CERISIER
cerise, dont on fait aux environs de Zara, en Dalmatie, la liqiieur connue sous le nom de Marasquin.
Les pédoncules des diverses variétés de cerises ou de merises ont une certaine réputation comme diurétiques et sont d'un usage assez fréquent p^irmi le peuple. On les trouve dans les pharmacies et herboristeries sous le nom de queues de cerise.
Enfin la gomme qui découle des cerisiers, comme des pruniers et des abricotiers, est connue sous le nom de Gummi nostra (voy. le mot Gomme).
II. Le second groupe des Cerasus comprend, parmi les espèces intéressantes :
5» Prunus Mahaleb L. {Cerasus Mahaleb., Mill.), nommé communément Cerisier de Sainte-Lucie. C'est un arbuste très-rameux, à feuilles fasciculées, arrondies, légèrement cordiformes à la base, glabres et luisantes. Les fleurs sont en grappes courtes, corymbiformes à cause de la longueur des pédicelles inférieurs, dressée. Les fruits sont noirs, de la grosseur d'un pois.
Le prunus Mahaleb est spontané dans diverses contrées de l'Europe. En France, il croît surtout dans le Centre et dans le Nord : il doit son nom vulgaire de bois de Sainte-Lucie à son abondance autour du village de ce nom dans les Vosges. Son bois est estimé des tourneurs et des ébénistes et a une odeur agréable. Les noyaux contiennent une amande d'une saveur douce, et d'une odeur suave, qui est employée dans la parfumerie. Les médecins arabes lui attribuaient autrefois la propriété de dissoudre les calculs de la vessie. Aussi ces amandes existaient-elles dans les pharmacies, venant d'Orient, avec le nom arabe (Mahaleb), qu'on a conservé de nos jours encore. Elles sont maintenant tombées en désuétude.
Plusieurs auteurs ont voulu voir dans le Mahaleb, le Vaccinium dont parle Virgile dans le vers si connu :
Atba ligustra cadunt, vaccinia niyra liguntur.
Et cette opinion a trouvé un assez grand noml)re de défenseurs.
li" Prunus Padush., {cerasus Padiis DC). C'est un arbuste indigène, à rameaux étalés, à feuilles glabres, obovées, acuminées, finement dentées, dont les fleurs se développent en longues grappes, pendantes, cylindriques. Les fruits sont gros comme un pois, de couleur noirâtre.
Cet arbuste porte le nom de Putiet, faux bois de Sainte-Lucie. Son écorce à une odeur forte et désagréable et une saveur «mère et astringente qui l'avait fait proposer comme un succédané du quinquina dans les fièvres intermittentes. En Allemagne on faisait de ses fruits, d'après Duhamel, des espèces d'amulettes contre l'épilepsie.
b° Prunus Virginiana L. {Cerasus Vircjiniana Mich.). Ce cerisier rappelle le précédent : il s'en distingue par ses feuilles plus larges, dont le pétiole est chargé de quatre glandes. Les grappes de fleurs sont plus longues, plus droites, à pédoncules plus courts. Enfin les fiuits sont rouges, trois ou quatre fois plus gros.
Celle espèce est originaire de la Virginie et de la Caroline. Son écorce de couleur rougeâtre, de consistance spongieuse, de saveur aromatique et d'odeur d'amande amère est employée en Amérique comme tonique et sédative.
6» Prunus lauro-cerasus L. {Cerasus lauro-cerasus DC), Laurier-cerise, Laurier-amande. Grand arbrisseau toujours vert, dont les feuilles, courtement péliolées, coriaces, luisantes, ovales-oblongues, presque entières, exhalent quand on les froisse, une odeur prononcée d'amande amère. Les fleurs sont en grappes
lt)0 CERISES.
un peu plus courtes que les ieuilles. Les fruits sont de petits drupes ovales, peu charnus, noirs à la maturité.
Le laurier-cerise croît spontanément aux environs de Trébizonde. Il a été jadis transporté de là à Constantinople, d'où on en envoya un pied à Clusius en 1576. Ce botaniste l'établit dans un jardin de Vienne, en Autriche, et c'est de là qu'il s'est ensuite répandu dans les diverses régions de l'Europe, surtout dans le Midi, oij il peut prospérer en plein air.
Les feuilles de laurier-cerise donnent une eau distillée ([ui contient de l'acide cyanhydrique et une huile essentielle semblable à l'essence d'amandes amères. Ces principes paraissent préexister en partie dans les feuilles. On sait aussi qu'elles sont souvent employées dans les ménages à aromatiser le lait : mais il faut en user avec prudence, à cause de l'activité des principes qu'elles contiennent.
En dehors des espèces que nous venons d'indiquer, un certain nombre d'autres, appartenant, à des groupes difiérents, portent le nom vulgaire de cerisier : telles sont diverses espèces de Malpighia (voyez ce mot) : les Malpighia glabra L., et M. punicifolia L., nommés cerisiers des Antilles; le Malpighia urens, Cerisier capitaine ou Cerisier de Counvitli ; tel est encore \e Litchi {Euphoria Litchi L.), qu'on appelle parfois Cerisier de la Chine.
On donne aussi les noms de Cerise de Cayenne au fruit de VEugenia uniflora L. — Cerise d'hiver au fruit du Solanum pseudo-capsium L. — Cerise des îles et Cerise de l'Inde, au fruit du Cicca dislicha L.
ToïïHNEFOBT. IrtstU. Reix/ievbariœ, 625. — Linnée. Gênera, 620. Species, 677. — Jdssiec. Gênera, 340. — De Candolle. Prodromus, II, 555. — Enducher. Gênera, n" 6406. — Ben- THAM et HooKEB, I, 609. — Grenier et Godron. Flore de France, l, 515, — Ddhamel. Traité des arbres et arbustes, édit. Loiseleur-Deslongchamps, 1825. V, p. 1 à 54. — Guibourt. Drog. simples, 6' édit., III, 515. Pt.
CERISES. On s'accorde généralement à attribuer à LucuUus l'introduction des cerises en Europe. Cependant l'amphitryon du Banquet des sop/!istes(.\thénée Beipn., livre II, cbap. x), Larensius, fait, remarquer à ce propos que, bien avant les victoires de LucuUus sur Mithridate et Tigrane, Diphile de Siphné signale l'usage et les propriétés de ce fruit. Quoi qu'il en soit de ce débat purement historique, c'est encore à l'Asie, souche commune des hommes et des fruits, que nous devons les cerises. Le Prunus cerasus, d'origine asiatique, et le merisier ou Prunus avium, d'origine européenne, ont fourni directement ou par croisement toutes les variétés de cerises comestibles. Les guignes ou cerises douces et les bigarreaux viendraient du merisier ; le cerisier d'Asie aurait fourni les fruits mous et acides auxquels il faut réserver le nom de cerises, et le haumier, ou cerisier à fruits doux, qui fournit les plus belles variétés, telles que la cerise belle de Choisy, la cerise de la Reine-Hortense, la cerise Royale, et serait le résultat d'une hybridation entre le cerisier et le merisier. Quoi qu'il en soit. Du Breuil, cilé par Focillon, ramène aux suivantes les principales variétés comestibles de la cerise : 1" y Angleterre hâtive, mûre en juin ; 2" la Montmorency à courte queu£, nuire à la même époque; 3° la belle de Choisy, tendre, couleur de rose, fondante, sucrée, presque pas acide, très-délicate; 4" la Royale Cherry-Duck, mûre fin de juin ; fruits gros, peau d'un beau rouge brun, chair rouge, un peu ferme, eau ti'ès-douce, c'est la cerise anglaise; 5° la Griotte de Portugal, Royale de Hollande, du commencement de juillet; fruit gros, peau cassante, rouge brun, ciiair ferme, eau abondante, noyau petit, pointu à son sommet, à confire; 6" la Reine- Hortense, Belle-Suprême, Cerise d'Ârenberg, commencement de juillet ; 7° la
CEP.IUM. 151
Montmorency courte qneiie, gros gobet de juillet; 8° le Bigarreau de Mai, Bigarreau rouge hâtif, fruits tout à l'ait en cœur, un peu comprimés, marqués d'un sillon longitudinal sur une de leurs faces, chair ferme, cassante, très-adhérente à la peau, qui est d'un beau rouge du côté du soleil, marbrée de rouge et de blanc du côté opposé ; 9" la grosse merise noire à longue queue, peau fine, luisante, chair tendre d'un rouge foncé, douce, sucrée. C'est le produit de la culture du merisier des bois. C'est avec ce fruit qu'on fait le ratafia de cerises et le Kirschenwasser (Focillon, Dictionnaire des sciences théoriques et appliquées, p. 425).
Les cerises constituent lui fruit très-agréable, raliaîcliissant et d'une digestion facile pour les variétés à chair tendre. Les gastralgiqucs doivent redouter celles à suc trop acide et les dyspeptiques celles à suc complètement doux. On fait avec les cerises des compotes, des confitures, des marmelades ; on les conserve, on les sèche, on en piépare des sirops, du vin de cerise, du ratafia.
Les pédoncules ou queues de cerises jouissent de la réputation d'être diurétiques. On les emploie, sous forme de décoction, à la dose de 30 grammes par litre d'eau. Cazin recommande avec raison de les laisser macérer au préalable ou même de les contuser. F.
CERIUM (Chimie). Métal très-rare et encore imparfaitement connu. Il a été découvert simultanément par Berzelius et Klaproth, et extrait d'un minerai trèsdense, lacer i/e, que l'on trouve en abondance en Suède. La cmie renferme les oxydes de ceriiim, de lanthane et de didyme. Pour en extraire le cerium, on commence par pulvériser finement le minerai, puis on le mélange, dans une capsule de porcelaine, avec de l'acide sulfnrique, de manière à en faire mie pâte épaisse. On chauffe la matière. L'acide sulfurique se combine avec les oxydes, et au bout de quelques minutes, il ne reste plus qu'une poudre blanche et sèche. On l'introduit dans un creuset de terre et l'on chauffe, au-dessous durouge, pour chasser l'excès d'acide sulfurique. Après refroidissement, on traite par l'eau froide qui dissont les sulfates de cerium de lanthane et de didyme, et laisse un résidu composé surtout de silice et de chaux, colorés en rouge par de l'oxyde de fer. On filtre la solution et on la fait bouillir. Par l'ébullition, les trois sulfates de cerium, de lanthane et de didyme se déposent dans un état de pureté déjà assez grand; on les purifie par une nouvelle dissolution dans l'eau froide, et précipitation par l'ébullition. On en extrait les oxydes en redissolvant le mélange des sels, et en précipitant par l'oxalate d'ammoniaque; les oxalatesbien lavés sont ensuite fortement calcinés. Les oxydes restent comme résidu. Il faut en extraire l'oxyde de cerium. Pour y arriver on fait dissoudre les trois oxydes dans l'acide azotique, on fait évaporer à siccilé, et on calcine; puis on reprend le résidu par de l'acide azotique étendu de i 00 fois son poids d'eau, qui dissout les oxydes de lantbane et de didyme, et laisse l'oxyde de cerium. On extrait le cerium en réduisant, par le potassium ou le sodium, le chlorure de cerium anhydre, fondu avec le chlorure de potassium; on traite le résidu refroidi par de l'alcool qui dissout les chlorures alcalins, le cerium reste à l'état de poudre brune ou grise.
On ne connaît pas encore le cerium à l'état pur, fondu et aggloméré ; on ne l'a obtenu jusqu'à présent que sous la forme d'une poudre grise, très-oxydable. ■ Wœhler dit l'avoir obtenu sous forme de grenailles pesant jusqu'à 60 milligrammes. Ces grenailles ont offert les caractères suivants : éclat métallique asseï vif, couleur intermédiaire entre celle du plomb et du fer, malléable, tendre. Poids spécifique égal à 5,5. Sa surface se ternit à l'air, en commençant par devenir
152 CEROCOME.
bleue. Il décompose facilement l'eau à la température de 100°. Les acides minéraux l'attaquent vivement et forment les sels de cerium.
Oxydes de cerium. On en connaît deux; le protoxyde Ce.O. , et l'oxyde intermédiaire Ce'.O*,
Protoxyde de cerium Ce.O. On l'obtient en calcinant au rouge blanc du carbonate de protoxyde de cerium, dans un courant d'hydrogène. On peut se servir également de l'oxalate. C'est une poudre d'un gris bleuâtre, qui s'oxyde à l'air, en s'échauffant, et en se colorant en jaune.
A l'état hydraté, on l'obtient en précipitant un sel soluble de protoxyde de cerium par la potasse ou la soude. Il forme ainsi un préci[)ité blanc gélatineux, qui se colore bientôt en absorbant l'oxygène et l'acide carbonique de l'air.
Oxyde intermédiaire Ce^.O''. On l'obtient en calcinant au contact de l'air, foit le carbonate, ou l'oxalate, ou l'azotate de cerium. A l'état de pureté, c'est une poudre d'un jaune très-pâle à froid, d'un jaune plus foncé à chaud, d'un poids spéci'ique considérable. Les acides chlorhydrique et azotique l'atlaqutnt à peine, un mélange à parties égales d'eau et d'acide sulfurique le dissout bien, surtout aidé d'une douce chaleur; le chlore est sans action sur cet oxyde, l'hydrogène le réduit à l'état de protoxyde Ce.O. à une température très-élevée.
Protochlorure de cerium Ce. Cl. On l'obtient, à l'état anhydre, en chauffant le protosulfure dans un courant de chlore sec. II se forme du chlorure de soufre qui se dégage, et le chlorure de cerium reste sous la forme d'une masse blanche et poreuse très-soluble dans l'eau avec laquelle il forme une solution incolore, mais jaunissant à l'air.
Protosulfure de cerium. On l'obtient en chauffant au rouge, du carbonate de cerium, dans un courant de vapeur de sulfure de carbone. C'est un corps poreux, léger, rouge comme du minium, insoluble dans l'eau, soluble dans les acides avec dégagement d'hydrogène sulfuré.
Azotate céreux. Sel blanc, cristallisé, (rès-solubledans l'eau et dans l'alcool; il se prépare en faisant dissoudre le carbonate de cerium dans l'acide azotique, faisant évaporer et cristalliser.
Sulfate céreux. Ce sel constitue une poudre blanche, qui se dissout très-facilement dans l'eau froide, mais comme il est beaucoup plus soluble à froid qu'à chaud, il se sépare de la dissolution presque en entier, si on porte celle-ci à l'ébuUition. Par l'évaporation spontanée, on peut l'avoir cristallisé en petits rhomboèdres droits.
Sulfate ceroso-cerique. C'est un sel d'une couleur jaune orange, cristallisé en petits prismes hexagonaux réguliers; on l'obtient en attaquant l'oxyde intermédiaire Ce'.O* par de l'acide sulfurique; par une évaporation lente de la solution, le sel se dépose. Lutz.
CERNEAU. C'est la noix avant maturité. On fait dériver ce mot du saxon kerno qui signifie fruit à amande. Les cerneaux se préparent en enlevant l'écorce des noix, eu les coupant eu deux et en les faisant mariner dans de l'eau additionnée de sel et de verjus ou de vinaigre. C'est un bors-d'œuvre fort insignifiant et qui n'a de valeur que par l'attrait qu'on y attache {voy. Noix). F.
CÉROCO^E (zsjoa; corne, v.oun chevelure), genre d'insectes coléoptères de la famille des Méloïdes ou Vésicants. très-curieux par la forme extraordinaire des antennes chez les mâles, et peu nombreux en espèces, qui sont propres aux régions chaudes et tempérées. La coloration des Cérocoraes est d'un vert brillant, métallique,
CÉROSIE. 155
h reflets dorés et bleuâtres, avec les antennes et les pattes jannes chez les mâle>; et noires chez les femelles. Leur vol est rapide pendant la chaleur du soleil et ils se trouvent sur les fleurs. Leurs larves sont encore inconnues, mais elles doivent trèsprobablement vivre en parasites {voy. Melok, t. XIII, p. 458 du Dictionnaire).
Les curactères des Cérocomes sont les suivants : corps allongé, presque parallèle, déprimé en dessus. Tète courte, épistome séparé du front par un sillon transversal. Yeux grands, oblongs, non échancrés. Labre allongé, aigu, recouvrant les mandibules; celles-ci minces, munies en dedans d'un appendice membraneux. Mâchoires grêles, à deux lobes, l'interne très-court ; palpes maxillaires robustes, les 2" et 3* renflés, vésiculeux chez les mâles, simples chez les femelles. Lèvre saillante cordiforme; palpes labiaux grêles. Antennes courtes, placées au-dessus de la suture de l'épistome, robustes, de forme irrégulière avec les articles dilatés, échancrés, épineux ou vésiculeux chez les mâles, simples et disposés en massue chez les femelles. Prothorax plus étroit que les élytres, qui sont flexibles, presque planes, parallèles avec l'extrémité arrondie brusquement. Abdomen de 6 à 7 segments, le dernier échancré chez les mâles. Pattes allongées, cuisses comprimées; jambes dilatées et creusées à l'extrémité chez les mâles, qui ont pareillement les quatre premiers articles des tarses antérieurs dilatés et plus ou moins concaves.
Les Cérocomes {Cerocoma Schœfferi L.; C. Schreberi Fab. ; C. Wahlii Fab-, etc.) possèdent des propriétés vésicantes, analogues à celles de la Cantharide officinale, et pourraient être utilisés en médecine. A. Laboulbène.
CÉROÉRIE, CÉROUÈHIE ou CIROUÉXE (xyjpoç, cire). Emplâtre auquel on attribue la propriété d'être résolutif et fondant {voy. Emplâtres). T. G.
CÉROLÉINE. M. Lewy a donné ce nom à une substance qui fait partie de la cire des abeilles, dans la proportion de 4 à 5 centièmes. Elle est fusible à 28°, trèssoluble dans l'alcool et l'éther froids, et elle est acide au tournesol. Rien ne prouve jusqu'à présent que cette substance représente une espèce chimique pure. M .
CÉROMAIVCIE. Genre de divination qui se pratiquait avec la cire. On versait de la cire fondue dans un verre d'eau, et l'on tirait certains présages de la forme et de la position que prenaient les gouttes de cire en se coagulant. D.
CÉROlIEIi. Mélange d'une partie de cire et de deux parties de miel, qu'on employait autrefois au pansement des plaies et des ulcères. F. G.
CEROPEfilA. L. Genre à' Asdépiadée répandu du Gap de Bonne-Espérance aux Indes orientales. Les espèces qui le composent n'ont qu'un intérêt très-médiocre au point de vue médical. Dans certaines localités, on mange les racines tubéreuses et napiformes de quelques espèces ; entre autres le Ceropegia hulbosa Pioxb. [C. edulis hortul.), dans les Indes orientales.
LiNNÉE. Gênera, 299. — Endlicher, n° 3519. — De Candollk. Prodromus, VIII, 641. — RoxBMGH. Plantœ Coromand., p. 10, tab. 7. — Roile. Himalay. illust., p. 724. Pt.
CÉROStlE. Cire de la canne à sucre. On obtient cette substance en raclant la surface de l'écorce de la canne à suci'e, et surtout de la variété violette. On la purifie en la dissolvant dans l'alcool bouillant et en la laissant cristalliser par le refroidissement (Avequin). Elle se présente sous la forme de lamelles nacrées très-légères, fusibles à 82", insolubles dans l'éther et dans l'alcool froid. Sa composition, déterminée par M. Dumas, peut être représentée par la formule C*^I1*^0^
Lacérosie, traitée par la chaux potassée, fournit un acide blanc cristallisé, V acide cérosique (Lewy) {Ann. de Chim. etdePhys., t. LXXV, p. 218 et 222). M.
154 CÉROXYLON.
CÉROSIQIJE (Acide). Produit de l'oxydation de la cérosie par l'action de la chaux potassée. Cette substance est blanche, cristullisable, peu soluble dans l'alcool et l'éther bouillants, très-soluble dans l'huile de naphte, et fusible à 93», 5. M. Lewy, qui l'a analysée, lui attribue la formule C^^H^'O". Mais ni l'analyse ni la formule n'ont pas encore été confirmées. M.
CÉROTÈIVE. Par la distillation sèche de la cire de Chine, on obtient un mélange de cérotène et d'acide cérotique, et l'on isole le cérotène au moyen de la potasse qui dissout seulement l'acide cérotique.
CËROTIQVE (AcinE). C='*H»*0*. Cet acide a été découvert par Brodie, en traitant pai' de la potasse fondue la cire de Chine {Ann. der Ckem. u. Pharm., t. LXVn, p. 180) et il forme la partie de la cire d'abeilles qui est soluble dans l'alcool, et qu'on désignait autrefois sous le nom de Cerine.
On le prépare en épuisant la cire d'abeilles par de l'alcool bouillant; par le refroidissement, l'acide se dépose; on le purifie en le dissolvant de nouveau dans l'alcool bouillant et en le faisant passer, au moyen d'une dissolution alcoolique et bouillante d'acétate de plomb, à l'état de cérotate de plomb insoluble. Ce sel, après avoir été lavé successivement à l'alcool bouillant et à l'éther, sera décomposé par l'acide acétique concentré, qui enlèvei'a au sel sa base et mettra en liberté l'acide; celui-ci, après avoir été lavé à l'eau bouillante, pour éliminer tout l'acétate de jilomb, et repris par l'alcool chaud, se déposera par le refroidissement en petits grains cristallins fusibles à 78".
Lorsqu'il est pur, l'acide cérotique distille sans s'altérer, mais s'il est impur il se décompose à la distillation en produisant des hydrocarbures huileux, sans point d'ébullilion fixe, et contenant de petites quantités d'un acide gras et d'autres substances oxygénées. Le chlore transfoime l'acide cérotique en un produit de substitution [acide chlorocérotiqiie C**H*^C1^^0*) .
L'acide cérotique, étant un acide monobasiqne, donne lieu à des sels neutres lorsqu'il se combine à des métaux monoatomiques qui ont pour formule générale Csijpsji'O* ou C**H^^O',M'0, le symbole M' représentant le métal monoatomique.
CÉROXYLINE. Cire depolmiers, qu'on obtient par l'ébullition de l'épiderrae du céroxylon. La cire qui surnage est ensuite purifiée à l'alcool bouillant [voy.
CÉROX'ïLOis).
CÉROXYL.OIV. De Humboldt et Bonpland ont désigné sous ce nom un genre de Palmiers, que Martius et après lui Endlicher, rattachent au genre Iriartea de Ruiz et Pavon. La plante pour laquelle le genre avait été établi est le céroxylon Andicola H. B. C'est un arbre magnifique des Andes de l'Amérique équinoxiale, dont le tronc peut s'élever à 160 pieds et est couronné de belles feuilles, élégamment pennées, à folioles atténuées à la base, élargies et tronquées au sommet. Ces feuilles, en se détachant du tronc, laissent sur toute sa hauteur de larges cicatiices annulaires, qui se couvrent d'une abondante exsudation céreuse. Cette substance est recueillie par les habitants, qui se contentent pour cela de la gratter sur place avec un couteau. La cire ainsi obtenue est en poudre légère, d'un blanc sale ; on la fond pour l'obtenir en morceaux compactes et on l'emploie pour la fabrication des bougies, sous le nom de cera de palma. Elle n'a ni saveur, ni odeur, et contient deux sortes de résine, dont l'une a été nommée céroxyline {voy. Cire végétale).
ÎIuMBOLDT et BoNPLANu. PlcintcB œçuiiioclialcs, I, p. i, tab -f et 2. — Martius. Paîince, b, lab. .'i3-57. — Gi'iDOuiiT. Drogues simples, Q" éd., II, 136. Pl.
ftJÉRUSE, CÉRL'SIËRS. Voy. Plomb.
CEBVARlA. Nom donné par Gœrtner à un genre d'Ombellifères, dont les espèces qui peuvent intéresser la médecine, rentrent maintenant dans les Peucedanitm (voy. Pedcedanum). Pl.
CERVEAU. S. m. Étymologie. Le mot cerveau, provençal : cervel, ser- De/; italien : cerweZ/o; bas-latin: cerDe//i<s vient du latin cerebellum diminutif de cerebrum (Littré, Dictionnaire de la langue française, art. Cerveau).
Le latin cer-e-brum lui-même est un mot de formation purement latine. 11 se compose de la racine cer, du suffixe e qui est une modification euphonique de la terminaison o et du suffixe bro.
La racine cer est étroitement apparentée au grec : x.âp-a, tète ; -/.dp-r-voy, tête, sommet, puis, par métathèse, -/.poc-viov, crâne ; au sanscrit çir-as, tête ; au gothique /ifair-nei ; à l'ancien haut-allemand liir-ni, allemand, hirn. 11 est difficile d'en poursuivre plus loin l'étymologie ; pourtant M. Coissen {Vocalismus d. ht. Sprache ; 2* édit. l*^' vol., p. 516) la rattache à une racine cra, qui ne serait autre que la racine sera par suite de la perte de l's initial. Comme celle-ci, elle aurait le sens de diviser et, par suite, faire saillie.
Le suffixe bro est un suffixe instrumental d'un usage assez fréquent en latin. Il se rattache à la racine fer-o, sanscrit : char, porter. Comme tel, il a nécessairement une signification active. Cerebrum ne peut donc en aucune façon signifier le contenu du crâne, mais la matière productrice ou mieux l'organe du crâne (Corssen, Beitr. z. lat. Formenlehre, p. 353).
SïNONïMiE : Cerveau proprement dit ; lobes ou hémisphères cérébraux ; — allemand : Gehirn, Grosshirn, Grosshirnlappen ; — anglais : brain (de ^piji^oi) ; — italien : cervello, cerebro ; — espagnol : cerebro ; — latin : cerebrum ; — grec : kj/ifaïoii.
Ce mot désigne la partie la plus supérieure et la plus antérieure de l'axe cérébro-spinal. Contenue dans la cavité crânienne, elle fait partie de l'encéphale, que l'on comprend quelquefois à tort sous ce nom.
La face inlérieure ou base du cerveau repose sur les bosses orbitaires, les gouttières ethmoïdales, la surface olfactive et les petites ailes du sphénoïde. Elle reçoit le bord postérieur de celles-ci dans une dépression profonde et va remplir les fosses latérales moyennes, tandis qu'elle envoie une de ses dépendances, l'hypophyse, dans le creux de la selle turcique. Au niveau de l'endroit où la tente du cervelet vient s'insérer au rocher et aux apophyses clinoïdes, la base du cerveau repose sur ce repli membraneux qu'elle accompagne jusqu'à ses insertions postérieures. Enfin, à travers l'orifice que limite en arrière la petite circonférence de la tente du cervelet, le cerveau se contiime avec les autres parties de l'encé[)hale. La face supérieure, ou convexe, est en relation avec toute l'étendue de la voûte du crâne. Ces divers rapports ont tous lieu par l'intermédiaire des enveloppes du cerveau {voy. Méninges).
Le cerveau a la forme d'un segment d'ovoïde à grosse extrémité dirigée en arrière; son volume, son poids, variables suivant l'âge, le sexe, l'espèce, doivent être comparés au poids et au volume des autres parties des centres nerveux [voy. Encéphale).
11 en est de même de son poids spécifique.
« Le cerveau proprement dit (lobes ou hémisphères cérébraux) est composé de substance blanche, constituant deux masses médullaires très-volumineuses, et de substance grise formant une couche d'une certaine épaisseur à la surface des masses médullaires » (Vulpiau, Physiologie du système nerveux, p. 642).
La substance blanche médullaire se continue avec des masses importantes de substance grise situées à sa partie inférieure et interne.
Ces amas, au nombre de trois de chaque côté, la couche optique d'une part, le noyau lenticulaire et le noyau caudé, réunis par la plupart des auteurs sous le nom commun de corps strié, de l'autre, reçoivent les faisceaux blancs qu'y envoie le pédoncule cérébral ; ces faisceaux s'y prolongent même visiblement, en fonnaut la couronne rayonnante de Reil. La substance grise qu'ils traversent se continue avec celle qui est contenue dans le pédoncule, l'isthme de l'encéphale et les parties les plus iuiérieures des centres nerveux.
La description des hémisphères cérébraux ne doit donc comprendre ni les masses grises que nous avons nommées et qui seront étudiées à part {voy. Corps strié et couche optique), ni les pédoncules {voy. Isthme de l'encéphale), qui constituent autant de départements distincts des hémisphères , au triple ))oint de vue de leur anatomie, de leurs fonctions et des lésions dont ils sont le
Pour décrire complètement les hémisphères, il suffit d'envisager successivement les deux termes dont ils se composent, c'est-à-dire leur écorce et le noyau blanc qu'elle renferme ; chacune de ces parties doit être considérée dans les détails de conformation que révèlent Lexamen à l'œil nu et la dissection, et dans ceux de sa texture et de sa structure.
La description de l'écorce et du noyau blanc résume l'histoire de la conformation extérieure et intérieure de l'hémisphère ; l'exposé de sa structure et de sa texture comprend l'énumération des éléments qui le composent et l'étude des relations qui les unissent.
I. Description de l'hémisphère. L'hémisphère, comme Gratiolet l'afaitremarquer, est contenu dans une bourse de substance corticale ouverte en bas et en dedans. Cet orifice, limité par un bord net, où l'écorce se termine dans la substance blanche, laisse entrer dans l'intérieur de la bourse le pédoncule cérébral et les ganglions qu'il porte. Ceux-ci ne pénètrent pas jusqu'au revêtement cortical, ou du moins, n'y adhèrent qu'en un point limité, et comme par accident. Isolés, ou peu s'en faut, de la substance grise corticale dont ils occupent le centre, ils se mettent en rapport avec elle par l'intermédiaire de la substance médullaire : les fibres qui établissent ces relations rayonnent du pourtour des ganglions du cerveau vers tous les points de la face concave de l'hémisphère.
L'expansion pédonculaire n'occupe que la partie la plus inférieure de l'orifice de la bourse corticale.
La partie supérieure est traversée par une lame de fibres nerveuses, le corps calleux , qui d'un hémisphère va gagnerl'hémisphèreopposé, unissant l'écorce à l'écorce.
Il résulte de cette disposition que la cavité corticale n'est comblée qu'en partie par le noyau médullaire, la face supérieure des ganglions du cerveau ne donnant attache à aucune espèce de fibres ;
Que l'union des pédoncules et de leurs expansions, à la base; le corps calleux vers la voûte du cerveau, hmitent ainsi une grande cavité située tant dans l'intervalle des hémisplières que dans leur intérieur, autour du pédoncule et des centres gris qui en dépendent.
Cette cavité est d'abord divisée en deux étages par le trigone. Celui-ci est formé de faisceaux qui, sortis du noyau blanc en arrière, contournent en dedans des ganglions, s'accolent à des faisceaux semblables partis du côté opposé, et s'en séparent pour rentrer en avant dans la masse nerveuse de l'hémisphère.
L'étage supérieur lui-même est divisé en deux parties latérales par deux lames parallèles juxtaposées, qui tombent verticalement de son toit, formé par le corps calleux, sur son planclier constitué par le trigone : leur ensemble forme le septum lucidum.
Laissant de côté toutes les considérations qui se rattachent à l'étude de ces cavités, ou ventricules, et des relations qu'elles ont entre elles, on ne peut méconnaître les connexions qui unissent à l'hémisphère lui-même les organes qui les limitent (trigone, septum).
La description de l'hémisphère doit donc comprendre :
I " La description de l'écorce , de sa distribution, de ses limites , de ses rapports avec les parties qu'elle circonscrit soit entre les héaiisphères, soit dans leur intérieur.
2° La description du noyau blanc, à laquelle se rattachera l'étude du cor[JS calleux, celle du trigone et de ses dépendances, celle du septum lucidum.
II faudra enfui décrire rapidement deux petits organes, reliés par de nombreux points de ressemblance: ce sont le corps pituitaire et la glande pinéale.
Comme l'étude de leur texture doit être faite sous le titre commun d'annexés du cerveau, il nous a paru préférable de rapprocher également leur description malgré leur différence d'aspect, de siège et de rappoits.
A. Description de Vécorce du cerveau. 1° Aspect extérieur. L'écorce du cerveau se présente sous la forme d'une lame grise peu épaisse. Sa surface, trèslisse, se laisse dépouiller des enveloppes qui lui adhèreut par des prolongements vasculaires nomlireux, sans être intéressée dans sa continuité. En revanche, elle est intimement unie aux couches sous-jacentes, et, comme l'a fait remarquer M. BailJarger, l'opinion de Vieussens et de Reil, qui croyaient à une simple juxtaposition des substances médullaire et corticale, est inadmissible. L'épaisseur moyenne de l'écorce sur un cerveau d'adulte, est de 2 à 3 miUimètres : sa consistance est élastique ; son apparence un peu gélatineuse ; sa couleur grise subit des modifications qui seront étudiées en décrivant son parcours : son poids spécifique enfin est de 1050-1031.
2° distribution de Vécorce. Les hémisphères sont symétriques, mais ce caractère est moins absolu que ne l'avait pensé Bichat. L'écorce les revêt symétriquement, recouvrant les trois faces qu'on leur considère et leur donnant la contiguration qu'elles possèdent: nulle part l'écorce de l'un des hémisphères ne se continue avec celle de l'hémisphère opposé. Quelquefois pourtant on les voit se mettre en rapport à travers une solution de continuité de la faux du cerveau : dans un cas, M. Cruveilhier les a trouvé réunis par une sorte de commissure grise. Y avait,il continuité réelle ou simple contiguïté entre leur écorce ? Le mot de commissure grise, dont se sert M. Cruveilhier, semble indiquer que, dans ce cas, il y avait fusion réelle entre les couches corticales des deux hémisphères. Sur la même moitié du cerveau, l'écorce est partout continue avec elle-même.
La face externe ou convexe est entièrement recouverte par l'écorce. Elle passe sur toutes les circonvolutions, pénètre dans toutes les anfractuosités, et suivant la profondeur de celles-ci, qui, en certains points, prennent le nom de scissures, se trouve divisée en parties correspondant aux lobes que l'on considère au cerveau.
L'étude de la face convexe du cerveau amciierait ici la description de ces particulavités morphologiques. Mais l'importaucc qu'a pris dans ces dernières années l'histoire des circonvolutions par la considération de leur développement, de leurs fonctions, de leurs variations dans l'éclielle animale, \cut quel'anatomie de ces organes réunie à leur physiologie soit exposée dans des détails trop longs pour être renfermée dans les limites de cet exposé rapide.
Nous préférons donc réserver une place spéciale à l'étude des plis du cerveau et aux questions qu'elle soulève {voy. Circonvolutions),
Après avoir formé le revêtement de la face convexe de l'hémisphère, l'écorce va recouvrir sa face interne verticale, antéro-postér ieure et plane, si on fait abstraction des circonvolutions que l'on y trouve.
A sa partie antérieure et à sa partie postérieure, elle se continue directement avec l'écorce de la face inférieure ; mais entre ces deux points elle s'arrête sur les limites d'unecirconvolution importante, contiguëau corps calleux qu'elle embrasse par sa concavité, en laissant entre elle et lui une gouttière qui a reçu le nom de ventricule du corps calleux. C'est la circonvolution du corps calleux, dont une description sommaire sera nécessaire pour l'intelligence de plusieurs points de la conformation intérieure du cerveau.
Des parties antérieure et postérieure des faces interne et externe de l'hémisphère, l'écorce gagne les portions antérieures et postérieures de sa face inférieure.
Les deux lames de revêtement ainsi formées cheminent l'une d'avant en arrière, l'autre d'arrière en avant, et se rencontrent au fond d'une ('épression profonde, qui renferme le bord postérieur de l'apophyse d'Ingrassias ; c'est la scissure de Sylvius. Située à l'union du tiers antérieur et des deux tiers postérieurs de la base du cerveau, celle-ci se dirige obliquement en arrière et en dehors en décrivant une courbe à concavité postérieure. Son extrémité externe se bifurque, et ses branches de division interceptent une sorte de fosse triangulaire ; la base de celleci, tournée en haut, se rabat sur les côtés en formant comme un opercule (Operculum lohi super ioris ; Kl appdeckel ; Dach der Gefâssgrube, Meckel), qui dérobe à la vue un groupe de quelques petites circonvolutions peu saillantes. Leur ensemble constitue l'msîi/a ou lobule (Lobus caudicis, intermedius, opertiis; Bedeckter oder Stammlappen ; Lobus centralis, Gratiolet), comjiris entre les deux branches de division de la scissure de Sylvius. Le fond de la scissure de Sylvius, ses branches de division, l'insula sont recouverts par l'écorce qui, à ce niveau, présente des particularités sur lesquelles il faudra revenir.
Enfin, au niveau du bord interne de la face inférieure, dans toute la portion qui correspond à celle on, sur la face interne, la substance corticale était comme arrêtée par la présence du corps calleux, la circonvolution du corps calleux, prolongée par la circonvolution de l'hippocampe, limite en dedans le revêtement gris de la base du cerveau.
On peut donc^ ainsi que l'a fait Gratiolet, comparer la totalité de l'écorce à une bourse qui renfermerait le noyau blanc. Close de toutes parts, excepte à la partie moyenne inférieure et interne, elle se termine là par un bord libre limitant un orifice irrégulièrement circulaire. Cet orifice permet aux expansions des pédoncules et aux ganglions de se mettre en rapport avec la substance médullaire, et à chaque hémisphère de communiquer avec son congénère au moyen de commissures*
Ces limites de la substance corticale ont été rapidement mentionnées sous le nom de circonvolutions du corps calleux et de Ihlppocampe.
11 faut à présent revenir avec plus de détails sur leur description.
Quelles que soient ses relations avec le système des circouvolulions, la circonvolution du corps calleux [Fornix peripliericus, Arnold ; Circumvolutio cristata, Rolando ; Circonvolution de l'ourlet, Foville ; Grande circonvolution du corps calleux, Cruveilhier; Gyrus supra cal losus inferior, Barkow; Bogenwulst, Gijrus fornicatus, de Henle ; Gyrus cinguli, Zwimjenwuht, Cingulum ou Cingula, Burdach) nait au-dessous du bec du corps calleux, contourne son genou, suit la courbure antéro-postérieure de cet organe, arrive à son bourrelet et se réfléchit alors d'arrière en avant en enveloppant le pédoncule cérébral, les ganglions du cerveau et la bandelette optique pour se terminer par une inflexion bizarre eu crochet. A partir du bourrelet du corps calleux jusqu'au crochet, on est convenu de lui donner le nom de circonvolution de l'hippocampe (Gyrus hippocampi, ou Subictdum cornu Ammonis, Burdach ; Gyrus albce substantiœ reticnlaris, Valentin ; Gyrus uncinatus, Huxley ; Pli temporal supérieur interne, Gialiolet ; Gyrus occipito-temporalis medialis, Pansch ).
Le crochet {Hackenganglion, Burdach ; Uncus, Henle) est formé par la brusque réflexion de la circonvolution de l'hippocampe sur elle-même; celle-ci se recourbe d'avant en arrière, et constitue ainsi deux branches {Schenkel, Crura), superposées et réunies en avant par le crochet.
L'intérieure n'est autre que la circonvolution de l'hippocampe elle-même ; la supérieure déborde en dedans de la précédente, mais s'infléchit bientôt en dehors pour remonter en décrivant une concavité antérieure : c'est la corne d'Ammon.
Le crochet n'est séparé de l'origine antérieure de la circonvolutjon du corps calleux que par la scissure de Sylvius qui, comme on le sait, est revêtue par la substance grise. Sauf en ce point très-limité, la circonvolution du corps calleux circonscrit donc ce qu'on pourrait appeler le hile de l'hémisphère ; c'est elle qui, suivant l'ingénieuse comparaison de Gratiolet forme le cordon de la bourse leprésentée par Técorce.
L'écorce, en effet, passe d'une circonvolution à l'autre en s'enfonçant dans l'anfractuosité qui les sépare, elle chemine pour ainsi dire par monts et par vaux ; arrivée à la circonvolution du corps calleux, elle l'enveloppe comme toutes les autres, recouvre son bord libre, puis sa face inférieure, celle-ci ne répond à aucune circonvolution, mais au ventricule du corps calleux. Aux limites externes de ce ventricide l'écorce est arrêtée brusquement et se termine par un bord mousse que montrent des coupes transversales et verticales des hémisphères, pratiquées dans toute la longueur du corps calleux.
Le bord libre de l'écorce à partir du bourrelet de cet organe affecte une disposition un peu plus compliquée.
Si l'on examine la circonvolution de l'hippocampe, on est frappé de la couleur blanche qu'elle revêt et qui se prononce d'arrière eu avant, en lui donnant au niveau de la face inférieure du crochet un aspect tout particulier. Ici, en effet, des îlots complets de substance blanche sont entourés de substance grise, d'où le nom de substance réticide'e blanche que lui a doiuié Arnold [substanlia reticnlaris alba). Au niveau du crochet, la circonvolution s'est entièrement recouverte de matière médullaire, qui revêt d'une manière complète la face interne de sa branche supérieure.
Des coupes transversales pratiquées à ce niveau^ donnent la raison de cette modification, et permettent d'étudier un des plus curieux prolongements de la substance corticale. Elle paraît quitter la surlace de l'hémisphère pour devenir profonde. Au
niveau du bord uiterne de la circonvolution de l'hippocampe, elle s'enfonce en se recouvrant d'une mince couche de substance blanche à laquelle est due la couleur particuUère de ce repli (fig. 1, 2). La lame d'écorce d'abord convexe, concentrique à la surface de la circonvolution, devient concave, concentrique au sillon qui sépare les deux branches du crochet, et, continuant sa marche ascendante dans l'intérieur de la substance blanche, elle vient mourir dans l'épaisseur de su branche supérieure. Gelie-ci n'est autre que la corne d'Ammon (fig. I, 3). Mais, avant de disparaître, elle se met en rapport avec une traînée de substance
grise qui en est une véritable dépendance; cette lame, située entre le bord supérieur de la corne d'Ammon et le subiculnm [Cire. Iiijip.), par conséquent dans le sillon de séparation des deux branches du crochet, doit à si couleur et à son aspect dentelé, le nom de corps godrouné ou fascia dentata qu'il a reçu (fig. {, 5). Ainsi l'écorce, superficielle d'abord dans la circonvolution de l'hippocampe, devient profoivde dans la corne d'Ammon où se Fig. I. — Coupe transversale de la corne Irouve SOU Véritable bord libre : mais ce derd'Ammon et , le la circonvolution d'hippo- ^^^^ ^^^^ ^^^ relations qui l'unisseut au
campe, a après Henle. — 1. Corne sptie- j i • p • i
noidaie du ventricule lat. — 'i. circon- corps godronné redevient superficiel quoique voiution de l'hippocampe. - 3. Couche iniru-veutncuJaire. Ce bord libre de l'écorce
giiso de la corne d'Ammon entourée de . . • i i ' /
deux lames bianche.s. - 4. Corps frangé, qui se prolonge daus les parties Ics plus ante- - b. Corps godronné. - 6. Éminence rieiires de u come d'Âmmou et du corps
eoUatérale. , , i • . i. i • ■ i
godronné, sera le sujet d une description plus approfondie, quand les autres éléments qui entrent dans la composition de ces organes auront été passés en revue.
Il nous reste à décrire deux ordres de prolongeïAents que l'écorce envoie, l'un à l'intérieur, l'autre à l'extérieur de l'hémisphère.
Le premier a été bien décrit et ses connexions rûxses hors de doute par des travaux récents. C'est V avant-mur joint au noyau amygdalien.
On sait que le lobule de l'insula, situé à la partie externe et inférieure du cerveau, est par le fait même la partie la plus rapprochée des ganglions qui occupent le hile de l'hémisphèi e, et spécialement du noyau lenticulaire [noyau extra-ventriculaire du corps strié, Linsenkern).
L'espace blanc qui sépare à ce niveau l'écorce des ganglions, est pourtant divisé en deux couches par une formation singulière, qu'avait entrevue Rolando.
\j avant-mur (Strato cinereccio, Rolando ; Nucleus teniœformis, Arnold ; Claustrum, Burdach ; Vormauer), est une lame de substance grise, située comme un écran entre les circonvolutions de l'insula et le noyau lenticulaire. Légèrement convexe en dehors, il est plus épais à sa base qui répond à la pointe du lobe inférieur qu'à son sommet qui va s'effiler en se joignant à l'écorce de l'opercule.
L'avant-mur est bien une dépendance de l'écorce, comme l'admet Meynert, et tion une jiortion du corps strié ainsi que Henle l'enseigne.
Son extrémité antérieure et son extrémité postérieure, en effet, vont se perdre dans l'écorce des circonvolutions qui limitent la scissure de Sylvius, en s'y recourbant légèrement en crochet. En outre, il est relié à l'écorce el séparé des ganglions par les fibres arquées qui n'enveloppent jamais ces derniers dans leur concavité. Enfin, on peut ajouter que, par sa pathologie comme par son anatoiuie, il
forme un département nerveux absolument isolé du corps strié. Les recherches de M. Charcot, qui a fait des lésions de cet organe une étude spéciale dans ses leçons, ne permettent aucune espèce de doute sur ce point. Sa présence, constante chez tous les mammifères, se relie à un fait de développement ; comme la scissure de Sylvius à laquelle il se rattache, il est le centre autour duquel s'effectue le développement de tout l'hémisphèie (i;o?/. Encéphale). Sa forme justifie parfaitement le nom d'avant-mur, sous lequel il est actuellement connu : de sa convexité partent quelques traînées grises très-minces qui se dirigent vers les circonvolutions del'insula et apparaissent sur une coupe horizontale, sous forme de dentelures. On comprend difficilement que M. Luys, dont les magnifiques photographies reproduisent de la façon la plus nette les connexions et la forme de cette partie de l'écorce, la désigne sous le nom substance grise linéaire appartenant au corps strié. En se reportant aux planches II, IV, V, Yi, Vil, VIII, X, XI, XIV, XV, de son atlas d'Iconographie piiotographique, on peut suivre les prolongements de l'avontmur qui vont se perdre dans les circonvolutions frontales et sphénoïdales. Nulle part on ne trouve de continuité entre le corps strié et la substance grise linéaire. La planche XIV surtout est démonstrative à cet égard. Reicheit, dans son atlas, a aussi donné une fort bonne représentation de l'avant-mur.
Des coupes perpendiculaires faites en avant du noyau lenticulaire, démontrent en outre à ce niveau et sur un plan un peu inférieur à celui de l'avant-mur, la présence d'un noyau isolé en ap[iarence, mais qui se trouve relié en réalité à l'écorce du lobe inférieur près du quadrilatère perforé : cette masse, à peu près claviforraeareçu le nom de >zo*/aM amygdalien {Amygdala, nucleiis amygdalœ, Mandelkern, Burdach). Elle est reliée à l'avant-mur par quelques amas de substance grise qui établissent comme une transition entre ces deux parties.
Le prolongement que l'écorce envoie en dehors de l'hémisphère n'est autre chose que le nerf {ou tractus)., et le bulbe olfactif. La nécessité de passer ici sous silence les importantes modifications que subissent les hémisphères dans la série animale, ne permet pas de longs développements sur ce point. Il faut néanmoins savoir que vers l'extrémité interne de la scissure de Sylvius, en avant d'un point qui sera décrit sous le nom de quadrilatère perforé, deux traînées blanches, une interne, l'autre externe, se réunissent en formant un angle ouvert en arrière et dont l'écartement est occupé par un peu de substance grise. Cidle-ci, racine grise du nerf olfactif , n'est que la pointe d'une circonvolution qui chez l'homme est le dernier vestige d'un lobe olfactif. Les traînées blanches, racines interne et externe du nerf olfactif, forment par leur réunion un cordon prismalique triangulaire {Tractus olfactorius, nerf olfactif., Lobe olfactif, Gratiolet).
Ce cordon sera étudié avec le ganglion qui le termine [voy. Olfactif (nerf et bulbe)]. Mais comme chez certains mammifères il est recouvert d'une couche grise qui met le revêtement de son bulbe en relation directe avec l'écorce du cerveau, on est autorisé à classer le ganglion olfactif parmi les prolongements de l'écorce, même chez l'honmie oii cette continuité n'existe pas.
L'écorce des hémisphères a été jusqu'à piésent envisagée comme une sorte de bourse ouverte seulement en bas et en dedans, et n'ayant de rapport avec la substance grise des ganghons, que par l'intermédiaire du noyau blanc.
Il est pourtant un point oij le noyau extra-ventriculaire vient se continuer avec elle; et cette adhérence, très-circonscrite, qui se trouve réunir le corps strié à la partie inlérieure, antérieure et externe de la surface du cerveau, près de l'ori-
DiCT. KNC. XIV. 11
gine des circonvolutions olfactives, détermine l'enfoncement de la scissure de Sylvius et la minceur relative de l'écorce à ce niveau.
Cette légère exception à la règle de l'isolement des couches corticales n'enlève pas sa valeur à l'ingénieuse comparaison de Gratiolet. Il faut néanmoins en tenir compte dans l'histoire du développement de l'encéphale.
3° Espace limité par l'écorce des deux hémisphères. L'écorce qui vient d'être décrite dans son trajet et sa distribution formant la surface des hémisphères, l'espace que laissent entre eux ces deux moitiés du cerveau se trouve limité de pari et d'autre par le revêtement gris qui les recouvre. Ce sont les particularités anatomiques renfermées dans cet intervalle inter-hémisphérique qu'il faut rapidement passer en revue.
Les hémisphères, séparés en haut par la grande scissure (scissure médiane; fissura ou scissura, incisura longitudinalis ; incisura pallii, Burdach) , et le ventricule (ou sinus) du corps calleux, circonscrivent en bas un espace allongé d'avant en arrière, et auquel la substance grise de leur face inférieure forme de chaque côté une limite.
On y trouve d'avant en arrière, la partie antérieure de la grande scissure du cerveau, limitée en arrière par le genou du corps calleux, son bec et ses pédoncules qui se réunissent sur la ligne médiane pour diverger aussitôt à angle obtus et se superposer aux bandelettes optiques. Sur les parties latérales, immédiatement en avant de cette portion réfléchie des pédoncules du corps calleux, en dedans de la pointe du lobe inférieur, en arrière de l'angle de réunion des racines blanches du nerf olfactif et de sa racine grise, est le quadrilatère perforé {Substantia perforata anterior, Vicq-d'Azyr; Lamina crïbrosa, Reil; ou perforata, ou cribrosa lateralis ; Partes latérales substantiœ perforatce anterioris), remarquable par sa couleur blanche, la quantité de pertuis qui criblent sa surface, et sa forme quadrilatère. Cette petite région a été étudiée par M. FoviUe.
Les pédoncules du corps calleux qui disparaissent presque à ce niveau la laissent en rapport à peu près immédiat avec celle du côté opposé, dont la sépare seulement un mince sillon [sulcus médius substantiœ perforatce anticce mediœ).
Puis viennent la racine grise des nerfs optiques, leur chiasma, les bandelettes optiques [voy. Optique (nerf)], qui divergent pour conlourner les pédoncules cérébraux.
Immédiatement en arrière, se trouve le tuber cinereum [substantia perforata média posterior, Valentin ; Basis infundibuli) . Celui-ci, qui correspond exactement au sommet du ventricule moyen, appartient aux ganglions du cerveau. La tige [Pedonculus hypophyseos, infundibulum, Henle) qui le termine, supporte un organe curieux, irréi^ulièrement sphérique qui se loge dans la selle turcique, oiî il est retenu par un repli spécial de la dure-mère. C'est le corps pituitaire, qui sera bientôt l'objet d'une description spéciale.
Derrière le tuber cinereum est un triangle à base antérieure limité en arrière par i'angle sous lequel divergent les pédoncules du cerveau. La partie antérieure de cet espace est occu^jé par les tubercules mamillaires [Corpora candicantia, ou mamillaria ; Eminentiœ mamillares, ou papiUares, ou candicantes ; Bulbi fornicis, Santorini; Markkugelchen, Knopfchen, Reil; Bulbi priorum crurum fornicis, Casserio ; duce glandœ pone infundibulum consitce, Willis ; Albicantes prominentiœ pone infundibulum constitutœ, Vieussens ; tubercules pisiformes, Chaussier). Un sillon médian les sépare : quoique formés de substance blanche, en apparence, ils reposent sur une lame giise qui se continue en arrière avec l'es-
CERVEAU- ' lOô
pace inter-pédoncidaire (substantia perforata média, Vicq-d'Azyr ; posterior Henle ; Pons Tarini). Ce dernier formé de substance gri-e présente le même aspect criblé que le quadrilatère perforé; un sillon moyen, plus foncé, le divise en deux pi>rties latérales ; et de chaque côté il est en ra port avec l'o igine du nerf de la troisième paire qui lorme à ce niveau sur la face interne des pédoncules un relief très-appréciable.
Toutes les parties qui viennent d'être nommées, si l'on en excepte le chiasma des nerfs optiques, peuvent être considérées comme les dépendances d'une lame de substance grise décrite par Henle sous le nom de commissure grise de la hase [Graue Bodencommissur ; Trigonum intercrurale, Arnold ; substantia cinerea intermedia, H. Meyer). Pour en avoir une idée netle, il faut se représenter les pédoncules du cerveau comme formés de deux faisceaux superposés : l'inférieur (basis), entièrement composé de substance blanche, diverge bientôt pour pénétrer dans le bile du cerveau en passant sous les bandelettes optiques. Le supérieur (tegmentum) renferme des faisceaux blancs entourés d'un revêtement gris. Cette portion, au lieu de se diriger en dehors, se porte en avant, reste accolée à sa congénère dans l'espace que laisse libre l'angle de séparation des bases ; l'adossement sur la ligne médiane de la substance grise qui les recouvre forme successivement l'espace inter-pédoncidaire, le noyau gris des tubercules mamïlluires, le tuher cinereum et la racine grise des nerfs optiques. A ce niveau l'enveloppe grise de la couverture (tegmentum) des pédoncules se réunit aux ganglions du cerveau, et il ne reste plus que des tractus blancs qui vont former le quadrilatère perforé et se terminer en s'accolant aux pédoncules du corps calleux. La lame grise située entre les pédoncules du corps calleux et le chiasma des nerfs optiques {racine grise des nerfs optiques ; lamina cinerea terminalis, Burdach ; Pars descendens sîtbstantiœ perforatœ anticœ médite , Valentin ; plancher antérieur du troisième ventricide, Cruveilhier) est la terminaison de la commissure grise de la base ; elle est limitée en avant par la réunion des pédoncules du corps calleux que les auteurs allemands considèrent comme une commissure spéciale {weisse Bodencommissur, Henle ; commissura baseos alba ; Commissur der Stiele des Septum pellucidum, Reicbert).
Postérieurement aux pédoncules du cerveau, l'espace intercepté à la base par les hémisphères présente à étudier V extrémité' postérieure du corps calleux dont la conformation lui a valu le nom de bourrelet. Au-dessous d'elle se remarque la partie moyenne de la grande fente cérébrale où l'on peut voir, en portant en avant le cervelet, la glande pinéale enveloppée dans le dédoublement de la toile choroïdienne [voy. VENTRicnLEs du cerveau).
Enfin, en arrière du bourrelet du corps calleux, se retrouve l'extrémité posté, rieure de la grande scissure du cerveau, remarquable surtout par sa longueur qui est presque double de celle de l'extrémité antérieure de cette scissure.
Dans cet aperçu rapide des parties qui séparent l'hémisphère droit de l'hémisphère gauche, il a fallu énumérer plutôt que décrire chacune d'elles : un certain nombre de détails qui ont dû être omis, sont du ressort de l'anatomie descriptive et sont exposés dans les traités d'anatomie de MM.- Sappey et Cruveilhier, de telle sorte qu'il serait superflu d'insister sur eux. D'autres particularités, moins connues, se relient à des questions de texture et se retrouveront à une place plus favorable à leur étude.
4" Espace libre limité par le bord libre de Vécorce de chaque hémisphère. Pour terminer ce qui a rapport à la description de l'écorce, il reste à faire m en
tion de l'espace que limite son bord libre, ce cordon qui entoure l'orifice de la bourse qu'elle représente. Une coupe des plus simples portant d'une part sur le corps calleux dans toute sa longueur, le septum, la voûte à quatre piliers ; la partie latérale du pédoucule cérébral, de l'autre, isolant ainsi un hémisplière, montrera les rapports de l'écorce avec les organes qui pénètrent par sou bile. On voit alors que celui ci est divisé en deux parties, l'une supérieure destinée aux relations des deuxhéniispbères entre eux ; l'inférieure donnant accès aux émanations des parties plus inférieures des centres nerveux. Ces deux portions sont séparées par la cavité même de l'hémisphère {vo2j. Ventricules).
En haut, le corps calleux forme comme une espèce de toit en rapport avec la partie supérieure du cordon terminal de l'écorce, constitué par le bord libre de la circonvolution du corps calleux. En bas, le pédoncule cérébral passe au-dessus de la circonvolution de l'hippocampe et pénètre aussitôt dans la bourse; là il trouve sur son passage deux noyaux gris volumineux, l'un postéiieur et interne, la couche optique ; l'autre intérieur et externe, le corps strié; il les pénètre et divise même le second en deux parties accessoires, le noyau caudé et le noyau lenticulaire le plus externe de tous. Les fibres du pédoncule traversent ces ganglions soit isolément, soit réunies dans la couronne de Reil et se mettent en relation avec le noyau blanc. Le bord libre de l'écorce est donc en rappoit à la base d'arrière en avant avec le bord postérieur et la face inférieure des coucbes optiques, la partie externe de la base du pédoncule cérébral, puis an niveau de la scissure de Sylvius avec l'extrémité antérieure du corps strié (noyau lenticulaire) qui, nous l'avons vu, lui ?dhère à ce niveau.
B. Description du noyau blanc hémisphérique. La disposition du centre médullaire de chaque hémisphère est révélée dans tous ses détails par une coupe indiquée par Vieussens et décrite par M. le professeur Sappey en ces termes : u Le procédé de Vieussens consiste dans une section horizontale des deux hémisphères pratiquée au niveau du corps calleux. Pour cette section on fait usage d'un couteau à lame longue, large et mince, dont le tranchant, engagé sous la circonvolution du corps calleux, est conduit de dedans en dehors, avec la précaution de le relever un peu au point de départ de la coupe, pour reprendre ensuite la direction horizontale. » On obtient par ce moyen une surface qui a reçu le nom de centre ovale de Vieussens (centrum semiovale Vieussensii ; centrum semiovale medullare; corpus medullare hemisplierœ, tegmentum ventriculi lateralis) . Elle se compose de trois parties. La portion moyenne est constituée par la face dorsale du corps calleux, séparée des deux portions latérales par deux petites traînées blanches à direction manifestement antéro-postérieure. Elles sont connues sous le nom de ligamentum tectum de Reil {lig. ohtectum; stria externa ; stria lateralis longitudinalis) . De chaque côté se trouve un plan de matière homogène en apparence , complètement blanche, mais présentant la coupe de nombreux vaisseaux sanguins qui lui donnent un aspect pieté. Ce plan qui représente le centre hémisphérique est limité par le profil de l'écorce : il se prolonge dans le centre des circonvolutions et s'y termine par des franges blanches entourées d'une bordure grise. Sa forme reproduit grossièrement l'apparence semi-ovalaire de chaque hémisphère.
Une section pratiqué à un centimètre environ au-dessus du centre ovale de Vieussens montre le centre hémisphérique sous un autre aspect. Il n'a plus la forme d'un demi-ovale, mais sa coupe se compose de deux surfaces de moindres dimensions, l'une antérieure, l'autre postérieure et réunies par un isthme élroit (Ilenle).
CERVEAU. ICi
En résumé des coupes faites dans toules les directions montrent toujours la matière blanche remplissant l'espace circonscrit par l'écorce, sans direction apparente, identique dans toutes les régions, et modifiée seulement par la loi qui subordonne partout sa disposition à celle de l'écorce d'une part, des gangfions du cerveau de l'autre.
A la description du noyau blanc se rattache celle de quelques organes qui en sont indépendants par une portion de leur surface, mais qui par leurs prolongements on par leurs extrémités y pénètrent et se confondent avec lui d'une manière infime. Ce sont le corps calleux, le trigone, les commissures du cerveau, enfin le septum lucidum.
Corps calleux {lùfj.a. tvlûSeç corpus cnllosum ; Balken ; commissura cerehri magna ou maxima, Sœmmering; mésolobe, Chaussier ; plafond des ventrictdes du cerveau, Duverney ; trabs cerehri; Hirnschwiele) . Le corps calleux réunit les deux moitiés du centre ovale. C'est une lame quadrilatère, dont le diamètre antéro-postérieur qui est de 7 à 8 centimètres est plus considérable que le diamètre transverse. Ce dernier lui-même diminue à l'arrière et en avant. Son extrémité antérieure est à 2 centimètres et demi de l'extrémité antérieure du cerveau; son extrémité postérieure est distante de 5 centimètres delà pointe occipitale de cet organe.
L'épaisseur du corps calleux est plus grande au niveau de sa partie postérieure que partout ailleurs. Il s'amincit beaucoup vers sa partie moyenne et s'épaissit de nouveau en approcbant de son point de réflexion où il recommence à diminuer dehauteur jusqu'à ce qu'il se réduise à une simple lamelle.
On lui distingue deux faces, deux extrémités, deux bords et quatre angles. Pour étudier sa face supérieure il faut, comme l'a recommandé M. Foville, décoller en quelque sorte l'hémisplière du corps calleux en le renversant en dehors. On y parvient en prolongeant les sinus de cet organe par deux petites incisions l'une antérieure, l'autre postérieure, allant jusqu'à la surface de l'hémisphère. Avec le doigt introduit dans le ventricule du corps calleux on arrive facilement à dégager cet organe jusqu'à son bord externe.
Sa face supérieure se présente alors sous la forme d'une lame transversalement un peu concave, très-convexe d'avant en arrière.
Sa ligne moyenne est occupée par des traînées antéro-postérieures [cordons médullaires, Winslow ; nerfs longitudinaux, Vicq-d'Azyr ; tractus longitudinaux, Lancisi ; striœ longit. internée ou liberœ) ; séparées par un sillon en deux cordons latéraux [raphé, raphe ext. ou sutura ext. Chorda longitudin. Langenbeck.) Chacun de ces cordons peut être facilement séparé du corps calleux auquel il n'adhère que par de la substance interstitielle, ainsi que M. Sappey a pu s'en assurer. En dehors de ces tractus, le corps calleux présente des stries transversales dirigées vers le centre médullaire de chaque hémisphère.
La face inférieure du corps calleux répond sur la partie moyenne au trigone en arrière, au septum lucidum en avant. Sur les côtés il forme le toit des ventricules latéraux. A part la saillie légère que forme cette face au niveau des organes auxquels elle adhère, elle est convexe transversalement et d'avant en arrière.
L'extrémité postérieure a reçu le nom de bourrelet [Widst ; splenium ; auf-
gesetzter Wulsl) à cause de son épaisseur considérable et de sa direction recti-
ligne. Ses dimensions transversales dépassent celles de Y extrémité antérieure.
Cette dernière [genou) se coude à angle aigu de haut en bas et d'avant en
arrière : elle se termine par une lamelle à la fois étroite et mince, le hec [rostrum)
16fi CERVEAU.
du coiys caUeuv. Les pédoncules du corps calleux {suhstantîa perforata ou cribrosa antica ; ou anlica média ; ou média ; pedoncuhis septi lucidi, Arnold) bordent le genou et le bec du corps calleux : ils sont le prolongement des nerfs de Lancisi qui se sont séparés pour se réunir plus bas au niveau de la commissure blanche de la base. La portion du corps calleux qui sépare le genou du bourrelet est quelquefois désignée sous le nom de corps {médium corporis callosi).
Les bords qui se voient dans les ventricules du corps calleux sont latéraux, antéro-postérieurs, légèrement renflés. Ils divergent en arrière et se dirigent en bas en arrière et en dehors pour se perdre dans la substance blanche.
Les anjf/es paraissent n'être qu'au nombre de quatre si l'on observe le corps calleux par sa face supérieure. On peut en compter six quand on les étudie par la face inférieure. Les deux angles postérieurs en effet se bifurquent : leur corne antérieure située au niveau de la partie moyenne du corps calleux, forme la paroi supérieure et externe de la cavité circum-pédonculaire du ventricule latéral; leur corne postérieure qui se prolonge jusqu'à l'extrémité du lobe occipital constitue le toit de la cavité digitale. La première est connue sous le nom de tapis [tapetum ; tapelé) \ la seconde sous celui de forceps {forceps major, Arnold; forceps corporis callosi; Zange, Reil ; forcipes, Burdach). La corne latérale de l'angle postérieur ne peut guère se voir par la face supérieure du corps calleux ; cela tient à sa direction oblique en bas et en avant, et au revêtement que lui fournit immédiatement le centre médullaire du lobe inférieur. Libre au contraire par sa face ventriculaire, elle y paraît avec ses dimensions véritables, de beaucoup supérieures à celles de la corne occipitale. Les angles antérieurs ou cornes frontales ne présentent rien de particulier à noter. Ils forment la paroi supérieure antérieure et latérale de la partie antérieure du ventricule latéral.
Trigone cérébral {-^aliç; trûiia. ■^tx'XosiSsç ou ^xyiSoeiSsç; corpus trifidum, Riolan; Voûte à quatre piliers ; trigone cérébral, Chaussier ; f ria/z^/e médullaire, Vicq-d'Azyr ; voûte à trois piliers, Winslow ; bandelette géminée, Reil ; Fornix). Au-dessous du corps calleux auquel il adhère par son tiers postérieur et qu'il abandonne dans ses deux tiers antérieurs, est le trigone, formé par l'adossement de deux bandelettes antéro-postérieures. Celles-ci divergent par leurs extrémités pour se porter en avant et en arrière dans les hémisphères. Il convient de lui considérer un corps (qui constitue le trigone proprement dit) et des piliers dont deux sont antérieurs, deux postérieurs.
Le corps du trigone est triangulaire ; cet aspect tient principalement à ce que l'écartement des bandelettes qui le constituent est masqué dans la portion oià il adhère au corps calleux par la face inférieure de cet organe. Les fibres du corps calleux réunissant transversalement les deux bandelettes antéro-postérieures et divergentes, forment ce qu'on appelle la lyre {psalterium ; Davids; liarfe ; opercule, Gratiolet). M. Longet décrit une mince lame de substance blanche qui, suivant lui, réunirait au niveau de la lyre les deux piliers postérieurs, et cacherait ainsi le corps calleux dont les libres ne seraient pas visibles. La striation de cet espace serait pour cet auteur, comme pour Vicq-d'Azyr, Sabatier et Ghaussier, oblique ou longitudinale, et non transversale ainsi qu'on la décrit généralement depuis "Winslow et Gall. On se rend compte de la disposition du trigone en l'examinant par sa face inférieure ; son aspect justifie alors pleinement la comparaison de M. Cruveilhier qui lui décrit la forme d'un X. Cette face répond à la toile choroïdienne qui la sépare en arrière de la glande pinéale, en avant du ventricule moyen dont elle forme la voûte, sur les côtés des couches optiques oà
se jettent ses piliers. La face supérieure est unie au septum lucidum et répond par un sillon antéro-postérieur qui la parcourt, au ventricule de la cloison. Son adhérence au corps calleux en arrière, à la commissure antérieure en avant, empêche de la suivre plus loin que l'angle de divergence de ses faisceaux constituants. Les bords reçus dans l'angle de réunion de la toile choroidienne et des plexus choroïdes sont concaves en dehors.
Son extrémité antérieure répond à l'angle de séparation tri:s-aigu des piliers antérieurs ; ceux-ci laissent entre eux et la commissure antérieure une dépression en cul-de-sac qui ne se voit qu'à la face inférieure de lu voûte [vulve), ^extrémité postérieure, fournie par l'angle de séparation très-obtus des deux piliers postérieurs, constitue la lyre.
En résumé, vue par le ventricule latéral , chaque moitié latérale du trigone est une mince bandelette, continue d'une part au septum, de l'autre aux plexus choroïdes et à la couche optique ; considérée par le ventricule moyen, la voûte a l'aspect d'un X dont les branches sont formées par les piliers très-écartés et adhérents au corps calleux en arrière, rapprochés et soudés à la commissure antérieure en avant.
Les piliers du trigone sont au nombre de deux de chaque côté. Le pilier antérieur est un cordon cylindrique, dont le trajet d'abord superficiel devient bientôt profond. Méconnu par Yieussens, Tarin et Lieutaud qui placèrent l'extrémité du trigone à la commissure antérieure (Sappey), il fut suivi jusqu'à la couche optique par Sabatier, jusqu'aux tubercules mamillaires par Santorini et Giinz, enfin jusqu'à son origine aux couches optiques par Vicq-d'Azyr. 11 constitue une sorte d'arc à concavité postérieure et interne dont la plus grande partie est cachée par la couche optique et par la substance grise du troisième ventricule, dépendance des pédoncules [tegmentum) cérébraux. 11 part de l'angle antérieur de la voûte, limite par son bord interne la dépression vulvaire, se met en rapport par sa partie antérieure avec la commissure antérieure. Dans tout ce trajet il constitue la paroi antérieure et supérieure du troisième ventricule. Bientôt il pénètre dans la partie antérieure de la couche optique après avoir laissé entre elle et lui un espace circulaire complété par le pédoncule de la glande pinéale. C'est le troudeMonro (voy. Ventricules), qui donne accès du ventricule moyen dans les ventricules latéraux. Au moment où il s'enfonce dans les ganglions il reçoit le pédoncule supérieur de la glande pinéale. A partir de ce moment sa courbe, d'abord dirigée en avant, en bas et en dehors, se prolonge en bas en dedans et en arrière. 11 sort de la couche optique, pénètre la substance grise du troisième ventricule et, arrivé à la base du cerveau, s'enroule autour du tubercule mamillaire dont il forme successivement le revêtement en arrière en bas et en avant. Il poursuit alors son chemin après s'être ainsi réfléchi en haut et en arrière, croise le bord interne du cordon qu'il formait avant d'envelopper le tubeixule mamillaire et, décrivant une nouvelle courbe très-courte à concavité antérieure, va se dissocier en un pinceau de fibres qui -abordent le tubercule antérieur de la couche optique par sa face inférieure. Ainsi par sa réflexion autour du tubercule mamillaire le pilier antérieur forme un 8 ouvert enhaut, enveloppantle centregris de cetorganepar sa boucle inférieure qui est complète. De ses deux branchessupérieures, celle qui constitue, à proprement parler, le pilier en se dirigeant vers la commissure antérieure est appelée la racine ascendante du trigone (radix adscendens fornicis) ; celle qui se ramifie dans la couche optique prend le nom de racine descendante {radix descendens f.). Le pilier antérieur lui-même est connu sous les
i68 CERVEAU.
noms de crus fornicis anterior, columella, columna fornicis, Saule dea Fornix^ Les piliers postérieurs {crura fornicis ; entra f. poster iora) qui diveigeiit à angle obtus au niveau du psalterium, se divisent Identôt en deux bandelettes blanches l'une postérieure, l'autre antérieure ; la première convexe et plus large, la seconde aplatie, mince et fort blanche, toutes les deux du reste décrivant la même courbe ouverte en avant en bas et en dedans. L'une est le revêtement blanc de la corne d'Ammon ; l'autre le corps frangé.
La corne d'Ammon {pied d'hippocampe ; grand hippocampe; corne de bélier; hippocampe; pes hippocampi major ; Kolben, Reil ; Seepferdefuss), est une saillie
allongée, étroite à son origine qui se réunit au trigone et au corps calleux, large à sa terminaison.
Elle remplit la plus grande partie de la corne sphénoïdale du ventricule latéral dont elle forme la paroi inférieure ou plutôt inférieure et interne (fig. II, 1 e«2). Sa courbure répond donc à la courbure de cette cavité.
Elle se dirige en dehors en arrière et en bas, puis en dehors et en bas ; dans la portion la plus considérable de son trajet, elle s'incline en bas en dehors et en avant, à la fin de celui-ci directement eu avant, et, arrivée au cul-de-sac terminal du ventricule, elle s'infléchit brusquement en dehors pour se continuer par un crochet déjà décrit avec la circonvolution d'hippocampe.
On peut lui considérer deux faces, deux bords, et deux extrémités. La face inférieure, légèrement dirigée en dehors, est adhérente, et c'est par elle que pénètre dans son ultérieur le feuillet gris par lequel l'écoice s'y termine.
La face supérieure, tournée en haut et en dehors, est libre, et regarde la cavité ventriculaire. Elle est blanche et convexe. Par son bord externe (ou poslérieur) convexe, elle se relie au prolongement (tope^wîii) que le corps calleux envoie à la corne sphénoïdale.
Son bord interne (antérieur ou concave) forme un sillon qui la sépare de la branche inférieure du crochet (circonvolution d'hippocampe) et qui se termine en cul-de-sac au niveau du crochet. Ce sillon est comblé par un organe qui va être décrit, le corps godronné, et comme bordé par la bandelette qui continue le piHer postérieur, le corps frangé (fig. Il, 4 et 5).
\] extrémité antérieure (ou inférieure) se recourbe en dehors pour se continuer avec la circonvolution d'hippocampe. Plus haute et plus large en cet endroit que
fig. II. — Coupe du ventricule latéral montrant la corne d'Ammon d'après llenle. — 1. Corne sphénoïdale du ventricule. — 2. Corne d'jVinmon. — 3. Ses griffes. — 4. Corps frangé. — b. Corps godronné. — 6. Circonvolution d'hippocampe. — 'i. ^on ciochet. — 8. Noyau blanc et — 9. Écorce du lobe sphénoïdal. — 10. Ergot de Morand.
CERVRAU. 169
partout ailleurs, la corne d'Amnioii présente trois ou quatre plis longitudinaux, qui, la partageant en autant de saillies, lui donnent une grossière ressemblance avec une griffe terminée par des points mousses (fig. II, 3) . Cette griffe atteint par sa partie antérieure l'extrême limite du ventricule.
Par son extrémité supérieure la corne d'Ammon se continue en avant avec le pilier postérieur du trigone, en arrière avec le bourrelet du corps calleux.
On notera qu'il n'est fait ici mention que de la substance blanche qui revêt la corne d'Ammon, et que tout ce qui regarde sa véritable nature et ses coimexions réelles sera traité quand sa texture aura été décrite avec les détails que comporte cet important sujet.
Le bord antérieur et supérieur de la corne d'Ammon est bordé par un organe qui a des connexions encore pins intimes avec le pied postérienr du trigone.
he corps frangé {corps bordé; corps bordant: tœnia; bandelette de l'hippocampe; corpiis fimbriatiim; Fimbria; Saum) est une bandelette très-blanche, plus large en haut où elle se prolonge avec le trigone, qu'en bas où elle vient se terminer en pointe en avant de la griffe.
La face supérieure ventriculaire est libre : sa face inférieure adhère intimement à l'hippocampe ; son bord antérieur recouvre la partie postérieure du corps godronné, et répond très-médiatement à la couche optique ; son bord postérieur très-mince se continue avec la convexité de la corne d'Ammon,
Le corps godronné {corps denté, bandelette dentelée ; fascia dentata ; Gezahnte Leiste; F. denticulata; fasciola dentata ; F. d. hippocampi), est une bandelette d'une couleur sombre, qui remplit le sillon que les deux branches du crochet laissent entre elles : elle est adhérente p;irson bord postérieur (ou externe) au fond de ce sillon : sa face inférieure est unie à la circonvolution d'hippocampe, sa face supérieure libre en avant et en dedans, est recouverte en dehors et en arrière par le corps frangé. Son bord antérieur (ou interne) présente douze à quatorze festons irréguliers. En haut le corps godronné se continue avec l'écorce de la circonvolution du corps calleux. En bas il se termine en pénétrant dans le crochet oîi il paraît se continuer dans l'intérieur même de la griffe de la corne d'Ammon. Ses connexions véritables seront décrites plus loin.
Il faut encore mentionner pour mémoire seulement deux saillies que l'on trouve à la partie postérieure des ventricules. L'une d'elles, située dans la corne sphénoïdale en dehors de l'hippocampe n'est pas constante. Elle est blanche, n'apparait que dans la portion antérieure de ce prolongement ventriculaire, et a reçu le nom d'éminence collatérale (Meckel; Ciiissart, Malcariie ; accessoire du pied d'hippocampe, Vicq-d'Azyr ; Seitliche Erhabenheit) (tig. I, 6). L'autre qui formo le plancher de la corne occipitale se relie en haut à la corne d'Ammon dont elle lappelle la forme ; c'est Vergot (Morand , petit hippocampe, Vicq-d'Azyr ; Calcaravis Vogelklane ; Conguis ; Eminentia digitata ; ou unciformis ; Hahnensporn Reil ; Ergot de Morand, Gratiolet.) L'ergot de Morand, ainsi que l'a montré J. E. Greding n'est pas toujours en rapport par ses dimensions avec la cavité occi pitale qui le renferme; tantôt grêle et allongé; tantôt court et volumineux, i manque parfois. Jos. Wentzel a noté son absence dans trois cas sur cinquante ef un. En décrivant la stucture du cerveau nous montrerons que ces saillies, attri buées par les auteurs les plus autorisés depuis Wentzel à des circonvolutions retournées, ne sont en réalité que la trace ventriculaire de deux anfractuosités profondes.
Sepiiim liicidum {Septum médian des ventricules, Gliaussier; cloison transpa-
rente, Sclieidewand). Sous ce nom on entend une lame de 5 millimètres d'épaisseur dans sa plus grande largeur ; longue de 4 centimètres, haute de 12 à 14 millimètres (Sappey). Elle est plane, mais un peu renflée en son milieu et présente à étudier deux faces regardant les ventricules latéraux dont elles forment la cloison interne, et trois bords qui lui donnent une forme triangulaire.
Le bord supérieur, convexe s'unit à la face inférieure du corps calleux, de son genou au psaltérion. Le bord inférieur très-court et convexe aussi répond à sa partie réfléchie. Le bord postérieur concave repose sur le sillon que la face supérieure du trigone présente à sa partie moyenne. Ces trois bords sont donc séparés par trois angles, deux antérieurs, très-mousses; le postérieur, aigu, correspondant à l'uuion de la voûte avec le corps calleux. L'épaisseur du septum est occupé par le ventricule de la cloison (pour ce ventricule et ses connexions avec les cavités du cerveau voij. Ventricules). La partie du septum qui regarde les ventricules latéraux est grise, lisse et humide. Celle qui répond au ventricule de la cloison est blanche.
Le septum lucidum est une dépendance des hémisphères cérébraux, comme on le verra en étudiant sa texture. Ainsi qu'Henle le fait observer, il n'est impair qu'en apparence; en réalité il est formé de deux lames symétriques laissant entre elles un espace libre qui est le ventricule de la cloison. Chacune de ces lames, mince de O^^jS à 2""", 5, se compose de substances blanche et grise associées.
La commissure antérieure &?,i un cordon cylindrique, un peu aplati d'avant en arrière, de 4 millimètres de diamètre environ ; ses rapports sont : en arrière avec les piliers antérieurs de la voûte qui la croisent à angle droit enfermant avec elle la dépression vulvaire ; en avant avec le bec du corps calleux et la l'éunion de ses pédoncules (commissure blanche de la base). Elle proémine à l'angle supérieur et antérieur du troisième ventricule; presque aussitôt ses extrémités se recourbent en arrière et pénètrent dans les ganglions du cerveau à travers lesquels on peut les suivre. Les opinions différentes qui se sont produites sur sa terminaison seront passées en revue dans l'étude des fibres commissurantes du cerveau.
La commissure postérieure [Com. post. ventriculi tertii; Com. parva posterior; Trigomim molle, ou fluctuans, ou pensile, Bergmann) ; est une lame mince de substance blanche qui, recourbée en demi-anneau, ouvert en arrière, par sa convexité antérieure regarde la partie la plus supérieure de l'aqueduc de Sylvius et le troisième ventricule ; par sa concavité postérieure répond à l'extrémité antérieure de la glande pinéale. Son bord supérieur regarde la toile choroïdienne, et son bord inférieur n'est séparé des tubercules quadrijumeaux que par une profonde scissure. Ses extrémités pénètrent dans l'épaisseur des couches optiques. Quelquefois sa face antérieure convexe est séparée en deux saillies longitudinales {Trabecula et Amussis, Bergmann) par un sillon médian. Située à l'extrémité postérieure du troisième ventricule, elle limite sa cavité en arrière et en haut comme la commissure antérienre le fait en avant.
Dans la description du cerveau il faut enfin mentionner deux annexes dont le rôle et la texture sont l'objet d'opinions très-variées : la glande pinéale et l'hypophyse.
La glande pinéale (-/.uvocpîov, -/«vostJïjç, Galien ; glandula pinealis , VVillis; épiphyse cérébrale, Serres ; conarium, pinus ; Zirbeldrûsé) est un organe impair et irrégulier qui est couché dans le sillon qui sépare les tubercules quadri-
CERVEAU. ni
jumeaux antérieurs. Elle est eiivelojf)pée dans la toile clioroïdieune {voy. ce mot), dont on l'a considéré souvent comme une dépendance. Obliquement inclinée en arrière et en bas elle mesure 8 millimètres d'avant en arrière, et 6 de droite gauche. Inutile de dire que ces dimensions peuvent beaucoup varier. Elle est un peu aplatie, a la forme ovalaire plutôt que celle d'une pomme de pin; une couleur qui varie du gris au rouge grisâtre, et une surface rugueuse.
Sa partie antérieure se relie aux expansions blanches des hémisphères par des pédoncules (Siie/ ; Zirbelstiel) que l'on distingue en trois paires.
Les pédoncules supérieurs (rênes , freins delà GL Pin.) passent sur les parties latérales et supérieures de la commissure postérieure. Grâce à leur couleur blanche et brillante, ils peuvent être suivis le long du bord supérieur et interne des couches optiques jusqu'aux pilieis du trigone auxquels ils se réunissent en limitant avec eux le trou de Monro. Les pédoncules moyens aplatis d'avant en arrière constituent la partie supérieure de la commissure postérieure à laquelle ils se superposent, tout en étant placés sur un plan postérieur. Ils lui donnent l'aspect semi-circulaire qu'offre sa coupe, et limitent en arrière d'elle V arrière-cavité du troisième ventricule (Gratiolet ; Ventriculus conarii, Henle) . Leur direction est donc transversale. Les pcf/oncw/es m/iîrieîtrs passent en avant de cette commissure et divergent pour aller se perdre dans les couches optiques.
Ces trois paires naissent de chaque côté de l'angle de réunion de la face latérale et de la face antérieure du conarium : les deux dernières seulement sont décrites par Henle comme pédoncules de la glande pinéale. La premièrequi, suivant lui, s'étend quelquefois jusqu'aux plexus choroïdes des ventricules latéraux, mais dont il ne signale pas les connexions avec le pilier antérieur du trigone, est appelée par lui Tœnia thalami optici {Stria medullaris Th. opt. ; Stria pinealis; Obères Marckhlatt des Conarium, Reichert).
L'hypophyse enfin [Glaiidula pitiiitaria ou pituitosa ; lacuna; glande basilaire ; id. colaloire ; appendicula cerebri, Ebel ; corps ou glande piluitaire ; appendice sus-sphénoidal du cerveau, Ghaussier; glans pituitam excipiens, Vesale ; Hirhanhang) dont les connexions avec la tige pituitaire, l'infundibulum (Trichter) et le tuber cinereum ont été mentionnées, est un corps ovoïde, grisâtre, pesant 40 centigrammes, large de 12 millimètres, long de 6 à8 (Sappey). Même à l'œil nu et sans employer aucune espèce de coupe, on peut quelquefois noter un sillon circulaire vertical qui divise sa surface en une partie antérieure plus large et une autre postérieure plus haute et plus mince. L'isolement complet de ces deux portions, dont l'antérieure adhérente à la selle turcique était absolument indépendante de la postérieure a été observée (Luschka) .
II. Texture du cerveau. L'hémisphère cérébral composé d'une couche corticale grise, et d'un noyau médullaire blanc, présente dans chacune de ces deux parties des variations notables portant sur la nature des éléments qui le composent et sur les relations qu'ils affectent entre eux. Il y a donc lieu de décrire à part la texture de l'écorce et celle du noyau blanc, La substance blanche et la substance grise s'unissent en certains endroits pour former des organes complexes dont la texture doit être étudiée à part. Tels sont le trigone et ses dépendances, leseptum, la corne d'Âmmon, etc.
Enfin l'histoire des appendices du cerveau (corps pituitaire et glande pinéale) sera complétée par un exposé de leur texture.
Toutes les parties que nous venons de mentionner renferment en outre une matière interstitielle et des vaisseaux. Leurs caractères anatomiques et leur dis-
UJLalioii dans les organes qu'ils concourent à former avec les éléments nerveux seront le sujet clu dernier paragraphe de cet article.
A. Texture de l'Écorce clu cerveau. La texture de l'Écorce du cerveau doit être étudiée dans son type le plus général, celui qu'elle offre au niveau des circonvolutions de la plus grande partie du cerveau.
Elle se modifie sensiblement vers la pointe occipitale de l'iiémisphère, d'oii la formation d'un nouveau type : Type des circonvolutions occipitales.
Au niveau de la scissure de Sylvius et dans l'avant-mur qui en dépend elle subit de nombi'euses transformations. Il en est de même pour le second prolongement que l'écorce envoie à l'intérieur du cerveau : la corne d'Ammon. 11 faudra donc étudier deux types nouveaux sous les noms de Type de la scissure de Sylvius et de Type de la corne d'Ammon.
Enlin l'expansion extérieure de la couche corticale des hémisphères, le revêtement du bulbe olfactif présente un type tout particulier type du bulbe olfactif, qui lui aussi est une modification du type général.
Laissant l'étude de ce dernier au moment oii sera décrit l'organe auquel il appartient (voyez bulbe Olfactif) nous envisagerons successivement les quatre premiers types.
{° Type général de circonvolutions. Historique. Les travaux sur la structure des circonvolutions se rattachent à deux méthodes qui sont l'observation de la coupe de leur écorce à l'œil nu ou à l'œil armé d'une loupe ; ou l'examen microscopique des éléments qui la composent et de leur groupement.
M. BaïUarger en emplo'^ant le premier procédé d'investigation a ouvert la voie à une série de recherches qui ont été depuis les communications de Lockhart Clarke, profondément modifiées et complétées par les études des micrographes.
Les résultats obtenus par M. Baillarger sont trop connus en France pour qu'il soit nécessaire de les retracer dans leurs détails. — Ils sont du reste reproduits dans tous les ouvrages classiques, notamment dans le traité de M. Longet sur le système nerveux et dans le livre de M. Luys. M. Baillarger distingue à l'écorce des circonvolutions six couches concentriques, qui sont, de la surface aux parties profondes, alternativement blanches et grises, vues à la lumière réfléchie ; opaques et transparentes si on les examine à la lumière transmise. Ces couches, suivant M. Baillarger et les auteurs qui adoptent sa description, sont composées, les transparentes, par des celluUes nerveuses, celles qui sont opaques par des faisceaux de tubes. L'existence de ces six couches ne serait pas constante : deux d'entre elles pourraient se réunir par la disparition de la couche intermédiaire : leurs dimensions présenteraient aussi des variétés très-considérables.
Gennari (1782) avait mentionné à la face profonde de l'écorce une couche jaune [substance interstitielle) distincte du revêtement gris qui la couvrait. M. Baillarger nia cette coloration jaune de la couche profonde : elle fut néanmoins décrite de nouveau par C. Krause sous le nom de substantia flava ou subalbida. Cet auteur adopta absolument les opinions de M. Baillarger sur tout le reste.
Kôlliker confirma l'existence de cette couche jaune : il divise encore actuellement l'écorce en deux couches principales qui sont, de dehors en dedans, grise et rouge jaunâtre.
La couche grise qui contient les plus grosses cellules nerveuses, est recouverte, suivant lui, par une mince couche blanche pourvue à sa partie profonde de cellules plus petites et probablement de nature conjonctive : les fibres nerveuses formeraient un réticulum dans cette dernière.
CEllVEAU. 175
La couche rouge jaunâtre serait divisée elle-même en deux couches secondaires par deux raies blanches : elle renfermerait des cellulles nerveuses plus petites, mais fort nombreuses ; suivant Kôlliker dont nous résumons la description, l'écorce comprendrait donc six couches correspondant à celles de M. Baillarger
Couche grise . j ™i'^'i<= Wanche superllcielle. . . 1" couche blanche superficielle. ■ I couche grise 1'" couche grise.
Il" raie hl:inche 2" couche blanche inlermédiaire.
1" couche rouge jaunâtre. . . . 2° couche grise intermédiaire.
2" raie blanche S' couche blanche profonde.
2' couche rouge jaunâtre. . . , 3° couche grise profonde.
Cette distinction en couches grise et jaune, maintenue par Kôlliker a été adoptée encore récemment par Carpenter.
Le plus grand nombre des variations que subit Ja description de laslructuredes circonvolutions jusqu'aux travaux de Glarke, portèrent sur le nombre des couches qu'on attribuait à leur écorce. Cazauvieilh n'en reconnaissait que trois, l'interne, d'un gris de plomb ; la moyenne, blanc pâle; la superficielle, blanchàlre. Stephany reproduisit cette opinion {Th. Dorpat. 1861). Remak [Milliers Archiv, 1841 , p. 506) en avait distingué quatre qui étaient de dehors en dedans blanche, grise, blanche, et grise d'aspect gélatineux : mais cette dernière, suivant lui, était divisée en deux bandes dans la circonvolution du corps calleux par une couche blanche mtermédiaire ; d'où la. production de six couches en ce point.
Berlin [Erlangen, 1838) enfin émit l'opinion que ni la direction des fibres nerveuses, ni la disposition des cellules ne pouvaient expliquer les alternatives produites par les couches successivement opaques et transparentes que présente une mince coupe de l'écorce soumise à l'action du carmin. Jl conclut de recherches faites au moyen de ce réactif, que les couches opaques étaient plus riches en cellules, les couches transparentes plus fournies en tubes nerveux.
Jusqu'alors l'examen microscopique ne s'était proposé d'autre but que de vérifier la cause d'une disposition dont l'étude macroscopique avait révélé l'existence. La question entre dans une nouvelle phase avec les recherches ayant pour but d'étudier la structure intime de l'écorce sans tenir compte d'aucune autre particularité que celles dont le microscope peut donner connaissance.
Clarke ouvrit cette nouvelle série de travaux. Mais la description qu'il donna des six ou sept couches dont, suivant lui, se composait l'écorce est défectueuse d'abord par la faute qu'il fit de prendre pour sujet d'études et de considérer comme type l'écorce du lobe occipital : de plus par le défaut de méthode qui lui fit choisir pour critérium dans sa distinction, tantôt la transparence, tantôt la direction des fibres, tantôt la richesse en cellules, la forme de celles-ci, etc., etc. De ses recherches il paraît néanmoins ressortir que les couches les plus riches en tubes nerveux ne sont pas surtout les couches blanches.
Maudsley i)ms Arndt y mirent plus de méthode et de précision. Ce dernier décrit six couches successives de dehors en dedans. La première est un simple réticulum ; la seconde finement granulée renferme des noyaux isolés ; la troisième se compose de noyaux plus volumineux, qui, à un fort grossissement, se révèlent comme des cellules ramifiées; la quatrième montre de petites cellules pyramidales qui sont plus volumineuses, mais moins fréquentes dans la cinquième. La partie profonde de cette dernière où les cellules diminuent de nouveau estdcciile par lui comme sixième couche. Les deux couches externes que distingue cet auteur sont assimilées par lui à la couche blanche externe de Kôlliker : les deux suivantes ù sa couche grise ; les deux derïiJères à la jaune lougeàtie.
il/i CERVEAU.
Cleland insiste tout particulièrement sur l'existence des deux bandes blanches qui divisent la substance grise en trois couches. La plus profonde de ces traînées blanches est une simple expansion des faisceaux médullaires ; la supérieure dépendrait d'une lame formée de petites cellules et située en dehors des « fibres nerveuses. » Cet auteur n'admet pas la distinction des lames que sépare cette dernière couche {primare helle Band) en grise et rouge, comme le veut Kôlliker. La distribution qu'il donne aux cellules est à peu près celle que leur assigne Meynert.
Stieda, qui a surtout étudié l'écorce des circonvolutions chez les rongeurs, lui distingue quatre couches : une externe , sans cellules ; une à petites et une à grosses cellules; enfin une profonde, oii les cellules redeviennent petites.
Henle à l'important ouvrage duquel ont été empruntés en partie ces détails historiques, confirme au point de vue de la coloration la distinction de Kôlliker en couche grise et couche jaunâtre. Le microscope lui a fait reconnaître que les cellules de l'écorce étaient divisées en trois zones ; l'une est composée de cellules en forme de pyramides et est entourée de deux zones de petites cellules globuleuses {Kugelische Zellen). La limitation de ces zones n'est du reste pas rigoureuse: au centre même de la zone oià se trouvent les pyramides on rencontre des cellules globuleuses mais rares ; de même les pyramides se montrent, quoique diminuées de volume, aux surfaces internes et externes de la couche gise. Henle insiste surtout beaucoup sur la couche blanche externe, ou réticulée; ainsi que sur la structure même des cellules cérébrales. Il divise en résumé l'écorce en cinq couches qui sont de dedans en dehors : 1° une couche à noyaux globuleux, ou cellules incomplètes ; 2° une couche à cellules pyramidales ; 3» une troisième semblable à la seconde ; i° une couche pauvre en cellules qui peut se diviser en deux couches distinctes quand le réticulum ne l'a point envahie en entier.
Enfin M. le professeur Robin, dans son cours, définit ainsi la texture des circonvolutions :
« Couches successives au nombre de six ou mieux de deux, subdivisées en trois rangées de même texture, qui du dehors au dedans sont disposées ainsi :
{ 1* Couche blanche Substance hyaline.
I ( Myélociteset cellules petites, perceptives, fusiformes
;V < 2° Couche grise ', ou prismatiques triangulaires, à noyau relative-
1 ' ment volumineux.
( 3° Couche blanche Substance hyaline.
SA" Couche rouge jaune. . . Cellules volumineuses, prismatiques, triangulaires. 5° Couche blanche Substance hyabne.
6° Couche rouge jaune. . - Cellules volumineuses de la volition.
M. Robin adopte ainsi la division très-exacte de l'écorce en couche grise et couche rouge jaune. Pour ce qui est de la disposition des cellules il est arrivé aux mêmes résultats que Meynert avec lequel sa description s'accorde entièrement si l'on omet ce qui est relatif aux trois couches de substance hyaline interposées aux couches grises et rouges. Par la considération de ces dernières M. Robin se rapproche de la description de M. Baillavger, et, rappelant les détails macroscopiques de la texture de l'écorce, en donne la raison par l'examen microscopique de ses éléments.
Si, dans la description qui va être faite des diverses couches dont se compose l'écorce, nous suivons principalement la division adoptée par Meynert, ce n'est pas seulement parce que de tous les travaux d'ensemble concernant la texture des circonvolutions le sien est le plus récent et le plus étendu. Nous sommes surtout
guidés par la concordance de résultats qu'il a obtenus et des faits exposés par M. le professeur Robin, il sera facile de constater en comparant ces deux descriptions que Robin et Meynert admettent dans la substance corticale les mêmes éléments distribués de la même façon ; ce n'est guère que sur la division de l'écorce en couches, division du reste assez arbitraire (on peut s'en convaincre par la multiplicité même des opinions sur ce point), que ces deux auteurs he tombent point d'accord. Nous avertirons même de suite que la première couche de M. Robin correspond à la moitié superficielle de la première couche décrite par Meynert : que sa seconde couche par contre répond à la partie profonde de la première couche de Meynert et à sa seconde couche. La troisième couche de M. Robin est constituée par l'intervalle qui sépare les deuxième et troisième couches de Meynert; et la troisième couche de l'auteur allemand par la quatrième de M. Robin. Les deux dernières couches sont disposées de même dans ces deux classifications.
En suivant l'ordre dans lequel Meynert a étudié les éléments qui composent l'écorce du cerveau nous aurons à signalersur plus d'un point des opinions, et des recherches récentes dont l'analyse n'a pu encore être présentée dans le court paragraphe oi!inous avons résumé l'historique de la question.
Nous reproduirons sans doute bien des résultats, considérés à présent comme certains, et qui sont destinés à tomber sous le contrôle de nouvelles investigations. 11 est néanmoins impossible de les passer sous silence sans taire d'autres faits qui, douteux aujourd'hui, passeront peut-être bientôt à l'état de vérité scientifique.
L'exposé qui va suivre ne sera donc point une description de la texture de l'écorce, mais un examen rapide des matériaux que les travaux de nos contemporains ont réunis sur ce point.
L'écorce du cerveau (type général) se compose de cinq couches qui se continuent sur leurs limites sans transition brusque, mais en subissant des modifications graduelles.
La. première couche, couche externe (fig. IIl, 1), est caractérisée par la prédominance d'une matière fondamentale granuleuse, à laquelle se trouvent mêlées des cellules plus ou moins nombreuses.
Cette substance fondamentale a reçu des noms différents des auteurs qui l'ont étudiée {Ependyniformatlon, Rokitansky; Neuroglia, Virchovv; Bindesubstanz, Kolliker ; Sckwammige Substanz , Deiters ; Zusammenyeflossene Ganglienmasse, Henle, Wagner; Gelatinose, Chrlie; molekulare Substanz, Kupffer). Henle et Wagner, qui nomment aussi cette couche Centraldeckplatte, l'assimilent entièrement à la substance semblable décrite par Stilling dans l'écorce du cervelet : comme cet auteur ils la croient purement nerveuse et composée surtout de réseaux terminaux de fibres nerveuses extrêmement fines. Meynert objecte à cette manière de voir la minceur relative de cette couche comparée aux quatre autres qui lui font suite. Observant d'ailleurs qu'à mesure que l'on s'élève dans la série animale cette couche diminue d'épaisseur, cet auteur en infère que la substance fondamentale qui la forme surtout n'est point de nature nerveuse, mais qu'elle est mélangée aux éléments nobles .auxquels elle forme comme une sorte de point d'appui. Voici les chiffres sur lesquels il s'appuie : chez l'homme la couche en question ne fait que ^^ — f de l'épaisseur totale des couches corticales ; chez le chimpanzé elle en forme | -^ î *^''^^ 1^ chien ^ ; chez le chat 4;
chez la chauve-souris |- ; chez le veau l entier. — Son épaisseur absolue chez l'homme n'est que de 0""",25; chez la chauve-souris elle atteint 0""",30 ; chez le veau 0'"'",40 et va jusqu'à 0'"'",50 chez le daim.
C'est la distribution de cette substance fondamentale qui, d'après Meynert, donnerait à la sub>tance giise des circonvolutions son aspect caractéristique. Quant à la nuance même de la colovation grise elle dépendrait de la fréquence
des cellules nerveuses dont la pigmentation imprime aux couches riches en cette espèce d'éléments une teinte foncée.
La substance fondamentale de la couche externe se compose d'une matière diffuse, qui subit après la mort seulement, suivant Meynert, lui léger trouble par la production de granulations à son intéiieur.
l)L'iters:(ltribue sa formation à un départ du protoplu^ma qui constitue les cellides de ce tissu, à un moment oii elles sont encore indéterminées et ne peuvent être classées parmi les cellules nerveuses ou conjonctives. Il n'admet ici comme éléments cellulaires ou analogues à des cellules que des noyaux libres.
Indépendamment de cette matière amorplie, et contrairement encore aux vues de Deiters, Meynert admet dans cette couche la présence de cellules étoilées, pauvres en protoplasma et pourvues de très-nombreux prolongement ramifiés des plus fins. Ces cellules paraissent avoir des relations étroites avec les espaces périvasculaires lymphatiques (Rotli). Décrites par Kôlhker elles traversent la cou- Fig. III. - Texture de l'écorce du cerveau che externe d'une multitude de prolongements (type général des circonvoijgions), d'après q^j y forment des réscaux. — Ces cellules sont
Meynert. i ^ , , ,
considérées par ces auteurs comme des corps étoiles du tissu lamineux (voyez Tissu interstitiel de cerveau).
Ces éléments ont 9 — 10 j:^ de diamètre.
Kôlhker décrit à la surface de cette couche une nappe formée de tubes nerveux, entre-croisés en tous sens et variqueux. Ârndt a nié l'existence de cette nappe nerveuse, et a décrit à la place un revêtement de tissu conjonclif de couleur grisâtre, opaque, dont les fibres seraient parallèles à la surface du cerveau. Meynert se range plutôt à l'avis de KôUiker et attribue à cette couche nerveuse superficielle constituée par les anastomoses des prolongements terminaux des pyramides, la couleur blanche de l'écorce de la circonvolution d'hippocampe.
Enfin dans l'épaisseur de cette couche externe se trouvent des cellules nerveuses, anguleuses, très-irrégulières, qui ont de nombreux prolongements ramifiés.
Deuxième et troisième couches. Les deuxième et troisième couches (fig. 111, 2 et 3) sont formées par l'accumulation plus ou moins grande de cellules nerveuses à forme pyramidale {pyramides).
Cette sorte d'éléments a été étudiée avec détails par Luys, Arndt et Stephany.
Avant d'examiner leur distribution dans les couches moyennes de la substance "rise il faut les étudier comme éléments isolés.
CERVKAU. 177
Leurs dimensions sont des plus variables : quelques-unes (les plus superficielles) n'ont que 1 0 p. de diamèti e. Les plus profondes et les plus rares atteignent jusqu'à 40 ou 45 (i.
Leur forme est celle d'une pyramide à base centrale, à sommet dirigé vers la périphérie des circonvolutions : cette apparence neanmoiiis ne serait, suivant Meyncrt, qu'une illusion, et ces cellules auraient en réalité une forme allongée en fuseau.
Elles se continuent par leurs angles avec des prolongements qui ont éveillé l'iittenlion de bien des auteurs. L'un d'eux part du sommet de la pyramide et se dirige vers la surface du cerveau ; c'est le Spilzenforsatz [prolonfjement terminal ou (hi sommet) que M. Schultze décrit comme très-volumineux et généralement ramifié (cap. III, p. 133). Un autre prolongement partirait du centre de la base de la cellule; il ne serait point ramifié (Koscliennikof) et se dirigerait vers la substance médullaire. Pour montrer avec quelle réserve il faut accepter les résultats cil apparence si positifs de ces recherches, il suffit d'apprendre que tandis que llemak, Schultze et Deiters font de ce prolongement un cylindre d'axe, (|ue Koscheiinikoft et Luys alfirment l'avoir vu s'entourer d'une gaine de myéline, Arndt nie jusqu'à son existence.
Indépendamment de ce prolongement central appelé matière Basalforsatz {prolongement central de la base) , du plus grand diamètre de la base partent des prolongements appelés par Schultze Eckstàndige Basalforsàtze (prolongements des angles de la base) .
Ces cellules n'ont pas d'enveloppe (membrane cellulaire). Leur matière [protoplasma)est granuleuse dans toute l'étendue du corps delà cellule. Elles sont pourvues d'un noyau qui n'est sphérique ou ovalaire que sur les cellules adultes ou vieilles. Les jeunes cellules sont pourvues d'une cavité centrale angulaire, qui reproduit exactement la forme de leur surface. Cette cavité, ou noyau, s'étend jusque dans les prolongement oii elle se termine en angle très-aigu.
La couche de substance cellulaire qui avoisine le noyau paraît plus dense; elle est plus foncée; les granulu tiens pigmentairesy sont plus nombreuses (M. Schultze) et elle forme en quelque sorte une petite pyramide centrale qui reproduit, comme le noyau, la configuration de la pyramide oii elle est renfermée (Beale).
Meynertdit avoir vérifié l'existence de ces mêmes particularités dans les cellules des colonnes antérieures delà moelle sur les préparations de M. Ernst Fleischl.
Tout récemment M. Butzke^a. fait de ces éléments une étude détaillée où il s'est surtout proposé pour but de vérifier et d'appli(|uer aux cellules des circonvolutions les résultats obtenus par Deiters sur les cellules des ganglions du cerveau et de la moelle.
Il les croit caractérisées par une striation longitudinale qui se remarque même sur leurs prolongements. Elles se divisent du reste en deux variétés : l'une claiie, très-réfringeule, fortement colorée par l'acide hyperosmi([ue ; l'autre plus opaque oi^i le noyau est plus visible, et qui ne se colore qu'en gris par ce réactif.
Leurs prolongements appartiennent les uns au système des fibres nerveuses : ce sont le Centralbasalforsatz ou Axencylinderforsatz (prolongement axile) (Deiters) qui se continuerait d'une part directement avec un tube nerveux ; de l'autre s'insérerait entre les fibrilles longitudinales dont l'ensemble lorme la cellule, par une ramification en fourchette ou angulaire dont la base correspondrait au noyau. Le plus souvent le cylindre axe viendrait s'insérer à la cellule elle-même ; pai fois il s'unirait à l'un des prolongements cellulaires de la base. A ce même ordre de
UICT. ENC. XIV. 12
i78 CERVEAU.
prolongements appartiendraient de petites ramifications se détachant à angle droit soit de la cellule, soit de ses prolongements, et caractérisées par uneoiigiue à base triangulaire. L'auteur cité n'a jamais pu les suivre jusqu'à une fibre nerveuse.
Les autres prolongements ne s'aboucheraient jamais à des tubes nerveux. Le plus important, \e Spitzenforsatz (prolongement terminal), qu'Arndt a décrit comme se courbant en anse pour rentrer dans la matière blanche, se ramifieiait comme les autres, et finirait par se résoudre, au milieu de la matière interstitielle, en un réseau fibrillaire terminal. Celui-ci serait formé de fibres variqueuses les plus fines ou de granulations simplement disposées en séries linéaires : ses counexions avec les ramifications terminales des prolongements cellulaires seront décrites plus au long (voyez matière interstitielle).
Le mode de terminaison des prolongements ramifiés des cellules ganglionnaires décrit par Butzke a été confirmé par les recherches de Rindfleisch et de Gerlach.
Gomment ces cellules sont-elles disposées ; comment se groupent-elles pour former les deuxième et troisième couches de l'écorce ?
Elles y sont renfermées dans la substance granuleuse amorphe qui les environne, elles et leurs prolongements.
Cette substance laisse autour d'elle des lacunes ou vides qui ont beaucoup exercé la sagacité des micrographes allemands. Ces vides sont en général sphériques et renferment souvent, outre la pyramide, un noyau de 0'"'",01 environ, granuleux, sphérique; auquel on a voulu donner une importance spéciale (voir à la fin de cet article les lymphatiques du cerveau). La partie supérieure de la lacune s'allonge pour entourer plus ou moins loin le Spitzenforzatz {prolongement terminal), et se terminer d'une façon encore inconnue [Ohersteiner). Une coupe transversale de la deuxième couche montre ces canaux lacunaires groupés et encore occupés par la section des prolongements nerveux qui les traversent.
Quant aux cellules elles-mêmes, elles sont principalement massées en deux rangées qui forment les deuxième et troisième couches de l'écorce. La rangée la plus superficielle est composée de petites cellules très-serrées , très-nombieuses. La couche la plus profonde renferme, comme nous l'avons dit, beaucoup moins de cellules, mais leur diamètre est quatre à cinq fois plus considérable. Meynert lui donne le nom à' Ammonshorn-formation, pour rappeler la fréquence de ces grosses pyramides dans la matière grise de la corne d'Âmmon {tissu de la corne d'Amman). Entre ces deux couches en est une autre oti les cellules sontrares, maisoù se trouvent les prolongements terminaux {Spitzenforsatze) des grosses pyramides.
Ces prolongements, il faudra revenir sur ce point en parlant des relations de la moelle avec l'écorce, ces prolongements ont été l'objet de descriptions intéressantes et ingénieuses, mais qui sont loin d'avoir subi un contrôle scientifique assez sévère pour être considérées désormais comme classiques.
On a déjà vu Remak, Scliultze et Deiters considérer les Basalforsàtze {prolongements centraux de la hase) comme de véritables filaments axiles, opinion qu'appuient encore les recherches de Roschennikoff et de Butzke. C'était alfîriner leurs connexions avec les faisceaux médullaires pénétrant dans la substance corticale. Quant aux prolongements des angles de la base et de la pointe, ils devraient, les premiers, établir des relations par anastomoses entre les cellules de la même couche ; les seconds, mettre les cellules de la couche profonde (troisième couche) en rapport avec les cellules de la deuxième, et celles-ci avec le réseau terminai de fibres nerveuses que l'on trouve dans la couche superficielle. Luys (p. 164) a
insisté plus que personne sur ce système d'anastomoses. Il formerait un réseau nerveux terminal (Arndt et Besser) dans la couche superficielle, et des réseaux intermédiaires dans la deuxième et la troisième couche. Pour d'autres, Deiteis et Butzke par exemple, le plus grand nombre des prolongements n'établirait aucune espèce de relations directes entre cellules. On se tromperait donc beaucoup en croyant que la texture de l'écorce des circonvolutions n'a plus de mystères pour les anatomistes, et parmi ceux qu'il faut le plus souvent citer en pareille matière M. Vulpian n'accorde qu'une conliance très-limitée aux résultats concernant des points d'anatomiesi complexes et d'une constatation si difficile. « Je ne dirai rien dit-il, des relations des prolongements de chaque cellule cérébrale, soit avec les fibres des masses blanches recouvertes par la substance grise, soit avec les prolongements d'autres cellules ; car les difficultés que nous avons déjà signalées pour la constatation de ces relations dans d'autres régions du système nerveux, sont ici bien plus grandes encore. »
Quatrième couche. Nous avons vu que Henle décrit même parmi les pyramides d'autres cellules de diamètre inférieur, surtout de forme différente ; on en trouve en effet un assez grand nembre irrégulièrement réparties dans les deuxième et troisième couches, mais elles se réunissent surtout pour former les quatrième et cinquième couches de l'écorce.
Voici comment Meynert décrit ces éléments.
Les cellules de la quatrième couche, ainsi que Berlin l'a démontré, sont irrégulières, quelquefois triangulaires, quelquefois à grand axe parallèlle à la direction des fibres radiées, grandes de 8 — 10 /^oet très-serrées les unes contrôles autres. EUles rappellent les éléments qui forment la couche granuleuse de la rétine (fig. lil, 4). Aussi Meynert donne à cette bande le nom de Kôrner formation ou couche des grains de Vécorce.
Cinquième couche. Les cellules qui caractérisent la cinquième couche sont des cellules fusiformes de 30 /x environ de diamètre. Elles sont très-serrées surtout à la couche la plus profonde de l'écorce. Leur grand axe est parallèle à la direction des fibres radiées vers le centre de la circonvolution, mais sur les côtés, au niveau des anfractuosités, elles sont disposées obliquement ou même transversalement (fig. 111, 5). Elles paraissent donc contenues dans le plan des fibres arquées avec lesquelles leurs connexions seraient évidentes. Elles ne sont néanmoins pas bipolaires (Meynert), mais émettent par le pourtour de leur surface des prolongements excessivement fins qui pénètrent dans les couches sus-jacentes de l'écorce. Au niveau de l'avant-mur (qui est bien la couche profonde de l'écorce des circonvolutions de l'insula, isolée par des fibres arquées), elles prédominent tellement sur le nombre des autres éléments que Meynert a cru devoir leur donner le nom de Vormauer formation (tissu de lavant-mur), qui rappelle leur lieu d'élection.
Pour terminer ce qui a rapport à la structure du type général de l'écorce, il reste à mentionner la terminaison des faisceaux médullaires dans son intérieur, qu'ils appartiennent aux fibres radiées ou aux fibres commissuraiites. Ces détails seront mieux placés quand la marche de ces divers ordres de fibres aura été décrite. Il suffit de savoir que pour les auteurs modernes et surtout pour Meynert les faisceaux défibres nerveuses aussitôt entrés dans l'écorce s'y dissocient et n'y forment jamais de couche ou de bouquet important. Elles la traversent toujours isolées jusqu'au moment où elles iraient s'aboucher aux cellules nerveuses. Ces tubes nerveux eux-mêmes restent-ils indivis ou donnent-ils naissance à des ramifications dans l'intérieur de l'écorce? MeyUert serait disposé à adopter cette der-
180 CERYEAU.
nière manière devoir; il n'a pu néanmoins saisir qu'une seule fois le point de bifurcation d'un cylindre axile : on conçoit donc la réserve avec laquelle il faut accepter l'affirmation d'un fait qui devrait être général et facile à démontrer et qui n'a pu être constaté que dans un cas.
Les vaisseaux sanguins et les lymphatiques (canaux péricellulaires et périvasculaires) que Ton trouve dans l'écorce seront décrits avec les vaisseaux des hémisplièies à la fin de cet article.
2° Type de la pointe occipitale. La disposition qui va être décrite sous ce nom règne sur l'extrémité occipitale de l'hémisphère, et sur toute la partie interne de l'anfractuosité qui donne naissance à l'ergot de Morand.
On avait déjà signalé, dans l'écorce de cette portion du cerveau, une strie blanche qui, visible à l'œil nu, divisait la matière grise en deux couches, l'une superficielle plus épaisse, l'autre profonde et très-mince.
Cette interruption apparente de la continuité de la substance grise, est due à la prédominance, dans ce système de circonvolutions, d'une disposition spéciale décrite par Meynert, sous le nom de kôrnerartige Formation (tissu granuleux de l'écorce). Les pyramides ici ne forment qu'une couche; les cellules qui la composent sont de petites dimensions quoique serrées : la rangée des grosses pyramides a totalement disparu.
A sa place, la quatrième couche (devenue la troisième, par suite de l'absence de celle que nous venons de mentionner) prend un développement considérable; ses éléments, les cellules petites et irrégiilières que Meynert assimile aux grains de la rétine, sont distribués sur une grande épaisseur, et séparent les deux premières couches de la dernière, celle des cellules fusiformes, qui au, lieu d'être la cinquième, n'est plus que la quatrième. Mais la couche des cellules globuleuses {kôrnerartige Formation) n'est pas homogène. Deux lames de matière amorphe, presque entièrement dépourvues de cellules, la divisent en trois couches secondaires qui portent dès lors le nombre total des couches à huit ; voici qu'elle est, de dehors en dedans leur superposition :
i° Couche externe, réticulée ;
2" Couche des petites pyramides ;
3" Couche des grains (ou cellules irrégulières), qui se divise elle-même en: 1'^ Couche secondaire, 1'^ Raie pâle sans cellules, 2® Couche secondaire, 2'= Raie pâle, 3" Couche secondaire ;
4» couche de cellules en fuseau.
Ces raies pâles et dépourvues de cellules renferment néanmoins quelques-uns de ces éléments, à l'état d'isolement. Leurs dimensions sont alors énormes et dépassent du double le diamètre des plus grosses pyramides.
Au niveau de la pointe occipitale elle-même, la deuxième couche secondaire de la couche des grains diminue d'épaisseur de façon à disparaître presque entièrement, el les deux raies pâles se réunissent en une seule bande, assez large, qui, séparant les deux premières couches de l'écorce, unies à la première couche des grains, de la couche des cellules fusiformes unie à la dernière couche des grains, interrompt par une lame dépourvue de pigment la continuité apparente de la substance corticale. De là l'aspect extérieur des circonvolutions de lu pointe occi[>itale
CERVEAti. 181
Oii sait le développement que, chez le singe, prennent les circonvolutions du lobe postérieur. Le type de la pointe occipitale est donc prépondérant chez ce mammifère. C'est néanmoins à tort que Clarke l'a pris comme type général de l'écorce du cerveau chez l'homme.
5° Type de la scissure de Sylvius. L'écorce de la scissure de Sylvius, celle de l'avanL-mur et du noyau amygdalien qui s'y rattache, présentent une prédominance énorme de la couche profoiiile, formée de cellules fusiformcs, sur les autres. L'avant mur, le noyau amygdalien, uniquement composés de ces éléments, peuvent être considérés, le premier comme la couche profonde des circonvolutions de l'insula, séparée par un faisceau de fibres arquées {fasciculus uncinatiis) des couches siiperlicielles; le secondcomme une tuméfaction globuleuse de la couche la plus profonde des circonvolutions du lobe sphéiioïdal. Il est inutile d'insister sur celle nouvelle preuve de la nature corticale de l'avant-mur et du noyau amygdalien ; leur texture comme leurs connexions les isolent absolument des ganglions du cerveau.
4" Type de la corne d'Ammon. Ce type n'est pas limité fi la corne d'Ammon seulement, il comprend aussi la matière grise de la circonvohition de l'hippocampe. On sait que l'écorce de celle-ci décrit une convexité parallèle à sa surface, mais recouverte d'une lame blanche [substanlia reticularis alba, Arnold); qu'elle présente ensuite une convexité répondant à la saillie ventriculaire de la corne d'Ammon, et dirigée en sens inverse de la précédente, pour venir se terminer près du corps frangé. Sa coupe représente donc un S dont une des branches supérieures est convexe en dehors et répond à la corne d'Ammon, dont la branche inférieure est convexe en dedans, et répond à la circonvolution de l'hippocampe oîi, redevenue superficielle, elle se continue avec l'écorce qui revêt les circonvolutions et les anfractuosités voisines. Ainsi donc vue par la face interne de l'hémisphère, en faisant abstraction de la pie-mère, des plexus choroïdes, du corps godronné et de son revêtement blanc superficiel, l'écorce présente une convexité inférieure au niveau de la circonvolution de l'hippocampe ; une concavité supérieure par laquelle elle se termine au niveau de la corne d'Ammon. Vue au contraire par sa face ventriculaire (profonde ou adhérente), elle présenterait deux courbures exactement inverses.
Nous suivrons les couches de l'écorce dans la corne d'Ammon, comme dans la circonvolution d'hippocampe, de la face superficielle à la face profonde, par conséquent, de la convexité de la circonvolution d'hippocampe et de la concavité de la corne d'Ammon, à la concavité de la première, et à la convexité de la seconde.
Une substance réticulaire très- développée recouvre toute la face externe de l'écorce dans ces deux parties, mais surtout dans la circonvolution d'iiippocampe; c'est à elle qu'est due la couleur blanche de cette dernière.
La première couche, appartenant en propre à l'écorce, la couche externe est formée de petites cellules transversales, et par conséquent parallèles à la surface de l'écorce. Elles sont difficiles à l'econnaître, et appartiennent au tissu interstitiel (fig. IV, 1).
La deuxième couche est caractérisée par l'absence des petites pyramides que l'on trouve dans les autres régions de l'écorce. Elles sont remplacées par des lacunes périvasculaires limitées par les prolongements terminaux des pyramides plus profondes ; ceux-ci forment une sorte de réseau autour des anastomoses par lesquelles les capillaires de l'épendyme s'unissent aux capillaires vouant de la surface
182 CERVËAC
du cerveau. C'est le stratum lacunosum de Meynert {stratum reticulare de
Kupffer) (fig. IV, 2).
La troisiè77ie couche {stratum radiatum, Kupffer) est compose en dehors par les prolongements périphériques {Spitzenforsàtze) des pyramides qui en forment la couche la plus profonde. Celles-ci sont entourées de lacunes péricellulaires énormes. Ce sont ces pyramides dont l'accumulation caractérise la substance grise de l'hippocampe.
Leurs dimensions y sont considérables, et l'épaisseur de la couche qu'elles forment, a déterminé Meynert à donner, dans toutes les autres régions de l'écorce, le nom à'Ammonshornformation {tissu de la corne d'Ammon) à la couche plus particulièrement composée de ces éléments (fig. iV, 5).
Plus profondément, on ne trouve ni cellules irrégnlières, ni cellules fusiformes. Il n'y a même pas de substance conjonctive ou de matière unissante interposée entre la couche nerveuse profonde et ce qui représente dans la corne d'Ammon la substance médullaire. Kupffer pourtant chez le chien, le chat, le lapin, a trouvé entre ces deux couches une sorte de revêtement auquel il a donné le nom de stratum moleculare; mais c'est à tort qu'il a décrit cette disposition chez l'homme où elle n'existe pas. Voici ce que présente de spécial la texture de la substance grise de la corne d'Ammon. 11 y aura lieu de revenir sur plusieurs points de cette description au paragraphe oii sera spécialement envisagée la structure de cette partie si compliquée des centres nerveux.
5" Type du bulbe olfactif [voy. Olfactif (bulbe)].
B. Texture du noyau médullaire. Le noyau blanc des hémisphères présente une texture infiniment plus complexe encore que celle de la couche grise qui le recouvre. Ses éléments, à la vérité, sont moins variés et plus faciles à étudier, mais leur mode d'association, leur arrangement réciproque, qui constituent, à proprement parler, la texture de cette partie du cerveau, sont des plusobscurs. Sur ce point il faudra mentionner plus d'hypothèses ingénieuses que de recherches, et plus de recherches même que de résultats acquis.
Des éléments qui constituent le noyau blanc hémisphérique. Ces éléments sont presque exclusivement des fibres nerveuses. Celles-ci présentent dans la substance médullaire des caractères particuliers que l'on retrouve du reste dans toute la partie supérieure de l'axe cérébro-spinal, mais d'autant plus prononcés queToa gagne les régions plus élevées.
Kig. IV. — Coupe transversale de la coupe d'Ammon, d'après Henle.
— 1 Couche de substance interstitielle. — 2. Couche des prolongements terminaux des pyramides. — 5. Couche des pyramides. — i. Muldenblatt. — S. Kernblatt. — 6. Ventre de la corne d'Ammon.
— 1. Couche des cellules nerveuses serrées. — 8. Corps frangé. — 9. Corps godronné. — 10. Lubiculum.
Aux tubes nerveux larges se sont substitués des tubes nerveux plus fins qui finissent par se réduire à des dimensions minimes. Henle, qui insiste particulièrement sur cette modification, dit que sur une coupe transversale ils se présentent comme un simple pointillé que l'on peut à peine distinguer des granulations de la matière unissante (névroglie). Leur diamètre serait en moyenne de 2 pt, de 3 au plus, et de! seul au minimum ; mais^cet auteur avoue que les variations individuelles sur ce point sont considérables, et que certains cerveaux normaux lui ont présenlé des tubes de 6, de 7 et même de 10 p. Or ces tubes fins sont mélangés de tubes beaucoup plus larges, qui les croisent à angle droit et sont d'autant plus fréquents que l'on se rapprpche davantage des bords du corps calleux. Ce qui est tout à fait caractéristique pour le tissu médullaire du cerveau, c'est l'aspect spongieux tout particulier que présente sa coupe. Ses tubes nerveux, en effet, limitent des mailles ou lacunes remplies par des noyaux ou des cellules spéciales. Ces derniers n'appartiennent point à la classe des éléments nobles du cerveau, mais à la névroglie. Ils ont été l'objet de rechercbes intéressantes de la part de plusieurs auteurs, notamment de MM. Magnan et Hayem, et ils seront l'objet d'une description plus étendue dans l'étude qui sera faite du tissu interstitiel des hémisphères.
Les lacunes qui les renferment et qui donnent au tissu médullaire son aspect spongieux, ne sont plus allongées dans le sens des faisceaux nerveux, ainsi que cela a lieu dans les faisceaux blancs du bulbe, des pédoncules cérébraux, etc., etc., mais elles sont beaucoup plus irrégulières dans leur forme, quoique plus régulièrement réparties.
La plupart des auteurs sont d'accord sur la prépondérance des tubes minces sur les tubes larges dans le noyau hémisphérique; la raison anatomique de ce fait est encore un sujet de contestation les tubes minces des hémisphères proviennent-ils seulement des tubes minces de la moelle, les tubes larges qui les accompagnent s'étant terminés dans les grosses cellules des ganglions du cerveau et des masses grises sous-jacentes? Ces tubes sont-ils des ramifications des tubes larges qui leur auraient ainsi donné naissance par segmentation? Proviennent-ils enfin des cellules nerveuses des corps striés ou des couches optiques? Ces questions auxquelles il est impossible dans l'état actuel de la science de donner une réponse catégorique seront examinés plus loin.
Ce qui paraît résulter des observations les plus complètes (Henle), c'est que les tubes minces mettent les parties inférieures des centres nerveux en relation avec les circonvolutions, tandis que les tubes larges appartiennent au corps calleux et au système des commissures du cerveau.
Un point qui a été mis également hors de doute, et sur lequel insiste M. le professeur Robin, c'est la modification nouvelle que ces éléments subissent au moment où ils s'enfoncent dans la substance grise centrale ou corticale. Ils se dépouillent de leur myéUne et se réduisent alors à l'état de fibres grises. Inversement, au sortir des masses de cellules, on les voit se revêtir de myéline et reprendre leur aspect à double contour.
Néanmoins, Gerlach décrit encore dans la substance grise des circonvolutions, un lacis formé de fibres nerveuses à double contour entre-croisées. Son opinion, toute récente, n'a été confirmée par aucun autre auteur.
Arrangement réciproque des fibres nerveuses qui composent le noyau blanc. Ainsi qu'on l'a vu précédemment, un simple coup d'œil suffit pour se convaincre que les libres qui composent le noyau blanc suivent des trajets fort dilférents. Toutes à la vérité partent de la substance corticale de l'hémisphère ou vont s'y
rendre; toutes sont en rapport avec elle par une de leurs extrémités que, poiu' la commoditédeladescri|ition, nous considérerons comme leur origine. Maiselles vont se rendre à des terminaisons très-variables. Une preuve irréfutable de la grande diversité des aboutissants des filires blanches hémisphériques est le nombre des expansions blanches qui prennent naissance sur le noyau blanc. On en voit sortir le pédoncule cérébral dont les fibres sont, eu dernière analyse, la voie que doivent prendre toutes les manifestations de l'activité cérébrale, puisqu'elles sont le seul moyen d'union entre les nerfs périphériques (crâniens ou rachidiens) et le grand centre encéphalique. Il n'y a en effet que deux nerfs sensoriaux, un .seul suivant l'immense majorité dis auteurs, qui apportent au cerveau des-incitaliousquine prennent pas ce chemin.
A côté du pédoncule cérébral, nous trouvons vm cordon qui lui est simplement accolé, suivant les auteurs allemands, et qui seit aux relations des hémisphères avec le cervelet.
Mais ce qui frappe avant tout dans la texture du centre blanc semi-ovalaire, c'est le nombre énorme de ses fibres, comparé au petit nombre des faisceaux nerveux afférents et efférents, du pédoncule et autres. Conmient ne pas reconnaître dès lors que l'immense majorité des conducteurs n'est point seulement affectée à faire communiquer l'hémisphère avec la périphérie, mais sert à établir, d'une moitié à l'autre du cerveau, ces relations dont l'existence du corps calleux et des commissures, fait tout d'abord naître l'idée.
Du reste, ce ne sont pas seulement les deux hémisphères qu'un ordre particulier de fibres nerveuses unit pour assurer leur synergie fonctionnelle; l'intérieur même de chacun d'eux est traversé par des fibres qui mettent en rapport des points plus ou moins distants de son écorce.
Indépendamment de ces divers ordies de fibres, on en a décrit d'autres dont les travaux modernes ont fait justice. L'interprétation a toujours joué un rôle tièsconsidérable dans ce genre de recherches, et même aujourd'hui les résultats que l'on croit acquis à la science laissent parfois trop à l'hypothèse. Choisir parmi celles-ci, celles qui sont le plus en rapport avec le reste de nos connaissances sur le cerveau, celks surtout qui réunissent en leur faveur le plus grand nombre de faits anatomiques, c'est donner l'état des notions que l'on possède actuellement sur la texture du noyau méilullaire.
Les considérations qui viennent d'être développées indiquent dans le cerveau trois ordres de fibres blanches.
1" Des fibres radiées allant de l'écorce aux ganglions et des ganglions à l'écorce ;
2° Des fibres commissurantes :
«. Soit intra-hémisphériques, |3. Soit inter-hémis|jhériques ;
3° Des fibres établissant les relations de l'hémisphère avec le cervelet.
i" Fibres radiées des hémisphères. Ces fibres rayonnent de l'expansion des pédoncules vers l'écorce et la pénètrent dans chaque circonvolution pour en former la couche médullaire. Elles s'y terminent enfin en s'introduisant dans les couches corticales profondes. L'étude des fibres radiées soulève deux questions bien distinctes ; celle de leur origine au bile de l'hémisphère, et celle de leurs terminaisons.
Parmi les opinions qui se sont succédées sur les connexions qu'aftectent les fibres des hémisphères au niveau du bile, il faut tout d'abord rejeter celles qui
font du centre médullaire une expansion directe des pédoncules. Des recherches anatomiques précises ont permis de reconnaître d'une manière certaine que le plus grand nombre des fibres des pédoncules se terminent dans les ganglions du cerveau {voy. Pédoncules, Ganglions du cerveau). Le seul point sur lequel une continuité apparente semblait unir la matière blanche de l'hémisphère et celle du péloncule, la couronne de Reil {Stab Krantz; geminum centrum semi-circulare) a été reconnue comme une simple expansion de fibies qui partant de l'écorce (Kôlliker) viennent se jeter dans les couches optiques, peut-être même se continuer en petit nombre avec les centres gris des pédoncules, de la piotubérance, des tu- Lenules quadrijumeaux et du bulbe. Luys est arrivé aux mêmes conclusions, et, précisant même davantage, a signalé les circonvolutions antérieures comme le point de départ de ces faisceaux. Cet auteur, dans ses recherches minutieuses, nia, plus formellement que Kôlliker encore, la continuation directe des fibres des pédoncules avec celles des hémisphères, et établit, comme loi générale, l'existence de centres ganglionnaires sur le trajet des faisceaux nerveux qui pénètrent dans les centres médullaires du cerveau ou qui en sortent.
Cette manière de voir n'est pas adoptée, néanmoins, par les auteurs allemands les plus récents. Henle reconnaît encore trois modes de termmaison des fibres nerveuses qui émanent des pédoncules. Les premières traversent les centres gris ; les secondes s'y terminent ; les troisièmes passent entre eux pour arriver au noyau hémisphérique. A la première espèce, dit Henle (p. 261) appartiennent les faisceaux supérieurs {tegmentiim) du pédoncule ; ils pénètrent dans la couche optique pour l'abandonner ensuite en grande partie. La plupart des fibres qui se rendent dans le corps strié et la couche optique, dépendent de la seconde catégorie. Enfin, la troisième comprend manifestement les masses blanches qui séparent le noyau extra-ventriculaire du corps strié de la couche optique et du noyau intra-ventriculaire; ces masses présentent un aspect stratifié qui devient surtout prononcé entre les deux noyaux du corps strié. Elles se divisent en cet endroit en feuillets aplatis d'avant en arrière, qui sont superposés et rayonnent pour se jeter dans le centre médullaire des deux liémisplières. C'est, on le sait, sur celte disposition lamellaire, que Vieussens, Rolande, Leuiet avaient insisté. Leurs recherches avaient déjà mis la continuité de la couronne de Reil et du centre hémisphérique hors de cause; ce que Henle avait à démontrer, c'est la continuation immédiate de la couronne de Reil avec les fibres des pédoncules, point sur lequel il est en désaccord avec Kôlliker, Luys et les anatomi^tes les plus nombreux.
Les faits qui, dans un sujet d'une élude aussi difficile, peuvent être considérés comme certains, sont fournis par la considération des atrophies descendantes consécutives aux lésions des noyaux blancs des hémisphères et à celles de la substance grise des circonvolutions. « Dans l'immense mijorité de ces cas, dit M. le professeur Vulpian, les lésions, quelque étendues qu'elles soient ne déterminent point d'atrophie descendante de l'isthme de l'encéphale ni de la moelle épinière, si les corps striés ou la couche optique ne sont pas atteints. Cependant, j'ai vu dans quelques cas, des lésions situées en dehors de l'un des corps striés, mais trèsprès de ce renflement, déterminer, lorsqu'elles étaient assez considérables, une atrophie descendante analogue à celle que produisent les lésions des corps striés, mais atteignant beaucoup moins d'éléments. H paraît donc y avoir des fibres des pédoncules cérébraux qui vont directement dans l'hémisphère cérébral proprement dit, soit qu'elles passent au-dessous des corps striés, soit qu'elles les traversent. Mais il n'en est point ainsi de la grande majorité des fibres de ces pédoncules. »
Depuis que M. Vnlpîan a résumé de la sorte l'état des connaissances précises que l'on possède sur les connexions des fibres des centres médullaires avec celles des pédoncules, aucune observation anatomique ou pathologique nouvelle n'a modifié sensiblement les résultats de ses recherches. On peut donc considérer que l'immense majorité des fibres radiées dont une extrémité est à l'écorce, plongent par l'autre bout dans les ganglions du cerveau, et qu'un nombre très-limité de fibres pénètre seul dans le pédoncule pour se continuer avec les faisceaux blancs des autres parties de l'hémisphère. On peut donc se figurer les fibres radiées comme établissant un système de commissures entre l'écorce et les ganglions du cerveau. Cette notion fait naître l'idée que telle région précise de la surface corticale doit être en relation constante avec une portion déterminée soit du corps strié, soit de la couche optique.
La vérification de ces rapports a été, de la part de Luys et de Meynert, l'objet de travaux fort étendus. Le premier, surtout, dans sa description de la distribution centrale du système convergent supérieur (fibres radiées des hémisplièies), décrit minutieusement la direction et les connexions centrales de chaque faisceau naissant d'un groupe donné de circonvolutions. Suivant lui, les libres convergentes qui viennent des régions cérébrales postérieures iraient se rendre aux parties correspondantes de la couche optique. Celles qui ont pour origine la partie moyenne du cerveau, se rendraient à la surface externe de la couche optique. A sa partie antérieure et externe iraient les faisceaux nerveux émanés des circonvolutions antérieures après avoir traversé le corps strié par le moyen de la couronne rayonnante de Reil. Toutes ces libres, ainsi groupées régulièrement au pourtour de la couche optique présenteraient deux modes de distribution définitive.
Le plus grand nombre s'amortirait au sein de la couche optique et de la substance grise du troisième ventricule qui lui fait suite.
Une portion, relativement minime, serait seulement accolée à la couche optique, et, suivant un trajet spiroïde autour de ce ganglion, irait aborder la substance grise du corps strié en le pénétrant de bas en haut et d'arrière en avant.
Si l'on met en regard de cette description celle de Meynert, le tableau change : voici quels sont les résultats que cet auteur donne comme certains.
La masse du système de projection (c'est ainsi que Meynert désigne les fibres radiées) qui, d'une circonscription quelconque de l'écorce, se rend dans un ganglion, est en relation intime avec la masse de ce ganglion. Les extrémités antérieures, si volumineuses du noyau caudé et du noyau lenticulaire, sont tournées vers les lobes frontaux, tandis qu'en arrière ces deux centres s'effilent en prolongements presque insaisissables. C'est qu'en avant ils reçoivent toutes les fibres radiées des circonvolutions frontales, tandis qu'en arrière et sur les côtés, un très-petit nombre des fibres, émanant de l'écorce des lobes occipital et temporal, vient seul y afférer. La masse des fibres venant de ces lobes se jette dans la couche optique et dans les autres centres d'origine des bandelettes optiques ; la première présente, à ce niveau, son tubercule (piilvinar) si volumineux et dont l'importance, proportionnée dans la série animale au développement des lobes occipitaux, prouve jusqu'à l'évidence les relations qui l'unissent à ceux-ci.
On concevra aisément que nous laissions sans commentaires deux descriptions si nettes, si absolues, et pourtant si opposées, et que nous passions immédiatement à l'étude de la manière dont les fibres radiées se terminent dans les circonvolutions.
Au centre de chacune d'entre elles, le fibres nerveuses se montrent avec les caractères microscopiques qu'on leur a décrits, réunies en un pinceau que des
coupes transversales montrent sous forme d'une crête blanche centrale. Les fibres qui les composent divergent, pour pénétrer dans l'écorce, par tous les points de la hauteur de la circonvolution. L'écartement de ces faisceaux est cause de la persistance du diamètre de la substance blanche, malgré la diminution de nombre des tubes qui la composent au fur et à mesure que l'on se rapproche de son bord libre.
Quanta leur terminaison réelle, elle est encore peu connue. On voit les tubes nerveux pénétrer dans l'écorce en y restant isolés et linir tous en pointe, sans s'anastomoser les uns avec les autres, au niveau d'une ligne représentée environ par la couche des grosses pyramides (Henle). Peut-être cette disparition n'est-elle qu'apparente et tient-elle seulement à ce que la myéline ayant dispara, le cylindre axe poursuit seul sa route. Mais les efforts faits par Henle pour retrouver la présence de ce dernier dans les couches plus superficielles, n'ont amené aucun résultat. Des cellules pyramidales sont contenues dans l'intervalle des minces faisceaux qui représentent encore la substance médullaire pénétrant dans l'écorce, et l'on voit fréquemment (Koschennikoff) leurs prolongements pénétrer au milieu des fibres nerveuses et parfois même se recouvrir de myéline. Ces relations ont du reste été précédemment décrites, et l'on a dit le degré de confiance que l'on pouvait leur accorder.
A côté de ce mode de terminaison des fibres nerveuses dans les cellules, Rindfieisch en admet un autre. Les tubes nerveux, dépouillés de leur myéline, se ramifieraient à l'infini, et finiraient par se continuer, au moyen de leurs branches de division les plus fines, avec la matière granuleuse interstitielle. Comme pour les ramifications ultimes des cellules nerveuses, ces fibrilles terminales seraient constituées à la fin par des séries de granulations juxtaposées et appartenant à ce que Virchow décrivait sous le nom de névroglie, et que les auteurs allemands les plus récents sont portés à considérer comme une sorte de niasse nerveuse diffuse.
On sait que Valentin avait émis l'opinion que les fibres nerveuses se recourbaient en anses dans la substance jaune, sans jamais arriver dans la couche grise proprement dite de l'écorce. Cette terminaison en anses, niée par Burdach, n'a pu être retrouvée par M. Longet qui, néanmoins, ne crut pas devoir la nier absolument : Kôlliker lui-même l'admet, mais comme exception. Depuis lors, aucun auteur n'en a plus fait mention. Il faut probablement ranger parmi les erreurs d'observation l'existence des réseaux nerveux terminaux décrits par Stilling. Ce sont, du reste, des points dont il a été fiiit mention d'une manière suffisante dans la description de la texture de l'écorce, et il est inutile de s'y appesantir davantage.
Voici ce que l'on sait sur les connexions qu'affectent les fibres radiées soit avec l'écorce, soit avec les ganglions ; quant à leur trajet, il échappe à toute recherche : on verra, en étudiant le trigone, la lame cornée et quelques autres organes dont la texture sera exposée à part, que ces parties du cerveau ont été envisagées par quelques auteurs comme des fibres radiées à direction curviligne. Quant à l'immense majorité de ces fibres, leur direction échappe à la description comme elle se soustrait aux recherches et aux observations. Le microscope est aussi insuffisant que la dissection à guider l'observateur dans cet inextricable dédale de fibres entre-croisées dans tous les sens.
2° Fibres commissurantes . «. Fibres commissurantes établissant des relations entre deux portions de l'écorce d'un même hémisphère. Ces fibres qui se
rattachent toutes au même groupe et varient même peu dans leurs dispositions peuvent se diviser en quatre ordres de faisceaux.
1" Les fibres arquées ont été décrites par Gratiolet, et il est peu d'auteurs qui depuis ne les aient mentionnées. Rlles apparaissent comme fibres isolées sur les faces latérales et an sein de la substance médullaire de chaque circonvolution, se réunissent au niveau de l'anfractuosité correspondante en un faisceau immédiatement sous-j;icent à l'écorce et remontent dans la circonvolution voisine pour s'y terminer comme elles ont pris naissance. Dans ce court trajet, elles décrivent donc une concavité qui emboîte celle de l'anfractuosité ; c'est à ce niveau que leur épaisseur atteint son maximum. Comme on l'a vu, elles renferment dans leur sein quelques-unes des grosses cellules fusiformes de la couche prclbnde, dont l'axe est toujours parallèle à leur direction. Ces fibres arquées {fibrce arcuatœ ; fibres propres de l'hémisphère, Gratiolet), passent ainsi du sommet d'un pli au sommet du pli voisin, unissant entre elles par un vaste système de commissures toutes les parties d'un même hémisphère. Pénètrent-elles dans les couches profondes de l'écorce et cheminent-elles dans leur épaisseur aussi bien qu'à leur face profonde? Cela est probable, mais elles se sont alors séparées et ne constituent pas de faisceaux distincts. L'ensemble de ces fibres a été décrit par Meynert sous le nom d'Associations System, par Garpenter sous celui de commissure longitudinale supérieure.
'2" Aux fibres arquées se rattache un groupe fort important. Le faisceau unciforme (fascicidus uncinatus, iieil; Kapsel; capsula, Arnold; àussere Wand der Kapsel , Reil ; àussere Kapsel, Burdach) ; représcMte en réalité la portion de ces commissures qui embrasse l'avant-mur. Celui-ci, dépendance de la couche pro- Ibnde de l'écorce de l'iiisula, est recouvert et séparé du corps strié par une riche nappe de fibres qui plongent par leurs deux bouts dans l'écorce des extrémités frontales et sphénoïdales de l'hémisphère, tandis que leur concavité répond à la substance grise de ce noyau. L'avant-mur est donc placé entre deux systèmes de fibres commissurantes : en dedans il répond au faisceau unciforme qui l'englobe; tandis qu'en dehors il est séparé des circonvolutions de l'insula parles-fibres arquées qui établissent des relations entre elles. L'avant-mur à ce point de vue est encore une fois rap|)roché de l'écorce et distingué des ganglions, et sa véritable nature appuyée sur tant de preuves ne saurait plus être l'objet d'un doute.
o° Le faisceau longitudinal inférieur {commissure longitudinale inférieure, Carpenter) est tout simplement formé par l'ensemble des fibres arqués des circonvolutions de la base. Au lieu d'être constitué par de simples faisceaux correspandant aux anfractuosités, cette couche, par un chemin plus direct, semble unir les extrémités sphénoïdales et occipitales de l'hémisphère, et renforcer ainsi les vraies fibres arquées que l'on trouve au-dessous d'elles. Cette commissure apparaît de la façon la plus manifeste à de simples coupes de cerveaux durcis dans l'alcool.
4° Gratiolet a signalé comme appartenant à ce genre de commissures une portion de la couche blanche du lobe olfactif. 11 a rangé dans cette catégorie, les tractus longitudinaux du corps calleux qui uniraient en avant la circonvolution olfactive interne à la corne d'Ammon et à la circonvolution de l'hippocampe en arrière. Les tractus longitudinaux du septum, sur lesquels il sera donné de nouveaux détails mettraient également en communication la circonvolution olfactive interne avec diflerents points de la circonvolution du corps calleux en traversant le genou, le corps ou le bourrelet de cet organe. D'autre part la circon\olulion olfactive externe serait reliée par des fibres commissurantes propres au
CERVEAU. iSO
crochet de l'hippocampe et à l'avant-mur; les faisceaux qui établiraient ces relations (le même que les tractns du corps calleux et les faisceaux longitudinaux du septum, seraient donc une dépendance des fibres arquées {voy. Olfactif).
Carpenter a fait rentrer dans le système des commissures longitudinales la voûte à quatre piliers et la bandelette demi-circulaire. Un simple coup d'œil jif; sur leurs connexions suffit à prouver que ces organes mettent divers points de l'écorce en relation avec les couches optiques ou leurs dépendances, et dès lors qu'ils appartiennent à la catégorie des fdires radiées. Ce point sera développé dans l'étude spéciale qui sera fait de ces parties du cerveau.
J3. Fibres commissurantes établissant des relations entre deux points de ïécorce appartenant à des hémisphères différents. Celles-ci forment une couche continue de la piirtie postérieure à la partie antérieure des vontricvdes latéraux dont elles constituent la paroi supérieure dans toute leur étendue. Dans cet espace elles sont représentées par le corps calleux qu'un court intervalle sépare d'un cordon plus antérieur et plus inférieur, la commissure antérieure.
Ce dernier est le vestige le plus antérieur du système des fibres inter-liémisphériques. Le [ilus grand nombre des faisceaux qui rejoignent les deux moitiés du cerveau font partie de ces deux organes. Pourtant on a rattaché à cet ordre de commissures quelques autres faisceaux de fibres ; telles sont la commissure blanche de la base et le psaltérium.
1° Corps calleux. Il s'en faut de beaucoup que le corps calleux ait toujours été coufidéré comme réunissant l'écorce des deux hémisphères. Willis, Jhdpighi, Vieussens n'avaient eu sur ses connexions avec les fibres émanant des pédoncules q\ie des idées obscures, dont le sens semblait indiquer l'indépendance des deux ordres de fibres qui les composent.
Reil reprit cette opinion, la formula d'une façon plus claire et permit ainsi à Gall et à Spurzheim de proclamer la séparation complète de deux appareils, l'un à fibres divergentes (fibres radiées), représenté par les faisceaux de la moelle allongée ; l'autre à fibres convergentes, constitué par le corps calleux et les commissures ; le premier ayant son origine dans la moelle, le second dans l'écorce des hémisphères.
Tiedmann attaqua bientôt ces idées et soutint que le corps calleux était « formé de fibres qui sont la continuation immédiate de celles des pédoncules cérébraux, à travers la circonférence entière des hémisphères. » Ainsi Tiedmann voyait dans le corps calleux une commissure établie entre les couches médullaires des deux hémisphères, mais sans relation avec leur écorce ainsi que Reil l'avait admis.
M. Foville s'avança davantage encore, en soutenant que le corps calleux résultait uniquement de l'inflexion en dedans de la partie la plus interne des pédoncules cérébraux qui seraient de cette façon réunis au-dessus de la cavité du cerveau par une commissure inter-pédonculaire véritable.
Son mode de préparation, déjà cité, lui avait démontré en effet la continuité directe des bords du corps calleux avec les pédoncules, et leur indépendance complète des centres médullaires dont on les détachait facilement et sans rupture.
Pourtant, quelque simple que fût ce genre de démonstration, M. de Blainville émit presque aussitôt des doutes sur sa réalité en disant qu'il lui « semblait impossible de produire cette séparation sans rompre quelque chose entre ces deux parties. » M. Longettout en adoptant encore les idées de M. Foville fit la même remarque que M. de Blainville et crut pouvoir en conclure que « cette commissure
ne serait donc pas entièrement étrangère aux hémisphères cérébraux, » Il continua néanmoins de rejeter comme une « fausseté surabondamment démontrée, » l'opinion de Gall sur la continuation du corps calleux avec l'écorce des deux hémisphères.
Gratiolet émit une idée nouvelle en désaccord avec toutes les opinions qui jusqu'alors se partageaient la science. Remarquant que, suivant que l'on pratiquait la coupe de Foville ou celle de Vieussens et d'Arnold on vérifiait l'exactitude de leurs observations, il pensa que chacune de leurs théories devait révéler une partie de la vérité et que l'erreur ne se trouvait que dans la façon absolue dont les avaient exprimées leurs auteurs.
Il admit que, parties de chaque hémisphère, les fibres radiées s'entre-croisaient dans le corps calleux avec celles du côté opposé pour se continuer au niveau de ses bords et par l'intermédiaire de la couronne de Reil avec le pédoncule cérébral du côté opposé. Chaque pédoncule tiendrait donc sous ses ordres, par l'intermédiaire du corps calleux, l'hémisphère opposé du cerveau.
A la théorie ingénieuse de Gratiolet on peut tout d'abord objecter les cas peu nombreux mais bien observés d'absence ou d'atrophie d'une partie ou de la totalité du corps calleux. Tel est celui de Reil oîi manquait la partie antérieure de cet organe; celui que rapporte M. Fœrg (Longet, p. 586); deux autres cités par MM. Paget et Mitchell Henry {Med. chir. transact., vol. XXIV et XXXI). Dans ces derniers entre autres le corps calleux entier n'était représenté que par une mince couche fibreuse. Or, dans ces différents cas, si l'on a pu noter parfois l'existence de troubles pathologiques (accès épileptiformes), le plus souvent les seuls phénomènes fonctionnels consistaient dans un peu de lenteur, de stupidité, dans un manque de prévoyance, etc., eic.
Ainsi donc sans parler du cerveau des oiseaux, de celui des marsupiaux qui sont dépourvus de corps calleux, il est inadmissible que les relations des hémisphères avec la moelle allongée se fassent par l'intermédiaire de cet organe. Son absence équivaudrait presque alors à l'atrophie ou à l'absence complète des hémisphères, lésions incompatibles avec le peu de troubles observés, dans les cas qui viennent d'être citées.
D'après les idées généralement reçues, le corps calleux aurait la structure et la destination que Vieussens, Reil, Arnold, lui avaient assignées. Par ses extrémités il plongerait dans tous les points de l'écorce (et non dans quelques-uns de ses départements seulement, comme le croyait Burdach) ; les fibres émanant de la boui'se corticale suivraient un trajet variable, soit ascendant soit descendant, soit horizontal, soit d'avant en arrière, soit d'arrière en avant, soit transversal, pour venir, en dernière analyse, se croiser avec leurs congénères sur la partie moyenne du corps calleux, et de là se rendre aux parties homologues de celles où elles auraient pris naissance. La continuité apparente du pédoncule avec le bord du corjis calleux (Fowî'We), serait constituée par des fibres qui de ce bord se rendraient au lobe inférieur et suivraient ainsi un trajet descendant (Sappey) : les fibres notées par Vieussens, Gratiolet, et dont la rupture avait été indiquée p;ir de Blainville et Longet dans leurs efforts pour reproduire la préparation de M. Foville, ces fibres seraient les fibres ascendantes qui du corps calleux gagneraient les parties latérales et supérieures de l'écorce.
Peut-on suivre chacun des faisceaux dont l'ensemble constitue le corps calleux? Certes la dissection ne peut atteindre un degré de finesse suffisant pour reconnaître dans le centre médullaire ce qui appartient au corps calleux, ce qui est de la
commissure antérieure, ce qui dépend des fibies radiées : mais étant donnée la direction générale du corps calleux, de ses cornes, de ses bords, qui sont l'aboutissant; et le point de départ, qui est la substance corticale de l'iiémisphère, on pourra reconstruire en quelque sorte par une ingénieuse liypothèse la totalité de ce système de commissures, et suivre à travers le noyau blanc et le corps calleux chaque faisceau sortant d'un groupe de cellules corticales jusqu'au terme de sa course dans l'hémisphère opposé. Pourtant M. Luys affirme être parvenu par des coupes très-fines à constater directement la distribution des fibres du corps calleux aux différentes parties du cerveau. Cet auteur a mentionné, comme principale particularité intéressante, la direction en S et le trajet spiroïde des fibres émanant des cornes frontales du corps calleux ; il résulterait d'une double inflexion latérale au niveau des noyaux gris qu'elles côtoient. Il faut noter aussi l'enroulement tout particulier des fibres qui vont former le toit de la corne sphénoïdale du ventricule ; elles se réunissent en faisceaux, et, par un trajet spiral, vont se terminer à la corne d'Ammon suivant un mode d'insertion qui sera décrit plus tard.
Le corps calleux est uniquement formé de faisceaux de tubes nerveux plus larges que ceux qui constituent le noyau blanc. La matière interstitielle qu'il renferme forme à sa face inférieure un amas qui le rénnit au septura et au trigone. D'apparence grise, on y rencontre des cellules qui ne sont point des éléments nerveux, mais qui appartiennent au réticulum. Valentin {Nervenlehre, p. 244) dit voir vu au niveau du raphé une traînée grise, nerveuse, qui serait en continuité avecl'origine du corps godronné. 11 lui a donné le nom de bandelette cendrée.
JI. Longet n'a pu la retrouver ; néanmoins Meynert en admet l'existence, mais d'une façon peu explicite, et seulement vers le bourrelet du corps calleux.
2" La commissure antérieure a déjà été l'objet d'une description spéciale. Presque aussitôt après avoir dépassé le pilier antérieur du trigone, ses faisceaux s'infléchissent en arrière et s'épanouissent en éventail. Le plus grand nombre d'entre eux se met en rapport avec le corps strié et le traverse simplement pour aller se perdre dans des régions plus éloignées. La commissure antérieure ne sert point à unir les corps striés, comme le croyait Willis, mais elle n'est pas non plus une commissure inter-pédonculaire, ainsi que Chaussier et Tiedmann l'ont écrit. Sa véritable destination a d'abord été entrevue par Reil, qui a suivi ses fibres jusqu'aux lobes sphénoïdaux : Gratiolet, à son tour, insista sur ses connexions avec l'écorce du cerveau; d'après lui, chez l'homme, la commissure antérieure réunirait l'écorce des hémisphères entiers; chez les singes, surtout l'écorce des lobes occipitaux : chez les mammifères à flair développé, les lobes olfactifs principalement. Les idées de Gratiolet sur la commissure antérieure sont une conséquence de son erreur sur le corps calleux. Il a pourtant relevé un fait indiscutable que démontre l'étude de l'analomie comparée ; c'est la relation intime qui unit la commissure antérieure aux lobes olfactifs et qui proportionne son volume au leur, tout en admettant dans ce cordon la présence de fibres émanant d'autres portions de l'écorce. MM. Luys et Sappey lui assignent une distribution plus limitée : le premier en fait, comme Reilj la commissure des lobes sphénoïdaux et spécialement de leur extrémité antérieure : le second la décrit comme la réunion des fibres qui unissent l'insula d'un côté au lobule du côté opposé.
Le peu de distance qui sépare l'insula du lobe sphénoïdal et des circonvolutions olfactives, explique la raison de ces divergences. Dans tous les cas, il résulte de ce court exposé, que si la distribution des fibres delà commissure antérieure à l'écorce
est un fait actuellement prouvé, les points de la substance corticale qu'elles servent à unir à leurs congénères ne sauraient êlre précisés. Pourtant les recherches de Griitiolet, du moins pour ce qui concerne les connexions de la commissure antérieure avec les lobes olfactifs, sont celles qui réunissent en leur faveur les plus grandes probabilités. Meynert, qui adopte les opinions de cet auteur, croit que la coumiissure antérieure renferme, outre les fibres coramissurantes entre les deux lobes olfactifs, des fibres unissant un de ces organes à l'hémispbère opposé : il assimile cette commissure au chiasma des nerfs optiques, et le nomme chiasma olfactif (Riechchiasma).
Pour ce qui est de la texture même de cette commissure, le seul fait qui s'y rattache et qu'il faille menlinniier,est l'absence de matière unissante ou conjonctive à sa partie moyenne. Elle y est remplacée par des fibres dépendant des piliers du trigone et s'enroulant autour des fibres commissurantes qu'elles maintiennent réunies en un faisceau cylindrique.
Parmi les fibres commissurantes, il faut encore citer celles que Henle réunit sous le nom de commissure blanche de la base, et qui rejoignent les origines des deux nerfs olfactifs, en avant des quadrilatères perforés correspondants. Ces tnictnsque la plupart des auteurs envisagent simplement comme l'union des pédoncules du corps calleux sur la ligne médiane, ne sont pas décrits avec assez de précision, par Henle, pour qu'on puisse abandonner sur ce point la manière de voir des auteurs classiques.
M. Luys rattache également le psaltérion au système des commissures interhémisphériques. On trouvera sa description dans l'étude qui va être faite de la structure du trigone et de ses piliers.
3" Fibres établissant des relations entre V écorce des hémisphères et celle du cervelet [voy. Cervelet; Pédonccles (cérébelleux supéiieurs)].
Ces fibres qui unissent la substance corticale du cerveau à celle du cervelet, se rassemblent en un faisceau superficiel [Bindearm) fort mince, Irès-long, dont l'étude ne peut être séparée de celle de l'isthme de l'encéphale et du pédoncule cérébelleux supérieur.
C. Texture de quelques organes complexes. Texture du trigone. Le trigone ne présente d'autre particularité à noter que la disposition régulièrement parallèle des fibres dont l'ensemble forme ses bandelelettes constituantes, et qui se continuent avec ses piliers. Mais dans l'intervalle de l'angle que laissent entre eux ses piliers postérieurs, l'on trouve une disposition qui a été décrite sous le nom de lyre ou psaltérion. On a vu déjà que, tandis que la plupart des analomistes attribuent aux tractus transversaux delà face supérieure du corps calleux la sliialion caractéristiijue de cette partie, M. Longetla croit due à une mince lame médullaire qui réunirait les deux piliers postérieurs : la description de cet auteur difièie encore des précédentes, en ce que pour lui la striation est oblique on antéro-postérieure. On trouve dans l'Anatomie de Henle, la raison de ces divergences. « Souvent (dit-il p. 146) les deux moitiés latérales du trigone sont séparées par une mince couche cellulaire : cachée d'ubord dans le fond du sillon médian, elle devient visible au niveau de leur angle de division, et libre alors, elle se prolonge sur le psaltérion jusqu'au bourrelet du corps calleux. » Dans les cas où elle est développée, la description de M. Longet se vérifie : là ou elle n'est que rudimentaire, le psaltérion se présente avec les caractères que lui ont décrit la majorité des auteurs.
M. Luys a récemment donné une interprétation particiUière aux stries transversales du psaltérion; elles représenteraient, suivant lui, les fibres connuissuraiites
entre la matière grise des deux cornes d'Ammon: ces deux fibres se relèveraient sur lebord externe de la corne spliéïKjïdale, . gagneraient le tapetum et viendraient se croiser à la partie postérieure de la flice inférieure du corps calleux. La direclion àes piliers du trigone a déjà été décrite. On a vu aussi que le pilier antérieur était composé de libres parallèles, qui rénnissiient, en lui abandonnant quelques faisceaux circulaires, les fibres de la commissure antérieure en une gerbe. Le seul point qui reste à étudier est la manière dont il se comporte au niveau du tubercule mamillaire. Les racines ascandimtes et descendantes, au-dessus et au-dessous de ce noyau, renferment encore des libres en spirale qui assemblent en faisceau celles qui ont une direction longitudinale. Ce n'est qu'au niveau du tubercule que le parallélisme est complot: toutefois les fibres les plus internes se terminent en s'éparpillant dans sa substance grise, riche en cellules rameuses. Celle-ci ne doit point être fobjet d'une plus longue description; elle appartient à la matière grise du troisième ventricule, c'est-à-dire aux pédoncules cérébraux.
Les piliers postérieurs se continuent avec les organes contenus dans la partie postérieure du ventricule latéral.
Structure de la corne d^Ammon. La morphologie de la corne d'Ammon étant connue et la texture de sa couche grise ayant été décrite, quelques détails de plus suffiront pour donner de sa structure et de ses connexions fidée la plus nette.
La convexité delà couche grise de la corne d'Ammon (qui représente, on lésait, la face aclbérente de l'écorce des circonvolutions ordinaires), est recouverte par une couche blanche assez épaisse, convexe comme elle, comme elle aussi regardant la cavité tla ventricule latéral. Cette couche blanche s'étend depuis les griffes de l'hippocaai[ic, en avant, jusqu'à la face inférieure du corps calleux avec laquelle elle sccouli.iue en haut. Son bord iid'éricur (postérieur ou externe), se continue avec le toit de la corne sphénoïdale, déjà décrit sous le nom de tapetum, et connu pour appartenir au corps calleux. Son bord supérieur (antérieur, interne) se réunit au cordon blanc déjà décrit sous le nom de corps liangé (Fimbria). Cette couche blauche est formée de fibres liienmanifestement en connexion avec le corps calleux; elle se compose donc vraisemblablement des fibres commis^urantes, naissant à la substance grise de la corne d'Ammon, au niveau de sa face profonde (convexe), et remcntaut dans le corps calleux pour gagner rhi|)pocanq3e du côté opposé. Cette couche blanche a reçu le nom de Muldenblatt [feuillet de la conque), la partie qu'il recouvre celui de ventre (alveus) de la corne (fig. IV, 4 et 6).
Tandis que la f ice profonde de la couche grise de l'hippocampe est recouverte par le Muldenblatt, sa face superficielle répondant au sillon qui sépare les deux branches du crochet est aussi doublée par une couche blanche. Celle-ci n'est imtre que le revêtement qui avait apparu à la face conve)ie de la circonvolution d'hi|)pocampe, lui donnant cet aspect particulier réticulé décrit par Arnold; s'enfonçant dans le sillon de séparation des branches du crochet, il le comble en partie en s'y épaississant sous forme de lamelle. Ce feuillet granuleux, contenant des cellules de névroglie, est bien la suite de la couche la plus superficielle des circonvolutions. Il est formé de matière interstitielle et a reçu le nom de Kernblatt (feuillet granuleux). 11 décrit une concavité s'emboîtant dans celle de la substance grise qui ellemême est enveloppée par une courbe de même forme, mais à plus grand rayon appartenant au middenblatt (fig. IV, 5).
Contenue entre ces deux couches blanches, l'une externe (l'analogue de la couche proionde), médullaire, l'autre interne (analogue à la couche superficielle des
DICT. ENC. XIV, lô
circonvolutions) réticulaire, la substance grise se voit comme enfermée entre elles par le corps frangé ({ui les réunit (Gg. I, 4).
Le corps frangé, lame purement médullaire, aurait beaucoup d'analogie avec la couche décrite sous le nom de Muldenblatt, s'il n'en différait par le nombre et la disposition serrée de ses fibres d'abord, puis par leur direction parallèle à celle de la corne d'Âmmon. Tandis que les faisceaux qui recouvrent son ventre (Muldenblatt) ont une direction perpendiculaire, vont gagner le sillon qui sépare la corne d'Ammon de la paroi ventriculaire et remontent dans le tapetuai, les tubes nerveux du corps frangé longent le bord antérieur de l'hippocampe. Arrivés au bourrelet du corps calleux, ils secontinuent avec le pilier postérieur correspondaiitdela voûte. Ce sont bien là les fibres radiées de la corne d'Âmmon, oii nous retrouvons par conséquent les trois facteurs qui entrent dans la composition de l'hémisphère: écorce, fibres radiées, et fibres commissurantes.
Avant de résumer en quelques mots cette organisation complexe, il faut ajouter que la substance grise de la corne d'Ammon n'est pas absolument renfermée dans la blanclie; des perforations que présente le feuillet superficiel qui double sa concavité (Kernblatt) lui permettent de se mettre en rapport avec le corps godronné
(fig. IV, 9).
Celui-ci forme donc en quelque sorte le bord libre de l'écorce. 11 se présente sur des coupes transversales perpendiculaires à son grand axe sous la forme d'un espace triangulaire rempli de très-petites cellules , analogues aux pyramides des plus faibles dimensions. Ce sont bien des cellules nerveuses, malgré l'opinion de Kupffer et de Deiters qui en faisaient une dépendance du réticulum et avaient nommé la couche qu'elles constituent stratum granulosum. La surface du corps godronné est formée par une lamelle où ces cellules sont pressées les unes contre les autres : c'est le stratum corporum nerveorum artorum (Arndt, Meynert) (fig. IV, 7).
Ainsi le corps godronné forme une traînée de cellules nerveuses, renfermée dans la concavité de la corne d'Âmmon, bordée en haut par le corps frangé, reposant sur le Kernblatt ({ui la sépare sur la face superficielle de l'écorce de la corne d'Ammon et ne la laisse communiquer que par places avec son bord libre. Entre elle et le Kernblatt s'insinuent des vaisseaux entourés d'un reticulum conjonctif; on peut les suivre jusque près du bord libre de l'hippocampe. Sa surface même est doublée d'une très-fuible couche de tissu interstitiel. Son extrémité supérieure se termine en se continuant vers le bourrelet du corps calleux avec quelques amas gris qui y ont été mentionnés. Son extrémité inférieure s'unit, au niveau du crochet, avec la couche grise delà corne d'Âmmon, Cette couche en cet endroit cesse d'être régulièrement contournée en S et prend une forme plissée irrégulière qui reproduit la forme des digitations de l'hippocampe ; on y retrouve encore la couche de cellules irrégulières qui caractérise le corps godronné.
La corne d'Ammon dans son entier représente non point une circonvolution retournée, mais une demi-circonvolution dont tous les éléments ont été profondémejit modifiés.
Peu de dispositions sont aussi élémentaires si l'on veut, couche par couche, suivre la superposition des plans [voy. fig. I).
Partant de la face interne de l'hémisphère on trouve d'abord un profond sillon séparant deux saillies : en bas, c'est la circonvolution d'hippocampe, en haut la corne d'Ammon ou, si on le préfère, la demi-circonvolution supérieure de l'hippocampe.
CERVEAU. i9b
Ce sillon c'est l'anfractuositê qui les sépare et que comble en partie le corps godronné dont il faut faire abstraction dans cette étude.
Toute la surface de cette anfractuosité est recouverte par la couche superficielle des circonvolutions, mais épaisse, formant sur la circonvolution inférieure la. substance réticulée blanche, sur la demi circonvolution supérieure le Kernblatt. Sa partie profonde, grise, renferme les petites cellules irrégulières et les noyaux qui caractérisent la matière interstitielle.
La couche suivante {deuxième couche de l'écorce) présente dans la circonvolution infériei\re les petites pyramides qui la caractérisent. Au niveau de la demicirconvolution supérieure elle ne renferme que les prolongements venant du sommet des cellules pyramidales. Celles-ci forment la troisième couche dans les deux circonvolutions et au niveau de l'anfractuositê qui les sépare ; mais elles s'accumulent toutparticulièrement dans la couche grise de la demi-circonvolution supérieure qu'elles caractérisent.
La quatrième, la cinquième couche de l'écorce se retrouvent, mais dans la circonvolution inlérieure seulement ; dans la demi-circonvolution supérieure elles ont disparu, et les pyramides sont en rapport direct avec la moelle.
Le centre médullaire de la circonvolution inférieure enfin présente encore la disposition inextricable de la substance médullaire en général. Mais à partir de l'anfractuositê et sur la face adhérente de l'écorce de la demi-circonvolution supérieure les fibres commissurantes seules doublent la matière corticale ; les fibres radiées se sont réunies en un faisceau sur son bord libre.
La présence du ventricule a pour ainsi dire dissocié ces deux ordres de fibres, généralement unies d'une manièie si intime, et, interrompant la continuité du noyau blanc à ce niveau, a mis au jour le fond de l'anfractuositê doublée do ses fibres commissurantes. Supposez le ventricule comblé par de la substance médullaire et la corne d'Ammon se présentera avec le même aspect que la moitié d'une circonvolution, qu'une section parallèle à son axe longitudinal aurait diviséeen deux demi-circonvolutions latérales. La corne d'Ammon n'est que la demi-circonvolution qui forme le bord libre inférieur de l'écorce; mais des particularités importantes de texture la présentent comme un organe à part, et sa situation cachée vers le hile de l'hémisphère et un peu en retour vers son centre rend son étude plus difficile.
Il est à peine besoin de s'arrêter sur les autres circonvolutions retournées des frères Wentzel, ['ergot de Morand et le cuissart. La coupe transversale la plus simple montre de suite qu'elles ne sont autre chose que des anfractuosités profondes (fig. I, 6) ; la présence d'une cavité près de la surface de l'hémisphère permet à la face adhérente de ces sillons de s'y révéler par une saillie. Que serait une circonvolution retournée sinon un repli tournant vers le centre du cerveau, sa couche la plus superficielle, tandis que les couches suivantes présenteraient de dedans en dehors la superposition de plans que l'on trouve de dehors en dedans sur les circonvolutions ordinaires ?
Cette expression qui pouvait être logique à une époque oii l'on se représentait l'écorce comme formée de couches identiques alternativement blanches et grises, impliquerait une idée fausse aujourd'hui que l'on connaît la stratification compliquée des éléments nerveux de la substance corticale. Si, au contraire, par circonvolution retournée il faut entendre seulement une circonvolution comme refoulée en dedans, il n'y a pas de raison pour ne point donner ce nom à toutes les anfractuosités et décrire la surface du cerveau comme formée de circonvolutions saillantes et de circonvolutions rentrantes.
196 CEliVEAU.
Après ce que l'on vient de dire de la continuité du corps frangé avec la couche grise de la coine d'Aniraon, d'une part, avec le pilier postérieur du trigone, de l'autre, on rangera volonliers, avec Luys et Meynertjle trigone qui en est la suite dans la catégorie des fibres radiées, unissant l'écorce de l'hippocampe aux ganglions du cerveau représentés par le tubercule mamillaire et la couche optique. Si l'on adopte cette manière de voir, le piher antérieur de la voûte porterait soit directement aux tubercules mamillaires, soit indirectement à la couche optique par ses racines ascendantes et descendantes et par les bandelettes cornée et demi-circulaire, les fibres émanées de la corne d'Amnion. Ces deux lames, eu effet, courant entre la couche optique et le corps strié iraient se joindre en avant au pilier antérieur du trigone, en arrière au corps genouillé externe. Elles seraient toutes deux de nature médullaire.
Vicq d'Âzyr qui le premier avait vu la bandelette demi-circulaire, s'épanouir à la surface de la corne d'Ammon en arrière, l'identifiait en avant avec la lame cornée dontillaisaitaussi une bandelette purement nerveuse. Depuis les idées des anatomistes ont beaucoup varié sur ce point. On était d'accord avec Tarin pour admettre que la lame cornée était un simple épaississement de la membrane médullaire; d'autre part la terminaison de la bandelette demi-circulaire en avant était supposée se faire dans la couche optique (Cruveilhier), tandis que son origine était trouvée par Longet et Mathei au corps gonouillé externe, et par Foville à la partie profonde du quadrilatère perforé. Les travaux de Henle paraissent avoir ramené la question à la solution que lui avait donnée Vicq d'Azyr . La lame cornée [lame grise ou cendrée ^'ic({ d'Azyr; membranœ corneœ oculi ad instar pellucida, Taiin; r enulumnovum, id. ; Grenzstreif; Hornstreif) ; et la bandelette demi-circulaire Limbus posterior corporis striati, Willis ; Geminum centrum semicirculare, Yieussens ; tœnia semicircularis, Haller ; stria cornea ou semilunaris, Sœmmering ; bandelette fibreuse du corps strié ou bandelette striée, Vicq d'Azyr.) semblent n'être qu'une seule et même lame dont un bord, soulevé par une veine volumineuse dépendant des veines de Galien, lui devrait sa couleur plus foncée (lame cornée). Elles réuniraient le pilier antérieur à la corne d'Ammon et feraient partie ainsi du système des fibres radiées.
Septum lucidum. Les lamelles qui Ibrmentle septum sont composées d'un lacis défibres des plus fines; leur direction est très-variable, mais la disposition antéropostérieurc y prédomine (Longet). Elles forment des faisceaux assez volumineux. On a vu les connexions que Gratiolet leur assignait avec la circonvolution olfactive interne et celle du corps calleux auxquelles elles serviraient de commissure. Quelle que soit leur terminaison réelle un certain nombre d'entre elles traverse le corps calleux ou s'unit à ses tractus longitudinaux.
Un revêtement gris double en dehors cette lame blanche ; en dedans dans toute l'étendue du ventricule existe une autre couche de cellules nerveuses ; ces deux lamelles sont des plus minces, la couche blanche les surpasse de beaucoup en épaisseur.
Quand elle atteint un diamètre considérable elle est elle-même partagée (Henle) en deux par une très-mince lame de substance finement granulée, parallèlle à s;i surface et large de 0""",2 au plus.
Une artère assez volumineuse parcourt toujours les faces latérales du septum en rampant dans la couche des fibres blanches (Henle).
D. Structure des annexes du cerveau. 1» Structure de la glande pituitaire. On a déjà mentioné la division de l'hypophyse en deux lobes. On obtient une
notion exacte de ce fait en pratiquant des coupes antéropostérieures de cet organe. Le lobe aiitéiieur est plus volumineux et présente la forme d'un croissant toiu'nant sa concavité en arrière et sa convexité en avant. Il est plus dur que le lobe postérieur, et possède une coulein- différente (Longet) à sa surface, qui est d'un gris rouge, et à son centre, qui est jaune blanchâtre. Ce lobe se continue avec la partie antérieure de la tige pitiiitaire, où il va en s'eflilant; chez le fœtus, il se prolonge jusqu'à la partie inférieure du tuber cinereum (W. MùUer).
Le lobe postérieur est moins volumineux, arrondi, de consistance moins ferme, et présente une teinte grisâtre. Il se prolonge manifestement en s'imissant à la partie postérieure de la tige pitiiitaire dont il forme la pins grande partie.
Celle-ci est elle-même formée de deux lobes comme l'hypophyse, mais leur importance respective est inverse. Est-elle percée d'un canil? ce canal est-il bifurqué, comme le voulait Murray? Les opinions des auteurs d'anatomie descriplive, et même des niicrographes, ont pu varier sur ce point qui ne paraît pas résolu. Luys attribue à une condensation plus grande des couches périphériques l'aspect particulier qui a fait naître l'idée d'une perforation centrale de la lige. La plupart de ceux qui ont étudié la structure de l'hypophyse sont peu explicites sur ce point.
Monro avait fait de l'hypophyse un ganglion lymphatique. Tiedmann, considérant principalement ces connexions avec les filets du ganglion cervical supérieur qui s'y rendent et qui ont été décrits par Pourfonr Dupetit, Fontana, Bock, etc., l'assimile à un ganglion lymphatique. Liégeois, dans sa thèse d'agrégation, Luys, Grandry et Robin, vérifièrent la justesse de l'hypothèse de Monro, et découvrirent dans cet organe des vésicules closes réunies par un réticulum de tissu lamineux, aflectant une disposition analogue à celle qu'elles observent dans In glande surrénale. Ces recherches, néanmoins, ne firent connaître que la texture du lobe antérieur. Celle de Muller et Lusclika les confirmèrent et portèrent également sur le lobe postérieur dont la nature spéciale et nerveuse fut alors démontrée.
Le lobe antérieur est formé de vésicules closes véritables séparées par du (issu lamineux qui forme des parois communes aux vésicules qu'elles séparent (Robin). Les vaisseaux rampent dans ces cloisons sans pénétrer dans les vésicules closes. Celles-ci, d'après Henle, seraient allongées et comme tubulées, analogues par conséquent à celles des capsules surrénales; elles renfermeraient des noyaux que Luys pense être des globules sanguins, et une matière granuleuse.
Le lobe postérieur est composé de fibres nerveuses qui forment un lacis où la réaction de l'acide acétique permet de reconnaître des noyaux elliptiques et une matière granuleuse analogue à la matière interstitielle du cerveau. Grandry nie la nature nerveuse des éléments qui composent ce lobe postérieur, ou, du moins, afflrme que la glande pituitaire ne contient point d'éléments nerveux.
Ces deux parties seraient séparées, suivantMiiller, par une couche intermédiaire présentant elle-même deux substances : l'une d'elles, antérieure, ofrirait de vastes lacunes de 0°"",2 à 0'^™,25, tapissées par un épilhélium cylindrique et quelquefois cilié. Celle qui est contiguë au lobe postérieur présenterait la coupe de nombreux vaisseaux lymphatiques renfermant encore des globulins, et ayant parfois 0""",5 de diamètre.
2" Structure de la glande pinéale. Jusqu'à ces dernières années, la nature nerveuse de la glande pinéale était universellement admise. 11 est assez généralement reconnu aujourd'hui que cette partie, où Descartes mettait le siège des esprits, n'est qu'un ganglion lymphatique : les descriptions les plus minutieuses el les plus précises la classent parmi les glandes vasculaires sanguines. La glande
pinéale (lîobin) se compose, comme le corps pituitaire, de -vésiciiles closes, mais plus petites, plus serrées; elle est plus vasciilaire que l'Iiypopliyse. Chacune de ses vésicules est remplie de cellules polyédriques, et renferme à son centre, chez les sujets adultes ou âgés, un petit calcul d'oxalate de chaux. Ces vésicules closes (Henle) sont rassemblées par une membrane fibreuse dont partent des cloisons qui isolent chacun des acini. Le tissu cellulaire vrai, qui forme l'enveloppe, est remplacé dans les trabécules intermédiaires aux acini par des cellules du tissu conjonctif.
Les acini renferment souvent à leur centre des concrétions calcaires : en augmentant de volume, elles atrophient le tissu glandulaire et les ti'abécules et se réunissent en un ou plusieurs petits calculs mûriformes. Ceux-ci forment ce sable du cerveau {Hirnsand; acervidus cerebri; concrementa pinealïa) qui, mentionné par Gahen, a été considéré par Morgagni, Gûnz, Greding, comme le résultat d'un état pathologique : erreur démontrée par Joseph Wentzel. Ils ont été particulièrement étudiés par Harless, Arlidge, Hœckel et Faivre : suivant ces auteurs, ils seraient formés de phosphate et carbonate de chaux stratifié autour d'un débris organique, globule sanguin, cristal d'hématoïdine, coagulumfibrineux, corpuscule amylacé, cellule morte. Ces concrétions creusent comme une cavité centrale dans l'épaisseur de la glande pinéale ; quelquefois on en trouve jusque dans le cul-de sac ventriculaire, qui est limité par la commissure cérébrale postérieure et les pédoncules transverses du conarium. Henle croit néanmoins que leur fréquence a été exagérée : ils ne sont pas spéciaux à cet organe, mais on les retrouve dans les plexus choroïdes et dans presque toute l'étendue de la cavité ventriculaire.
Il est assez instructif de placer en regard de cette description qu'ont adoptée Liégeois, Robin, Mùller, Henle, Luschka, les opinions de deux autres auteurs modernes, KôUiker et Meynert. Pour eux, les cellules serrées du conarium sont des cellules nerveuses munies de prolongements ramifiés ; ces cellules ont de 15 à 6 p. Elles forment de la glande pinéale un véritable ganglion du cerveau, isolé du reste de la niasse grise centrale.
Dans la description des relations qu'affectent les pédoncules avec la glande pinéale, mêmes divergences. Pour les premiers observateurs, ils sont sans connexions avec la glande vasculaire sanguine que représente le conarium. Les pédoncules supérieurs sont une dépendance des piliers antérieurs du trigone : les pédoncules transverses, une partie de la commissure postérieure qui, elle-même, serait formée par faisceau de fibres unissant les couches optiques entre elles.
Pour les seconds, les pédoncules pénétreraient réellement la masse grise de la glande pinéale, s'y révélant dès l'origine sous la forme de traînées médullaires qui, de là, se rendraient les unes aux piliers antérieurs du trigone, et mettraient par conséquent en relation l'écorce de la corne d'Âmmonavec le conarium (Luys), les autres, à travers la commissure postérieure pour unir ce cordon médullaire aux pédoncules cérébraux.
Quelle que soit la nature véritable de la glande pinéale, l'existence d'organes hématopoïétiques à l'intérieur du crâne est hors de contestation, et concorde avec le grand développement du système vasculaire et notamment des réseaux lymphatiques dans les centres nerveux encéphaliques.
E. Bu tissu interstitiel des hémisphères. Si le tissu interstitiel de la moelle a été l'objet d'un nombre considérable de recherches, les notions que l'on possède sur celui qui réunit les éléments nobles des hémisphères, ne datent que de Vir-
chow. Le premier, il admit l'existence de la névroglie dans toute l'étendue des centres nerveux.
Les travaux concernant le tissu interstitiel de la moelle avaient cependant préparé le terrain à ceux qui devaient envisager la question sous son aspect le plus étendu. Aussi les recherches de Stephany et de Rudolph Berlin, qui démontrèrent dans la substance blanche du cerveau l'existence de noyaux appartenant à la névroglie, suiviieiit-elles de piès celles de Bidder et de Kupif'er. Ces deux auteurs, néanmoins, modifièrent l'interprétation que Bidder avait donnée aux faits acquis par sa méthode, et rapprochèrent de la substance nerveuse la matière intercellulaire poreuse dont cet observateur avait fait un rétiiulum conjonctif.
Deiters fit de ce tissu l'étude la plus complète et revint à peu près aux idées de Virchow. Ces descriptions furent bientôt complétées par celles de M. Schulze et KôUiker.
De ces recherches, les plus anciennes n'avaient porté que sur le tissu interstitiel contenu dans la matière blanche des hémisphères. Deiters, Kôlliker en affirmèrent la présence dans la substance corticale, oii Virchow l'avait déjà in diquée.
Bien auparavant, Robin avait décrit dans l'écorce du cerveau, et surtout dans sa première couche grise, des cellules spéciales; il les avait nommées myélocites, et avait montré les différences qui les séparaient des cellules nerveuses proprement dites on multipolaire. MM. Magnan et Hayem firent de ces éléments, de leur connexion avec la substance intermédiaire, et de la disposition générale du tissu interstitiel, le sujet de recherches qui, communiquées à la société micrographiqne de Paris, ont été reproduites et développées par M. Hayem dans sa thèse inaugurale.
Elles serviront de base à la description sommaire qui va en être faite. Le tissu interstitiel des hémisphères doit être étudié dans ses parties constitnantes et dans sa distribution.
Les parties constituantes sont des éléments figurés, et une substance unissante intermédiaire.
Pour MM. Magnan et Hayem, les éléments figurés sont des noyaux et des cellules. Sur ce point, on peut dire qu'une simple dittérence de termes sépare leur description de celle de Deiters, qui n'admet que des noyaux libres dans la matière unissante. Ce dernier auteur, qui ne repousse le terme de cellules que pour le remplacer par celui d'équivalents de cellules (Zellen Aequivalente) , ^dmet autour des noyaux vui amas plus ou moins considérable de protoplasma ramifié ou non. M. Hayem décrit à ces cellules la même constitution : « Les noyaux sont arrondis ou ovoïdes, à contour net, à contenu pâle, fortement réfringent à l'état parfaitement frais, granuleux et légèrement grisâtres sur des pièces conservées. Les éléments ont en moyenne 0,005 à 0,007 de millimètre, et, avec un grossissement suffisant, on les voit toujours entourés d'une quantité variable d'une matière finement granuleuse, d'une sorte de protoplasma formant un corps cellulaire habituellement irrégiilier; mais on ne voit jamais de membrane d'enveloppe, ni de nucléole. Sur des pièces complètement fraîches, et qui ont été dilacérées avec soin, le protoplasma qui entoure les noyaux présente toujours des prolongements multiples très-fins (p. i6). »
hîdépendamment de ces cellules, MM. Hayem et Magnan rangent encore, avec Virchow, Kôlliker et M. Schultze, les myélocytes de la substance grise des circonvolutions parmi les éléments figurés du tissu interstitiel. « Ce sont des noyaux
pâles ou finement granuleux : autour d'un très-grand nombre de ces noyaux règne un espace clair, arrondi on ovoïde, à bord cxtiêmement lin, à contenu parfaitement transparent et probablement tout à fait liquide. Le noyau qui occupe ces espaces est toujours excentrique, ses caractères sont identiques à ceux qui paraissent isolés au milieu de la substance granuleuse ambiante (p. 18). »
Ainsi, cellules à prolongements multiples dans la substance blanche, myélocytes avec on sans apparence vésiculeuse, tels sont, pour MM. Magnan et Hayem, les éléments figurés du tissu interstitiel.
Deiters ne diffère que très-peu d'opinion sur ce point. Ses équivalents de cellules, qui se distinguent des cellules nerveuses par leur relalion avec le tissu conjonctif de répendjme et de la pie-mère, et surtout par la pauvreté de leur protoplasnia se divisent un trois variétés. La première est formée de simples noyaux libres sans traces de |iroto|)lasma ambiant. La seconde comprend des noyaux entourés de peu de protoplasma qui envoie au loin des prolongements ramifiés jus. (|u'à l'inlini ; ces prolongements diflèrcnt par leur aspect et par toute leur manière d'être \is-n-vis des réactifs des cylindres d'axe les plus fins; les noyaux auxquels ils appartiennent ne sont donc pas des éléments nerveux. La troisième forme se compose de noyaux entoures de protoplasma non ramifié. Tels sont les éléments du tissu unissant de la corne d'Ammon.
Ces divers éléments sont englobés dans une matière amorphe, fibrillairc, granuleuse par altération cadavérique seulement. Partout continue avec elle-même, elle entoure les éléments nobles des hémisphères dans un réticulum qui s'étend à travers l'écorce et le noyau blanc. Cette matière, que sa délicatesse, sa transparence, son altération rapide après la mort, ont souvent fait passer inaperçue, est iilus abondante dans l'écorce dont elle réunit tous les éléments, que dans la substance blanche oii elle remplit les lacunes qui y ont été signalées. Les développements qui ont été donnés à la texture de l'écorce et de la substance méduUaiie dispensent d'entrer dans de longs détails sur la distribution du tissu interstitiel. Sa nature même fait qu'il se subordonne partout à la disposition anatomique des éléments nobles. Dans les régions oii ils sont rares, il abonde; dans celles où ils sont nombreux, il n'occupe que le second plan. A la surface de l'écorce, on l'a vu former le réticulum et la couche granuleuse, si développée au niveau de la circonvolution d'hippocampe et du Keinblatt de la corne d'Ammon. Il devient très-rare dans les couches plus profondes de l'écorce où il a été méconnu par Stéphany et Berlin; dans la substance blanche, les noyaux sont relativement abondants sans atteindre néanmoins la multiplicité à laquelle ils arment dans la couche superficielle de l'écorce.
On n'en Unirait pas, s'il fallait passer en revue les opinions qui ont eu cours sur la nature de ce tissu. Nous avons dit que Deiters le faisait dériver des cellules embryonnaires, à un moment où elles n'étaient encore manifestement ni nerveuses, ni conjonctives. La matière fibrillaire, pour cet auteur, ne serait donc pas du protoplasma, mais un produit du protoplasma : de là la situation intermédiaire qu'il assigne à ce tissu qu'il met à égale distance du tissu nerveux et du tissu conjonctif. C'est néanmoins comme une dépendance de ce dernier que l'envisage avec Virehow la majorité des anatomistes. Quelle que soit la théorie la plus conforme à l'état actuel de la science, la question n'est pas limitée au tissu interstitiel de l'encépliale. C'est donc à l'étude du tissu nerveux central qu'elle sera exposée et discutée [voij. Nerveux (tissu)].
M. Victor Butzke, répétant récemment les recherches de Deiters, a beaucoup
CEBVEAIT. 201
insisté sur les connexions qui unissent, dans les couches corticales du cerveau, le tissu intcib>.itiel aux élémer.ls nerveux.
11 distingue les équivalents de cellules de Delters en plusieurs espèces, formant toutes les transitions possibles entre la cellule nerveuse et la cellule franchement conjonctive. Il les nomme Gliaelemente et croit pouvoir les rattacher à deux types principaux : l'un muni de prolongements multiples non variqueux, se trouverait surtout dans la couche superficielle ; il représenterait l'élément conjonctif du tissu interstitiel et affecterait de fréquents rapports avec les parois vasculaires; l'autre avec les prolongements subdivisés à l'infini et très-variqueux, se rapprocherait davantage des éléments nerveux. Le réseau excessivement fin formé par les prolongements de ces cellules soutiendrait la substance unissante [Zwischenmasse) . Celle-ci serait formée de myéline, entourant tous les éléments nobles ou non de l'éeorce. Un second réseau infiniment plus fin, la traverserait en tous sens et serait formé de ces séries ponctuées de granulation? que l'on a vu constituer le roseau fibrilloire terminal. Ce dernier serait en relation avec les prolongements non axiles des cellules ganglionnaires d'une part : de l'autre avec les terminaisons de:3 fibres radiées (Rokitansky). Il se résoudrait en dernier ressort dans la masse granuleuse interstitielle qui ne serait qu'un amas de ces voies anastomotitpies encore à l'état virtuel, mais capable de donner naissance aux communications intercellulaires les plus variées par l'établissement intanlané en séries nouvellesde granulations préexistantes. Ainsi les équivalents de cellules [Gliaelemente), ne serviiaitut qu'à fixer par leurs prolongements ramifiés un réseau qui, par une quantité incommensurable de voies, mettrait les cellules en rapport les unes avec autres. Inutile d'insister ici sur les déductions physiologiques que l'auteur a cru pouvoir tirer d'une disposition qui, il l'avoue lui-même, laisse beaucoup à l'hypothèse, et plus encore à l'inconnu.
Indi'îpendamment du tissu conjonctif qui forme les espaces péri-vasculaires, Roth a décrit vers la surface des circonvolutions des corps étoiles de ce tissu, qni paraissent dépendre de prolongements qu'y enverrait la pie-mère encéphalique.
F. Vaisseaux des hémisphères. Ce sont des vaisseaux sanguins ou lympha tiques.
Les vaisseaux sanguins des hémisphères leut viennent de sources qui sont communes aux diverses parties de l'encéphale. Leur description anatomique sera donc faite avec celle des vaisseaux de cet organe [voy. Encèi'hale ; artères Carotide et Vertébrale).
Les particularités les plus intéressantes de leur disposition microscopique ont déjà été étudiées à l'aiticle Lymphatique :
Il ne reste donc plus qu'à mentionner quelques points de leur étude qui sont spéciaux à leur distribution aux hémisphères.
Les artérioles de la pie-mère donnent naissance à des ramuscules qui pénètrent perpendiculairement dans l'éeorce et y cheminent quelque temps de la périphérie vers le centre avant de donner naissance à des branches latérales. Celles-ci se résolvent en un réseau de capillaires à mailles 6 à 7 fois plus étroites que celles que l'on trouve dans le centre blanc. Ala réunion de l'éeorce et de lasubstance blanche ce réseau s'anastomose avec des branches venant de l'intérieur même du cerveau et des artères ventriculaires. Cela a lieu notamment à la corne d'Ammon, duus le corps godronné et au niveau du Muldenhlatt.
Lymphatiques. On ne connaît pas de troncs lymphatiques dans le cerveau,
mais on y a décrit à ces vaisseaux des radicules d'origine soit péri-vasciilaire, soit l)éri- cellulaire.
Les premières ont été décrites à l'article Lymphatique.
Quant aux espaces lymphatiques péri-cellulaires, ils sont le produit de l'imagination de M. Obersteiner. Celui-ci ayant bien observé et bien décrit les espaces vides en apparence qui entourent les grosses cellules pyramidales de l'écorce, a voulu y voir l'origine vraie des réseaux lymphatiques.
Il s'est appuyé pour l'établir :
i" Sur la présence dans ces espaces et autour des pyramides de noyaux fort analogues aux globulins que l'on trouve dans les lymphatiques.
2" Sur les prolongements que ces espaces envoient souvent fort loin autour du Spitzenforsatz (prolongement terminal) de la pyramide.
3" Sur le résultat d'injections par le moyen desquelles il serait parvenu à les remplir.
M. Henle a réfuté avec beaucoup de bon sens cetle théorie hasardée en démontrant :
4" Que l'on ne pouvait ajouter aucune confiance à des injections pratiquées dans des circonstances anatomiques semblables.
2" Que le microscope montrait toujours ces prolongements cavitaires comme des culs-de-sac sans communication avec aucun système de vaisseaux.
Les recherches de M. Golgi de Pavie, lui ont fait également rejeter l'existence des espaces péri-cellulaires décrits par Obersteiner. Paul Berger.
BiBLiooRAPHiE. — Arlidge. Mccl. Clûv . Review, 1854, oct., p. 470. — Arkdt. Die Architektonik der Grosshirnrinde. In Arch. f. micr. Anat., vol. III, p. 317, 1869; et vol. III; p. 441-476, 1868. — Baillarger. Recherches sur la structure de la couche corticale dex circonvolutions du cerveau. In Mém. acad. de médecine, 1840, t. VIII, p. 148. — Berlin (R.). Beitrdge zur Structurlehre der Grosshirnivindungen. In Dissert. Erlangen, 1858. — Besser (L.). Zur Histogenèse der nervosen Elementarlheile in den Centralorganen der neugeborenen Menschen. In Virchow's Arch., 1866; t. XXXVI, p. 305. — Bltzke (Victor). Studien ûber den feineren Eau der Grosshirnrinde. In Arch. f. Psychiatrie, 1872, 5'^ vol., 5" livr., p. 575 à 600. — Carpenter. Principles of Hunian Plujsiology. London, 1804, p. 574-580. — Cleund. Quarterlij Journ. ofMed. Sciences, série 10, p. 127. — Crcveilhier et See (M.). Traité d'anatomie descriptive, t. III ; Paris, 1870-71. — Deiters (E.). Untersuchungen iiber Gehirn und Mark des Menschen und der Sâugethiere. Brunswick, 1865. — Ecrer. Blutgefâssdrûsen. In Wagncr's Ilatidw-, t. V, p. 595. — Engel. Die Oberflâche des Gehirns. In Wiener mediz. Wochenschr., t. XV, p. 30, 32, 35, 36, 41, 48; 1865.— Faivre. Ann. des sciences nat., A" série, t. YII. — Foville. Traité complet de l'anatomie, physiologie, pathologie du système nerveux cérébro-spinal. Paris, 1844, 1^* partie. — Funke. Lehrbuch der Physiologie. Leipzig, 1866, vol. II, p. 598. — Gerlach. Mikrosk. Studien. Erlangen, 1858. — Dr mèuë. Ueber die Structur der grauen Substanz des nienschlichen Grosshirns. In Centralbl. fur die med. Wissenschaft, 4 mai 1872, n" 18. — Golgi (C). Cotdribiizione alla fina anatomia drgli organi cenlrali del sistema nervoso. [Bal Laboratorio di Patologia sperimentale diPavia). In Rivista clinica, nov. 1871, S. A., in-8°, p. 98. — Haeeel. Arch. f. Path. Anat. u. P/njs-, t. XVI, p. 259. — Harle?s. Miiller's Arch., 1845, p. 35i. — [Uiem. Études sur les diverses formes d'encéphalite. Th. inaug. Paris, 1868. — Henle. Handbuch d. systemalischen Anatomic des Menschen, 3» vol., 2« partie, 1" livr. — IIirschfeld. Névrologie. Paris, 1867.— Jacubowitsch. Mitth. ûber den feineren Eau v. Gehirn und Mark. Breslau, 1857. — JastkowiTZ. Centralblatt, 1871, p. 778. — Koschenmkoff. Arch. f. mikrosk. Anat.. t. V, p. 574.— Kolliker. Handbuch der Gewebelehre, 5" édit. — Kupffer. De Cornu Ammonis structura. la Biss. Doi'pat, 1859. — Lakgen (T.). De Hypophysi cercbri. Diss. Bonn, 1864. — Leuret et Ghatiolet. Anat. comparée du système nerveux. Paris, 1857, t. II. — Liégeois. Des glandes vasculaires sanguines. Th. a^r. Paris, 1860. — Lockhakt Klarke. Proceedings of the Royal Society, vol. XII, n° 57. — Loxget. Anatomie et physiologie du système nerveux. Paris, 1842. — LuscHKA. Der Hirnanhang und die Steissdrûsen. Berlin, 1860, p. 51. — Ldïs. Recherches sur le système nerveux. Paris, 1865. — Du jiême. Iconographie photographique des centres nerveux. (1" liv.) Paris, 1872. — Grandry. Corps piluitaire et glande pinécde. In Journ. de l'anat. et de la physiol. 1867 (juillet-août), p. 400-407. — Magnan et Haïem.
Études sur le tissu interstitiel des jyarties blanches de l'encéjj/iale. In Journ. de physiol. 1867, janv., fév.,p. 107. — Macdsley. Treatise oftlie Physiology ofthe mind, 2° éd., 1870. — Meïnert. Vom Gehirne der Sàugethiere. In Handbuch der Lehre der Gewebe, v. Stricker. Leipzig, 1872, vol. II, chap. XXXI, p. 694. — Muller. Jcnaische Zeitsch. f. Med. und Naturwissenschaften. t. VI, p. 554. — Obei'.steiner. Ueber einige Lymphrâume ini Gehirn. In Wiener Sitzungsberichte,\o\. LXI. — Owen. Philosophicaltransnct. et Annal, se. «fl(., 2» série, t. VIII, p. 175.
— liEiL. Arch. f. d. Physiologie, t. IX, p. 172. — Rejiack. Mûller's Arch., 1841, p. 506. — RmnFLEiscii (E.). Ziir Kenntniss der Nervenendigung in der Hirnrinde. In M. Schuitze's Arch fur mikr. Anat., t. III, p. 435-434. — Robin. Prograimne du cours d'histologie. Paris, 1870.
— Du MÊME. Cours iirofessé à la faculté de médecine de Paris. 1871-1.S72. — Roth. Zur Frage von der Bindesubstanz in der Grosshirnrinde. In Virchow's Arch., XLVI, 2= série, p. 245 ; 1869. — Sappey. Traité d'anatomie descriptive, t. II; Paris, 1'° édition, 1853 et 2' édit., 1871. — Stephanv (E.). Beitrâge z. Histologie d. Rin te des grossen Gehirns . Dorpat, 1860. — Stieda. Zeitsciirift f. ivissensch. Zoologie, t. XX, p. 35. — Tiedmann. Anat. du cerveau. Paris, 1823, p. 262. — Todd. Anatomy of the Brain, Spinal. Cord, etc., p. 243. — ToDD ET BowMANN. Pliysiologiccil Anatomy, vol, 1, p. 277. — Vinciiow. Yirclioiu's Arch., t. VI, p. 138; et Gesammte Abhandl., p. 890. — Vui.pi\n. Leçons sur la physiologie du système nerveux. Paris, 1860. — VN'agner (R.). Neurologische Vntersuchuugen. — Du même. Krit. und Exper. Vntersuchungen ûber die Funktion des Gehirns. In Gôtt. Nadir., 1859, n" 60; 1860, n» 4. P. B.
Considérations physiologiques. Les phénomènes de l'activité intellectuelle que l'on s'accorde à considérer comme l'apanage du cerveau, difficiles à suivre et à analyser chez l'homme, sont obscurs et ne se révèlent que par des manifestations incertaines chez les animaux. De là vient probablement que la physiologie des hémispfières cérébrdux est moins avancée que celle de tonte autre partie des centres nerveux. Avec la méthode expérimentale le terrain solide manquait à l'investigation scientifique: aussi les savants les plus exercés à ce genre de recherches ont-ils presque entièrement borné leurs efforts à étudier l'influence que l'activité cérébrale pouvait avoir sur la sensibilité et le mouvement volontaire. Nous aurons sur ce point des résultats précis à signaler, quant aux fonctions les plus nobles qui soient dévolues aux hémisphères cérébraux elles intéressent encore plus le philosophe que le physiologiste.
Les lésions pathologiques elles-mêmes signalent leur existence par des troubles complexes, et généralement peu constants. Leur interprétation, déjà très-difficile, est rendue encore plus incertaine par l'absence fréquemment constatée de tout symptôme, coexistant avec des altérations de la substance cérébrale qui, dans d'autres cas, semblent déterminer les désordres fonctionnels les plus considérables.
Il n'entre du reste pas dans le plan de la question qui nous occupe de passer en revue tous les détails delà physiologie du cerveau. Un grand nombre d'entre eux ne pourront être étudiés que lorsque la morphologie des circonvolutions aura été décrite ; d'autres, les phénomènes de nutrition, de circulation, de développement par exemple, trouveront leur place dans l'histoire plus générale de l'encéphale et de ses fonctions. En faisant ce court résumé, et en empiétant parfois sur des questions intéressantes qui devront être traitées à fond dans un autre endroit, nous n'avons eu d'autre but que de faciliter l'intelligence des notions de pathologie, qui vont suivi e, et de tracer comme un court préambule à la physiologie des lésions des hémisphères cérébraux (voy. Circonvolution, Encéphale, Nerveux, etc). 1. Rôle des hémisphères cérébraux dans la perception des impressions. Il est prouvé aujourd'hui par les expériences de Magendie, Bouillaud, Longel et Vulpian, ainsi que par une interprétation plus exacte de celles de Flourens, que l'on peut enlever à un animal la totalité ou peu s'en faut des hémisphères cérébraux et, avec eux, des ganglions du cerveau, sans détruire la sensibilité : mais
204 r.KRVKATJ.
il faut procéder avec des précautions différentes suivant que l'on veut s'assurer de la persistance de la sensibilité générale ou des sensations spéeiales après l'ablation des lobes du cerveau.
LeSensoriiwi commune pour Lont;et siège dans la protubérance. C'est principalement en se fondant sur le caractère des cris poussés par un animal (rat ou lapin) auquel on a enlevé avec la totalité des bémisplières, le cervelet, les tubercules quadrijumeaux, les corps striés et les couchis optiques, que ce pbysiologiste est arrivé à cette conclusion. Les cris, qui se produisent quand on excite l'animal d'uneiaçondouloureuse, sont un indice positifde la perception, surtout sil'on y ajoute l'agitation extiéme oi^i on le jette par ces mauvais traitements (Longet) ; ils sont Cbsentiellement différents du sin)ple cri réflexe que provoquent les excitations un |ieu vives, douloureuses ou non, même après l'ablation de la protubérance, si le bulbe est intact. Les bémisphères cérébraux, non plus que les ganglions qu'ils renferment ne sont donc le siège de la perception des impressions transmises par les nerfs de la sen>ibilité générale.
Pour ce qui est des diverses sortes de sensibilité spéciale, Lontet surtout s'est appliqué à prouver qu'elles survivaient à l'extirpation du cerveau ; ses expériences, confirmant celles deMagendie, l'ont amené à des conclusions inverses de celles que Flourens avait tirées des siennes.
Pour ce qui est du sens de la vue, non-seulement la pupille d'un pigeon, auquel on a enlevé les hémisphères en ménageant les couches et les bandelettes opli({ues ainsi que les tubercules quadrijumeaux, réagit encore sons l'influence de la lunnère, mais l'animal suit de l'œil la flamme que l'on fait mouvoir autour de sa tête : les sensations \isuelles sont donc conservées. Vulpian, après avoir enlevé à un rat les hémisphères cérébraux avec les corps striés et la plus grande partie des couches optiques, le vit tressaillir et sursauter brusquement à bruit d'appel produit par les lèvres de l'observateur. Cette expérience, bien souvent répétée, prouve donc la persistance àes perceptions auditives. Quant au sens de l'odorat, les mutilations qu'il faut faire subir à l'animal et qui détruisent l'appareil même de l'olfaction en raison de la disposition spéciale des tractus et des lobes olfactifs, ne permettent pas de s'assurer de sa persistance : l'expérience de Magendie qui faisait flairer aux animaux en expérience des odeurs fortes (vinaigre, ammoniaque), ne saurait prouver rien autre chose, comme le fait observer Longet, que la persistance de la sensibilité générale et non l'intégrité de l'odorat. Le goût, enfin, ne serait pas aboli suivant cet auteur qui a vu de jeunes chats et de jeunes chiens exécuter des mouvements brusques de mastication et grimacer des lèvres, quand on leur eut versé quelques gouttes d'une décoction de coloquinte dans la bouche.
La perception se fait doue en dehors de toute espèce d'activité cérébrale. Si l'on a cru longtemps l'intervention du cerveau nécessaire à l'exercice de la sensibilité, si Flourens a pu dire « qu'une poule sans lobes a réellement perdu avec la « vue et l'ouïe, l'odorat, le goût, le tact, » c'est qu'à la perception ne venait plus s'ajouter l'élaboration intellectuelle qui généralement la complète et le plus souvent la révèle : c'est que la sensation n'était plus transformée en idée et restait, suivant l'expression si claire et si juste de Longet, à l'état de perception brute ou inconsciente.
Nous verrons, en traitant rapidement de l'activité intellectuelle que chez l'homme même, à l'état physiologique, un nombre considérable de sensations restent à l'état de perceptions brutes, môme pendant la veille, même, et surtout peutêtre, pendant les moments de surexcitation d'^s facultés cérébrales ; dès à présent
pour mieux faire comprendre et résumer en quelques mots le rôle du cerveau relalivemeiit à la sensibilité, nous répéterons avec Vulpiau : Un animal qui a perdu ses lobes cérébraux ne regarde plus, n'écoute plus, ne flaire plus, ne goûte plus, ue touche plus; mais il voit, il entend encore; il sent les odeurs et les saveurs il a encore des sensations tactiles. »
II. Rôle des hémisphères cérébraux dans la production des mouvements.
L'ablation des lobes cérébraux, pour Flourens, abolit sans retour « tons les mouvements spontanés, c'est-à-dire dus à une volonté expresse, à la volonté même de l'animal, dans toutes les classes de vertébrés. »
Il est pourtant facile de se convaincre que cette opération ne produit de paralysie que cliez les animaux appartenant à une classe relativement élevée. Un chien sur lequel on a détruit en partie un hémisphère cérébral présente une paralysie trèsincomplète des membres du côté opposé et paraît très-aflaibli. Un pigeon, qui a subi la même opération semble être à l'état normal ou peu s'en faut , et rinfluence de cette mutilation est de moins en moins appréciable au fur et .à mesure qu'on passe des oiseaux aux reptiles, aux batraciens et aux poissons (Vnipian). Mais l'analyse attentive des phénomènes de motilité qui se passent chez les animaux sur lesquels on a pratiqué l'ablation des hémisphères démontre que les mouvements qui subsistent ne présentent qu'une spontanéité apparente : qu'ils sont tous provoqués par une excitation extérieure, et que le plus grand nombre d'entre eux, ceux de locomotion même les plus compliqués sont dus à la tendance singulière que l'animal présente à revenir à son attitude normale. Ujic grenouille à qui on a enlevé complètement les lobes cérébraux reste immobile conservant cette attitude des heures entières; si on la jette dans l'eau elle exécute des mouvements de natation très-réguliers, jusqu'à ce qu'ayant atteint le bord, elle y reprenne pour un temps indéfini la position qu'elle avuil avant sa chute. Ici c'est le contact de l'eau qui a provoqué la réaction motrice, ailleurs c'est la fatigue musculaire qui détermine un coq privé de ses hémisphères à se tenir tantôt sur une patte tantôt sur l'autre, à cacher sa tête sous son aile. Ces mouvements sont de môme ordre que ceux auxquels se livre le tronçon postérieur d'une grenouille coupée en deux, pour gratter avec une de ses pattes la place de ses téguments oii l'on a déposé une goutte d'acide : mais, en l'absence de toute cause extérieure capable d'exciter l'animal au mouvement, il reste plongé dans une sorte d'Iiébétudeoude stupeur dont ne peut même le tirer la vue de ses aliments; c'estcette apathie qui avait fait croire à Flourens que, privé de ses hémisphères cérébraux, un pigeon avait perdu la vue. Quand l'animal se déplace le même défaut de spontanéité se fait remarquer. Son allure est, surtout pour les vertébrés inférieurs, régulière ; mais il se meut en ligne droite. Il se heurte aux obstacles sans chercher à les éviter, ou s'arrête avant de les avoir touchés, mais sans paraître s'efforcer de les tourner. Chez le poisson lui-même qui continue à nager après l'ablation du cerveau, Vulpian a tait remarquer la modification particulière des mouvements, capricieux avant l'opération, et qui après elle se bornent à produire une progression rectiligne à laquelle l'animal semble poussé par une nécessité impérieuse. L'interprétation incomplète de ces phénomènes avait amené Desmoulins, puis Gall, Gerdy, Bouillaud à admettre qu'après la perte des hémisphères la spontanéité, caractéristique de la volition, restait en totalité ou en partie. Aucun doute ne peut à présent subsister sur la véritable nature des mouvements que l'on observe après cette mutilation.
Plus on s'élève dans la série des vertébrés et plus les lésions du cerveau reten-
tissent sur le mouvement. Il est rare néanmoins de voir des paralysies complètes survenir à la suite des lésions expérimentales ou pathologiques quand elles sont limitées à l'hémisphère même, qu'elles n'inléressent ni le corps strié ni la couche optique, et surtout quand elles n'atteignent que l'écorce. Dans tous les cas l'influence des hémisphères est croisée, et c'est par une hémiplégie affectant le côté opposé que se révélerait la destruction d'une portion d'un lohe cérébral. Cette hémiplégie était manifeste, quoique légère, chez les animaux soumis aux expériences de Vulpian et Phiiipeaux. Le faible degré que présentent dans ces cas les troubles de la motilité, s'explique, dit Vulpian, quand on réfléchit aux dimensions du cerveau qui est si volumineux, que des lésions assez étendues sont encore minimes par rapport aux parties restées intactes. Quant à la question de savoir si les lésions de la substance blanche ont plus d'influence sur la motilité que celles de l'écorce, ainsi que Foville et Pinel-Grandchamp l'ont avancé, nous y reviendrons en parlant du rôle réservé à chacun des éléments du cerveau dans les phénomènes qui signalent l'activité de cet organe.
III. Rôle des hémisphères cérébraux dans les phénomènes intellectuels, affectifs et instinctifs. Ce qui précède, nous a fait reconnaître dans le cerveau un organe d'élaboration supérieure, oti se transforment les sensations, oii la perception devient consciente d'une part, où. naissent d'autre part les excitations niotiices spontanées qui déterminent les actes volontaires. Il est, dès lors, naturel d'admettre que tous les degrés par lesquels les sensations passent, tous les phénomènes qui dérivent de la perception et finissent par aboutir à la volition, sont le résultat de l'activité cérébrale. En réalité, plus personne n'hésite à présent à faire des hémisphères cérébraux le siège de tout processus intellectuel, conception et formation des idées, comparaison, raisonnement, jugement, mémoire, etc., etc Les preuves sur lesquelles cette opinion est fondée, n'appartiennent malheureusement que très-peu à la méthode expérimentale, car les fonctions dont il faut reconnaître l'organe sont de celles qui échappent à l'examen physique et à nos procédés d'investigation, et nous ne pouvons juger de leur abolition ou de leur conservation que par la suppression ou par la persistance d'effets plus ou moins éloignés par lesquels se révèle l'action de la cause.
Les données les plus certaines sont fournies parles cas pathologiques. Ils nous montrent l'aflaiblissement, la perversion, la suppression des facultés intellectuelles généralement liées à la lésion matérielle des hémisphères, et surtout aux altérations de leur écorce. Les illusions des sens, la déviation de l'entendement qui caractérisent le délire sont la conséquence de l'état congestif prononcé ou de l'inflammation d'une circonscription étendue de l'écorce. « Un homme est en délire, dit Esquirol, lorsque ses sensations ne sont pas en rapport avec les objets extérieurs, lorsque ses idées ne sont pas en rapport avec ses sensations, lorsque ses jugements et ses déterminations ne sont point en rapport avec ses idées ; lorsque ses idées, ses jugements, ses déterminations sont indépendantes de la volonté. » Le délire ainsi défini est constitué par la perturbation des facultés intellectuelles et morales ; or, s'il est fréquent de voir ce trouble fonctionnel ne correspondre à aucune altération matérielle appréciable, dans presque tous les cas oij l'on peut surprendre une lésion, elle occupe la surface de 1 écorce ; c'est ainsi que le délire est un des signes les plus constants de la méningite aiguë ou chronique, et spécialement de la paralysie générale. Dans un grand nombre d'affections où il n'existe pas de lésions de l'organe lui-même, et où le délire survient à la suite d'une altération qualitative Ou quantitative des humeurs et surtout du sang, il est encore permis de se repré-
senter la substance corticale, la partie la plus vasculaire de l'encéphale, comme tout particulièrement affectée par les modifications du milieu intérieur, et de lui rapporter les troubles intellectuels que l'on observe. Si l'on considère au contraire les cas où les couches corticales s'atrophient, ceux principalement oii elles paraissent arrêtées dans leur développement par une hydrocéphalie, à côté de corps striés et de couches optiques bien développés, l'on trouve parfois les hémisphères réduits à une simple coque lisse, sans anfractuosités et sans circonvolutions, où la substance grise ne peut être distinguée de la substance blanche : et l'on sait à quel minimum sont réduites, chez les sujets dont nous parlons, les facultés mentales et affectives. Ces preuves, puisées dans l'étude des cas pathologiques chez l'homme oii les phénomènes intellectuels sont très-développés et faciles à observer, ont plus de poids que celles qui sont tirées de l'expérimentation directe. Celle-ci fait pourtant reconnaître que les animaux doués d'une intelligence assez développée restent, après l'ablation des lobes cérébraux plongés dans une torpeur d'autant plus profonde que les manifestations de l'activité intellectuelle étaient plus accentuées chez eux avant l'opération. En redescendant la série des vertébrés, au contraire, on voit les troubles consécutifs à l'extirpation des hémisphères diminuer d'importance, et chez les poissons, comme on a pu le voir dans une expérience ci-dessus mentionnée, il fliut observer avec soin l'animal et tenir grand compte de ses allures ordinaires, pour pouvoir apprécier le défaut de spontanéité des actes qui paraissent s'accomplir de la façon la plus régulière.
On a fourni à l'appui des idées que nous présentons d'autres arguments encore : ils sont déduits de la considération de la masse de l'encéphale, de son poids absolu ou comparé à celui du corps chez des individus plus ou moins intelligents ou dans la série des vertébrés. Nous n'anticiperons pas sur des développements qui seront présentés, quand les faits anatomiques sur lesquels se fondent ces nouvelles preuves auront été passés en revue {voy. Encéphale). Notons seulement les nombreuses exceptions que comporte la loi que l'on a trop complaisamment adoptée. Si le rapport du poids de l'encéphale de l'homme à celui de son corps, l'emporte sur le rapport que présentent ces données chez la grande majorité des animaux, un bon nombre d'oiseaux, plusieurs singes en présentent un plus considérable encore. Ainsi, la relation du poids de l'encéphale au poids du corps étant àe yô à ys chez l'homme, il se trouve atteindre ^t chez l'ouistiti, jj- chez le serin et même jj chez la mésange.
On a voulu établir une comparaison entre le poids de l'encéphale des hommes supérieui's et des hommes d'une intelligence au-dessous de la moyenne ou même des aliénés. Or, bien que le poids du cerveau de Guvier fut énorme, il a été presque égalé par celui qu'obtint Bergmann en pesant le cerveau d'un aliéné. Ces exemples, entre plusieurs, montrent l'insuffisance de la méthode des pesées à trancher la question physiologique des fonctions du cerveau. Ce n'est point en effet l'encéphale, ce n'est même pas le cerveau tout entier, ce sont les hémisphères, c'est leur substance corticale dont il faudrait évaluer la masse ; et quand on arriverait cà restreindre la comparaison à ces étroites limites, on pourrait encore supposer des différences inappréciables au compas et à la balance, et résidant dans la structure intime de la substance grise elle-même, différences capaMes desurpassef ou tout au moins d'atteindre celles qui souvent existent entre deux muscles de même volume et de même apparence. Le seul moyen que Ion ait actuellement d'avoir une idée du développement de l'écorce du cerveau, réside dans la considération des circonvolutions. Leur nombre, la prolondeur des anfractuosités qui les
séparent, augmentent nécessairement l'étendue de la surface cérébrale et, par suite, la quantité de la matière corticale que nous avons été amenés à considérer comme la véritable substance active du cerveau. Si quelques résultats utiles doivent être acquis à la science sur ce point, on les trouvera dans la considération de ces particulaiités morpbologiques. Mais ce sont des points qui doivent être traités avec les détails que comporte cet intéressant sujet, dans l'étude qui sera faite des replis du cerveau {voy. Circonvolutions).
Les phénomènes instinctifs eux-mêmes paraissent être sous la dépendance de l'activité cérébrale. Les expériences de Flourens ont démontré qu'un animal privé de ses hémisphères ne songeait plus à prendre sa nourriture, alors même qu'elle lui était présentée ; que l'instinct de la propagation, que tout sentiment de crainte dépendai\t de l'instinct de la conservation individuelle avaient également disparu.
D'autres pai t, il est certains pliénomènes réflexes qu'on ne saurait en eux-mêmes distinguer des phénomènes instinctifs; ils n'ont pourtant besoin m du cerveau, ni même de l'intégrité de la moelle pour s'accomplir. Ces actes, dont Vulpian rappoite de curieux exemples (/. c, p. 414), sont assez compliqués, et enapparence presque raisonnes et voulus, à tel point que Prochaska a pu dire : « La condition générale qui domine la réflexion des impressions sensorielles sur les nerfs moteurs, c'est l'instinct de la conservation individuelle. « Aussi certains physiologistes, Paton et Pflùger entre autres, allèrent-ils jusqu'à douer la moelle d'un pouvoir perceptif et d'un pouvoir psychique. Mais si 1 on est convenu de ranger quelques phénomènes instinctifs dans la classe des mouvements réflexes adaptés à un but, il en est d'autres d'un mécanisme moins facile à comprendre; une poule, privée de son cerveau, voit encore les aliments ; elle a encore la sensation de faim, très-probablement du moins ; elle peut, d'autre part, faire mouvoir les muscles de son bec et de son cou pour prendre le grain qui est à sa portée, et cependant elle mourrait de faim, le bec plongé au milieu de ses aliments, si on ne les lui introduisait dans le pharynx, otiils sont saisis parla déglutition. 11 faut donc croire que l'excitation centripète transmise par les nerfs optiques et combinée avec les impressions viscérales qui donnent lieu à la sensation de faim, ne peut se transformer en réaction excito-motrice que par un trajet moins direct, situé en partie dans les hémisphères. Il en serait de même des excitations du sens génital consécutives à des impressions visuelles : une curieuse expérience de Vulpian, en désaccord apparent avec celles de Flourens, semble prouver que les sensations visuelles ne peuvent déterminer de réaction excito motrice dans ces cas, tandis que les sensations ayant pour point de départ l'excitation des nerfs cutanés, continueraient à la produire. Il faudrait dès lors supposer que certains phénomène-; instinctifs, voisins des phénomènes réflexes, provoqués à l'état normal par des impressions visuelles, ne pourraient se passer d'une certaine élaboration supérieure, souvent inconsciente, et par laquelle la réaction, primitivement sensitivo-motrice, devrait, pour adopter l'expression de Carpenter, se transformer en une réiction idéo-motrice. Celle-ci ne pourrait se produire sans l'inlervention de l'activité cérébrale, et ainsi l'extirpation des liéinisphères aboliraittous ceux des instincts qui semblent avoir pour excitants les impressions visuelles, c'est-à-dire l'immense majorité des instincts.
On a attribué au cerveau la propriété d'arrêter les actions réflexes dont les autres parties du système nerveux central sont le siège. Goltz qui a soutenu celte opinion (Beitr. z. Lehre v. d. Funktionen d. Nervencentren d. Frosches. Berlin, 1869), se fondait sur le fait qu'une grenouille privée de ses hémisphères cérébraux croasse d'une manière régulière et continue quand on lui frotte certaines places
du dos; taudis qu'elle ne le tait pas toujours quand elle est intacte. Il nous semble que l'opéra lion pratiquée dans ce cas avait agi comme la section de la moelle qui, on le sait, exagère le pouvoir réflexe des parties de cet organe situées au-dessous de la solution de continuité. Sans doute, la volonté peut dominer les manifestations des instincts, et surtout les actions réflexes : l'expérience de tous les instants le prouve mieux que celle que Goltz rapporte. Ce que celle-ci semble démontrer, c'est qu'une excitation jadis insuffisante à déterminer le cri réflexe, le produit quand on a enlevé les parties supérieures des centres nerveux.
IV. De la localisation des différents modes d'activité des hémisphères. La multiplicité des fonctions dévolues aux hémisphères cérébiaux a suggéré aux physiolo[;iste3 l'idée de localiser chacune d'elles ou quelques-unes d'enlre elles au moins, en certains points déterminés des lobes. La première et la pins importante de ces tentatives a été faite par Gall : quoi qu'il eu soit des conclusions et des conséquences extrêmes auxquelles il avait amené sa théorie et qui ne se rattachent qu'indirectement à la doctrine même de la localisation, il avait admis la distinction de l'écorce en une série de centres spéciaux, chacun de ces centres élant le siège d'une qualité inlellecluelle, instiuclive ou affective. L'intelligence, pour lui, était la propriété des lobes antérieurs. Bientôt après, un autre partisan de la localisation, G. Neumann, fut conduit à placer le siège de l'intelligence dans les lobes postérieurs, se fondant sur l'atrophie sénile qui envahit cette portion de l'encéphale de préférence à toute autre. Chacune de ces opinions comptant en sa faveur quelques cimsidéralions a priori et quelques faits expérimentaux ou anatorao-pathologiques, il fut bientôt évident que ni l'une ni l'autre ne représentait la vérité; la nième chose a eu lieu pour le plus grand nombre des tentatives de localisation qui oi\t été faites. Editiées sur un certain nombre de faits affirmalifs, ou du moins sur leur interprétation, les théories les plus séduisantes ont été fortement ébraidées par d'autres faits négatifs ou contradictoires ; est-il besoin de i appeler ici les vicissitudes par lesquelles a passé la localisation du sens de la parole? [voyez Aphasie). Grâce à l'existence d'un (rouble fonctionnel fréquent et facile à observer, l'aphasie, on a pu rechercher le centre nerveux oti se fait l'enchaînement des différents actes intellectuels et peut-être la coordination des mouvements nécessaires à la production du langage articulé : sur ce point lui-même, les présomptions que l'on croit fondées n'équivalent pas à une certitude. On sait l'impoi tance que les travaux les plus exacts ont donnée à la ti oisième circonvolution frontale gauche dans telte question ; mais elle n'est pas encore considérée, par tous les partisans eux-mêmes de la localisation, comme le siège du sens de la parole. Meyuert le place dans l'insula, en se fondant surtout sur des observations d'anatomie comparée, et il admet aujourd'hui que les animaux qui ont une insula très-développée possèdent jusqu'à un certain point le sens de la parole, sinon d'une manière active, qui leur permette de produire des sons articulés, au moins d'une façon réceptive, grâce à laquelle il leur est donné de comprendre la voix de l'homme.
S'il est difficile de déterminer un point limité du cerveau qui, jiar ses lésions, correspondant aux troubles fonctionnels de la parole, indique la relation d'organe à fonction qui le rattache à cet ordre d'actes physiologiques, il faut renoncer à trouver le siège des autres facultés dont le déveloj pement, très-variable suivant les individus, dont les altérations peu connues, parce qu'elles ne seré\èlent par aucun signe extérieur bien manifeste, rendent l'observation dilficile ou impossible. 11 existe," du reste, sur ce point des expériences fort belles de Flourens, qui ne permettent plus guère de songer à une localisation exacte telle que l'admettaient
1>1CI. EAC. XIV. 14
Gall et les adhérents de sa doctrine. Enlevant, eu effet, le cerveau par tranches, soit eu avant, soit en arrière, soit d'un autre côté quelconque, cet auteur s'est assuré que toutes les fonctions persistaient, et qu'une portion assez restreinte des lobes cérébraux suffisait à leur accomplissement. Mais, augmentant encore la perte de substance, il a pu voir toutes les facultés diminuer et disparaître ensemble, de telle sorte qu'une d'elles étant supprimée, toutes l'étaient. « 11 n'y a donc, conclut Flourens, point de sièges divers, ni pour les diverses facultés, ni pour les diverses perceptions. » Philipeaux et Vulpian ayant répété les mêmes expériences, sont arrivés aux mêmes résultats. Doit-on admettre des lors que toute l'étendue de l'écorce soit douée des mêmes fonctions indistinctement réparties? Ce que l'on croit savoir du sens de la parole, de son siège probable, ne permet pas d'exclure d'une façon aussi rigoureuse la théorie des localisations ; mais on peut supposer que, dans un grand nombre de cas, les diverses parties de la substance grise peuvent se suppléer quand l'une d'elles est altérée ou détruite.
Il existe probablement, suivant l'expression de M. Gotard {De l'atrophie partielle du cerveau, Th. Paris, 1868, p., 95), « une disposition native de cellules ou groupes de cellules à de certaines fonctions; ces différences, probablement trèsfaibles à l'origine entre les divers éléments nerveux, s'exagèrent et se caractérisent à mesure que l'éducation et l 'habitude des fonctions diftérentes influencent les différentes régions du cerveau ; de sorte que l'on peut dire que la localisation des facultés cérébrales est surtout acquise par chaque individu à mesure que son intelligence se développe. » Cette sorte de localisation acquise serait moins marquée au lur et à mesure que, descendant l'échelle animale, les fonctions cérébrales dimimient d'importance et de dignité. Elle expliquerait aussi, dans les cas pathologiques, la disparition des troubles qui accompagnent d'abord une lésion matérielle permanente, par exemple l'absence d'aphasie à la suite des affections de la troisième circonvolution irontale gauche. Il est bien entendu que la manière de voir de M. Gotard sur ce point n'est qu'une simple hypotbèse, capable peut-être de jeter quelque lumière sur des faits certains muis d'une interprétation difficile.
Jusqu'à présent nous n'avons envisagé, parmi les preuves que Ton donne à l'appui de la théorie des localisations, que celles qui reposent sur la destruction expérimentale ou pathologique de telle ou telle fonction correspondant à la lésion d'une portion donnée des iiémisphères : mais, dans ces derniers temps, un certain nombre de travaux ont eu pour but de rechercher les effets de l'excitation de l'écorce on des hémispl'.ères du cerveau et de les comparer suivant les différents points des centres nerveux sur lesquels ont porté les expériences.
L'inexcitiibihté des hémisphères était admise depuis le commencement du dixneuvième siècle, et semblait définitivement prouvée parles recherches deMagendie, Longet, Matteucci, Van Deen, Budge. Mais, au moyen d'appareils électriques per* fectionnés, G. Fritsch etE. Hitzig purent se convaincre sur le lapin que la surface du cerveau réagissait sous l'influence des courants. Us instituèrent alors une série d'expériences sur les chiens, et publièrent des résultats qui n'attnèrent peutêtre pas assez l'attention et qui sont en opposition avec les opinions reçues jusqu'alors {Ueber elektrische Eriegbarkeit des Grosshirns, in Aixh. f. Anat. u. physiolog. Wissensch. III. p. 500-532 1870). Nous en donnons ici un résumé succinct. La plus grande partie de la convexité des hémisphères est excilomotrice : cela est vrai surtout pour les lobes antérieurs ; l'excitation électrique de l'écorce, en ces points, détermine des contractions musculaires dans* la moitié opposée du corps. Des courants très-faibles locahsent cette irritation dans certains
CERVEIU. 211
groupes musculaires : en augmentant la force du courant on la diffuse elollese])ropage par voisinage et gagne des muscles de plus en plus nombreux. Avec des courants très-faibles on peut ainsi arriver à limiter un certain nombre de points qui peuvent être considérés comme des centres de contraction pour des groupes musculaires déterminés. Les points qui séparent ces centres sont mexcitables à des courants faibles, mais si on augmente l'intensité du courant ou que l'on écarte les électrodes, on obtient par leur excitation des contractions généralisées.
Le caractère des contractions varie avec le genre de l'excitation. La fermeture métallique simple du courant par application des électrodes nécessite, pour produirelemême effet, l'emploi d'un courant plus fort. Quant aux courants induits ils donnent des effets très-variables ; tantôt ce sontdes contractions toniques de groupes musculaires déterminés, contractions qui cessent au bout de quelque temps. Le plus souvent la diminution de la contraction est si rapide et tellement accentuée qu'on croirait le muscle en repos si, au moment de l'ouverture du courant, un léger mouvement en sens inverse neprouvait qu'il était encore en convidsioii. Après quel'action des courants induits a été quelque temps prolongée, on voit survenir des contractions consécutives, cloniques aux membres ; caractérisées par du tremblement à la face ; quelquefois ou note des accès épik'ptiformes. Généralement les courants continus donnent lieu à des mouvements d'extension : si l'on écarte les électrodes on voit la flexion ou la rotation survenir.
Les auteurs décrivent les centres moteurs correspondant à chaque groupe musculaire : nous ne pouvons les suivre dans cette étude qui se rattache plus spécialement à celle des lobes du cerveau et des circonvolutions : nous ajoutons seulement qu'ils disent avoir contrôlé leurs expériences par l'extirpation des centres eux-mêmes, et que, dans ces contre-expériences, ils ont constamment vu survenir la paralysie des groupes musculaires innervés par le point de l'écorce qu'ils avaient détruit. Il faut avouer que, sur ce point, leurs affirmations paraissent un peu trop catégoriques et ne sont point du tout d'accord avec le résultat des expériences que nous avons relatées, et où la lésion des hémisphères cérébraux n'entraînait que peu ou point de troubles de la raotilité. Quant aux lobes postérieurs ils seraient à peu près inexcitables, et il faudrait rapporter l'insuccès éprouvé parla plupart des auteurs, dans leurs tentatives qu'ils oi\t faites po\ir agir directement sur le cerveau, à l'idée malheureuse qu'ils ont eue de choisir cette partie de l'encéphale pour terrain à expériences.
Ces recherches sont intéressantes en ce qu'elles tendent à faire reconnaître à l'écorce une influence motrice plus directe que celle qui lui semblait assignée par les observations mentionnées au commencement de cet article. Cette influence des coucbes corticales sur la motilité pouvait être présumée du reste d'après les investigations anatomo-pathologiques récentes de M. Prévost qui a cité des exemples nombreux de déviation conjuguée des yeux et de rotation de la tète à la suite de lésions intéressant seulement l'écorce ou les centres médullaires. Dans ces cas-là la déviation et la rotation avaient lieu d'une façon constante du côté de l'hémisphère malade. Mais les travaux de Hitzig fournissent surtout des preuves expérimentales d'un poids considérable à la théorie des localisations ; il est à regretter seulement qu'elles n'aient jusqu'à présent été contrôlées que par un seul observateur. Tout récemment, en effet, A. Wernher, professeur à Giessen, dit avoir vérifié par l'observation clinique, jointe à l'examen nécroscopique, un certain nombre des localisations admises par ces auteurs {Arch. f. path. Anat. u. Phys., t. LVl, p. 289).
D'autres recherches plus récentes encore, ont excité, dain ces derniers lemp<,
des controverses assez vives, et des questions de priorité d'autant plus étranges que la méthode employée par les auteurs en question avait été précédemment mise à prolit, quoique dans un autre Lut, par M. Hayem, et que, d'autre part, les résultats obtenus ou publiés par les physiologistes dont nous mentionnons les recherches étaient encore fort incomplets.
En 1868, M. Beaunis communiquait à l'Académie une note sur un procédé nouveau, pour étudier les fonctions du cerveau au moyen d'injections interstitielles irritantes, déterminant des foyers d'encéphalite circonscrite qu'on put facilement retrouver à l'autopsie. La méthode fut décrite avec soin par lui dans plusieurs articles publiés dans la Gazefie meV/îca/e de Paris (1872) ; il rapporta même quelques expériences très-détaillées mais sans les accompagner de conclusions. M. Fournie, en même temps, présentait à l'Académie des sciences un mémoire sur le même sujet [Recherches expérimentales sur le fonctionnement du cerveau, in Compt. rend, de l'Ac. des se, oct.-nov. 1872). Enfin, la même aimée, en Allemagne, Nothnagel [Interstitielle Injectionen indie Hirnsubstantz. In Centralhlatt f. med. Wiss. 1872, 26 oct. ) mentionnait à la section de physiologie du congrès des naturalistes à Leipzig, les résultats que lui avaient donnés plus de cent expériences faites par les injections interstitielles dans une région déterminée du cerveau. Ces résullats ne sont pas encore connus à présent, Nothnagel se réservant de les publier in-extenso qaa.nd i\ aurii suffisamment accru le nombre de ses expériences. Celles de M. Beaunis sont trop peu nombreuses pour que l'on puisse y chercher des conclusions que l'auteur n'a pas voulu en tirer . Seul M. Fournie a cru pouvoir déduire de ses observations les principes suivants : les couches optiques sont le centre des perceptions ; des fibres venant des nerfs leur apportent les excitations extérieures; d'autres fibres venant de l'écorce à travers le noyau blanc, leur tiaiismettent l'influence de la substance corticale. Celle-ci serait, par rapport aux couches optiques une source d'excitations intérieures, psychiques ou alfeclives : les corps striés seraient exclusivement moteurs. On le voit, les recherches de M. Fournie n'intéressent guère la physiologie de l'hémisphère même, et, surtout, elles ne jettent pas un grand jour sur la question des localisations des facultés intellectuelles et morales. On peut, en outre, leur reprocher de ne se fonder que sur trente-six observations, nombre tout à fait insufflsant : peut-être les injections interstitielles rendront -elles plus tard quelques services. Leur emploi, tel que l'a réglé M Beaunis, paraît réaliser les conditions nécessaires à une méthode expérimentale, eL l'on peut espérer que celle-ci se montrera bientôt aussi féconde en résultats qu'elle a été grosse de contestations.
V. liôle des commissures inter-hémisphe'riques et en particulier du corps calleux. Longet a réiuté l'opinion de Lapeyronie et de Chopart qui faisaient du corps calleux le siège de l'àme ou tout au moins de l'intelligence. Il s'est appuyé sur les faits que nous avons déjà cités en parlant des connexions de cet organe, pour montrer que, dans certains cas pathologiques, il pouvait manquer en totalité ou en partie, sans que l'on pût noter des troubles intellectuels considérables. Les vivisections ont prouvé que, sur de jeunes animaux, on pouvait faire une section antéro-postérieure complète de cette commissure, sans que l'animal fût atteint dans sa motihté volontaire, et sans déterminer la moindre secousse convulsive. Les troubles fonclionnels que l'on observe chez les animaux adultes soumis à cette opération, paraissent, suivantcet auteur, survenir sous l'inlluence seule de la perte de sang. Il faut donc revenir à la théorie de Tréviranus qui attribue aux commissures le rôle d'unifier les fonctions des deux hémisphères ; celle-ci, elle-même, est
infirmée jusqu'à vm certain point par l'absence de corps calleux chez les oiseaux et les marsupiaux. Dans tous les cas, ce serait une iiypothèse absolument gratuite que de soutenir avec cet auteur que les opérations de comparaison mentale nécessitent l'intervention des commissures. 11 est plus sage, si l'on veutadmetlrequeles commissures servent à « compléter l'unité psychologique dans ses conditions matérielles (Longet) », de reconnaître que cette opinion ne repose sur aucun fait d'expérimentation qu'on puisse invoquer à son appui.
VI. Mécanisme de l'activité cérébrale. La considération des propriétés des éléments nerveux en d'aulres points du système cérébro-rachidien plus accessibles à l'expérimentation, autorise, jusqu'à un certain point, l'analogie par laquelle on attribue à la substance grise et aux cellules nerveuses l'élaboration des opérations dont le cerveau paraît être le siège; à la matière médullaire et aux fibres nerveuses qui la composent, la conduction des excitations qui les font naître ou décolles qui en résultent. Mais, si l'on veut approfondir le mécanisme par lequel une perception donne lieu à une conception, à une discussion, à une détermination, à une volition, il faut se hvrer à des hypothèses qui n'ont même pas le mérite d'être vraisemblables. On ne sait par quel processus l'excitation centripète se réfléchit sur un nerf moteur; comment pourrait-on a [iprécier les conditions matérielles qui légissent les phénomènes de mémoire, de jugement, de volonté. Luys, dont on connaît les éminents travaux d'anatomie sur le système nerveux, en étudiant la théorie du cerveau au point de vue des manifestations intellectuelles, a dû se fondersur deux principes qui sont loin d'être démontrés pour tous les physiologistes : la continuité des prolongements qui unissent les cellules entre elles, et forment par leurs anastomoses un véritable lacis plexi forme de la substance grise, et la distinctionde ces élémentsen cellules motrices et sensitives suivant leurs dimensions, par analogie avec ce qu'd admet sans autres preuves à la moelle. On a vu combien, depuis que l'ouvrage dont nous faisons mention a paru, la question des relations entre cellules nerveuses s'est compliquée, et con)bien il faut mettre de réserve à accepter les résultats que disent avoir obtenus Deiters et ses imitateurs. On sait, d'autre part, que la distinction entre cellules motrices et sensitives, qu'avait établie Jacubowitsch, a été entièrement repoussée par Vulpian. Cesontnéanmoinsces relations cellulaires surlesquellesM. Luysfonde (outson système. L'impression détermineun ébranlement de la cellule sensitive; c'est la perception; cet ébranlement cause une modification persistante de l'élément : c'est la mémoire, qui, sous l'influence d'une causeextérieiire nouvelle, peut se remettre en activité : automatisme spontané, et faire naître des idées ; si l'ébranlement est faible, il peut rester limité ; s'il est plus fort, il s'irradie par l'intermédiaire des prolongements aux cellules voisines, puis à une longue série de cellules plus ou moins éloignées, d'où conflit entre l'activité des différentes cellules et association des idées. L'attention n"est autre chose que l'absorption de tout l'influx par un seul élément aux dépens des autres, par une sorte de dérivation. Répartie et élaborée dans les zones les plus profondes de la substance corticale, la volition, réaction fugitive, passagère, va frapper certaines cellules du corps strié et déterminer l'incitation motrice. On pourrait citer longtemps encore des exemples de cette séduisante théorie cellulaire de l'activité cérébrale, où « les individualités cellulaires vivantes., non-seulement absorbent et transforment l'impression sensorielle qu'elles viennent de recevoir, mais encore réagissent à distance par cet automatisme spontané, en propageant vers les cellules congénères ambiantes l'activité fonctionnelle dont elles sont physiologiquement animées. « Mais, dans ces derniers temps, la cellule cérébrale s'est vue dépouillée de ses
OJ4 CERVEAU (pathologie).
hautes fonctions par Butzke, Gerlach etRindfleisch. On sait que ces deux derniers auteurs ont décrit aux fibres nerveuses deux modes de terminaison distincts : l'un dans les cellules, d'où partent des prolongements protoplasmiques qui vont se perdre dans le réseau fibrillaire terminal, l'autre dans la substance amorphe ellemême par des ramifications presque imperceptibles qui s'épuisent dans la substance granuleuse amorphe. « Si l'on considère, dit Rindileisch, un de ces modes d'origine comme particulier aux nerfs moteurs, l'autre comme propre aux neris sensitifs, il faudrait dépouiller de son importance physiologique la cellule nerveuse pour attribuer le rôle actif à la substance nerveuse centrale, à cette matière granuleuse, qui relie les diverses portions de la chaîne nerveuse. La cellule ne serait plus qu'un organe secondaire d'élaboration pour la motricité. » Butzke insiste davantage encore sur ce rôle de là matière granuleuse interstitielle. Elle unirait les prolongements de cellules par une sorte de réseau anastomotique virtuel, capable de se transformer en anastomoses réelles par une sorte de mise en série des granulations qui le constituent, et qui, dès lors, formeraient les ramifications variqueuses ultimes que l'on trouve aux prolongements protoplasmiques eux-mêmes. Les phénomènes d'association des idées, ceux de mémoire, d'oubli, de comparaison et de raisonnement, les réactions idéo-motrices, sensitivo-motrices, etc., etc., tout se réduirait dès lors à de nouvelles connexions qui se rompent ou s'établissent entre cellules. Quant aux actions réflexes, les grosses anastomoses des prolongements protoplasmiques leur suffiraient : ces grosses anastomoses, par leur disposition constante, régiraient les actions réflexes d'une manière fatale, tandis que « la réunion des derniers prolongements des cellules ganglionnaires par un réseau capable de se modifier, de se perfectionner, de s'interrompre par places, serait la caractéristique des centres nerveux chez les animaux supérieurs. t>
Il faut avouer que, si ces théories étaient vraies, nous ne serions pas beaucoup plus avancés sur le mécanisme des opérations intellectuelles et morales. Paul Berger.
Pour le Dé^'eloppement du Gerveac, voy. Encéphale.
§ II. Pathologie. MALADIES DU ceuveau EN GÉNÉRAL. Ou a VU quc l'auatomic, comprenant, sous le titre d'encéphale, l'ensemble des portions du système nerveux central contenues dans la cavité crânienne, réserve le nom de cerveau aux seuls hémisphères. Les masses ganglionnaires attenantes aux lobes cérébraux et faisant un tout continu avec eux, les ventricules que ces lobes circonscrivent en grande partie, les saillies même de leur surface ondulée qu'on appelle circonvolutions, étant considérés comme autant d'organes distincts doivent faire l'objet d'articles séparés dans ce dictionnaire.
La pathologie s'adapte assez malaisément à ces divisions anatomiques que la physiologie elle-même ne suit pas toujours sans difficulté. Loin d'en respecter constamment les limites, les lésions morbides qui atteignent l'encéphale s'y généralisent souvent, au contraire, ou s'y disséminent en des régions diverses à la fois. C'est que les différentes parties du tout encéphalique, si distinctes qu'elles soient au point de vue de l'anatomie et de la physiologie, ont une structure au fond très-analogue, se composent des mêmes élémenls et ne diffèrent guère que par la disposition de ceux-ci ou la prédominance de l'un d'entre eux. Aussi quel que soit le point qu'elles envahissent, les lésions anatomiques dans l'encéphale sont partout sensiblement les mêmes et leur évolution semblable quant aux points principaux. Il en est autrement pour les effets de ces lésions, c'est-à-dire pour les symptômes par lesquels elles se manifestent. Les différentes parties qu'elles
CERVEAU (pathologie). 215
peuvent intéresser ayant des fonctions distinctes, les tronbles fonctionnels qui en résultent diffèrent profondément. Et, comme ces parties diverses n'entrent point toutes en jeu pour le même but et dans les mêmes circonstances, on conçoit que les conditions qui provoquent ou favorisent leurs maladies ne soient point non plus les mêmes. Si donc les lésions qui se produisent dans le cerveau proprement dit sont, sous bien des rapports, absolument semblables à celles que l'on rencontre dans les autres parties du centre nerveux, elles n'en ont pas moins une symptomatologie et une étiologie spéciales à beaucoup d'égards. Aussi devrons-nous insister particulièrement sur les deux dernières parties de leur histoire, l'envoyant seulement à l'article circonvolutions ce qui a trait à la localisation des états morbides dans les différents départements de la surface cérébrale.
Nosologie. Le cerveau peut être le siège d'un assez grand nombre de lésions diverses que nous passerons en revue et, en outre, de troubles fonctionnels sans altération appréciable de texture qui, pour ce motif, sont rangés parmi les névroses. La délimitation précise de ces deux ordres de maladies est plus difficile à établir (ju'on ne le pensait il y a peu de temps encore, Quelque opinion qu'on adopte relativement à ce point de nosologie, on ne saurait la tenir pour autre chose qu'une formule tout à fait provisoire. Qu'on songe seulement, si on veut s'en convaincre, à ce qui est advenu depuis un demi-siècle pour le groupe si naturel en apparence des maladies mentales. Au temps d'Esquirol ce groupe entrait tout entier sans aucune contestation dans la grande classe des névroses. Depuis il fallut en distraire d'abord la paralysie générale des aliénés, lorsque les travaux de Bayle, de Calmeil, et bien d'autres ensuite, eurent fait connaître derrière cette apparente névrose les lésions constantes et incontestables d'une péri-encépbalite diffuse; plus tard l'idiotie et l'imbécillité, quand Parchappe y eut montré les suites d'un arrêt de développement on les conséquences d'altérations organiques diverses du cerveau ; puis encore la démence sénile, résultat évident d'une dégénération qui, dans l'âge avancé, envahit le tissu de l'encéphale comme tous les autres. Baillarger, plus récemment, dérobait encore aux névroses, pour la faire rentrer, sous le nom de folie congestive, dans l'ordre des délires symptomatiques, .toute une catégorie de faits dont la place jusqu'ici incertaine, se trouvera désormais à côté de la paralysie générale. Enfin A. Voisin ne s'est-il pas cru en droit d'affirmer dans ces derniers temps qu'il n'est aucun cas d'aliénation quelque peu ancienne, c'est-à-dire datant au moins de deux ans, où l'on ne puisse, avec une étude attentive et minutieuse, constater des altérations évidentes de la texture du cerveau? Sans doute ces lésions ne se sont trouvées que dans les cas anciens ; on n'a jusqu'ici constaté rien de semblable au début des formes simples de l'aliénation ; on peut donc en inférer que ces lésions sont secondaires et consécutives aux troubles fonctionnels. Mais si l'on remarque qu'il a été possible de reconnaître des altérations de texture là oii on n'en soupçonnait pas d'abord, malgré les recherches les plus attentives; que l'anatomie de texture du cerveau se débrouille à peine ; que son étude exige les procédés d'examen les plus délicats et qu'elle n'a pas même ouvert la voie sérieusement anx recherches d'anatomie pathologique ; comment se montrer assuré que des investigations de idus en plus minutieuses et précises, ne continueront pas d'étendre le cadre des maladies dites symptomatiques, au détriment de celles que l'on considère actuellement encore comme idiopathiqnes ou exclusivement fonctionnelles?
Nous n'avons point ici l'embarras de cette délimitation. Toutes les névroses cérébrales, constituées depuis longtemps à l'état d'espèces morbides distinctes d'après
216 CERVEAU (pathologie).
des données purement séméiologiques, portent des noms qui leur assignent une place à pari, dans ce dictioiuiaire (voy. Folie, Manie, Mélancome, Monojianie, HypocHO?(DRiE, Délire; voijez aussi Hystérir, Épilepsie). Déplus, la paralysie générale, l'idiotie, l'imbécillité, le crétiiiisme devant avoir également leurs chapitres spéciaux, il n'en sera question ici que d'une façon incidente. Ainsi l'objet de cet article se trouvera limité à l'étude des maladies du cerveau anatomiqueuient définies, en dehors de celles qui sont actuellement comprises dans le cadre de l'aliénation mentale. Au cours des considérations générales qui vont suivre, nous ne pourrons guère éviter sans doute de fréquentes incursions dans le domaine de ces dernières ; mais l'association dans une étude commune des maladies du cerveau dites soraatiques et de celles qui sont considérées comme des névroses de l'intelligence montrera mieux en quoi ces deux sortes d'aifeclions diffèrent et par quels points elles se touchent. Nous exposerons donc d'aboid quelles sont les lésions dont le cerveau peut être atteint en raison de ses dispositions anatomiques et de sa texture ; quelles causes peuvent l'aire naître ces lésions et comment en d'autres cas les mêmes causes dorment naissance à de simples névroses ; par quelles sortes de symptômes ces lésions se manifestent et se peuvent différencier des troubles purement névropathiques ; enfin quels rapports la physiologie pathologique parvient à étab'ir entre les causes et les lésions qu'elles lont miître d'une part, de l'autre ntre ces lésions et les symptômes auxquels elles donnent lieu.
Anatomie pathologique, a. Changement des -propriétés physiques. Le volume et le poids du cerveau varient dans des proportions très-considérables avec les conditions d'âge, de sexe, de tuille et de race. Mais on observe en outre des différences individuelles qui oscillent, sans sortir de l'état physiologique, entre des limites assez éloignées. Wagner indique comme termes extrêmes de ces oscillations, 1130 grammes au moins et 149t) grammes au plus pour le cerveau de l'homme, 990 grammes et 1345 pour celui de la femme. Au-dessous commencerait la microcéphalie, état pathologique qui n'est point compatible avec l'intégrité des fonctions cérébrales; au-dessus la mégalocéphahe qui ne l'est pas davantage. On conçoit que ces limites ne peuvent avoir rien d'absolu ; aussi d'autres auteurs, les ont-ils un peu différemment posées. Gratiolet, par exemple, lie fait commencer la microcéphalie qu'à 900 grammes, Broca à 907 grammes pour la femme, à 1049 grammes pour l'homme. Des pesées faites, suivant Thurnam, dans divers asiles de la Grande-Bretagne, d'autres opérées en France par Parchappe ont montré que le ]joids de l'encéphale diminue chez les aliénés en général et se trouve chex eux de 2 pour 100 à 5 pour 100 an-dessous du chiffre indiqué par Welcker comme celui de l'état physiologique. Mais les pesées dont il vient d être question, ayant toujours compris l'encéphale entier, laissent absolument ignorer quelle part revient au cerveau proprement dit dans les variations de poids qu'elles ont fait connaître. Or cette part est sans doute très-prédominante dans le plus grand nombre des cas; car il résulte des recherches de Skae que, dans ceux-là même où le poids total de la masse encéphalique éprouve une si notable diminution, celui du cervelet isolé se trouve an contraire s).ipérieur à ce qu'il est dans l'état normal ; cl d'un autre côté, suivant la remarque de Wagner, c'est sur les lobes cérébraux ttès-évidemment que, chez les microcéphales, l'arrêt du dévelojipement se fait sentir davantage. Meynert a tenté d'apporter un peu plus de précision dans les données fournies par la balance et de déterminer directement le poids du cerveau proprement dit, en isolant, à l'aide d'une coupe particulière, ce qu'il appelle le manteau cérébral. Malheureusement, si cette coupe sépare en effet
CERVEAU (pathologce). 217
1rs lobes cérébraux des couches optiques, des corps striés et de l'isthme, elle l;iisse adhérant à ces dernières parties tout le lobule de l'insuhi qui se trouve ainsi séparé du cerveau, auquel cependant il appartient très-évidemment. L'exactitude de ce nouveau mode de pesée est donc encore contestable. Quoi qu'il en soit, ce que l'auteur a pn constater eu se servant du procédé en question, c'est que le poids du cerveau pris à part diminue progressivement dans les périodes successives de la folie et que la déperdition de poids la plus forte, correspond ù la démence paralytique. Il aurait même reconnu, assure-t-il, que les variations de poids affectent principalement le cerveau dans les formes expansives de la folie, tandis que ce qu'il appelle le tronc cérébral, c'est-à-dire l'isthme et les ganglions, serait plus particulièrement en cause dans les formes dépressives, et le cervelet dans ï'épilepsie.
L'augmentation de volume portant sur l'ensemble du cerveau se juge assez aisément sans l'aide de la balance, pourvu qu'elle se soit produite un peu rapidement, comme dans les cas d'hypérémie et d'encéphalite ; ou que du moins elle date d'une époque oîi l'ossification du crâne était complète. L'encéphale liypertro|)hié ou tuméfié l'emplit exactement la boîte crânienne ; il distend la dure-mère quand celle-ci est à découvert ; il fait hernie à traver s les ouvertures qu'on y pratique, et montre les circonvolutions céi'ébrales aplaties, tassées les unes contre les autres. Reste à s'assurer bien entendu que cet état ne tient pas à une accumulation de liquide dans les cavités ventriculaires, ou bien à la présence soit d'un épauchement considérable, soit d'une tumeur volumineuse. L'affaissement, le plissement de la dure-mère, la façon très-incomplète dont la cavité crânienne se trouve remplie, indiquent au contraire une notable diminution de la masse en cépiialique.
Très-souvent l'augmentation ou la diminution de volume ne portent que sur une partie du cerveau, sur rm seul des hémisphères ou même sur une portion de lun d'eux. L'atrophie d'un hémisphère a été constatée notamment par Baillarger chez les déments paralytiques atteints d'hémiplégie )ncom|dète, où elle est si habituelle que cet auteur a pu la noter six fois sur sept autopsies {Ann. méd. psych. 1858, p. 169) ; par Baume chez des individus affectés d'épilepsie ou d'hérnorrhagie méningée {ibid., 1852, p. 541); par Meyiiert chez les idiots hémiplégiques dont l'asymétrie cérébrale peut, au dire de Boyd, atteindre un degré tel que l'un des hémisphères égale à peine la moitié de l'autre {ibid., 1868, p. 445). Toutes les fois, qu'un foyer ou une tumeur comprime quelque point du '-.erveau, il en résulte une atrophie locale. Même en dehors de cette circonstance particulière, assez souvent l'atrophie se limite à une région circonscrite, ou s'y accuse au moins d'une façon prédominante. Exemples : les mycrocéphales chez qui Wagner a noté que l'atrophie au degré le plus léger, porte exclusivement sur les lobes frontaux, pour gagner les pariétaux à un degré plus avancé et les parties postérieurs seulement dans les cas extrêmes; l'atrophie de l'une des cornes d'Ammou constiitée par Meynert sur 20 épileptiques {Studien û-ber daspath. anat. Material der Wiener ïrrenanst. In Vierteljahrsclir. f. Fsyc, 1808) ; et aussi l'atropliie ou même l'absence du corps calleux qui se rencontre parfois sur des cerveaux bien conformés d'ailleurs.
Des modifications du poids du cerveau, on pourrait déduire les changements de son volume, si la densité du tissu cérébral était constante. Mais il s'en faut que cela puisse être exact. 11 s'en faut tellement que, suivant Charlton Bastian, l'exagération de poids que le cerveau présente chez certains aliénés, serait entièrement
218 CERVEAU (pathologie).
attribuable à une augmentation de sa densité. Il y a d'ailleurs un moyen fort simple d'apprécier très-exactement le volume de l'organe ou de l'ime de ses parties. Ce moyea consiste à évaluer la quantité d'eau que ces parties déplacent d'un vase rempli dans lequel on les plonge.
Le poids spécifique du cerveau varie très-sensiblement, même dans l'état normal. 11 a été trouvé par Nasse notablement moindre chez la femme que chez l'homme. Dans l'état pathologique, si on s'en rapporte aux recherches de Krause et de Fischer, il diminue généralement chez les individus atteints de maladies mentales, de paralysie générale, d'anémie, de consomption ; il augmente le plus souvent, au contraire, dans les affections liypérémiques et inflammatoires (Zeitschr. f. rat. Med., XXVI, s. 506). Et il n'est pas hors de propos de remarquer que ces observations feraient pressentir, si elles se vérifient, une modification assez profonde de la constitution intime de l'encéphale, dans des cas où les investigations anatomiques ne révèlent encore à la plupart des observateurs aucun changement appréciable du tissu. Bastian serait même parvenu à constater, par de laborieuses et patientes recherches faites ^ l'aide du psychomètre, que les modifications de densité se limitent chez les aliénés à la couche corticale, et, dans cette couche, se répartissent assez inégalement, suivant les différentes régions du cerveau {Journ. ofMed. Se. 1866).
L'anatomie pathologique tient habituellement grand compte, dans ses investigations, de la consistance du tissu cérébral qui peut varier sous l'influence des états morbides, depuis la mollesse diffluente d'une bouillie claire jusqu'à une fermeté élastique telle qu'elle approche de celle du caoutchouc. C'est une donnée de constatation facile, mais d'une médiocre valeur, attendu que bien des influences diverses contribuant à ces variations, y compris l'état cadavérique hii-raêrae. Dans la plupart des cas de congestion liabituelle ou de fluxion inflammatoire, la consistance augmente. Elle augmente surtout dans ceux d'inllammation chronique. Elle diminue, au contraire, toutes les fois que la circulation est rapidement entravée, ou qu'il .se produit des stases entraînant l'infiltration de la substance nerveuse par la sérosité, ou des nécrobioses qui la désagrègent.
Quant aux modifications chimiques que la substance nerveuse subit dans l'état morbide, elles sont encore peu étudiées et fort peu connues. Marcé avait montré par quelques essais, combien cette substance s'imprègne aisément de liquide, et combien sont variables les quantités d'eau qu'elle peut contenir (De l'œdème du cerveau. Gaz. hebd. 21 oct. 1859). Dans une série de recherches plus récentes faites sur d'S aliénés, Addisson a trouvé que le cerveau de ces malades contient une proportion d'eau généralement supérieure à celle de l'état normal ; que celle des matières grasses, au contraire, est ordinairement inférieure et même tellement abaissée, dans les cas de mélancolie chronique, de démence ou d'idiotie, qu'elle approche alors de ce qu'on trouve chez le fœtus dans les premiers temps de la gestation. Enfin, chez les hémiplégiques, il a remarqué que la proportion de ces matières est notablement diminuée dans l'hémisphère malade. Quant au phosphore, habituellement consiiiéré comme jouant un rôle assez important dans la constitution de la substance cérébrale, Addisson n'a pas vu que sa quantité subît aucune variation digne d'être notée, ni qu'elle fût dans un rapport quelconque avec le degré du développement intellectuel (Journ. cf. Ment. Se, 5^ trim., 1866). Ajoutons que dans quelques formes d'empoisonnement, dansl'alcoolisme, dans l'intoxication saturnine, par exemple, on a trouvé parfois la matière toxique accumulée en notable prooortion dans le cerveau ; et nous aurons indiqué à peu près tons
CERVKAU (pathologie). 219
les renseignements utiles que la chimie est en état de fournir à la pathologie cérébrale
Altérations des éléments normaux. Le cerveau, comme on l'a vu dans la partie anatomique de cet article, est constitué par une masse de substance blanche que re\êt, à sa périphérie, une couche stratifiée de substance grise. Dans l'une et l'autre, les éléments actifs, fibres ou cellules, se trouvent plongés au milieu d'une masse unissante (tissu interstitiel ou névroglie), qui représente la trame conjonctive de la plupart des organes. L'une et l'autre sont traversées par de nombreux vaisseaux sanguins. Mais le réseau vasculaire est infiniment plus fin et plus serré dans la couche corticale. Aussi cette dernière est-elle le siège principal de l'activité circulatoire ; la partie du cerveau ou la vitalité semble la plus active ; celle qui s'affecte le plus dans les états fluxionnaires, congestifs ouinflammaton-es ; celle que- l'on trouve le ph,s souvent atteinte de ramollissement, et dans laquelle le ramollissement predoniiue en général; celle oiî se produisent surtout les iufirctns affectant la forme de plaques jaunes ; celle enfin que l'on voit s'atrophier le plus chez les microcéphales ou les déments, jusque-là que Baillarger l'a trouvée parfois réduite à l'épaisseur d'une feuille de papier de soie. La continuité de son riche réseau vasculaire explique peut-être pourquoi les hypérémies y sont presque toujours diffuses et se circonscrivent si rarement, à moins qu'une cause spéciale ne les provoque et ne les maintienne dans une région limitée.
Ce n'est pas que la substance blanche ne prenne part de son côté aux états morbides dont le cerveau devient le siège. L'hypérémie y laisse des traces facilement reconnaissables à l'aspect sablé, au pointillé rouge que présentent ses coupes, à la teinte jaunâtre qui s'y répand. L'induration y est plus fréquente que dans la couche corticale, et s'y accuse bien davantage, notamment dans la sclérose en plaques disséminées et sur le cerveau des aliénés paralytiques, où Baillarger a fait voir qu'il existe habituellement au-dessous de la couche grise des circonvolutions, une sorte de crête cornée et résistante, dont celle-ci se détache avec une étrange facilité. C'est encore dans le centre blanc que Parrot a vu se produire d'une façon à peu près exclusive, cette stéatose interstitielle si fréquente chez les enfants du premier âge, et, considérée par lui comme étroitement liée au travail de développement très-actif qui s'opère à ce moment là dans la partie blanche du cerveau. En effet, plus tard, le siège de cette modification anatomique se déplace, et, à partir de la fin de la première année, passe dans la couche corticale oij semble se transporter dès lors toute l'activité formative (Parrot. Etude sur la stéatose interstitielle diffuse de l'encéphale chez le nouveau-né. In Arch. dephys. norm. etpath., 1868, n" 4, 5, et 6).
Les altérations de la névroglie ont une part fort importante dans un très-grand nombre des lésions anatomiques qui atteignent le cerveau, de sorte qu'on pourrait, avec Virchow, distinguer celles-ci en interstitielles et parenchymateuses, suivant qu'elles affectent primitivement les éléments conjonctifs ou les éléments actifs de l'organe.
Quel rôle considérable appartient à l'activité propre des éléments conjonctifs dans les diflérents modes de l'inflammation du cerveau, à leur prolifération, à leurs transformations diverses ; Hayem l'a montré par de nombreuses observations et des expériences habilement conduites {Étude sur les diverses formes d'encéphalite. Th. Paris, 1868). Soit que l'encéphalite doive demeurer à l'état d'in- .tlammation hyperplastique, soit qu'elle tende à la suppuration ou qu'elle produise la sclérose, c'est toujours par le gonflement, l'infiltration granuleuse, la transfor-
220 CERVEAU (pathologie).
malion vésiculaire et la multiplication des éléments de la névroglie, que commence la série des actes morbides. Parfois, de cette multiplication rapide, résultent des formes cellulaires monstrueuses, oiî s'accumulent de nombreux noyaux, en même temps que la substance amorphe prend un aspect grenu et grisâtre. Si la maladie tend à la suppuration, la transformation des éléments de ce tissu, produit la plus grande partie sinon la totalité des globules purulents. Si elle affecte la forme sclérosique, c'est encore de la transformation de ses éléments que procèdent les corps fusiformes, les corpuscules étoiles, les fibrilles conjonctives qu forment la trame des plaques jaunes inflammatoires, les kystes des foyers bémorrhagiques ou des ramollissements, les cicatrices qui leur succèdent et celles qui se produisent à la suite des lésions traumatiques, voir même ce tissu dur, friable et d'un blanc jaunâtre, qui entoure habituellement les tumeurs cancéreuses. Les indurations à foyers circonscrits ou diffus, semblent avoir aussi la même origine ; quoiqu'on puisse, à vrai dire, se demander parfois avec Valpian, si le tissu filamenteux fibrillaire qui constitue en grande partie les portions indurées, ne procède pas uniquement des fibres nerveuses dégénérées, dépourvues de myéline et réduites à leur charpente.
Dans le cas d'hypertrophie générale du cerveau auquel on donne le nom de mégalencéphalie, l'augmentation de volume résulterait uniquement, au dire de Rokitansky et de Virchow, d'une prolifération anormale de la névroglie. — De même, chez les aliénés paralytiques, c'est par la substance conjonctive que la lésion du cerveau commence, comme cela ressort en particulier des recherches de Besser. Dans toute l'épaisseur de la couche corticale et notamment sur les confins de la substance blanche, les noyaux delà névroglie se multiplient, la matière internucléaire se gonfle, paraît plus abondante, et l'épaississement qui en résulte autour des petits vaisseaux devient la cause principale des adhérences de la pie-mère que Ton considère comme caractéristiques de cette maladie {AUg. Zeitsch. f. Psijch. XXllI, 1866, s. 551). — Or la paralysie générale n'est pas la seule des affections mentales où l'on ait observé cette suractivité formative dans la trame interstielle du cerveau. Leidersdorf a constaté également la multiplication des noyaux et leur accumulation autour des cellules ganglionnaires dans deux cas de manie aiguë rapidement mortels ; cas qui se rapportent sans doute à la manie congestive de Baillarger [Ein Beitr. zu den elem. Verànder. in den Hirnr. bey prim. Ps7jch. In Wiener med. Wochensckr., 1864. 52). — Enfin, on pourrait établir, dit Lancereaux, que toutes les affections du cerveau qui se rattachent aux tubercules, à la scrofule, à la syphilis, au rhumatisme, à la goutte, atteignent d'abord la trame conjonctive de l'organe et n'altèrent les éléments nerveux eux-mêmes que plus tard et secondairement {Atl. d'An. path.).
Quelques auteurs, cherchant à reporter aux vaisseaux sanguins l'origine de cette mulliplication considérable d'éléments que tous ont constatée, croient en trouver l'explication dans l'issue et la dissémination des globules blancs du sang. Il est vrai que l'accumulation des éléments de formation nouvelle se montre principalement autour des vaisseaux. C'est un premier argument qui semble appuyer leur opinion. Mais l'argument principal sur lequel cette opinion se fonde, c est l'identité complète des éléments cellulaires qui pénètrent la névroglie et des globules blancs du sang qu'on voit dans la cavité vasculaire. Or cette identité, comme Hayem l'a bien lait voir, est ici purement apparente et ces deux sortes d'éléments présentent des caractères distinctifs assez tranchés pour qu'il ne soit pas permis de les confondre. On ne peut donc considérer l'accumulation des cellules qui
CERVEAU (PAiiioLOGiE). '■221
pénètrent tout le tissu, le résultat exclusif d'une diapédèse des globules blancs. Les lésions qui se rattachent aux différents modes du processus inflammatoire, ne sont pas les seules où le tissu conjonctif et interstitiel soit si fortement en cause. Sa trame et ses cellules deviennent encore, dans les lormes diverses du ramollissement, le siège ou de l'infiltration de sérosité ou de l'accumulation des granulations graisseuses. De cette surcharge granulo-graineuse des cellules conjonctives l'ésultent, par exemple, les corpuscules granuleux de Gluge, qu'on rencontre dans un si grand nombre d'états divers du cerveau, et dont l'origine cellulaire est attestée, au moins pour un grand nombre d'entre eux, par la présence d'nn noyau au milieu des granulations graisseuses accumulées. Ces corps granuleux étaient pour Gluge et la plupart des auteurs qui l'ont suivi, la conséquence et la marque d'un travail inflammatoire. Mais on a dû modifier cette opinion et renoncer à trouver dans leur présence, un caractère irréfragable de l'inflammation, les ayant mainte fois rencontrés dans des dégénérescences évidemment secondaires et passives.
Les cellules ganglionnaires dont se compose en grande partie la substance des couches corticales subissent de leur côté des modifications spéciales dans les différents états morbides du cerveau. Le plus souvent leurs altérations paraissent secondaires et consécutives à celles de la névroglie. Mais ces cellules sont douées d'une résistance remarquable et ne cèdent que lentement aux influences qui tendent à les détruire. Ainsi, dans l'encéphalile chronique avec proliléralion conjonctive et induration, elles demeurent très-longtemps intactes, et on les retrouve avec leui' forme à peu près normale au milieu d'un amas de fibrilles conjonctives qui n'ont pu les étouffer complètement ; alors que les tubes nerveux sont déjà vidés de leur myéline, atrophiés et méconnaissables. La plupart des auteurs qui ont étudié les lésions de la paralysie générale ont constaté cette persistance des cellules nerveuses sans changement notable, au milieu des altérations du tissu dont elles font partie. Quelques-uns néanmoins admettent, avec Rokitansky, qu'elles finissent par éprouver une sorte de dégénérescence passive, conséquence de la compression qu'exercent sur elles les éléments du tissu conjonctif multipliés.
Cependant quelques observations de Tigges paraissaient indiquer déjà une participation active des cellules ganglionnaires au tra^'ail phlegmasique. Dans le tissu cérébral irrité par le voisinage de certaines tumeurs ou par le contact des méninges enflammées, il avait vu de ces cellules reconnaissables à leurs prolongements nombreux et pigmentés se tuméfier et manifester par la présence de noyaux multiples une activité proliférative évidemment anormale et pathologique. Ces mêmes modifications des cellules nerveuses, il les avait retrouvées dans la période aiguë de la paralysie générale, et il était même parvenu à les provoquer artificiellement sur des animaux en irritant la pie-mère. Depuis, Lockart Clarke a vu à son tour, chez les paralytiques, les cellules de l'écorce tuméfiées, déformées, remplies de granulations pigmentaires et comme prêtes à se dissoudre (Magnan, Arch. de physioL, mars et avril 1868). Meschede a également observé, dans cette maladie, la tuméfaction des cellules ganglionnaires suivie d'une dégénérescence graisseuse et pigmentaire pouvant aller jusqu'à la destruction des éléments ; en sorte qu'il croit pouvoir considérer la paralysie générale comme principalement caractérisée par une dégénérescence parenchymateuse portant sur la couche interne de la substance corticale {Die paralijt. Geiateskr. und ihre org. Grundlage. In Virch. Arch., 1865, t. XXXIV, S. 105). Plus récemment Meynert aflinnait avoir constaté des altéiatious évidentes des corpuscules de l'écorce, non-seulement
dans la paralysie générale, mais aussi dans les formes dites primitives de l'aliénation mentale, et des altérations même assez variées pour qu'il pût y avoir lieu d'en reconnaître quatre modes différents. Mais il ne paraît pas certain qu'il ait suffisamment distingué, dans ces lésions, ce qui appartient aux éléments ganglionnaires de ce qui retient à ceux de la névrogiie (Studien ûber das path. anal. Material der Wien. Irrenanst. In Vierteljahrsschr. f. Psycli., 1868, f. U], IV, p. 381). Comme lui, Howden généralise beaucoup les altérations des cellules nerveuses et les considère comme l'accompagnement nécessaire de tout délire longtemps persistant. Quinze années d'observations lui permettraient d'affirmer que les cellules de la substance grise sont dans ce cas-là, toujours altérées et prennent un aspect granuleux anormal {On Granular Degeneration ofthe Nerv. Cells in Insanity. In The Lancet, 1869, t. II, p. 157). C'est du reste la même opinion que A. Voisin soutenait d'une façon plus explicite encore, lorsqu'il avançait que, chez tout individu aliéné depuis plus de deux ans, les cellules de l'écorce présentent une accumulation de molécules graisseuses et pigmentaires, avec disparition du protoplasma et finalement destruction des noyaux et des cylindres axiles.
De ces observations diverses il résulterait donc que, dans tout état de délire très-persistant, les cellules ganglionnaires de l'écorce s'altèrent à la longue, deviciment granuleuses se chargent de pigment et, dans les états les plus avancés, semblent pouvoir perdre leurs noyaux et leurs moyens de connexion ; mais que, dans la paralysie générale, l'altération de ces cellules plus profonde et plus rapide, s'associe à un travail phlegmasique dont le tissu interstitiel est primitivement le siège.
Lorsque l'inflammation du cerveau devient suppuiative, les cellules ganglionnaires comprises dans le foyer se détruisent, et leurs noyaux devenus libres se trouvent mélangés aux globules purulents et aux corps granuleux. — De même dans les cas d'infarctus ou de ramollissement consécutif à une oblitération artérielle, les cellules nerveuses subissent le sort commun à tous les éléments du tissu. Elles se chargent de graisse, se ramollissent et disparaissent. — Quand l'atrophie avec induration atteint un certain degré, les cellules ganglionnaires ne laissent pas d'y prendre part à leur tour. C'est ainsi que dans un cas, oiî l'un des lobes cérébraux était induré et atrophié, Lancereaux trouva, au milieu d'une trame de fibres conjonctives fines et entre-croisées dans tous les sens, les cellules nerveuses petites, granuleuses, déformées, évidemment atrophiées elles mêmes {Atl. d'an, path.).
Ces cellules peuvent encore se calcifier, et Heschl s'est assuré que la substance calcaire, qui les remplit alors et les pénètre jusque dans leurs prolongements, est du [ihosphate, non du carbonate de chaux (Verkaîkte Nervenzel. im Gehirn. In Arch. f. path. Anat. Bd. V, 1870). Les cellules ainsi calcifiées se rencontrent parfois daiis des plaques jaunes, d'autres fois au milieu d'un tissu tout à fait sain en apparence. Comme ce genre d'altération s'était rencontré d'abord dans des cas de plaies de tête, Virchow, qui l'observa le premier, crut y trouver le résultat d'une métastase de la substance calcaire des os. Mais des observations nouvelles ont modifié son opinion à cet égard, et il n'y voit plus actuellement qu'une sorte de nécrobiose déterminée par la commotion.
Enfin il est une forme assez étrange et rare de lésion anatomique du cerVeail caractérisée par la présence hétérotopique des cellules ganglionnaires dans des points de cet organe où normalement il n'en existe pas. Gela forme des niasses plus ou moins volumineuses d'uue sub.^tance tout à fait s:aiblabie à celle de la
CERVEAU (i-ATiioLOGiE) 225
couche corticale. Ces masses, enfouies au milieu de la partie blanche des hémisphères, tantôt se continuent avec la substance de l'écorce par quelque point de leur pourtour, tantôt paraissent absolument isolées. Elles siègent le plus souvent aux environs de la partie postérieure du ventricule latéral; et Virchow pense que le voisinage de la corne d'Ammon et de l'hippocampe, où les substances blanche et grise sont superposées, déteimine en ce point une tendance spéciale à celte sorte d'anomalie (Zur path. Anat. der Geh'mis. In Arch. f. path. Anat. Bd. XXXVIII, 1867). C'est une lésion qui paraît être toujours congénitale, et ne se l'encontre guère que chez des idiots, des épileptiques ou des déments. Mais il est peu vraisemblable qu'elle ait aucune part aux accidents observés avec elle et qui se manifestent presque toujours à une époque plus ou moins tardive ; d'autant qu'on la trouve habituellement associée à d'autres lésions de l'encéphale {voy. lîitter, Heterotopie der grauen Hlnisubstanz. In Wurt. nied. Corresp. Bl. Febr. 6, 1869. — Wicke, Atrophie der vechten Grosshirn. Heterotopie der grauen Siibst. In Deuiscli. Klin., 1869, n" 19, 28. — F. Meschede, Heteropie grauen Hirnsubst. In Virch. Arch., 1870, n" 50).
Les tubes nerveux de la substance blanche s'altèrent assez rapidement soit dans les divers états inflammatoires, soit sous l'intlucnce des troubles de la circulation qui entraînent la nécrobiose. Dans le premier cas ils paraissent se tuméfier, deviennent sinueux, se couvrent de granulations graisseuses ; puis leur myéline se segmente et se transibrme en fines gouttelettes de graisse. Celles-ci par la suite se résorbent, et les tubes nerveux se trouvent ainsi réduits à leur membrane d'enveloppe appliquée sur le cylindre d'axe ; état dans lequel il devient très-difficile de les distinguer des fibrilles du tissu conjonctif au milieu desquelles ils sont habituellement perdus. Dans les foyers de ramollissement, les tubes se segmentent et se réduisent en fragments de plus en plus petits qui finissent par se détruire et se fondre dans la transformation granulo-graisseuse générale.
Les altérations des vaisseaux sont de beaucou|) la partie la plus importante de l'anatomie pathologique du cerveau; la régularité de la circulation sanguine étant d'une importance capitale pour la nutrition et le fonctionnement régulier des différentes parties du centre nerveux. Ce n'est pas qu'une ciiculation régulière soit indifférente aux autres organes. Mais, tandis que dans la plupart d'entre eux toutes les parties, fonctionnant d'une façon identique et à peu près indépendante, peuvent se suppléer mutuellement, en sorte qu'une portion assez étendue de quelque glande que ce soit, peut cesser d'agir sans que la fonction se trouve sensiblement compromise; dans le cerveau, l'action de chaque partie se spécialise davantage, les réactions mutuelles sont beaucoup plus vives et la délicatesse du tissu telle qu'il suffit d'une stase un peu prolongée pour en altérer bientôt les éléments. Aussi les anatomo-pathologistes ont-ils dès longtemps remarqué combien sont graves pour le cerveau les moindres altérations de son système vasculaire. Tandis qu'Abercrombie et Marshal Hall montraient que nombre d'accidents sérieux sont attribuables à l'anémie cérébrale, Piostau, Bouillaud signalaient la part considérable qui revient à l'état athéromateux des vaisseaux dans la pathogénie des licmorrhagies et du ramollissement. Les études entreprises depuis sur ce sujet, n'ont fait que montrer de plus en plus comment le sort du cerveau est en quelque sorte réglé par l'état de son système vasculaire.
L'hyperémie simple et l'ischémie, c'est-à-dire l'abord du sang en quantité exagérée ou insuffisante, sont des causes fréquentes d'accidents céiébraux et interviennent incessamment dans la pathologie du centre nerveux. Mais elles sont â
224 CEHVEAU (pathologie).
peine du ressort de l'anatomie pathologique, attendu que leurs caractères s'effacent aisément après la mort; à moins qu'elles n'aient atteint un degré excessif, ou qu'elles n'aient duré assez longtemps pour laisser des traces durables. La rougeur plus ou moins diffuse de la substance du cervean, l'abondance du piqueté qu'on remarque à k surface des coupes, dépendent de trop de circonstances accessoires pour qu'on y attache une grande importance et qu'on puisse les considérer comme un témoignage exact de l'état de la circulation cérébrale pendant la vie. Ce que l'anatomie pathologique peut constater, ce sont les altérations de la paroi vasculaire qui jjréparent la congestion, déterminent l'ischémie ou surviennent comme conséquencies de l'un ou de l'autre de ces deux états.
Telles sont, par exemple, les dilatations considérables et uniformes des capillaires de l'écorce, formant çà et là de riches plexus, que Cahneil a l'réquemment constatées sur le cerveau des aliénés paralytiques et qu'il considèie comme caractérisant le premier stade de la péri-encéphalite chronique diffuse ; stade ptuement congestif oîi la maladie peut s'arrêter quelque temps avant que les exsudalions et la prolifération cellulaires viennent accuser un état nettement inflammatoire (Calmeil, Mal. inflamm. du cerveau, t. I, p. 265). Et ces dilatations ne sont pas de simples apparences. Ekke les a mesurées exactement et s'est assuré, par exemple, que des vaisseaux dont le diamètre ordinaire ne dépasse pas 0"'",079 à 0'""',152, peuvent atteindre dans ce cas 0""",10o ou 0°"",275.
Lorsque les capillaires se dilatent d'une façon persistante dans des points tout à fait circonscrits, cela produit ces anévrysmes miliaires dont Pestalozzi et Kôlliker ont signalé la fréquence sur le cerveau des vieillards et des gens prédisposés à l'hémorriiagie cérébrale. Multipliées et rapprochées ces dilatations constituent en grande partie la lésion décrite sous le nom d'hémorrhagie capillaire. On les trouve formant un piqueté spécial souvent accompagné d'extravasation sanguine dans les parties contuses du cerveau. Et, dans ce cas, on ne peut meltie en doute qu'elles soient l'effet du traumatisme lui-même, puisque Hasse a eu occasion de les observer chez des individus jeunes, morts quelques heures seulement après l'accident ([ui a déterminé la contusion.
Sur le trajet des artérioles, de celles surtout qui pénètrent dans les circonvolutions, on rencontre assez souvent, comme l'ont montré Gharcot et Bouchard, des dilatations analogues, mais beaucoup plus considéi'ables, de véritables petits anévrysmes. Leur rupture paraît être fréquemment l'origine des hémorrhagies graves qui déchirent le parenchyme du cerveau. Gharcot en attribue l'origine à une péri-artérite qui diminuerait dans certains points la résistance de la paroi vasculaire. Gliurch, qui en a rencontré plusieurs fois chez des individus peu avancés en âge, et même au-dessous de vingt ans, pense qu'elles doivent avoir dans ce cas, pour point de départ, une oblitération embolique {On Formation of Anevrysms and especially Intracranial in Early Life. In Saint-Barthol . Hosp. Rep. VI, p. 99). Mais il faut bien reconnaître que cette opinion est encore à vérilier. La rupture d'une dilatation de ce genre peut avoir les conséquences les plus graves; je l'ai vue, dans mon service, produire ime hémorrhagie cérébrale mortelle chez une fille épileptiqiie de dix-huit ans.
On a signalé dans le cerveau de véritables tumeurs érectiles formées d'un lacis de vaisseaux entortillés. Ces tumeurs se développent, en général, sur les limites de la substance grise et de la substance blanche des circonvolutions (Arndt, Eine eigenthiimliche Entart. der Gehirngef. In Arch. f. path. Anat. Bd. XLl, p. 4, 18b8). Elles sont ordinairement loit petites; cependant on eu a vu acquérir de
CERVEAU (l'ATiioi oGiE/. 225
grandes dimensions (Morris, Venons vase. Tum. of Cerebr. In Tram, of the Pathol.Soc.,t.Vi\l p. 29, 1871).
Quant à la stase habituelle, à celle surtout (ju'on ob^erve chez les vieillards, elle a pour conséquence anatoniique appiériable, outre la dilatation persistante des petits vaisseaux, l'issue des globules sanguins soit dans la gaine lymphatique, soit dans la substance nerveuse elle-même, leur transformation ultérieure en matière pigmentaire, puis pins tard l'affaissement des vaisseaux qui finissent par ne plus laisser d'autres traces reconnaissables que de longues traînées de pigment. Toute hyperémie prolongée laisse ainsi à sa suite des plaques pigmentaires disséminées le long des gaines lymphatiques. Bonnet et Poiucaré en ont rencontré constamment sur le cerveau des individus morts de paralysie générale (Ann. méd.psych.,\868,t.m,p. 185).
Si la dilatation des vaisseaux cérébraux a des conséquences graves, leur oblitération n'en a pas de moindres. Le rétrécissement que l'endartérite et l'athérome apportent au calibre des vaisseaux, aussi bien que leur oblitération embolique, deviennent l'origine d'ischémies (jIus ou moins étendues et complètes, d'infarctus et de ramollissements. Lorsque l'oblitération a été rapide, il s'y joint des hypérémiesde voisinage ou de compensation qui prennent parfois une importance assez grande dans l'évolution des lésions morbides. Chez les leucocytliémiques ce sont les globules blancs qui, s'accumniant, se tassant dans les capillaires du cerveau, arrivent à en oblitérer un grand nombre, comme l'a montré Ollivier, et deviennent une des principales causes deS accidents nerveux. Enfin dans la mélanéraie les particules de pigment font le même office avec des effets analogues.
Si dans l'eucéplialile le rôle principal revient aux éléniL^nts de la névroglie, si c'est sur eux qu'on observe les premières altérations appréciables et les plus importantes, la paroi des vaisseaux ne laisse pas de participer aussi pour son compte au processus inflammatoire. Hayem a vu, notamment dans les cas d'encéphalite hyperplastique, les vaisseaux capillaires considérablement dilatés, distendus par l'accumulation des globules sanguins, et de plus multipliés par la formation de vaisseaux nouveaux. Leur paroi est épaissie au point d'acquérir jusqu'à 5 et 6 fois l'épaisseur normale ; elle s'infiltre de granulations ; ses noyaux se niulti- |)lient ; les granulations s'accumulent autour d'eux ; ceux des noyaux qui occupent la surface s'entourent d'une petite masse cellulaire ; puis ils deviennent libres dans la cavité de la gaine Ijmphatiqne, où on les prend volontiers pour des globules blancs. D.ms les lormes chroniques de l'encéphalite, l'Iiypérémie, la dilatation vascuiaire sont sans doute beaucoup moindres, mais on y voit aussi naître des vaisseaux nouviaux a\itour desquels les éléments conjoiiclifs se multiplient. S'il s'agit de suppuration, les vaisseaux prennent encore une part active à la formation du pus, non pas, les observations d'Hayem l'ont établi, en laissant passer au dehors les leucocytes du sang, mais en produisant directement des globules purulents par multiplication et transformation des noyaux de leur membrane externe. Aussi quand il se produit une véritable infiltration purulente, c'est le long des vaisseaux que la suppuration se propage. — L'état atbéromateux chez les vieillards s'étend parfois fort au loin sur les ramifications des vaisseaux cérébraux. Jusque sur les plus petits, on trouve des épaississements partiels ou des transformations giannlo-graisseuses disséminées de place en place, ou même occupant des portions étendues du réseau capillaire et capables d'en amener finalement l'olditération eX l'atrophie. — En dehors de cet état, consé(juencede la sénilité, on rencontre sur certains cerveaux une véritable calcification des plus petits vaisseaux ; calcification
me;. liM. MV. 1j
226 CERVEAU (pathologie).
qui va si loin quelquefois et leur donne une telle rijiidité (jue la section du cerveau en devient dilficile et que la surface des coupes se liérisse de houppes vasculaires roides, saillantes, dressées comme les poils d'une brosse. La lumière des vaisseaux est même alors effacée par le dépôt des granulations calcaires dans l'épaisseur de la paroi. Mais, à l'inverse de ce qui a lieu dans l'alhérome, les grosses artères en ce cas ne sont nullement atteintes, et d'autre part cette altération ne se limite pas aux vaisseaux cérébraux, mais envahit en même temps d'autres organes tels que les poumons et la muqueuse gastrique. Comme cet état des vaisseaux se rencontre habituellement chez des individus affectés de lésions osseuses (carie, tubercules, cancer ou atrophie), Virchow avait été conduit à voir dans cette lésion spéciale, de même que dans l'altération analogue des cellules ganglionnaires, l'elfet d'une métast;>se calcaire. Mais aussi bien que dans le cas précédent la coïncidence d'une altération des os n'étant point du tout constante, l'interprétation dont il s'agit n'est qu'exceptionnellement applicable. Les conséquences de cette altération v aculaire semblent du reste assez fâcheuses puisqu'on la trouve toujours accompagnée de mélancolie, de démence ou de paralysie générale.
Une condition anatomi(jue tout à fait particulière aux vaisseaux de l'encéphale, c'est la présence de la gaîne lymphatiijue qui les entoure, gaine qu'on a souvent prise pour un état pathologique, suivant la remarque de Lochart-Clarke, jusqu'à l'époque où Robin en fit connaître l'existence constante. D'après les recherches de Golgi, cette gaîne a dans l'état normal des dimensions assez régulières, mais proportionnellement plus considérable sur les vaisseaux les plus petits; plus grandes aussi dans le cerveau proprement dit et ses ganglions, que dans l'isthme ou le cervelet. Ces dimensions s'accroissent très-notablement avec l'âge. Elles varient plus considérablement encore sous l'influence des états morbides. Ainsi, dans les points du réseau vasculaire cérébral, oii la gaîne offre à l'état normal un espace vide égal environ à la moitié de la lumière du vaisseau (0'"™,53), l'hypérémie la réduit de près de moitié (O^^jSi ) ; tandis que, avec l'anémie cérébrale, ses dimensions augmentent dans la même proportion (0'"™,78), et, sur des cerveaux œdémateux, dépassent le calibre du vaisseau lui-même (1™'",20). En d'autres termes, quand un vaisseau se distend, il semble le faire aux dépens de sa gaîne lymphatique, qui s'efface en partie. Si au contraire, il revient sur lui-même c'est en laissant à celle-ci une capacité plus grande. Dans un assez grand nombre d'états morbides divers où se produisent des stases sanguines (dans les maladies du cœur, du poumon, chez les vieillards, chez certains aliénés), les gaines lymphatiques acquièrent des dimensions absolues Irès-exagérées (0"™,197 au lieu de 0™", 099). Cette dilatation peut même être portée si loi^i qu'elle devient appréciable à l'œil nu sur les coupes du cerveau et constitue ce que Durand-Fardel a décrit sous le nom d'état criblé.
Lorsque les petits vaisseaux à force de se distendre viennent à se rompre dans le point dilaté, le sang s'épanche ordinairement d'abord dans la gaîne lymphatique formant ainsi une sorte de petit anévrisme disséquant. C'est même de celte façon que paraissent surtout se produire les hémorrhagies capillaires décrites par Cruveilhier. Mais la gaîne elle-même ne peut pas toujours résister et laisse à son tour le sang se répandre dans le tissu ambiant. A en juger par la présence à peu près constantedegr linsd'héaiatine dans la cav.tc de ces gaines sur le cerveau des vieillards, on peut présumer que des épanchements de ce genre ne doivent pas être rares lorsque les capillaires ont perdu leur résistance par suite des progrès de l'âge. Il est vrai qu'on attribue aussi ces accumulations de pigment à la simple transsuda-
CERVEAU (pathologie). 227
tiou de la matière colorante du sang; et peut-être les choses se passent-elles en elfet de la sorte dans les cas de stase intense et prolongée. Mais j'ai vu trop souvent les hématies elles-mêmes sorties du torrent circulatoire et accumulées dans la gaine où elles subissent des transformations successives, pour ne pas être convaincu que ce dernier mode de formation du pigment péri-vasculaire est de beaucoup le plus fréquent.
Dans l'état normal les gaines lymphatiques contiennent un grand nombre de cellules et des noyaux considérés par Robin comme des corpuscules lymphatiques. Quelques auteurs pensent qu'il s'agit là d'éléments issus de la cavité des vaisseaux sangnins. Hayem, au contraire, dit avoir pu s'assurer que, lorsque ces éléments se multiplient sous l'influence d'un travail patholojiîique, ils proviennent constamment de la prolifération des noyaux de l'adventice ou de la gaine elle-même. Ils sont presque toujours cellulaires, possèdent un ou deux noyaux volumineux finement granuleux sans nucléole, et deviennent plus clairs par l'action de l'acide acétique, lequel les ratatine sans taire apparaître les petits groupes de noyaux qu'on peut considérer comme caractérisant les leucocytes [Des différentes espèces d'encéphalites, Th. Paris, 1868, p. 65).
C'est encore dans la guîne lymphatique que se trouvent entassées les granulations protéïques et les gouttelettes graisseuses dont les vaisseaux se surchargent dans les cas de ramollissement ou de sclérose. Enfin c'est là aussi que les petits éléments spéciaux s'accumulent au début des formations tuberculeuses (Cornil. Du tubercide spécialement étudié dans ses rapports avec les vaisseaux. In A7xh. dephysiol. Janv. Févr. 1868).
Lorsque dans un ramollissement pulpeux, le centre de l'infarctus s'est liquéfié, on trouve les gaines lymphatiques des vaisseaux qui entourent le foyer dilatées et remplies de granulations giaisseuses ou de corps granuleux. D'oii on voit que ces gaines prennent une part active à la résorption des éléments détruits, eu particulier déjà myéline qui disparaît de l'intérieur des tubes nerveux (Bizzozero. De alcuni alterazioni dei lymphatici del cervello. In La Hivista clinica. Bologne, 1868).
éléments de formation nouvelle. Au milieu des éléments normaux altérés par la maladie on voit paraître assez souvent des éléments de formation nouvelle. Ainsi : Le pigment sanguin se dépose, non-seulement sur le trajet des vaisseaux, mais encore dans toute l'épaisseur du tissu nerveux, chaque fois qu'un état congestif subsiste pendant longtemps et prend la forme chronique. Ce pigment, qui persiste indéfiniment, témoigne de la nature primitivement congestive et plus ou moins nettement inflammatoire de certaines lésions, comme la sclérore, auxquelles il est habituellement associé et dont on n'observe que les derniers stades. Les cristaux d'hématoïdine, indice d'hémorrhagies antérieures, se rencontrent non-seulement dans les foyers sanguins, mais aussi dans les abcès. Les corps amyloïdes accompagnent souvent d'autres traces d'une inflammation chronique ou d'une dégénérence atrophique. Les globulesde pus s'insiimentàun certain degré du travail inflammatoire entre les éléments du tissu cérébral ; soit que, suivant la doctrine de Gohnheim, ils proviennent d'une diapédèse des globules blancs du sang, fait possible pour quelques-uns d'entre eux , mais dépourvu jusqu'ici de démonstration directe ; soit, comme cela ressort des expériences et des observations d'Hayem, qu'ils résultent d'une prolifération active des éléments de la uévroglie et de la paroi vascuculaire {Étude sur la format, du pus dans le tissu cérébral. In Archiv. de phys., 0, 1868). Les globules de Gluge, formation toute spéciale aux centres nerveux, se
228 CERVEAU ([atiiologie).
montrent sous deux formes assez distinctes indiquéfs par Poumeau et Boucliard. Les uns résultas nt de l'accumulation des granulations graisseuses dans l'intérieur d'une cellule à noyau plus ou moins nettement recounaissable ; les autres produits par une agrégation irrégulière et informe de granulations du même geni e primitivement libres. Les premiers seraient uue transformation des cellules de la iiévroglie se rattacliant au travail inflammatoire, les autres un simple produit de la dés- ■ agrégation du tissu nerveux. Mais il ne semble pas que les uns ou les autres puissent être considérés comme caractéristiques d un processus de nature spéciale; car, ainsi que le remarque Hayem, on voit souvent ces deux variétés associées, et cela aussi bien dans les cas où l'on peut admettre, quedans ceux oii il faut absolument rejeter l'idée d'un état phlegraasique. Eulin on rencontre parfois dans les foyers un peu ancien de nécrobiose, au milieu des éléments dégénérés, des cristaux de matières grasses, soit libres, soit inclus dans des cellules.
Lorsqu'une cause quelconque a suspendu les phénomènes de nutrition dans un point du cerveau, les éléments ne tardent pas à subir le mode d'altération spécial désigné sous le nom de nécrobiose. C'est-à-dire qu'ils se désagrègent, se résolvent en granulations protéiques et graisseuses, puis tendent à se résorber après avoir éprouvé une sorte de ramollissement général. Ma;s ici il ne se produit ordinairement pas comme dans les parties antérieures que la vie abandonne, de ces transformations chimiques rapides qui caractérisent la gangrène. En signalant l'analogie qu'on peut établir entre certains ramoUissemenls cérébraux et le sphacèle des autres organes, M. Bomllaud n'avait pas failli à remarquer, que la préservation absolue du contact de l'air crée à cet égard pour le cerveau des conditions toutes spéciales. Au contraire, lorsqu'ime plaie de tête, entamant la calotte crânienne, a mis l'organe cà découvert, lespbacèle s'empare des portions herniées du cerveau, et l'on y voit survenir les phénomènes de la décomposition putride. Si ces derniers ne vont jamais très-loin, c'est uniquement parce que la faible consistance du tissupermet aux parties sphacelées de se détacher et de s'éliminer rapidement. La. gangrène spontanée du cerveau a été vue cependant chez des aliénés paralytiques,' d'abord par Baillarger {Bull, de l'Acad. de méd., t. XIV, 1858, 15 déc), puis parDelasiauve, par Marcé et enfin par Bruny (Joi<rra. de Méd. de Bordeaux, Janv. 1860). La teinte grise ardoisée paraît le principal, peut-être l'unique caractère, d'après lequel son existence a été admise dans ces cas-là.
Le cerveau peut être le siège de tumeurs, parmi lesquelles le tubercule tient la place la plus importante, mais où se rangent aussi à côté des différentes variétés du cancer, des formes de tumeur très-diverses, telles que le gliome, le rayxome, le sarcome, et de moins importantes à cause de leur rareté ou de leur petit volume habituel et du peu d'accidents qu'elles déterminent, les cholestéalomes, les psammomes, les kystes dermoïdes ou autres, enfin les ostéomes qui sont d'extrêmes raretés. Parmi ces tumeurs les unes prennent leur origine dans une nutrition déviée des cellules ganglionnaires elles-mêmes, d'antres dans une prolifération anormale du tissu conjonctif de la névroghe, d'autres aussi ont leur point de départ dans la pie-mère et ne pénètrent que secondairement dans la substance du cerveau lui-même. Enfin il reste à signalerj, comme pouvant se développer dans le cerveau, les cysticerques et les ecchynocoques. Les premiers disséminés de préférence dans la substance grise des ciiconvolutions à l'exclusion des autres parties de l'encéphale, les autres le plus souvent isolés au sein d'un des hémisphères.
Telles sont d'une façon générale, les lésions diverses dont le cerveau peut être iitteint. Voyons maintenant quelles causes les font naître.
CERVEAU (pathologie). 229
ÉrioLOGiE. Le cerveau, enfermé dans la boîle crânienne, n'entrant en rapport avec les agents extérieurs que par l'intermédiaire des organes des sens ou bien indirectement par celui de la circulation sanguine, est, par ce fait, fort peu exposé à l'influence pathogénique directe des causes physiques. Son état physiologique est compromis bien plus souvent par le fait des perturbations fonctioniielles. Or son fonctionnement régulier exige une équilibration si parfaile dans l'action do ses diverses parties, se trouve subordonné par tant de raisons à l'exact accomplissement du jeu de tous les organes, qu'il n'est guère de dérangement notable de la santé auquel il ne prenne part, guère d'ébranlement de l'organisme dont il ne ressente et n'accuse le contre-coup. L'observation de cha({ue jour ne montre-telle pas que la manière dont nous ressentons les impressions extérieures, dont nous les apprécions et IfS jugeons, que la facilité plus ou moins grande avec laquelle s'effectuent les opérations les plus délicates et les plus compliquées de notre intelligence, que le degré d'activité et d'entrain, surtout, avec lequel nous passons de la pensée à la résolution puis à l'action, dépendent fréquemment, dans une large mesure, de la façon plus ou moins régulière dont s'exécutent toutes nos fonctions ou des troubles qui peuvent entraver quelques-unes d'entre elles. Le plus souvent, sans doute, il ne résulte de ces influences passagères que de simples nuances dans l'activité et l'énergie fonctionnelle du cerveau. Avec certaines prédispositions ou rap|)oint de quelques causes plus directes, ces nuances, d'abord traiisiloins, deviennent des états pathologiques persistants, et ceux-ci, par suite d'une longue durée ou d'une intensité excessive, peuvent amener des altérations plus ou moins profondes dans l'organe. Puisqu'il suffit du dérangement de quelques fonctions pour troubler l'action régulière du cerveau, on conçoit à plus forte raison que les maladies générales giaves ne peuvent manquer de l'ébranler puissamment, et cela de façons et pour des raisons très-diverses.
On voit par là qu'il faut donc distinguer aux maladies cérébrales deux sortes de causes : les causes directes, qui agissent plus ou moins immédiatement sur le cerveau lui-même, et les causes indirectes, qui ne l'atteignent que par l'intermédiiiire de maladies locales ou générales, sous l'influence desquelles le cerveau s'alfecte secondairement. A cela, il importe d'ajouter les prédispositions, en vertu desquelles tel ou tel individu se trouve plus spécialement accessible aux causes ordinaires des affections cérébrales.
Ldi prédisposition di sa place dans l'étiologie de toutes les maladies, mais nulle part elle n'en tient une plus grande que dans celle des maladies du cerveau, nulle part du moins elle ne se montre avec plus d'évidence et n'a été plus étudiée. 11 y a déjà une bien frappante inégalité dans la résistance qu'opposent des individus différents aux mêmes causes de perturbation cérébrale, aux émotions violentes, par exemple, au travail intellectuel excessif, à l'action des alcooliques. De môme, les maladies générales, susceptibles de manifestations cérébrales, n'y doiment pas lieu constamment. Tout rhumatisant, on le sait, n'est pas nécessairement pris par le cerveau, quelle que soit d'ailleurs l'intensité de son affection. Et l'on ne peut guère douter qu'une excitabilité plus vive de cet organe ne le prédispose à subir les atteintes de la maladie, si l'on songe que le rhumatisme cérébral est singulièrement plus rare dans les classes pauvres de la société habituées à des œuvres manuelles que parmi les gens aisés accoutumés aux travaux de l'esprit. La prédisposition est, ou congénitale, ou bien acquise sous l'inlluence des conditions d'hygiène ph;)sique et morale au milieu desquelles la vie s'est passée depuis l'enfance. Cougéiiitale, elle est presque toujours héréditaire. Sans doute
il y a lieu de tenir compte des influences qui agissent pendant la grossesse. Mais l'hérédité, c'est-à-dire la transmission des états ou des dispositions morbides qui existent chez les parents, soit à l'état latent, soit à l'état de manifestation actuelle, est en somme la plus importante des causes qui prédisposent aux maladies du cerveau. Elle domine, par exemple, l'étiologie des maladies mentales, tellement que ceiiaines statistiques l'ont figurer dans la folie simple jusqu'à la moitié de cas héréditaires. On la retrouve aussi préparant la voie aux lésions anatomiques les plus caractérisées : congestion, encéphalite, hémorrhagie, ramollissement.
Or elle intervient dans l'étiologie de deux façons très-différentes : directement, en reproduisant un état du système nerveux et particulièrement du cerveau spécialement favorable à l'envahissement de cet organe par la maladie ; indirectement, par la transmission d'états diathésiques susceptibles de s'y localiser. D'oiî résulte qu'il existe deux sortes d'hérédité qui parfois concourent à faire naître certaines maladies du cerveau, qui d'autres fois agissent isolément : l'hérédité d'état cérébral; l'hérédité de diathèse.
La première se montre surtout avec évidence dans les cas où se transmettent certains vices de conformation du cerveau ; quand on voit, par exemple, comme dans le cas de Betz, plusieurs enfants atteints d'hypertro|)hie du cerveau naître de parents ayant l'un et l'autre de grosses têtes {Memorabilia, 1865-66). Elle se manifeste encore dans ce fait connu que les vices de la conformation cérébrale, transmissibles au même titre que ceux de tout autre organe, se lient évidemment par l'hérédité aux pures névroses du cerveau. Ainsi l'idiotie, qui se rattache presque toujours à quelque vice de ce genre, survient le plus souvent dans des familles oii l'on rencontre aussi la folie, l'épilepsie, la surdi-mutité, les maladies paralytiques ; et elle semble y apparaître comme dernier terme de l'abâtardissement de la race, après que des influences complexes se sont lentement épuisées, faisant de temps en temps apparaître quelque affection grave du système nerveux {voy. Morel, Traité des dégénérescences, 1857). L'hérédité, d'ailleurs, établit des connexions non douteuses entre la folie simple, les névroses cérébrales et les maladies cérébrales caractérisées par des lésions anatomiques primitives. Calmeil affirme que plus d'un quart des malades atteints de péri-encéphalite chronique comptent dans leur parenté, soit des maniaques, des mélancoliques, des déments, solides épileptiques, des apoplectiques ou des individus affectés d'encéphalite localisée. Il semble donc bien qu'on n'hérite pas précisément de telle ou telle maladie du cerveau, mais bien d'une disposition, d'une tendance spéciale aux déterminations pathologiques vers cet organe. Cette tendance, du reste, se manifeste avant la détermination elle-même de façons assez diverses : quelquefois par l'exagération de certaines dispositions morales, état de l'esprit éminemment transmissible et qui, porté au delà des limites physiologiques compatibles avec la liberté de conscience et d'action, devient la folie raisonnante (Campagne, Manie raisonnante. In Ann. méd. psych., 4® sér. , t. XII, p . 207; 1 868 ) ; d'autres fois par une excitabilité cérébrale particulière, par une tendance à la suractivité qui, djns des conditions heureuses d'organisation et de résistance, paraît, suivant la remarque de Moreau, favoriser les plus puissantes manilestations du génie, mais qui fera verser dans l'aliénation les malheureux qui en sont doués, ou les donnera en proie aux congestions, à l'hémorrhagie, au ramollissement cérébral, si, poussée à l'excès, surexcitée par les circonstances et les événements, elle dépasse la limite des forces que le cerveau possède et sollicite violemment cet organe à un travail
CERVEAU (pathologie). 251
dont il se trouve incapable (voy. Moreau, de Tours, PsijcJiologie morbide, Paris, 1859).
L'hérédité diathésique tient, dans l'étiologie des maladies cérébrales, une place qui n'est pas de moindre importance lorsqu'elle transmet une maladie dont les manifestations peuvent avoir le cerveau pour siège, comme la syphilis, le tubercule, le cancer, le rachitisme, la goutte, etc. Elle en a surtout une bien grande, on le ( onçoit, an point de vue du pronostic et des indicitions thérapeutiques.
Il sera donc doublement prédisposé à une maladie du cerveau celui qni, appartenant à une famille où les maladies nerveuses sont fréquentes, où le cerveau se prend aisément, aura d'ailleurs apporté à sa naissance le germe d'une afleclion générale susceptible de localisation dans cet organe. Les causes occasionnelles trouveront alors un terrain singulièrement bien préparé.
Aucun âge ne prédispose d'une façon particulière aux maladies du cerveau en général. Cet organe peut être le siège d'accidents morbides dès les premiers stades de son dévelopf)ement, pendant la durée même de la vie intra-utérine, et il ne cesse point d'èlre exposé aux atteintes de la maladie jusqu'au dernier terme delà vieillesse. Seulement les aptitudes morbides changent avec les différentes époques de la vie. Chaque âge a ses maladies propres. Tandis que la microcéphalie date ordinairement, suivant Gratiolet, du milieu de la grossesse; que le gliome est souvent, au dire de Virchow, le myxome quelquefois, congénital; que les tubercules, comme la sclérose et l'hypertrophie, sont des maladies de l'enfance qui ne se retrouvent plus dans un âge avancé, l'hémorrhagie devient de plus en pins fréquente, au contraire, dans la seconde partie de la vie, et le ramollissement prédomine chez les vieillards ; et d'un autre côté les accidents cérébraux de l'anémie générale se montrent surtout chez les enfants, tandis que chez les vieillards on a plus souvent affaire à des phénomènes d'ischémie partielle.
Les causes directes sonl physiqîies ou fonctionnelles. Les premières se bornent à peu près au traumatisme, à l'action de la chaleur et de l'électricité. Les autres sont beancoup plus complexes et d'une importance plus grande.
Le traumatisme peut amener, dans les cas de plaies de tète, l'ablation, la déchirure, la destruction d'une partie notal)le du cerveau sans que la mort s'ensuive nécessairement. La contusion détermine une soite du broiement de la stibstance cérébrale avec dilatation rapide des petits vaisseaux, la partie contuse formant un foyer d'apoplexie capillaire ; consécutivement surviennent des phénomènes d'inflammation locale. La commotion paraît avoir uniquement pour résultat immédiat une contraction des capillaires et une anémie qui affecterait principalement, peutêtre exclusivement dans l'opinion de Laugier, les lobes céréiiraux eux mêmes.
Mais les effets des contusions du crâne ne se bornent pas toujours du côté du cerveau à ces résullats immédiats. On les voit devenir l'origine d'accidents trèsdivers qui se développent par la suite et se manifestent au bout d'un temps plus ou moins long. Suivant Lebert, un sixième des cas d'abcès du cerveau auraient pour point de départ une contusion du crâne. Bon lîombre de tumeurs, au dire de Masse, auraient la même origine. Fine! connaissait déjà des cas d'aliénation mentale consécutifs à des coups portés sur la tète. Esquirol comptait 18 faits de ce genre sur 73il cas où l'aliénation pouvait être attribuée à des causes physiques (Esquirol, Des^maladies mentales, 1818, p. 64). Et Krafft Ebina; en a recueilli d'assez nombreux pour les ranger eu trois catégories : une première où le trouble inlellectuel succède immédiatement à l'accident; une seconde, dans laquelle l'aliénation se déclare après un stade prodromique pendant lequel on
ft
252 CERVKAU (pathologie).
n'observe que des troubles de la sensibilité et des cbangements dans le caractère; une t^oi^ième, où le traumatisme se borne à créer une piédi>iiosition que dévelopjie ultérieurement quelque cause occasioinielle {IJeber die dnrch Gehirnerschûtterung und Koj>fverletzungen psychischen Krankheiten. Prager Vierteljarsschr., 1869). liatin Scbluger, à l'agile de Vienne, a com| té, iurStJÛ malades, 49 cas où l'aliétjution | araissait consécutive à un traumatisme. Dans presque tous l'autopsie révéla des cicatrices osseuses, des adliérences de la dure-mère, des opacités des méninges, de l'atrophie cérébrale, c'e^t-5-dire des traces évideutes d'une lésion persistante de l'encéphale {Journ. de la Soc. de méd. de Vienne, i857, p. 454). Marcé, du reste, a de sou côté rapporté deux cas où la paralysie générale survint à la suite d'un coup violent sur la tête {Traité de l aliénalion, p. 128). — Mais il s'en est trouvé aussi oiî le traumatisme portant sur quelque partie du corps éloignée du crâne, put devenir néanmoins l'occasion de lésions cérébrales graves. Tel celui du jeune enfant dont Lloyd rapporte l'histoire [Med. Times, 1860, sept. 8). Cet enlbnt, dans une chute, s'était f.iit au cou une blessure intéressant légèrement la caroti<le, et l'hémorrliagie s'était arrêtée spontanément. Quinze jours après, le caillot, formé dans l'artère, devenait le point de départ d'une embolie et par suite de trois foyers de ramollissement auxquels le malade succomba.
L'action de la chaleur, celle surtout des rayons du soleil frappant directement le crâne, peut être rapprochée du traumatisme. Elle produit des douleurs de tète extrêmement pénibles et, quand elle est prolongée, une conge&tion intense qui peut aller si loin, qu'elle se termine par la mort, h' électricité , si on appliquait à la tête des courants d'une certaine intensité, surtout des courants d'induction à intermittences rapides, pourrait déterminer des accidents cérébraux graves. Aussi recommande-t-on d'user de ménagements très-grands, lorsqu'on emploie ce moyen thérapeuti(jue au voisinage du crâne, et de n'appliquer là que des courants tâibles et continus ou à intermittences très-rares.
Les causes fonctionnelles tiennent dans la pathologie cérébrale une place bien autrement grande que les causes physiques dont on vient de lire l'énumération. Tout organe dont le fonctionnement est insuffisant, exagéré ou anormal est par cela seid exposé à s'altérer et devenir malade. Les choses ne se passent point autrement pour le cerveau. Mais cet ordre de causes prend ici une importance exceptionnelle et domine l'étiologie des maladies mentales.
On a rarement occasion de constater les désoidr(^s ou les altérations qui, dans l'encéphale, peuvent Tésulter d'un défaut de fonctionnement. Il est certain pourtant, qu'il y a lieu de faire une place à cet ordre de causes parmi celles de l'atrophie partielle ou générale. Seulement celte place n'esf point facile à déterminer exactement. On sait bien d une façon générale, (jue le volume et le poids du cerveau, que le développement de ses circonvolutions sont dans un certain rapport avec l'activité fonctionnelle ; que le cerveau des gens dont l'intelligence demeure pendant toute la vie dans un repos relatif, est généralement moins lourd, moins gros, sillonné d'anfructuosités moins profondes que celui des honmies voués pendant toute leur existence â des travaux intellectuels assidus. Et, si l'on rapproche ce fait de la notion vulgaire que l'exercice dévelop[)e dans des [iroportions considérables les facultés et les forces de res[>rit, tandis que l'inaction les l;\issc s'engourdir, on ne peut s'empêcher d'être convaincu que cette inaction, si elle est trop complète, peut devenir une cause d'atrophie cérébrale. On est même singulièrement porté à croire, quel que puisse être le niode de répartition des (onctions
CERVEAU (pathologie). 255
dans le cerveau, que les éiéments plus spécialement destinés à la fonction lai-^sèe inactive, s'atiophient, ou du moins se développent d'une façon très-incomplète. Il est certain que les jeunes idiots dont on ne s'occupe point, demeurent dans un degré d'abaissement intellectuel et moral qui les rapproche de la brute et que les efforts d'éducation, quand ils sont conduits avec une intelligente persévérance, développent, au contraire, eu eux, des facultés inattendues. Mais l'induction seule montre le rapport, qui certainement existe, entre l'inactivité des facultés morales, inlellectuelles ou volontaires, et le développement incomplet de certaines portions du cerveau. Car, ce retard du développement, on n'a, le plus souvent, aucun moyeii de le constater, et, quand on le peut faire, il est souvent altribuable à des causes complexes. Mais il n'est point douteux que le défaut d'activité intellectuelle et l'insuffisance ou la monotomie des impressions extérieures, surtout quand l'inaction succède à une existence très-remplie et très-occupée, amènent une sorte de malaise moral, un tœdiuni oii se trouve la source de plus d'une vésanie.
Si l'inactivité est nuisible an développement des forces cérébrales, si même elle peut favoriser l'éclosion de quelques-unes des maladies du cerveau, combien son activité excessive n' est-elle pas plus funeste encore ! Il n'est pas besoin d'insister sur le rôle qui lui appartient dans l'étiologie des maladies mentales. De l'avis de tous les aliénistes, les émotions profondes et prolongées, celles surtout de nature déprimante, sont les plus fréquentes et les plus puissantes des causes de la Ibiie. Les douleurs physiques violentes et longtemps ressenties n'entrent pas de même dans l'étiologie de ces afiéctions, mais elles sont capables, cependant, d'ébranler proIbndL'ment le cerveau et produisent assez facilement ce qu'on appelle le délire nerveux. D'une autre part, l'ébiaiilement considérable, l'épuisement nerveux qu'amènent les actes vénériens trop répétés, disposent à la paralysie générale. Et l'onanisme plus fiuieste encore, assure en (quelque sorte la démence, comme Baillarger l'a remarqué, aux aliénés que possède cette déplorable passion.
Les efibrts mtellectuels immodérés, prolongés sans mesure, le défaut de sommeil, qui ne laisse point à l'organe le temps de repos nécessaire, comptent parmi les causes qui préparent ou déterminent les états congestifs ou inflammatoires du cerveau et notamment la péri-encéphalite chronique diffuse. Quant aux fatigues physiques, où le cerveau pourtant ne laisse pas d'être en cause, elles sont loin d'avoir la même importance dans l'étiologie de ses maladies, et ne s'y trouvent guère qu'à titres de causes prédisposantes. Mais les efforts violents, les mouvemenis passionnels expansifs extrêmes, la joie excessive, les violents emportements peuvent amener de sérieux déso dres dans l'encéphale, des congestions, des hémorrhagies. Meyer rapporte qu'un homme ayant soulevé seul avec sa tête un poids considérable, ne tarda pas à donner des signes de dérangement intellectuel, de mélancolie, puis d'exaltation, et enfin de paralysie générale et que, à l'autopsie, on trouva des taches d'apoplexie capillaire limitées à la substance grise des circonvolutions. {Arch. f. Psijch. 1868, 279 ) Dans ce cas, l'intluence de l'effort fut sans doute purement, mécanique et ne put agir qu'en dcteraiinant dans les capillaires cérébraux un excès de pression considérable et subit. Par inverse, chez les individus faibles et anémiques, les efforts exagérés d'inspiration, qui accompagnent, par exemple, le chant ou la toux quinteuse, produisent une telle déplétion des vaisseaux du cerveau et si rapide que la syncope parfois s'ensuit.
Causes indirectes. Les maladies (|ui deviennent l'origine des affections cérébrales secondaires, peuvent se diviser en maladies locales et maladies générales.
234 CERVEAU (pathologie).
Mais les unes et les autres se compliquent parfois d'un élément qui peut contri. biier à liiiic naître des troubles cérébraux et qu'il convient par conséquent de mentionner d abord : la fièvre.
Il n'est guère de malades atteints d'une fièvre de quelque intensité qui n'éprouvent certains troubles des fonctions cérébrales. Gela commence par un peu d'obtiision, de vague dans les sensations et les idées, une dilficulté plus grande à fixer la pensée. Suivant l'intensité du mouvement iébrileet les prédispositions individuelles, ce trouble peut aller jusqu'à la prostration la plus profonde, le délire le plus complet, l'agitation la plus vive. Or il importe singulièrement au point de vue du pronostic aussi bien que du traitement, de distingncr ce délire fébiil' du délire d'inanition qui lui fait suite quelquefois, et dont les indications sont si différentes. Il n'importe pas moins de le différencier des vésanies qui peuvent débuter à propos et dans le cours des maladies niiçuës ; vésanies dont le pronostic est tout autre. Sans parler des caractères p;irlicnliers que le désordre mental présente dans ces cas-là, on notera que les vésanies, de même que le délire d'inanition, débutent d'ordinaire au moment où la fièvre tombe ; et que, si le nouveau trouble mental fait suite au délire fébrile, c'est toujours avec un cbangement d'allure et de caractère qui permet ordinairement de saisir cette transition, comme on le voit dans quelques observations de Griesinger (Traité de méd. ment., trad. Paris, 1865, p. 221). Toutefois, les accidents cérébraux provoqués par les maladies aiguës, ne sont pas toujours purement nerveux et transitoires. Parl'ois ils se prolongent, se compli(|uent de paralysies musculaires et tendent à la démence. En ce cas, on peut supposer que des embolies capillaires, des coagulations dans les sinus, des inflammations cérébrales ou méningées, ont fiit prendre à l'affection encéphalique, un degré plus haut de gravité et une plus grande persistaiice. — - De tontes les phlegmasies aiguës, la pneumonie est celle qui engendre le plus souvent ces désordres cérébraux, surtout la pneumonie du sommet.
Parmi les maladies locales, les unes agissent sur le cerveau par voisinage, en se transmettant de proche, en proche jusqu'au centre nerveux. Ainsi fait l'érysijièle du cuir chevelu, qui s'accompagne si souvent de symptômes cérébraux graves et qui, d'après les observations de Baillarger, laisse parfois dans l'encéphale des traces assez profondes pour devenir l'origine de la paralysie générale. {Note sur rinfiuence de l'érys. de la face et du cuir chevelu, sur la product. de la parai, génér. in Ann. méd. psycli., 1849 et dans Griesinger, Tr. des mal. ment., Irad. Paris, 1865, p. 236). De même, les affections du crâne et des méninges, irritent facilement le cerveau, ou bien l'envahissent à son tour, ou encore exercent à sa surface une compression qui d'abord trouble ses fonctions, puis finit par amener une atrophie partielle. Les maladies du fond de l'œil et de l'orbite, le cancer, par exemple, se propagent quelquefois jusqu'au cerveau en suivant le nerf optique. Trop fréquemment aussi, celles de l'oreille interne et du rocher deviennent une cause d'encéphalite localisée et d'abcès du cerveau. Sur 86 cas d'abcès de cet organe, Lebert en a compté 20 qui avaient cette origine. On pourrait même, suivant Toynbee, assigner pour cause spéciale aux abcès du cerveau proprement dits les maladies de la caisse du tympan, tandis que celles du conduit auditif externe se propageraient plus particulièrement au cervelet et celles du labyrinthe à la moelle . allongée. On cite enfin quelques exemples d'abcès consécutifs à des alfections des fosses nasales ou des sinus ; mais ce sont là des faits plus rares. Les lésions du voisinage de la ca\ité crânienne paraissent également susceptibles de provoquer des accès d'aliénation mentale, dont Griesinger affirme avoir rencontré d'assez fié-
CERVEAU (pathologie). 235
quents exemples {Tr. de mal. ment., trad. Pnris, 1865, p. 215). Enfin, suivant Zeller, les plaies du cuir chevelu amèneraient la folie au même titre que celles des extrémités produisent le tétanos.
Le cerveau peut être secondairement atteint par les maladies qui ont envahi d'abord les autres parties de l'encéphale et qui, d'ailleurs, agissent sur lui, soit par propagation, soit par irritation ou par compression. Quant aux affections de la moelle, elles n'ont pas sur le cerveau proprement dit, la même influence qu'elles exercent sur la protubérance et le bulbe. Les dégénérescences ascendantes constatées par Vulpian à la suite des affections myéliques s'arrêtent à l'isthme et aux ganglions, et ne se retrouvent plus dans les lobes cérébraux. Laborde a constaté, il est vrai, un assez grand nombre de fois, chez des vieillards atteints de ramollissement, la foïncidence d'une altéi'ation de la surface des circonvolutions avec celle des ganglions cérébraux, et cela dans des rapports de siège assez constants pour qu'il ait pu se croire autorisé à ériger en lois ce rapport et cette coïncidence. [Ramollissement et congestion du cerveau. Paris, 1866). J'ai eu pour ma part, quelques occasions de vérifier ce fait. Mais il n'a point été possible d'établir si l'altération de la surface est, en ce cas, consécutive à celle des ganglions ou si c'est l'inverse qui a lieu.
Dans la plupart des grandes névroses, quel que soit leur siège véritable, le cerveau participe à l'ébranlement général du système nerveux alors même qu'il n'en est pas le point de départ. Ainsi en est-il dans l'hystérie et dans l'épilepsie. Ciiaque accès convulsif devient l'occasion d'un raptus sanguin considérable qui se fait vers la tête; et ce raptus atteint chez les épile[ttiques des proportions si redoutables, qu'il est l'origine assez fréquente de ruptures vasculaires et d'hémorrhagies morlelles. La participation du cerveau à la maladie ne se limite d'ailleurs pas à la durée des accès, pendant lesquels il survient du délire, ou un état comateux plus ou moins complet indiquant que le cerveau est sérieusement en cause. On sait quelles profondes modifications ces maladies apportent constamment au caractère des malades qui en sont atteints, souvent même à leurs facultés intellectuelles. On sait aussi que ces modifications vont chez quelques-uns jusqu'à l'aliénation complète et persistante. Marcé a montré par de nombreux exemples qu'il en est de même dans la chorée (De l'état m,ental dans la chorée. h\ Mém. de l'Acad. deMéd., t. XXIV, p. 1079, 1860).
L'expérience de chaque jour apprend assez combien toute impression violente agissant sur la périphérie nerveuse, ébranle profoudément le cerveau, soit qu'il s'agisse d'ailleurs des nerfs de la sensibilité générale ou de ceux de la sensibdité spéciale. Cet ébranlement paraît s'accompagner , d'ordinaire, d'une contraction des capillaires cérébraux et par suite d'une anémie locale pas-agère qui peut aller jusqu'à produire la syncope. Il se pourrait que le cri, l'effort, qui accom[)agnent toute grande douleur, ne soient pour l'être qui soulfie, qu'un moyen instinctif de réagir et de se défendre contre les effets immédiats et menaçants de l'atteinte portée à la sensibilité. L'effort, qui chasse le sang avec vigueur dans les vaisseaux du cerveau et lutte ainsi avec leur contraction, prévient la syncope immii.ieute. En même temps il produit un certain degré de stase et par suite une légère asphyxie locale qui atténue l'impressionnabilité de l'organe. Le cri, d'un autre côté ébranlant 1' nerf auditif, produit dans le centre neiveux une sorte de dérivation qui modère sans doute l'acuité de la percei'tion. Peut-être les impressions périphériques douloureuses longtemps persistantes sont-elles aussi capables d'amener dans le cerveau des changements plus profonds et même des altérations localisées
23n CERVEAU (pathologie).
graves. Romberg l'a rendu probable pour celles qui résultent de lésions des branches nerveuses.
Les maladies des \oies respiratoires et du poumon retentissent sur le cerveau de façons dilféraites, mais également positives, toutes les fois qu'elles entravent notablement lu respiration ou la circulation. Dans le premier cas surviennent les phénomènes de l'asphyxie ou aiioxéniie, parmi lesquels les accidents cérébiaux tiennent la plus grande place. Dans le second, ceux de la btase sanguine qui, si générale qu'elle soit, s'accuse toujours par les troubles des fonctions cérébrales, plus qne par ceux d'aucune antre fonction. Dans bon nombre de cas, l( s accidents de l'anoxémie et ceux de la stase sanguine, s'associaut et progressant ensemble, portent au plus haut degré le trouble, c'est-à-dire l'engourdissement des fonctions cérébrales, d'oii résulte un état semi-comateux.
Qne si la circulation se trouve brusquement interrompue dans une vaste portion de Tarière pulmonaire par une embolie volumineuse, la conséquence ininiédiale, le premier sjmptôme de l'accident est une syncope plus ou moins profonde et parfois morlelle, c'est-à-dire un trouble cérébral.
De même toute affection cardiaque, qui entrave la circulation et prodnit la stase sanguine, s'accuse par des accidents cérébraux dus à la fois à l'insultisance de la circulation inlra-crànienne et à l'œdème qui en est la conséquence. Duns l'insuffisance aortique, qui abaisse si notablement la tension artérielle constante, la manifestation, souvent la plus saillante, est une tendance habituelle aux vertiges, avec des variations brusciues de la circulation cérébrale, tantôt excessive et tantôt insulfisante ; le danger le plus menaç int est alors celui de la syncope. Mais les maladies du cœur menacent le cerveau d'une autre façon encore, quand, l'endocarde étant niiiladc et altéré, des coagulations se foiment à sa surface. Des parcelles de ces caillots ou de petits lambeaux de la membrane ulcérée détachés, entraînés par la circulation, peuvent aller oblitérer quelque branche des artères cérébrales, ou les capillaires qui eu partent, et produisent ainsi, dans le premier cas une forme d'infarctus spéciale au cerveau, le ramollissement, dans le second des lésions diverses, de caractère jusqu'ici mal déterminé. Sofl'e, médecin de l'asile de aliénés de Vienne, a rapporté le fait d'une mélancolie persistante qui semblait avoir eu pour cause la formation d'embolies capillaires multipliées à la sut l'ace des hémisphères ; embolies qui paraissaient s'être détachées de la surface de la valvule milrale couverte en ce cas de végétation.
Les maladies des organes digestifs apportent parfois des changements assez notables dans l'équilibre de la circulation; elles troublent surtout la nutrition à un degré plus ou moins considérable. D'une et d'autre façon elles portent atteinte à la vitalité et au fonctionnement de l'encéphale. Mais c'est surtout comme point de départ d'actions réflexes, autrement dit sympathiques, qu'elles ont ici de l'importance. Est-il besoin de rappeler l'influence que letiavail de la digestion exerce chez tant de gens sur l'activité cérébrale ; l'état congestif que, chez beaucoup d'autres, la constipation amène inévitablement ; 1 état moral pénible que fout naître les affections du foie et les résultats parfois si bizarres ou si graves de la présence d'helminthes dans le tube digestif? L'influence des lésions des voies digestives sur le cerveau paraît avoir été beaucoup exagérée jadis et le rôle qu'elle joue dans la pathologie nu^ntale singulièrement surfait sans doute. Griesinger a raison de faire observer qu'il ne suffît pas de constater, à l'aulopsie d'un aliéné, une lésion dans quelque vis( ère abdominal pour être en droit d'attribuer à cette lésion l'origine de la folie. Mais après avoir fait la part de l'exagération et de ce
CEHVKAU (pathologie). 237
qui revient dans ces cas-là àrinflucnce de la prédisposition oti de causes ignorées, il reste encore assez do faits et des faits assez positifs pour qu'on ne conserve aucun doute sur la réalité des aliénations d'origine abdominale. Si on ne nie point que la présence d'uu helminthe dans l'intestin puisse être la cause d'accidents épilepliques qui disparaissent lors de son expulsion, il n'est pas plus difficile d'admettre qu'une circonstance analogue puisse provoquer et entretenir des troubles plus ou moins profonds et soutenus des fonctions intellectuelles ; il n'y a donc nulle nécessité d'en chercher la raison dans une anémie qui souvent n'existe pas et ((ni d'ailleurs est rarement à elle seule une cause suffisante de trouble mental. En somme l'influence des maladies abdominales sur les fonctions du cerveau, trèsanciennement et très-communément admise, est assez souvent sans doute incertoine et contestable; ce qui n'empêche qu'elle so t d'une façon générale indubitablement établie.
On verra plus loin comment les maladies du rein et des voies urinaires deviennent l'origine d'accidents cérébraux très-graves par suite de l'urémie à laquelle elles donnent lieu. Mais tous les accidents cérébraux qui surviennent dans le cours des maladies chroniques du rein ne sont point de cette nature. L'hémorrhagie cérébrale, par exemple, qui n'y est pas rare et dont Allan Jamcson apportait récemment encore deux exemples [Edinh. med. Joiirn., oct. 1870, p. 303), reconnaît certainement une autre cause immédiate et un autre mécanisme. Ni l'hypertrophie cardiaque concomitante, fréquemment invoquée en pareil cas, ni l'excès de tension artérielle résultat de l'atrophie rénale, au dire de Traube, ne semblent des raisons suffisantes de cette tendance incoulestable. Il y a peut-être à tenir plus de compte des modilications qui se produisent alors, ainsi que l'a montré Jameson, dans la constitution des parois artérielles. On trouverait un nouveau motif de le penser dans cette circonstance signalée p,ir Grainger Steward que l'apoplexie sanguine chez les albuminuriques se montre plus fréquente dans la foime goutteuse où elle s'est rencontrée quinze fois sur cent, que dans la iorme inllammatoire où on l'a vue seulement sept fois sur cent, et dans la forme amyloïde où sa fréquence se réduit à deux fois sur cent {On the Complications oftlie Différent Forms of Bright's Diseuse. In Brit. and For. Med. Chir. Rev., 1867, p. 217). Mais c'est là une question fort complexe et qui doit demeurer encore à l'étude.
Certaines maladies des organes génitaux chez l'homme, la blennorrhagie par exemple, ou la spermatorrhée, sont très-spécialement aptes à provoquer des états névropaihiques et hypochomJriaques oii le cerveau est évidemment en cause. Cooper a vu des calculs prostatiques amener à la longue une monomanie agitée qui disparut lorsque les calculs furent extraits. Lisle a rapporté plusieurs cas de maladie mentale oîi l'affection paraissait liée à l'existence d'une spermatorrhé(.4c. deviéd. ISôl). Au dire de Lallemand les pertes séminales répétées et persistantes seraient une cause assez fréquente de la démence. Mais sans doute il ne s'agit, dans tous ces cas-là, que d'une influence sympathique, agissant comme cause occasionnelle et dont l'effet se borne à provoquer l'apparition de désordres cérébraux auxquels les malades se trouvaient antérieurement prédisposés. Cette influence s'exerce à un bien plus haut degré et plus fréquemment chez les femmes par les maladies de l'utérus et de ses annexes. Chez un grand nombre d'entre elles, chaque époque menstruelle devient l'occasion d'accidents congestifs vers la tête, ou bien de changements portant sur l'humeur, le caractère, les aptitudes intellectuelles. Chez d'autres on observe à ce moment une recrudescence des troubles cérébraux habi-
238 CERVEAU (pathologie],
tuels. L'agitation des maniaques devient plus vive, les impulsions des suicides plus inésistibles et plus difficiles à contenir. Quelquefois un arrêt brusiiue des règles amène une violente hypérémie cérébrale et à sa suite un accès de manie. D'autre part le lelour des règles est souvent le signal de la guérison chez les femmes aliénées {voy. Brierre de Boismoiit. Ann. méd. psych., 1851 , t. III, p. 574). On cite des cas où un état mélancolique, une excitation maniaque cédèrent à la suite de la guérison d'une affection du col utérin ou du redressement d'un proliipsus de la matrice (Brosius. Med. Central-Zeit., p. 858; Flemming. Psychosen, p. 194; Meyer. Virch. Arch., t. IX, p. 108). Mnis la grossesse surtout, l'accouchement et les suites de couches sont l'origine de désordres cérébraux graves, fréquents, persistants, dont on doit la connaissance plus complète à l'important travail de Marcé (De la folie des femmes enceintes, etc., etc. Paris, 1858). f/exaltation mentale que la violence des douleurs l'ait naître chez certaines femmes pendant l'accouchement, peut aller jusqu'à la fureur aveugle et, même sans avoir pris celte intensité extrême, devenir le point de départ d'un état maniaque durable. On voit aussi se produire à propos de l'accouchement des phénomènes éclampfiques, à la production desijuels l'urémie prend certainement une grande part, mais qui en somme trouvent leur cause occasionnelle dans l'énorme perturbation nerveuse qui résulte du douloureux travail de la parturition.
Les maladies générales ou dyscrasiques exercent nécessairement leur action sur le centre nerveux aussi bien et en même temps que sur tout le reste de l'organisme. Aussi n'en est-il aucune qui ne trouble ou ne puisse troubler les fonctions cérébrales au moins passagèrement. Quelques-unes d'entre elles ont sur le cerveau une action plus spéciale ou plus profonde. Ce sont celles-là surtout qu'il convient de signaler et que nous allons passer ici en revue.
Nous commencerons par les intoxications, parce que dails cet ordre de maladies l'action pathogénique de la cause morbide est simple et précise, et son influence sur le cerveau presque directe. Parmi les poisons minéraux, deux ont une influence particulièrement funeste sur les centres nerveux, le mercure et le plomb. La cachexie mercurielle, à son degré le plus élevé, produit en effet une sorte d'hébétude et de torpeur intellectuelle, parfois du délire maniaque avec hallucination, chez quelques malades des accès convulsifs. — Bien plus fréquents sont les accidents déterminés par le plomb ; accidents que Tanquerel des Planches a compris sous la désignation d'encéphalopathie saturnine. Les convulsions, le délire, le coma, qui peuvent s'associer ou alterner chez ces malades, indiquent assez combien le cerveau est gravement atteint. De plus l'anatomie pathologique, comme l'ont montré les observations de Grisolle [Journ. hebd., 1836), révèle chez près de la moitié des sujets qui succombent, un singulier et remarquable accroissement de volume du cerveau. Cet organe est comprimé, à l'étroit dans la boîte crânienne, par suite d'une sorte de turgescence de son tissu qui, d'ailleurs, est jaunâtre, induré ou ramolli et présente un état graisseux particulier. Des observations analogues ont été faites, au dire de Hasse, par Bi'ight et par Papavoine, et j'ai eu également pour ma part occasion de constater ce lait anatomique. Dans ces cas-là Guibourt etOrfila ont trouvé que la substance cérébrale contei ait une quantité relativement considérable de plomb. — Parmi les sels minéraux capables d'agir sur le centre nerveux, on connaît encore le bromure de potassium, dont l'inlluence hypnotique est souvent mise à profit maintenant, mais dont l'usage habituel, à doses un peu fortes, paraît de nature à produire à la longue un engourdisbement fâcheux des facultés intellectuelles. — Ici doit se placer encore le gaz protox}de
CERVEAU (paihologie). '259
d'azote, dont l'action anestliésiante, assez fréquemment employée dans ces derniers temps, semble n'être pas absolument sans danyers puisiju'on conuuence dé|à à earef;istrer des cas de mort. — Puis aussi les va[jeurs de charbon, dont les effets ne se bornent pas à l'asphyxie rapide que l'on connaît surtout et pendant lar|uelle une céphalalgie des plus pénibles, des vertiges, des bourdonnements d'oreille font assez connaître combien déjà le cerveau est atteint pour sa part ; mais qui de plus devient pour cet orgaue l'occasion d'altérations graves soit immédiates, soit consécutives. Th. Simon d'Hambourg a pu réunir soixante-quatre cas d'asphyxie de ce genre dans lesquels avaient été constatées diverses altérations anatomiqnes du cerveau ; le plus souvent une forte hypérémie, quelquefois une anémie extrême, d'autres fois des hémorrhagies cérébrales ou méningées, ou encore du ramollissement cérébral [Arcli. f. Psych., I, 1868, p. 263). L'intoxication lente, chronique et méconnue est, je crois, beaucoup plus souvent qu'on ne pense, l'origine d'accidents cérébraux assez graves et persistants, mais dont le rapport avec la cause qui les a fait naître est, dans la plupart des cas, difficile à établir.
Les sub^tances appartenant au règne végélal qui agissent sur le cerveau, sont en bien plus grand non.bre. E^t-il besoin d'énumérer tous les poisons dits stupéfiants, l'opium, la belladone, le datura, la jusquiame, le tabac, le chanvre indien, l'alcool, l'élher, le chloroforme. Si la plupart de ces substances ne produisent qu'une intoxication passagère, si on n'a jamais à leur attribuer la cause d'une maladie persistante, peut-être cela tient-il uniquement à ce que leur usage n'est jamais longtemps continué. Celles dont l'ingestion devient fréquente et passe à l'état d'habitude, ne manquent pas de produire au bout d'un certain temps des accidents plus ou moins sérieux et persistants du côté du cerveau. Le Chinois qui fume l'opium, beaucoup de fumeurs de tabac et les asiatiques qui s'enivrent de haschiscli, aussi bien que les alcooliques finissent également par présenter des symptômes plus ou moins graves d'altération cérébrale. L'alcoolisme aigu ou chronique est, dans notre climat, une des causes occasionnelles les plus puissantes et les plus habituelles de la plupart des maladies cérébrales, congestion, inflammation ou hémorrhagies. Cliez un grand nombre d'alcooliques chroniques, on trouve des lésions du cerveau se rattachant à la fois à la prolifération conjonctive et à la dégénérescence graisseuse ; et comme celle-ci commence généralement par la paroi des petits vaisseaux, les lésions prédominent surtout dans les régions les plus vasculaires de l'organe, c'est-à-dire dans la couche corticale. Aussi bon nombre de paralysies générales ou de manies congestives se rattachent à des excès alcooliques. Teissier (de Lyon) accuse l'usage abusif du tabac presque autant que celui de l'alcool, de !'( xagération qu'il dit avoir observé dans le nombre des malades atteints par le ramollissement cérébral. Sur ce nombre, il aurait constaté que la moitié au moins avait abusé du tabac [Du ramollissement cérébral à forme lente, in Gaz. méd de Lyom, 1859). Comme Krisaber, j'ai vu, chez quelques malades, l'usage excessif et prolongé du thé ou du café entretenir un état nerveux dans leijuel les fonctions cérébrales parfois se trouvent en cause (Krishaber, De la névropathie cerehro-cardiaque, in-8°, Paris, 1872). Dans l'ergotisme convul^if^ la perte de la mémoire, le délire, l'agitation maniaque et la stupeur mélancolique, enfin le coma montrent assez que le cerveau est gravement atteint par le poison* Les animaux qui ont succombé à des accidents de ce genre ont constamment offert aux investigations de Boyoan, des stases sanguines dans l'encéphale et le canal rachidien. — Si peu certaine que soit encore la cause de la pellagre, il est impossible de ne pas placer ici cette affection, pour rappeler que presque tous les pella-
240 CERVEAU (pathologie).
greux éprouvent des troubles cérébraux plus ou moins graves : troubles des sens supérieurs, état mélancolique, lypémanie, démence; et que chez un certain nombre d'entre eux ces troubles revêtent la forme nettement accusée de la paralysie générale (Baillarger, Mém. de l'Acad. des sciences, t. XIII, p. 707).
Le miasme marématique, dont on ignore aussi la véritable nature, produit incontestablement cependant une sorte d'intoxication; et celle-ci parfois semble j>oiter ses effets directement sur le cerveau. Cet organe est évidemment atteint d'une façon grave dans les formes délirante, convulsive et comateuse de la fièvre intermittente. Les symptômes le font assez connaître. D'ailleurs dans le plus grand nombre des cas, l'autopsie révèle un état congestif très-caractérisé avec inrluralion ou ramollissement de la substance {voy. Bailly, Traité anat. path. de la fièvre interm. Paris, 1825, in-8°. — Tourdes, Essai sur les fièvres pernic. Th. Strasb. 1852. — Maillot, Traité des fièvres ou irrit. cérébro-spin. interm., in-8°, Paris 1856. — Roman-Picquaud, Sur lanature du ramolliss. cévéhr. Th. Stras. 1861). D'autres fois on constate une accuniulation de pigments dans les capillaires du cerveau et autour d'eux; accumulation (jui, dans l'opinion de Frerichs, ne serait pas étrangère à la cause des manifestations morbides. Sans doute la prédisposition individuelle est pour beaucoup dans la prédominance que prennent, chez certains malades, les accidents cérébraux de la fièvre intermittente. Parfois même la fièvre semble ne faire que réveiller ou exaspérer une affection cérébrale préexistante, comme il arriva chez le dément dont l'observation a été rapportée par Gillette [Journ. de méd., 1845, p. 82). Mais cette prédisposition ne dé[)end assurémentpas toujours d'une altération appré( iable de la substance céiébiale, car chez un certain nombre de malades qui succombent à ces accidents, on n'en trouve absolument aucune (Nepple, Essai sur les fièvres rémitt. et intermitt. , in-8°. Paris 1828, p. 97). D'ailleurs, on ne peut guère douter que la nature spéciale ou le degré de rintoxicalion palustre, tout au moins que les conditions de milieu particulières où les malades se trouvent contribuent beaucoup à faire naître ce> sortes d'accidents, puisqu'ils sont, au dire de Griesinger, en quelque sorte endémiques dans certaines contrées de l'Allemagne (Traité des mal. inf., Paris 1!<68, in-S", p. 65). Survenant dès le début d'un accès ou masquant les autres symptômes par sa prédominance, la congestion cérébrale constitue l'une des formes de la fièvre dite larvée. II en est de même des accès de manie qui, du reste, sont en ce cas habitutllement accompagnés de phénomènes congestifs vers la tète extièmement caractérisés. Dans d'autres cas les accidents cérébraux surviennent seulement à la suite des accès fébriles qui les ont préparés. C'est ce qui arrive le plus habituellement pour la folie de cette espèce, folie qui revêt d'ordinaire, ainsi que l'avait déjà lemarqué S'idenham, la forme de mélancolie avec stupeur (Baillarger, Ann méd. psych., 1845) et que Griesinger est tenté d'attribuer à l'accumulation de pigment dont il a été fait mention déjà. — L'hypérémie cérébrale intense qui acconi]iagne certains accès de fièvre peut avoir d'autres conséquences graves. Grie.-'inger rappoi te, par exemple, un cas dans lequel une hémiplégie survint durant la période comateuse d'un accès fébrile ; hémiplégie qui finit par guérir {Traite de mal. infect., in-8°. Paris 1868, p. 54).
Les maladies infectieuses, fièvre jaune, peste, choléra, typhus, fièvre typhoïde, ont cela de comunin que toutes portent au cerveau une atteinte primitive plus ou moins profonde. La stupeur, c'est-à-dire une sorte d'engourdissement des fonctions cérébrales, est un des symptômes les plus caractéristiques de l'état dit typhoïde. Cet état marque souvent le début même de l'atteinte du typhus ou
CERVEAU (pa'/uolouîê;). 241
de la dothiénentérie . Le délire s'y ajoute quelquefois dès le commencement, plus souvent d;ms le cours de la maladie, et l'excitation cérébrale prédomine assez dans certains cas pour caractériser uqe forme spéciale de Ja lièvre typhoïde désignée sous le nom d'ataxique. Ce symptôme peut même, chez certains typhoïdes, l'emporter tellement sur tous les autres, qu'il n'est pas rare de voir ces malades être considérés par les médecins eux-mêmes comme atteints de manie ou de mélancolie simple, et conduits comme tels dans des asiles d'aliénés. C'est que e,! effet, le délire peut dans ce cas- là prendre tous les caractères de celui des aliénés, u'en dilférant que par sa courte durée et sa facile cuiabilité {voy. Mottet, Délire ou troubles vésaniques marquant le début d'une fièvre typhoïde. In Gaz. des hop., 1866, n» 36. — Lunier, Ann. méd. psycli., 1867, p. 455. — Betz, Ueber die wàhrend des Typhus auftr étend. Grôssenwalindelirien . In Memorab., n° 1, 1869). On sait combien il est habituel de voir persister pendant assez longtemps à la suite des fièvres typhoïdes graves un affaiblissement considérable de la ]némoire ; el l'on cite quelques cas où certaines idées délirantes survenues penliant l'excitation de la fièvre se sont maintenues isolées dans l'esprit, fort avant dans la convalescence, alors que tous les autres accidents de la maladie avaient complètement disparu. Il n'est pas très-rare non plus que de véritables accès d'aliénation avec la forme maniaque ou mélancolique succèdent à la fièvre typhoïde soit immédiatement, soit après un intervalle plus ou moins long. Nasse,sur 2,'000 malades soignés à Siegburg dans l'espace de six ans, a compté quarante-trois cas de ce genre. Et ces cas il les considère comme défavorables, n'ayant obtenu sur ce nombre qu'une seule guérison, bien qu'aucun de ses malades ne présoutùt les symptômes de la paralysie générale {Ueber die Beziehungen zwischen Typhus und Irrsinn. In AUg. Ztsch. f. Psych. 1870, p. 11). Dans la fièvre jaune on retiouve cette même stupeur, quoique le délire soit en ce cas bien rarement intense et se borne le plus souvent à quelques divagations. Dans la peste la céphalalgie violente qui mar([ue ordinairement le début même de l'attaque, l'état vertigineux avec abattement et engourdissement qui l'accompagne, ont fait comparer l'état des malades à celui de gens intoxiqués par la vapeur du charbon. Plus tard on voit la stupeur augmentant se transtormer en un véritable état typhoïde et, si les malades guérissent, apparaître quelquefois des troubles céréhranx peisistanls ou des paralysies partielles. Chez les cholériques, la dépression primitive est beaucoup moindre, il n'y a pas au début de véiitable stupeur, mais des vertiges, des bourdonnements d'oreilles, parfois des syncopes complètes qui [trouvent assez que déjà la maladie a vivement ébranlé les centres nerveux. .\vec •un degié d'intensité plus considérable surviennent l'hébétude, la perte de la mémoùe- l'assoupissement. Durant la période de réaction on voit souvent se produire des signes d'une congestion intense vers la tête, céphalalgie très-douloureuse, rougeur de la face, injection des conjonctives, agitation, délire. Puis survient le collapsus et parfois un véritable état typhoïde (Mouchet, Des affect. secondaires du choléra. Th. Paris, 1867). Ici comme chez les convalescents de la fièvre typhoïde, on peut voir des troubles intellectuels plus ou moins profonds faire suite à la maladie et constituer des accès d'aliénation véritable. Aliénation du reste d'ordinaire assez facilement curable.
Gomme cause anatomique de désordres symptomatiques si considérables les autopsies ne montrent ordinairement que peu de lésions dans le cerveau. On n'en a jamais signalé chez les individus qui meurent de la peste, firécisément, sans <io'ite, parce qu'ils meurent en général très-rapidement. Il en est de même dans
DICT. ENC. XIV. Ib
la première période du choléra ou de la fièvre typhoïde, tandis que dans îa seconde on constate au moins des hypérémies et de l'œdème. Sur quatre malades morts du choléra avec des symptômes cérébraux graves analogues à ceux de la méningile, Mesnet n'a trouvé qu'une seule fois à l'autopsie les lésions de cette maladie {Complications ou état méningitique dans le choléra. Ann. méd.psych. 1868, p. 442). L'hypérémie cérébrale se montre d'une façon plus accusée dans le typhus. Dans cette maladie, du reste, comme dans la fièvre typhoïde, les lésions peuvent aller plus loin et alors on découvre des apoplexies capillaires, des foyers d'encéphalite, des abcès. Quant à l'accumulation de pigment dans les capillaires du cerveau ou le long de leur paroi, accumulation rencontrée chez les cholériques aussi bien que chez les typhiques et à laquelle on a cru pouvoir faire jouer un' certain rôle dans l'explication des accidents cérébraux observés, elle ne semble pas pouvoir conserver une bien grande valeur à cet égard puisqu'on l'a également constatée, chez des individus morts d'affections Iraumatiques et (jui n'avaient présenté jamais aucune sorte d'accident nerveux {Stein Dorpat, 1858). D'après les observations de Jackson John le cerveau chez les individus morts de la fièvre jaune présenterait une altération spéciale, une sorte de turgescence qu'on remarquerait également chez ceux qui succombent à l'ictère grave.
De toutes les fièvres éruptives, la scarlatine est la seule où les accidents cérébraux aient une certaine fréquence et prennent un certain caractère de gravité. Les lésions constatées en pareil cas, se bornent cependant toujours à une hypéréniie plus ou moins vive de la substance cérébrale et parfois même sont absolument nulles. Willan rapporte avoir vu un état de manie persistante faire suite au délire de la scarlatine. Mais c'est là un fait exceptionnel.
Les maladies, qu'on pourrait appeler auto-infectiéuses, celles qui résultent de l'empoisonnement de l'organisme par un produit de l'organisme lui-même, la fièvre puerpérale, l'infection purulente, l'ictère grave, l'urémie, le diabète, s'accompagnent toutes plus ou moins nécessairement d'accidents cérébraux, et, dans quelque cas, ces accidents prennent une extrême gi'avité. Dans la fièvre puerpérale, comme dans l'infection purulente, la prostration jointe à un certain degré de stupeur et d'agitation est un des premiers symptômes qui se manifestent. Parfois cela passe au délire ou à l'état comateux. Si dans quelques-uns de ces cas le cerveau n'est atteint que synipathiquement et sans qu'on y puisse constater aucune lésion notable , il y en a d'autres oiî cet organe devient lui-même le siège d'abcès métastatiques disséminés, lesquels contribuent pour leur part à l'issue iuneste de la maladie. L'ictère grave s'annonce presque toujours par une céphalalgie intense à laquelle succède bientôt du délire avec agitation violente ou dépression, et finalement un état comateux croissant au milieu duquel les malades succotnbent. L'autopsie ne montre aucune lésion dans le cerveau, et cependant il n'est pas douteux que cet organe ne soit réellement et gravement atteint par la maladie, puisque le trouble de ses fonctions est si constant et si profond, qu'il constitue le phénomène le plus sadlant de l'ictère mortel; fait signalé déjà dans un aphorisme d'Hippocrate. On pourrait en dire autant de Vurémie. Ici encore les troubles fonctionnels, céphalalgie, délire, coma, dominent et forment en quelque sorte la caractéristique syrnptomatique de la maladie. Mais l'anatomie pathologique est à peu près muette, sauf l'intervention de lésions non constantes et, peu capables d'ailleurs de donner aux symptômes une explication suffisante. Aussi est-on conduit à supposer une action directe du poison morbide sur la substance cérébrale. Du reste il ne semble pas que ces états si graves disposent le cerveau à devenir ultérieu-
CERVEAU (pathologie). 2i5
rement malade, en dehors du retour de la cause des accidents actuels. Quant à la glycosurie, sonnction sur le cerveau est infiniment moins constante et moins bien déterminée. Il semble bien d'après les faits réunis par Marchai de Calvi. {Rech. sur les accid. diab., p. 349, Paris, in-S", 1864), qu'elle ne soit pas étrangère aux accidents de congestion ou d'apoplexie, voire même à la péri-encéphale chronique diffuse qu'on a vu survenir durant son cours. Mais ce ne sont là que des accidents du diabète et des accidents rares. Ogle a rapporté depuis {Saint- Georges Hosp. Rep. I. p. 15, 1866), un cas dans lequel, au cours d'un diabète, il survint une hémiplégie incomplète d'abord droite, puis gauche et où l'autopsie révéla un ramollissement dans le lobe moyen des deux côtés avec oblitération des artères correpondantes, sans altération de la paroi et sans qu'il se trouvât aucun source d'embolie possible.
11 n'est pas un des états appelés diathésiques auquel le cerveau ne participe et dont il ne reçoive quelque atteinte. La Syphilis, cette affection qui appartient à la fois auxdiathèses et aux affections virulentes, porte assez souvent son action sur le cerveau. On trouve, chez les syphilitiques arrivés à la période tertiaire de la maladie, des exostoses qui font saillie dans la cavité crânienne, ou bien des gommes développées primitivement, dans les méninges et qui peu à peu dépriment, atrophient localement le cerveau, ou l'envahissent à son tour. D'autres fois les gommes se développent primitivement dans son épaisseur formant de petites tumeurs dures, souvent nmltiples et groupées, d'apparence cartilagineuse ou caséeuse et qui peuvent acquérir le volume d'une )ioix. Comme partout ailleurs ces gommes subissent à la longue la dégénérescence granulo-graisseuse et se ramollissent au centre. Au dire de Lancereaux, la partie ramollie pourrait se résorber, laissant une cavité qui serait souvent prise pour un véritable kyste. D'autres fois il se formerait à la place des gommes résorbées des cicatrices déformantes constituées par des espèces de brides fibreuses, d'aspect lardacé, se prolongeant à travers l'organe {Tr. de la syphilis, ixi-S", Paris 1866, p. 461). Chez ces malades on trouve aussi : des scléroses ])lus ou moins étendues soit produites au voisinage de tumeurs gommeuses évidentes, soit isolées et indépendantes; des ramollissements envahissant une partie plus ou moins considérable de la couche corticale des circonvolutions; enfin des ramolUssements circonscrits, dont la cause paraît se trouver assez souvent dans une altération primitive de la paroi artérielle et qui semblait être, chez un malade observé par Oppolzer, une embolie partant d'une gomme ulcérée delà base du cœur {Schmidt's Jahrb., 1860, p. 89) ; mais que les lésions artérielles n'expliquent pas toujours et qu'on est alors lorcé d'attribuer à l'action directe delà syphilis. L'hyperplasie conjonctive de la sclérose syphilitique qui se prolonge principalement le long des vaisseaux, se distinguerait, suivant Lancereaux, par une grande tendance à la dégénérescence graisseuse des éléments.
Le ramollissement de l'encéphalite syphilitique se caractériserait, de son côté, par une multiplication des noyaux de la névroglie, qu'on n'observe plus dans les cas ou le ramollissement résulte d'une oblitération artérielle. Des accidents cérébraux graves se produisent aussi, quoique moins fréquemment, dans la période secondaire de la syphilis. Gros et Lancereaux en ont réuni un assez bon nombre d'exemples {Des affections nerveuses syphilitiques. Paris, 1861). Quand l'autopsie a été faite dans ces cas-là, elle n'a révélé absolument aucune altération du cerveau ou seulement une anémie très-prononcée et, dans un cas emprunté à Virchow, une turgescence remarquable avec décoloration complète. Ces messieurs pensent, pour ce motif, que la cause anatomique de cette catégorie d'accidents
244 CERVEA.U (pathologie).
est tantôt une anémie profonde, tantôt, au contraire, un état congestif analogue à celui des exanthèmes cutanés. Si l'on s'en rapporte à deux faits publiés par Meiibner les attaques apoplectiformes qui se produisent en pareil cas, pourraient être attribuées à des coagulations formées dans les vaisseaux artériels épaissis et indurés {Ueber die Hlrnerkranku7ig der syphiliiischen, etc. — Arch. dei^ Heilk. Hft. 3, S. 273, 1870). La seule chose, en réalité, qui semble bien acquise à cet égard, c'est que, à toute époque de la syphilis, il peut survenir des accidents cérébraux plus ou moins graves et que ceux-ci n'ont pas toujours leur explication dans une altération appréciable de l'encéphale ou dans la présence d'une tumeur. Tous les aliénisles comptent la sy[)hilis au nombre des causes de la folie. Esquirol indique 9 cas de folie syphilitique sur 458 aliénés. Bloch en a observé 14 sur 2839 malades, Ville porte la proportion à 2 ou 2 1/2 pour 100 du nombre des aliénés {Ànn. méd. psych., 1872, p. 122). On a été jusqu'à vouloir attribuer toutes les paralysies générales à la diathèse syphilitique. Exagération évidente d'un fait partiellement vrai sans doute.
Le rhumatisme articulaire aigu peut s'accompagner d'accidents cérébraux formidables et presque toujours mortels, à la suite desquels on découvre à l'autopsie des lésions se rapportant à la méningite, à la méningja-encéphalite, à l'hypérémie céi'ébrale, voire même au ramollissement ; mais souvent aussi rien d'appréciable. Ces accidents cérébraux se distinguent du délire fébrile, non-seulement par leur gravité, mais aussi par le fait, qu'ils surviennent parfois au moment où la fièvre s'apaise et tandis que l'état des articulations s'améliore. Excessivement graves, mortels même dans le plus grand nombre des cas, ils sont aussi quelquefois, mais exceptionnellement, d'une bénignité très-grande. Gubler, par exemple, les a vu consister chez certains malades en quelques vertiges avec obnubi'ulion, céphalalgie violente et injection des conjonctives, qui précédaient l'invasion des manifestations articulaires (Louis Bertrand. Quelques mots sur le rhumatisme cérébral. Th. Strasb., 1863). Quelquefois à la suite d'une atteinte de rhumatisme articulaire aigu ou dans le cours d'un rhumatisme subaigu, on voit survenir un trouble mental caractérisé par de l'excitation maniaque, ou bien par de la dépression mélancolique avec tendance à la stupeur, affaiblissement de la mémoire, etc. Et ces accidents peuvent alterner pendant un temps fort long avec les manifestations articulaires- (Voy. Peyser [/eèe?- die protraliische Form der rheumalischen Hirnaffection. Inaug. Dis. Berlin, 1871. — Clouston. Two Cases of Rheumatic Insanity . — Med. Psychol. Associât., 1870). C'est sans doute encore une forme, mais forme très-atténuée, de l'eucéphalopathie rhumatismale que ces étianges modifications de caractère alternant avec diverses manifestations du rhumatisme, dont Faure a réuni uu assez grand nombre d'exemples dans un intéressant article des Archives de Médecine {Influence du rhumatisme sur le caraC' 1ère. Arch. gén. de Méd., sept. 1871, p. 507).
La goutte rétrocédée pourrait, au dire de Garrod, se porter sur l'encéphale et produire un état apoplectique ou des symptômes d'excitation maniaque. Presque tous les auteurs qui ont écrit sur cette alfection, ont signalé des faits de ce genre. Dans ces cas-là, on aurait trouvé parfois un épanchement séreux ; mais jamais on n'a constaté la présence des dépôts d'urate de soude dans le cerveau. Aussi, comme le lait remarquer Cliarcot, bon nombre des accidents considérés comme résultant de la goutte remontée, sont attribiiables plutôt à l'urémie (Garrod. La goutte. Trad. Ollivier, Paris, 1867, p. 562). Beaucoup plus souvent on rencontre des goutteux sujets à des vertiges habituels où l'on verrait diihcileuient autre chose que l'ac-
CERVEAU (pathoi.ogte), 245
tion de la goutte elle-même sur le cerveau (Blondean, Du vertige goutteux). Du reste il n'y a aucune comparaison à établir quant à la fréquence entre ses accidents cérébraux déterminés par le rhumatisme et ceuv qui sont attribuables à la goutte. De l'avis de Griesinger, le rôle qu'on a tenté de faire jouer à cette maladie dans l'étiologie de l'aliénation est fort problématique. Cependant, les modifications de caractères signalées par Faure chez les rhumatisants, ne se rencontrent guère moins chez les goutteux, chez qui Sydenhara les avait remarqués et signalés déjà. Le tubercule et le cancer sont l'un et l'autre susceptibles de se développer, sous forme de tumeurs, dans les lobes cérébraux. L'un el l'autre y sont quelquefois primitifs; l'un et l'autre semblent pouvoir prendre leur origine dans les résultats d'une violence extérieure, d'une contusion du crâne. Le tubercule qui survient presque toujours chez de jeunes sujets, s'associant à d'autres manifestations tuberculeuses, soit, dans les glandes lymphatiques, soit dans le poumon, est évidemment l'expression d'une disposition générale ou diatésique. On ne peut guère douter qu'il eu soit de même pour le cancer. Cependant, bien plus souvent que le tubercule, il est ici primitif (45 fois sur 48 (J'après Lebert). Bien plus souvent il demeure isolé; puisque sur ces 48 cas, 35 fois il ne se trouve dans les divers organes aucune autre manifestation cancéreuse. Et comme les malades atteints de cette lésion ne présentent, d'ordinaire, guère d'autres troubles que ceux qui résultent de l'action locale de la tumeur ; comme à l'inverse de ce qui se passe pour le cancer des autres organes, on ne remarque avec celui du cerveau, pourvu qu'il soit primitif, aucune trace d'état cachectique ou même d'altération de la santé générale, soit au début, soit même pendant la plus grande partie de la durée du mal, il semble que ces maladies ont en ce cas des racines peu profondes dans l'organisme. En tout cas, si le cancer du cerveau est grave, c'est moins à titre d'affection générale que comme maladie locale, et en raison du trouble qu'il apporte aux importantes fonctions de l'organe oii il siège.
Lors même qu'elle n'accompagne aucune localisation encéphalique, la cachexie tuberculeuse devient, à titre de maladie épuisante, l'origine de certains troubles de l'état mental. Mais il semble aussi que la diathèse peut amener à certaines perturbations des fonctions intellectuelles, indépendamment du degré de ses localisations pulmonaires ou cérébrales et de la cachexie qui en résulte. Cela semble même évident si on en juge par certains cas où la folie, sous l'une quelconque de ses formes, apparaît au début même de la tuberculisation et la masque pendant quelque temps, ou semble alterner avec ses manifestations habituelles. Il ne paraît plus que la diathèse herpétique ait rien à voir avec les maladies du cerveau depuis que la métastase des dartres est à peu près rayée de la pathogénie de ces afiéctions. Peut-être faudia-t-il en rappeler d'une exclusion si absolue? J'ai pour ma part quelques motifs de le croire. Quant à présent les fliits positifs en assez grand nombre manquent encore. Friedreich dit avoit remarqué que les exanthèmes très-persistants de diverses sorte se retrouvent souvent dans ies antécédents des malades atteints de tumeurs cérébrales. Mais c'est là un rapport bien vague et gui n'est guère solidement établi jusqu'ici. Maladie spéciale au système osseux, le rachitisme ne paraît agir sur le cerveau que d'une façon indirecte et en laissant prendre au crâne par suite du ramollissement des os et du défaut d'ossitîca!;ion des sutures, un développement tout à fait inusité. Assez souvent alors, le cerveau s'hypertropliie, et l'on attribue volontiers à son volume exceptionnel le développement précoce de l'intelligence souvent remarqué chez ces malades. Cela d'autant plus que par opposition, les individus chez lesquels l'ossification est très-liàtive,
246 CERVEAU (pathologie).
restent généralement à un niveau intellectuel très-inférieur, ou même dans un véritable état de crétinisme. Mais le rapport qu'on voudrait établir ici entre le volume du cerveau et le développement des fncuUés intellectuelles, n'est rien moins que constant. D'abord, comme le remarque FoUin, la plupart des enfants habituellement souffrants, ont une intelligence précoce. Puis parmi les racbitiques à grosse tète et à cerveau volumineux, il en est dont l'intelligence, au contraire, demeure fort en retard. On ne s'en étonnera pas, d'ailleurs, si on se souvient que, dans les cerveaux hypertrophiés, l'augmentation de volume ne représente point du tout une augmentation correspondante du nombre des éléments actifs.
Tout état cachectique persistant compromet la nutrition du cerveau, aussi bien que celle des autres organes ; lui fait perdre de son poids ; et diminue la proportion des matières grasses qu'il contient. Le cerveau maigrit comme le reste du corps à la suite des maladies longues et épuisantes, telles que la fièvre typhoïde; et chacun sait bien dans (luelle énorme proportion les facultés intellectuelles en sont souvent ébranlées. Les troubles cérébraux tiennent encore une place fort grande dans la symptomatologie habituelle de l'anémie simple, de l'anémie globulaire. Becquet, il y a quelques années, avait appelé l'attention, dans un très-intéressant mémoire, sur le délire d'inanition qui vient assez souvent compliquer la fin des maladies aiguës. Délire calme, tranquille, le plus souvent, accompagné d'hallucinations avec incohérence des idées et affaiblissement de la mémoire (Arcli. gén, de méd., 1866). De l'avis du plus grand nombre des aliénistes modernes, l'anémie prend une part considérable à l'étiologie de la plupart des névroses cérébrales, autrement dit des folies simples. C'est l'opinion de Baillarger ; c'est celle aussi de Griesinger. Marcé y a surtout insisté à propos de l'aliénation des femmes enceintes et des nourrices. Et cette conviction aujourd'hui générale a singulièrement éclairé les funestes effets de cette ancienne pratique qui consistait à saigner à peu près invariablement au début, tous les malades atteints d'excitation maniaque. Si l'on tient compte d'une observation de Levick, il semblerait que les effets dé l'anémie prolongée, de celle qui devient cachexie, ne se bornent pas à produire des troubles nerveux transitoires, mais qu'elle peut contribuer à des altératious plus profondes du cerveau. C'est du moins ce que cet auteur crut devoir admettre à propos" d'une femme épuisée par plusieurs allaitements successifs, qui succombaà un ramollissement très-étendu et portant sur différentes parties du cerveau, sans qu'il fût possible de trouver à ce ramollissement aucune autre cause que l'anémie elle-même (Anémia from prolonged Lactation. Softening of the Brain, Amer. Jour. of. Med. Se, 1861).
\âleucocythémie , forme de dyscrasie très-voisine, a le plus ordinairement pour les centres nerveux des effets fort analogues à ceux de l'anémie simple. Ainsi les malades atteints de cette affection se plaignent habituellement d'étourdissements, de bourdonnements d'oreilles, de céphalalgie; leur caractère s'altère, souvent devient morose; et cette tendance peut aller, comme dans les observations de Charcot et de Vogel, jusqu'à la lypémanie et au suicide. De plus les vaisseaux s'engorgent de leucocythes accumulés, comme l'a vu Lancereaux {Atl. d'anat. path., 1866) ; il survient enfin des congestions, de l'œdème cérébral, ou même des hémorrhagies, soit sous la forme capillaire, soit sous la forme de foyers.
Les effets de la pléthore, son action sur le cerveau ne sont pas à beaucoup près aussi nets. On lui assignait jadis une place très-considérable dans l'étiologie des congestions et des hémorrhagies cérébrales. Aujourd'hui qu'on sait mieux combien d'accidents attribués jadis à l'hypérémie encéphalique résultent en réalité
CERVEAU (pathologie), V^I
d'un état contraire, c'est-à-dire de l'ischémie, aujourd'hui qu'on coinuiil. les lésions diverses des vaisseaux cérébraux qui sont la cause immédiate de la plupart des accidents apoplectiques, la pléthore ne tient plus dans la pathogénie de ces affections qu'une place relativement restreinte et n'y joue qu'un i-ôle accessoire, en contribuant à maintenir dans les vaisseaux cérébraux un degré de tension exagéré relativement à la résistance dont ces vaisseaux peuvent être capables. Mais il i'audrait bien se garder, sous prétexte que son influence a été pendant longtemps fort exagérée, de la méconnaître et de la négliger aujourd'hui tout à fait. D'autant que lorsqu'elle existe elle fournit à la thérapeutique des indications urgentes et d'une grande importance.
Séméiologie. La séméiologie des maladies du cerveau est assurément une des plus difficiles, lly a à cela deux motifs principaux. Le premier, c'est que, iuaccessiblesous la voûte crânienne, cet organe se soustrait à tonte exploration, et que les maladies n'y peuvent avoir absolument aucun signe physique direct, en sorte que leurs symptômes se bornent nécessairement à des troubles fonctionnels. Or, ces troubles fonctionnels se produisent dans les conditions et sous les infhicnces les plii5 diverses, en sorte qu'ils n'ont, au point de vue du diagnostic, qu'une valeur tout à fait relative. Le second, c'est que les parties diverses qui composent l'encéph de réagissant les xmes sur les autres soit mécaniquement, soit physiologiquemcnt, il devient souvent fort difficile de distinguer, parmi les symptômes de leurs maladies, ce qui tient à la lésion primitive de ce qui n'est que trouble secondaire.
Mais le problème qui se pose en pratique, celui qui importe au pronostic et au traitement, est beaucoup moins de déterminer précisément quelle portion du cerveau se trouve atteinte, ([ue de savoir en quoi et comment elle l'est. Car la thérapeutique ne pou-vant atteindre l'organe souflranl que par des méthodes indirectes, il importe peu de savoir exactement oîi siège le mal, mais bien davantage de connaître sa nature et/ les moyens de le modifier.
Les altérations du cerveau, quand elles sont circonscrites, demeurent parfois latentes d'une laçon absolue et pendant ti ès-longtemps. On connait nombre d'exemples de corps étrangers qui ont séjourné au milieu de la substance même des hémisphères sans donner lieu à aucun accident notable. Simon a rapporté, entre autres, celui d'une femme de 79 ans, chez laquelle l'autopsie fit trouver dans le lobe gauche du cerveau, une aiguille qui le traversait entièrement, et dont la pénétration devait dater de la première enfance, bien que cette femme n'eût présenté jamais aucun accident cérébral digne de fixer l'attention {Fremde Kurper im Hirn. In Vierteljahrsschr . f. gerichtl. Med. Agr. 1869) ; Robert Hnglies, celui d'un homme chez lequel un fragment de fer pesant une once, put séjourner pendant plus d'un an au milieu d'un abcès du lobe antérieur droit, après cessation à peu près complète de tous les symptômes primitifs [Foreign Body m the Brain, Absence ofSjjmptoms. In Lancel, sept. 18, 1858); Hasse, d'après Hârlin, celui d'un individu chez lequel, à la suite d'une fracture du crâne, une esquille osseuse avait pu demeurer impunément pendant vingt-six ans dans le cerveau. Les tumeurs qui occupent les hémisphères et dont l'accroissement est lent, se développent souvent jusqu'à un trèsnotable volume sans occasionner aucun accident. Sur les 89 cas de tumeurs réunis par Lebeit, 4 étaient absolument latents et on pourrait trouver un grand nombre d'exemples de ce genre. Cela n'est point rare pour. les tubercules, alors même, suivant la remarque d'ilenoch, qu'ils sont multiples et disséminés dans la masse cérébrale {Beitràge zur Kinderheilkiinde. NeueFolge. Berlin, 1868). Ainsi en est-il des myxomes, des ghomes même, qu'on a vus atteindre le volume du poing avant
248 CERVEAU (pathologie).
de provoquer des symptômes appréciables. Delioux deSavignac a cité le fait d'due tumeur squivrlieuse de la grosseur d'uu œuf d'autruche qui, occupaut le milieu d uu liémisphère, ne s'était décelée cependant par aucun trouble des fonctions cérélnales. [Ohserv. clin, sur lea maladies de l'encéphale. Gaz. méd. de Paris, 13, 1861.) Il n'est pas rare de découvrir à l'autopsie des ramollissements partiels ou des kystes consécutifs à des hémoriliagies anciennes sans que pendant la vie, l'attention ai^t été attirée par aucun tiouble notable de la sensibilité, de l'intelligence ou du mouvement. Broca a relaté deux faits de ce genre, dans l'un desquels un kyste, de la grosseur d'un œuf de pigeon, occupait la partie postéi'ieure de l'hémisplière gauche, et dans l'autre, une perte de substance assez étendue se remarquait sur la partie inférieure de l'insula. On s'étonnera davantage de voir les abcès se produire d'une façon aussi insidieuse, et c'est cependant ce qui n'est point fort rare quand les abcès occupent les béniisphères, comme on le peut voir notamment dans une série de cas réunis par Gull {On Abscesses of the Brain. — Guy's Hosp. Rep., vol. III, 1857). Heusinger enfin a rapporté le cas bien plus étrange encore, et d'ailleurs fort exceptionnel, d'un double abcès du cerveau, consécutif à une carie du rocher qui se développa d'une façon complètement latente. — Dans une autre série de faits, les lésions cérébrales donnent bien lieu à quelques troubles cérébraux, mais trop légers ou trop isoles pour avflir rien de caractéristique. C'est ainsi que liasse rapporte avoir observé un cas de tumeur céiébrale où durant plusieurs mois, le symptôme unique fut un bourdonnement d'oreiiles fatigant; et d'autres, où la maladie ne se décela pendant toute sa durée que par un certain degré de somnolence.
Quand les maladies circonscrites du cerveau se font connaître par un ensemble symptomatique plus complet, cet ensemble lui-même peut-ètie inconstant et variable. Telle tumeur, par exemple, après avoir donné lieu à des accidents graves, peut redevenir ensuite complètement latente et le demeurer longtemps, la mort irrivant subitement plus tard sans qu'aucun sympôme de la tumeur ait reparu.
C'est qu'en outre des accidents produits par la compression ou la destruction du tissu nerveux, accidents constants, mais qui peuvent être ou très-légers ou nuls, il y a toujours à tenir compte des accidents de voisinage ; résultas de congestions, de processus inflammatoires ou d'ischémies, qui peuvent varier infiniment, tandis que la tumeur ou le foyer qui en ont été le pomt de départ demeurent sans modification notable.
Le centre ovale est de toutes les parties du cerveau celle où les lésions restent le plu:; aisément à l'état latent, précisément sans doute pai^ce que, composée exclusivement de fibres conductrices, médiocrement vasculaire, et peu excitable, cette partie réagit moins que toutes les autres ; et parce que les fibres peuvent y être écartées, refoulées lentement sans qu'il se produise un trop grand dérangement dans le(n- conductibilité. — Quand ces affections se généralisent soit à la surface, soit aussi dans l'épaisseur des hémisphères, elles donnent toujours lieu à des symptômes plus ou moins accusés, suivant l'étendue et l'intensité de la lésion.
Les troubles lonctionnels par lesquels les maladies du cerveau peuvent se manifester sont en très-grand nombre ; mais tous se rapportent à la surexcitation, la perturbation, l'affaiblissement ou l'abolition des fonctions du cerveau. Or ces fonctions, comme on sait, sont la perception consciente des sensations, la mémoire, le raisonnt ment et la détermination volontaire manifestée par les mouvements et Ja parole. Tous les symptômes des maladies cérébrales peuvent donc se résumer en troubles de rintelligence, de la sensibilité et du mouvement. A cela il faudra
CERVEAU (pathologie), 240
seulement ajouter les troubles qui résultent de la réaction du cerveau sur les fonctions des autres parties du système nerveux ou sur celles des appareils circulatoire, respiratoire et génito-urinaire.
Troubles intellectuels. La physiologie nous apprend que les impressions sensitives peuvent s'opérer dans une certaine mesure et que des actes même assez complexes s'exécutent, sans l'interventiou du cerveau proprement dit. Le cerveau paraît n'intervenir dans les sensations, que pour les élaborer et les transformer en perceptions distinctes; dans le mouvement, que pour en provoquer l'exécution. Onant aux phénomènes intellectuels ou instinctifs ils ont certainement le cerveau pour instrument exclusif, car ils disparaissent absolument quand cet organe a été détruit dans son entier. Aussi les troubles de l'intelligence tiennent-ils la première place dans la séméiologie des maladies cérébrales. Malgré l'obscurité profonde qui entoure encore le mode de fonctionnement du cerveau, le rapport nécessaire qui relie les fonctions de cet organe aux opérations intellectuelles est assez positivement établi déjà, pour qu'on puisse considérer conmie certain que toute perturbation de l'intelligence est le signe et la preuve d'une perturbation dans le fonctionnement cérébral.
En présence d'un trouble de ce genre, il ne reste donc qu'une seule indécision : celle de savoir si la perturbation fonctionnelle constatée est symptomatique d'une affection primitive du cerveau, ou si les fonctions de cft organe sont sympathiquement troublées par la lésion de quelque organe éloigné. Toutefois certaines hallucinations paraissent avoir leur point de départ dans les nerfs sensitifs ou dans les organes des sens eux-mêmes ; aussi ne deviennent-elles le symptôme d'un véritable trouble cérébral qu'autant que la sensation fausse à laquelle elles donnent lieu ne peut pas être rectifiée par le jugement.
Les troubles intellectuels qu'on observe dans les maladies du cerveau peuvent se diviser en anomalies du sentiment, anomalies de la pensée et anomalies de la volonté ; anomalies qui toutes consistent soit en une exaltation, soit en une diminution ou en une perversion de l'activité fonctionnelle.
Quant aux ayiomalies du sentiment, si fréquentes dans le début des véfanies, on se doit demander d'abord si toutes appartiennent bien à la séméiologie cérébrale, et s'il ne faudra pas pour quelques-unes d'entre elles faire une place à part. Certaines observations de Vulpian sur les animaux, portent à penser que les étals émotionnels ont leur siège principal, non dans les lobes cérébraux, mais dans la protubérance aiumlaiie. Et ou peut soupçonner qu'il en est amsi chez 1 homme. Jusiju'ici toutefois l'observation des malades n'a rien appris à cet égard. On sait seulement que ce mode de perturbation du système nerveux est assez indépendant des déviations intellectuelles proprement dites, qu'il marque souvent le début des vésanies, et qu'il peut exister fort longtemps à l'état d'isolement absolu, avec absence de tout délire véritable. L'impressionnabilile exagérée, la tristesse sans motif, l'anxiété morale, les altérations du caractère, l'affectuosité excessive ou les antipathies inexpliquées, sont au nombre des symptômes les plus habituels du début des vésanies et servent souvent de fond aux conceptions délirante^ qui s'y ajoutent et qu'elles provoquent. Mais on les observe aussi dans certaines maladies organiques du cerveau de forme chronique, telles que les tumeurs et les abcès, ou encore dans la période prodromique de la tuberculisation méningée. Etrange contradiction apparente ; l'exaltation joyeuse et expansive, le sentiment d'un bien-être intime accompagné d'une bienveillance générale et du désir de faire partager son bonheur à l'univers, signale ordinairement, à sa première pé-
250 CERVEAU (pathologie).
node, la plus fâcheuse des affections du cerveau : la paralysie générale. Mais on retrouve aussi cet ensemble symptomatique dans des formes moins graves telles que la manie aiguë, et celle surtout que Biiillarger a désignée sous le nom de folie congestive. Chez d'autres malades, l'affection cérébrale se manifeste |iar l'indifférence, l'apathie, l'obtusion des sentiments; soit que l'esprit se trouve entièrement absorbé par une pensée dominante, comme il arrive chez certains lypémaniaques ; soit que cette apathie se rattache à un engourdissement progressif de toutes les facultés qui annonce la démence.
Les anomalies de la pensée sont singulièrement nombreuses et variées. Elles dépendent le plus souvent de perturbations survenues dans la mémoire, dans la faculté d'attention, dans la conception et l'association des idées.
La mémoire s'exalte dans certaines affections nerveuses ; sous l'influence de crises hystériques par exemple et aussi à la première période de l'intoxication alcoolique aiguë, ou bien dans certains délires fébriles et dans celui de l'inmition. Elle amène alors les idées en foule, réveille des souvenirs qui semblaient absolument effacés, et souvent en abondance telle que tout devient confusion. Dans toutes les formes chroniques des maladies cérébrales, elle s'éteint d'ordinaire peu à peu et se circonscrit souvent, tantôt aux faits récents, tantôt aux plus anciens. Elle se perd parfois pour les faits appartenant à certaines périodes de l'état palhologique, et peut reparaître plus tard quand l'esprit se retrouve dans un état amilogue. C'est un symptôme des plus graves que la perte de Ii mémoire, quand elle survient et augmente progressivement dans le cours des vésanies chroniques, des phlegmasies et des affections organiques du cerveau ; car elle dénote alors une altération graduelle de la substance cérébrale qui aboutit nécessairement à la démence complète. Mais il n'en est plus de même quand elle se produit subitement sous l'influence d'une secousse morale profonde ou bien d'une commotion violente du cerveau traumalique ou non ; quand elle accompagne l'épuîseaient des forces physiques qui résulte de fatigues excessives, d'une alimentation insuffisante ou de maladies graves ; quand elle succède immédiatement à un délire aigu fébrile ou à un accès d'épilepsie, d'hystérie ou de catalepsie somnambulique {voy. Amnésie).
L'attention est, de toutes les facultés, celle qui s'ébranle le plus constamment, quel que soit le mode d'altération dont le cervean devienne le siège. Tantôt insuffisante, elle ne peut fixer les idées et leur donner le tempsd'entrer 'en associations régulières; tantôt excessive et se concentrant sur une série très-petite, elle exclut absolument les idées intermédiaires indispensables à un raisonnement logique et sensé.
Quant à la conception et à l'iissociation des idées, el'es sont tantôt d'une rapidité tells que l'attention ne les peut retenir, dans la manie aiguë, par exemple, ou dans le délire fébrile ; tantôt d'une lenteur extrême ou presque suspendues, comme chez les déments et dans certaines formes de la stupeur ; tantôt enfin supprimées tout à fait dans les états comateux.
A ces vices de conception se rattache l'incohérence ; peu grave dans les formes aiguës, oiî elle résulte de la multiplicité excessive des idées et de leur association tumultueuse, provoquée souvent par de simples consonnances ; d'un pronostic funeste, au contraire, et indiquant la démence quand, ne s'cxpliquant pas par ce tumulte de l'excitation nerveuse ou fébrile, elle se rattache uniquement à une incapacité d'association qui indique la déchéance de l'organe. Ici se rapportent également la fixité de certaines conceptions délirantes et les délires partiels qui presque toujours appartiennent aux vésanies chroniques, mais qu'on rencontre
CERVEAU (pathologie). 251
quelquefois aussi dans des délires sympathiques d'affections aiguës, par exemple dans celui de la fièvre typhoïde.
Les anomalies de la volonté (ont en quelque sorte pendant à celles du sentiment signalées plus haut; mais on n'a point à faire doute qu'elles appartiennent à un fonctionnement défectueuv du cerveau lui-même. C'est à elles que se rapporlent l'exagération morbide du besoin d'activité, le mouvement incessant de certains maniaques ou des paralytiques au début ; la tendance à la domination, aux emportements, à la fureur aveugle, qui se remarque d'une façon si frappante chez certains épileptiques. Dans d'autres cas, une diminution d'énergie toute pathologique, qui se traduit chez les mélancoliques, chez les déments et chez la plupart des sujets atteints d'affections chronii|ues organiques du cerveau, par une apalhie extrême, une hésitation constante, et l'irrésolution en toutes choses. Quant aux impulsions involontaires, résultat de l'automatisme cérébral substitué à la volonté raisonnée on, si l'on aime mieux, d'une déviation des instincts, elles se montrent avec une intensité excessive et tout à fait piédominante dans le délire des épileptiques et se manifestent aussi, quoique avec une brutalité moindre et une indépendance ordinairement moins absolue de toute influence de la volonté, chez les malades atteints de monomanie instinctive.
On donne le nom de délire à toutes les perturbations possibles de l'état mental, à l'exclusion toutefois de celles qui consistent comme on vient de voir en une exaltation simple des facultés intellectuelles compatible avec leur exercice régulier, ou en une dépression plus ou moins considérable de leur énergie et de leur activité. Le délire n'existe guère chez les très-jeunes enfants, dont l'activité intellectuelle est trop restreinte encore. Il se montre de plus en plus accentué, à mesure que, les enfants avançant en âge, leur intelligence se développe, leurs idées se multiplient et deviennent plus complexes. Tout d'abord il ne peut guère se déceler que par l'altération des sentiments affectifs et le désordre des actes, un peu plus tard seulement par le trouble tumultueux des idées, très-exceptionnellement par des conceptions fausses et systématisées. Chez l'adulte, il caractérise les dilférentes espèces de vésanie. Il est la manifestation la plus habituelle du trouble sympathique que le cerveau ressent dans une foule de maladies locales et générales, ou de l'action exercée sur lui par certains poisons morbides, par diverses substances toxiques ou par un mouvement fébrile intense. Il est enfm, tout naturellement, le symptôme principal d'un grand nombre des lésions qui affectent le cerveau proprement dit, mais non de toutes. Celles qui le font naître d'une façon à peu près constante sont les phlegmasies, les hypérémies actives qui envahissent la surface du cerveau dans une certaine étendue. Aussi n'est-il point de méningite qui n'y donne lieu pendant une partie au moins de sa durée; car il ne saurait y avoir vascularisation exagérée et suractivité circulatoire dans, la pie-mère, sans que les couches corticales du cerveau participent plus ou moins à cet état morbide. Mais il n'est point exact, comme le pensait Lallemand, que l'encéphalite ne puisse par elle-même amener le délire et que celui-ci n'existe jamais en l'absence de l'inflammation des membranes. On en trouve notamment la preuve dans une observation de L. Gros, oii à la suite d'un délire de plusieurs jours l'autopsie montra un pointillé de la substance blanche et une teinte rosée de toute la couche corticale des circonvolutions, sans aucune altération des méninges {Sur la cérébrite générale ou diffuse, in Moniteur des hôpitaux, 1857, p. 118). C'est un fait constant que l'apparition d'un trouble quelconque des facultés intellectuelles durant le cours de la sclérose cérébrale (Zenker. Beitr. zur Skier, des Hirns, etc. In Henle und Pfeufer's
252 CERVEAU (pATnor.ociE).
Ztschr., 1865). L'ischémie cérébrale subite provoque aussi parfois un délire trèscourt et passager. Mais les affections qui se localisent dans le centre blanc des hémisplières, tumeurs, abcès ou ramollissements, ne donnent lieu <i ce symj)lôme que d'une façon en quelque-sorte accidentelle. Lebert a rencontré le délire dans un quart seulement des iaits d'abcès du cerveau, oiî il n'apparaît d'ailleurs que d'une l"açon transitoire {Ueber Hirnabscesse. In Virch. Arch. Bel., V, 1857) ; plus rarement encore dans les cas de tumeurs, oi^i il Ta noté 12 fois seulement sur 150 observations et où de même il n'apparaît que d'une façon passagère. Il faut donc penser que dans ces cas-là le délire n'est point l'effet de la maladie primitive, mais bien des poussées congestives ou inflanunatoires que celle-ci provoque de temps en temps. On pourrait en dire autant pour ce qui concerne les hémorrhagies et le ramollissement.
L'affaiblissement, l'engourdissement des fonctions cérébrales est une conséquence beaucoup plus habituelle de toutes les maladies aiguës et surtout des maladies chroniques du cerveau ; c'est im symptôme très-fréquent aussi dans les cas où cet organe n'est que sympathiquement affecté. Chez un certain nombre de malades, l'affaiblissement porte exclusivement sur les facultés intellectuelles proprement dites ou même compromet une d'entre elles d'une façon très-prédominante; la mémoire, par exemple, ou l'attention, ou l'imagination, ou le raisonnement. Dans ces cas-là les sentiments moraux ou l'activité volontaire ne semblent compromis que secondairement, par suite de leurs rapports nécessaires avec la conception des idées. C'est ce qu'on voit chez beaucoup de déments, chez des imbéciles, dos idiots, et passagèrement chez les individus affaiblis par de longues et graves maladies, épuisés par de grandes pertes de sang, ou ébranlés par de profondes commotions morales; ce qu'on observe aussi à la suite des traumatismes violents portant sur la tête, quand les premiers accidents sont dissipés; ce qui enfin ne manque guère dans les cas d'affections chroniques ou subaiguës du cerveau, quelles qu'elles soient, pourvu que la lésion du cerveau ait une certaine étendue; ce que l'on reconnaîtrait peut-être toujours, même dans les cas appelés latents, quand il s'agit de tumeurs ou d'abcès, si l'attention était suffisamment appelée et si la constatation de cet affaiblissement fonctionnel n'offrait paifois de grandes difficultés.
Dans d'autres circonstances, la diminution de l'activité cérébrale se généralise davantage. Tout faiblit à la fois : perception distincte, intelligence et activité volontaire. A un degré léger, mais très-général, et comprenant à la fois tous les modes d'activité du cerveau, l'engourdissement de cet organe constitue la somnolence, qui chez certaines gens survient à propos de la plupart des états fébriles, et dont une faible excitation tire aisément les malades. Plus accentué dans la même forme, amenant une suspension complète de tous les modes d'activité cérébrale, il produit un sommeil d'apparence normale, mais exceptionnellement profond et prolongé, qu'on voit survenir dans certains cas d'épuisement nerveux, chez quelques convalescents et aussi dans une maladie étrange, observée surtout parmi les nègres, qu'on a décrite sous le nom de maladie du sommeil : suspension complète des fonctions cérébrales, mais passagère ou intermittente, et qu'une excitation suffisante parvient toujours à faire cesser. D'autres fois l'engourdissement, tout aussi général, est incomplet, mais peu ou point susceptible de se suspendre sous l'influence des excitations du dehors C'est alors la stupeur, symptôme assez fréquent des affections cérébrales, qui semble constituf r à lui seul l'aflectiôn vésanique connue sous le nom de stupidité, qui apparaît dès le début du typhus ou de la dotliiénentérie, persiste pendant toute la durée de ces maladies, et contribue plus
CERVEAU (pathologie). 253
que tout autre à leur donner l'aspect caractéristique que chacun connaît ; symptôme qu'on retrouve d'ailleurs dans un certain nombre d'autres maladies, dites pour ce motif typhoïdes. Cette stupeur consiste surtout en un état d'obtusion des sens et et de l'impressionnabilité cérébrale, en une sorte d'engourdissement au moins apparent des facultés morales et intellectuelles, avec faiblesse et lenteur extrême des réactions volontaires. On la recoimait aisément au défaut de mobilité des traits, à l'expression vague du regiird, à la lenteur paresseuse de tous les mouvements et particulièrement de celui des yeux, au peu d'impression que semblent faire sur les malades les choses habituellement les plus capables de les émouvoir, à leur iiidifférence pour tout ce qui se passe autour d'eux, enfin à l'absence, presque complète, de manifesl allons intellectuelles non provoquées et d'initiative volontaire.
A un degré extrême, l'engourdissement cérébral persistant constitue le coma; cet état dans lequel les impressions extérieures n'arrivent point à la conscience et ne provoquent aucune réaction volontaire ; oii les opérations intellectuelles sont absolument suspendues ; et qui met eutin les malades dans une situation absolument semblable à celle des animaux auxquels les lobes cérébraux ont été complètement enlevés. Le coma survient toutes les fois que le cerveau est primitivement ou secondairement affecté dans son ensemble, à un degré et d'une façon tels que toutes ses fonctions se suspendent. Or les circonstances dans lesquelles ces conditions se réalisent sont singulièrement nombreuses et variées. 11 n'y a guère de maladie du cerveau où elles ne puissent se rencontrer à un moment au moins de sa durée. Le coma intervient à titre de complication toujours grave dans un grand nombre d'affections, soit locales soit générales; et, sauf dans les cas oij la mort anive d'une façon subite, il la précède et l'annonce presque toujoiirs, quelle que soit la maladie dont il est le terme. Il fait partie de l'attaque d'épilepsie et en constitue la dernière phase; il survient aussi chez les hystériques à la suite des crises convulsives.
Parmi les maladies du cerveau où le coma survient, il en est dont il marque le dijbut. Ce sont celles dont le début est brusque et subit ou tout au moins le développement rapide ; l'hémorrhagie cérébrale, le ramollissement, la congestion, la commotion ou la contusion du cerveau. Dans d'autres cas il est plus tardif, et se renouvelle même à diverses reprises dans le courant de la maladie. Ainsi en est-il dans ceux de tumeur, d'abcès, d'hypertrophie du cerveau, de rhumatisme cérébral; ainsi, dans les affections des méninges soit inflammatoires, soit hémorrbagiques, où le coma survient ordinairement dans la seconde période delà maladie avec des alternatives trompeuses de suspension et de rétablissement ; ainsi encore dans les cas d'hydrocéphalie. Toutes les lésions intra-cràniennes amènent donc aisément le coma quel que soit leur siège précis, mais plus aisément et en générale un plus haut degré quand elles occupent les hémisphères que lorsqu'elles résident dans le cervelet ou dans l'isthme de l'encéphale.
Quiuit aux maladies locales ou générales dont le siège primitif est ailleurs que dans la tête, elles n'amènent guère le coma qu'au moment où l'agonie comrflence.
Mais il en est dans le cours desquelles ce symptôme presque toujours grave se manifeste cependant sans être nécessairement précurseur de la mort. Au premier rang se placent les intoxications et tout d'abord l'espèce d'intoxication produite par les substances dites anesthésiques. L'éther, le chloroforme, le bioxyde d'azote produisent un véritable état comateux que l'art parvient, non sans quelque peu de dangers, non sans de minutieuses et attentives précautions, à maintenir dans des limites nécessaires à la pratique de la chirurgie. L'élimination facile de la substance absorbée rend cet état absolument transitoire, et l'on peut y mettre fin d'autant
254 CERVEAU (pathologie).
plus rapidement que la substance employée est plus volatile et plus facilement éliniinable. Puis viennent l'alcool et l'acide carbonique dont les effets analogues sont toutefois plus persistants. Puis les narcotiques et stupéfiants : opium, belladone, tabac, etc., etc. Puis l'intoxication saturnine, où les accidents comateux ne sont plus que des manifestations exceptionnelles ; puis l'intoxication paludéenne avec ses accès comateux ; puis aussi l'intoxication urémique, dont Tintervention se révèle dans un nombre de plus en plus grand d'états comateux à mesure qu'on la cherche davantage ; enfin la cholémie elle-même, ou du moins l'altération spéciale qu'entraîne dans le sang la suspension rapide des fonctions éliminatrices du foie. A côté se rangent les fièvres éruptives et typhiques, le choléra et certaines phlegmasies aiguës telles que l'érysipèle, la pneumonie et l'entérite de l'enfance.
Pour que, survenant dans des circonstances si nombreuses et si diverses le coma gardât néanmoins une valeur séméiologique positive et qu'on en pût tirer des indications précises, il faudrait qu'on fût en mesure de le rapporter toujours à une cause prochaine bien déterminée. Or il s'en faut jusqu'à présent beaucoup que cela soit toujours possible ; car la cause prochaine de ce symptôme est ellemême variable et parfois complexe.
L'expérience a appris que la compression des hémisphères détermine toujours le coma. On sait également que le coma survient quand l'abord du sang artériel dans cette partie de l'encéphale est empêchée par la compression on la ligatuie des carotides, ou quand le sang qui aborde au cerveau n'est plus suffisamment artérialisé. Les faits pathologiques montrent, de leur côté, que la stase sanguine déterminée par un retour du sang veineux conduit au même résultat. Enfin on ne peut guère douter que les agents aneslhésiques, dont les effets sont si rapides et si transitoires, agissent directement sur la substance nerveuse elle-même, pour en paralyser l'activité. Mais on est loin de pouvoir encore déterminer pour chaque cas spécial celui de ces mécanismes qui est en cause. De loin en loin seulement la question s'éclaire sur quelque point particulier. Ainsi Abercrombie avait autrefois montré combien il arrive souvent chez lés enfants que les états comateux, consi dérés presque toujours jusque là comme des signes de congestion et d'inflammation du cerveau, sont au contraire attribuables à l'anémie. La notion des embolies cérébrales a révélé, touchant la cause de ces états, toute une catégorie de faits très-inattendus. Enfin Parrot, dans ces derniers temps, nous a fait voir que le coma des très-jeunes enfants doit être mis le plus souvent sur le compte de l'urémie. Ce qui augmente la difficulté, c'est que plusieurs influences concourant au même résultat peuvent contribuer, chacun pour sa part, à produire l'état comateux. Aussi n'est-ce point dans les caractères du coma lui-même qu'on peut trouver les indications capables de révéler sa véritable nature et sa cause prochaine, mais bien dans les circonstances qui l'ont amené et qui l'accompagnent.
Le coma, débutant d'ime façon subite, constitue l'apoplexie, ou ce qu'on désigne sous le nom à'attaqile apoplecliforme lorsque, réservant, à l'exemple de Rochoux, le nom d'apoplexie pour l'hémorrhagie cérébrale, on croit devoir distinguer par une appellation différente les cas qui se présentent avec un appareil symptoma tique semblable, mais oîi la lésion anatomique e$t cependant diflérente. Dans l'article Apoplexie de ce Dictionnaire, MM. Schutzenberger et Ilecht ont fait justement remarquer qu'il ne saurait y avoir aucune raison logique de détourner ce mot de sa signification primitive, qui se rapportait à une idée purement symptotnatique, pour le faire synonyme de celui d'hémorrhagie cérébrale. Peut-être n'estil pas non plus absolument rationnel de faire rentrer la donnée anatomique par
CERVKAU (PATHOLOGIE). 255
une autre voie dans la conception de l'apoplexie, en clierchant à la caractériser par l'intervention nécessaire d'une « cause interne agissant directement sur le cerveau. » Ces messieurs ont été conduits à le taire afin de comprendre dans leur définition toutes les paralysies subites de cause cérébrale et d'en éliminer celles qui peuvent résulter d'une lésion affectant toute autre partie du système nerveux. Mais, au point de vue qui nous occupe ici, c'est-à-dire au point de vue de l'étude et du diagnostic des maladies du cerveau proprement dit, la définition de Tliémison nous semblerail préférable, parce qu'une manifestation symptomatique consistant en perte subite de connaissance avec résolution de tous les membres établit déjà par elle-même que le cerveau est en cause; et qu'il ne reste plus ensuite, pour que le symptôme ait toute sa valeur, qu'à éliminer l'hypothèse d'un trouble primilif de la respiration ou de la circulation, c'est-à-dire l'asphyxie et la syncope. Les causes anatomiqncs les plus capables de produire un état comateux à invasion soudaine accompagné de paralysie, les causes les plus fréquentes, en un mot, de l'apoplexie, sont la rupture ou l'oblitération de vaisseaux cérébraux; aussi l'apoplexie annonce-t-elle le plus ordinairement le début d'une hémorrhagie ou d'un ramollissement cérébral. Cependant il n'est pas rare aussi d'observer des attaques toutes semblables à la suite desquelles, ou bien l'autopsie ne révèle ni l'une ni l'autre de ces lésions, ou le rétablissement arrive trop rapide et trop complet pour qu'on puisse admettre que l'une ou l'autre ait existé. Ce sont ces attaques auxquelles on donne le nom d'apoplectiformes. On les voit survenir assez fréquemment dans le cours de certaines maladies chroniques du cerveau ou de ses membranes, telles que la méningite chronique, la paralysie générale, les abcès, les tumeurs ou même la sclérose. D'attaques de ce genre déterminées par cette dernière maladie on trouve un remarquable exemple dans une observation de Léo, où l'on en vit se produire successivement neuf, dont la dernière amena la mort {Beitr. zur Erken. der Scier, des Geli. In Deutsch. Arch. f. klin. Med., 1868). On les observe aussi dans le cours de la syphihs, de l'albuminurie, de l'intoxication paludéenne. Parfois l'accident trouve son explication dans un état congestif évident de l'encéphale. Mais on n'en découvre pas toujours la cause anatomique, l'encéphale se montrant parfois alors dans un état d'intégrité en apparence absolue. D'ailleurs, lors même que l'autopsie révèle la présence d'une des lésions désignées plus haut, il reste encore à savoir par quel mécanisme une lésion à marche chronique, telle qu'une tumeur ou un abcès, peut donner lieu à une nianilestation subite comme celle de l'apoplexie. Si quelques tumeurs vasculaires sont à la vérité susceptibles d'une turgescence qui peut déterminer rapidement la compression du cerveau, il ne se trouve dans la plupart des cas absolument rien de semblable. Alors on ne peut guère expliquer l'accident dont il est question que par une ischémie subite d'origine réflexe ; bien que cette interprétation ne se prête à aucune démonstration directe. Trousseau assimilait la plupart de ces attaques à celles d'épilepsie. Mais, si l'on ne peut s'empêcher de reconnaître une assez grande analogie au pomt de vue symptomatique entre l'état apoplectiforme et le mal comitial, les différences aussi ne sont pas moindres; et l'on éclairera peu la nature du premier de ces états en l'identifiant avec le second, dont on ne connaît guère mieux la véritable nature.
Troubles de la sensibilité. Les lobes cérébraux, dans l'état normal , sont^ comme on le sait, insensibles et inexcitables. 11 en résulte que les lésions les plus graves peuvent n'y produire aucune douleur. Mais, suivant la remarque de Brown- Sequard, la sensibilité s'y éveille sous l'influence de l'irriiation morbide tout
250 • CERVEAU (pathologie).
comme elle fait dans les tendons, qui sont également insensibles à toute excitation dans leur élal normal, mais l'.eviennent sensibles à l'excès dès qu'ils sont enflammés. Aussi l'encéphalite, à l'état aigu, est toujours accompagnée d'une douleur intense, persistante, qui souvent arrache aux malades des cris et des conlorjions. Dans toutes les autres formes des aftections cérébrales, la douleur n'a plus rien de constant. Souvent elle est fort légère ou tout à fait nulle. L'hypérémie simple ne détermine guère qu'une sensation de gène, d'embarras dans la tète on une céphalalgie gravative et obtuse. L'Iiémorrhagie est rarement précédée d'autre chose qu'un sentiment de pesanteur et de tension. Au moment oii elle se produit, elle s'accompagne quelquefois, si la connaissance n'est pas inimédialemt'nt perdue, d'une sensation prolonde de déchirure ou d'éclatement. Ces sensations, du reste, ne persistent pas et laissent seulement à leur suite une pesanteur douloureuse. L'embolie des artèi'es cérébrales ne donne lieu sur le moment à aucune sensation particulièrement pénible, tandis que la thrombose est habituellement annoncée par une douleur légère. Avec les tumeurs, la céphalalgie est des plus va iables; quelquefois tout à fait nulle, elle semble beaucoup plus souvent marquer le début même de la maladie et persiste pendant toute sa durée avec une intensité, une fi.\ilé, une opiniâtreté qui en font le symptùnie de beaucoup le plus important et le plus pénible. D'autres fois elle est intermittente et se reproduit à des intervalles variables sous forme d'accès violents. C'est aussi le principal des symptômes qui traduisent ordinairement au début la formation des abcès, durant laquelle, suivant Lebert, elle ac({uiert dans les | des cas une très-giande intensité. Elle accompagne encore le ramollissement et peut en être le symptôme unique presque jusqu'au moment de la mort, comme on le voit dans une série de cas relevés par Ciiurchill. On l'a notée également dans les cas de sclérose. Enfin, dans ceuxd'hyperLrophie, elle prend ime intensité exceptionnelle, comparable à celle qu'elle présente dans l'encéphalite aiguë, avec de fréquentes et violentes exacerbations.
Les douleurs de tête qn' éveillent les maladies du cerveau sont quelquefois vagues et généralisées, surtout quand il s'agit d'états purement congestifs. D'autres fois elles se limitent davantage et sont rapportées à une région circonscrite, plus on moins exactement déterminée. Le siège qu'elles affectent est assez habituellement en rapport avec le point occupé par la lésion ; il se trouve en arrière quand il s'agit d'une maladie du cervelet ou de la partie postérieure du cerveau; au sommet et dans les parties antérieures de la tête, quand la lésion atteint les lobes cérébraux moyens et antérieui s ; enfin elle prédomine ou se montre exclusivement du côté dn lobe cérébral malade. Mais il n'y a dans cette règle rien d'absolument constant, et le siège de la douleur ne peut jamais permettre, à lui seul, de préciser celui de la lésion ; pas plus que son intensité ne saurait servir à déterminer ni la gravité, ni la nature, ni l'étendue de celle-ci. Le type paroxystique, la prédominance nocturne des accès douloureux qui caractérisent habilueileniLnt les affections syphilitiques, ne leur sont pas non plus spéciaux et peuvent se retrouver avec des lésions de toute autre nature. Mais on peut dire cependant qu'une douleur de tête trèslocalisée, très-intense et très-persistante, doit se rapporter à une tumeur cérebiale plutôt qu'à aucune autre des afiections du cerveau. La céphalalgie est, du reste, un symptôme d'une extrême banalité. On l'observe dans le cours d'une foule de maladies étrangères à l'encéphale, soit qu'elle se rattache à un état diathésique, comme la syphilis, la goutte ou le rhumatisme ; soit qu'elle résulte d'une intoxication telle que l'alcoolisme aigu ou l'empoisonnement produit par la vapeur du chai bon, la lérébenthine, le plomb; soit qu'elle dépci.de de l'i/iterventioii nnas-
CERVEAU (l'ATuoLOGiE). 257
matique, ou de celle des maladies auto-infectieuses ; soit enfui qu'elle appartienne à la catégorie des douleurs sympathiques, comme celle (|u'on observe dans certains cas d'affection calculeuse des reins, de maladies de l'utérus, de dysménorrhée, ou d'affection gastrique. A quoi il faut ajouter les grandes névroses, l'épilepsie, l'hystérie, et divers états nerveux mal définis, parmi lesquels la névrose cérébro-cardiaque, récemment distinguée et décrite par Krishaber; la migraine elle-même, qui semble avoir chez certains malades une existence indépendante ; enfin les affections des parties de l'encéphale distinctes du cerveau et celles surtout des méninges.
Ce n'est ]ioint par les caractères de la douleur elle-même qu'on peut trouver moyen de diliérencier la céphalalgie qui se produit dans des cas si divers de celle qui est le symptôme des maladies propres du cerveau. Dans bon nombre de ces cas, en elfet, le cerveau paraît être lui-même plus ou moins directement en cause. On n'en saurait douter, jiar exemple, quand il s'agit de la céphalalgie urémique, de celle produite [jar l'alcool, ou bien encore de celle des épileptiques. Les motifs de cette distinction, on ne les pourra guère trouver que dans les rapports que la douleur affecte avec les autres symptômes et dans l'évolution de la maladie.
Les maladies du cerveau donnent lieu aussi à des modifications de la sensibilité périphérique qui peuvent être de l'anesthésie, de l'hypereslhésie, ou des déviations de la sensibilité. Uaneathésie s'observe quelquefois dans la forme apoplectique de la congestion. Toutes les lésions cérébrales à foyer peuvent la produiie. M;iis elle est henucoup moins fréquente que la paralysie du mouvement à laquelle, lorsqu'elle existe, elle est presque toujours associée. Elle occupe ordinairement une beaucoup moindre étendue. Ladame ne l'a notée que 35 l'ois sur 321 cas de tumeur cérébrale. Elle s'observe rarement aux parois du tronc, se limite, à une petite portion des membres, et, quand à la suite des hémorrhagies, par exemple, les phénomènes paralytiques tendent à s'effacer, elle disparaît toujours la première. C'est, du reste, suivant la remarque de Browu-Sequard, un symptôme sans rapport précis avec la lésion qui l'a fait naître. 11 peut exister ou manquer presque indifféremment, quel que soit le point des hémisphères que celle-ci affecte. Quand on l'a trouvé très-prédominant, c'est, au dire de Tûrck, que la lésion ne se limitait pas aux lobes cérébraux, mais avait envahi les ganglions et notamment la partie externe de la couche optique {JJeber die Bezieh. gew. Krankheilsherde des grossen Gehirns zur Anâsthesie. lu Ztschr. Wien. Aerzt., 1860). L'anesthésie plus ou moins généralisée, si fréquente dans l'hystérie et l'hypocliondiie, est au contraire exceptionnelle dans la folie simple; l'on excepte un certain nombre de mélancoliques chez lesquels elle atteint parfois un degré suffisant pour faire disparaître toute perception de la douleur. Elle est de règle dans la paralysie générale, et cette circonstance, suivant la remarque de Baillarger, peui; être dans des cas difficiles un secours précieux pour le diagnostic.
L'hyperesthésie, qui se produit dans les mêmes circonstances, y est encore plus rare et moins accusée, à moins qu'elle ne dépende des lésions périphériques secondaires provoquées par un foyer d'héniorrhagie ou de ramollissement. Quelquefois elle survient à une époque tardive de l'existence des foyers, en même temps que les contractures et sous l'influence d'un travail inflammatoire qui se produit autour de la lésion primitive. Quand il se manifeste, dans ces circonstances, des douleurs vives et persistantes sru' le trajet des branches de la cinquième paire, c'est d'ordinaire que la lésion est située de façon à comprimer et irriter le tronc de ce nerf dans le crâne. Lebert, néainnouis, cite des cas où une névralgie du trifacial,
DICT. ENC. XIV. 17
258 CEliVEAU (pathologie).
très-nettement dessinée avec ses points liyperestliésique? habituels, manifestait presque seule l'existence d'un abcès du cerveau en voie de formation (Ueber Himabscesse. In Wirch. Arch., "1857).
Le plus souvent les modifications de la sensibilité périphérique, produites par les affections chroniques du cerveau, se bornent à des engourdissements, des fourmillements, des sensations de froid, limités avec persistance à une partie trèscirconscrite des membres, et dans ce cas très-caractéristiques. Hasse a vu l'engourdissement de deux doigts demeurer pendant plusieurs mois le signe unique d'un abcès en voie de formation. Lebert a noté, chez quelques malades atteints de tumeurs cérébrales, des démangeaisons fort incommodes. De toutes ces moditications de la sensibilité, les engourdissements et surtout les fourmillements sont celles qui ont le plus de valeur comme signe d'une lésion cérébrale quand ils demeurent pendant assez longtemps fixes et limités à une même région circonscrite.
Les malades atteints d'encéphalite, d'abcès du cerveau ou de tumeurs diverses, se plaignent parfois d'éprouver des éblouissements, des visions lumineuses, d'apercevoir des étincelles. Ils ont de l'amblyopie, quelquefois une cécité passagère, ou de l'hémiopie. La ciiplopie aussi n'est pas rare dans les cas de tumeur ou de ramollissement. Mais ces symptômes, qui ne se rapportent pas directement à la lésion des hémisphères, paraissent tenir, soit à la compression exercée par la lésion du cerveau sur les parties de l'isthme affectées à la fonction visuelle, soit à la propagation dans ce sens de la lésion primitivement cérébrale. Toutes les fois que la maladie demeure exactement circonscrite aux lobes cérébraux, la vue n'est point eu cause, ainsi que 1 indique la physiologie et que Galezowski l'a d'ailleurs constaté directement dans ses recherches sur ce sujet {Sur les altérations de la papille du nerf optique dans les maladies cérébrales, in Un. méd., 1866). Mais il en est autrement si l'inflammation du cerveau se propage au nerf optique luimême, comme Gayet l'a vu et constaté dans un cas d'encéphalite traumatique qui fut suivi d'amaurose.
L'ouïe est fort rarement compromise dans les maladies du cerveau, sauf les cas d'abcès ou d'encéphalite consécutifs à des affections de l'oreille. Même avec les tumeurs cérébrales, la cophose est une rareté. Cependant, au dire de Ladame, les bourdonnements d'oreilles pourraient précéder de longtemps tous les autres symptômes d'une tumeur du cerveau {Syinpt. und Diagn. der Hirngeschundstè. Wûrzb., 1865); et Lebert a noté deux fois l'hyperacousie chez des malades atteints de cette lésion. L'odorat et le goût ne sont jamais atteints que parles tumeurs de la base capables d'exercer quelque compression sur le tronc des nerfs correspondants.
Les hallucinations et les illusions des sens, sont des sensations subjectives et fausses ou des perceptions inexactes et transformées. Les individus qui les éprouvent en ont quelquefois conscience. D'autres ne les savent point discerner des sensations réelles, ou ne les jugent et ne les rectifient que difficilement et après coup. Ces accidents, assez fréquents chez les aliénés, soit dans la fohe simple, soit dans la folie congestive ou la paralysie générale , se produisent aussi chez quelques individus non aliénés. Ils surviennent alors sous l'influence d'une excitation particulière produite par des impressions vives d'ordre moral, par l'abstinence et l'inanition, par la fièvre, par l'intoxication alcoolique et par celle surtout que causent certaines substances spéciales telles que l'opium, le datura, la belladone, le haschich. Il n'est pas douteux que ces phénomènes n'aient leur siège dans le système nerveux central. Mais Baillarger a fait remarquer que certaines hallucinations ont
OERVRAU (pathologie). 259
tous les caractères de sensations véritables, et semblent résider dans la partie sensitive du système nerveux ; tandis que d'autres sont purement intellectuelles. Cet auteur les a distinguées, poiu' ce motif, en psycho-sensorielles el psychiques. Il est fort vraisemblable que ces dernières se rapportent à quelque perturbation dans le fonctionnement du cerveau proprement dit. Les hallucinations sont relativement rares dans les cas de maladies organiques ou de lésions circonscrites du cerveau. On en cite des exemples, tels que celui de ce soldat qui, se relevant après avoir reçu un coup de feu à la partie antérieure du crâne, croyait voir devant lui un village tout en feu ; ou celui du malade de Cabanis qu'une odeur de cadavre poursuivait sans cesse, et chez lequel on trouva à l'autopsie un abcès du corps calleux. Mais ce sont là des faits exceptionnels ; à moins que l'on ne compte comme hallucinations, -les éblouissements, les visions lumineuses, les bruits d'oreilles et les sensations cutanées de fourmillement, d'engourdissement ou de prurit dont il a été question plus haut.
Le vertige est une sorte d'hallucination de mouvement, donnant aux malades qui le ressentent une sensation telle qu'il leur semble que les objets tournent autour d'eux, ou s'agitent en différents sens, ou qu'ils sont entraînés eux-mêmes. D'une façon très-générale, ce phénomène paraît consister en une sorte de malaise, d'anxiété, causé par l'embarras qu'éprouve le sensorium commune à préciser les rapports du moi avec les objets extérieurs. Aussi se produit-il pour beaucoup de gens dans l'état absolument normal, toutes les fois que la conscience de ces rapports est momentanément troublée. Lorsque les objets qu'on a sous les yeux sont animés de mouvements insolites, compliqués ou difficiles à saisir, surtout si l'on manque d'un point de repère fixe et précis; lorsque ces objets sont confus ou multipliés et tellement semblables que l'attention s'y fixe difficilement, comme il arrive lorsqu'on se trouve en présence d'une large surface couverte de raies parallèles et semblables, ou d'une page couverte de lettres toutes pareilles et également distantes; ou bien s'ils se trouvent à des distances inégales qui obligent l'œil à des changements d'accommodation inaccoutumés et rapide : le bord, par exemple, et le fond d'un précipice; enfin, lorsque l'oscillation du sol sur lequel on repose fait perdre à l'équilibration tout point de repaire solide et fixe.
Cet état spécial d'anxiété, de malaise et de nausées, qui constitue le vertige, se produit, dans certains états pathologiques, ou spontanément, ou sous l'influence de la moindre cause, d'un simple changement de position, d'une secousse légère du meuble sur lequel on repose, du moindre mouvement imprimé aux objets qu'on a sous les yeux. Parmi les causes pathologiques qui le déterminent, il en est tout d'abord une très-fréquente et fort connue : l'anémie cérébrale. Toute perte de sang abondante, amène bientôt le vertige, toute syncope débute parla. 11 suffit poiir le produire d'un mouvement brusque d'élévation de la tète qui diminue l'afflux sanguin. Peut-être même un grand nombre des causes qui le produisent, n'agissent-elles qu'en provoquant une contraction des capilUiires cérébraux et une ischémie de quelque partie au moins du centre nerveux. D'autre part, le vertige accompagne aussi certains états congestifs. Il y a des malades qui ne peuvent se pencher en avant sans en éprouver aussitôt. On le signale parmi les symptômes de l'encéphalite, de la sclérose cérébrale, des abcès du cerveau, des tumeurs dont il marque parfois le début. Mais, de plus, il résulte souvent de certaines intoxications, de l'intoxication quiniqueen particulier. Il se produit sympathiquement sous l'influence de troubles gastriques, de maladies des organes génitaux, d'inflammations de l'oreille moyenne ou interne, d'opérations pratiquées sur l'œil.
2G0 CERVEAU (pathologie).
Enfin il est fréquent dans les névroses. 11 constitue l'un des phénomènes les plus importants de l'épilepsie, précédant en ce cas presque toujours une perte de connaissance complète, quoique souvent très-passagère. Il se produit très-souvent chez les hystériques ou les individus névropalhiques en général, notamment dans l'espèce de névrose décrite par Krishaber. C'est un phénomène vraiment cérébral, qu'il ne iaut })as confondre avec les impulsions involontaires, dont il sera question plus loin ; non plus qu'avec latitubation cérébelleuse. Celle-ci résulte d'un défaut d'équilibration et ne se manifeste jamais que pendant la marche. Elle se complique, il est vrai, parfois d'un état vertigineux ; mais dans ce cas le vertige paraît être secondaire et résulte de la difficulté d'équilibration qu'entraînent les affections du cervelet. Chez les vieillards, quand il se renouvelle IVéquemment, il prend une importance assez considérable, comme signe prodromique du ramollissement ou de l'hémorrhagie cérébrale.
Troubles des mouvements. Les (roubles des mouvements déterminés par les maladies du cerveau peuvent consister en une simple répugnance à se mouvoir, en un certain degré d'affaiblissement, en une paralysie plus ou moins complète ; d'autres fois, au contraire, en une tendance exagérée au mouvement et à l'action, ou bien en des contractures, des convulsions, des tremblements. La compression, la destruction, les dégénérations de la substance cérébrale , l'arrêt de la circulation sanguine dans une portion de son étendue, tendent toujours à enrayer le mouvement et à produire la paralysie. L'hypérémie active, l'initatiou, l'inflammation du cerveau, s'accompagnent au contraire de tendance à la convulsibilité des muscles. Mais, comme l'état anatomique du cerveau peut être complexe et composé de processus à la fois irritatifs et destructifs, les états paralytiques et convuLifs se trouvent assez souvent réunis. Enfin, avec des états purement passifs du cerveau, il peut survenir des contractures on des convulsions sous l'influence d'altérations irritatives secondaires, ou du cerveau, ou de la moelle.
Dans tous les états cérébraux appelés dépressifs, on observe la paresse musculaire, la lenteur, la répugnance à se mouvoir. Elles font partie des premiers symptômes par lesquels se manifestent à la période prodromique un assez grand nombre de maladies du cerveau, telles que l'encéphalite diffuse, les abcè^, les tumeurs. Chez quelques malades, elles persistent jusqu'à la fin. On les remarque chez tous les mélancoliques. Elles constituent l'un des caractères les plus tranchés de la stupeur. Mais il n'est pas possible de dire à quel état anatomique cet ordre de symptômes peut répondre; et, si chez les stupides il peut résulter quelquefois d'un certain degré d'œdème et de compression cérébrale, on ne peut certainement ■"^jpposer rien de semblable chez le plus grand nombre des malades qui la présentent à un degré plus ou moins marqué.
La paralysie est générale et très-incomplète dans tous les cas d'affections encéphaliques diffuses. On en a un exemple dans la paralysie générale, oii elle se borne pendant fort longtemps à un certain degré d'hésitation et de maladresse dans les mouvements. Elle se localise davantage dans les maladies à foyer ; mais presque toujours elle reste fort incomplète, à moins que la lésion n'atteigne simultanément les ganglions opto-striés ou n'exerce sur eux une compression capable d'enrayer leurs fonctions. Malheureusement ce dernier fait n'est le plus souvent pas facile à apprécier ; d'où l'extrême difficulté qu'on éprouve à déterminer dans quelle mesure une lésion, exactement limitée au cerveau lui-même et n'agissant que sur lui, peut produire la paralysie. Ce qu'on sait bien, c'est que les lésions à développement progressif qui portent seulement sur la périphérie cérébrale, comme font par
CERVEAU (pathologie^. 261
exemple certains abcès, les ramollissements superficiels, certaines tumeurs, et en particulier les cysticerques, ne produisent jamais qu'une paralysie fort incomplète. Dans les cas de lésions à développement rapide, d'hémorrliagie, de ramollissement, il y a en général d'abord attaque apoplectique, résolution complète des membres. Celle-ci dépend, soit de la compression exercée par le foyer sur l'ensemble du cerveau, soit plutôt (et certainement quand il s'agit d'une oblitération artérielle qui ne saurait produire aucune compression) d'une sorte d'action réflexe, on, si l'on aime mieux, d'une diffusion de l'impression locale, qui paraît être la loi tontes les fois qu'un point quelconque du centre nerveux est brusquement lésé. En peu de temps cette résolution disparaît avec l'état comateux et laisse une paralysie limitée, résultat direct de la lésion. Celle-ci est assez souvent encore incomplète, mais plus ou moins étendue. Presque toujours limitée à un seul côté du corps, elle atteint rarement la face, et jamais d'une façon sensible l'orbiculaire des paupières, m les muscles des yeux, ni ceux du tronc, non plus que ceux du larynx. Ceci s'expliquerait, suivant Broadbend par ce fait, que les muscles dont il s'agit entrent habituellement en action des deux côtés à la fois, et que les mouvements en sont associés par des commissures existant dans la moelle entre les noyaux d'origine de leurs nerfs. Cette opinion a été adoptée par Charcot. Je ne sais si les commissures invoquées existent pour les noyaux d'origine correspondant à ces muscles plus que pour ceux qui correspondent à d'autres groupes musculaires. Mais il est vrai que l'immunité signalée pour l'orbiculaii'e des paupières tient uniquement à l'association habituelle des contractions des deux paupières. En effet, on sait que cette association n'est pas absolument constante et inévitable, et que, à l'état normal, il est possible à la plupart des gens de fermer volontairement un seul des deux yeux. Or les hémiplégiques abaissent bien isolément la paupière du côté sain, mais sont dans l'impossibilité de fermer l'œil du côté malade, si ce n'est en associant ce mouvement à celui de l'autre œil. C'est un fait que j'ai mainte fois constaté et qui p irait constant.
Toute paralysie déterminée par la lésion d'un des hémisphères siège du côté opposé à la lésion. Les très-rares exceptions à cette règle qui ont été signalées s'expliquent, suivant Longet, par un entre-croisement incomplet des pyramides. Quand la paralysie atteint les deux côtés, c'est qu'il existe une double lésion ou que le foyer unilatéral est assez volumineux pour exercer une compression sur le lobe cérébral avoisinant. La paralysie déterminée par un foyer ou une tumeur occupant l'un des hémisphères est ordinairement beaucoup plus prononcée au membre supérieur qu'au membre inférieur, et ce dernier, qui est souvent le dernier pris, est ordinairement aussi le premier à recouvrer ses mouvements. Exceptionnellement on rencontre la paraplégie. Dans ce cas, la paralysie envahit successivement l'un, puis l'autre des deux membres inférieurs. Si elle peut se limiter à un seul membre, la paralysie déterminée par une lésion du cerveau ne se localise toutelois jamais autant que le peuvent faire les fourmillements et les engourdissements produits par la même cause, lesquels affectent parfois une main ou un doigt seulement. Seules, les tumeurs des lobes cérébraux situées de façon à comprimer les troncs nerveux qui se trouvent à la base , peuvent produire des paralysies très-localisées des muscles de la face, des yeux ou de> paupières ; et ces paralysies sont ordinairement beaucoup plus complètes que celles qui résultent d'une lésion isolée an sein des hémisphères. Il y a des cas cependant oiî la paralysie, très-incomplète encore, comme elle l'est à une période peu avancée de l'encéphalite chronique diffuse, se manifeste déjà par certaines déviations légè-
262 CERVEAU (pathologie).
res : le strabisme, observé par Esquirol chez un monomaniaque paralytique; l'exopbthalmie, signalée par Moreau, de Tours; le déplacement du sillon nasal, qui a été remarqué par Lunier, et l'inclinaison de la luette, indiquée par Linas. Quant à la paralysie des sphincters, c'est avec ces sortes de lésions, chose rare et toujours tardive.
Les mouvements réflexes persistent toujours dans les membres paralysés par des lésions du cerveau. Ils vont même d'ordinaire s'exagérant à mesnre qu'on s'éloigne du début de la maladie, tandis que les mouvements volontaires deviennent de plus en plus difficiles. Mais ils ne sont jamais aussi prononcés que dans le cas oii la lésion porte sur la moelle ou sur l'istlime. Ils sont nuls, au contraire, dans les muscles de la face quand la paralysie faciale résulte d'une compression de la septième paire.
Les muscles paralysés par une affection du cerveau conservent toujours leur contractilité électrique. Il n'y a d'exception que dans le cas oiî une tumeur cérébrale comprime les nerfs à la base du crâne. D'après les recherches de Duchenne, de Boulogne, les contractions produites par la faradisation directe des muscles restent absolument normales quand la paralysie est d'origine cérébrale {Électrisalion localisée, in-S", Paris, 1861, p. 538); tandis que, comme l'a montré Marsbal-Hall, l'excitation électrique du nerf musculaire ou de la moelle produit dans ce cas une contraction exagérée. Quand une tumeur cérébrale, tout en produisant la paralysie par compression du tissu nerveux, provoque autour d'elle un certain degré d'irritation, les contractions que détermine l'excitation électrique directe des muscles paralysés prennent, au dire de M. Benedickt, les caractères de la convulsibilité, c'est-à-dire que tantôt ces contractions, nulles d'abord, peuvent être rapidement portées à un degré d'intensité excessif; tantôt, au contraire, l'irritabilité du muscle, exagérée en premier lieu, s'épuise très-promptement {Die Resultate der elektrischen Untersuch. und Behandl. in Wiener Medizin, 1864).
L'excès de la contraction musculaire reste chez certains malades à l'état de tendance instinctive à la locomotion ou d'impulsion à se mouvoir avec exagération et sans but. Telle est l'agitation qu'on observe chez presque tous les maniaques, au début de la paralysie générale, chez beaucoup de fébricitants, chez certains individus affectés de tumeurs cérébrales ou d'autres lésions peu étendues. Cette tendance prend un caractère plus instinctif encore chez la plupart des idiots qui semblent incapables de demeurer un instant en place. Sous une autre forme elle est le résultat habituel de l'intoxication alcoolique aiguë. En somme elle est la conséquence de presque toute excitation cérébrale. D'ordinaire elle s'accompagne de délire ou d'autres manifestations de l'excitation du cerveau. Néanmoins, il y a une certame indépendance entre ces manifestations différentes d'un même état morbide. On voit des malades demeurer dans une immobilité absolue, alors que dans leur esprit violemment troublé, les idées s'agitent en foule et s'entrechoquent tumultueusement tandis que d'autres, conservant un certain calme de la pensée, ne peuvent s'empêcher de se mouvoir, de s'agiter, ou de commettre presque involontairement une foule d'actes déraisonnables qu'ils emploient ensuite touti; l'ingéniosité de leur esprit à expliquer et à défendre.
La contracture musculaire survient dans les maladies du cerveau sous deux influences très-différentes, dont la première est l'irritation de la substance cérébrale elle-même; la seconde, une altération secondaire de la moelle avec prolifération conjonctive. L'irritation du cerveau détermine surtout la contracture quand elle porte sur les surfaces externe ou interne de l'organe, c'est-à-dire sur les circonvo-
lutionsou sur la surface des ventricules. Aussi ce symptôme apparaît-il immédiatement dans les cas de contusion du cerveau, ou lorsqu'une héniorrliagie fait irruption soit à la sui^face du cerveau, soit dans la cavité ventriculaire. L'inflammation circonscrite, qui se produit autour d'un point contus, d'un foy'er hémorrhagique, d'un ramollissement local, ou d'une tumeur, provoque aussi habituellement l'apparition de ce symptôme, qui peut ètie plus ou moins persistant. Comme la paralysie, la contracture d'origine cérébrale s'étend d'ordinaire à tout un membre ou aux deux membres du même côté, occupant de préférence le membre supérieur et y prédominant toujours quand il y a hémiplégie. Assez souvent, dans le cas de tumeur cérébrale, elle précède la paralysie. Quant à la contracture tardive, elle se rattache aux lésions secondaires dé la moelle, ainsi que l'ont montré les recherches de Bouchard et de Charcot {Des dégénérations secondaires de la moelle épinière, in Arch. de méd., mars, avril, 1866). Comme elle ne résulte pns d'une ;ill,ération du cerveau proprement dit, il nous doit suffire de la signaler ici et de noter combien il importe de la distinguer vu le pronostic fâchuux qu'elle entraîne. Il est probable qu'il ya lieu de ranger dans la même catégorie les contractures qu'on observe dans les cas d'atrophie du cerveau, contractures qui prédominent toujours dans le membre supérieur et dans le sens de la flexion.
Les convulsions, contractions brusques, ordinairement irrégulières, répétées, et absolument indépendantes de la volonté, se produisent dans le cours d'un grand nombie de maladies du cerveau, de ses enveloppes et des autres points de l'axe cérébro-spinal, dans le cours de certaines névroses, et sous l'influence de l'intoxication produite par certaines substances agissant sur les centres nerveux. On a vu qu'il en est de même pour le délire. Mais tandis qne le délire prouve suffisamment à lui senl que le cerveau est en cause, étant la manifestation en quelque sorte immédiate des perturbations survenues dans le fonctionnement de cette portion des centres nerveux, les convulsions peuvent se produire, au contraire, sans qne le cerveau y soit pour rien, sans même qu'il participe en aucune façon au trouble qui les a fait naître. Et, lors même qu'une lésion des hémisphères en est la cause évidente, quand par exemple une tumeur, ou quelque fragment osseux enfoncé irrite les circonvolutions et provoque des accès épileptiques, on ne peut guère voir dans la lésion cérébrale autre chose qu'une source d'excitation qui retentit sur l'isthme de l'encéphale au même titre que pourrait le faire toute irritation persistante portant sur le trajet d'une branche nerveuse ou même sur la périphérie.
Toutes les lésions possibles du cerveau soit aiguës, soit chroniques, depuis la congestion et l'anémie jusqu'aux tumeurs et aux dégénérescences atrophiques, peuvent devenir l'origine de convulsions. Elles ont surtout cet effet, lorsqu'elles agissent sur la surface des circonvolutions ou sur les parois des cavités ventriculaires. Aussi les voit-on survenir principalement dans les cas où des corps étrangers, de& esquilles osseuses, des tumeurs irritent la périphérie du cerveau, ou lorsque des foyers font irruption dans les méninges ou dans la cavité des ventricules. Certaines de ces affections à invasion brusque ou au moins rapide, comme l'irruption du sang dans les ventricules et dans les méninges, comme certains loyers d'encéphalite, déterminent les convulsions au moment même oij elles se produisent. D'autres à développement très-lent, comme les tumeurs, les cysticenjues, la périencéphalite diffuse, les font apparaître itérativement à de longs intervalles. Ces convulsions prennent alors ordinairement la forme épileptique et ressemblent souvent si bien à celles de l'épilepsie dite idiopathique, qu'on ne saurait les en distinguer par les seuls caractères des mouvements convuhifs. En général, et
264 CEnVKAU (pathologie).
peut-être toujours, les convulsions ont lieu exclusivement ou prédominent au moins dans le côté du corps oppo-é à celui de la lésion qui les a fait naître. On désigne habituellement sous le nom d'épileptiformes ces soites de couvu'sions symptom.itiques d'une maladie du cerveau. Sans doute il importe beaucoup de les distinguer au point de vne du diagnostic étiologiqiie et par suite au point de vue du pronostic et du traitement. Mais, comme Foville, je ne pense pas qu'on puisse, snr cette considération seule, établir une séparation nosologique complète entre l'épilepsie dite sympathique et l'épilepsie symptomatique c'est-à-dire les convulsions épileptiformes. La lésion du cerveau paraît, dans ces cas-là, jouer un rôle tout à fait analogue à celui du taenia contenu dans l'intestin, d'nne carie dentaire ou du névroiiie situé sur le trajet d'un nerf quelconque. C'est-à-dire quelle provoque, par une excitation constante, un état particulier de l'isthme, lequel se traduit de loin en loin par des convulsions qui se produisent et se succèdent suivant un type spécial. Les prédispositions individuelles ont ici d'ailleurs un rôle très-important ; car une même lésion cérébrale ne produit pas indislinclement chez tous les sujets les mêmes accidents convulsifs. Kuchenmeister a compté, sur 30 faits de cysticerques du cerveau, 24 cas où il y avait eu des convulsions. Lebert les a notées dans un tiers des cas de tumeurs en général ; Meyer dans un dixième des cas d'abcès. Tandis que, d'après les observations de Callender, un anévrysme de l'artère cérébrale moyenne produirait toujours l'épilepsie. Quant aux convulsions de la sclérose cérébrale qui ont été observées surtout chez les enfants et qui, suivant Zenka, n'apparaissent guère que vers la fm de la maladie, on peut se demander si elles dépendent réellement de la lésion du cerveau, et si elles n'indiquent pas déjà que la lé>ion commence à se propager vers l'isthme. Pour celles qui accompagnent habituellement l'hypertrophie du cerveau, on se demande également si elles sont en réalité l'effet de cette lésion, ou si cette lésion elle-même ne résulte pas des congestions répétées et violentes qu'amènent les accès épileptiques et de l'irritation habituelle qui en résulte pour le cerveau. Notons que les convulsions symptomatiques du ramollissement du cerveau ou de l'atropliie cérébrale sont toujours précédées de paralysie ; tandis que, lorsqu'il s'agit de tumeurs ou d'autres lésions analogues, on peut voir les convulsions se produire en l'absence de toute paralysie ou fort longtemps, au moins, avant que celle-ci paraisse.
Le trouble du mouvement déterminé par les lésions chroniques du cerveau prend chez quelques sujets la forme clioréique. Ces convulsions choréiformes se rencontrent surtout chez des enfants et en particulier avec la tilberculisation cérébrale. Reeb a rapporté un cas dans lequel une chorée fort intense fut, chez un enfant, la première et pendant longtemps l'unique manifestation d'un kyste hydatique énorme du cerveau [Obs. d'acéph. du cerveau, in Rec. de méd. milit., juillet 1871).
Chez certains malades atteints de ramollissement chronique du cerveau, un tremblement continuel envahit les mains, les lèvres, la langue et les muscles de la face. Ce symptôme est surtout constant dans la paralysie générale piogressive, et, comme il apparaît souvent dès le début de la maladie, c'est-à-dire à une époque oii les autres phénomènes paralytiques n'existent point encore ou sont à peine appréciables, il prend alors une importance très-grande dans la séméiologie de cette affection. Toutefois c'est aux lésions de l'isthme qu'il se rattache plus spécialement, et peut-être n'intervient-il dans la séméiologie cérébrale que d'une façon tout à tait indirecte.
CERVEAU (pathok.cie). 265
lihe'sHation de la parole, aulre symptôme de certaines affections cérébrales, peut se pincer à côté du précédent auijiiel il se rattache souvent. Elle dépend tiiutôt d'une paralysie des muscles qui servent à l'articuLition des mots, tantôt d'un état véritablement spasmodique, ou d'un simple défaut de coordination des mouvements. Quand l'hésitation résulte d'un état spasmodique avec trouble de la coordination, la prononciation est brusque et saccadée, les mots s'échappent convulsivement, à tout moment interrompus par quelque temps d'arrêt ou par- des sortes de faux pas. En même temps les muscles des lèvres et de la face paraissent agités de petites secousses convulsives. On observe cette sorte d'embarras de parole non-seulement dans la période d'excitation de la paralysie générale, mais aussi chez quelques maniaques agités, chez les alcooliques, ou chez les malades affectés de tremblement à la suite de pertes. séminales fréquentes et prolongées. A un degré léger, cet embarras de parole peut ne consister plus qu'en des hésitations passagères et à peine perceptibles qui se produisent de loin en loin à travers la conversation, ou dans l'omission accidentelle de quelques syllabes au milieu des mots. Il faut en ce cas, pour le reconnaître une très-grande attention et quelque habitude. Cependant à ce degré même il tient une place importante parmi les éléments du diagnostic différentiel de la folie simple et de la folie paralytique, attendu qu'il est souvent le premier symptôme auquel on puisse recounaître que la maladie ne se borne pas à un simple trouble des fonctions intellectuelles, mais qu'elle compromet aussi les fonctions du système musculaire. On se gardera, bien entendu, de le confondre avec celui que la simple émotion détermine chez certaines gens, ou bien avec l'espèce particulière de bégaiement qui s'observe chez les hystériques ; bégaiement consistant en un temps d'arrêt qui marque le début des phrases et que suit une émission de mots précipités. Cet embarras de parole n'est d'ailleurs ni absolument constant ni toujours persistant même chez les malades atteints de paralysie générale et peut cesser pendant quelque temps paur se reproduire ensuite. L'embarras de parole dépendant d'une paralysie véritable, celui qui tient à un affaiblissement des muscles qui concourent à l'arliculalion des mots, se présente avec des caractères différents. La prononciation est alors lente et traînante, les syllabes se séparent et s'allongent ; tout cela d'une façon persistante et sans rémission possible. C'est l'embarras de paioles de la paralysie générale à sa seconde période, de la paralysie agitante, celui qu'on observe chez la plupart des paralytiques qui tendent à la démence. Aussi cette forme est-elle beaucoup plus caractéristique et d'un pronostic plus grave que la précédente.
Tout diflérent est le trouble de la parole appelé aphasie; trouble qui résulte de l'oubli des mots, ou de l'inaptitudecà coordonner, pour la prononciation de certains mots, de la plupart d'entre eux ou même de tous, les mouvements de la langue et des. lèvres, lesquelles ne sont d'ailleurs ni paralysées, ni agitées de tremblement. Ce trouble de la parole, depuis longtemps rapporté par liouillaud à la lésion' des lobes antérieurs, paraît avoir, d'après les études récentes, une localisation plus limitée encore dans certaines parties de l'hémisphère situées au voisinage ae la scissure de Sylvius. C'est là un des points les plus intéressants de la pathologie cérébrale, puisqu'on y trouve le seul exemple certain et positivement démontrable d'une localisation fonctionnelle dans le cerveau. Mais il n'y a pas lieu d'y insister ici, la question étant complètement étudiée déjà à l'article Aphasie. Nous n'aurons pas davantage à nous occuper des mouvements involontaires qui consislent en propulsions gyratoires et autres, ou de la déviation de la tête et des yeux qu'on
266 CERVEAU (pathologie).
observe dans certains cas de maladies de l'encéphale. Il nous suffira de noter que ces phénomènes se rattachent plus spécialement aux lésions de l'isthme ou des ganglions opto-striés à propos desquels il en sera longuement question. Vnlpian, il est vrai, range les hémisphères cérébraux au nombre des parties du système nerveux central dont la lésion unilatérale détermine chez les animaux des mouvements de manège {Leçons de physiolocjie du syst. nerv., 8°, Paris, d860). Chez l'homme on n'a rencontré, que je sache, rien desemblable, si ce n'est dans les cas d'épilepsie. Quant à la rotation de la tète et à la déviation conjuguée des yeux, phénomènes remarqués par Vulpian dans les cas récents de ramollissement ou d'hémorrhagie et rapprochés par lui du précédent, leur constatation peut être d'un précieux secours pour le diagnostic lorsqu'il y a doute relativement à l'existence d'une lésion. Mais, bien que l'auteur indique les hémisphères comme une des parties dont la lésion peut y donner lieu, ces symptômes ne se sont rencontrés cependant, dans les observations recueillies par lui-même et publiées par Prévost, qu'avec pne lésion entamant le corps strié ou située dans son épaisseur {Gaz. hebdom., 1865, n« 41, et Gaz. méd., 1869, n» 9).
On sait que, l'œil peut être en quelque façon considéré comme une expansion extérieure de l'encéphale. Aussi éprouve-t-il assez fréquemment des altérations consécutives aux diverses affections intra-crâniennes, et présente-t-il dans son aspect des modifications diverses souvent en rapport avec l'état du cerveau. Il en résulte pour la palhologie cérébrale une catégorie de symptômes objectifs dont la séméiologie, très-pauvre sous ce rapport, s'est emparée avec empressement et qu'elle s'efforce de mettre à profit.
On a toujours instinctivement cherché dans l'expression des yeux un signe qui décèle l'état de l'âme et ses agitations secrètes. Le globe oculaire proémine et devient exceptionnellement brillant toutes les fois qu'il se produit un état d'excitation cérébrale un peu vive ; mais cela aussi bien avec les névroses pures que dans les maladies inflammatoires du cerveau ou de ses enveloppes. Il s'enfonce au contraire et devient sombre dans les formes défiressives et mélancoliques des affections mentales. Les mouvements convulsifs des globes oculaires signalent parfois le début de certaines maladies cérébrales, congestion, méningite, délire aigu; mais sans avoir une bien grande valeur séméiologique, car on les observe également dans d'autres affections purement nerveuses. 11 en est de même du nystagmus, qui peut être le symptôme unique d'une tumeur cérébrale, mais qui se rencontre aussi chez les hystériques. Quant au strabisme, phénomène fréquent dans les affections méningitiques ou ventriculaires, il n'accompagne jamais ni les hémorrhagies, ni les ramollissements circonscrits aux lobes cérébraux ; et, si les tumeurs y donnent fréquemment lieu, celles surtout qui siègent à la base, c'est que ces dernières peuvent comprimer les moteurs oculaires clans leur trajet et que les autres les affectent sans doute à leur point d'origine. L'injection et Ihypersécrétion de la conjonctive sont assez souvent en rappo) t, surtout chez les vieillards, avec un état congeslif persistant de l'encéphale. Mais ce ripport n'est ni constant ni nécessaire, et on ne trouve encore là qu'une indication séméiologique de peu de valeur. Il n'en est pas de même des modifications de la pupille. Les pupilles se contractent en général fortement dans tous les cas d'état congestif ou inflammatoire du cerveau. Elles se dilatent largement au contraire sous l'influence des compressions intra-crâniennes, par exemple dans l'hydrocéphale; ou bien par suite d'un épuisement nerveux profond, quelle qu'en soit d'ailleurs la cause. Dans tous ces cas elles demeurent généralement égales, et
CERVEAU (pathologie). 267
se contractent ou se dilatent également sous l'influence de la lumière. L'inégale intensité du jour qui frappe les deux yeux n'y change absolument rien, les deux pupilles prenant, en ce cas, une dimension intermédiaire à celle qu'elles auraient si les deux rétines étaient impressionnées au même degré que la plus éclairée ou la moins éclairée des deux. Dans d'autres circonstances les pupilles présentent, tout à fait indépendamment de l'action de la lumière, une inégalité plus ou moins frappante. Cette inégalité se rencontre exceptionnellement chez des sujets en état de santé parfaite. Elle n'est point rare dans les cas d'affections cérébrales chroniques, alors même que la vision n'est en aucune façon troublée. Baillarger l'a signalée dans la paralysie générale, comme un fait assez fréquent pour qu'il puisse servir à distinguer cette maladie des folies simples avec lesquelles on la pourrait confondre. Lasègue l'a rencontrée chez un tiers des paralytiques; Moreau dans la moitié ; Nasse plus souvent encore (146 lois sur 299). Austin a même avancé que la modification porte sur la pupille droite dans les formes mélancoliques, et sur la gauche dans les formes maniaques. Mais c'est là un fait bien étrange et qui demanderait vérification, d'autant qu'il n'est pas toujours facile de dire, quand les pupilles sont avec cela de dimensions moyennes, laquelle des deux peut être considérée comme représentant l'état normal. Du reste cette inégalité, même chez les paralytiques, n'est pas toujours persistante.
L'emploi de l'oplithalmoscope a permis d'interroger même le fond de l'œil dans les cas de maladies cérébrales et d'y chercher les rapports qui peuvent exister entre l'état de cette partie pi'ofonde et celui du cerveau lui-même. Déjà en 1861 Hérard signalait la possibilité de reconnaître l'origine d'une amaurose liée à la présence d'une tumeur dans le cerveau, en constatant, par l'examen opbthalmoscopique, une suffusion œdémateuse grisâtre qui masque la papille et ses vaisseaux (De l'examen ophthalmoscopique comme élément de diagnostic des tumeurs de l'encéphale, in Gaz. des hôp., 1861, n" 19). D'un autre côté Hughlings Jackson avait constaté, chez un homme atteint de cancer du cerveau et des méninges, que la position verticale, qui provoquait des accès épileptiques, faisait tout d'abord apparaître la rétine pâle et anémiée {The Ophthalmosc. an Aid to the Study of Diseuses of the Brain, in Times and Gaz., 1862, déc). Un peu plus tard, Gayet, clans un cas de ramollissement cérébral traumatique suivi d'amaurose, reconimt avec l'oplithalmoscope les caractères d'une névrite optique [Signes ophthalmosc. du ramoll. cérébral aigu. In Un. méd., n° 63, 1863). Et Meunier montra dans sa thèse que certaines maladies du cerveau ont pour conséquence habituelle l'atrophie du nerf et de la papille optiques {De l'atrophie des nerfs et des papilles optiques dans leurs rapports avec les maladies du cerveau. Th. Paris, 1864). Galezowski, dans un travail ultérieur, chercha à établir quelles maladies de l'encéphale étaient susceptibles de compromettre la vue et fit connaître les signes ophthalmoscopiques par lesquels ces sortes d'amblyopies ou d'amauroses se pouvaient révéler : transsudations, ecchymoses rétiniennes dans les cas de congestion encéphaliqtie ; anémie ou atrophie de la papille, dans ceux d'encéphalite chronique; névrite optique, puis atrophie papillaire avec les tumeurs de la base du crâne {Sur les altérations de la papille du nerf optique dans les maladies cérébrales. In Un. méd., 102, 105; 1866). Enfin Bouchut, dans une série de recherches et de publications successives, s'efforça de fonder sur l'examen ophthalmoscopique une nouvelle méthode de diagnostic pour la plupart des affections intra-crâniennes ; méthode précieuse, assure-t-il, capable de révéler l'existence et la nature de ces maladies dans des cas où tous les autres moyens de diagnose de-
268 CERVE\U (pathologie).
meurent insuffisants. A cette métliode il a donné le nom de cérébroscopie diopJitbabnoscopique {Du diafinostic des maladies du système nerveux par l'ophthalmoscope, in-8°, Paris, 1866, et Gaz. des Hôp., 1866 et iSiSl , passim) . Ce serait une grave erreur assurément d'imaginer qu'on pui-se voir le cerveau et ses lésions par l'intermédiaiie de la rétine à peu près comme à travers une glace. Cependant, même en laissant de côté les rapports de l'oplilhalraoscopie avec les affections méningitii|ues qui n'ont point leur place ici, on pent encore signaler certain nombre de faits imporlants et qui semblent acquis. Ainsi, dans certains états congestifs du cerveau à appaience méniiigitique que Boucbut désigne sous le nom de névroses congestives (voy. Gaz. des Hôp., 52, 53; 1869), il se produirait habituellement, suivant cet auteur, une hypérémie de la papille qui peut contribuer à établir le diagnostic de l'affection. Dans toute hémorrhagie cérébrale assez abondante pour gêner la circulation intra-crânienne, on peut observer de l'œdème péripapillaire et des dilatations fiexueuses des veines rétiniennes ; caractères utiles dans les cas oii l'on aurait à hésiter entre une paralysie nerveuse et une afiéction du cerveau. Passant à l'état chronique, cette lésion rétinienne devient l'origine d'une atrophie de la papille avec disparition des capillaires. Par malheur les effets du ramollissement cérébral relativement à l'œil sont sensiblement les mêmes; en sorte qu'on ne saurait trouver dans l'ophthalmoscope un moyen de diagnostic différentiel entre ces deux maladies si souvent confondues. Quant aux tumeurs, à celles du moins qui, situées à la base du crâne, peuvent comprimer les bandelettes optiques et le cliiasma, elles s'accompagnent souvent de l'infiltration séreuse de la papille avec proéminence et déformation de son contour, signes de la névrite optique ; en même temps que d'nn développement exagéré des capillaires et dhémorrhagies multiples résultant de leur rupture. Benedickt, qui a constaté également les modifications qui surviennent dans l'état du fond de l'œil sons l'influence des maladies de l'encéphale, les attribue à des causes diverses. Les unes dépendraient directement de la gêne de la circulation intra-crânienne aggravée par celle qni résulte du passage des vaisseaux à travers la sclérotique; les autres, d'une propagation du processus morbide parle nerf optique (névrite descendante) ; d'autres enfin d'un trouble vaso-moteur, sorte de fièvre locale déterminée par la seule préence du foyer encéplialique et qui, par l'intermédiaire du grand sympathique, s'étendrait à l'œil aussi bien qu'au cerveau lui-même ou du moins à une partie de son étendue {Ueber die Bedeutung der Sehnervenkr. bei Geliirnaff. In Allg. Wien. med. Ztg., n" 3, 6; 1868). Cependant Wendt, ayant examiné à l'ophthalmoscope 150 malades aliénés, n'a pu établir aucun rapport constant entre l'état cérébral et celui du fond de l'œil, et n'a point trouvé notamment que la périencéphalite diffuse des paralytiques s'accusât sur la rétine par aucune modification particulière {Augenspiegelbef. bei Geisteskr. la AUg. Zstchr. f. Psycli.,t. XIX, p. 392; 1862). Niemetscheck, il est vrai, a constaté chez tous les épileptiques qu'il a examinés l'existence du pouls veineux rétinien, tandis qu'il ne l'a rencontré que chez 36 malades sut 250 aliénés. Mais ce pouls veineux çaraît n'exprimer autre chose que l'anémie intra-oculaire, laquelle peut aussi bien dépendre d'un état anémique général (In Prager Vierteljahrsschr., 1870).
Jusqu'ici donc les services que la pathologie cérébrale peut attendre de l'ophthaimoscopie ne s'appliquent qu'à un nombre de faits assez restreint. Mais ces services peuvent être eu certaines circonstances assurément considérables.
Le cerveau est un des organes dont les maladies semblent avoir le inoins de tendance à déterminer un mouvement fébrile notable, alors même qu'elles sont de
CEKVEAU (i-ATHOLOGiE). 2G9
nature évidemment inflamiualoire. L'encéphalite simple circonscrite ne s'accompagne presque jamais de lièvre ou seulement d'un mouvement fébrile léger, souvent à peine appréciable. Loi s même qu'un abcès est en voie de formalion, la fièvre ne se montre guère que dans | des cas suivant Meyer {Zur Pathol. des Hirnabscesses. Zurich, 18G7). Alors cependant elle peut prendre, dit Leberl, une assez grande intensité dans le début, ou bien apparaître de temps en temps, durant la formation de l'abcès, d'une façon tout à fait irrégulière {Ueber Hirnabscesse. In Virch. Arch., Bd. X, 1857). La fièvre n'est violente que dans les cas d'abcès pyémiques ou lorsque, comme avec l'encéphalite traumatique, l'inflammation de la substance cérébrale elle-même se complique de méningite. Cela ne revient-il pas à dire qu'il ne peut so produire d'inflammation intense et d'une certaine étendue dans le cerveau, sans que la partie la plus vasculaire de l'organe y prenne une notable part ; et que, celte partie essentiellement vascula're et active étant la surface des circonvolutions, la pie-mère qui la couvre et lui fournit tous ses vaisseaux ne peut manquer de participer dans une certaine mesure au travail phlegmasique.
Cependant la température centrale présente, dans les formes apoplectiques du ramollissement et de l'iiémorrhagie, des modifications très-considérables et indépendantes, comme l'a montré Gharcot, de toute complication intlammatoire. Immédiatement après l'attaque, la température rectale descend au-dessous de la normale, entre +37° et 4-36*' ou même un peu plus bas. Vingt-quatre heures plus tard, la chaleur est revenue entre +57" et +58° et oscille entre ces limites. Mais dans les cas mortels, il se produit dans l'espace de douze à quarante-huit heures une élévation telle que la température rectale arrive à 59", 40", 41" et même 42" {Mém. de la Soc. de BioL, t. IV, p. 92, 1867). Il résulte d'ailleurs des observations recueillies par Bourneville que l'abaissement initial est moins marqué dans le ramollissement que dans l'hémorrhagie et ne descend guère au-dessous de 57" dans le rectum ; que dans le ramollissement il se produit parfois, peu après l'attaque, une élévation rapide et passagère qui peut porter la température à +40" pour la laisser revenir ensuite aux environs du chiffre normal ; enfin que l'élévation terminale est généralement moins considérable dans le cas de raraoUisben)ent que dans celui d'hémorrhagie. {Études clin, et therm. sur les mal. du syst. nerv. Paris, 1872.) Gibson avait aussi constaté, dans le cours du ramollissement, des élévations passagères de température qu'on n'observe pas dans l'hémorrhagie. Il avait également reconnu que la chaleur augmente pendant la durée des attaques épileptiformes qu'on voit survenir chez les sujets atteints de paralysie générale. Dans un cas de sclérose en plaques du cerveau, Jolfroy a vu que les attaques apoplectiformes qui se produisaient de temps en temps s'accompagnaient habituellement d'un certain degré d'élévation de température, au lieu de l'abaissement que Charcot a noté dans les premiers moments de l'altaque d'apoplexie véritable {Note sur un cas de sclérose en plaques. In Gaz. méd., n" 25, 1870). Quant à l'élévation de température qui se produit aux approches de la mort, on l'observe aussi, d'après le témoignage de Basse, dans les cas de tumeurs, lorsque surviennent les accidents cérébraux qui annoncent la terminaison fatale (Rûlile. In Greifswalder Beitr. t. II, p, 59). Mais Ladame, n'ayant jamais rien observé de semblable, tant que les effets des tumeurs restaient limités au cerveau lui-même, pense que cette manifestation tardive doit être attribuée à la propagation du mal vers la moelle allongée. Tandis que, dans l'hystérie, il ne se produit jamais aucune élévation de température, même pendant les attaques, comme on le sait
270 CERVEAU (pathologie).
par les observatrons de Bounieville ; chez les aliénés, au contraire, Glouston a noté que la température du soir est généralement supérieure à celle du matin, à l'inverse de ce qui a lieu dans l'état normal. Cette élévation vespérine se remarque surtout chez les paralytiques. Mais au moment de sa plus grande élévation, la chaleur chez ces malades dépasserait seulement de 5 dixièmes la température physiologique {Obs. sur la tempér. chez les aliénés. In The Mental Science, 1868). Toutefois chez une malade démente qui avait alternativement un jour de calme et un jour d'agitation, Westphal a constaté que la température du jour d'agitation l'emportait d'un degré tout entier sur celle du jour de calme (Ziegler, Ueher Eigenwarm in einem Faite von Geistesstôrung . In Alleg. Z. f. Psych., t. XXI, p. 184, 1863). Les observations de ce genre sont en général fort difficiles à faire avec précision chez ces sortes de malades, aussi se demande-t-on dans quelle mesure on peut attacher quelque importance à d'énormes oscillations de tempé- 1 ature constatées par Lowenhard dans des cas de manie aiguë, où d'ailleurs l'autopsie révéla une complication d'altérations myéliques {Ann. méd. psych., 1870, p. 321).
La température locale a été souvent interrogée, et l'on tient pour constant que la chaleur à la tête est un signe de congestion encéphalique. Cela paraît généralement vrai. Toutefois cette opinion ne s'appuie jusqu'ici que sur un bien petit nombre d'observations précises. Sam. JoUy avance cependant que dans le délire ébrieux congestif, la chaleur à la tête est plus élevée que celle des autres parties du corps qui restent découvertes. Et cette particularité contribuerait à distinguer l'affection dont il s'agit du dchrium tremens véritable, dans lequel la tête conserve sa température normale et oij, suivant cet auteur, l'état du cerveau est au contraire anémique. Il avance même que, dans tout étal phlegmasique occupant un côté seulement du cerveau, on peut distinguer le côlé affecté à la température plus élevée des téguments du crâne {On a Case of Concussion of the Brain. In Lancet. Marsh 1857). Albers, qui s'est proposé d'étudier les modifications de la température du crâne chez les aliénés, n'a tiré de cette étude auciin résultat utile {Die Temperatur cler àusseren Oberflàche, namentlich des Kopfes bei Irren. In Allg. Ztsch. f. Psych., t. XVIII, p. 450, 1861). Mais Mendel, comparant la température du conduit auditif avec celle du creux axillaire, a reconnu que le rapport est variable chez les aliénés, tandis qu'il est constant dans l'état normal {Ueber die Temperatur des Gehirns im normalen iind pathol. Zuslande. In Sitz, der Berl. med. psych. Gesellsch., 19 janv. 1869). Un fait plus important peut-être, constaté par le même auteur, c'est que, chez les animaux intoxiqués par le chloroforme, le chloral ou la morphine, la température de l'intérieur du crâne, comparée à celle du rectum, s'abaisse d'une façon sensible, tandis que sous l'influence de l'intoxication par l'alcool elle s'élève notablement. Ces résultats concordent d'ailleurs avec ceux de l'autopsie qui montrait le cerveau anémié dans le premier cas, hypéréniié dans l'autre {Die Temperatur der Schàdelhôltle im normalen und pathologischen Zustande. In Arch. fur path.AnaL,L L, p. 12, 1870).
Dans les hémiplégies de cause cérébrale, la température des membres paralysés s'élève généralement, au boutde quelques heures, au-dessus de celle des membres du côté sain. Ce fait observé par Ândral a été pleinement confirmé par les mensurations thermométriques faites à la Salpêtrièrepar Cbarcot et ses élèves. Cette élévation est plus marquée au membre supérieur qu'au membre inférieur, et particulièrement dans la paume de la main. On l'a constatée quelquefois même dans