LUTZ
OXYDinORPHI^'E. Voy. OxTMORPUIME.
OXTÉRUCIQUE (Acide). C'^H^^O^. On obtient ce corps en faisant réagir l'oxyde d'argent humide sur le bibromure de l'acide éruciquo C"H**Bi*0*, ou sur l'acide énicique brome C^H^^BrO^ On fait bouillir le produit avec de l'acide chlorhydrique et il se sépare un liquide huileux qu*on lave. On traite par un sel de baryum et on épuise par Téther. L'oxyérucate de baryum se dissout, tandis que le dioxybénate qui l'accompagne reste insoluble.
L'acide oxyérucique constitue une huile légère, soluble dans l'alcool et l'éther. Ses sels sont amorphes. L. Un.
OXTÉTHTLÈIVE-DISIJLFURIQI3E (Acide). C'IFS'O^ = C*l^(0^)(SO^OFI).
Se produit quand on chauffe longtemps, au bain-marie, de risélhionate de potassium avec un excès d'acide suifurique fumant. C'est un liquide épais, très- ^ide. Son sel de baryum C'IPSWBa cristallise en aiguilles rayonnées trèsaolubles dans l'eau. L. H.n.
OXYÉTHTLSTBTCHIVI^E. Voy. OxÉTlIYLSTRYCUNliNE.
478 OITGÈiNK (cbihib).
OXTCiÈ^îB. g I. Chiade. ÉqnÎTalent = 8 ; poids atomique = 16. On
doit la d^uTerte de Toxygèoe à Priestley qui, en 1774, le retira da bioiyde de mercure. Scheele, en 1 775, le retira du même corps, et troura an non- Teau mode de préparation, en faisant réagir Tacide sulfurique sur le bioxjde de manganèse. Mais Lavoisier eut la gloire de fonder une science nonveUe, en prenant pour base cette découverte : il observa Télévation de température qui accompagne sa fixation sur les autres éléments et donna la théorie de la combustion ; il constata son pouvoir acidifiant en se combinant avec les métalloïdes, et lui donna un nom rappelant cette propriété (ôÇûç, acide, Tcvyôu, j*engendre). Lavoisier pensait même que tous les acides devaient renfermer de l'oxygèoe. Quoique cette opinion n*ait pas été confirmée par l'expérience, il n'en est pis moins vrai que Toxygène constitue Télément acidifiant par excellence.
L'oxygène est Tun des corps les plus répandus dans la nature, mais il ne s*y trouve jamais à Tétat pur et isolé. Mélangé avec le gaz azote dans la proportion de i/5, il constitue Tair atmosphérique; son poids dans ce mélange peut être évalué à plus d*un million de milliards de kilogrammes. Il se combine avec tous les autres corps simples, le fluor excepté, d*où il résulte qu'il fait partie constituante de près de la moitié des minéraux qui constituent la croûte terrestre.
Préparation. S'il existait un corps capable de se combiner directement avec l'azote atmosphérique, il serait facile d'isoler l'oxygène de l'air; noos ne connaissons jusqu'à présent aucun corps qui jouisse de cette propriâe, mais il existe plusieurs corps renfermant de l'oxygène qui abandonnent facilement ce gaz en totalité ou en partie par une élévation convenable de la température.
Préparation, 1^ Par le bioxyde de mercure. Ce procédé de préparation a surtout une valeur historique ; il a ser>i à Priestley dans la découverte de l'oxygène. Quand on chaufîe pendant plusieurs jours du mercure dans un espace fermé en contact avec une quantité d'air déterminée, un peu au-dessous de son point d*ébullition, on voit peu à peu cet air diminuer de volume, et en même temps se former à la surface du mercure une poudre d'un brun rouge foncé. L'opération est terminée quand l'air ne présente plus que les 4/5 à peu près de son volume primitif. Cet air, dépouillé de son oxygène, n'est plus formé qne de gaz azote. Cette poudre rouge qui est du bioxyde de mercure, encore appelé précipité per se, s'est donc approprié tout l'oxygène disparu de l'air. On en retire Toxygcne à Tétat de pureté, en chauffant ce bioxyde à une températore voisine du rouge, température à laquelle il se décompose ; le mercure volatilisé se dépose en gouttelettes dans la partie plus froide de la cornue, le gai se dégage, on le recueille sur Teau.
2<* Par le peroxyde de manganèse. Le bioxyde de manganèse naturel on pyrolusitey MnO*, perd, sous l'influence d'une température rouge, le tiers de son oxygène, et se transforme en oxyde salin Mn*0^ :
3MnO« = 20 4- Mn'O*.
On chaiiffe le bioxyde de manganèse réduit en poudre à une forte température rouge dans une cornue de terre, jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de ga- On fait passer ce gaz à travers un flacon laveur renferm.int une solution de potasse caustique pour le priver de l'acide carbonique provenant de la décom-
OXYGÈNE (chimie). 479
position da carbonate de chaux, que le bioxyde naturel contient presque toujours.
En traitant le bioxyde de manganèse par Tacide sulfurîque, la dëcomposition a lieu à une température bien plus basse et on peut faire Topération dans une cornue de Terre. On obtient ainsi la moilié de loxygèneque le bioxyde renferme, et il se forme du sulfate de protoxyde de manganèse :
MnO« -f- SœHO = 0 -h MnO,SO» + IIO.
3* Par le chlorate de potasse. Le chlorate de potasse CIO*, KO perd, lorsqu'on le soumet à une haute température, tout Toxygène qu*il renferme, c'està-dire 6 équivalents. Un kilogramme de chlorate de potasse produit donc 591«',60 d'oxygène, et il reste dans la cornue 608«',40 de chlorure de potassium.
La décomposition du chlorate de potasse ne se fait pas directement en oxygène el en chlorate de potassium ; Toxygène des premières parties décomposées se dëjgage en partie seulement, Tautre partie se porte sur la partie non décomposée du sel, et le fait passer à Fétat de perchlorate de potasse, qui exige pour 86 décomposer une température beaucoup plus élevée que le chlorate simple : qoftod donc tout le chlorate restant a passé à Tétat de perchlorate, tout dégagement de gaz cesse, et pour le faire recommencer il faut élever considérablement la température, mais alors la décomposition a lieu brusquement, et on peut avoir des explosions formidables. Cet inconvénient na pas lieu, si on a le eoin de mélanger au chlorate, avant de le soumettre à l'action de la chaleur, la moitié de son poids de bioxyde de manganèse, de Toxyde noir de cuivre ou de jieroxyde de fer. Par la présence de l'un ou de l'autre de ces corps, la décomposition a lieu d'une manière égale et à une température bien moindre, Tozygène n*est pas alors d'une pureté parfaite, mais il suflit de le faire passer dans un flacon laveur renferoiant une solution de potasse ou de soude caustique pour le purilier entièrement.
4f^ Par le bioxyde de baryum. La baryte BaO chauffée au contact de Tair, à la température de 350 degrés, en absorbe Toxygène et se transforme en bioxyde de baryum ; une température plus élevée décompose le bioxyde, la moitié de l'oxygène se dégage, il se reforme du protoxyde de baryum qui peut de nouveau être soumis à la même opération; il pourrait même l'être indéfiniment, si malheureusement à la longue il ne se contractait pas de manière à ne plus pouToir absorber l'oxygène. On a réussi à empêcher celte contraction en mêlant à la baryte de la chaux, de la magnésie ou du perchlorate de potasse, et le procédé a pu devenir industriel.
Dans un cylindre de fonte luté à l'intérieur avec de la magnésie, et à l'extérieur avec de l'argile, on place le mélange de baryte et de l'une des substances indiquées, on chauffe à la chaleur rouge sombre, en y faisant passer un courant d'air saturé d'humidité, mais privé d'acide carbonique. Quand il n'y a plus d'absorption d'oxygène, on arrête le courant d'air et on élève la température à une vive chaleur rouge cerise : le gaz qui se dégage est lavé dans de l'eau alcaline et recueilli dans un gazomètre.
5*Pflr Vacide sulfurique. On fait passer à travers un tube de platine rempli de mousse de platine et chauffé au rouge obscur de la vapeur d'acide sulfurique; à cette température cet aSidc est décomposé en oxygène et acide sulfureux; on fait passer les produits de la décomposition dans une solution de
480 OXYGÈNE (chimie).
l>otasse ou de soude, il se forme un sulfite alcalin, et l'oxygène se dégage, oo le recueille dans un gazomètre.
Propriétés. L*oxygène est un gaz incolore, inodore et insipide. Il a i\k considéré comme incoercible^ c'est-à-dire ne pouvant être ni liquéfié ni solidifié, jusqu'en février 1878, où MM. Cailletet et Raoul Pictet sont parvenus à le li(|uérier et même à le solidifier; M. Raoul Pictet en a obtenu la liquéfaction à la température de — 140 degrés sous la pression énorme de 530 atmosphères. A Tétnt de gaz, sa densité est un peu plus grande que celle de Tair: cette de^ nière étant prise comme unité, celle de Toxygène est de 1,10563. Un litre dtir, à la température de 0 degré et sous la pression de 0"*,76, pèse 1s',2930;daiu les mornes conditions de température et de pression, 1 litre d'oxygène pèse 1(%4298. La densité de Toxygène liquéfié est, suivant M. Pictet, égale i 0,9787, c'est-à-dire à peu près celle de Teau.
L*oxygène n'est que très-])eu soluble dans l'eau ; à la température ordinaire elle n'en dissout que 4,6 de son volume. Un litre d'eau peut par conséquent dissoudra 46 centimètres cubes de ce gaz.
11 est le plus électro-négatif de tous les corps; dans les décompositions électro* lytiquos, c'est toujours au pôle positif qu'il se dégage. Son caractère distindit est de rallumer lorsqu'on l'y plonge une allumette qui, bien qu'éteinte, présente encore un point en ignition, et d'y brûler avec un vif éclat. Le protoxyde d'ante partage avec l'oxygène cette propriété, mais on peut distinguer ces deux gu par la sohU)ilité dans l'eau beaucoup plus grande du premier de ces gai. Li combustion des corps combustibles est beaucoup plus vive dans l'oxygène qoe dans Pair atmosphérique; le charbon, le soufre, le phosphore, y brûlent avec ai grand éclat. Un ressort d'acier recuit et contourné en spirale s*aUume dan l'oxygène au contact d'un morceau d'amadou allumé; la combustion a lieu avec un vif éclat, avec projection en tous sens de globules incandescents et fondai d'oxyde de fer.
Le mélange do l'oxygone avec des gaz ou des vapeurs combustibles forme des mélanges dotonants; les explosions les plus fortes sont produites par Thydn)gène, riiydro^one phosphore, l'hydrogène bicarboné, le gai de l'éclairage, les vapeurs d'éther, etc.
La combustion d'uu mélange de deux volumes d'hydrogène et d'un volame d'oxygène est la source d*une chaleur des plus intenses; comme un pareil uiêUnge |teut occasionner des explosions des plus dangereuses* on mêle la doux gai au moment où ils sortent de leurs gazomètres respectifs, en les laisant arriver siuiullauément dans un clialumeau en platine: l'ouverture des deox ixUùuols est ivj;léo do manière que les gai s'écluppent dans les proportîoai indiqutVs ; la tom^vraturo produite par cette combustion est si élevée qu'oa est |Kirvonu à foudre les corps les plus rélnictaires. tels que le platine et k . quarti.
1^ lumière prinluito est bleuâtre, sans aucun éclat, mais, si on y porte de h chau\« de la uuutu'sio ou do loxyde do zinc, ces corps sont portés au blanc ôMouisSsUit et fouruisseut ainsi une lumière des plus intenses dite lumière de
IWaîKoiip do subsUiKVs so cvunbi:iont à Toxy^oue. même à la tempêratore onliuairo : lo iiox^do d'aiote tormo à sv^u contact de Tacide hypoaiokique; Tacido p)ivçallujuo. ou ^'n's<*iuv dua alouli.* son empare vivcaient pour se cha u-,or ou un cv u ^' oc>c b ur.i ùî m ! ; -lo . L' s.» iis-vii I j* urd ajimoniacal de cui vre,
OXYGÈNE (emploi médical). 481
înoolore, derient bleu à son contact et devient protochlorure ; l'hydrosulfite de soude 8*empare de Toxygène libre dissous daus les liquides, et peut ainsi servir à doser cet oxygène ; un bâton isolé de phosphate s*oxyde lentement au contact de Fair ; il émet des vapeurs blanches d*acide phosphoreux, et devient luisant dans robscurité ; cependant, dans de l'oxygène pur, il se conserve indéfiniment sans émettre ni lumière ni vapeurs; mais vient-on à diminuer la pression et la réduire à un cinquième de la pression atmosphérique, le phénomène se passe comme dans Tair libre. Beaucoup de substances organiques se combinent aussi directement avec Toxygène ; les huiles grasses rancissent ou deviennent siccatives ; beaucoup de matières colorées perdent leurs couleurs, surtout sous rinfluence des rayons solaires ; certaines matières métalliques dans une division extrême telles que Téponge ou le noir de platine favorisent singulièrement Toxjdation de certaines matières organiques, un mélange d*air et de vapeurs alcooliques dans lequel on introduit de la mousse de platine, donne bientôt par Toxydation de Talcool, de Taldéhyde et de Tacide acétique. Nous avons vu au mot OxTDBS les conditions d^oxvdatioii des métaux.
Les animaux supérieurs peuvent vivre, du moins assez longtemps, dans de Toxygène pur, sans éprouver d'autre inconvénient qu'une grande turgescence da système vasculaire ; mais vieut-on à augmenter la pression et la porter à trois ou quatre atmosphères, les animaux y meurent dans très-peu de temps, et Iflor prompt refroidissement démontre que la mort est le résultat de i*asphyxic, lliéniatose ne se fais^mt plus; ny aurait-il pas une certaine analogie entre ce cas et celui du bâton de phosphore que nous avons rapporté plus haut ?
Quant aux conditions de la combinaison de Toxygène avec les métaux, voy.
QSTDKS.
L*oxygène qui a été soumis pendant quelque temps à Finfluence d*un grand nombre d'étincelles électriques, acquiert des affinités plus énergiques que celles qu*il présente dans son état ordinaire; dans cet état on lui donne le nom d'ozone («oy. ce mot). Ldtz.
§ II. ApplIeatloBs médlealew. HISTORIQUE. Si la présence de Toxygène dans Tair atmosphérique a été peut-être pressentie par le grand Iiéonard de Viuci; si Mayow, un siècle plus tard environ, 1674, a véritablement affirmé cette présence et désigné môme ce principe sous le nom d'esprit nitro-aérien ; si d'autres chercheurs, N. Heusliow, H. Bathurst, Schweighaeuscr, Bayen,Scheele, ont entrevu dans leurs expériences l'air de feu et indiqué sa découverte, il n'est que juste, cependant, de apporter à Tiliustre chimiste anglais Priestley nonseulement le mérite d'avoir isolé le premier ce gaz, mais encore les premières expériences physiologiques ({ui révélèrent ses puissantes vertus médicales.
C'est, «n effet, le 8 mars 1775, peu de temps après sa découverte du nouveau gai, ïair dephlogislûfué, comme il le nommait, qu'il reconnut qu'une souris pouvait le respirer sans danger. Bien plus, cet animal vivait trois fois plus longtemps sous la cloche remplie d'air déplilogistiqué que dans la même cloche renfermant de l'air ordinaire.
Ce fait, en lui-même, était curieux et iutéressant, mais il n'aurait sans doute fias eu une portée bien considérable si la grande découverte de Lavoisier, celle mai lui révéla la composition de l'air atmosphérique, n'était venue montrer toute sa valeur.
Cet air déphlogistiqué de Priestley et l'oxygène de Lavoisier n'étaient qu'une
DKT. lac. S" s. XIX. ^V
488 0IY6&1IE (biploi »i»ic^).
fl^ule et même ehoee : le piincipe Tinfiant de notre itmofplièfe, caioi qui cotetient U vie des aninurax et des plantes, œlni qui engisadre toalea les cornbastions.
Ainsi donc, en i774, dëcoareite de l'ozigèiie; en i77S, dëoonverle delà composition de l'air atmosphérique, telles sont les deux conquêtes scientifiques qui Tont OToir pour la chimie de prodigieux résultats et pour la médeÔBe et la physiologie d'immenses avantages.
C'est Priesiley, je J*ai dit, qui essaya le premier de se tendre eomple do effets de l'air déplilogistiqué sur les animaux et sur Thonmie. Disons-le à n lounnge, ses appréciations furent des plus sages. Au lien de concefoir pour cet agent, pour ce principe quintessendé, les applications les plus extraoïdinains, comme on le fit bientêt de tonte part, le savant anglais eut le bon aens de comprendre que cette grande aotirité même devenait un écueil et le reuiût dangereux à manier. En stimulant trop les fonotioiis organiques, il pooiiit conduire l'organisme à l'ëpuisement; aussi ëcrivait-il oe qui suit a^ecbeiuiooap d'à propos : c Un moraliste peut nous dire que Tair qui nous a été aeoQnlé|i8r la nature est aussi bon que nous le méritons. •
8e8 expériences sur les souris l'ayant satisfait pleinement, Priestley voaht à son tour respirer l'air déphlogistiqué et il rapporte ainsi sa tentative : i J'ai satisfait ma curiosité en le respirant avec un siphon de verre, et par ce moysa j'en ai réduit une grande jarre pleine à l'état d*air commun. La sensiAioa qu'éprouvèrent mes poumons ne fut pas différente de celle que cause l'iir commun. Mais il me sembla ensuite que ma poitrine se trouvait singuUèrenMDl dégagée et à l'aise pendant quelque temps. Qui peut assurer que dans la snite cet air pur ne deviendra pas un objet de luxe très à la mode. Il n'y a jusqu'ici que deux souris et moi qui ayons eu le privil^e de le respirer. •
En suivant Tordre chronologique je dois indiquer, après les expériences à Priestley celles de Spallanxani et Fontana, deux noms bien connus et sourait cités par les physiologistes, qui furent faites à Florence vers Tannée i776; elto confirmaient pleinement les remarques de Priestley. Aussi Fontana concluait-il que Tair déphlogistiqué joue le rôle essentiel dans Tair que nous respirons, car il entretient plus longtemps que ce dernier la vie des animaux qui le respirent dins un espace confiné.
En 1777, Ingenhousz (de Rotterdam) prépare Tair déphlogistiqué à Taidede plantes exposées au soleil et Tétudie sur lui-même. L'ayant respiré il se seotit plus gai, plus robuste ; son appétit augmenta et il dormit d'un sommeil plai doux et rafraîchissant.
Peu de temps après (1784) Horozzo, résumant ses essais devant la Soàêà royale de Turin (voy. Mélangée de la Soc. roy., 1. 1, p. 47), avançait aussi fOt la survie dans l'oxygène confiné est quatre à cinq fois plus grande qus dans k même volume d'air atmosphérique, et ajoutait que ce gaz ranime les aniniaia asphyxiés.
En présence de ces résultats il devenait naturel de songer à administrer Tair déphlogistiqué dans Tasphyxie, à titre de stimulant de la respiraticm. C'est ee que proposa Macquer, en 1778 (voy. son DicL de Chimie)^ qui visait aortoot Tasphyxie par les gaz méphitiques.
L'idée du professeur de pharmacie de Paris était bonnot et nons démontnnns plus loin que c'est là une des applications thérapeutiques les {dus sûres =(k J'oxygène. D'ailleurs , Priestley avait déjà songé à Templofar jmmi pas dios
OXYGÈNE (emploi médical). .485
l'asphyxie rioleute, mais pour purifier l'air dans les salles où se Irouveat .de nombreuses réunions d'hommes : hôpitaux ou assemblées.
En 1781, Achard reprenait cette idée pour son compte, toujours théoriquement.
Jusqu'ici il ne s*est donc agi que de recherches purement expérimentales ou de déductions théoriques, et Tair déphlogistiqué n*a pas été appliqué à la guérison des maladies.
Priestley, que nous ne saurions trop citer dans cet historique, avait bien dit : c L'augmentation de force et de vivacité qu'acquiert dans cet air la flamme d'une chandelle peut faire conjecturer qu'il serait particulièrement salubre aux poumons dans certains cas de maladie, lorsque l'air commun ne suffisait pas pour en évacuer assez promptemenl l'effluve putride phlogistique. » Mais les médecins n'avaient pas encore mis sérieusement à l'épreuve le nouveau remède.
C*est eu France, je crois, que furent faites les premières inhalations d'air d^hlogistiqué dans un but médical. Il s'agissait de combattre la dyspnée chez les phthisiques.
Chaus8ier(1780) les prescrivit à des malades in extremis plutôt pour adoucir lear agonie que pour essayer de sauver leur vie et il constata, en effet, que le Jmt qu'il poursuivait avait été rempli. Puis il indiquait qu'en faisant respirer le gaz lors du début de la phthisie on aurait peut-être quelques chances d'obtenir là guérison de cette triste maladie.
En 1783, Gaillens annonçait précisément cette guérison dans deux cas qu'il avait traités par les inhalations d'air déphlogistiqué.
Vers la même époque à peu près (1782-1784), l'illustre Ingenhousz, dont je rappelais le nom tout à l'heure et qui s'est tant occupé de cette question de Foxygène, imaginait un appareil pour faciliter ces inhalations, qu'il conseillait dans certaines fièvres.
Nous touchons ici à la période d'expérimentation la plus active. L'oxygène va devenir, pour ainsi dire, le médicament à la mode et partout on reclierchera avec ardeur ses vertus thérapeutiques.
On peut dire, en effet, que chacune des dernières années du dix-huitième siècle se trouve inscrite sur des travaux relatifs à l'oxygène.
En 1784, voici la fameuse thèse d'Alexandre Poulie souvent citée, dans laquelle je ne trouve souvent, cependant, que les manifestations d'un enthousiasme irréfléchi.
L'air vital, dit le jeune bachelier, peut être utile dans la phthisie, l'asthme, les fièvres putrides, bilieuses, malignes... dans la peste; et il n'hésite pas à écrire qu'il pourrait prolonger les derniers instants des vieillards « en ranimant le feu de la vie prêt à s'éteindre en eux. h
Rendons toutefois à Poulie cette justice qu'il avait bien compris les indicatioiis de l'oxygène dans le traitement de l'asthme et de la phthisie, en disant ipie ce gaz ne devait être administré qu'aux seuls sujets qui n'ont pas un excès d'irritabilité cl chez lesquels on ne constate ni inflammation, ni seusibilité exeessive.
Mais je m'arrête dans ces citations, aussi bien les noms et les ouvrages à mettre en avant reviendront-ils au chapitre des applications avec plus d'intérêt <|U*à cette place même.
Je me borne à dire ici que dans toute l'Europe on s'occupait alors de pénétrtr
4S4 OXYGÈNE (emploi médical).
plus avant dans cette question des vertus médicales de Toxygène. Citons, en effet, quelques travaux de la courte période 1786-89.
En Suède, Bergius (de Stockholm) le donne aux phthisîques pour les soulager seulement, car il s*aperçoit qu*il ne faut guère compter sur des eflets curatifs. Puis Scheele trouve un moyen simple pour faciliter les inhalations.
En Allemagne, Selle (de Berlin) l'administre dans les fièvres malignes; Mensching (de Gôttingue), dans Tasthme, la consomption, les fièvi*es, etc.
En Suisse, c*est J urine (de Genève) qui le préconise dans la phthisie.
En Angleterre, c*est Edm. Goodwyne qui le vante dans Tasphyxie par submersion.
En France, c'est Fourcroy qui commence ses travaux que nous citerons plus loin.
De \ 789 à la fin du dix-huitième siècle la fécondité des auteurs n'est pas moins grande, et les travaux publiés sont plus importants encore.
Au début de cette période nous trouvons les essais pratiques de Gorc;, de Neubrisach, relatifs à Tasphyxie également. L*auteur a imaginé un appareil spécial, son soufflet apodopnique, destiné à extraire des poumons Tair vicié et à le remplacer par de Foxygène.
L*année suivante (i790), lleus Courtois, sur ce même sujet, propose une solution un peu différente : praHquer sur Tasphyxié la trachéotomie et mettre alors en action une pompe aspirante et foulante pour débarrasser d*abord les voies aériennes des fluides spumeux, des gaz délétères qui les obstruent et ensuite envoyer aux poumons de l'oxygène pur.
Bornons-nous, à la date de 1791, à citer les noms de Lavoisier et S^iio dont nous rapporterons plus loin les belles expériences physiologiques.
Puis, les recherches se poursuivent activement sur l'emploi de l'air dépblogistiqué dans les maladies pulmonaires.
Ici apparaît réellement le nom illustre de Fourcroy, si intimement associé à rhistoire de l'oxygène, qu'il étudia pendant vingt années de sa vie.
Malheureusement cette longue étude d'un homme éminent n'eut pas pour la science le résultat qu'on pouvait en attendre. Fourcroy ne se borna pas à eipérimenter ou bien à interpréter les faits, il s'égara dans les théories sans grand profit pour l'art de guérir. A ce propos, il nous faut dire un mot en passant du système thérapeutique imaginé par ce savant, car il eut quelque temps de nombreux partisans (jui l'appliquèrent avec une certaine ardeur.
Fourcroy, vers 1785, avait pensé que plusieurs médicaments n'agissaient sur l'économie que par leur oxygène et il rangea ces substances sous le nom générique iVoxyphores.
Plus tard il écrivit ceci : « Les substances médicamenteuses ne sont réellement des médicaments ou n'exercent des effets sensibles dans un corps qu'aaiant que contenant de l'oxygène, elles Tabandonnent plus ou moins facilement aui matières animales dont elles ont le contact. »
Cependant, à cote des oxygénants qui augmentent l'activité du système, la chaleur, la circulation, la force et la mobilité, Fourci-oy plaça les désoxygenants qui ralentissent ces manifestations de la vie.
Les médecins devaient puiser dans ces deux groupes, suivant les maladies et les effets à produire.
Nous ne pouvons pénétrer plus avant dans les applications du système de Fourcroy, aujourd'hui complètement abandonné, et nous nous bornons aox seuls
OXYGENE (emploi MiDiCAL).
reoseignemenU (|ui précèdent, lesquels font suffisamment connaître son point de départ comme son but.
J*ai dit que Fourcroy avait eu ses adeptes très-convaincus, mais lui-même procédait un peu de Rollo. Pour celui-ci, toutes les maladies se divisaient en deux grandes classes : les unes causées par la suroxygénation du sang, et comme type il citait la phtliisie et le diabète ; les autres dues à la désoxygénation du sang^ telles que le scorbut et la syphilis. Pour les combattre il fallait donc nécessairement s*adresser tantôt aux désoxygéuants, tantôt aux oxygénants.
Sous l'empire de ces idées régnantes Toxygène allait être essayé dans un foule de maladies et l'on s'occupa de perfectionner beaucoup les différents modes d'administration usités. i
Nous assistons, en 1798 et 1799, à la création d'instituts pneumatiques, où l'on envoie les malades faire des cures d'oxygène. A Paris, c'est Burdin qui essaye de créer un établissement de ce genre, lequel vécut peu ; en Angleterre, c*est Beddoes qui inaugure ses magnifiques appareils pneumatiques à l'aide desquels il va étudier les vertus thérapeutiques de différents gaz, de l'oxygène particulièrement, avec une sagacité et une habileté que nous ne retrouverons plus jamais dans toutes les tentatives fuites depuis pour élaborer Thistoire de Toxygène. Qu'on retienne ce nom, il est capital dans cette histoire des applications médicales de Toxygène, et peut se placer assez près de ceux de Priestley et de Lavoisier.
Beddoes essaya l'oxygène dans un grand nombre de maladies comme l'indique le tableau suivant qui résume ses expériences :
Maladies.
Guérison^.
Soulagements. Résultait nuls.
Ulcères de mauvaise nature .... i
Lèpre 5
Spasmes 3
Goutte sereine »
ChloroAâ 5
£pi!ep»ie 1
Asthme Il)
Cancer *
Hydropisie de poitrine 2
lljpocliondrie. 1
Dyspepsie 5
Hydropisie 2
Hydrocéphalie ■
Maux de tète 2
Empoisounement par l'upiuiii. ... 1
Paralyi^ie i
Tumeurs scrofuleuse^ i
Surdité 1
Tumeur blanche 1
Scorbut 1
Maladie» vénérien nés 1
Mélancolie ... 1
Faiblesse générale 1
Fièvre continue 1
Fièvre intermittente 1
Extrémités froidef 1
Malgré ces remarquables succès, l'entreprise de Beddoes ne tarda pas à péricliter et le savant novateur dut renoncer à la diriger.
L'engouement pour l'oxygène va cesser; on comptera plus ses revers que ses succès, et peu à peu l'agent tout à l'heure héroïque perdra de son importance et tombera presque dans l'oubli.
^ OXTGÉIVE (emploi médical).
Ft nom se nrcscnle encore sons ma plume à propos des travaux publies sur ■ .111 êiit dans les dernières années du dix-huitième siècle, celui de Tibérius Ca- Tallo^ ie le rile d^antant plus volontiers qu*il m*a toujours semblé peu en éndence dans le> traitc< de physiologie.
Ft cependant r'est, arec Spallanzani, celui qui a le mieux compris le rôle n'iwioJoriqne de J'flxycène dans Téconomie des animaux et fixé la théorie de la "hainr animale akirê que Lavoisier lui-même avait hésité à désigner le siège ^^rta^ d» comhostions organiques.
f»oar C»«llf»- Toiygène est « déposé par le sang à Textrémité des artères, cT nmhi'^ '*^ '^ particules de matières qui donnent de raccroissemeut et «^(' \i, suhiiûf au corps animal, et c'est à cette combinaison qu'elles doivent leur fermeir « î*'«^ solidité. »
\*gr AQi^uent :
\i itfcrvre de la chaleur auimale n*existe pas seulement dans les poumons, •nin^i «raient plus cliauds que le reste du corps, ce qui n*est pas. »
ftnui il ajoute : « Le gaz acide carbonique et Teau sont séparés du sang dans 1^ jwiuuons, mais ils ne sont pas formés dans cet organe. »
''iiêrius Cavallo écrivait en 1798 ces propositions, et aujourd'hui encore elles -.■>£!eBt inattaquables.
Le dix-neuvième siècle commençait à peine que déjà on ne songeait plus vicrs^ aux applications thérapeutiques de Toxygône. Le remède si prôné va rester jaits un oubli à peu près complet, car les recherches de Hillingcu et Bix)ughtoa (S^C et 1827) n*ont qu'une importance relative, jusqu'au jour oîi apparaîtra «i t'urope cette terrible maladie épidcmique, le choléra, qui jeta partout l'époa- \dutc et lu désolation. On tenta sur les malheureux malades refroidis, cvanosés. alVaissés, sans pouls, les inhalations d'oxygène dans l'espoir de les ranimer par ce gaz essentiellement stimulant.
M.iis les résultats ne furent pas absolument bons et satisfaisants, de sorte que, le tloau éloigné, il ne fut plus question, de nouveau, d'un remède qui venait encore de se montrer insul'lisant. Ceci se passait en 1852.
Aussi bien, pondant les trente années qui suivirent, je ne trouve guère à signaler de travail ini])ortant relatif à ce gaz, si ce n'est la découverte de l'oxygène allotropique ou ozone, par Sohœnbein en 1840. Puis enlin il se lit une réaction et de nouveau les physiologistes et les médecins se mirent à reprendre Tétude de cet agent si important.
Toutefois, rien de capital depuis vingt-cinq ans ne s'est produit dans cette étude. En réalité, il a été surtout démontré que les auteurs du siècle dernier avaient admirablement observé et qu'en somme on peut trouver dans leurs œuvres l'histoire à peu près complète de l'oxygène. L'auteur de cette réaction est certainement le chirurgien franç<iis qui a écrit le Traité de pneumatologie, Demarquay, dont le nom doit être cité avec éloges dans une étude historique sur les applications médicales de ce gaz.
I. Bffcu phjtiologîquet. L'oxygène est un des corps les plus répandus dans la nature, celui qu'on retrouve partout et toujours. On a calculé qu'il antre pour près de moitié dans la constitution des minéraux formant la croûte terrestre; l'eau en contient 8/9; l'atmosphère en renferme 23 pour 100 en
Is» ce qui pourrait se chiflrer par plus d'un million de milliards de kUotjDes. On peut donc dire qu'il entre à profusion dans la formation de notre
OXYGilffi (emploi xiIdical). 4U
glolM et des êtres qui fîvent ou vëgèteiit à sa surface ; qu*il nous enveloppe ou pénètre constamment; qu*il joue enfin un rôle immense dans U stalique de ■otra gibbe.
Par conséquent, il est du plus haut intérêt de bien connaître ce facteur ai important et de déterminer ses effets. Ici, nous nfavons à envisageo que ceux qu'on lui connaît sur les animaux et notre tâche est d^à grande et embarrassante.
Pour plus de clarté dans cette description, nous ferons d*abord un exposé général, puis une autre analyse détaillée de la pharmacodynamie de Toxygène «i< établissant ses influences sur chacune des grandes fonctions ou sur les apparob.
A. Effets locaux. Les effets de cet agent sur la peau de Thomme encore recouverte de son épiderme paraissent nuls, c'est-à-dire qu*il ne résulte de ce contact aucune sensation. Toutefois, il y a exhalation d'acide carbonique.
Qnand la peau n*est plus recouverte de son épiderme, il y a des effets d'excitation. C'est ainsi que les plaies baignées d'oxygène deriennent un peu douloareuses, rougissent, laissent suinter des liquides abondants, se couvrent de bourgeons exubérants, sont eccbymotiques et perdent quelquefois leur teufdanoe à la cicatrisation (Demarquay et Leconte, Ï859). Ingenhousz connaissait bien cet eflet que lui avait indique, dit-il, un médecin français, et il écrivait à Beddoès que le doigt dépouillé de son épiderme, placé dans l'oxygàne, ressent impression pénible.
Le gaz est en somme irritant et c'est à ce point que Demarquay, auquel devons, ai-je dit, une remarquable étude de l'oxygène, et, j u hâte de le dire encore, de fort belles expériences sur ses propriétés physiologiques ou antres, — Demarquay s'en est servi avec succès pour remplacer l'injection de laiotare d'iode dans l'opération de l'iiydrocèle.
Malgré ces qualités excitantes, il peut être introduit sans danger sous la pean, dans le tissu cellulaire, et Nysten s est assuré (1811) qu'injecté piudem* ■ent dans les veines, il était inotlensif.
A la vérité, on Ta accusé d'être irritant pour les voies respiratoires quand il fst inhalé par les poumons, mais il est probable que le gaz employé dans les expériences auxquelles je fais allusion n'était pas pur et contenait du chlore •o des vapeurs de mercure. Regnault et Reiset, Cl. Bernard, n ont rien vu de aemblable lors de leurs essais.
Au contact des différents tissus de notre organisme il est absorbé, mais en quantités inégales, ainsi qu*il résulte des recherclies anciennes de Spallanzani, confirmées par les travaux récents de Paul Bert. Voici les chiffres indiqués par heélèbre abbé. Le tissu cellulaire absorbe tout le gas injecté ; le fiel, 19,5pour 100 : le cerveau, 18,8 pour 100; la moelle épinière, 14,5; les tendons, 8,5; la graine, 6,0.
Suivant Bert, les muscles auraient les plus remarquables propriétés absorbaales pour l'oxygène.
On estime que le sang en dissout 1/10 à 1/7 de son volume. Maintenant voici quelques nuances : le sang veineux dissout plus d'oxygène ({ue le sang artériel ; IM» à leur tour les différents san^^s veineux ont des coeflicients de ilissolution vwiables, le plus élevé appartenant au sang de la veina porte.
Lee oOèts esdtants locaux de l'oxygène ont été mis quelquefois à profit par loi chinurgiensy soit pour favoriser la cicatrisation des plaiaa atoniques, soit
4S8 OXYGÈNE (emploi MioiciL).
dans certains cas de gangrène. Nous parlerons longuement de ces appUcaikos dans un autre chapitre*
B. . Effets généraux. On pourrait évidemment les envisager dans toute It série des êtres vivants, plantes ou animaux. Toutefois pour simplifier cet article, je laisserai de côté Tétude de ces eflTets sur les plantes. On trouvera d'ailleurs à Tarticle spécial concernant la respiration des plantes tous les renseignements désirables sur ce sujet, qui appartient en propre à la phyiiologie végétale.
Tous les êtres vivants, à Texception du groupe curieux des anaérobia, créé ou plutôt découvert par Pasteur, et dont le vibrion de la fermentatioD butyrique est un des plus curieux exemples, tous ces êtres, dis-je, ont besoin d'oxygène. Si les plantes consonunent moins de ce gaz que les animaux, dks le respirent néanmoins dans de certaines conditions, tout à fait à la manière des animaux.
Pour ceux-ei, c'est le véritable pabtdum rtto, l'aliment de la re$piratkm. On trouvera à ce mot l'étude approfondie du rôle de l'oxygène dans ce grand acte physiologique. Je ne veux m'occuper ici que de ses effets spéciaux, eo tant qu'ils concourent à expliquer ses propriétés médicamenteuses. J'aborde li une des parties les plus délicates de son histoire.
1"* Effets diffuiés sur les animaux. On a longtemps discuté la questi» de savoir si l'oxygtee est toxique ou s'il ne l'est pas, et beaucoup d'arguments pour ou contre ont été fournis à l'appui de ces opinions opposées.
Il faut sur ce point nous en tenir aux paroles suivantes de Lavoisier et SéguB, datant de 1814, et auxquelles* je ne trouve rien à reprendre :
L'otr vital isolé de tout autre fluide n'a par lui-même aucune aetim nuisible sur Véconomie animale.
Hais voyons les faits. La première expérience physiologique est, je Tai dit déjà, de Priestley. Peu de temps après avoir découvert Toxygène, il en remplit une cloche, fit entrer sous cette clodie une souris et constata qu'elle vécut là une demi-heure. S'il se fût agi d'air ordinaire au lieu d'air déphlogistiqoé, l'animal serait niort au bout de moins d'un quart d'heure. Conclusion : l'air déphlogistiqué est plus respirable que Tair ordinaire.
Cette activité même n'est-elle pas dangereuse et ne doit-on pas la redouter pour les animaux?
Les expériences de Broughton sembleraient confirmer cette manière de voir et indiqueraient une assez gnmde toxicité de gaz; elles datent de 1830.
Le physiologiste anglais expérimentait dans les conditions que voici :
11 introduisait sous une cloche remplie d'oxygène et placée sur l'eau on animal qu'il soutenait par un diaphragme flottant à la surface du liquide. U constatait alors ce qui suit : tout d'abord les lapins, cobayes, moineaux ou autres animaux en expérience, ne paraissaient pas incommodés ; mais après un certaii temps, une heure environ, la respiration s'accélérait et la circulation devenait plus active. Puis on notait de l'abattement, de l'insensibilité, la perte des mouvements volontaires, l'arrêt des contractions du diaphragme et la mort apparente.
Le cœur continuait de battre, et si l'on insufflait au bout de trois heures et demie de l'air dans les poumons de la victime, elle revenait à la vie, sinon elle mourait. L'animal, sans doute, avait consommé tout l'oxygène mis à sa disposition, d'oïl sa mort ? Point, dit firoughton ; et la preuve, c'est qu'en intnidDiflot dans la même cloche un autre sujet, celui-ci pouvait y vivre quelque temps.
OXYGENE (emploi MéDicAL). 489
D*où ii suit que le milieu n*était pas devenu irrespirable par défaut d*oxygène ou excès d*acide carbonique. Ce qui fait dire à Broughton que le gaz oxygène longtemps respiré tue comme un poison ; opinion admise par Iionget, Baudrimont, Martin Saint-Ange, etc.
L'expérience que je viens de rapporter, est absolument défectueuse et ne comporte pas cette conclusion que l'auteur en a tirée : « la mort est le résultat constant de l'oxygène pur en excès. »
Brougthon, en effet» ne soumettait passes animaux à l'action de l'oxygène pur, il leur faisait respirer un mélange de ce gaz et d'acide carbonique, et c'est ce dernier qui causait les accidents observés. L'animal sous la cloche, exhale de l'acide carbonique; le milieu est vicié et devient irrespirable. Et la preuve que c'est bien là l'origine de l'intoxicalion notée par Broughton, c'est que si Ton absorbe l'acide carbonique sous la cloche au fur et à mesure qu'il se produit, les animaux ne succombent pas. Ceci résulte parfaitement des expériences de Lavoisier et Séguin (1791), de Regnault et Rciset, de Leblanc, de fioussingault, La Passe, Demarquay, etc.
Un oiseau, dit le comte de Lapasse, peut vivre trois jours dans l'oxygène pur, à la condition d'employer un appareil absorbant pour défendre l'animal contre ses émanations et de maintenir la pression à 76 centimètres.
Toute la question est là : purifier l'atmosphère oxygénée dans laquelle Tivent les animaux, et, alors, comme l'ont indiqué Lavoisier et Séguin, t lorsque les animaux respirent dai^s l'air vital, la quantité qu'ils en dénaturent n'est pas plus considérable que celles qu'ils consomment dans l'air atmosphérique. »
Car la capacité du sang pour cet air est invariable. Ce fluide prend du gaz ce qu'il peut en prendre et rien de plus, disent encore ces expérimentateurs fort justement. J'opine donc, en raison de ce fait, pour l'innocuité du gaz oxygène et je ne crois pas que quand on le fait inhaler pur aux animaux, il puisse les tuer; ce qui ne veut pas dire qu'il soit sans efi'els. Les injections veineuses même en sont inoffensives, à la condition d'être poussées très-lentement et ne produisent qu'un peu d'excitation circulatoire (Nysten 1816, Demarquay).
Les symptômes observés chez les animaux soumis à la suroxygénation du sang, me paraissent devoir se rapporter à de simples phénomènes d'excitation. Les diverses fonctions de l'organisme sont stimulées; la vie est en somme plus active.
Maintenant faut-il accorder une grande importance à ces lésions anatomo^ pathologiques souvent citées par les auteui*s et dont voici l'énumération : les poumons sont rutilants et parsemés de taches livides à leur surface, gangrenés parfois, la plèvre est enflammée, le cœur rouge; le foie, les reins, la rate, les vaisseaux mésentcriques et vésicaux sont d'un brun rouge ou de couleur bleuâtre ou pourpre? Je ne le crois pas, car on a trouvé ces lésions chez les animaux tués par ces expériences mal faites dont je parlais tout à l'Iicure, et qui respiraient un mélange d'oxygène et d'acide carbonique. Que chez les animaux qui ont séjourné longtemps dans l'oxygène, on constate de l'hypérémie générale, des suffusions sanguines, soit; mais de là aux lésions gangreneuses el inflammatoires il y a loin. Les poumons, les muscles se saturent de gaz et rougissent, voilà la vérité.
S* Effets diffusés chez l'homme. Ils ont été parfaitement observés dans de nombreuses expériences bien conduites ; c'est même là un des points les mieux connus de l'histoire de l'oxygène.
400 OXYGÈNE (emploi m^dioal).
Ces! Priestley, comme nous le savons, qui le premier inhala œ gaz. A U suite de cette inhalation, il remarqua que sa poitrine devenait plus libre, t La sensation, dît-il, qu*éprouvèrent mes poumons ne fut pa» différente de celle que cause Taîr commun. Hais il me sembla ensuite que ma poitrine se trouvait singulièrement dégagée et à Taise pendant quelque temps. »
Peu après, Ingenhousz essaya sur lui-même Tair déphlogistiquë et, eomme Priestley, il en ressentit des impressions agréables. Il lui sembla qu'il était plus 4?ai, plus robuste; son appétit fut meilleur et son sommeil doux et ninU «hissant.
Le nouveau gaz, ainsi que le disait Priestley avec beaucoup d*â-propos, pravait donc devenir un air de luxe.
Tous les auteurs qui ont étudié depuis celte question, ont confirroé ces faits et attribué au gaz oxygène de véritables propriétés exhilarantes.
Voici par exemple ce qui résulte des observations modernes, récentes ménie, de Demarquay et Lavaysse.
Lorsqu'on inhale de Toxygène pur, on éprouve une légère sensation de chaleur dans la bouche, le pharynx et la poitrine. On a un sentiment de bîsDêtre indéfinissable.
Parfois, chaleur à Thypogastre et dans les membres; céphalalgie, donlenr irradiant suivant la direction des branches du trijumeau (Demarquay), senttmoit de compression à la racine du nez, aux tempes, et Ton éprouve un pen d'ivresse.
Le pouls devient plus fré]uent, plus fort, les yeux sont rouges et saillants. Une légère moiteur apparaît à la surface du corps.
Plus rarement il y a de Tagitation, des picotements ou des fourmillomeols à l'extrémité des doigts.
En outre, il est manifeste qu'on a de la tendance aux idées gaies et que rintelligence est exaltée.
La respiration est plus facile; les forces paraissent accrues et il y a un besoin impérieux d'activité musculaire.
L'appétit augmente ainsi que la soif, à ce point que Demarquay, à peu près constamment, a noté chez ses malades de Thôpital soumis aux inhalations d'oxygène le besoin d'une ration supplémentaire. On peut dire du reste que cette observation remonte à Ingenhousz d'abord et à Beddoes un peu plus tvd.
Un homme du monde, qui s'est beaucoup occupé de la question que nous traitons, le vicomte de Lapasse, parle avec conviction de cette excitation de Tappétit et des forces qu'il avait souvent observée sur lui-même.
Tout récemment enlin. Aune, dans ses essais sur sa propre personne paiement, a constaté ces qualités excitantes de l'oxygène pouvant aller jusqu'à une certaine ivresse, agréable selon lui et propre à dissiper l'hypocondrie.
Il me semble résulter de cet exposé des effets généraux de l'oxygène à doie thérapeutique, qu'il ne possède aucune action qu'on doive redouter.
Et Demarquay a eu raison d'insister sur son innocuité dans les termes qoe voici :
« Quand on peut, dit-il, respirer impunément 20 à 30 litres d'oxygène, ob 78 comprend pas les craintes exprimées à son endroit par plusieurs chimistes
physiologistes. » Aune en a consommé jusqu'à 100 litres par jour sus
onvéaient.
les lignes qui précèdent donnent une idée d'ensemble de Tactioii phamnea-
0XY6ÈNB (emploi médical). 491
dynamique propre à Toxygène; il me reste maintenant à étudier avec détails les principaux faits que nous venons de signaler.
a. Effets de Voxygène sur la respiration. Tous les auteurs s'accordent à dire que Toxygène augmente le nombre des mouvements respiratoires. Aune a même remarqué que la fréquence est proportionnelle aux quantités de ce gaz qui sont absorbées.
Avec 40 litres d'oxygène, il note que les inspirations s'élèvent de 18 à 20; avec 60 ou 80 litres, de 18 à 25.
Albrecht signale de son côté une ampleur plus grande des mouvements respitoires (1882).
En revanche, les opinions varient beaucoup quant à la question de savoir si ce gaz a de l'influence sur l'cxhalalion de l'acide carbonique.
Tandis que Regnault et Reiset nient que cette exhalation soit augmentée, tandis que Marchand (de Berlin) affirme que les grenouilles plongées dans l'oxygène n'excrètent pas plus d*acidc carbonique, ce qui vient comme nous le savons confirmer les assertions de Lavoisier et Séguin, au contraire Allen et Pepys {Philos, Trans., 1808), Paul Bert, Pravaz, Limousin, soutiennent la thèse opposée et parlent d'une exhalation plus grande d'acide carbonique. Je dois dire que cette dernière opinion n'est pas comme la première étayée sur des expériences bien précises ; ce qui me ferait entrer volontiers dans le camp des Lavoisier et des Regnault oîi je trouve la plus grande rigueur scientifique.
b. Circulation, La respii'ation et la circulation ont des rapports tellement étroits Tune avec l'autre, qu'elles subissent généralement de la même façon corrélative les influences des agents médicamenteux.
Ceci se vérifie manifestement pour l'oxygène qui accélère les battements du cœur d'une façon proportionnelle aux doses. C'est-à-dire que plus la dose absorbée est forte, plus rapide est le pouls.
Dès 1795, Beddoes avait remarqué cette action stimulante des inhalations d'oxygène sur la circulation, et le fait avait été vérifié par Nysten (1816).
Je dois cependant signaler ici quelques divergences dans les opinions.
Suivant Andrew Smith dont les observations ne remontent guère qu'à dix années, les inhalations ont des effets variables : tantôt elles ralentissent le pouls, tantôt, mais moins souvent, elles l'accélèrent ou ne le modifient pas. Ceci résulterait de 102 expériences fuites sur des phthisiques. 70 fois les pulsations auraient diminué de 10; 12 fois elles se seraient accrues de 6 unités; enfin 16 fois elles n'auraient pas varié.
Les ex|)érienccs sur des malades n'ont qu'une valeur relative; aussi bien Andrew Smith a-t-il prévenu lobjoction en publiant une deuxième série de bits obsei*vés cette fois chez l'homme sain. Il cite 12 expériences qui se décomjKisent de la façon suivante : i ivsullats négatifs; ralentissement chez 8 sujets le 9 pulsations par minute.
Conclusion : l'oxygène est un sédatif de la circulation.
La dose d'oxygène administrée était de 40 litres.
L'auteur a encore recherché les caractères du pouls au sphygmographe lors le rinlialalion. Il a vu la hauteur de la courbe s'exagérer, un dicrotismc plus irononcé et une régularité plus grande dos pulsations.
Naoumofl* et Beliaieff sont moins affirmatifs, car dans leurs observations mbliéesen 1875, ils diiient que les inhalations d'oxygène n'ont qu'une influence oateuse sur l'activité de la circulation.
49i OXYGÈNE (emploi médical).
Enfin, Cyon voit dans Toxygène un agent qui excite les ganglions moteurs du cœur.
Je crois qu*on peut mettre Taccord entre ces opinions extrêmes en disant que le gaz a des qualités sédatives ou excitantes pour la circuUtioa soifant les doses auxquelles on l'administre, suivant le moment de l'expérience.
A haute dose il est stimulant; à dose faible il serait plutôt sédatif. D autre part, au début des inhalations, il accélère généralement le pouls et peu êph celui-ci tombe au-dessous de Tétat normal.
Je ne quitterai pas ce sujet sans dire quelques mots des edets de rozjgèoe sur le sang.
Beddoes observa œ fait intéressant que ce fluide devient plus coagulaUe quand il a subi rinOuence du gaz, et Ny sten dit aussi qu*il est plus plastique.
Demarquay confirme cette manière de voir et il attribue à l'oxygène de véritables eflcts hématiniques. 11 explique ce phénomène important, sur lequel j'appelle tout particulièrement l'attention du lecteur, en disant que c'est eo favorisant le développement immédiat des éléments histologiques du sang prêts à évoluer en hématies ; les globules blancs peut-être (?). L*habile chirurgien ajoute que chez les animaux tués par l'oxygène, la rate, organe d'hématopoièsc est rouge et gonflée, ce qui indiquerait un surcroit d'activité de l'organe.
Quoi qu'il en soit de l'explication précédente, le fait qu'elle vise est des plus évidents. Auue l'a observé sur lui-même en 1880, et dans des conditions qui défient toute critique. Ses globules rouges ont augmenté sous l'influence de quelques inhalations d'oxygène de 5000000 à 6100000, c'est-à-dire dans dei proportions considérables.
L'hémoglobine du sang augmente elle-même très-notablement, car cet expérimentateur l'a vu passer de 0,97 chilTre normal à 1,04. Ce fait a été vérifié récemment par Albrccht.
Quant aux globules blancs. Us ne varieraient pas, ce qui vient à l'encoatre de l'explication fournie par Demarquay.
Quelle serait donc la cause de ces effets hématiniques propres à l'oxygène? Faut-il admettre avec llayeni une production plus giande d'iiémoloblastes et par suite de globules rouges ? Cette explication qui me semble très-acceptaUe est rejetée par Aune.
Pour cet auteur les globules sanguins seraient pour ainsi dire conservés psr l'oxygène, lequel retarderait leur destruction physiologique.
Je reviendrai sur cette question si importante au chapitre des applications thérapeutiques.
Maintenant un mot sur l'absorption de l'oxygène par le sang.
Cette humeur esta proprement parler le véhicule de ce gaz. Hais il ne s'agit pas bien entendu d'une simple dissolution. La plus grande partie de Toxygèoe absorbé par le sang se combine avec l'hémoglobine de ses globules, pour former, dit ficrl, deux oxydes : un protoxyde et un bioxyde d'hémoglobine; b plus faible partie se dissout simplement dans le plasma.
Cette dissolution se ferait, d'après llétet, pharmacien de la marine, grâce aux cyanures du sang. C'est là une opinion pour le moins discutable. En tout gis, il est démontré que les alcalins pris à l'intérieur facilitent beaucoup la suroxygénation du sang.
c. Effets de V oxygène sur la chaleur animale. A priori on pourrut croire que ce gaz si éminemment comburant doit activer toutes les combustioos
OXYGÈNE (emploi médical). 463
org^iques et développer la chaleur dans Téconomie comme il le fait dans les appareils du chimiste. Eh bien, cet effet probable à priori, n*est rieu moins fpi'évident étudié chez Thomme ou chez les animaux.
Si, comme le dit Lavaysse dans sa thèse inaugurale, après les inhalations d*oxygène on constate t une excitation plus vive de toutes les fonctions, une combustion plus rapide, et peut-être plus complète, des éléments hydrocarbonés et des matières azotées », il n*en est pas moins vrai que le thermomètre n'indique que de faibles variations dans la température du corps; quelques dixièmes de degré en plus, voilà ce qu*a noté Aune dans ses expériences assez nombreuses.
Naoumoff et BeliaiefT avaient fait la même remarque.
En somme cet agent qu*on redoutait autrefois comme devant porter Tincendie dans les poumons ou dans le sang, n*a qu'une action insignifiante sur la chaleur animale. C*est que le sang, suivant la remarque si juste de Lavoisier, ne se charge pas outre mesure d*oxygène ; il n*en prend qu*unc quantité à peu près invariable, que Thomme respire dans Tair ou dans une atmosphère doxygène par. Aussi bien Texcrétion d*acidc carbonique n*e$t-elle pas accrue comme nous i avons déjà dit.
d. Effets sur la mUrition. Grave question encore que celle qu'il nous fant étudier sous ce titre. On peut se rendre un compte suffisant do ces effets à Taide des pesées faites après les inhalations et aussi par les analyses d'urine.
Eh bien, ces deux modes d'investigation n'ont pas prouvé que l'oxygène possède une bien grande influence sur la nutrition. 11 ne l'excite pas plus qu'il n'élève la chaleur animale,
K la vérité, les sujets augmentent souvent de poids lors de l'usage du gnz oxvgène, comme l'ont vu Demarquay, Aune, Albrecht, etc., mais ce n'est là qu'une conséquence indirecte des inhalations. Les sujets s'engraissent parce qu'ils ont meilleur appétit et niaugent davantage.
Chose curieuse, ce gaz qu'on pourrait croire si excitant se conduit un peu dans l'organisme humain comme ces médicaments dits d*épargne qui ralentissent les combustions organiques.
En effet, l'analyse démontre dans l'urine la diminution de l'urée et de l'acide urique (Ritter).
Voici, d'ailleurs, quelques détails sur ce point précis, qui nous sont fournis par ce chimiste.
Après les inhalations d'oxygène, l'acidité de l'urine augmente notablement. Ce fait avait été déjà signalé par Cl. Bernard sur les lapins. L'urine de ces animaux qui est toujours alcaline devient neutre ou acide, dit l'éminent physiologiste.
Cette acidité résulterait, chez l'homme, d'une production d'acides organiques, car les phosphates alcalins n'augmentent pas (Rilter).
Si l'urine devient facilement acide sous l'influence de l'oxygène, l'inhalation de ce gaz serait indiquée, suivant Ritter, chez les sujets affectés d'une fermentation ammoniacale de cette sécrétion.
Mais poursuivons notre sujet des modifications de l'urine sous l'influence de rair vital.
Les produits azotés oîi plutôt l'azote diminue dans l'urine, ce qui pourrait •'expliquer par l'excès d'azote trouvé dans les gaz de la respiration, puis l'acide orique ainsi que je viens de le dire.
494 OXYGÈNE (emploi médical).
En revanche, on voit augmenter la créatine» mais d'une ûiçon iiisignifianle, et ies sels ammoniacaux dans d*assez fortes proportions.
A ce propos, Rilter se demande si cette augmentation ne résulterait pas de la décomposition de quantités plus grandes de sarcosine, leucine, etc. Tontes ces questions sont encore bien obscures et je ne m*y arrête pas.
Rilter résume son impression sur ce sujet en disant que les effets de Toxygène sur la composition de Turine se rapproclient beaucoup de ceux de la maicfae forcée.
Un pharmacien bavarois, Kollmann(de Munich) a constaté également» comiDe Ritter, la diminution de Tacide urique. Après avoir inhalé 12 litres de gaz, «m urine, qui avant lexpérience contenait de O^'SSG, à 0c^%245 d*acide urique (pour 300 grammes), ne renfermait plus que 0<%i22 de cet acide. Dans aoe autre recherche, Tacide urique tomba de 0K%i54 à 0^,025 et disparut même.
Ces résultats précis furent encore confirmés par de nouvelles expériences dia un albuminunque.
L*acide urique s'abaissa de 0^^,124 à 0*^,014, puis à zéro.
J'aurais peut-être à noter ici une opinion divergente, celle de Aune, qui dit dans les conclusions de sa thèse que l'oxygène ne modifie guère l'urine. Toutefois je trouve précisément dans l'analyse qu'il donne de son urine cette diminution de l'urée et de l'acide urique qui me parait dans l'espèce si importante.
Tous ces faits que je viens d'énoncer ont pour moi la plus grande valeur. Os prouvent Faction puissante du gaz qui m'occupe sur la nutrition.
Je puis donc résumer Tensemble des effets physiologiques de l'oxygène es disant qu'il se conduit généralement comme un màlicament stimulant.
En outre, il possède de remarquables propriétés hématiniques et nous le voyons agir sur la nutrition à la façon des médicaments d'épai^ne.
Ce sont là, il me semble, des qualités qui le désignent à l'attention des tliérapeutistes. Nous allons voir, d*ailleurs, qu*on a vanté son action dans une foule de maladies, parfois à tort, mais dans beaucoup de cas avec à-propos. J'espère que ceci ressortira pleinement de letude qui va suivre.
Lu mot maintenant, avant de terminer ce chapitre, sur les effets de Voxyghie comprimé. D'après les intéresssantes expériences de P. Berl, ce gaz, à la pression de un à plusieurs atmosphères devient très-toxique pour les animaux, qu'il influence à la manière de la strychnine ou de lacide phénique ; ce serait alors un véritable poison convulsivanl. La compression exagère en somme ses propriétés excitantes.
H. Bmploî ikérapoiiiMiiie. Le nombre des maladies dans lesquelles l'oxygène a été donné est assez considérable. Lu présence de ces applications multiplice^ il n'y a pas à songer à une classification méthodique; j'adopte donc dans mon étude la di>i$ionanatoniique, celle des grands appareils.
A. Maladies des orgahes bkspir.\toires. L'oxygène fut tout d'abord employé dans ces maladies, c'était fort naturel ; aussi bien dois-je commencer par celte application mon exposé.
On avait remarqué que ce gaz pouvait être administré avec efficacité dao^ divers états d'asphyxie ; il prévenait même l'asphyxie en ce sens que les aoi* maux qui l'avaient respiré résistaient mieux que d'autres à tous les genres li^ suffocation. Or beaucoup d'alfections des organes respiratoires conduisent à ott Mrte d'asphyxie tantôt lente, tantôt rapide; on eut donc l'idée de paier à ces
0IY6ÈNE (emploi médical).
aocidenU par les iniialaiions d*air vital, tout d'abord pour soulager les patients, ensuite pour les guérir. Les tentatives furent surtout fréquentes dans les maladies dyspnéiques par excellence, la phthisie pulmonaire, les bronchites, l'asthme, etc. ; voyons les résultats obtenus.
a. PhthUie pulmonaire, Priestley le premier me paraît avoir eu Tidée de cette application. 11 avait dit, en effet, à propos de l'air déphlogistiqué, que c cet air serait particulièrement salutaire aux poumons dans certains cas de maladie, lorsque Tair conunun ne sufQrait pas pour en évacuer assez promptement reflDuve putride phlogislique. t
Hais ce n*est guère qu'en 17&2-1783 que l'expérimentation commença.
Cailkns traita h cette époque deux malades par les inhalations d*air déphlogistiqué. Sa tentative fut couronnée de succès.
Le premier malade atteint de phthisie au deuxième degré et dans un état grave revint à lui en peu de temps, recouvra Tappétit, gagna des forces, et punt en voie de guérison.
Aans le second cas, il s'agissait d'une femme arrivée au troisième degré de la phthisie et aflectée de diarrhée colliquative. Elle fut grandement améliorée par les inhalations d'air vital ; mais il n'est pas rapporté qu'elle guérit.
Les malades respiraient ce gaz avec plaisir, car il diminuait leurs 8ou£rrances> iMsilitait l'expectoration et accroissait leurs forces.
Peu après, Jurine (de Genève) publia un fait du même ordre. 11 s'agissait d'une jeune lille phthisique, âgée de trente et un ans, qui fut tout à fait soulaigée par le nouveau remède, qu'elle prit six mois durant. Néanmoins elle mourut (1787).
L'année précédente, Bergius (de Stockholm) écrivait que les inhalations d'air vital constituaient un excellent moyen de soulagement dans la phthisie pulmonaire, appelant sur ce fait l'attention des médecins.
Quelques années plus tard, Chaptal, dans une lettre à BerthoUet datée du i*' septembre 1789, citait deux observations de phthisie dans lesquelles les jualades avaient éprouvé un grand soulagement des inhalations d'oxygène.
L'un d'eux, qui était un jeune homme arrivé à la dernière période de sa maladie, fut ranimé à ce point par l'air vital qu'au bout de trois semaines il se levait et pouvait faire des promenades. Dès qu'il respirait l'oxygène il se sentait
soobigé. « il éprouvait une sensation de chaleur qui de la poitrine se
répandait dans tous les membres et paraissait animer par degrés et vivifier eette nature défaillante ».
8i dans l'autre cas le médicament n'a pas été efficace, au moins il a inspiré de la gaieté au malheureux «... et sous ce point de vue, dit Chaptal, ce remède est pcécieux ; car dans les cas désespérés, cest un remède très- avantageux que cdui qui répand des fleuré sur les bords de notre tombe^ et nous masque Tkorreur de ce passage effrayant ».
Les paroles de Chuptal, dont j'ai souligné à dessein quelques-unes fort bien dîtes, sont sages et me paraissent dignes d'approbation.
Beaucoup de médecins de cette époque n'ont pas été au delà de cette conclu- ■OD, et c'est à tort ({u'on leur fait dire, dans quelques ouvrages modernes, qu'ils prétendaient guérir la phthisie pulmonaire grâce à l'oxygène. Je citerai particulièrement Kurt Sprengel (1791), Parchal et Ferro (de Vienne) (1793) qui esnsidéraient le gaz comme propre à diminuer la tendance à l'inflammation , à apaiser les spasmes et à calmer l'irritation.
496 OXYGÈNE (emploi MéoicAL).
Bien qu'il n*y eût rien de téméraire dans ces assertions, une TÎve réaction se fit à la fin du siècle dernier contre l'emploi de loxygène dans la phthisie. A la tête des opposants se mit Fourcroy.
On admettait alors, c'est le moment de le rappeler, que l'oxygène brûlait dans le poumon les matériaux destinés à produire la chaleur animale; c'était là, disait-on, le foyer de cette chaleur.
Par suite de cette manière de voir, on crut bientôt que l'oxygène donné aa.v phthisiques échauffait trop leurs poumons et pouvait ainsi devenir nuisible.
Vers l'année 1789, Fourcroy fit donc une enquête sur la valeur des inhalations oxygénées dans le traitement de la phthisie, et cette enquête ne fut pas favorable au remède nouveau. II rassembla vingt observations, sur lesquelles neuf lui étaient personnelles, qui lui démontrèrent que l'oxygène pouvait tout au plus foulager passagèrement les malades et que parfois il devenait nuisible à ce point qu'il accélérait l'issue fatale (voy. Ann. de chimie^ 1^ sér., t. IV, p. 83).
Pour l'illustre chimiste, l'air vital, après avoir rendu la respiration plos libre, diminué les crachats et calmé la toux pendant quelque temps, quinze jours ou trois semaines à peine, donne de la fièvre aux malheureux atteints de consomption; il accélère les mouvements vitaux, il use les ressorts de h vie. Alors la toux revient sèche et convulsive, il y a des crachements de sang, de l'insomnie, de la soif, de l'agitation des membres, un sentiment d'ardeor dans la poitrine, tous les signes en un mot d'une violente excitation daeii l'inflammation des poumons. L'oxygène est éminemment dangereux, ajoale Fourcroy, t en portant l'incendie dans les vaisseaux pulmonaires, en y visant un torrent de chaleur » .
Macquer n'était pas moins affirmatif, et il accusait l'oxygène « d'user la ressorts de la vie aussi facilement et aussi promptement qu'il fait brûler les corps combuslibles ».
Ces considérations n'étaient guère que théoriques et fondées sur une donnée fausse. Les poumons ne sont pas le siège, le foyer des combustions organiques; celles-ci se font partout. Donc le point de départ de l'argumentation de Four* croy était faux, et son système allait s'écrouler avec la théorie qui lui anil donné naissance, renversée dès 1791 par Lagrange. Néanmoins des faits graves vinrent à l'appui des idées de Fourcroy. On crut démontrer expérimentalement que l'oxygène pouvait produire la phthisie pulmonaire.
C'était en 1792. Dumas ayant fait respirer du gaz oxygène à un chien pendant plusieurs semaines, le sacrifia et trouva dans ses poumons les signes de la tuberculose. Il en conclut que l'air vital est « délétère et meurtrier dans la phthisie », car il enflamme le poumon et le rend tuberculeux.
Beddoes, expérimentant sur un jeune chit, qu'il obligea à respirer de l'oxygène pendant dix-sept heures, remarqua à l'autopsie des signes évidents de congestion pulmonaire, ce qui lui fit croire aux propriétés phlhisiogènes de ce gaz. Cet esprit sage alla jusqu'à redouter pour lui-même la phthisie, qu'il cnignait d'avoir contractée eu se soumettant aux inhalations d'oxygène. 11 redoutait à ce point cet agent dans la phlhisie pulmonaire qu'il avait proposé de traiter celte maladie en diminuant la quantité d'oxygène dans l'air respiré parles malades, ou bien en leur faisant respirer de l'hydrogène pour désoxygéner leur sang trop riche en air vital {Lettre au docteur Érasme Darwin).
Voilà, à la vérité, des faits graves, et s'ils avaieut été vérifiés depuis Foorcroy qui, lui aussi, accusait l'oxygène de produire jusqu'à la gangrène du
OXYGÈNE (emploi médical). 497
poomon, depuis Dumas et Beddoes, nul doute que son emploi dans la phthisie ne serait absolument condamné aujourd'hui. Il n'en est pas ainsi; aucun aateur n*a signalé de semblables expériences, de sorte qu*il fiut bien croire que les faits observés par Fourcroy et Dumas résultaient de vices dans l'expérimentation. D'ailleui*s, la seule observation rapportée par Dumas avec autopsie ne représente pas du tout un cas de tuberculose.
Girtanner (J. de physique, t. XXVI, p. 438), Munch-Meyer, en Allemagne, condamnèrent également l'emploi de Tair vital comme pernicieux dans la phthisie, mais sans donner de preuves sérieuses à l'appui de leur manière de voir.
Enfin Hensching, Mûhry, Scherer, Hill, Brandis, Baumes, suspendent leur jugement sur sa valeur, ou bien, sans approuver complètement son usage, ne le dâapprouvent pas toujours.
On le voit, les adversaires n'ont pas manqué à la médication oxygénée. Par contre, ses partisans ont été rares, et, en dehors de ceux que j'ai déjà cités, je ne vois guère à mentionner que Stoll et Ferro au siècle dernier.
Dans ces conditions, cette indication vivement attaquée ou mal défendue, devait fatalement être oubliée. C'est ce qui arriva. Ce n'est guère que vers 1845 qu'elle fut reprise à nouveau. A cette époqije, Evans Riadore l'essaya chez une dame affectée de tuberculose et s'en trouva bien. La malade aurait même guéri.
Quelques années plus tard, Hervé (de Lavaur) l'étudia chez neuf malades et obUnt les résultats suivants : 5 guérisons, 5 améliorations, 5 insuccès. Enfin, en 1871, Read (de New- York) améliorait singulièrement l'état de six malades par les inhalations d'oxygène, au point qu'à leur sortie de l'hôpital les signes de la lésion du poumon avaient disparu ou s'étaient notablement amendés. Il prescrivait 9 à 18 litres de gaz par jour et un traitement reconstituant par l'huile de morue, Teau-de-vie, etc.
Enfin ILiyein constatait récemment son efficacité pour arrêter les vomissements des phthisiques.
En résumé, des considérations qui précèdent je conclurai que les inhalations d'oxygène constituent un excellent moyen de soulager les phthisiques; qu'elles sont le plus souvent inoffensives et surtout incapables d'accélérer .a marche de la maladie.
Dans l'état actuel de la science il me parait impossible de dire qu'elles ont des effets curalifs. H est possible qu'en employant au début de la tuberculose eeite médication chez les sujets qui perdent l'appétit et maigrissent, on pourrait relever Torganisme affaissé et enrayer la marche de la maladie ; en cela je suis de l'avis de Demarquay et de Crothers. Ce dernier l'associe à l'huile de morue, ce qui est une bonne pratique.
Maintenant, dans la phthisie conlirmée, quoiqu'il n'y ait rien à espérer, ai-jc fit, des inlialalions d'oxygène, elles constituent un moyen de soulagement dans le cas de dyspnée ou de vomissement qu'il ne faut pas négliger. 15 à 20 litres de gaz, voilà la dose nécessaire en pareil cas, et l'usage en peut être continué assez longtemps.
b. Asthme. La médication oxygénée réussit souvent merveilleusement dans cette névrose du poumon, je ne dis pas à coup sûr, mais dans bon nombre de cas.
Nous devons à Beddoes le plus remarquable travail sur ce sujet. Avant lui
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