turbulent compagnon.

Dans la même espèce de Genette, M. Chatin a reconnu l'existence d'un autn^ appareil, d'une paire de glandes anales s'ouvrant, à la marge de l'anus, parut double orifice. Chacune de ces glandes est déforme sphérique et se trouve eorrloppéepar une couche musculaire très-épaisse; par sa constitution, elle ressemble aux glandes anales des autres mammifères, et présente au centre un résentvf ovoïde, dans lequel fait saillie une sorte de papille qui n'est autre chose qo( l'origine du canal excréteur. Celui-ci est très-court et débouche dans le vestibule anal. Le produit de ces glandes est filant, jaunâtre et doué d'une odeur repoussante; il s'écoule avec une grande facilité et fous une faible pression peatjaiibr à 20 ou 30 centimètres. En Texaminant au microscope, H. Chatin y a découvert des cellules épilhéliales, comme celles qu'on trouve dans les 5écrétioo5 iébacéea.

Le genre Genette esl répandu sur la plus grande partie du conlinent africain et se trouve aussi en Syrie, en Palestine et dans le midi de l'Europe. 11 comprend cinq ou six espèces qui ne diffèrent guère les unes des autres que par les proportions des diversp-s parties du corps, par la forme et par la coloration de la queue« Chez la Genette vulgaire, chez la Genette fëline et citez la Genette du Sénégal la queue est aplatie et garnie de poils allongés et un peu redressés ; elle est ornée de nombreux anneaux alternativement blancs et noirs et se termine par une mèche blanche ; chez la Genette tigrine la queue est à peu près cylindrique, couverte de poils courts, ornée d*anneaux mal définis et toujours noire à l'extrémité; enfin chez la Genette panthérine la queue n'offre dans sa portion basilaire qu'un petit nombre d'anneaux de couleur blanche, la portion terminale étant colorée conune dans l'espèce précédente.

La Genette vulgaire (Viverra genetta L., Genetta vulgaris Less., G. afra F. Cuv.), qu'on appelle aussi communément Chat d'Espagne^ Chat genette ou Chat de Constantinoplef a le corps élancé, long de 50 à 60 centimètres, et couvert d'un pelage bien fourni, d'un gris jaunâtre avec des taches noires qui, sur les flancs, sont disposées en séries longitudinales et qui, sur l'échiné, se fondent en une bande continue; sa tète est petite, son museau efGlé, d'un brun foncé, tourne au blanc vers la lèvre supérieure et se trouve masqué d'une raie claire sur le dessus du nez; ses oreilles sont courtes et arrondies; ses yeux, encadrés en dessus et en dessous par une bande blanchâtre, ont leur pupille disposée comme chez leschats ; ses pattes, relativement basses, sont armées d'ongles rétractiles, et M queue, presque aussi longue que le corps, est blanche à la pointe et ornée dans le reste de son étendue de sept ou huit anneaux noirs se détachant sur un fond grisâtre. On constate du reste dans cette espèce, comme chez la plupart des animaux du même genre, de nombreuses variations de pelage qui ne correspondent pas à des différences d'habitat.

C'est principalement dans les pays baignés par la Méditerranée, en Algérie, au Maroc, en Tunisie, en Syrie, en Espagne et en Provence, que se rencontre la Genette vulgaire; mais elle s'avance parfois jusque dans la France centrale et occidentale, et a été signalée notamment dans le Poitou. Elle fréquente aussi bien les vallées humides que les flancs dénudés des montagnes et ne montre aucune prédilection pour les endroits aiides où croissent les genêts. Il me semble donc bien difficile, pour le dire en passant, d'accepter l'étymologie proposée par Bufibn qui fait dériver le nom de Genette, employé déjàparBelonet parGesner, du mot Genêt (Genista), et Ton doit plutôt, je crois, se ranger à l'opinion qui se trouve relatée dans la Faune populaire de M. Rolland, et d'après laquelle Genette ne serait qu'une corruption du mot arabe Djemeyth.

Le régime de la Genette est exclusivement carnassier : les petits rongeurs, les oiseaux, les œufs, les insectes constituent la nourriture de cet animal aux mouvements souples et élégants qui se glisse silencieusement entre les rochers, au milieu des buissons, traverse les ririères à la nage, grimpe sur les arbres, et tout à coup s'élanoe sur sa proie, l'égorgé et la dévore. En général, c'est seulement à la tombée de la nuit que la Genette sort de sa retraite, et comme elle est fort agile et que par la couleur de son pelage elle se confond avec les objets environnants, il n'est pas facile de la surprendre. En captivité elle s'apprivoise aisément et vit en bonne harmonie avec ses semblables ; mais, quand on l'irrite, elle bérisse ses poils en grondant et en soufDant à la manière du chat domestique. Dans les États Barbaresques elle remplace même, dit-on, ce dernier animal en

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faisant dans les maisons une|Ghassc active aux rats et aux souris ; mais diei nous l'odeur de civette qu'elle exhale la ferait certainement considérer oomme uo hôte assez désagréable.

Jadis la peau de laGenette était fort estimée et les historiens rapportent (joe, après la bataille de Tours, en 732, les soldats de Charles Martel trouvèreat (boi le camp sarrasin une grande quantité de vêtements garnis de cette foumireqni, au treizième siècle, du temps d'Albert le Grand, avait encore une valeur considérable. Au moyen âge on fonda, si Ion en croit Pennant, un ordre de UGenetU dont les grands seigneurs s'honorèrent de faire partie, et jusqu'au momeot oà l'industrie songea à tirer parti des peaux de lapin teintes et préparées, lespetui de Genette servirent à la confection de manchons fort élégants. Enfin il semblt résulter de quelques passages des poètes anciens que le corps incinéré de U Genette était employé comme remède dans la fièvre quarte.

Au cap de Bonne-Espérance se trouvent la Genette féline (GeneUa (dim Smith) et la Genette tigrine {GeneUa tigrina Gr.) que les colons désigDéQi toutes deux par le nom de Chat musqué (JftisA: Cal) et qui diflereol de li Genette vulgaire par les teintes ici plus foncées, là plus claires, de leur queoe et des différentes parties de leur corps. La Genette tigrine est encore appelât Genette d'Abyssinie (6. abyssinica Rûpp.), parce qu'elle remonte sur la cUt orientale d'Afrique jusqu'en Abyssinie. Dans cette dernière région habite aussi L( Genette du Sénégal (GeneUa senegalensis^ Fisch.) qui se rencontre d'autre pii^ sur la côte occidentale, en Séiiégambie et peut-être même au Gabon, coocurremment avec la Berbe de Bosman ou Genette panthérine de Frédéric Cuvier (G. par' dina Is. Geoff.). E. Oustalet.

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i, Juniperus L. § I. Botant^ae. Genre de plantes Dici't; lédones, appartenant à la famille des Conifères, tribu des Cupressinées.

Les Genévriers sont des arbustes ou des arbres à rameaux alternes, à feuill-* simples, petites, persistantes, rapprochées, opposées, verticillées ou imbriqu'^iN à fleurs unisexuées, portées sur des rameaux différents, tantôt sur le mt'Hi' pied, tantôt sur des pieds distincts. Les fleurs mâles forment des chalousov.' des ou cylindroïdes, composés d'écaillés imbriquées et stipitées, qui portent ' leur partie inférieure et interne de 5 à 6 anthères uniloculaires. Les ûtn^ femelles sont disposées en un chaton court, ovoïde, formé de 3 écailles coDca^e^ accrescenles, soudées inférieurement et portant à leur base une sorte de cupu't Le fruit devient bacciforme par la soudure des écailles accrescentes et cbarDU^. qui renferment à leur aisselle une nucule osseuse. On l'appelle vulgaii^n..' baie ; mais c'est en réalité un fruit composé provenant de plusieui^ fleu^ c'* qui n'a rien de commun que sa consistance charnue avec la baie telle qu«^ '-^ définissent les botanistes. On l'appelle plus justement mcdacôneon cônechr^^-

On distingue un certain nombre d'espèces utilisées en médecine ou div industrie :

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i<* Le Genévrier commun (Juniperus communié L.) Cette espèce est d*une extension géographique considérable. On la trouve en effet dans toute l'Europe, depuis la Méditerranée jusqu'aux régions arctiques, en Asie dans les hautes régions de THimalaya et dans la Sibérie, enfin dans rAmérique du Nord. — C'est un arbuste dioique, à rameaux diffus, à feuilles temées, assez rapprochées, rigides, linéaires acuminées, aiguës au sommet, glaucescentes et canaliculées en dessus, carénées sur le dos ; les chatons sont petits, axillaires. Les fruits d'abord verdâtres deviennent d'un violet noirâtre à la maturité, qui n'arrive qu'à la seconde année : ils sont alors de la grosseur d'un pois et contiennent une pulpe succulente aromatique, d'une saveur résineuse, amère et un peu sucrée.

On utilise dans cette espèce le bois, qui ressemble à celui du cyprès, et les baies dont on fait dans les pays du Nord une eau-de-vie très-employée, et dont ou extrait par distillation une huile volatile ; les pharmaciens préparent aussi un extrait avec les baies.

2*> Le Genévrier oxycèdre ou Code (Juniperus Oxycedrus L). C'est une espèce qui croit principalement dans la région méditerranéenne. Elle ressemble à la précédente par ses feuilles, mais s'en distingue par ses gros fruits, de dimensions deux ou trois fois plus grandes, et d'une couleur brun rouge, jamais Qoir violacé ; en outre les nucules sont renflées à la base, comprimées à la partie supérieure et tronquées au sommet.

L oxycèdre fournit, parla combustion incomplète de son bois dans un fourneau sans courant d'air, un liquide brunâtre, huileux, d'odeur résineuse et empyreumatique, qu on appelle huile de code.

3*^ Le Genévrier Sabine ou la Sabine (Juniperus Sabina L.) appartient à une section des Genévriers, dans laquelle les feuilles, au lieu d'être linéaires aiguës et espacées, sont toutes petites, écaillcuses et imbriquées comme dans le Cyprès. C'est un arbuste odorant, de petite taille, ayant une grande tendance à s'étaler i^r le sol ou, dans certains points, dressé et arborescent. Les rameaux sont cylindriques, à ramilles nombreuses, recouvertes de feuilles rhomboïdales, aiguës ou mutiques, très-petites, opposées, rapprochées, étroitement imbriquées et couvrant entièrement les ramilles sous forme d'écaillés : sur les rameaux ces feuilles sont lâchement imbriquées, opposées ou temées, lancéolées subulées et décurrentes. Les fruits sont arrondis, de la grosseur d'une groseille, d'un bleu noirâtre : ils ne contiennent généralement qu'une nucule, par l'avortement des deux autres. Les rameaux ont une odeur très-forte et très-caractéristique.

On a distingué deux variétés de cette espèce : l'une dite Sabine mâle ou à feuiUes de cyprès^ haute de 5 à 4 mètres, dont les rameaux à angles accentués portent des feuilles à pointes déjetées en dehors ; l'autre, plus petite, Sabine femelle ou à feuilles de tamarix, dont les rameaux sont presque arrondis et :.'aruis de feuilles squamiformes, épaisses, à pointe non déjetée extérieure. Dans l'une et l'autre forme, le dos des écailles foliaires porte une glande vésiculeuse t'IIiptique.

La Sabine est une plante des Alpes de l'Autriche, du Piémont et du Dauphiné ; on Ja trouve aussi dans les Pyrénées, en Espagne, eu Italie, en Crimée, dans la Sibérie.

Il ne faut pas la couibndre avec le Juniperus Phœnicea L., espèce méditerranéenne, à laquelle on donne improprement ce nom. G'ost un arbuste monoïque facile à distinguer de la vraie Sabine, parce que les rameaux n'ont point l'odeur

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caractéristique de cette espèce ; en outre les feuilles sont creusées d'un simple sillon sur le dos et ne portent point la vésicule résinifôre du Juuipems Sabioa; enfin les fruits sont plus gros, dressés et non pendants, et d'une belle cookar rouge, luisante.

Une espèce qui ressemble davantage à la Sabine et qu'il faut signaler spéci^ lement est :

4^ Le Genévrier de Virginie (Juniperus Virginiana L.), qui porte aux ÉUIs- Onis le nom de Cèdre rouge ^ Red Cedar ou Sabine (Savtn). On le trouTealmdarament aussi bien dans les États du Nord que dans ceux du Sud. C'est oi arbre de 15 mètres de liant, étalé, et qui par son port est très-di(féreal de la vraie Sabine. Il présente deux formes de rameaux qui rappellent celles que nous avons indiquées plus haut pour le Juniperus Sabina^ et qui ont une trbgrande ressemblance avec ceux de son espèce, si bien qu'il est difficile de la distinguer. Une différence qu'on a signalée, c*est que dans la plante américiiae la fossette glandulifère est beaucoup moins développée que dans notre pluie européenne. Hais ce qui les distingue surtout, c'est l'odeur beaucoup moins dé1^ loppée de la première; elle contient en effet bien moins d'huile essentielle et doit être d'une moindre activité.

Le bois de Genévrier de Virginie a une odeur assez prononcée : il est roageâtre, léger, d'un grain fin et facile à travailler ; on s'en sert pour bien de» usages, entre autres pour former de petits tubes cylindriques, dans lesquels od enferme les crayons de graphite. Son nom de Cèdre rouge l'a fait quelquefois confondre avec le Cèdre^ dont il est très-différent.

Plusieurs espèces de Genévrier avaient été déjà remarquées et utilisées par les anciens. Le Genévrier commun parait être l'â^xivOoc de Théophraste, et sa forme naine (Juniperus nana de quelques auteurs), le xt9pii du même auteur; quant à Voxycèdrey c'est le idipoç de Tbéophrastc et de Dioscoride ; le Junipen^ Sabina est désigné par ce dernier auteur sous le nom de ^^vç, h-

DiBMOGRApHiE. — Théopiiiuste. Hisiotia, I, 15, 16. — Dioscoride. Materia mediea, I. ll^> 105. — LiRKÉ. Gênera, 1134; Species, 1470. — Erolicher. Gênera. — De Cânwui. fi^ française, III, 278. — GBExiBn et Goobor. Flore de France^ Ilf, 157. — - Guibocrt, Ihv^ êimpleM, 7" édit.,S50. — G. Plarcbos. Déterminai, des drogues simples, I, 127, 3S9.— i'' Gbat. Uanual of Botany ofthe North Unit. States, 425. Pu

g II. Emploi médical. Les anciens connaissaient certainement le genéTrier, très-répandu en Europe et en Asie. Il en est fait mention dans la Bible ;oolJ^ en eflet, dans le Livre de Job^ chap. xxx, 4 : c Ils coupaient des herbes saunj?^ auprès des arbrisseaux et la racine des genièvres pour se diauffer. • Et pli>* sieurs passages des écrits de Tbéophrastc, d'Ilippocrate, de Dioscoride, de Vis^^ paraissent se rapporter bien évidemment à cette plante. Halheareuseineot, il existe plusieurs espèces de genévrier3 et les anciens confondaient avec oeoi-o diverses plantes assez voisines, de sorte qu'il nous est difficile de prouver d'mK façon péremptoire que telle description d'un auteur grec ou romain se Tè]*porte à notre Juniperus communis ou bien au J. oxycedrus, les deux nri<f((^ qui ont de nos jours des usages médicaux.

Il est toutefois fort probable que les médecins de l'antiquité prescrivaient Iddifféremment les deux espèces désignées ci-dessus et encore le J. Pkœnkta, très-commun en Grèce, qui serait peut-être Tâ^xfuOoc d'Hippocrate.

Théophraste parle d'un Juniperus mâle et d'un Juniperus femelle, ce qui s'ap-

GENÉVRIER (emploi médical). 5U1

ptique fort hieo au J. communis : i Alii esse Juniperi species, alterùm florere quidem sed sterilem esse, altérant non quidem florere sed fructum ferre.,.. Dioscoride décrit seulement deux genévriers : un grand et un petit; il attribue au premier des vertus stimulantes et diurétiques. Ses graines, dit>il, servent aux faiblesses d'estomac^ à la toux, aux ventosilés et tranchées, et sont bonnes contre Jes morsures de serpent, comme les feuilles du reste. Enfin, la cendre de l'écorce était usitée dans le traitement de la gale et de la lèpre.

L'auteur grec désigne sous le nom d'arcenthides (âpxivOoç) les baies de ce genévrier, et il indique qu'elles oflrent la grosseur d'une noix ou d'une aveline.

Je ne vois guère que le J. oxycedrus qui ait des fruits de cette dimension, de sorte qu'il faudrait admettre que le grand genévrier de Dioscorîde est notre G. oxycèdre. A moins de supposer avec Hattbiole que ces grosses baies appelées arcenlliides provenaient de petits genévriers cultivés. Par la culture, en effet, ces arbrisseaux deviennent des arbres qui produisent de gros fruits.

Mais cette question n'offre qu'un faible intérêt ; je passe outre, suivant en cela l'exemple du célèbre commentateur de Dioscoride, très-embarrassé par les descriplioDs de son auteur et qui, pour se tirer d'affaire, suppose que le texte du médecin grec a été horriblement maltraité. Après cette boutade, Hattbiole nous indique que l'huile de genévrier est bonne contre le mal de dents, que les cendres de son bois sont diurétiques et qu'enfin les sujets affectés de scialique se trouvent bien des bains de genièvre. Je passe sur les propriétés ecboliques dû l'arbrisseau, assez mal définies par l'habile commentateur.

A côté de Dioscoride, il nous faut naturellement citer Pline TAncien, son contemporain, qui, lui aussi, parle de deux espèces de genévriers, dont l'une est plus grande que l'autre. Tous deux feraient fuir les serpents lorsqu'on les brûle.

Pline donne comme usages des baies les suivants : elles calment les douleurs d'estomac, de poitrine, de côté. Elles dissipent les gonflements, mûrissent la toux, et, appliquées topiquement, arrêtent les progrès des tumeurs.

Bues dans du vin, elles resserrent le ventre, dissipent les tumeurs abdominales, sont diurétiques et réussissent en collyre dans les fluxions des yeux.

On les donne à la dose de quatre dans du vin blanc pour les convulsions, les ruptures, les tranchées, les affections de matrice, la coxalgie, ou de vingt, bouillies dans du vin.

II en est, ajoute Pline, qui se frottent le corps avec ces baies pour se préserver des serpents.

En définitive, l'illustre naturaliste fait du genièvre un stomachique, un diurétique, un résolutif, un alexipharmaque, un stimulant, un balsamique, — vertus que la médecine contemporaine attribue encore à cette plante.

L'usage du genévrier en médecine s'est continué jusqu'à nos jours, et aujourd'hui encore quelques médecins prescrivent ses préparations, qui ont une réelle ^leur et me semblent trop négligées. J'ai dit plus haut que deux espèces seulement faisaient partie de notre matière médicale, le J. communis et le /. oxycedrus. Ce dernier nous fournit l'huile de cade, excellent médicament qui rend les meilleurs services dans les dermatoses ; c'est la seule application que je lui connaisse en propre. L'huile de cade a été longuement étudiée dans le remarquable article de Bazin (voy. ce mot), c'est pourquoi ma description portera uniquement sur le genévrier commun, l'espèce en quelque sorte officinaleot certainement la plus ordinairement usitée entre ses congénères. — La sabiue,

503 GENËVRIËR (emploi xédical).

Junip^tus sabina^ rangée parfois parmi les genévriers, figurera plus aTantageusemement à une place spéciale (voy. ce mot) ; quant au J. Yirginiana, il d'i pas d'applications médicales, quant à présent.

Propriétés physiques. On peut tirer profit en médecine de toutes les pirlie^ du J. communisy mais généralement on n'emploie guère que ses baie$, ses mtmités et plus rarement son bois.

Tout le monde connaît les fruits du genévrier, ces petits cônes vertsoa noirilm suivant leur degré de maturité, vulgairement appelés baies de genièvre ou simplement genièvre. Je rappellerai seulement que ces baies, du volume d'un pei: pois, ont, telles qu'on les trouve dans les pharmacies, une couleur noire ou violacée, une odeur balsamique forte, une saveur douceâtre, légèrement amm, térébinthacée. Elles sont arrondies et plus ou moins ridées par la dessiccation. enfin elles offrent à l'un de leurs pôles trois petites rainures et à l'autre de petites écailles bractées en étoile. Ces caractères physiques permettent de les r^ connaître facilement. Le commerce tire les baies de genévrier de Rotterdam. Hambourg, Leghom, Trieste, etc.

Leur composition a été donnée, eu 1822, par Trommsdorff (Gmdins Eanê. d. Ch. II, 133), c'est la suivante:

Huile ToUtile 1,0

Poix i.O

Résine 10,0

Sucre particulier, acéute et malale de chaux 38,8

Gomme, sels de potasse et chaus 7,0

Ligneux 3o,0

Eau 12.9

En somme, les baies contiennent environ 15 pour 100 de matières balsamiques, ce qui est une assez forte proportion de principes actifs. Je parlent plus loin de Tessence. Quant à la résine, elle est verte et incrislallisée, suiîu: TrommsdorlT, cristallisée, d*après Nicolet, et aurait pour formule chimique (?H^> La poix, dit ce dernier chimiste, est cassante et composée de G'^H'^.

J*appelle encore Tattention sur la proportion de sucre contenue dans les bair 23 pour 100, suivant Tanalyse de Donath (1873). Trommsdorfl' le ditanalo.^ à celui de raisin, Nicolet à la mélasse.

Outre les substances que nous avons indiquées, Donath signale encore dans h baies de petites quantités diacides prussique, acétique et malique, plu> <^' substance particulière qu*il nomme junipérine^ non cristallisable, soloble à^^ Teau.

Essence de genévrier. On la connaît depuis fort longtemps déjà, car «^ 1556 Schnellenberg la préparait par distillation des baies (Artzneybnek, iir nigsberg, 1556, 35), et Matthiole la signale. Elle se trouve dans toutes lesf^' ties de la plante, mais surtout dans les fruits verts, qui en fournissent 1 î « pour 100 par distillation. Uecluz a montré qu'elle se trouve en nature daos^' utricules fusiformes supportées par les graines incluses dans ces fruits. Les (ru^^ mûrs contiennent plutôt de la térébenthine, car pendant la maturatioo co partie de Tessence se résinifie.

Cette huile essentielle est limpide, transparente, presque incolore, d'une <i'site de 0,839, donc plus légère que Teau ; son odeur rappelle celle du fnui '• sa saveur est balsamique. Elle est peu soluble dans Talcool et dévie à gaudit i lumière polarisée.

GENÉVRIER (bxploi xkdicàl). 505

Blancbet h considère comme formée de deux huiles isomères, avant la formule C*^W* : Tune incolore et assez volatile, l'autre colorée peu volatile. La première composerait presque entièrement l'essence d[>tenue par distillation des baies. Elle est soluble dans l'alcool et aussi dans l'acide chlorhydrique avec lequel elle forme un camphre artificiel. Elle dissout l'iode ou mieux se combine aveclui, car celui-ci ne réagit plus sur l'amidon et ne jaunit plus la peau. Si 1 00 ingère cette combinaison, on retrouve l'iode dans l'urine, la salive et le mucus nasal (Heller).

Je n'ai rien de bien spécial à mentionner concernant le boi$ et les sommités. Ils reproduisent les propriétés atténuées des baies.

Dans le bois, qui n'a point d'odeur et de saveur, on ne trouve jamais de résine en nature, au moins en Europe. Il paraît toutefois que dans les pays chauds on en a vu. Ces parties du genévrier sont à peu près inusitées et ne serrent guère que pour les usages domestiques. Les anciens taillaient, dit-on, dans ce bois des images de leurs dieux, probablement parce qu'il est incorruptible. On en retire par distillation une huile essentielle. Le bois de genévrier a donné à Sloltz par distillation (Traité des Essais, de Berthier, 1. 1, p. 248) :

A. pyroUgneui 45,80

Huile empyreunatique 19,75

Charbon 22,70

Gax 20,77

Les sommités ont une odeur balsamique, une saveur amère et térébeulhinée et passent pour laxatives. Brûlées, elles répandent, comme le bois et les baies, une odeur aromatique très-forte prisée par certains odorats et qui masque absolument les mauvaises senteurs. Je dis « masque », parce que le genévrier n'est rien moins qu'un désinfectant dans le sens que nous assignons aujourd'hui à ce mot, c'est-à-dire qu'il est incapable de détruire les émanations fétides.

1. Pbopriétés physiologiques. Elles n'ont pas été recherchées d'une façon spéciale par les auteurs, ou du moins je n'ai pas trouvé dans les traités ou mémoires que j'ai consultés, relatifs à l'histoire du genévrier, ces résultats d'expériences physiologiques telles qu'on les pratique aujourd'hui, qui déterminent nettement la valeur d'un médicament par ses effets sur les principales fonctions. Je vais essayer, en rapprochant les faits connus, de commencer cette histoire physiologique.

Lorsqu'on mâche des baies de genièvre en petit nombre, il se produit sur les premières voies une action stimulante. La salive est sécrétée en plus grande abon- <lance et la bouche est humidifiée à ce point qu'un botaniste de beaucoup de verve. Roques, a pu dire que ces baies pouvaient tenir lieu du verre d'eau de l'orateur. La sécrétion gastrique est elle-même stimulée, la digestion devient dès lors plus rapide et plus complète, aussi bien l'appétit s'accroît-il. En langage physiologique nous pouvons dire que le genièvre produit sur les premières voies une excitation sécrétoire, en même temps qu'il sollicite les contractions de l'estomac. Pareils faits s'observent sur les intestins, qui sécrètent et se contractent plus activement. Cette action a pour conséquences souvent l'expulsion des gaz et des matières qui remplissent cette partie du tube digestif. Les anciens avaient d'ailleurs bien vu que les préparations du genévrier dissipent les flatuosités abdominales et peuvent avoir des effets laxatifs; c'est pourquoi ils déclaraient le genévrier stomachique, carminatif, à dose faible.

504 GENEVRIER (emploi médical).

Après absorption, les préparations simples de cette plante produisent quelques effets diffuses bien connus.

Elles stimulent la circulation et donnent lieu à de l'accélération du pools, puis à une fébricule passagère.

Mais on note surtout une action importante sur les reins, la peau et les poumons.

L'urine est rendue en plus grande abondance et elle sent manifestemeot la Tiolette, ce qui indique des propriétés diurétiques,

La sueur également, ou plutôt la transpiration insensible, la diaphorèse, comme on disait autrefois, est plus considérable, — d'où la propriélé dior phorétique.

Enfin, l'haleine des sujets prend une odeur balsamique, ce qui indique que certains principes du médicament s'éliminent par les poumons, aussi bien verrons-nous déclarer le genévrier béchiquey antiasthmatique^ etc.

En somme, ces faits nous apprennent qu'à petite dose ses préparations sont stomachiques, carminatives, stimulantes, diurétiques, diaphorétiques et qu'elles peuvent agir sur les poumons et les voies pulmonaires.

A dose élevée^ les préparations deviennent excitantes au lieu de stimulantes. C'est-à-dire qu'elles agissent violemment sur les organes et appareils, troublent leurs fonctions et provoquent chez l'homme des accidents plus ou moins désagréables. Du côté des voies digestives, ce sont des vomissements, de la diarrhée, de la dyspepsie douloureuse ; la circulation et la respiration sont accélérées et du côté des reins il y a des phénomènes congestifs avec dysurie, anurie ei même hématurie (Pisou).

Ce dernier va jusqu'à dire que ceux qui abusent des baies de genièvre peuvent devenir diabétiques, ce qui me parait inadmissible (AcL naL curios, vol. ît obs. 52).

Enfin, je signalerai parmi les effets des doses fortes la stimulation des organes génitaux chez la femme, qui peut aller jusqu'à brusquer l'apparition des règles. On sait <{u'un autre Juniperus, la sabine, possède à un très-haut degré cette action excitante, puisqu'elle est considérée comme un emménagogue réel, oai> dangereux.

Tels sont les principaux faits relatifs à l'action pharmacodynamique du genévrier.

Nous expliquerons ses effets stomachiques par une action stimulante locale sur la muqueuse des voies digestives, et nous pensons qu'il provoque la diapht^ rèse et la diurèse, grâce à l'élimination de quelques-uns de ses principes voUtil> et résineux par la peau et les reins. Enfin nous croyons qu'il doit encore à sod huile essentielle ses qualités stimulantes générales.

Topiquement^ les préparations de genévrier se montrent stimulantes et excitantes. Ces effets sont manifestes sur la peau dépouillée de son épiderme, et nous verrons que ces propriétés ont été quelquefois mises à profit dans le traitement des plaies. Grâce à la résine, à l'essence, elles peuvent avoir des vertus balsamiques et vulnéraires d'une certaine valeur.

Elles sont certainement parasiticides, car on les a vantées comme remêd-. contre la gale et la teigne.

II. Applications médicales. A. Usages a l'iatérieur. Les applications lierivent des cifcts physiologiques que nous venons de rapporter. En raison de àe« effets stomachiques, le genévrier a été conseillé dans certaines a//ec(ioiu des r</>(^j

GENÉVRIER (emploi médical). 505

digestiveSfhdppepsie atonique plus particulièremeat. Il stimule l'estomac et l'intestin, chasse les flatuosités, excite la sécrétion des sucs digestifs et tonifie les organes, — de sorte qu'il soulage d'abord les patients et les amène peu à peu à la guérisou. Hoffmann vantait beaucoup le rob contre l'atonie du tube digestif.

Évidemment, ses préparations pourraient devenir anthelmintiques et chasser des voies digestives les ascarides et peut-être les oxyures, mais nul praticien ne recherchera cette application, puisque nous possédons des médicaments vermifuges d'une action plus sûre et agissant sous un plus faible volume. Ici, en etfet, iJ faudrait de fortes doses pour obtenir un bon résultat.

Est-ce à titre de stimulant et de diaphorétique? est-ce parce qu'on l'a considéré comme un bon succédané du gaïac et du sassafras, qu'on l'a administré dans le rhumatisme et la goutte (Bruch), dans la syphilis (Brassavola, EttmûUer, Léon l'Africain, Hanin, etc., Sylvius) ? c'est ce que je ne saurais dire, — ce serait au moins rationnel. Quoi qu'il en soit, ces applications sont aujourd'hui tombées complètement en désuétude.

C'est surtout comme diurétique et balsamique que le genévrier mérite de rester dans notre matière médicale; il est là sur son véritable terrain, champ bien vaste déjà où ses bonnes propriétés trouvent suflisamment à s'exercer.

En provoquant la diurèse, les préparations de genévrier rendent de très-grands services dans les hydropisies, comme l'ont indiqué Yan Swieten, Hoffmann, Rosenstein, Duverney, Hegewick, au siècle dernier.

Aussi, de nos jours, Trousseau n'a-t-il pas manqué de faire entrer les baies de genièvre dans la formule du vin diurétique qui porte son nom, l'un de nos meilleurs médicaments dans les hydropisies, comme chacun sait.

C'est surtout dans les hydropisies généralisées, dans l'anasarque, qu'il faut faire intervenir les préparations de genévrier. En provoquant une abondante diurèse elles feront rentrer dans la circulation, puis disparaître avec l'urine la sérosité des œdèmes. Toutefois, dans Temploi de ces actifs médicaments, il y a d'utiles précautions à prendre pour réussir, et si leurs indications sont Qombreuses, cependant quelques contre-indications doivent être mentionnées.

Jai dit, en effet, qu'à dose élevée on avait vu l'anurie, la dysurie, l' hématurie, résulter de l'emploi du genévriei*. C'est donc qu'il peut congestionner les reins et empêcher leur fonctionnement. Par conséquent, on se gardera de prescrire lui pareil médicament toutes les fois qu'on soupçonne une hyperémie rénale; mieux vaudrait alors user des sels neutres, du bromure de potassium, etc.

Van Swieten conseillait volontiers la formule que voici :

gramme*.

Eau distillée de genévrier 1000

Extrait 120

Esprit de genévrier 60

Dose : Une oo deux cuilleréea à soupe quatre à liuil f )is jiar jour.

J'indiquerai plus loin les principales préparations diurétiques à base de gené- ^ler, tirées d'un certain nombre d'ouvrages généraux ou des pharmacopées.

Maladie des organes génito-urinaires. Son action spéciale, stimulante sur 1 appareil urinaire, l'a fait encore employer dans les affections catarrhales de la vessie et de l'urèlhre, et de plus il a été souvent prescrit pour favoriser l'expulsiOD de graviers ou de petits calculs arrêtés dans les voies génito-urinaires.

Ces applications ont leur importance, je m'y arrête un instant.

506 GENÉVRIER (emploi iiéDiCÂL).

On conçoit facilement que grâce à sa résine le genévrier peut devenir un balsamique utile dans le catarrhe vésical et danslafr^ennorr^^te.Haiscenesen évidemment qu*un adjuvant de nos grands balsamiques, le copahu, Tessenoe de santal, le cubèbe, etc. , d*un usage si généiid aujourd'hui. A. Fréd. Hecker, Jourdan, conseillaient l'extrait de genièvre dans la blennorrfaagie, surloat à h première période, et Plagge l'essence, qu'il considère comme un excellent succildané du cubèbe et du copahu.

Je croirais plus volontiers à ses bons effets dans la gravelle rénale, et c e^t sur cette question intéressante que je vais dire quelques mots. EttmûUer est un de ceux qui ont le plus préconisé les préparations de genévrier, surtout l'exlrjit et l'eau distillée de baies, contre les coliques néphrétiques. Après loi, divers médecins se sont également bien trouvés de les prescrire contre cet accident. Demangeon, particulièrement, a rapporté deux faits d'un grand intértl, dont voici le résumé succinct. Un enfant de dix-huit mois offrait des signes manifestes de gravelle et souffrait cruellement. On lui fit prendre la simpl'^ préparation que voici :

Eau 4 lilres.

Orge mondée 1 cuillerée.

Baies de genièvre 1 poignée.

On fait d'abord la décoelton d'orge et Ton jette dans cette décoction bouillante les baies de genièirc

Bientôt le petit malade rendit des calculs, dont quelques-uns avaient le voluoif d'une lentille, et il fut guéri.

Un autre enfant, âgé de trois ans, expulsa, après avoir pris cette tisane, ud calcul de 0k%15 et du volume d'un petit haricot. Ce calcul dut être extrait ^ Turèthre.

Le genièvre est diurétique, il stimule les contractions des fibres lisses, dose il est apte à favoriser l'issue au dehors d'un calcul engagé dans l'uretère ou tombé dans la vessie ; par conséquent la théorie comme la pratique nous indiquent qu'il peut être fort utile dans la gravelle rénale.

On aurait tort néanmoins de lui attribuer des vertus lithontriptiqnes. Si quelques agglomérats de sable urique ou de petits graviers ont pu être désagr^ gés et ensuite expulsés sous son influence, ce n*est pas à dire qu'on poi»^ compter sur lui pour dissoudre une pierre dans la vessie. Mais je conviens ([^ par ses qualités diurétiques et stimulantes, par ses vertus balsamiques, il ^ indiqué chez les sujets prédisposés à la gravelle, pour tenir libres de tout sédiment les voies urinaires et empêcher la formation des calculs. On prescrira dom aux sujets affectés de gravelle urinaire les préparations de genièvre ou mêmei^ baies en nature qui, rapporte Geoffroy (Mat me'd.y t. VIII, p. 128), rcusâreni si bien à Laurentius, — non-seulement pour débarrasser leurs voies uriioire^ des calculs qui peuvent s'y trouver, mais encore à titre de prophylactique* pour empêcher la formation d'autres calculs. Je répète que l'action de ce remède n'est rien moins que mystérieuse; il agit comme diurétique stimulant.

Hoffmann faisait prendre le rob de genièvre, et Yogel simplement les bai^ en nature. Un pharmacien, Durand, prétend avoir vu de bons eflets don éthérolé de genièvre, qu'il prépare en faisant agir Téther sur l'huile de cade> Il le donne à la dose de 4 à 5 gouttes matin et soir. C'est précisément cette qa>lité de stimulant qui contre-indique son usage toutes les fois qu'on soupçom^* un état inflammatoire un peu aigu des organes génito-urinaires.

On met quelquefois à profit cette vertu stimulante dans un trouble fonctionnel

GENÉVRIER (emploi médical). 507

des organes génitaux, je veux parler de Yaménorrhée. Le genièvre, comme la Sabine, peut devenir un emménagogue efficace chez quelques malades.

Hais ici il faut s'entendre et limiter cette application à certains cas seulement d*amënorrhée. G*est surtout dans Taménorrhéesymptomatique de chlorose, d'anémie,de troubles dyspeptiques que le médicament peut réussir. Dans ces cas il agit à la fois comme stomachique, reconstituant indirect et comme stimulant direct de la fonction de menstruation.

C'est dans des conditions analogues que Cazin s'est bien trouvé de faire prendre les préparations de genévrier aux femmes affectées de leucorrhée.

Roques donne comme formule d'infmion emménagogue la suivante :

Baies 1 pincée.

Th4 1 —

Pour une lasse d'eau bouillante.

Je ne comprends pas du tout son emploi dans Vorchite blennorrhagique^ préconisé au siècle dernier, c'est pourquoi je me borne à mentionner le fait à titre de renseignement historique.

Maladies des voies respiratoires. L'huile essentielle de genévrier s'élimine par le poumon; elle peut doue agir sur cet organe et sur les bronches, comme le font bon nombre de balsamiques journellement ordonnés dans les affections catarrhales pulmonaires : le baume deTolu,latérébenthine« Vessenceà' Eucalyptus ^bulus^ le goudron, la créosote, l'huile de Gabian, etc.

On ne s'étonnera donc pas des succès signalés à l'actif du genévrier dans y asthme humide et les catarrhes bronchiques subaigus ou chroniques. L'essence me paraît plus particulièrement indiquée.

On comptera moins sur ce médicament dans la. phthisie pulmonaire (contrairement à l'opinion de Deckberg), si ce n'est peut-être pour combattre un élément catarrhal et relever les forces digestives.

B. Usages divers. Je comprends sous ce titre quelques applications d'un moindre importance.

La médecine populaire, dans certains pays marécageux, combat les accès de fièvre intermittente à l'aide des baies de genévrier eu nature. Cinq à six sont ingérées par le patient avant l'accès, puis il se met au lit bien enveloppé dans des couvertures imprégnées de vapeur de ces baies. Bientôt une sudation codt sidérable s'établit et la fièvre guérit. Cazin a suivi cette pratique et s'en est trèsbien trouvé contre les fièvres automnales avec engorgement splénique, et il a vu que le vin de genièvre et absinthe réussissait alors que le sulfate de quinine avait échoué.

D*autres médecins ont conseillé ce médicament dans la cachexie consécutive aux fièvres intermittentes ^ tantôt seul, tantôt associé à la gentiane, à l'absinthe, aux amers d'une façon générale, à la digitale, etc.

J'indique cette ressource aux confrères qui pratiquent dans les pays pauvres, désolés par la fièvre.

C'est également le diaphorétique du pauvre, qu'on pourra prescrire dans tous les cas où la médication diaphorétique est indiquée. Â l'exemple de Gasin on formulera :

Bois de genévrier rflpé 125 grammes.

Faites bouUlir dans 1500 grammes d'eau jusqu'à réduction I 1000 grammes; ajoutei 125 grammes de vin Liane.

508 GENÉVRIER (emploi médical).

C est encore un stimulant administré jadis contre les mormre$ (f oiuimiu venimeux ; d'où les noms de the'riaque allemande^ thériaque des campagnarù, donnés à l'extrait de gcnièyre. Aujourd'hui on n*y compte plus guère.

Enfin les préparations de genévrier ont été indiquées dans le traitement de la scrofule et le scorbut (Pisone). Dans la première de ces maladies, Textrait de baies était administré en pilules» associé à l'extrait de gentiane et de centaurée.

C. UsAGBS HTGiÉKiQUES. Ils sout asscz uombrcux et ont une réelle importance. J'ai dit déjà qu*on brûlait souvent les baies ou les sommités du genéTrier pour désinfecter les appartements, les amphithéâtres de dissection et, en somme, tous les locaux où se développent des odeurs fétides. Ce n'est pas là, je le répète, une bonne application ; ou se borne dans cette petite opération i substituer une odeur agréable à une mauvaise odeur, mais on n'agit pas autrement sur celle-ci. Je veux dire qu'on détruit peu les gaz odorants ou les émanations nuisibles, on masque simplement leur senteur.

Les baies étaient autrefois très-usitées à titre de condiment dans la cuisine allemande, surtout dans la préparation de la choucroute ; c'était, au dire d'Ettmûller, la principale épicerie des classes pauvres. Les Lapons, soiraut Scheiïers, boivent l'infusion des baies comme nous prenons du café ou du tlié. A Paris, anciennement, les confiseurs dragéifiaient ces baies et les vendaient sous le nom de dragées de saint Rock ^ comme préservatifs en temps d'épidémie.

Ces fruits ont, en effet, joui pendant longtemps d*une certaine réputation comme a;;ents de prophylaxie contre certaines maladies infectieuses. On en faisait mille préparations : confitures, vin, eau-de-vie, ratafia, etc., toutes plus on moins vantées, comme aptes à protéger contre les miasmes ou bien à prolonger l'existence (Tackius).

Nous en reparlerons dans un instant.

Sans attribuer une confiance extrême aux vertus antimiasmatiques du genévrier, je crois néanmoins qu on peut, à l'exemple de Tissotet deCazin, recommander ^«^ baies, ou les préparations auxquelles elles servent de base, aux gens qui habitent des contrées marécageuses où les fièvres intermittentes sont endémiques.

Un médecin français qui écrivait à la fin du siècle dernier, Daignan, a fait un petit livre consacré uniquement à mettre en relief les effets salutaires de l'eaode-vie de genièvre dans les pays bas, froids, humides et marécageux. Il démontre que, grâce à un heureux instinct, les peuples du nord de l'Europe ont poor boisson habituelle l 'eau-de-vie de genièvre, dont ils font une grande consommation. Cette eau-de-vie, tout en facilitant les digestions chez ceux qui laboiî^^ gros mangeurs très-avides d'une nourriture abondante et succulente, est eocore pour eux un préservatif de la goutte et du rhumatisme dans bien des cas.

On u conseillé les préparations de genièvre contre le scorbut déclaré; je pense que ces préparations agiraient peut-être aussi sûrement comme moyen de prophylaxie à l'égard de cette cruelle maladie. Les baies du genévrier sont trèsriches en principes balsamiques et en sels de potasse, tous agents que Teip^ rience recommande comme préservatifs du scorbut.

Voici maintenant quelques renseignements pratiques sur les boissons à base de genièvre, employées pour les usages domestiques, principalement cbei l<â populations du nord de l'Europe et en Allemagne.

On prépare avec le gcuièvre, pour les usages domestiques ou hygiéniques, une

6ENËYRIER (emploi médical). 509

boisson fermentée appelée genevrette, ane eaU'de'Vie et diverses liqueurs. Voici qudqnes indications sur leur fabrication.

Genevrette, Le Journal économique de 1 768 indique la préparation suivante : « Prenei trois boisseaux de baies;de genièvre bien noires, autant d*orge de mars et deux livres de fruits sauvages cuits au four. Remplissez d*eau à moitié un tonneaa. Ceci fait, mettez l'orge dans un chaudron assez plein d*eau et faites-lui jeter deux ou trois bouillons ; retirez du feu et jetez dedans cette décoction les baies et les fniits sauvages, puis versez le tout dans le tonneau. Laissez infuser deox jours et alors versez quotidiennement un peu d'eau dans le tonneau, de manière à le remplir. On couvre alors simplement Touverture de la bonde. La fermentation ne tarde pas à s'établir, puis le calme apparaît et Ton peut commencer Tusage de la boisson. On ajoute autant d'eau qu'on a pris de genevrette et la liqueur se perpétue ainsi plusieurs mois de suite. »

Il y a diverses variantes à cette préparation. Helvelius conseillait une dose double de genièvre, supprimait l'orge et lui substituait quatre poignées d'absinthe bien épluchée.

Royer ajoutait 10 ou i2 livres de miel commun ou de sirop de mélasse.

Roques donne une formule plus simple :

grammes.

Baies de genièfre contusées 60

Rameaux coopés meoiis 30

Vin blanc 1000

Ce dernier vin est plutôt médicamenteux et usité comme diurétique.

En y ajoutant une pincée d'absinthe et 30 grammes de racine de raifort, on a un excellent tonique qui excite l'appétit et réveille les fonctions digestives. 11 faut laisser infuser trois jours et ajouter 60 grammes de sucre.

Vesprit de genièvre s'obtient en distillant le vin de genièvre ; il n'est guère usité; c'est le genièvre des Allemands.

Veau-de-vie de genièvre ou genièvre j le gin des Anglais, est au contraire le stimulant ordinaire, la liqueur habituelle, nationale, si j'ose ainsi dire, chez les peuples du nord de l'Europe.

Elle se prépare le plus souvent à l'aide d'eaux-de-vie de grain qu*on distille sur les baies du genévrier.

Cette liqueur doit être d'une limpidité parfaite.

Le genièvre, dit Daignan, convient dans les pays bas et humides; il restaure, snime, échaufle, aide à la digestion, dissipe les vents et pousse aux urines ; il excite la transpiration, fortifie les viscères, ranime toutes les fonctions de léconomie. On voit que l'auteur ne lui ménage pas les compliments et qu'il en fait un cordial de premier ordre.

Le ratafia de genièvre est une bonne liqueur stomachique, cordiale, apéritive. Roques a donné le mode de préparation que voici :

Baies de genièvre 300 grammes.

Semences d'anis 8 —

Cannelle Qne 4 —

Eau-de-vIe de Cognac 4 litres.

Eau de rivière .... SOO grammes.

Sucre lOlO —

Uisiex infaser les baies dans Teau-de-Tie huit ou dix jour«, avec l'auis et la caunelle ; passez & tra- Hn un umis, sjoutei le sucre et filtrez.

510 GENÉVRIER (emploi mâdical).

D. Usages à l*extjSrieur. La décoction de genëVrier passe pour résolaUve, détersive, tonique» vulnéraire, et a joui autrefois d*une certaine vogue bien diminuée aujourd'hui, comme agent propre à résoudre les engorgements œdémateux et à cicatriser les ulcères atoniques ou scorbutiques. On faisait aassi parfois servir les. cataplasmes préparés avec les fruits aux mêmes usages, el Daignai! a conseillé de préférence, en pareils cas, l'esprit de genièvre.

Les fumigations de baies de genièvre ont été également recommandées pow hâter la cicatrisation des ulcères phagédéniques (Pentzin), dissiper une atonie générale comme dans la scrofule, soulager les douleurs de la goutte et du rhamatisme, résoudre Tanasarque, rétablir les fonctions cutanées chez les sujeb infiltrés, et combattre le coryza chronique (Gaziii), etc.

Ces fumigations se font simplement en faisant bnller les baies dans une bt»sinoire qu'on porte dans le lit dés malades, ou bien ceux-ci exposent directement les parties affectées aux vapeurs balsamiques. Ou bien encore, à l'exemple de Hufeland, on recueille la fumée des baies de genièvre sur une flanelle et Ton pratique des frictions avec cette flanelle bien imprégnée de vapeurs aromatique^.

Parfois on fait brûler les baies dans la chambre des phthisiques, pour agir sur un élément catarrhal des bronches en créant une atmosphère mÀiicameuteuse propre à éteindre l'irritation bronshique surajoutée à la tuberculose.

Je terminerai cette énumération en disant que le genévrier a été utilise' anciennement contre la gale (Rosenstein), et que c'est un remède populaire contre la teigne dans les campagnes. Les paysans écrasent ses baies, les mélaogent à l'axonge et appliquent cette pommade bouillie sur la tête des sajet^ affectés de teigne. Nous sommes actuellement mieux armés qu'autrefois oootiv ces deux dermatoses parasitaires, c'est pourquoi on n*a plus recours au geoiivrier, remède utile, mais peu énergique, recommandé cependant par un médeciD du nom de Cliomel.

E. MoDBS o'ADMiMiSTRATmN. DosEs. FORMULAIRE. A l'irtérieur, OU administre les préparations suivantes : Infusion, décoction de baies ou de sommités et leur eau distillée; vin de fruits, vin de cendres, teinture, extrait, huile essentielle, alcoolat, poudre j fruits entiers.

V infusion se prépare, en vase clos, avec 20-50 grammes de baies ou de sommités pour 1000 grammes d'eau ou de vin blanc. On passe après ref^oidi^se• ment. Â prendre par verre.

La décoction est obtenue en faisant bouillir de 40 à 80 grammes de copeam de genévrier dans un litre d'eau. Mêmes doses que Tinfusion.

Veau distillée, produite par distillation de une partie de baies ou de v^^mités sur 4 d'eau, sert de véhicule à diverses préparations de genièvre ou bien à d'autres médicaments dont on veut masquer la saveur.

Le vin de fruits a pour formule la suivante :

gramme».

Genièvre 30

Vin trè^-chaud 500

Laissex infuser une demi-heure et passes.

Dose : 50 à 60 grammes. — Est parfois employé pour le pansement des ulcèn^ indolents.

Vin de cendres. On traite 150 grammes de cendres de bois par un litre dbon vin ou de cidre. S'administre aux doses de 50, 60 et 100 grammes, coru». diurétique, dans les hydropisies.

GENÉVRIER (emploi hé^icil). 511

Teinture. Baies de genièTre, 1 partie; alcool à 33 degrés, 2 parties. Dose : 2à iO grammes en potion ou dans du yin. Très-peu usitée.

Extrait, Faites infuser pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures i partie de geuièvre dans 4 d*eau et réduisez à consistance d'extrait. Dose : 4 à 8 grammes en potion, pilules.

On prépare aussi un extrait par décoction. Si Ton évapore la décoction jusqu*à ce qu*elle ait pris la consistance du miel et qu'on ajoute un peu de sucre pour conserver le produit, on a le rob de genièvre, préparation très en honneur dans Ja pratique comme en hippiatrique au siècle dernier. La dose est de 30 à 90 grammes.

Huile essentielle. Elle se prescrit à la dose de quelques gouttes : 3 à 6 en potion, oléo-sucre, capsules, pilules. L'oléo-sucre se formulera ainsi :

Huile essentielle de genévrier 3 gouttes.

Sucre « .. 4 gnmmes.

Alexander prescrivait cette huile à la dose de quelques gouttes dans une infusion ia thé vert comme un excellent diurétique applicable dans Thydropisie.

Pour administrer Tessence en capsules, en pilules, on aura bien soin de l'incorporer à une substance inerte qui la divise bien, de manière à empêcher son action topique irritante sur les voies digestives. Dissoute dans Tesprit-de-vin, Tbuile de genévrier est un bon emméuagogue, un carminatif et uu diurétique (Daignan).

Valcodat se prescrit aux doses de 2 à 4 grammes. Il est également peu usité.

La poudre est rarement prescrite seule. On peut en donner de 2 à 20 grammes, en bols ou pilules.

Les fruits entiers se prennent à la dose de 15 à 25 grammes à la fois, sous forme de dragées ou en nature.

Voici maintenant quelques formules qui m'ont paru bonnes à connaître. Je les tire de la Pharmacopée universelle de Jourdan :

TISASB

CARMINATITE

Genièvre ....

grammca

Anis

\ ftft

Sel ammoniac . .

Tamomille ...

Eau. . ......

Faites bouillir et ajoutai à la cola tore :

Eau-de-TÎe 3i5

ELIXIR DE (iENIEVRE

grammes.

Rob de genièvre 120

Vin de Madère 300

iruéKOhi d*ol£dle de geniètre

parties.

Huîle de genévrier 1

£ther sulfurique 7

INPUSION DlORéTlQUB DE LANGE

grammes.

Baies de genièvre concassées io

Lait de chèvre bouillant 1000

Laisser infuser uiie demi-heure, passer avec expression et sucrer.

513 GEiNËVRlER (emploi mkdical).

Lange conseillait cette infusion aux malades atteints de gravelle et préteodaii qu'elle les débarrassait sans causer la moindre irritation.

MIXTURE DIUBÉTIQUB DE QDARUI

çreniMs.

Baies de genièTre 60

Eau commune , . 7o0

Faites digérer & une douce chaleur pendant trois heures, passes et ajoutez :

Rob de genièvre ••• 60

Quelquefois Quarin additionnait cette mixture de 60 grammes d'esprit de Hinderer et la prescrivait à la dose de deux ou trois cuillerées à soupe.

RàTAPIÂ du COHMARDEUR de SAUlT-MARnN

grammes.

Arréte-bœuF, cynorrhodon, guimauve, sceau de Salomon, char>

don Roland Aâ 61

Genièvre et grande consoude Ai 30

Muscade S3

Anis 3,8

Eau-de-vie 50

Passas au bout de quinxe jours et ajoulei :

Sucre 1000

Un petit verre matin et soir dans la gravelle.

Les baies de genièvre entraient dans une foule de vieilles recettes dont le nom est à peine connu aujourd'hui : Télixir de Sennert et de Zwcifer; dans Topiat de Salomon« Torviétan de Charras et d'Hoffmann, l'eau thériacale, le baniv vert, etc.

Elles servent à la préparation du vin diurétique de Trousseau, excelleou drogue dont je n'ai pas à faire l'éloge, du baume de Fioravanti, etc.

Préparations pour rusage externe. L'infusion de fruits et de sommités. Ii décoction de ces parties servent pour les lotions, fomentations détersives, résolutives, pour les bains stimulants. On les emploie comme véhicules dans li préparation de gargarismes, d'injections vaginales.

La teinture est quelquefois prescrite en frictions, pour résoudre des engor^ ments, dissiper des œdèmes.

Voici maintenant quelques formules d'un certain intérêt :

c£rat de gerâvrier

parties.

Feuilles da genévrier I

Cérat résineux 6

Mêles par broiement

LINIHBNT DIURÉTIQUE

gramiiies.

Esprit de genièvre 30

Esprit da savon 92

En frictions matin et soir sur le bas-ventre, dans l'ascite. L'esprit de genièvre se prépare en mélangeant 1 partie de genièvre, 2 parties d'alcool à 53 degrés et distillant au bout de vingt-quatre heures.

UNIMENT RisOLUnP DE ROSENSTSIR

grammes.

Esprit de genièvre 60

Huile de girofle

nuiie ue giroue i

Baume de muscade }

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