C»'H5S0,H0 + KO,HO == C^*1P'0%K0 + 4H
Alcool cérylique. Potasse. Cérotate Hydro-
de potasse. gèae.
CÉSALPINO. 543
Soumis à l'action d'une température très-élevée, l'alcool cérylique distille en partie sans se décomposer, en partie eu se dédoublant en eau et en paraffine
L'acide sulfurique l'attaque et le convertit en un éther composé, le sulfate de cénjle. M.
CÉSAIRE (SAIMT), Né vers 330, près d'Alexandrie, il appartenait à une famille grecque, étudia les sciences et les lettres à l'école célèbre d'Alexandrie, et se livra bientôt à la pratique de la médecine. Il fut appelé à Constantinuple oii il devint premier médecin de l'empereur Constance, et plus tard de Julien l'apostat, son successeur. Les auteurs ecclésiastiques ajoutent qu'il retourna dans sa famille et qu'il abandonna la médecine pour la magistrature. Quoique le rôle de Césaire, comme médecin, soit encore de la légende, de même que la plupart des médecins de son temps, nul doute que son influence ait été réelle, et l'on pourrait, à l'aide de quelques recherches rendues faciles par les découvertes de l'érudition moderne, lui restituer une place dans les biographies médicales futures.
CESALPI1\I© (ANDRÉ), plus connu sous le nom français de Césalpln. Il naquit vers 1519, à Ârezzo, dans la Toscane. Après avoir étudié sous Luc Ghini, qui fut premier directeur du jardin de Pise, il enseigna lui-même la médecine dans les écoles de cette ville ; mais Clément VIII l'en tira pour le faire son premier médecin. 11 remplit cette place avec distinction, et mourut à Rome le 23 février 1 603. à l'âge de 84 ans.
Voilà à quoi se réduisent les détails biographiques qu'on peut donner sur l'un des hommes les plus illustres qui ont honoré notre profession ; mais ses ouvrages nous restent, et permettent de juger ce médecin comme philosophe, comme anatomiste et comme botaniste.
Cesalpino était un de ces génies supérieurs dont la pénétration surmonte les plus grandes difficultés. Mais il fut trop servilement attaché à la doctrine d'Aristote, qu'il défendit avec chaleur contre celle de Galieii, adoptée par les écoles de ce temps-là. Ses écrits philosophiques ne respirent que la théorie aristotéhque exprimée, il faut bien le dire, d'une manière entortillée, diffuse, qui les rend trèsdifficiles à comprendre, ne présentant souvent qu'un tissu inextricalde de mots vides de sens que chacun peut interpréter comme il l'entend. Aussi, pour éviter une lecture extraordinairement fatigante, devant laquelle l'esprit le plus tenace se trouve vaincu, peut-on conseiller aux amateurs de l'ancienne philosophie de laisser là le texte même du médecin italien, et de se contenter de l'excellente analyse qu'en a donnée Brucker {Historia critica philosophiœ, 1741-1746, in-l"), ou de la courte exposition due à Buhie {Histoire de la philosophie, 1 806, in-S», traduction de Jourdan).
Un autre titre beaucoup plus glorieux pour la mémoire de Cesalpino, c'est d'avoir connu et bien décrit la petite circulation, ou circulation pulmonaire. Je sais bien que les Anglais, jaloux de conserver à leur compatriote Harvey tout l'honneur de cette immortelle découverte, ont pensé différemment sur le compte de Cesalpino. Mais les textes sont là qui réduisent à néant les prétentions de nos voisins d'outre-mer. Il est vrai que Servct, Rcaldo Coluniho avaient déjà parlé en termes très-positifs de cette circulation pulmonaire ; mais Cesalpino l'a décrite d'une manière non moins sûre, sans citer son compatriote, et avec une lorme
5i4 CESALPINO.
telle que bien ceitaiiiement il ne connaissait pas, lorsqu'il prenait-la plume, les travaux dfe Coluinbo. D'un autre côt^, Cesalpino emploie, le premier, le mot circulation. « Ce n'est pas seulement la chose qui paraît, c'est le mot, » écrit avec juste raison Flourens dans son beau livre île VHistoire de la découverte de la circulation du sang. Il faut citer tout entier ce passage, oii, en quelques lignes, Cesalpino s'est immortalisé : « Huic sanguinis circulationi ex dexlro cordis ventriculo per pulmones in sinistrum ejusdem ventriculum opJ;ime respondent ea qua> ex dissectione apparent. Nam duo sunt vasa in dextrum ventriculum desinentia, duoetiam in sinistrum. Duoruraautem unum intromiUit tantura, alterum educit, membranis eo iugenio conslitutis. Vas igitur intromittens vena est magna quidem in dextro, quae cava appellatur; parva autem in sinistro ex pulraone iritroducens... Vas autem educens arteria est magna quidem in sinistro, quae aorta appellatur, parva autem in dextro, ad pulmones derivans... »
A cette ciRCOLATioN, qui du ventricule droit du cœur porte le sang, par le poumon, dans le ventricule gauche, répond parfaitement la disposition anatomique des parties. En effet, chaque ventricule a deux vaisseaux, l'un par lequel le sang arrive, et l autre par lequel il sort; le vaisseau par lequel le sang arrive dans le ventricule droit est la veine cave, le vaisseau par lequel il sort est /'artère POLMONArRE ; le vaisseau par lequel le sang arrive dans le ventricule gauche est la veine pdlmonaire, le vaisseau par lequel il sort est Taorte...
Cesalpino est encore le premier, le seul avant Harvey, qui ait fait attention au gonilement des veiries qui se produit toujours au-dessous et jamais au-dessus d'une ligature. « C'est une chose fort curieuse, dit-il, que les veines s'enflent audessous de la ligature et pas au-dessus. Ceux qui saignent les malades, ajoute-t-il, font familièrement cette expérience ; ils font toujours la ligature au-dessus de l'endroit qu'on doit saigner, et non au-dessous : quia tument venœ ultra vinculum, non citra. .. ce qui devrait être tout contraire, si le mouvement du sang était du cœur aux parties,.. »
Il dit ailleurs :
Nous voyons dans les animaux le sang être conduit par les veines au cœur comme vers un foyer de chaleur, et de là, après y avoir subi une dernière perfection, être distribué par les artères dans tout le corps, grâce à l'esprit qui, de ce même sang, est engendré dans le cœur.
On ne peut mieux concevoir la circulation générale, ni la mieux définir dans une phrase aussi courte.
Entin, comme botaniste, Cesalpino n'a pas moins de droits à l'admiration de lu postérité; l'ouvrage considérable qu'il a publié sur cette science doit être regardé comme un chef-d'œuvre pour ce temps-là, et, s'il est moins recherché que les traités de Matthiole et de Fuchs, c'est qu'il manque de figures. Dans ce livre, il compare la graine des végétaux à l'œuf des oiseaux ; il dit que, de même qu'il y a dans l'œuf une petite partie oii l'animal est comme ébauché, le reste ne servant qu'à sa nourriture, de même la principale partie de la graine est celle d'oii sortent la racine et la tige, puisque c'est un petit germe, et que le reste de la graine ne sert qu'à sa nourriture. Cesalpino est encore le premier, après Lobel, qui ait conçu enfin la nécessité d'abandonner, dans un traité de botanique, la disposition purement alphabétique des plantes, et d'établir une classification basée sur des fondements solides, c'est-à-dire sur les parties essentielles des végétaux. Or, ces parties essentielles sont, suivant lui, la^flcur et surtout la graine... Voici la liste des ou-
CÉSIUM. ■'^+'>
vrages qu'a laissés ce grand homme, et qui ont tant contribué à l'avancement de
la science.
I, Quœstioniim peripateticarum libri V Florence, 1569, in-4°, /. c. — II. Dœmonum investigatio peripatetica, in qua explicatur locus Hipjyocratis si qui'd devinum in tnorbis. Florence, 1580; in-4». — IIl. De plantis libri XVI, Florence, 1583, in-i". — IV. Qucestiomim jnedicarum libri II. Venise, 1593; in-i°. — V. De metallicia libri III. Rome, 159G; in-4''.
— VI. Cutoptron , sive spéculum artis medicœ Hippocraticum , spectandoi , dignoscendos, curandosque imiversos, tum parliculares totiiis corpons humant morjas... Rome, 1601; jn-12°. — VII. Appendixad Ubros de plantis et quœstiones peripaleticas. Rome. 1603; in-4».
— VIII. Praxis universce artis medicœ. Trevise, 1606; ^-4°. A. C.
CÉSAR (JuLius). Né en 1557, près de Tottenhnm, fut médecin de Marie Stuart, puis de la reine Elisabeth. 11 devint maître des Requêtes, membre du Conseil privé, puis vice-chancelier du Royaume. Ses biogiaplies ne se sont donc occupés de lui qu'au point de vue politique, celle-ci ayant été sa véritable carrière. 11 mourut à Londres, en 1656. il passa pour un légiste habile et fut le meilleur ami de Bacon qu'il n'abandonna pas dans l'adversité. A D.
CÉSABlEî^lNE (Opération). Foî/. Hystérotomie.
CÉSIUM. Cs. (de Cœsius bleu). C'est en examinant au spectroscope le résidu alcalin des eaux mères de l'eau minérale de Dûrkheim, que MM. Bunsen et Kirchlioff découvrirent ce nouveau métal qui se manifesta à eux par une raie bleue assez faible Gs^ tout près de Sr S et une autre raie bleue très-intense Cs «, placée beaucoup plus près de l'extrémité violette du spectre {Poggend. Ann., r. (iX, p. i61, 1860, et t. CXIII, p. 337, etAnn. de Chim. et de Phys.,L LXII. p. 478, 3" série).
L'eau minérale de Dûrkheim, source primitive du Césium, ne renferme que des traces de ce métal sous la forme de chlorure. Il eu est ainsi d'un hou nombre d'autres eaux minérales, telles que celles de Kreutznach, de Vichy, d'Aussée, de Hall, de Nauheim, d'Ems, etc., etc.; mais il y a des minéraux qui en renferment en proportion notable, et dont le plus riche est le Pollux de l'île d'Elbe qui en contient 25,61 pour 100 (Pisani. Comptes rendus des séances de l'Académie des sciences, t. LVlll, p. 714). La grande rareté de ce minéral empêche de l'utiliser pour l'extraction du césium; mais d'autres minéraux, sans être aussi riches que le Pollux, le sont infiniment plus que les eaux minérales, et offrent déjà aux chimistes une source relativement abondante de ce nouveau métal. La Lépidolite d'Amérique (État du Maine) renferme 0B^5 pour 100 de césium (0. Allen). Plusieurs variétés de ce minéral, la Triphylline, la Carnallite de Stassfurt, la Pétalite, les Méiaphyres, le mica de Zinnwald, etc., etc., j enferment également des quantités sensibles de césium accompagné toujours de lithium, de potassium et de sodium, et, sans exception jusqu'à présent, d'un ai>tre nouveau métal le rubidium, tous congénères du césium qui par cela même appartient au groupe des métaux alcalins.
Étant le plus électropositif de tous les métaux alcalins, le césium, par sa prompte oxydation, n'a pas encore été isolé de façon à se prêter à l'étude de ses caractères physiques et organoleptiques. Ses propriétés chimiques ont été déduites de l'examen de ses composés ; bien que non encore isolé, on est sûr que le césium est un métal alcalin monoatomique dont le poids de l'atome est 133, et dont les sels sont isomorphes avec ceux de potassium. Par son poids atomique, le ce-
549 CÉSIUJl.
siiim occupe l'avant dernier rang des métaux alcalins connus, et il est placé entre le rubidium et le thallium.
Caractères des combinaisons du césium. Les composés du césium présentent tous les caractères chimiques des composés du potassium. On ne peut donc que très-difficilement distinguer l'un de l'autre ces deux métaux, uniquement par les réactifs ordinaires. Mais le spectre permet d'établir facilement celte distinction, à cause des raies caractéristiques qui y apparaissent lorsqu'il provient d'une flamme renfermant à la fois les deux métaux. En outre des raies bleues dont nous avons parlé plus haut, et qui occupent invariablement la même place dans le spectre, le césium produit seize autres raies, dont sept rouges, une jaune caractéristique, sept dans le vert et le reste dans le bleu. (Johnson et Allen). Quant à la sensibilité de la réaction observée à l'aide du spectroscope, elle est extrêmement grande; une goutte d'eau renfermant seulement 0™s'',00005 de chlorure de césium permet d'apercevoir les deux principales raies bleues «p (Kirchholf et Bunsen. Ann. de Chimie et de Physique, t. LXIV, p. 302, 3* série).
Hydrate d' oxyde de césium. GsO,HO ou CsO + aq. Jusqu'à ces derniers temps cet hydrate a été confondu avec la potasse KO + aq dont il possède les principales propriétés. En effet, l'hydrate de césium est fusible sans décomposition au-dessus du rouge et se prend, en se refroidissant, en une masse cassante non cristalline ; il est très-déliquescent, très-caustique, se dissout dans l'alcool et dans l'eau avec élévation de température, attaque le verre et le platine, et le chlorure de ce dernier métal produit dans une dissolution de césium un précipité jaune semblable au chlorure double de potassium et de platine. Tous ces caractères sont les mêmes que ceux de la potasse.
On prépare l'hydrate d'oxyde de césium, en versant dans une dissolution aqueuse de sulfate de césium de l'eau de baryte. Il se forme du sulfate de baryte, et l'oxyde de cérium reste à l'état libre dans la liqueur.
Chlorure de césium. Cs Cl. On obtient ce composé, soit en traitant le carbonate de césium par de l'acide chlorbydrique, soit en traitant par de l'eau le résidu de l'action de l'hydrogène sur le chlorure double de platine et de césium. Dans les deux cas, on évapore les liqueurs préalablement filtrées, qui par la concentration laisseront déposer de petits cubes anhydres groupés confusément, ou bien des aigrettes cristallines, si la cristallisation a été très-rapide.
Le chlorure de césium fond au rouge naissant; à une température plus élevée il "se volatilise en émettant des vapeurs blanches. Par le refroidissement, le chlorure fondu se prend en une masse blanche opaque très-déliquescente à l'air. Lorsqu'on le fond en présence d'eau, il devient alcalin en perdant de l'acide chlorbydrique.
Azotate de césium. CsO.AzO'. Ce sel est inaltérable à l'air, et il se présente sous la forme de cristaux anhydres prismatiques appartenant au système hexagonal, s'ils ont été obtenus par une évaporation lente à 14"; si leur cristallisation a été rapide, leur forme est celle de longs prismes aigus cannelés. Dans les deux cas les cristaux sont anhydres, ont la même saveur que l'azotate de potasse (nitre), fondent au-dessous du rouge, puis se transforment en azotite et, sous l'îiiflueuce de l'air et de l'humidité, en oxyde hydraté de césium.
L'azotate de césium est très-peu soluble dans l'alcool et moins soluble dans l'eau que l'azotate de potasse (iiitrc). dOO parties d'eau froide n'en dissolvent que 10 parties et demie.
Sulfate db césium. A. Stdfate neutre. GsO,SO^, Substance cristallisée en
CESTOÏDES (les). b47
petits prismes courts et aplatis, anhydres, iiiallérables à l'air et insolubles dans l'alcool. 100 parties d'eau à 12" dissolvent 158,7 de sulfate neutre. La saveur de ce sel est fade, puis amère. B. Sulfate acide. CsO,SO%HOSO'. Ce sel se présente en prismes orthorombiques courts, portant une troncature tangente sur les arêtes latérales. Il possède une réaction très-acide ; l'air ne l'altère point, il fond au-dessous du rouge, puis se décompose", dégage de l'acide sulfurique anhydre et passe à l'état de sulfate neutre.
Carbonate de césium. A. Carbonate neutre. CsO,CO*. Cristaux hydratés, confus et déliquescents, fusibles dans leur eau d'hydratation, et abandonnant îe sel anhydre sous la forme d'une masse blanche, friable et déliquescente. Le carbonate neutre de césium n'est pas décomposé par la chaleur, mais sous l'action d'une température élevée il se volatilise. Sa solution aqueuse a une forte réaction alcaline. L'alcool bouillant en dissout le cinquième de son poids ; cette propriété suffit à distinguer le carbonate de césium de tous les autres carbonates alcalins. B. Carbonate acide. Gros cristaux prismatiques groupés confusément, inaltérables à l'air. Leur solution est légèrement alcaline et perd de l'acide carbonicpie par l'ébullition. Malaguti.
CESTOÏDES (les). Nous nous occuperons successivement : i" des caractères généraux des cestoïdes; 2° de l'organisation du scolex et du proglottis ; 3° de la constitution des organes génitaux ; 4" du développement du proglottis ; 5° de la constitution destoeufs et de l'embryon ; 6" de leur développement et de leur dissémination ; 1° du développement de la larve ; 8" des anomalies ; 9" de la classification; 10» des Téniadés : Tœnia solium, T. inermis; T. capensis; T abietina; T. lophosoma; T. nana ; T. flavopimctata ; T. ellipica ; et cucumerina; T. madagascariensis ; \l° des Bothriocéphalés : Bothriocephalus latus; B. cordatus; B. cristatus ; 12" des cestoïdes des animauux domestiques.
l. Caractères généraux. Les cestoïdes sont des vers qui, à toutes les périodes de leur existence, -vivent en parasites dans les tissus ou dans les cavités des organes, chez les animaux vertébrés ou invertébrés, A l'état de larve, ils ont le plus ordinairement h forme vésiculaire et se trouvent dans les tissus ou les parenchymes ; à l'état adulte, ils prennent la forme rubanée et vivent exclusivement dans l'intestin grêle. Dans cette phase de leur existence, ils ne se trouvent jamais que chez des animaux vertébrés.
Le corps aplati de ces vers est plus ou moins distinctement annelé, et graduellement aminci vers l'une de ses extrémités, laquelle est fixée dans la paroi de l'intestin; par l'autre extrémité, le ver flotte librement, dirigé d'avant en arrière, dans le sens du cours des matières intestinales, comme les herbes des ruisseaux qui flottent au gré du courant.
L'extrémité amincie se termine par un petit renflement qui porte des organes d'adhérence : ventouses ou crochets ; les médecins le désignent sous le nom de tête. Le corps porte des traces d'une division en segments, d'autant plus prononcée qu'on s'éloigne plus de la tête; les segments postérieurs peuvent même, chez beaucoup d'espèces, se séparer tout à fait et vivent encore pendant quelque temps dans la cavité intestinale, à l'état de liberté; ces segments ou anneaux libres sont connus depuis les plus anciens temps sous le nom de cucurbitins.
Ces diverses portions des cestoïdes représentent des phases différentes de leur développement; d'après cette manière de voir, les naturalistes leur ont donné des
518 CESTOÏDES (les).
désignations nouvelles : La tête est appelée scolex ; le corps strobila ; le segment Whre proglotlis (Van Beneden).
Les cestoïdes peuvent être rangés parmi les plus dégradés de tous les animaux. Leur corps est parenchyraateux, c'est-à-dire qu'ils n'ont point de cavité générale ; ils sont dénués d'organes de respiration, de circulation, de digestion et d'organes des sens ; le système nerveux est rudimentaire, si même il existf ; à part un organe de dépuration, consistant en canaux plus ou moins ramifiés, tout l'organisme se résume dans l'appareil de la reproduction.
II. Organisation du scolex et du peoglottis. La structure chez les cestoïdes est très-simple; le parenchyme du corps est formé de fibres de tissu conjonctif et de fibres musculaires lisses, irrégulières, entre-croisées à angles droits ou en divers sens ; la peau est d'une structure analogue mais plus condensée ; elle ne peut-être nettement séparée du parenchyme sous-jacent ; il n'existe point d'épiderme proprement dit ; cette membrane est remplacée par une pellicule mince, anhiste, transparente, élastique, qu'on désigne sous le nom de cuticule.
Parmi les fibres musculaires ou conjonctives, de petits corps sphériques ou ovoïdes, translucides, formés de couches concentriques, variables quant à leur volume, sont répandus en nombre plus ou moins considérable suivant les parties ou suivant les espèces des cestoïdes. Ces petits corps, appelés corpuscules calcaires, sont formés de carbonate de chaux uni à une matière animale ; l'acide iicétique les dissout avec effervescence. Pendant l'action de cet acide, la structure .stratifiée des corpuscules apparaît nettement. Les corpuscules calcaires ont toujours la même composition chimique; si l'on n'observe pas constamment pendant la réaction d'un acide, le dégagement du gaz carbonique avec effervescence, et cela arrive quand les corpuscules soumis au microscope sont en petit nombre, c'est que l'acide carbonique se dissout à mesure qu'il se dégage et ne deviendrait apparent sous forme de bulles de gaz qu'après la saturation du liquide ambiant. On peut toujours obtenir l'effervescence en se servant d'eau préalablement chargée d'acide carbonique, ou bien en faisant dessécher une parcelle du tissu qu'on traite ensuite par un acide plus ou moins concentré. Quelques helminthologistes ont mieux aimé douer ces corpuscules d'une composition chimique variable, plutôt que d'accepter cette simple expHcation, si facile à vérifier.
Ces corpuscules ont sans doute pour fonction, de donner une certaine consistance aux tissus mous des cestoïdes; ils se rencontrent aussi bien dans les larves que dans les adultes. Leur aspect tout particulier et leur disparition par les acides peuvent servir de caractère pour reconnaître la nature des produits pathologiques qui ont eu pour origine des cestoïdes à l'état de larves vésiculaires.
II existe encore parmi les fibres de certaines parties, des granulations arrondies, très-petites, réfractant fortement la lumière, insensibles aux réactifs, disséminées ou réunies par amas considérables, et dont la nature ou la fonction échappent aujourd'hui à tonte détermination.
On remarque chez les cestoïdes deux ou quatre vaisseaux longitudinaux (ils sont rarement plus nombreux), qui occupent la tête et les côtés du corps, et sont mis de distance en distance en communication entre eux par des canaux transversaux situés à la partie postérieure de chaque anneau. Les vaisseaux longitudinaux prennent leur origine d'un vaisseau annulaire qui entoure la base de la trompe du scolex, et qui se prolonge aussi en anneau plus ou moins complet autour de chaque ventouse. Ces vaisseaux ne constituent pas toujours un système aussi
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simple; dans beaucoup d'espèces de cestoïdes , ils se divisent et se subdivisent en un grand nombre de ramifu ations secondaires qui, quelquefois, arrivent à former un réseau très-complexe. Tous ces vaisseaux sont contractibles et leur cavité s'efface souvent an point que, dans une étendue plus ou moins grande, ils deviennent momentanément tout à fait invisibles. Les vaisseaux longitudinaux se terminent finalement dans une petite vésicule située à l'extrémité postérieure du corps, vésicule qui offre des pulsations lentes et plus ou moins régulières. Elle communique avec le dehors par une ouverture étroite et donne issue au liquide qu'elle renferme, dans lequel nagent de petits globules transparents. Ces vésicules expultrices ne se rencontrent point chez les cestoïdes adultes dont les derniers proglottis se sont déjà séparés du strobila.
Ce système de canaux a été regardé par les uns ou par les autres, comme un appareil digestif, circulatoire ou respiratoire. M. van Beneden nous paraît avoir déterminé définitivement sa fonction en constatant que le liquide qu'il renferme est expulsé au dehors, et en montrant les raj5ports qu'il peut avoir avec un système de dépuration urinaire.
Toutes les régions des cestoïdes offrent dans leur constitution les éléments ou les organes dont nous venons de parler : cuticule, tissu musculaire fibroïde constituant le parenchyme du corps et probablement aussi la peau, corpuscules calcaires, canaux urinaires. Ce sont là les seules parties constituantes qui soient générales. Les autres organes sont spécialisés dans des régions particulières : ce sont : dans le scolex, les organes d'adhérence (ventouses ou crochets), dans le proglottis, les organes génitaux.
Les ventouses sont les principaux organes d'adhérence des cestoïdes ; elles sont au nombre de deux ou de quatre, et généralement situées sur les parties latérales de la tête ou scolex. Leur forme est très-variée : tantôt circulaire, tantôt allongée, tantôt consistant en une simple dépression, tantôtévasée et profondément enfoncée dans le parenchyme, ou bien au contraire saillante au dehors comme une feuille peltéeou qui adhérerait plus on moins partiellement par l'une de ses faces. Ordinairement simples, quelquefois divisées en plusieurs compartiments par des cloisons ou pourvues d'appendices lobules, les ventouses se modifient encore par la contractihté dont elles sont douées, contractilité qui, dans certaines espèces , se traduit par des mouvements incessants et par les formes les plus bizarres.
Un grand nombre de ces appareils d'adhérence sont garnis dans leur fond ou sur leurs bords lie crochets plus ou moins nombreux et plus ou moins compliqués au moyen desquels l'adhésion aux corps voisins devient encore plus intime.
Ces organes sont constitués par des fibres musculaires lisses, disposées en couches circulaires et rayonnées. La divei'sité de leurs formes a fait donner aux ventouses des noms divers ; cupules, lobes, feuilles, oscules, suçoirs, bothridies.
Les autres organes d'adliérence sont des crochets. Ils sont ordinairement disposés en couronne ou en séries à la partie antérieure du scolex, tantôt sur un prolongement de l'axe {trompe, rostre, rostellum, proboscide) situé entre les quatre ventouses, prolongement rétractile et pouvant s'invaginer en lui-même, tantôt sur quatre longs tubes musculaires creux (trompes), rétractiles aussi et s'invaginant en eux-mêmes, disposés symétriquement autour de l'axe du scolex et pouvant faire saillie en avant des quatre ventouses.
Sur la trompe (rostellum) unique des cestoïdes, les crochets sont généralement en petit nombre ; ils sont au contraire très-nombreux sur les trompes multiples. Ces petits organes sont solides, et formés de chitine ; ils ont une pointe acérée ou
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griffe; quant au reste, ils diftèrent de forme suivant les espèces des cestoïdes. Ils ne possèdent point de mouvements propres, mais ils ont des mouvements d'ensemble déterminés par ceux de la trompe qui les supporte : en s'invaginant en elle-même, celle-ci rapproche les crochets par leur convexité, soulève leur pointe, les éloigne des parois où ils sont enfoncés, les dégage et les renverse à l'intérieur du tube qu'elle constitue. Au contraire, dans la protraction, par un mouvement de bascule inverse , elle présente les pointes en avant, puis les renverse en dehors et en arrière, de manière à les accrocher et à les faire pénétrer dans les parois qu'elles touchent.
Les crochets, comme organes d'adhérences ont beaucoup moins d'importance que les ventouses. Des espèces de ténias très-voisines par tous leurs caractères, possèdent des crochets ou en sont privées. Souvent ces petits organes sont variables en nombre chez des individus de même espèce; dans d'autres espèces, ils sont trèscaducs, si bien qu'il est rare de trouver des individus qui en possèdent encore quelques-uns. *
La difficulté plus ou moins grande d'expulser les cestoïdes par les remèdes n'est point en rapport avec l'existence ou l'absence des crochets, car le bothriocéphale de l'homme, de tous le plus difficile à chasser, n'en possède pas.
III. GoNSTiTCTioN DES ORGANES GÉMTAUx. Les orgauos géuitaux, chez les cestoïdes, forment un appureil très-compliqué. Chaque anneau ou proglottis réunit les deux sexes; ces organes se répètent donc autant de fois qu'il y a d'anneaux dans le strobila.
L'appareil de la génération offre chez les diverses espèces de notables différences, quoique toutes les modifications se rapportent en dernière analyse à un type commun. Nous donnerons ici la détermination des parties de cet appareil, d'après les recherches de M. van Beneden.
Les organes mâle et femelle, bien que juxta-posés et enchevêtrés l'un dans l'autre, ne communiquent point directement l'un avec l'autre.
L'organe mâle se compose de testicules multiples, canaux déférents , réservoir sperraatique, pénis et bourse du pénis.
L'organe femelle se compose d'un ovaire complexe (germigène, vitellogèiie et leurs conduits spéciaux), d'une matrice, d'un vagin, auquel est annexée une vésicule copulatrice, et d'une ouverture communiquant avec le dehors ou vulve. Chez les Bothriocéphales, il existerait en outre une glande sécrétant la coque?
1*» L'organe qui prépare le sperme est représenté par de grandes vésicules disséminées dans l'intérieur du proglottis (testicule), et dont le nombre varie d'une espèce à l'autre; ce nombre est quelquefois assez grand pour que tout le proglottis en soit rempli. Les spermatozoïdes que ces vésicules contiennent en déterminent la nature (Schultzej.
Le canal déférent et le réservoir spermatique ne forment, en quelque sorte qu'un seul organe, l'un étant la continuation de l'autre et leur séparation n'étant point bien distincte. Ils consistent en un tube long, entortillé et d'un calibre variable. Leur communication avec les testicules se fait par des canaux qui ne deviennent apparents qu'au moment du passage de Ja liqueur séminale. D'une autre part, ce canal aboutit au pénis. Le pésis, appelé aussi cirrhe et lemnisque, existe toujours; il varie suivant le genre et même suivant l'espèce ; il est loge dans une poche spéciale qui s'ouvre au dehors (poche du cirrhe ou du pénis), laquelle est variable en dimension comme l'organe qu'elle renferme. Le pénis est exsertile ; il
CESTOÏDES (les). 551
est fixé par l'une de ses extrémités au fond de la poche et n'est en réalité que la continuation extérieure du canal déférent ; très-court chez certains ces toïdes, il est très-long chez d'autres et dépasse même, lorsqu'il est sorti, la longueur du proglottis. Pendant sa rétraction, il est invaginé en lui-même ; il se déroule en doigt de gant pour s'allonger et se porter au dehors; sa surface externe, qui devient interne par invagination, est quelquefois lisse, mais plus souvent recouverte de soies ou d'épines qui lui donnent l'aspect d'une brosse.
2" L'organe qui produit l'ovule n'est point simple, comme chez la plupart des animaux ; il se compose de deux parties distinctes, dont l'une produit la vésicule germinative (ou l'œuf sans vitellus?); elle a reçu le nom de germiçjène. Elle varie suivant les espèces, représentant, soit des digitations, parfois très-longues, soit des dépressions en cul-de-sac, soit des lobes on lobules comme les glandes en grappe. Le germigène est double et se répète semblable à droite et à. gauche ; une commissure réunit ces deux moitiés en avant sur la ligne médiane ; à l'état de vacuité , il est peu on à peine visible. L'autre partie produit le vitellus; elle a été appelée le vitellocjène ; sa forme varie peu d'une espèce de cestoïde à l'autre. Elle est constituée par une série de petites poches agglomérées, ordinairement nombreuses et très-visibles lorsqu'elles sont remplies de leur produit, c'est-à-dire du vitellus.
Chacun de ces deux organes ovariens est pourvu d'un canal excréteur spécial. Chaque moitié du germigène a son canal excréteur propre qui va à la rencontre de son congénère, s'abouche avec lui et forme un canal unique (germichicte) . Le vitellogène donne aussi un conduit primitivement double, consistant en deux tubes fort grêles, légèrement flexueux, à parois à peine visibles qui deviennent distinctes par la présence du vitellus qu'elles contiennent ; ces deux tubes se réunissent pour former un canal unique (vitelloducte). Parfois le vitelloducte consiste en plusieurs branches anastomosées comme un réseau capillaire ; vers sa terminaison ce conduit est revêtu intérieurement de cils vibratiles. Le vitelloducte et le germiducte se rendent l'un et l'antre au vagin.
La matrice est une poche dont la capacité augmente avec le nombre d'œufs qui s'y accumulent successivement. Dans beaucoup d'espèces, elle consiste en une simple vésicule ou sac, dans d'autres, elle est ramifiée et représente des arborisations plus ou moins nombreuses , longitudinales ou transversales ; dans quehjues ' autres (ex. T. cucumerina, T. madagascariensis), elle forme un grand nombre de vésicvdes séparées qui finissent par envahir tout le proglottis.
Le vagin est un canal à parois bien distinctes, d'un calibre toujours petit et dont la longueur, très-variable, est en rapport avec celle du pénis. Une extrémité s'abouche, ou plutôt se continue avec la matrice qui n'est, à proprement parler, qu'une dilatation du vagin ; l'autre extrémité s'ouvre à l'extérieur par un orifice [vulve, stigmate) particulier ou commun avec la poche du pénis [parus genitalis, cloaque). Le rôle du vagin est plus complexe que ne le ferait croire la description que nous venons de donner ; outre sa fonction dans la copulation, il joue par rapport à la matrice le rôle d'une trompe ; il reçoit, en effet, le germiducte et le vitelloducte, puis auprès de l'orifice du premier de ces canaux, il communique avec une vésicule à parois très-minces dans laquelle sont accumulés des spermatozoïdes [ve'sicule copulatrice) .
La lonction des conduits de l'appareil mâle et femelle s'accomplit par des mouvements pèristaltiques. On voit, au moment de l'émission du sperme, le canal déférent et plus encore le pénis agités de mouvements très-énergiques. Le vagin et la matrice sont susceptibles de mouvements semblables : le vitellus
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avance dans leur cavité par les contractions de leurs parois , et enfin par l'impulsion des cilsvibratiles qui revêten-tla fin du vitelloducte.
La copulation a lieu solitairement dans le même proglottis, par l'intromission du pénis dans le vagin correspondant (van Beneden); cependent on a vu le pénis d'un anneau introduit dans le vagin d'un autre anneau chez le même cestoïde. Pendant cet acte, les spermatozoïdes filiformes s'accumulent dans la vésicule copulatrice.
Les œufs se constituent dans le vagin par l'apport du germe d'une part, du vitellus d'une autre part, et reçoivent au même moment l'imprégnation du sperme. En effet, la vésicule germinative sortant du germiducte, est déposée dans le canal vaginal près de l'orifice de la poche copulatrice ; là, elle leçoit le contact des spermatozoïdes, puis elle passe devant l'orifice du vitelloducte, où elle est englobée par une masse de vitellus; l'ovule, presque constitué alors, continue de clieniiner, poussé par les contractions du vagin; il s'enveloppe d'une membrane vitellinc, et arrive dans la matrice oii il achève de se (brmer. Duns cette opération, le vagin fait donc, par rapport à la matrice, l'office d'une trompe utérine. Pour èlre expulsés au dehors, les œufs complètement développés ne reprennent plus la voie de ce conduit devenu irop étroit par suite de leur augmentation de volume. Lt matrice n'a pas, à proprement parler, de vagin; c'est, dans la plupart des cas, p;ir la destruction de ses parois que les œufs mûrs se disséminent.
Telles sont les parties qui composent l'appareil génital mâle et femelle ; leur disposition respective et leur situation dans le proglottis sont variables suivant les espèces des cestoides, néanmoins ils affectent le plus souvent la disposition suivante : Le testicule est réparti assez uniformément dans toute l'étendue du proglottis ; le germigène occupe la partie postérieure, divisé en deux portions égales par la ligue médiane; les petites poches du vitellogène sont disposées de chaque côté et réunies par des canaux latéraux qui se dirigent en arrière et s'abouchent près du germigène ; la matrice occupe la partie moyenne et gagne de plus en plus d'espace à mesure qu'elle se développe. Les orifices génitaux mâle et femelle, sont situés tantôt sur la ligne moyenne de la face ventrale, tantôt à la marge, généralement ils sont contigus. L'orifice femelle s'ouvre en avant de l'orifice mâle, ou quelquefois en arrière, lorsqu'ils sont disjoints, l'orifice femelle se trouvant sur la face de l'anneau, l'orifice mâle se trouve quelquefois à la marge.
IV. Développement des organes génitaux. La tête(scolex) du ténia n'acquiert jamais d'organes génitaux ; elle produit, par gemmation, une série successive de segments qui, tantôt restent indéfiniment attachés les uns aux autres, et forment un long ruban (strobila), tantôt se séparent presque aussitôt après leur formation et vivent en liberté dans l'intestin. Ces segments enchaînés ou devenus libres, ne donnent jamais de gemmes ou bourgeons; ils acquièrent des organes génitaux et représentent, en définitive, l'état adulte du cestoïde (proglottis); mais, ainsi que nous l'avons dit, chez cet animal dégradé, tous les attributs étant réduits à la fonction de la reproduction, le proglottis est dénué d'organes de relation, de digestion, de circulation, de respiration, et ne représente, à proprement parler, qu'un appareil de reproduction.
Cet appareil se développe successivement par des points indépendants : Le testitule est le premier organe qui devienne apparent : ses vésicules blanches et semi-transparentes sont disséminées dans la plus grande partie du corps ; plus tard, on distingue la poche du pénis et le canal déférent. En même temps que ces deux
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derniers organes ou un peu auparavant, un conduit transparent, dirigé transversalement d'abord, piiis conrbé en arrière, se montre dans la paitie moyenne du segment et d'un côté de la ligue médiane, c'est le vagin qui n'atteint pas tout d'abord la marge du segment. Le germigène se dessine ensuite à la partie postérieure, bientôt a|jrès paraît la vésicule copulatrice. Enfin une ouverture ordinairement commune, un cloaque se forme, embrassant l'orifice du vagin et de la poche du pénis. Le vitellogène précède ou suit cette formation il devient quelquefois a[Ji)arent avant le germigène. La matrice est le dernier organe qui se constitue ; elle ne devient bien visible, en effet, que lorsque des œufs tout formés pénètrent dans sa cavité. Moulée sur ces œufs, elle prend de l'extension à mesure qu'elle les reçoit et, comme leur nombre devient de plus en plus considérable, ses parois se distendent, s'enflent ou s'allongent et envahissent peu à peu les inteistices des autres organes, souvent avec la forme de caecum. Dans toute cette évolution, les parties dont la fonction est terminée, s'atrophient et disparaissent successivement ; c'est ainsi que les vésicules testiculaires s'elïacent, et que les autres parties de l'organe mâle seraient vainement cherchées et quelquefois même le vitellogène à l'époque où la matrice, complètement pleine d'œufs mûrs, remplit tout le proglottis. Ces développements successifs, la prédominance qu'acquièrent certaines parties font varier plus ou moins la place qu'elles occupaient d'abord dans le proglottis, en les rapprochant ou en les éloignant, suivant les époques, de leur situation primitive.
V. Développement du proglottis. Le développement du proglottis, comme on doit s'y attendre, est corrélatif à celui des organes sexuels : constitué originairement [larun simple prolongement de la tête ou scolex, il en a toute la confonnation, téguments et parenchyme semblables, corpuscules calcaires, canaux urinaires. Presque tout de suite ou bien après avoir acquis une certaine longueur, ce prolongement qui prend toujours la forme aplatie, montre des lignes ou empreintes transversales, régulièrement espacées, qui, devenant de plus en plus profondes, le divisent en segments ou anneaux plus larges que longs. A mesure qu'ils se développent et qu'ils s'éloignent de leur point d'origine , c'est-à-dire du scolex, ces anneaux s'allongent insensiblement et prennent la forme carrée; en continuant de grandir, ils deviennent souvent oblongs dans le sens longitudinal, s'isolent de plus en plus de leur attache en arrondissant leurs angles et revêtent enfin la forme de la graine des cucurbitacées, d'oîi les segments du ténia de l'homme, devenus libres dans l'intestin, ont emprunté leur nom.
La chaîne des proglottis en voie de développement qu'on a appelée strobila, se présente le plus souvent avec le type que nous venons de décrire. Dans certains cestoïdes, les segments, restent constamment enchaînés et, après leur maturité, après avoir acquis une longueur de plusieurs mètres, ils se brisent en longs rubans et sont expulsés; c'est le cas du boLhriocéphale de l'homme. Dans d'autres cestoïdes, après avoir acquis également une grande longueur, les anneaux mûrs se séparent et sortent isolément de l'intestin, encore vivants et se mouvant (cucurbitains); c'est le cas des ténias armé et inerme de l'homme. Chez d'autres cestoïdes, le strobila n'atteint pas une grande longueur avant que les anneaux se séparent; ces anneaux, à peine au nombre de quatre, cinq ou six, s'isolent les uns des autres, et vivent à l'état de proglottis libres avant d'avoir atteint leur maturité. Ils oftrent alors l'apparence de petites languettes, très-contractiles , dont la forme varie incessamment. Leur progression se fait toujours dans la direction
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qu'avait la tête ; ils avancent en s'allongeunt comme le ver de terre, puis en r»" menant rextrémitc postérieure par l'élargissement de leur corps.
Enfin quelques autres cestoitles ne se séparent point en anneaux distincts ; les organes génitaux sont disposés à des intervalles réguliers, comme si la division devait se faire tardivement, mais elle ne devient jamais apparente extérieurement et la formation de proglottis libres n'a point lieu ; c'est le cas des ligules.
Chez certains cestoïdes, la formation des anneaux ne procède pas exclusivement de la tête ; elle est encore produite par une segmentation transversale qui s'opère dans des anneaux bien limités ; mais cette segmentation ne comprend ordinairement que les parties latérales des articles ; c'est ce que montrent les bothriocephalus dubius, variabiîis, fasciatus (Krabbe), punctatus (Eschricht), tetrapteriis (V. Siebold), proboscideus (Davaine).
Dans un long strobila, on peut suivre toutes les phases du développement de l'appareil génital. Les premiers anneaux, sans aucun indice d'organes sexuels, sont neutres ; les suivants monlrent les vésicules testiculaires ; ils sont exclusivement mâles ; plus loin les rudiments de l'organe femelle apparaissent ; ils sont donc hermaphrodites ; enfin l'acte de la fécondalion étant terminé, l'œuf se développe dans la matrice pendant que l'appareil mâle , devenu inutile, s'atrophie et disparaît. Les derniers anneaux offrent donc exclusivement les attributs femelles.
Toute cette évolution ne peut être suivie dans les proglottis isolés de bonne heure et qui se développent à l'état de liberté. L'examen d'un certain nombre de ces êtres rudimentaires les ferait voir les uns mâles, les autres femelles et les autres hermaphrodites. On conclurait à l'indifférence sexuelle, si l'on n'avait, pour rectifier son jugement, l'observation des espèces qui se développent en colonie, c'est ainsi que l'on a pu se méprendre sur la sexualité de certains animaux hermaphrodites , tels que les huîtres dont l'évolution ne peut être suivie chez le même individu.
Les proglottis agrégés dans un long strobila, offrent extérieurement quelques rapports avec la conformation interne, rapports utiles à connaître en ce qu'ils peuvent servir de caractères spécifiques. Dans certaines espèces de cestoïdes, deux appareils sexuels complets existent normalement dans chaque anneau ; alors deux pores génitaux opposés se voient à la marge de chacun des anneaux. Chez d'autres espèces, l'appareil sexuel étant unique, l'orifice génital est disposî: en une série sur l'un des bords du strobila (orifices unilatéraux). Chez d'autres encore, ils sont situés alternativement à droite et à gnuche (orifices alternes); plus souvent l'on n'observe dans la situation respective des orifices aucune régularité.
Celte disposition n'est bien apparente qu'cà l'époque moyenne de la vie des proglottis. Dans les anneaux neutres on lorsque l'orf^ane mâle seul apparaît, on chercherait en vain au bord des anneaux, l'orifice génital qui ne se forme que tardivement comme nous l'avons dit, c'est dans les anneaux hermaphrodites que l'orifice génital est toujours apparent ; quant au pénis, il est souvent rentré dans sa gaine et se montre très-irrégulièrement au dehors; dans les anneaux complètement mûrs, qui sont les derniers du strobila , le plus ordinairement cet organe a complètement disparu.
VI. Constitution des œufs et de l'embryon; développement et dissémination. Les œufs sont microscopiques et toujours en nombre prodigieux. Ils sont sphériques, ovoïdes ou fusiformes, et quelquefois prolongés par l'un de leurs pôles ou par les deux en une pointe aiguë ou bien en un long filament. Ils possèdent ordinairement
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plusieurs enveloppes, dont l'une est épaisse, dure, chitineuse et très-résistante. Cette enveloppe n'est point, chez les téniadés, un produit de sécrétion de la matrice ; elle se forme dans l'œuf même, sous la membrane vitelline. Chez certains cestoïdes, elle est simplement membraneuse; quelquefois elle est fermée par un opercule, et, dans ce cas, elle est un produit de sécrétion.
Chez la plupart des cestoïdes, l'embiyoïi {Proscolex de Van Beneden) se développe dans l'œuf encore renfermé dans la matrice et devient visible à travers la coque. Lorsque celle-ci est très-épaisse ou trop opaque, on peut avoir recours, pour voir ce petit être, à quelques réactifs, à la potasse caustique, par exemple. L'embryon se présente sous la forme d'une petite vésicule globuleuse ou ovoïde, plus ou moins transparente, et munie de six crochets, rarement de quatre (chez quelques cestoïdes des poissons de mer) : ces crochets, semblables à de petites lances, sont des baguettes à peine courbées et bien différentes, pour la forme, des crochets du scolex. J'ai vu des embryons posséder en outre quatre petites ventouses, placées à la partie antérieure de leur corps ovoïde. Dans certaines espèces de cestoïdes, les crochets sont fréquemment agités de mouvements variés et étendus ; ces mouvements témoignent de la vitalité de l'embryon, mais leur absence ne témoigne nullement de sa mort, car chez d'autres espèces les crochets sont toujours immobiles dans l'œuf, l'être qui les porte s'y trouvant en état dévie latente.
L'œuf n'éclôt point dans l'mteslin qui renferme son parent. En effet, chez certaines espèces de cestoïdes (les ténias), l'embryon ne peut sortir de son étroite prison qu'autant qu'elle a été dissoute ou digérée dans le tube intestinal de quelque animal qui l'a avalée et, pour d'autres espèces oij la coque étant pourvue d'un opercule, cette condition d'éclosion ne paraît pas nécessaire (Bothriocéphales), l'embryon n'est pas encore développé lorsque l'œuf est expulsé de la matrice par la ponte, ou par la rupture de ses parois.
Dans le premier cas, l'œuf, bien que déposé dans l'intestin, ne subit point la digestion stomacale ou duodénale; dans le second, le développement n'est point assez avancé pour que l'éclosion puisse avoir lieu avant l'expulsion de l'œuf hors du tube digestif.
La dissémination des œufs s'opère de plusieurs manières : tantôt les parois de la matrice se crèvent pendant que le strobila reste encore attaché, au scolex et les anneaux percés à jour, adhérents les uns aux autres, forment ce qu'on a appelé un tœnia fenestrata; plus souvent les proglottis sont expulsés isolément lorsque leur vitahté est sur le point de s'éteindre, et c'est par la putréfaction ou par leur digestion dans l'estomac de quelque animal qui les avale que les œufs sont mis eu liberté ; quelquefois ils sont simplement pondus.
On ne connaît aiicun cestoïde qui acquière un développement quelconque à l'état de liberté. L'évolution s'accomplit toujours dans l'œuf ou dans la condition parasitaire. 11 faut donc nécessairement que l'œuf rentre dans le tube intestinal de quelque animal nouveau pour y subir l'action des sucs digestifs qui mettent l'embryon en liberté (l'œuf du Bothriocéphale, jusqu'à un certain point, fait exception à cette condition).
Mais quelle aventureuse pérégrination que celle d'un être dénué de presque tous les organes de la vie de relation, né dans l'intestin d'un animal, abandonné sur la terre ou dans l'eau, et qui, pour se perpétuer, doit pénétrer dans les organes, chez un poisson, un reptile, un oiseau, un mammifère, ou même chez l'iiomme!
L'espèce pourtant ne périt point ; elle se perpétue à la faveur des conditions diverses que nous allons énumérer :
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1" C'est la prodigieuse fécondité dont sera doué l'individu qui, parmi plusieurs millions de ses frères, arrivera seul ou presque seul à bon port à travers les mille péripéties qu'il rencontre au sortir de 1 œuf ;
2° C'est la faculté de parvenir indirectement dans son hôte définitif par l'entremise d'un autre chez lequel il trouve asile, et chez lequel même quelquefois il se nmltiplie par une génération non sexuelle ;
3" C'est la protection qu'à l'état embryonnaire il trouve dans la constitution particulière de la coque de l'œuf;
¥ C'est l'extrême petitesse de celui-ci, qui le fait échapper aux entraves de toutes sortes qu'il rencontre sur sa route ;
5° C'est la vitalité grande et très-prolongée dont est doué l'embryon avant qu'il soit livré à lui-même au sortir de la coque qui l'emprisonnait et le protégeait.
Ou a constaté expérimentalement que des œufs de ténia ingérés dans l'estomac dix jours après la mort du proglottis ont acquis leur développement de larve (Holl, de Vienne). Le même résultat a été obtenu, après douze jours, avec des œufs de tœniaserrata (Leuckart). M. Baillet a vu se développer, après dix-huit jours de conservation, des œufs qui, en outre, avaient passé deux jours dans de l'eau fortemeul congelée; et d'autres, enfin, qui avaient été conservés plusieurs jours dans uu état de dessiccation presque complète. Nous verrons que les œufs du bothriocéphale de l'homme se développent six et huit mois après leur expulsion.
J'ai reconnu que l'embryon, chez quelques ténias, est mal protégé dans l'œuf, et périt peu de temps après que cet œuf a été mis en état de liberté. — Pour ces espèces de cestoïdes, on doit conclure que les moyens de transmission sont faciles et très-ra[iprochés ; mais j'ai reconnu aussi qu'il en est autrement chez d'autres espèces de ténias : la conservation de leurs œufs dans l'eau, pendant un long espace de temps, m'a fait voir que l'embryon incarcéré dans la coque ne périt point avant ua an, quinze mois, et sans doute avant un temps beaucoup plus long encore.
En effet, les œufs des animaux, les graines des végétaux, tous les tissus conservés humides, s'altèrent dès qu'ils ont cessé de vivre. — C'est d'après ces considérations que j'ai conservé pendant trois ans des œufs de trichocéphale et d'ascaride loml)ricoïde, et que, les voyant intacts, j'ai essayé avec succès de les faire éclore. De même, j'ai gardé longtemps, dans de l'eau plus ou moins pure, des œufs des ténias armé et inerme de l'homme. Ces œufs, examinés à de courts intervalles de temps, n'avaient subi aucune altération dans leur constitution histologique après un au et même quinze mois, époque à laquelle mes observations s'arrêtèrent. J'ai donc pu légitimement conclure qu'ils avaient ronservé jusqu'alors toute leur vitahté. Au contraire, des œufs dé tœnia cucumerina, apiès quelques mois de conservation dans les mêmes conditions, lurent trouvés complètement altérés.
Ainsi, l'œuf abandonné sur le sol, soit isolé, soit renfermé dans le proglottis, attend pendant un temps indéfini qu'un événement fortuit le fasse arriver dans l'estomac d'un animal oii la coque sera dissoute et l'embryon mis en liberté. Chez quelques cestoïdes (les bothriocéphales), l'opercule qui ferme l'œuf peut s'ouvrir avant cette époque, et l'embryon, muni de cils vibratiles, peut vivre et nager librement même pendant plusieurs jours.
En général, l'embryon ne peut se développer dans la cavité digestive où il a été mis en liberté; aussi faut-il après y être entré, qu'il en sorte, et c'est ce qu'il se hâte de faire. Jusque-là toute son existence a été passive, dès lors elle devient active : le petit être s'attache à la membrane muqueuse de l'intestin, puis il s'y
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enfonce au moyen des six. crochets dont il est muni (Van Beiieden); il les rassemble en mi faisceau et se précipite, leur pointe en avant, sur l'obstacle placé devant lui; il les sépare alors en trois paires, l'une, moyenne, conserve la situation [irimitive, formant la proue, pour ainsi dire ; les deux autres sont ramenées de chaque côté, comme des rames, et font pénétrer la proue dans l'obstacle. Après ce premier effort, le petit être recule, ramène ses crochets en avant, et se précipite de nouveau contre la paroi qu'il faut franchir. C'est là un travail incessant que l'embryon paraît soutenir sans repos ni trêve, jusqu'à ce qu'il soit arrivé au but de ses efforts (Davaine). Il chemine ainsi à travers la membrane muqueuse de l'intestin et parvient dans la cavité du péritoine, dans les parois ou dans les organes abdominaux. Il est probable qu'il arrive aussi quelquefois dans la cavité d'un vaisseau, et qu'd est transporté par le sang dans les organes éloignés, tels ([ue le cœur, le poumon, le cerveau, l'œil, etc. Cette probabilité se changera même en certitude si l'on considère que dans les expériences faites pour constater la transmission du ténia inerme de l'homme au bœuf, expériences qui consistent à faire avaler à ce ruminant un grand nombre d'œufs du ténia, le cœur a été, de tous les organes, le plus envahi; la cloison interventriculaire même contenait des cysticerques.
Mais ni tons les animaux, ni tous les organes indistinctement, ne peuvent constituer pour l'embryon un terrain favorable à son développement; à chaque espèce de cestoïdes sont, au contraire, imposées sous ce rapport de très-étroites limites. Tout embryon qui parvient dans un organe qui n'est point le sien, chez un animal qui n'est point son hôte, doit nécessairement périr. Aussi l'esprit a-t-il quelque peine à concevoir la perpétuation de ces êtres chez les animaux supérieurs.
VU. Développement de la larve. Arrivé dans l'organe et chez l'animal que la nature a désignés, l'embryon perd ses crçchets devenus inutiles. Libre dans une cavité séreuse ou renfermé dans un kyste adventif, il se développe en subissant des métamorphoses diverses suivant son espèce.
Celles que nous connaissons le mieux sont des formations vésiculaires dans lesquelles tantôt il ne se produit point de nouvelles générations (cysticerques), et tantôt, au contraire, il se produit de nouvelles générations non sexuelles et des rejetons en nombre considérable, (cœnure), ou même prodigieux (écbinocoques). Nous renverrons l'étude de ces phases de l'évolution des cestoïdes aux articles Cœnure, Cysticerques t^ Échinocoques et Cystiques {voy. ces mots).
Le développement qui s'accomplit dans cette nouvelle période de la vie d'un cestoïde aboutit à la formation du scolex ou, pour autrement dire, de la tête. Que cette prédiction soit unique, comme dans le cysticerque, ou multiple, comme dans l'échinocoque et le cœnure, elle est soumise à la même loi : destinée à devenir la souche ou la racine, en quelque sorte, d'une colonie de progloltis, elle ue peut être féconde qu'en changeant de séjour, en habitant désormais la cavité intestinale d'un animal vertébré. Confiné dans le parenchyme ou bien dans la cavité séreuse où il s'est formé, le scolex y périrait nécessairement après un espace de temps indéterminé ; cependant il ne peut sortir spontanément de sa prison, et sa migration dernière doit être jiassive. Il faut donc que son hôte soit dévoré par nu autre animal; il faut, en outre, que celui-ci soit précisément de l'espèce à laquelle le parasite appartient naturellement.
Ces conditions, en apparence presque irréalisables, sont cependant remplies par cette circonstance que l'hôte qui loge le cestoïde à l'état de larve (cysticerque, échinocoque, cœnure, etc.), est destiné par la nature à devejiir la proie d'un animal DICT. EWC. XIV. 3ti
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carnassier qui donne asile au cestoïde adulte. Le cysticerque du lapin, le cœiiure du mouton, l'échinocoque du bœuf, donnent le ténia au chien et au loup ; le cysticerque de la souris le donne au chat, celui du porc le donne à l'homme, etc., et les espèces de ces ténias varient comme les larves.
Parvenu dans l'intestin, le scolex se fixe à la paroi par ses ventouses et ses crochets. Son organisation, complète avant d'y arriver, ne se modifie point. Par l'action du suc gastrique, il s'est débarrassé de ses appendices vésiculaires désormais superflus , comme le fœtus abandonne , en venant au jour, les organes qui l'avaient protégé et nourri. Dès lors commence la fonction en vue de laquelle il a été formé, et qui s'accomplira sans interruption jusqu'à la fin de son existence; c'est celle de produire par bourgeonnement une série indéfinie de gemmes enchaînées les unes aux autres, et dont chacune représente le dernier terme de révolution du cestoïde, c'est-à-dire son état adulte. Nous n'avons pas à revenir ici sur la constitution du strobila et du progloltis, qui a été décrite avec des détails suffisants. Nous ferons seulement une remarque que nous avons vérifiée expérimentalement, c'est que le strobila peut commencer de se former même avant que le scolex arrive dans le tube digestif, mais, dans cette première condition, il n';icquiert point d'organes génitaux : Le cysticerque fasciolaire du rat et de la souris possède, danslefoiede ces animaux, des anneaux bien organisés mais agames; ces anneaux ne sont point détruits par les sucs digestifs du chat; en pénétrant chez ce nouvel hôLe, ils n'ont plus qu'à acquérir les organes génitaux.
Tel est le cycle que parcourt le cestoïde dans son évolution totale : parasite dans un tissu ou dans une cavité close chez un animal vertébré ou invertébré, il y subit des métamorphoses qui l'amèneront à l'état de scolex, c'est-à-dire à cette phase de développement qui précède immédiatement l'état adulte. Dans cette première période, il possède parfois la faculté -de se reproduire, mais non par des organes sexuels. Cette reproduction s'accomplit par la formation de gemmes qui, tantôt semblables au parent, ne font que le multiplier; tantôt dissemblables, constituent une période plus avancée dans l'évolution. Ici s'arrêterait la carrière du cestoïde s'il ne changeait de séjour, suivant en cela une loi commune à beaucoup d'autres animaux; car c'est ainsi qu'un grand nombre d'insectes, le cousin [Cidex pipiens), par exemple, se développe dans l'eau et passe dans cet élément sa période de larve. Au jour oiî cette première phase de son développement est terminée, s'il est empêché de sortir de l'élément liquide qui l'a vu naître, il périt nécessairement; il ne devient adulte que par sa métamorphose en un insecte ailé et aérien. De même, les cestoïdes acquièrent des organes génitaux dans un séjour autre que celui qui les a nourris à l'état de larve; ce séjour nouveau est l'intestin d'un animal vertébré. Toutefois, bien différent de l'insecte qui ne se reproduit qu'à la période adulte, le cestoïde se reproduit quelquefois encore à la période de larve et nous offre ainsi l'un des exemples les plus intéressants de la génération alternante {voy. les articles Entozoaires et Helminthologie).
VIII. Anomalies. Le cestoïde adulte, à part son organisation, que nous avons décrite, n'a rien qui soit particulièrement digne d'attention. En examinant plusieurs individus de même espèce, on est assez ordinairement frappé de ce fait qu'ils offrent une physionomie différente par leur couleur, par les dimensions relatives, l'irrégularité ou la cohésion variable des anneaux, par l'ordre de la succession des pores génitaux, par le nombre et la l'orme des digitations de la matrice, etc.; toutes ces différences, bien que parfois grandes, ne doivent être regardées que conmie des va-
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riations qui constituent ^.. quelque sorte l'individualité chez les êtres organisés; naais il en est d'autres, plus profondes, qui sont de véritables anomalies, et d'autres enlin, plus graves encore et plus rares, qu'on pent appeler des monstruosités.
A l'égard des anomalies, il ne faut pas, ainsi que l'ont fait d'anciens helmiutologistes, regarder comme telles certaines altérations qui sont l'effet de l'âge, par exemple les déformations diverses de la vésicule des cystiques, l'envahissement du rostre par un pigment noir, la perte plus ou moins complète des crochets du scolex, les perforations ou la division terminale du strobila, etc.
C'est dans la dernière phase du développement des cestoïdes, chez le proglottis, que l'on remarque le plus ordinairement des anomalies; elles peuvent être rapportées à trois types principaux : 1» la coalescence de plusieurs anneaux; 2" leur duplication, sans ou avec disjonction; 3" la déviation de quelque partie d'un organe. Le ténia inerme et le bothriocéphale large de l'homme présentent souvent ces anomalies. Elles sont apparentes extérieurement et correspondent à un état anormal des organes internes.
{" A la coalescence des anneaux, on peut rapporter l'existence de deux pores génitaux, placés l'un au-dessus de l'autre dans le même anneau chez le bothriocéphale, ou d'un côté à la marge, chez le ténia.
2" A la duplication, on peut rapporter chez le bothriocéphale l'existence de deux pores génitaux, placés en regard l'un de l'autre de chaque côté de la ligne médiane ; ou bien chez le ténia à pores ordinairement alternes, la présence de deux pores latéraux opposés sur un même anneau ; enfin, une division longitudinale des anneaux. Dans ces cas, ainsi que l'ont signalé Chaussât pour le Bothriocephahis lotus, et Leuckart pour le Tœnia mediocanellata, les orifices supplémentaires correspondent à des organes génitaux normaux ou rudimentaires, multipliés dans le même anneau. Ces organes sont quelquefois en partie fusionnés; ahisi Leuckart a vu deux appareils sexuels opposés avec un organe spiiérique commun {voy. l'organisation du tœnia solium) et irr.e matrice intermédiaire commune. Les anneaux ou les proglottis qui contiennent deux, trois et même jusqu'à cinq appareils sexuels distincts, sont ordinairement plus volumineux que leurs voisins normaux, et sont agrandis soit longitudinalement, soit transversalement, trahissant ainsi leur origine par fusion ; cette fusion est souvent indiquée, d'ailleurs, par la trace d'une scission transversale qui occupe le tiers ou la moitié du progioUis.
3" La déviation des organes a fort peu attiré l'attention des observateurs ; ce pendant elle est probablement assez commune : M. Knoch a signalé, chez le bothriocéphale large, celle de l'organe mâle, qui s'ouvre dans ce cas à la marge et non sur la face de l'anneau; et M. Leuckart, une inversion complète des organes sexuels chez le ténia.
La plupart de ces variations, qui constituent des anomalies pour les espèces où elles ont été signalées, forment l'état normal chez d'autres espèces : ainsi l'existence de plusieurs appareils sexuels placés à la suite les uns des autres dans un même armeau constitue l'état naturel des ligules; l'existence de deux appareils juxta-posés latéralement, avec des pores génitaux opposés à la marge, constitue l'état naturel des ténias cucumerina et elliptica. La déviation de l'organe mâle s' ouvrant à la marge de l'article chez le bothriocéphale de l'homme, se trouve être l'état normal chez le Bothriocephalus proboscideus du saumon.
On peut s'étonner que des êtres aussi simples que les cestoïdes offrent avec tant de fréquence des variations anatomiques ou de véritables anomalies. L'explication est sans doute facile à trouver si l'on considère que, chez les animaux, la tendance
5G0 CESTOÏDES (les),
à la variation ou à l'anomalie est très-oidinaire dans les organes de la vie végétative, et rare, an contraire, dans ceux de la vie animale ou de relation. Or, qu'est-ce qu'un cestoïde adulte? Nous l'avons dit : c'est un animal rudimen taire et privé des organes de la vie de relation ; il doit donc posséder la tendance à la variation qui existe généralement dans les organes de la vie végétative.
Les anomalies dont nous venons de parler ont été signalées par des helminthologistes déjà uiicions qui en ont rapporté çà et là des exemples : Pallas a vu plusieurs fois deux et trois pores génitaux à la marge d'un anneau de ténia ; dans son iconographie des vers intestinaux, Breniser donne plusieurs figures de duplication des pores génitaux chez le bothriocéphale de l'homme, fait signalé déjà par Bonnet. Chaussât a observé la duplicité des pores et des organes génitaux chez le même entozoaire. Leuckart a mentionné des anomalies semblables chez le tœnia mediocanellata, et j'en ai plusieurs fois observé chez ce même ver cestoïde. Mais le spécimen le plus rare est celui qui, au rapport de M. Cobbold, existe dans le muséum du Collége-royal des chirurgiens, à Londres, et qui porte sur le Catalogne le n" 120. Un segment de ce ténia n'offre pas moins de vingt-deux orifices sexuels distincts. Dans le même muséum, au rapport de S. R. Pittard, existe sous le n» 205, un bothriocéphale large qui offre une segmentation symétrique de plusieurs anneaux. Gréplin a décrit et figuré un tœnia multiformis de la ciconia alba dont le corps se divisait en deux strobilas distincts ; cette division ne pouvait être accidentelle, ni causée par la destruction des organes génitaux qui n'étaient point encore apparents. J'ai observé un cas semblable chez le bothriocephalus proboscideiis du saumon. Weinland a signalé chez un ténia une tendance remarquable à la dichotomie et en outre l'avortement des oiganes sexuels dans des anneaux placés entre d'autres segments bien dévelojipés.
Leuckart a décrit chez le tœnia cœnurm une inversion des organes sexuels (occupant quelques anneaux seulement), telle que le germigène était située dans la partie antérieure de l'article et le vagin était dirigé en avant.
Enfin le même observateur a signalé l'existence d'anneaux n'offrant que des organes sexuels au premier degré de dévelop{)ement placés parmi des anneaux arrivés à la maturité.
M. Spencer Cobbold a observé plusieurs cysticerques du tœnia mediocanellata, dont le scolex était anormal ; dans quelques cas, il a trouvé deux ou trois suçoirs au lieu de quatre ; dans un cas, il n'existait qu'un seul suçoir, et assez souvent il a constaté une absence absolue de ces organes. Ces cysticerques plus ou moins avortés, existaient tous dans le cœur d'un veau, ceux des autres organes n'offraient rien de semblable.
On a observé encore d'autres déviations au type normal, mais plus graves et qui peuvent être regardées comme de véritables monstruosités ; elle sont beaucoup plus rares que les précédentes.
Pallas rapporte avoir vu un tricuspidaire (triyeaophorus nodulosus), dont les
Fig. 1.
Fragment de tœnia mediocanellata avec plu sieurs anomalies.
CESTOÏDES (les). 561
denx extrémités étaient terminées par une tête. Rudolphi, qui s'était d'abord refusé à croire à la justesse de cette observation, l'a admise enfin, sur l'affirmation verbale du célèbre naturaliste qui était en même temps un helminthologiste expert.
Rudolphi a vu et figuré un cysticerque tenuicolle? du singe, dont la vésicule unique et Lrès-grande portait denx têtes distinctes ; de plus, il fait mention de deux spécimens analogues (cysticerques du Lémur Mongoz), qui se trouvaient dans le musée de Vienne.
Dans le même musée, au rapport de Rudolphi et de Rremser, se trouvait un fragment de ténia solium, long de plusieurs pieds et qui offrait cette particularité qu'il se dédoublait suivant sa longueur, comme si deux ténias juxta posés étaient unis ensemble par l'un de leurs bords, les deux autres étant libres. Les pores génitaux étaient unilatéraux et ne se trouvaient que sur la marge où siégeait la fusion; la tête manquait.
Levacher a observé une monstruosité du même genre chez un ténia dont le corps possédait trois bords libres, comme si un slrobila étranger s'était soudé par l'un de ses bords suivant l'axe d'im autre strobila. On pourrait probablement rapprocher de cette anomalie, celle que présentait un ténia des Hottentots, décrit par Kûciienmeister, ténia qui offrait une crête longitudinale près de l'un de ses bords, et le ténia Lophosonia de M. Kobbold (vid. infrà).
Un spécimen anormal non moins remar(^uable,se trouvait dans la collection de Vienne, et a été mentionné par Rudolphi et Bremser. Il s'agit « d'un petit ténia (taenia crassicollis) tout au plus d'un pouce de long, armé, et pourvu de six suçoirs au lieu de quatre. La forme de ce ver était prismatique, et on observait des rainures le long de son corps. Cet individu a été rencontré dans l'intestin d'un chat. » Enfin Kùchenmeister a observé deuv tœnia cœnurus dont le scolex portait six ventouses, et dont le strobila était triangulaire et presque prismatique. Le savant helminthologiste n'en donne point d'autre description.
Ces monstruosités remontaient sans doute à l'embryon, et s'expliquent probablement par le fait suivant que j'ai observé, il y a quelques années. En examinant un tœnia infundibuliformis de la poule (phasianus Gallus), je vis, dans deux proglottis, plusieurs œufs notablement plus gros que les autres, et dans lesquels les crochets de l'embryon qu'on apercevait facilement, me paraissaient en nombre plus grand que d'ordinaire, mais il n'était pas facile de les compter exactement à cause de leurs mouvements incessants. Dans l'un de ces' œufs, qui était au repos, et que je dessinai immédiatement à cause de cela, il y avait exactement douze crochets (au lieu de six), disposés par quatre en trois groupes, ces crochets ne différaient nullement pour la pjg. 2.
forme et la longueur des crochets normaux. Dans d'autres Biubryonù douze ctocIihs
P ., . . „ ,. .-. 1 , . f> ■ . «lu tœnia infandibuli-
œuls, j en comptai neut ou dix, sans certitude toutelois a /-ormis de la poule, cause de leurs mouvements. Peut-être tous les crochets étaient-ils doublés dans leur nombre ; mais mon observation ayant été interrompue par une cause fortuite, je ne pus la reprendre, à mon grand regret.
Ce fait me paraît constituer une monstruosité double, et l'on comprend qu'un tel embryon se développant, doit produire un scolex à six ou huit ventouses avec un strobila prismatique.
J'ai trouvé deux faits plus ou moins analogues signalés par les observateurs :
5G9 CESTOÏDER (les).
Dujarctin dit que chez un bothriocephalus rugosns du gadtis merlncchis, il a trouvé un embryon pourvu de sept crocJiets au lieu de six , et Leuckart rapporte, avec doute toutefois, que Salzmann, médecin à Essling, a vu un embryon à douze crochets provenant d'un ténia elliplica rendu par un enfant. Le fait que j'ai observé confirme celui-ci.
IX. Classification. Si, parmi les animaux, l'importance d'une classe, d'une tribu ou d'une famille s'estimait d'après le nombre des espèces qui la composent, le groupe des cestoïdes devrait être regardé comme l'un des principaux du règne animal. Peut-être n'existe-il aucun vertébré qui ne soit exposé aux atteintes d'un ver de l'oidre des cestoïdes. 11 est vrai qu'à chacune des espèces de l'hôte, ne coirespond pas toujours une espèce spéciale du parasite ; toutefois celle-ci se circonscrit assez généralement dans un seul genre des animaux qu'elle envahit, ce qui suffirait pour donner au groupe de ces vers un très-grand nombre d'espèces ; mais il est une condition qui augmente considérablement ce nombre, c'est que bien des vertébrés possèdent un cestoïde spécial à leur espèce, et bien d'autres possèdent à la fois des cestoïdes de plusieurs espèces.
La classification des vers cestoïdes laisse beaucoup à désirer ; on comprend, en effet, que des êtres dénués de tous les organes de la vie de relation, manquant même de la plupart de ceux de la vie organique, ne nous offrent point de caractères assez précis et assez variés pour que nous puissions rapprocher leurs diverses espèces par groupes distincts et naturels. Diesing, après plusieurs autres, a essayé de le faire, mais sa classification est tout artificielle.
Nous donnerons ici celle qu'a indiquée M. van Beneden, dans sa zoologie médicale. Elle diffère quelque peu de celle que ce savant avait donnée dans ses travaux précédents, et qui avait principalement pour base l'habitat et la conformation du scolex. De tels caractères ne peuvent évidemment donner une classification naturelle.
Pour M. van Beneden, les cestoïdes forment six familles : Les caryophyllidés, les phijllobothridjés, les tétrarhynchidés, les ligulidés, les bothriocéphalidés et les téniadés.
\° Les caryophyllidés sont des cestoïdes dépourvus d'organes d'adhérence (ventouses et crochets) ; monogénèses ou bien pouvant être considérés comme formés d'un scolex et d'un seul proglottis confondus ensemble et ne se séparant jamais. La famille des caryophyllidés n'a qu'un seul genre dont une seule espèce est bien connue ; cette espèce habite l'intestin des cyprins.
2° Les phyllobothridés ou tétrapliylles , sont des cestoïdes digénèses comme ceux des familles suivantes, ayant le scolex pourvu de quatre ventouses très-extensibles, très-mobiles, sessiles ou pédiculées, armées de crochets Ou inermes. Ils forment un groupe très-nombreux en espèces qui vivent toutes chez les poissons, enkystées pendant leur premier âge, et devenant adultes dans l'intestin des poissons cartilagineux.
3" Les tétrarhynchidés se distinguent par leurs ventouses au nombre de quatre auxquelles correspondent quatre trompes ordinairement très-longues et hérissées de crochets. Dans leur premier âge, les tétrarhynchidés vivent enkystés dans les poissons osseux et deviennent adultes dans l'intestin des sélaciens (squales et raies) qui avalent leurs hôtes.
4» Les ligulidés ont la forme d'une bandelette ; ils sont ordinairement dépourvus d'organes d'adhérence (jamais de ventouses et rarement de crochets).
CESTOÏDES (les). 565
Leur corps n'est point divisé en anneaux et ne donne point deproglottis libres. Les ligulidés se trouvent avant d'être adultes, chez les batraciens et chez les poissons osseux. Leurs organes génitaux sont quelquefois apparents, mais rudinientaires pendant cette période de leur vie, qui parait devoir s'achever dans l'intestin des oiseaux aquatiques.
5" Les botliriocéphalidés sont caractérisés par l'existence d'un orifice génital femelle sur la ligne nioyetuie de la face et non à la marge des anneaux. Le scolex est creusé de deux ventouses et n'est point pourvu d'un rostre entouré de crochets, La famille des botliriocéphalidés est très-nombreuse en espèces qui existent surtout chez les poissons ; quelques-unes se trouvent cliez les mammifères.
6" Les téniadés ou cyclophylles ont le scolex pourvu de quatre ventouses opposées et assez souvent d'un rostre portant une double couronne de crochets. Le strobila annelé offre les orifices génitaux à la marge des anneaux. Les nombreuses espèces qui composent cette famille se trouvent principalement chez les mammifères et les oiseaux.
Les cestoïdes de l'homme appartiennent exclusivement aux deux dernières familles. Ils se trouvent, soit à la période de larve dans les organes parenchymateux et les cavités closes, et alors sous la forme vésiculaire, soit à la période adulte dans les organes digestifs.
Nous parlerons d'abord de la ftimille des téniadés, qui est la plus importante et la plus anciennement connue des médecins.
X. TÉNIA.DÉS. La famille des téniadés comprend un très-grand nombre d'espèces : plus de deux cents sont aujourd'hui connues et décrites ; nous ne parlons toutefois que de leurs caractères extérieurs, car l'organisation delà plupart de ces espèces est encore à examiner et leur développement, à partir de la période embryonnaire, est complètement ignoré. L'embryon est toujours constitué par une vésicule armée de six crochets et le proglottis est toujours formé par une languette aplatie, pourvue d'organes génitaux des deux sexes, avec un ou deux pores génitaux placés à la marge. Le proglottis naît par gemmation de la tête ou du scolex qui porte quatre ventouses et souvent un rostre armé de crochets plus ou moins nombreux. Les proglottis se séparent quelquefois du scolex bientôt après leur formation et se développent en liberté ; plus ordinairement ils restent enchaînés les uns aux autres jusqu'à une époque voisine de leur maturité et représentent un long ruban ou strobila.
Les phases de développement intermédiaires entre l'embryon et le scolex ne sont connues que pour un petit nombre d'espèces ; chez toutes ces espèces, cette période de larve s'accomplit sous la forme vésiculaire ; mais est-on autorisé à dire que c'est là une condition commune à tous les ténias? nullement, car l'état de larve vésiculaire n'a été constaté que pour les téniadés des mammifères carnivores.
L'absence de connaissances suffisantes sur l'organisation du plus grand nombre des ténias, ainsi que l'état rudimenlaire de la plupart de leurs organes à la période adulte, ne nous permettent point d'établir des divisions bien précises entre leurs nombreuses espèces et de constituer des genres tout à fnit incontestables.
L'établissement des coupes principales doit être fondé sur des caractères tirés du proglottis qui représente le ver adulte, et non du scolex qui représente l'une des phases de la période de larve. Aussi la division proposée par M. van Beneden, et qui prend pour base la présence ou l'absence des crochets du scolex,
564 CKSTOÏDES (les).
rejette dans deux groupes différents les ténias armé et inerme de l'homme, si semblables qu'ils ont été confondus l'un avec l'autre jusqu'à nos jours, tandis qu'elle rapproche le tœnia solium de l'homme et le tœnia serrata du chien, par exemple, des tœnia cucumerina et elliptica du chien et du chat, dont les différences sautent aux yeux les moins attentifs. M. Leuckart a essayé de donner une classification des téniadés qui ne nous paraît pas non plus heureuse. Nous pensons, et nous venons de le dire, que les premières coupes , dans la grande flimille des téniadés, doivent être établies d'après des caractères fournis par le proglottis et par exemple une première différence saillante se trouve dans le groupement des œufs en voie de formation qui sont, tantôt indépendants les uns des autres comme dans le ténia solium, serrata, etc., tantôt inclus dans des poches particulières, sortes de capsules comme dans le ténia elliptica, cucumerina, etc. II serait trop long et hors de propos de discuter ici l'importance relative des caractères tirés de l'état vésiculaire primordial ou de la conformation du scolex qui sont évidemment secondaires. Nous n'avons à nous occuper que des ténias de l'homme, et d'ailleurs une classification rationnelle ne peut être fondée que sur un ensemble de connaissances qui nous manque aujourd'hui.
Le nombre des ténias de l'homme est encore indéterminé , soit parce que certaines espèces ayant été très-rarement observées, on peut douter que leur présence ne fût pas accidentelle, soit parce que leur existence dans des contrées lointaines, a rendu les observations incertaines ou incomplètes.
Les ténias existent chez l'homme à l'état parfait ou à l'état de larve ; on compte parmi les premiers : les tœnia solium, inerme on mediocaneUata,lophosoma, nana, flavo-punctata, elliptica et madagascariensis qui habitent l'intestin grêle ; parmi les seconds, les cysticercus cellulosœ (larve du tœnia solium)^ tenuicollis {hr^e du tœnia marginata) acanihotrias (larve d'un ténia inconnu) et ï échinococcuspolymorphus ou hydatide, qui se développe en ténia chez le chien et le loup.
Tous ces vers vésiculaires, à l'exception du cysticercus cellulosœ ou cysticerque ladrique, n'acquièrent point chez l'homme leur développement complet; ils se trouvent toujours dans les organes parenchymateux ou dans des cavités closes. Nous nous occuperons de leur histoire aux articles qui les concernent dans le dictionnaire {voy. Gysticerques, Cystique, Échinocoqbes).
A. Ténia solium. Ténu armé. Dénominations : Êifiwo- TriaTEïa, Hippocrate, Aristote, etc. ; — Tatv(a, Galien ; — Kvjpta, Erotianus, Galien ; — lumbricus latus, Celse, Aétius, Paul d'Egine, Gabucinus, etc.; — Lumbricus longus; L. longus et latus, Avicenne, Arnauld de Villeneuve, Amb. Paré, etc.; — solium ou cingulum, Arnauld de Villeneuve; — Tœnia, tinea, Pline, Scribonius Largus, Marcellus Erapiricus; — Tœnia secunda; T. de la seconde espèce, Plater, van Dœveren; — Tœnia degener, Spigel; — Tœnia de la première espèce ; T. sans épine, Andry; — Tœnia à longues articulations, Gh. Bonnet, van Dœveren, (]uvier; — Tœnia cucurbitina; T . cucurbitin, Pallas, Bloch,Gœze, de Lamarck; Ténia armata umana; T. arme, Brera, Délie Chiaje, les médecins français au commencement du dix-neuvième siècle; — T. vulgaris, Werner; — Halysis solium, Zeder ; — Le ver solitaire, Andry, van Dœveren, Bloch, etc.; — Vermis ciccurbitinus, Plater , Vallisneri ; — Catena de cucurbitin, Vallisneri — Tœnia solitim, Linné; nom vulgaire aujourd'hui ;
Bandwurm, P(estelwurm, allemand ; Tapeworm, anglais; Baandorm, Baen-
CESTOÏDES (les). 565
delorm, danois ; Binnike-Mask, suédois ; Lîudivorm, hollandais ; Verme solitario, italien ; Lingditg, à Tiimale en Afrique ; Kosso, en Abyssinie.
Proglottis ou ANNEAUX LIBRES : Gucurbïtini, Arnauid de Villeneuve, Abano, Sérapion, Sillanus, etc. Lati, curti lati, lati parvi, Brèves et lati, Abano, Avicenne, Sillanus, Sérapion, Arnauid de Villeneuve, etc. Buffones, Abano, Ascarides, Gordon, Abano, Avicenne, Manard, Goulet, etc. Cucurhitins , cucurbitaires, noms vulgaires français, Kûrbiswûrmer , allemand.
Le te'nia solium est spécial à l'homme ; sa forme générale est celle d'un long ruban blanc, mince et annelé, fdiforme en avant oîi se trouve un petit renflement; il s'élargit insensiblement d'avant en arrière, puis décroît de largeur et se termine par une extrén)ité tronquée. La longueur totale est variable et n'excède pas 6 ou 8 mètres, mais elle atteindrait des proportions infiniment plus considérables, si les anneaux, qui se produisent successivement, restaient indéfiniment adhérents les uns aux autres.
Le renflement initial (tète, scolex) est piriforme ou arrondi (large de O^^.S à 0'"",7); il porte quatre ventouses orbiculaires, latérales et opposées deux à deux, légèrement saillantes et contractiles. En avant, et en prolongement de l'axe, existe une saillie conique (rostre) courte, portant une double couronne de crochets, rétractile et s'invaginant en elle-même. Les crochets ont la forme d'une faucille; on leur distingue trois parties : 1" la griffe ou lame; 2" le manche ; 3° la garde ou talon, sorte d'apophyse située au point d'union des deux premières parties. Ces crochets sont de deux sortes, les uns plus longs, les autres plus courts, et différent assez peu sous les autres rapports. Ils forment sur le rostre une série alternante et présentent leur pointe sur une même ligne circulaire, de telle sorte que l'insertion des plus courts est antérieure à celle des plus longs, ce qui constitue deux rangées distinctes ou deux couronnes de crochets. Ils sont logés ou enchâssés dans des fossettes spéciales, bien visibles après leur chute; la lame seule est libre, et se meut par des mouve-ments d'ensemble, comme chez les autres cestoïdes (voir ci-dessus, g II). Ces petits organes sont caducs, principale cause sans doute de la variabilité de leur nombre, qui est de 26 d'après Leuckart, mais qui peut osciller entre 22 et 32. Il paraît que les crochets sont susceptibles d'un certain accroissement après que le scolex s'est fixédans la paroi intestinale: leur longueur 'l ordinaire est pour les grands de 0™"',18 (Kùchenmeister), pj„ ^
0""", 16 (Leuckart), pour les petits 0°"", 12 (Kûchenmei- dochois du txnia serrata.
Stpr^ 0mm l\ Jl (],puckart\ "' ''• grand crochet ; a, vu
Sierj,U ,11 (LBUCKari;. . , , pai- le dos, 6, vu de côté;
Les anneaux, qui constituent la partie rubanee ou le c, petit crochet. strobila du ténia solium, varient plus dans leurs dimensions relatives que dans leur forme. Généralement quadranguiaires, les plus rapprochés du scolex sont allongés transversalement ; mais ils s'accroissent loiigitudinalement à mesure qu'ils s'éloignent de leur origine et deviennent carrés, puis plus longs que larges, enfin, ils se rétrécissent en s'allongeant et finissent par prendre une forme ovalaire. Le bord antérieur , toujours un peu rétréci, paraît enchâssé dans le bord postérieur de l'anneau qui précède, constituant une chaîne d'apparence imbriquée.
Le pore génital est situé au milieu ou bien un peu en avant sur l'un des bords
5(56 CESTOÏDES (les).
latéraux ; leur succession sur l'un ou l'autre côté du strobila, loin d'être régulière, est très-variable. La matrice développée offre une forme dendritique, et se compose de 6 à 15 branches visibles de chaque côté de la ligne médiane (Kûchenmeister). Lorsqu'elle est distendue par des œufs mûrs ses parois se crèvent quel quefois, et les anneaux se perforent pour laisser échapper lenr contenu; ces anneaux sont alors percés à jour et ne sont plus formés que par les tissus de leurs bords. Les perforations de plusieurs anneaux successifs se réunissent parfois et constituent des fentes longitudinales; si elles occupent les derniers anneaux, les restes de ceux-ci représentent deux appendices en forme de queue. Ces perforations plus ou moins longues, plus ou moins nombreuses, ont été prises souvent par les médecins pour les états normaux du ver solitaire, ce oui les a portés à considérer ce ver perforé comme appartenant à une espèce particulière, le tœnia fenestrata.
Mais, généralement, après leur maturité , les anneaux se séparent et deviennent libres; cependant les ténias diffèrent sous ce rapport même suivant les individus ; s'il en est dont le strobila forme encore une chaîne en partie .perforée et fendue après la ponte, chez d'autres, il se désagrège et se sépare par segments longtemps avant la maturité. Ces différences individuelles sont peut-être en relation avec ^^__,,^ l'âge du ténia. Quoi qu'il en soit, les anneaux devenus libres
((,^^__J^ changent légèrement de forme ; ils s'allongent; leurs bords
antérieur et postérieur se rétrécissent et présentent une petite échancrure : ce sont des proglottis libres, qui ont quelque ressemblance avec les graines des cucurbitacées, d'où vient ^.—^ le nom de cucurhitins qui leur a été donné par les méde-
'jI.^,-^ cins. Ces proglottis jouissent d'une vitalité plus ou moins
grande, en rapport sans doute avec le degré de leur maturité. Ils ont des mouvements de reptation très-apparents, analogues à ceux du ver de terre, au moyen desquels ils se I j maintiennent dans l'intestin jusqu'à ce que le moment de
leur expulsion naturelle soit arrivée. Dans quelques cas et lorsque la température atmosphérique est élevée, ils con- „ , servent leurs mouvements encore lûu£ftemps, 24 heures
Cuciuijiiin du iœnia so- même après leur expulsion au dehors, ce qui les fait quelhtm; formes successives quefois méconnaître par les médecins non prévenus qui les
en quelques minutes. '
observent.
La constitution anatoraique du ténia solium ne diffère point essentiellement de celle des autres cestoïdes. Les canaux longitudinaux, au nombre de quatre, prennent leur origine dans le scolex oii ils entourent le rostre et les ventouses, puis ils se prolongent réduits à deux jusqu'à l'extrémité du strobila, peu distants de la marge, et communiquant entre eux à la partie postérieure de chaque anneau par un canal transversal et sans se ramifier autiement. Les corpuscules calcaires sont assez rares et n'excèdent point 0'"'",i2 de diamètre.
Les organes génitaux, conformés d'après le plan général de l'appareil sexuel des cestoïdes, offrent néanmoins quelques particularités qui se rencontrent aussi chez les espèces voisines. C'est aux travaux de Plaltner et de Leuckart que nous devons nos principales connaissances relatives à ce sujet, sur lequel il reste encore quelques poiuts obscurs.
Les vésicules testiculaires existent en très-grand nombre, et sont accumulées
CESTOÏDES (les).
Fi,2. n.
Tœma solium. Centre où se rÉuniïsenl les conduits des orfranes de la génération d'après Leuckart. a, corri sphérique;&, canal allant à la matrice; c, matrice; e, ampoule du vagin; f,f, vitélloducle; g. germiducte.
principalement dans la moitié antérieure du proglottis ; le pénis, très-court, à peine exseii.ile, se voit rarement au dehors de sa gaîne ; celle-ci débouche avec le vagin dont l'ouverture est située en arrière, dans une cavité commune ou cloacfue.
Le vagin est un canal long, très-étroit et dont le diamètre étant de moitié moindre que celui des œufs mûrs, ne permet pas à ces petits corps de sortir par une ponte. Ce canal, dirigé en arrière, offre un rendement ou ampoule qui contient des spermatozoïdes et constitue par conséquent une vésicule séminale ou copulatrice; plus loin, ce canal offre un nouveau renflement sphérique très-remarquable, dans lequel il paraît se terminer. Ce renflement est peut-être un organe de sécrétion ou bien, comme l'insinue Leuckart, il servirait de moule dans la formation des œufs.
A cette sphère aboutissent, outre le vagin, le vitelloducte, le germidncte et un canal tantôt court, tantôt long, qui communique avec la matrice. Cette sphère constitue donc une sorte de centre pour les organes sexuels; elle interrompt la continuité du vagin avec la matrice, contrairement à ce qui existe chez d'autres cestoïdes.
Le germigène offre l'apparence d'une bande placée en travers, mais non symétriquement, près du bord postérieur de l'anneau; le vitellogène, placé aussi à la partie postérieure de l'anneau, en avant du germigène et près de la vésicule copulalrice, offre un très-petit développement. Il consiste en des tubes en cul-de-sac, disposés transversalement de chaque côté de la ligne médiane, qui versent leur produit dans deux canaux bientôt réunis en un seul, lequel s'ouvre dans la sphère terminale du vagin.
La matrice, située d'abord dans l'axe de l'anneau sous forme d'un simple tube, s'accroît bientôt à mesure qu'elle est envahie par les œufs. Elle s'étend latéralement, sous forme de digitations, puis de ramifications, qui se multiplient et gagnent de plus en plus d'espace. Elle finit, à la maturité des œufs, par occuper tout le proglottis,
C'est vers le 250^ anneau que paraissent les premiers rudiments des organes génitaux.
L'œuf, sphérique, a 0""",03 de diamètre ; sa coque est épaisse et se voit souvent entourée, après la maturité, par une membrane vitelli; e, mince et transparente, qui persiste quelque temps.
L'embryon est vésiculeux, ayant 0""",02 de diamètre, pourvu de six crochets ordinairement immobiles, pouvant rester dans sa coque en état de vie latente pendant un an au moins (Davaine).
La larve du ténia solium est le cysticerque ladrique {Cysticercus celluloses), qui se développe chez plusieurs animaux après qu'ils ont avalé les œufs ou les proglottis de ce ver. L'hôte le plus ordinaire du cysticerque ladrique est le porc, chez f[ui
Anneaux du tœnia solium avant la maturité des oeufs, d'après Leuckart. a, pore génital; b, poche du cirrhe; c, vagin; (J, vitellogène; e, germigène; f, organe sphérique; g, tube primitif de la matrice. Les testicules sont représentés par les vésicules disséminées dans tout l'article.
5fiS CESTOÏDES (les)
des habitudes sordides expliquent la facile tiansmission d'un ver intestinal de l'homme ; on le rencontre aussi chez le sanglier, le singe {Simia inuus, rubra, cephus), l'ours, le chien, le chevreuil, le rat et chez l'homme.
Les rapports qui lient le cysticerqne ladriqueau ténia solium n'ont été reconnus que très-tardivement. Le scolex de l'un et de l'autre de ces helminthes offre une communauté de caractères qui a mis d'abord sur la voie de leur identité. Celle-ci a été confirmée par de nombreuses expériences qui ont consisté d'une part, à faire prendre à l'homme des cysticerques qui se sont développés en ténia solium • d'une autre part, à faire avaler au porc des œufs de ce dernier ver, qui ont produit dans les organes parenchymateux les vésicules du cysticerque ladrique. M. Kûchenmeister a le mérite de l'initiative de ces expériences; MM. Van Beneden, Leuckart, Humbert, Haubner, l'ont suivi dans cette voie. Nous reviendrons sur cet important sujet en faisant l'histoire du cysticerque ladrique {voy. ce mot).
Le ténia solium vit dans l'intestin grêle de l'homme; il s'y maintient en fixant sa tète dans la membrane muqueuse. Il y est apporté à l'état de scolex, et nécessairement avec la viande insuffisamment cuite d'un animal qui renferme le cysticerque ladrique.
L'existence du ténia de l'homme dans tel ou tel pays tient donc, avant tout, à l'existence dans ce pays, des animaux qui hébergent le ver à l'état de larve et aux habitudes culinaires des habitants. Les doutes et les objections qui ont dû être faites à cette manière de voir, il y a quelques années, ont reçu une réponse satisfaisante par de nouveaux faits acquis depuis lors, et dont nous parlerons ci-après [voy. Ténia inerme) .
Les moyens prophylactiques que l'homme peut employer pour se garantir des atteintes du ténia solium se déduisent de l'histoire naturelle de ce ver : d'une part, les habitudes de propreté qui soustrairont aux porcs les œufs ou les proglottis évacués par l'homme; d'une autre part, la proscription des viandes infectées de cysticerques ou leur cuisson suffisante, atteindront facilement le but proposé.
Voy., pour la pathologie, l'article Ténia.
B, Ténia. INERME. Tœnia mediocanellata (Kûchenmeister). Outre le ténia solium, ténia armé de crochets, l'homme possède un ténia dont la tête ou scolex est toujours inerme. Ce ténia diffère assez peu du premier pour que les médecins qui l'ont observé l'aient cru de la même espèce. C'est dans ces derniers temps que Kûchenmeister, médecin à Zittau, a montré qu'il possède des caractères spéciaux, et qu'il forme réellement une espèce distincte du ténia armé. Il lui donna le nom hétéroclite de T. mediocanellata.
Le ténia inerme n'était cependant point resté tout à fait ignoré jusque-là; il avait été regardé par quelques-uns comme une variété du Icnia solium. Gœze l'avait distingué sous le nom de T. cucurbitina grandis ou Saginata ; Nicolai, médecin saxon, sous celui de T. dentata ; d'autres l'ont confondu avec un bothriocéphale (Schmidtmûller); enfin un certain nombre d'observateurs, tels que Bremser, Wawruch, Weishaar, ont cherché vainement des crochets à des ténias de l'homme qu'ils avaient en leur possession, et dès lors ils étaient disposés à expliquer les différences par l'âge des vers et la caducité des crochets.
Le ténia inerme est spécial à l'homme comme le te'nia solium; il est encore eomparable à ce ver sous beaucoup d'autres rapports, et surtout sous celui de la forme générale ; mais il diffère par des caractères qu'un examen minutieux rend évidents. Chez le ténia inerme, le strobila acquiert une plus grande longueur, les
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anneaux sont plus larges et plus épais ; ils atteignent, avant la maturité, jusqu'à 12 et 14 millimètres de largeur.
La tète ou scolex est plus volumineuse et ne possède ni crochets, ni rostre. Elle est tronquée transversalement à sa partie antérieure, d'où résulte une face ou surface plane, rectangulaire, regardant en avant, large de 2 millimètres, portant quatre ventouses disposées près des quatre angles. Après la mort du ver, cette face qui, pendant la vie, était perpendiculaire à l'axe du strobila, s'incline sur le côté et paraît oblique à cet axe. Les ventouses sont grandes, fortes, et colorées aux bords par un pigment noir.
La matrice du ténia inerme ditfère de celle du ténia armé en ce qu'elle forme un plus grand nombre de digitations latérales (de 20 à 35), rangées plus régulièrement, se divisant d'une manière ilichotome et non dendritique.
Les œufs ne sont point spbériques : longs de 0"'™,036 et larges de O'"'",028 à 0""",033, ils se rapprochent de la forme ovale ; ils ont une coque épaisse et sont moins opaques que ceux du ténia solium. Leurs différences suffiraient à caractériser l'espèce du ténia de l'homme qui les a ournis. Le pore génital est situé, chez les anneaux mûrs, en arrière de la partie moyenne de la marge ; sur le strobila, ces pores sont irrégulièrement alternes. Souvent les segments se détachent étant encore pleins de vie, et forment des prdglottis libres ou cucurbitins, grands, épais et qui rampent avec beaucoup d'énergie. Us atteignent de 7 à 9 millimètre de largeur sur 25 à 30 de longueur.
Un dernier et plus important caractère de ce ténia, c'est que, à l'état de larve, il constitue un cysticerque différent du cysticerque ladrique, et qui vit non chez le porc, mais chez le bœuf, dans les muscles du tronc principalement.
Les caractères anatoraiques du ténia inerme diffèrent fort peu de ceux du ténia armé; tout ce que nous pourrions en dire ne serait qu'une répétition presque textuelle de ce que nous avons dit de ce dernier ver. Il n'en est pas de même de sa condition à la période de larve, qui offre des différences très-notables et importantes à connaître.
En 1859, à l'époque oiî l'auteur de cet article publiait son Traité des entozoaires, l'identité du ténia solium et du cysticerque ladrique était en discussion : des expériences faites tout récemment n'avaient laissé aucun doute dans certains espritssur la réalité de cette identité; on l'appuyait sur d'autres considérations encore, telles que la fréquence du ténia en Abyssinie, où l'on mange de la viande crue ; à Saint-Pétersbourg, chez déjeunes enfants nourris de chair de bœuf crue, etc. Sans repousser cette identité, l'auteur du Traité des entozoaires faisait observer que la plupart des expériences laissaient beaucoup à désirer sous le rafçort de la rigueur scientifique, et il ajoutait {voy. Path., p. 90) : qu'en Abyssinie, ainsi qu'à Saint Pétersbourg, la viande que l'on mange est celle du bœuf et non celle du porc; or, le bœuf ne contient point de cysticerque ladrique; d'un autre côté, les Juifs ne sont pas moins que d'autres affectés du ténia.
« Concluons, disait-il, que si la chair du bœuf, qui ne contient pas le cysticerque ladrique, propage le ténia; que si ce dernier ver se développe chez des individus qui ne mangent pas la viande du porc, le cysticerque ladrique n'est point le scolex du ténia solium, ou tout aumoins concluons que le ténia solium possède un autre mode encore de -propagation. »
Ces objections ont reçu depuis lors une réponse satisfaisante, et leur auteur ne regrette point qu'elles l'aient fait accuser de fermer les yeux à la lumière, si elles
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ont contribué à faire entreprendre les expériences qui ont éclairci une question importante au point de vue de la science et de Thygiène publique. Ces nouvelles expériences ont montré, en effet, que le bœuf possède un cysticerque différent du Cysticercus cellulosœ, cysticerque inconnu jusque-là, et qui produit, non le ténia armé, mais un ténia inerme.
Se fondant sur les considérations émises ci-dessus et sur les incertitudes de quelques expériences faites chez le porc, M. Leuckart soupçonna que le cysticerque du ténia inerme appartient à l'espèce bovine, et se proposa de le vérifier expérimentalement; il y fut encouragé, dit-il, par une opinion conforme qu'exprima le docteur Huber de Memmingen, à la Société d'histoire naturelle à Augsbourg, en 1860, opinion qui fut partagée par le docteur Schniidt, de Francfort.
Première expérience. Leuckart. Le 15 novembi^e 1861, M. Leuckart administra à un veau, âgé de quatre semaines, un fragment de strobila mûr de tœnia mediocanellata, long de quatre pieds. Huit jours plus tard, il en administra un autre fragment plus court. L'animal, les jours suivants, ne parut pas riialade; mais il fut trouvé mort un matin, vingt-cinq jours après la première ingestion et dix-sept après la seconde.
L'autopsie montra que la totalité des muscles, mais surtout ceux du cou, delà poitrine et les psous étaient farcis de kystes longs d'environ 2 à 4 millimètres et larges d'environ 1°"",5. Ces kystes étaient blanchâtres comme s'ils avaient été remplis d'une matière crayeuse ou tubLTCuleuse; ils contenaient une vésicule claire, ayant un diamètre de 0°"",4 à 0™"',7, qui, par un examen approfondi, pouvait être reconnue pour un jeune cysticerque. Les plus grands offraient à l'extérieur de leur vésicule un cône céphalique long de 0'^'",3.
Les cysticerques occupaient encore d'autres organes qne les muscles : le cœur, la capsule adipeuse des reins, les ganglions lymphatiques en étaient surtout le siège; entre les circonvolutions cérébrales on voyait quelques vésicules libres.
Deuxième expérience. Leuckart. Un petit veau reçut, comme le précédent, vingt-cinq à trente anneaux du ténia inerme; dans la troisième semaine, il devint très-malade, mais il se rétablit complètement. Le 48^ jour, on lui enleva une portion du muscle sterno-mastoïdien dans laquelle on compta une douzaine de kystes. Les cysticerques qui s'y trouvaient avaient un scolex développé, muni de quatre grandes ventouses et dépourvu de couronne de crochets.
Troisième expérience. Mossler. Le 10 mars 1863, un veau bien portant, âgé de deux mois et demi environ, reçoit avec du lait cent proglottis de tœnia mediocanellata mûrs, conservés dans l'eau depuis sept jours. Le 13 mars, nouvelle ingestion de cinquante proglottis de la même provenance. Aucun phénomène ne se manifeste dans la santé de l'animal jusqu'au Imitième jour après cette seconde ingestion ; mais alors le veau devient triste ; il est pris de fièvre et des phénomènes de l'helminthiasis aiguë dont la description serait inutile ici. Il succombe le 1'^'' avril suivant.
L'inspection nécroscopique, faite cinq heures après la mort, montré que tous les muscles sont envahis par de nombreux kystes de cysticerque. Le diaphragme surtout en offre un grand nombre. Le cœur, augmenté de volume (plus d'un quart), est criblé par une énorme quantité de nodosités oblongues, ovales, ayant la grosseur d'une tête d'épingle et jusqu'à celle d'une lentille, dont l'apparence est tout à fait celle des tubercules. On trouve encore des kystes de cysticerque dans la langue, dans les muscles du pharynx, de l'œsophage et même du tube digestif, dans le tissu cellulaire sous-péritonéal, dans la capsule adipeuse des reins. Il n'y
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en avait point dans le cerveau, les poumons, le foie, la rate, les reins, la vessie. Dans les kystes se trouvait un cysticerque représenté par sa vésicule; la tête n'était point encore formée, mais on pouvait constater l'existence du cône céphalique.
Quatrième expérience. Spencer Gobbold et Simonds. Un veau, âgé d'iui mois, reçoit, le 21 décembre 1864, quatre-vingts anneaux mûrs du tœnia mediocaneilata, mêlés dans du lait. L'animal continue à se bien porter ; mais le 6 janvier, seize jours après l'ingestion, il manifeste pendant deux ou trois jours une certaine agitation. Le 25 janvier 1865, cinq semaines après la première ingestion des proglottis, plus de deux cents anneaux mûrs sont de nouveau administrés ; mais une centaine avait été préalablement placée dans de l'alcool dilué, ce qui laisse quelque incertitude sur la vitalité des embryons contenus. Le 1'^'' février, sept jours après la deuxième ingestion, l'animal devient souffrant; du 8 au 12, la fièvre se déclare avec des phénomènes morbides qui font craindre pour sa vie. Une petite portion du muscle sterno-mastoïdien étant extraite, contient trois vésicules de cysticerque imparfaitement développées. Une amélioration se manifeste au bout de quelques jours, et, le 15, la convalescence est établie.
Le 3 avril, le veau, dans un parfait état de santé, est tué et aussitôt examiné. Un Tand nombre de cysticerques se rencontrent à mesure que la peau est enlevée. Ils sont renfermés dans des kystes ovoïdes, dont la transparence laisse voir une vésicule incluse, marquée d'un point blanc au centre. L'examen microscopique fait reconnaître en ce point la tête parfaitement caractérisée du tœnia mediocanellata. Presque tous les muscles de la poitrine sont fortement envahis; de même ceux de la colonne vertébrale, du cou, de la face, de l'œil et les muscles extrinsèques de la langue. Il n'y en a ni dans les muscles propres de cet organe, ni dans le globe oculaire; plusieurs des muscles du bras, de l'avant-bras et de la jambe en contiennent aussi.
A l'exception du cœur, aucun des organes internes n'offre de cysticerques : les poumons, le foie, la rate, les reins, le thymus, en sont tout à fait exempts. On n'en découvre point non plus dans le cerveau. Quant au cœur, il renferme des cysticerques peu développés relativement à ceux des muscles et presque tous rudimentaires. Un très-petit nombre possède des ventouses qui, généralement, sont dans une condition anormale.
Cinquième expérience. Sp. Gobbold et Simonds. Une génisse hollandaise reçoit, le 3 mars 1865, quatre-vingt-dix proglottis du tœnia mediocanellata ; le 15 mars, cent huit; le 5 avril, cent. Quelques jours après, l'animal manifeste de l'agitation ; il mugit de temps en temps, mais il ne tarde pas à reprendre son état habituel. Le 13 avril, deux cents proglottis nouveaux sont administrés. Les jours suivants, agitation, mugissements, œil morne, etc.; mais après une huitaine de jours, tout rentre dans l'ordre.
Le 4 avril 1866, plus d'un an après la première ingestion, l'animal est abattu.
L'examen nécroscopique ne montre pas de cysticerques ; mais en examinant les muscles à la loupe, on voit qu'ils sont envahis par un grand nombre de points jaunâtres, sans limites précises, constitués par des dépôts calcaires. M. Gobbold y reconnaît des traces d'anciens kystes de cysticerque, qui ont disparu par l'envahissement calcaire, comme il arrive à d'autres larves de vers cestoïdes et en particulier aux larves des trichines.
M. Gobbold fait encore mention d'une ou de plusieurs expériences semblable
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faites sans sa participation par M. Simonds et qui paraissent avoir donné un rcsnltat négatif *.
Il résulte de tous ces faits qne le ténia inerrae parvient dans l'intestin grêle à l'état de scolex, lequel est produit par un cysticerque dépourvu de crochets, et très-petit, qui vit chez le bœuf. L'envahissement de l'homme par ce ténia tient donc à l'usage que l'on fait de la chair de bœuf et à l'habitude de la manger peu ou non cuite. L'usage de la viande de ce ruminant étant presque universel, le ténia inerme est de même presque universellement répandu. 11 a été reconnu dans presque toutes les contrées de l'Europe, en Russie, en Autriche, en Allemagne, au Danemark, en Angleterre, en Belgique, en France. 11 a été signalé aussi en Afrique, en Asie, à Java et en Amérique.
Les moyens prophylactiques que l'on peut employer pour se garantir des atteintes du ténia inerme, consistent dans les soins de propreté et dans la cuisson des viandes (Pour la pathologie et la thérapeutique, voyez Ténia).
Variété. A. Ténia du cap de Bonne-Espérance (Kûchenmeister) . « !\'ihil notum, nisi strobilœ pars posterior. Articuli per totum corpus crislâ longitudinali prœditi, crassi et longi. Pori génitales marginales, alternantes. Utérus et ovula simillimaillis tœniœ mediocanellatœ. Verisùnillimum est, strobilam mihi notam proliferam esse a tœniœ mediocanellatœ scolice quodam 6 osculis omato (Kùch.).
Ce ténia provenait d'un Hottentot ; il avait été expulsé par la racine de grenadier, en un grand nombre de segments qui, ensemble, atteignaient à une longueur de 6 à 10 yards (soit de 6 à 10 mètres). Kùciienmeister en donne la description suivante : les segments étaient très-épais, blancs et gras; ceux qui étaient complètement mûrs avaient plus d'un pouce de longueur sur 3 à 5 lignes de largeur. Ils se distinguaient par une crête longitudinale qui s'étendait d'un bout à l'uutre sur les anneaux mûrs ou non mûrs. Les pores génitaux étaient irrégulièrement alternes ; le pénis était à peine visible au dehors. L'utérus consistait en un tronc médian d'où parlaient 40 à 60 branches latérales. Les œufs étaient plutôt ovales que ronds et avaient 0'"'",030 à O'^^.OS^ de largeur sur 0™'",038 à 0'"'°,040 de longueur. Les crochets de l'embryon étaient plus développés que ceux d'aucun autre ténia de l'homme. Les corpuscules calcaires étaient grands et nombreux comme chez le tœnia mediocanellata. L'alcool où était plongé ce ver, offrait un dépôt très-abondant en cristaux de cholestérine.
Au cap de Bonne-Espérance, les Hotlentots mangent de la chair de bœuf et ne fontpoint usage de celle du porc , d'où Kûchenmeister conclut que le cysticerque de ce ténia provient du 1 oeuf. Le savant helminthologiste fait remarquer encore, et nous partageons son opinion, que ce ver singulier pourrait bien n'être (]u'un ténia anormal, dont le scolex était muni de six ventouses. Nous avons rapporté, en effet, des cas semblables observés sur d'autres espèces de ténias (voy. le § Vlll, des anomalies) .
B. Tœnia ahietina. (Weinland.) "Weinland a donné la description d'un ténia qui diffère notablement des deux cestoides de l'homme précédemment décrits, mais qui, toutefois, paraît avoir plus de rapports avec le T. mediocanellata qu'avec le T. solium. Ce ver avait été évacué par un Indien Chippewa, au Saut
» Tout récemment M. de Saint-Cyr a fait des expériences sur le même sujet ; notre article élant déjà imprimé, nous en parlerons au mot Gysticerquks.
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Sainte-Marie , Lac Supérieur, et rapporté par le professeur Agassiz lors de son expédition dans ces contrées.
Le spécimen consistait en une chaîne de quelques pieds de longueur formée par la partie mûre du ver ; la tète, le cou et la moitié antérieure manquaient ; le reste avait de grands rapports avec le tœnia mediocanellata, sauf une étroitesse et une minceur extrêmes. Voici la description de WeinLuid : « Tous les articles sont trèsininces, presque transparents, et tous également étroits; leur largeur est d'environ quatre millimètres, leur longueur de douze millimètres. Les orifices génitaux sont très-petits et sans lèvres extérieures ; ce qui peut venir de la maturité très-avancée des articles dont il s'agit. Il n'y a de pigment, ni dans le vagin, ni dans le spermiducte. L'utérus est plus régulier que dans les ténias soliumet mediocanellata, toutefois il ressemble davantage à celui du dernier. Le tronc médian de cet organe est droit ; les branches qui sont au nombre de trente enviion, partent du tronc principal, ou bien à angle droit, ou bien en formant un angle d'environ 45°. Ces branches sont toujours parallèles entre elles, et ordinairement droites; mais lorsquelles sont recourbées, elles ont toutes la même inclinaison; elles ne sont jamais divisées en rameaux, ni bifurquées à l'extrémité, à l'exception de l'antérieure et de la postérieure de chaque article lesquelles s'étendent l'une en avant, l'autre en arrière, en se contournant et se bifurquant. Les œufs, ([iii sont très-nombreux dans ces articles et qui donnent à l'utérus une teinte jaunâtre, visible à l'œil nu, sont longs de 0""",033 et larges de 0™"»,050 ; ils sont protégés premièrement par une coque extérieure (Chorion) qui est épaisse de 0°"",003, foncée dans ses couches externes , transparente et jaunâtre dans ses couches internes; secondement par une enveloppe (membrane vitelline) épaisse de 0""",0006 entièrement transparente. Dans ta cavité de l'œuf existe un embryon qui en occupe à peu près les deux tiers et qui ne mesure que 0°"°,016. Nous avons vu d'autres œufs non miirs qui n'avaient qu'une seule coque, mais très-rarement.
« Nous regardons ce ver comme une simple variété du tœnia solium, et nous l'avons appelé varietas abietina de abies, pin, auquel ressemble la configuration de son utérus. »
Ce ténia est conservé dans le zoological muséum de Cambridge (Mass).
C. liEnik LOPHosoMA (Gobbold) . Dans le muséum de Middlesex Hospital, existe, dit M Cobbold, « un léuia qui, étant complet, devait avoir une longueur de huit pieds. C'J ténia a ceci de particulier (ju'il possède une crête longitudinale occupant toute la longueur du strobila, crête qui donne à la plupart des anneaux une figure pentagonale quand on les voit de face. Chacun des segments est beaucoup plus petit que les segments adultes du tcenia solium ; ils sont de plus caractérisés collectivement par la disposition des pores génitaux en une série unilatérale, occupant le bord gauche dans toute l'étendue du strobila. Ces pores génitaux sont trèsproéminents et situés au milieu de la marge de chaque article. Les segments ordinaires ont une largeur moyenne de 1/5 de pouce; ceux de l'extrémité postérieure ont jusqu'à 3/4 de pouce en longueur. Leur plus grande épaisseur ne dépasse pas 1/13 de pouce. Les œufs ressemblent à ceux des autres ténias et présentent un diamèlre d'environ 1/850 de pouce. La dimension des segments et la disposition unisériale des pores génitaux montre q;ie ce parasite est distinct, nonseulement du tœnia solium, mais encore du tœnia mediocanellata; tandis que sa grande dimension fait voir qu'il ne peut pas être rapporté au tœnia flavopunctata de Weinland. De toutes manières, c'est une forme totalement distincte des
WCT. ENC. XiV. ôî
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espèces communes, et s'il constitue seulement une variété, elle en est remarquablement divergente. Je l'ai provisoirement nommé tœnia lophosoma pour indiquer la présence de la crête ou saillie qui s'étend dans toute la longueur du corps. La variété à crête du tœnia du cap de Bonne-Espérance (de Kûchenmeister) avait une alternance des pores génitaux qui n'existe pas dans notre spécimen, notre tœnia constitue donc une espèce tout à fait distincte et nouvelle. Il est possible qu'il provienne du mouton dans la chair duquel j'ai récemment découvert des cjslicerques armés, en apparence tout à fait diftérents de celui du porc. »
Gomme pour le ténia du cap de Bonne-Espérance, de Kûchenmeister, nous voyons dans la constitution particulière du ténia ci-dessus décrit, une anomalie dont on possède d'autres exemples. La disposition unisériale des pores génitaux ne nous paraît pas un caractère assez important pour qu'il puisse à lui seul établir une espèce distincte. L'un des ténias anormaux décrits dans notre chapitre des anomalies des cestoïdes possédait aussi une série unilatérale des pores génitaux.
D. TAENIA NANA (de Siebold) . Ce ténia a été trouvé par Bilharz en Egypte, dans l'intestin grêle d'un jeune homme mort de méningite. D'une espèce inconnue jusqu'alors, il n'a jamais été observé depuis. Bilharz et de Siebold en ont donné une description, mais incomplète et même fautive en quelques points. Leuckart l'a rectifiée et complétée.
Le tœnia nana est très-court, très-mince et comme filiforme ; sa longue\ir totale est de 13 à 21 millimètres et sa plus grande largeur de 1/2 millimètre. La tête arrondie, large d'environ O^^jS, se termine en avant par nn rostre piriforme de 0°"°,06 de longueur et se continue en arrière en un col très-mince. Elle est munie de quatre ventouses subglobuleuses ayant 0°"",1 de diamètre; le rostre porte une rangée simple de 22 à 24 crochets extrêmement petits, dont la griffe est large à la base et acérée à la pointe ; l'apophyse est très-épaisse et le manche très-grêle; lu longueur totale est de 0""",018. C'est par erreur qu'on les a dits bifides. Le strobila, dans le tiers antérieur, est filiforme, puis il s'élargit brusquement et atteint parfois presque tout de suite sa plus grande largeur. Le nombre des segments qui le composent, varie de 150 à 170, dont les 20 ou 30 derniers sont à l'état de maturité. Ces segments sont tous très-larges, relativement à leur longueur qui, même dans les derniers, atteint à peine le quart de leur largeur. Les cirrhes ou les pores génitaux sont unilatéraux. Les corpuscules calcaires sont rares et petits. La matrice est étendue transversalement et contient un grand nombre d'œufs qui ont deux enveloppes, dont l'externe ou vitelline, a 0°"",04 de diamètre. L'embryon a 0'""',023 ; il possède six crochets , rarement bien visibles, semblables à des bâtonnets longs de G'"'",009 et terminés par une pointe recourbée en serpe.
L'appareil sexuel a été très-imparfaitement étudié. L'organe mâle , représenté par une poche du cirrhe en forme de massue et relativement grande, est placée à la partie antérieure des anneaux ; le pénis est à peine exsertile ; un autre corps piriforme est peut-être une vésicule séminale ou plus probablement une poche copulatrice. La matrice se remplit de granules minces, que l'on reconnaît bientôt pour des œufs; à mesure qu'ils se développent, la matrice envahit de plus en plus le proglottis ; elle refoule en avant la poche copulatrice, qui pâlit, s'amoindrit et finit par disparaître, ainsi que la bourse du cirrhe.
Le tœnia nana diffère complètement du tœnia echinococcus, quoique Kùchenttieister les ait regardés comme identiques. Ce ténia se trouvait en nombre très-
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considérable dans le cadavre ouvert par Bilharz. Aucun fait nouveau n'est rien venu apprendre sur son origine, ni sur les phénomènes pathologiques dont il pourrait être la cause.
E. TiENU FLAVo-PUNCTATA (Weinland). Ce ténia a été observé en Amérique par le docteur Ezra Palmer qui le donna au musée d'tinatomie pathologique de Boston; il y fut placé sous le titre de Bothriocephalus (1842). Six spécimens de ce ver, d'inégales longueurs, avaient été rendus par un enfant de dix-neuf mois, bien portant et sevré depuis six mois. Le docteur Weinland reconnut que ces vers appartenaient à une espèce de ténia inconnue jusqu'alors. Il en donna une description qui fut rectifiée en quelques points par Leuckart.
Le tœnia flavo-punctata ou flavo-maculata atteint une longueui de 20 à 30 centimètres. La tête, qui manquait sur tous les fragments, est inconnue. La moitié antérieure du strobila est formée d'ïinneaux non mûrs, longs de 0""",2 à 0'""',5, et larges de 1""" à l'"'",25, ayant une forme quadi'ilatère et marqués, vers leur partie médiane et postérieure, d'une tâche jaune assez grande qui a été prise comme caractère de l'espèce. D'après Weinland, cette tache serait formée par le testicule.
La moitié postérieure est formée par une série d'anneaux mûrs, qui atteignent l™™ de longueur sur 2""'",5 de largeur, avec une forme trapézoïdale, leur bord antérieur étant plus ou moins rétréci, et parfois jusqu'à figurer un triangle; ces anneaux ne sont point, comme les premiers, marqués d'une tache jaune. Les pores génitaux sont unilatéraux.
A la partie antérieure des segments, se trouve un organe en forme de massue, dont le fond est situé près de la ligne médiane ; l'extrémité amincie, dirigée en travers, s'ouvre à la marge par un orifice distinct (réservoir séminal). La matrice est une cavité simple qui envahit presque tout l'article. Elle est remplie d'un nombre incalculable d'œufs ayant O'^'^jOO de diamètre et une double enveloppe lisse (Leuckart). L'embryon a environ 0™'",03; ses crochets longs de 0°"",017, sont visibles par l'addition d'un alcali. Les corpuscules calcaires sont petits et rares.
Leuckart trouve entre ce ténia et le T. nana de si grands rapports de conformation qu'il ne conserve aucun doute sur la proche parenté des deux espèces. Le tœnia flavapunctata n'a point été observé une seconde fois.
F. TjENIaelliptica (Batsch); T. Canina, Pallas; T. Cateniformis, Gœze, etc.
G. TiENU cucuMERiNA, Bloch, Liniié, Pallas, etc.; T. cateniformis. Gœze, Rudolphi, etc.
Deux ténias, qui existent communément l'un chez le chien, l'autre chez le bat, ont été trouvés aussi quelquefois chez l'homme. L'organisation de ces deux ténias est assez semblable pour que plusieurs helminthologistes aient pensé qu'ils sont des variétés d'une même espèce. Cette similitude fait que les cas observés chez l'homme ne sont pas bien précis quant à la détermination spécifique de l'un ou de l'autre cestoïde ; nous donnerons donc ici les caractères des deux ténias.
Le tœnia elliptica est long de 15 à 30 centimètres ; sa tête est obronde et munie d'une trompe subglobuleuse couverte de trois ou quatre séries de petits crochets au nombre d'environ 60 et dont la base est large, rappelant la forme des épines du rosier. Le strobila filiforme en avant, est composé d'articles d'abord très-courts, puis carrés, puis de plus en plus allongés (deux à trois fois aussi longs que larges) et arrondis aux angles de manière à ressembler à des graines de melon disposées en
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chapelet, d'où le nom de tœnia cateniformis qui lui a aussi été donné. Les premiers anneaux sont neutres, les suivants mâles, les derniers ne contiennent plus que des œufs.
L'appareil génital est doublé dans chaque anneau ; les orifices génitaux s'ouvrent à la marge et sont opposés de chaque côté. La matrice est constituée par de nombreuses poches arrondies et contiguës. Ces poches ou capsules contiennent des œufs agglomérés au nombre de 8 à 70 (Leuckart). Les œufs ont une double enveloppe et un diamètre de 0,05. Les corpuscules calcaires sont assez nombreux. Le ténia elliptique habite l'intestin grêle du chat où il se trouve parfois en grand nombre.
Le Tœnia cucumerina ou tœnia canina, offre la même organisation que le précédent, et n'en diffère que par un très-petit nombre de caractères. Il est génél'alement moins grêle; il atteint une longueur plus grande, et jusqu'à trois mètres. D'après Leuckart, dans la série des anneaux, les organes génitaux se développent avec une plus grande lenteur que chez le tœnia elliptica ; ainsi, chez celui-ci, les premiers rudiments de l'organe mâle (testicules) deviennent appalents vers le quarante-sixième article , et seulement après le soixante-dixième chez le tœnia cucumerina, chez le premier, l'embryon est formé dans l'œuf au soixantième article, et seulement au centième chez le second. Tels sont les caractères peu nombreux et d'une valeur spécifique contestable qui peuvent faire regarder ces deux ténias comme appartenant à deux espèces distinctes.
Le tœnia cucumerina vit souvent en grand nombre dans l'intestin grêle du chien.
Les premières phases du développement de ce ver ont été vainement recherchées par plusieurs observateurs ; mais tout récemment M. Melnikow a indiqué un mode de transmission et un hôte primitif du tœnia cucumerina aussi bizarres qu'inattendus. Ce savant, en examinant des trichodectes lati (poux du chien), trouva dans l'un de ces insectes un scolev tout à fait semblable à celui du tœnia cucumerina. 11 chercha alors à infecter des trichodectes en plaçant sur la peau d'un chien, dans une partie couverte de ces insectes, des anneaux de tœnia cucumerina mûrs et réduits en bouillie. Quelques jours après, il trouva dans le corps de plusieurs de ces trichodectes des embryons de tœnia libres et qui avaient grandi.
On conçoit, d'après ces observations, que le chien puisse s'infecter en se mordant ou en se léchant; on conçoit aussi que l'homme soit à l'abri des atteintes d'un ver qui se transmet de cette façon.
Voici les faits, en petit nombre, qui attestent l'existence possible de ce ver chez l'homme, faits dont M. Leuckart a donné le relevé.
Obs. I. Linné, dans ses Amœnitates academicœ, dit avoir observé le tœnia canina chez l'homme.
Obs. il Escliricht a reçu de Saint-Thomas (Antilles), parmi plusieurs vers, un spécimen du tœnia cucumerina qui provenait, disait-on, d'un esclave nègre.
Obs. III. A l'institut d'anat. conip. de Halle, un flacon portant l'étiquette tœnia canina, contenait un ver expulsé par un jeune garçon dans la clinique chirurgicale du conseiller intime Blasius. M. Leuckart a constaté que ce ver appartenait au T. elliptica.
Obs. IV. Le docteur Weinland et le docteur Salzmann ont reconnu comme appartenant au tœnia cucumerina, des proglottis qu'un enfant de treize mois, à I']ssiingen, rendait de temps en temps par l'anus.
Obs. V. Le docteur Kûster. à Cronenberg, reçut d'une de ses clientes une portion de ver longue d'un demi-pied, qu'elle avait trouvée en partie sortie de l'anus
CESTOÏDES (les). 577
de son enfant âgé de treize semaines ; la tète manquait. Le docteur Schmidt, de Francfort, reconnut que ce ver était un tœnia cucumerina.
Quelques autres cas de la présence de ce ver chez l'homme ont été signalés encore, mais les caractères donnés sont trop incertains pour qu'il soit utile d'en parler d'avantage.
H. TjEnia madagascariensis (Davaine). M. le docteur Grenet, chef du service de santé à Mayotte (Gomores), ayant eu l'occasion d'observer deux ténias rendus par de jeunes enfants, et (jni offraient des caractères (oui particuliers, en envoya les fragments à M. ledoctenr Leroyde Méricourt. Jedois à l'obligeance de ce savant et distingué confrère, d'avoir pu les examiner à loisir.
L'un des t4nias consistait en plusieurs fragments, dont le plus long avait six centimètres et demi et formait environ 75 anneaux, deux autres plus courts, étaient composés par 17 et 18 anneaux, enfin trois fragments n'avaient chacun que deux anneaux. Tons ces fragments appartenaient évidemment à un cestoïde de la même espèce ; la tête manquait,
La taille de ce ténia doit être fort petite, les anneaux les plus rapprochés de la tête (sur le fragment le moins développé), sont courts et larges (longueur 0'"'°,8, I rgeur 2""",2). Les derniers anneaux sont carrés (longueur et largeur 2""", 6 ; dimensions prises sur des anneaux conservés dans l'alcool, donc très-contractés). Nous dirons plus loin la forme et les dimensions des proglottis libres.
Les premiers anneaux du fragment le plus long étaient neutres ; à partir du troisième ou du quatrième, l'organq génital mâle était reconnaissable ; les derniers anneaux étaient mûrs, c'est-à-dire qu'ils contenaient des œufs complètement développés; les autres fragments étaient tous formés par des articles mûrs et dans lesquels même l'appareil génital mâle n'était plus visible.
La portion apparente de l'organe mâle (les anjieaux étant traités par la potasse caustique ou par la glycérine pour les rendre moins opaques) consistaient dans le canal déférent et le pénis. Celui-ci est court, lisse, cylindrique, exsertile, pouvant taire au dehors une saillie de 0'"™,04 et ayant un diamètre de 0'"°',025. Le pore génital est situé au milieu de la marge de chaque anneau, à cet orifice aboutit aussi un vagin distinct. Tous les pores génitaux sont unilatéraux, aucun des anneaux ne possède deux pores génitaux opposés.
L'organe femelle est très-remarquable; indiqué sur les premiers segments où il est apparent par le vagin seulement, il remplit toute la capacité des anneimx mûrs. L'examen de ces anneaux à l'aide de la glycémie ou de la potasse caustique en solution, iàit voir que le proglottis est complètement rempli de petits corps sphériques ou ovoïdes, opaques au centre, demi-transparents à la périphérie, offrant l'apparence d'un cent formé par un vitellus entouré d'un albumen abondant ; pjg 7
ces corps, qu'au premier aspect l'on prendrait pour des Proglottis récemment libre du
œufs, sont disposés en séries juxta-posées dont l'en- |^mamada3ascan.».i. gross
semble donne l'image d'un quinconce. Rien ne paraît
relier tous ces petits corps entre eux ; ils sont, dans le pioglotlis mûr, complètement indépendants les uns des autres. Ils ont environ 0'"'",9 dans leur plus grand diamètre, sur O^^jB pour le plus petit. Le nucléus, nous voulons dire la
578 CESTOIDES (les).
partie centrale opaque, a 0°"",5 sur 0"™,9 pour ses deux diamètres. Ces corps sont
au nombre de 120 à 150 dans chaque anneau.
Voici la description que donne de ces petits corps le docteur Grenet qui les a
vus à l'état frais : « Les œufs contenus en grand nombre dans chaque segment, sont des points blancs visibles à l'œil nu. Lorsque le ver (proglottis) n'excédait pas un millimètre de long, ces œufs vus au microscope, présentaient une coque sphérique dont la moitié du contenu était transparente et l'aiitre opaline. Plus tard, lorsque le proglottis atteint jusqu'à trois millimètres, les œufs vus au microscope, sont opaques, et simulent un petit cQcon d'œufs de sangsue ou une boulette de poils bien roulés. »
L'examen microscopique fait avec un fort grossissement permet de reconnaître que ces corps ne sont pas des œufs, mais que ce sont des poches ovarieimes d'une structure particulière, dont le nucléus ou la portion centrale opaque contient une grande quantité d'œufs, au nombre de trois ou
Capsules ovariennes du quatre ceuts. Lcs œufs sont plougés daus un amas considétxnia madagascarien- i-,\)]e, ^e nranulalions élémentaires, d'une forme sphérique
sis grossies environ 50 , . ^,^• ■ , i , ,■ i • • r
fois. bien dennie, et que la potasse caustique laisse intactes. La
couche extéiieure au nucléus, demi-transparenle, ne contient point d'œufs. Cette couche possède une structure toute particulière ; elle est formée par un tissu fibroïde, dont les fibres principales partent en rayonnant du nucléus et se dirigent vers la périphérie en se ramifiant de plus en plus ; on dirait des nervures de la feuille des plantes dicotyledonées ; souvent l'extrémité des plus fuies ramifications se termine par un petit renflement. Dans le parenchyme qui constitue toutes ces ramifications se trouve un petit nombre de corpuscules calcaires.
L'œuf est formé de deux enveloppes, l'une externe, membraneuse, transparente, plissée et ratatinée par l'absence du liquide qu'elle contenait à l'état frais, et dont, à cause de cette circonstance, on ne peut reconnaître exactement les dimensions ; l'autre interne, d'une capacité de beaucoup inférieure à la première et dépassant peu le volume de l'embryon qu'elle renferme immédiatement. Cette enveloppe qui, chez la plupart des ténias, est rigide, chitineuse et qui constitue la coque de l'œuf, est ici simplement membraneuse. L'embryon devient assez distinct après l'action de la potasse caustique; chez quelques-uns, il est possible de constater l'existence de six crochets qui sont indiqués par des points ou par des lignes très-minces.
Le diamètre de l'enveloppe externe de l'œuf (membrane vitelline) peut être évaluée à O^^jO-i ; celui de l'enveloppe interne (coque) est de 0°"",02. L'embryon a 0">'",015.
Les anneaux de ce ténia sont recouverts par un tégument, lisse, sans fibres et sans structure appréciable (cuticule). Le tissu interne est constitué par des fibres irrégulières, phu o\\ moins épaisses et entre-croisées à angle droit. Les corpuscules calcaires sont peu nombreux ; ils ont au plus O^^jOl de diamètre.
L'autre ténia était représenté par quinze anneaux ou proglottis libres, de forme et de dimensions un peu variables ; on ne peut mieux les comparer pour la forme qu'à des pépins de pomme ; leurs dimensions varient entre trois et quatre millimètres. Tous ces proglottis sont à l'état de maturité ; il? n'offrent plus traces de l'organe mâle, mais ils sont complélement remplis des petits corps oviformes que
CESTOÏDES (les). 579
nous avons décrits ci-dessus. D'après leur constitution anatomique, il est évident que ces proglottis appartiennent à un ténia de la même espèce que le précédent. M. le docteur Grenet qui a vu ces proglottis vivants, en donne la description suivante : « Ce sont des vers blancs qui présentaient d'abord 1""" de long sur une largeur un peu moindre; ensuite ces vers, qui sortent vivants, ont atteint 2""" 1/2 à 5°"" de long sur une largeur de plus de 1"™. Leurs mouvements de retrait et d'extension à la surface des fèces, oii ils se tiennent toujours sans être mélangés avec elles, sont plus distinctes; à l'aide d'une loupe d'un faible grossissement, on aperçoit des stries Irès-légères dans le sens de la longueur et sous la coque, on distingue des points blancs qui doivent être des œufs {corps ovif ormes). Le verre grossissant dont je dispose ne me permet pas de voir s'il y a une ouverture de face ou de côté pour les organes génitaux; je ne puis enfin affirmer si ces vers vivent isolés, constituant chacun un animal distinct, ou si ce sont des fragments détachés d'un tout. Je penche cependant pour cette dernière opinion, si je considère les extrémités du ver immergé dans l'alcool. »
Il est inutile de faire remarquer les différences considérables qui existent entre l'espèce de ténia décrite ci-dessus et les deux ténias vulgaires de l'homme. Notre cestoïde se rapproche plus du tœnia nana observé par Biiharz en Egypte, et du kenia flavopunctata rendu par un enfant en Amérique, et décrit par Weinlaiid; mais, sans parler des autres différences, ces ténias sont complètement distincts par la structure de l'ovaire qui est si particulière chez le nôtre. Aucun des cestoïdes de l'homme décrits jusqu'aujourd'hui n'appartient donc à la même espèce que le ténia de Mayotte. Parmi \es cestoïdes des animaux, le tœnia cucurnerina du chien et le tœnia elliptica du chat, offrent dans la conformation de la matrice quelques particularités qui l'en rapprochent; ainsi, chez ces deux derniers, les œufs sont contenus, en plus ou moins grand nombre, dans des poches particnlières ; toutefois ces poches n'offrent point la structure singulière qui les fait ressembler chez notre ténia au cocon de la sangsue, d'après la comparaison du docteur Grenet. En outre, chez les ténias du chien et du chat, l'œuf est volumineux et pourvu d'une coque rigide ; de plus, l'appareil sexuel est double dans chaque anneau, avec deux pores génitaux opposés.
11 nous |)araît donc que les deux ténias observés par le docteur Grenet, appartiennent à la même espèce, espèce inconnue jusqu'aujourd'hui et qui possède une organisation tellement particulière, qu'elle pourrait sans doute donner lieu à l'établissement d'un genre nouveau.
En considérant que la contrée oiî ce ver a été observé, est voisine de Madagascar, île dont la faune et la flore se distinguent sous beaucoup de rapports de celles des continents voisins, on peut croire que ce ténia lui appartient en propre, ainsi qu'aux groupes des îles avoisinantes; c'est ce qui m'a engagé à lui donner le nom de tœnia madagascariensis.
Voici telles que les rapporte le docteur Grenet, les circonstances dans lesquelles ont été expulsés les deux spécimens du ténia décrit ci-dessus :
l. « Cinq mois après son arrivée à Mayotte, un petit garçon de dix-huit mois, créole des Antilles, paraissant en état de parfaite santé, jouait avec son père sur son lit, lorsque soudain ses yeux se voilent, les pupilles se dilatent, se portent en haut, et l'enfant tombe dans un état convulsif avec menace de suffocation. Appelé en toute hâte, je le trouve tantôt pâle, tantôt bleu jusqu'à l'asphyxie, Técume à la bouche, sans parole et sans cris, la tête allant de côté et d'autre ; la mort parais-
580 CESTOÎDES (les).
sait imminente. Au moyen de révulsifs externes... je le rappelai à la vie et après quelques cuillerées d'eau de tilleul et de fleurs d'oranger, je lui administrai une dose d'huile de ricin. Depuis ce jour, cet enfant rend fréquemment des vers blancs... » {Suit la description des proglottis rapportée ci-dessus.)
« J'ai employé contre ces vers plusieurs vermifuges et tœniafuges : le cousso n'a pu être pris ; l'écorce de la racine de grenadier a été rejetée, et cependant l'entant, qui a aujourd'hui deux ans passés, est extrêmement docile et prend volontiers tous les médicaments : semen-contra, santonine, sirop de mousse de Corse... Après une dose de 15 grammes d'huile de ricin, l'enfant a rendu neuf petits vers isolés. Pas de changement dans la santé, l'enfant paraît se bien porter, pas de fièvre, pas d'anémie, pas de boulimie. Il fait aujourd'hui ses grosses molaires et a quelques quintes de toux la nuit. Le jour même de la convulsion, la muqueuse de la langue s'est érodée sur une certaine étendue où il est resté une dépression remarquable. »
II. « Le ténia que renferme l'autre flacon {ce sont les fragments décrits en, premier lieu ci-dessus), a été rendu par une petite fdle de deux ans, créole de la Réunion, deux mois après son arrivée à Mayotte. Je le rapproche du iait précédent parce que l'expulsion de la partie la plus large du ver s'est faite spontanément, après une convulsion complètement identique à celle qui est décrite plus haut. Je l'ai rappelée à la vie, je puis le dire, tant la mort paraissait imminente, par les mêmes moyens. Après avoir pris une dose d'huile de ricin, elle a rendu le surlendemain la partie ténue du ver, dont l'extrémité la plus effilée m'a semblé entourée d'une sorte de collerette qui paraît être un débris de la muqueuse. Je ne puis certifier que l'extrémité céphalique y soit entière.
« Après cette expulsion, cette enfant aux joues roses comme une Européenne du Nord, et très-torte quoique de petite taille, a été atteinte d'entéro-colite qui l'a réduite à la dernière extrémité. ...»
XI. BoTHRiocÉPHALÉs. La plupart des bolhriocéphalés vivent chez les poissons. Leur organisation, et surtout leurs transformations, sont encore moins connues que celles des téniadés. Un petit nombre d'individus, appartenant à des espèces mal déterminées, ont été trouvés au ^Brésil chez le Canis azarœ, ou dans d'autres contrées chez le chien, le chat et chez quelques animaux de ce dernier genre.
Trois espèces ont été observées chez l'homme : l'une, très-commune dans certains pays, est connue sous le nom de Bothriocephalus latus; observée et décrite parles médecins depuis plusieurs siècles, elle a été l'objet, dans ces derniers temps, de nombreux travaux qui nous ont fait connaître son organisation et plusieurs phases de son développement. Une autre {Bothriocephalus cordalus), très-rare, existe au Groenland, et se trouve aussi chez le chien, le phoque et le morse; une troisième espèce {Bothriocephalus cristatus) enfin, observée récemment en France, est décrite ici pour la première fois.
A. BoTHRiocÉPHALE LAKCE. Dénominations: Tœnia {prima). Tœnia de la première espèce, Plater, Van Dœveren. — Tœnia veterum, Spigel. ■ — Tœnia de la seconde espèce, tœnia à épine, Andry. — Tœnia à anneaux courts, T. à mamelons ombilicaux. Bonnet. — Tœnia lata, T. vidgaris, Linné. — Tœnia grisea, T . membranacea, Pallas. — Ténia inerme umana, Brera. — Tœnia dentata, Batsch. — Bothriocephalus latus, Bremser. — Dibothrinm latum, Budolphi. — Ténia inerme des médecins au commencement de notre siècle.
CESTOIUES (les). 581
La forme générale du bothriocéphale Inrge représente, comme celle du ténia solium, un long ruban, blanc jaunâtre, quelquefois grisâtre ouroussâtre, mince et annelé, commençant par une extrémité filiforme très-longue, et ])0urvue d'un petit renflement initial (tête ouscolex). Insensiblement élargi d'avant en arrière dans une longueur de trois à quatre mètres, il se rétrécit ensuite et se termine par une extrémité tronquée. Sa longueur totale surpasse celle des deux ténias vulgaires de l'homme; il n'est pas rare de lui voir atteindre jusqu'à huit mètres et même au delà. Sa plus grande largeur va jusqu'à un centimètre et demi. Sa tête ou scolex est obloiigue, inerme, avec deux ventouses longitudinales, allongées en forme de l'entes; elle est très-contractile et change déforme incessamment (longue de 2°"", 5, large de 1 millimètre). Le cou est ridé; les segments ne deviennent bien marqués qu'à environ 2 centimètres en arrière de la tête. Les anneaux dans toute la longueur du ver sont plus larges que longs, d'où la dénomination t«3 Tœnia lata donnée à ce bothriocéphale. Les plus grands, sur 1 centimètre et plus de largeur ont 4 millimètres de longueur. Après avoir atteint leur maturité complète, ces anneaux (comme le strobila qu'ils forment) décroissent de largeur, mais non pas en s'allongeant, comme le font les proglottis des ténias; au contraire, ils perdent aussi en longueur et n'ont plus que 3 millimètres de long sur 8 millimètres de large. Ce fait trouve sa raison dans l'atrophie des organes génitaux et dans leur déplétion par la ponte; en effet, dans ces derniers anneaux, les parties appelées cornes de la matrice deviennent confuses ou disparaissent plus ou moins complètement.
Examiné extérieurement, le strobila traduit une disposition intérieure utile à connaître : il offre l'apparence de trois bandes longitudinales juxta-posées, l'une médiane plus épaisse, les deux autres latérales, plus minces, et différant aussi quelque peu par la coloration. Ces bandes constituent dans chaque anneau ce qu'on a appelé le champ médian et les champs latéraux, dans lesquels les organes sont répartis diversement.
Après la formation des organes génitaux, les anneaux offrent sur la ligne médiane de l'une des faces (face ventrale) et à la partie antérieure, une sorte de capsule (pore génital, cloaque, sinus genitalis) dont les bords sont garnis de papilles cutanées (glandulœ prœputialis de Eschricht). Au fond de cette capsule se trouvent deux ouvertures : l'une, antérieure, donne issue au pénis qui est court et lisse, l'autre, postérieure, est l'orifice du vagin. En arrière du pore génital, vers la partie moyenne de l'anneau, existe une autre ouverture tout à fait indépendante, qui est un orifice terminal de la matrice par lequel se fait la ponte. Cet orifice, déjà signalé par Ch. Bonnet, et nommé par lui stigmate inférieur, mais sans qu'il en connût la destination, « devient, dit cet observateur, de plus en pins petit à mesure qu'on avance vers la partie antérieure du ver. C'est surtout dans les anneaux les plus larges qu'il est le plus visible; il l'est encore dans ceux qui approchent de l'extrémité postérieure. » Au niveau de cet orifice, on aperçoit, à la simple vue, un épaississement central plus coloré, saillant et donnant l'imagf d'une rosette {Corps en manière de fleur. Bonnet : — Fleur, Linné; — Fleur de lis, Pallas). Il est formée par les circonvolutions de la matrice, dont la série a fait comparer la chaîne des anneaux à un rachis; de là le nom de tœnia à épine donné à ce ver par Andry.
Les anneaux du bothriocéphale large ne sont pas aussi indépendants les uns des autres que ceux des ténias : une partie des organes génitaux est commune à deux anneaux et passe de l'un à l'autre dans la bande ou champ médian ; aussi les seg-
582 CESTOIBES (tes).
ments ne se séparent-ils point pour former des cucurbitins. Généralement, après leur maturité, étant vides de leurs œufs, ils restent à l'estrérait^ du ver, ratatinés et flétris, à moins que, sous l'action de quelque médicament ou de quelque autre condition assez rare, le strobila ne se brise en longs fragments. M. Knoch assigne à cette rupture deux époques principales, la fm de l'hiver et de l'automne, mais nous la croyons purement accidentelle et sans rapport avec la dissémination des œufs qui se fait par la ponte en toute saison.
La structure du botliriocéphale large ne diffère point assez de celle des autres cestoïdes pour qu'il soit nécessaire d'en parler ici avec beaucoup de détails.
Les corpuscules calcaires sont généralement assez rares et disséminés çà et là.
Les canaux longitudinaux, au nombre de deux (quatre d'après Bottcher), sont très-rap proches de la limite qui sépare le champ médian des champs latéraux.
Les organes de la reproduction sont très-complexes : malgré les recherches de Eschricbt, de Leuckart et de plusieurs autres savants, leur détermination est encore assez obscure. Nous en parlerons d'après les travaux récents du docteur Ludwig Slieda, de Dorpat, et d'après ceux des docteurs Sommer et Landois, de Greifswald.
L'appareil mâle, composé de testicules multiples et d'un conduit déférent, est complètement distinct de l'appareil femelle.
Les testicules sont représentés par des espaces vésiculeux (loges ou chambres), au nombre de trois ou quatre cents (mille à douze cents, suivant Sommer et Landois), disséminés principalement daus les champs latéraux des anneaux. Chacun jjossède un conduit excréteur propre ou sperraiducte, qui se joint dichotomiquement avec un conduit voisin,
Tous ces conduits se réunissent en ramifications successives, se dirigent vers un réservoir commun (citerne, S. et L.), situé sur la ligne médiane et au tiers postérieui environ de l'anneau. Ils s'y abouchent avec ce réservoir, étant réduits au nombre de deux, trois ou quatre troncs principaux de chaque côté, et veisentlenr contenu dans sa cavité. Celle-ci est constituée par une poche plus ou moins dilatée, sans forme bien déterminée, et qui donne naissance au canal déférent [spermiducte, vas deferens). Ce canal est un tube simple, très-long, fréquemment replié sur lui-même, variant de calibre suivant qu'il est plus ou moins distendu par le sperme. 11 se dirige vers la partie antérieure de l'anneau en formant des anses fort irrégnlières, et se termine au pore génital d'une manière qui mérite une mention spéciale.
En contact avec la paroi du pore génital, et dirigé de la face veutrale à la face dorsale dans le parenchyme de l'anneau, se trouvent deux corps arrondis, accolés l'un à l'autre, dans lesquels le canal déférent s'engage à la manière dHm fil qui traverse les perles d'un chapelet. L'un de ces deux corps, plus petit que l'autre et situé plus en arrière, est ordinairement ovalaire, quelquefois spbérique ou en forme de cloche (seconde vésicule de Eschricht, corps sphérique de Leuckart, campaniforme de Bottcher). Ce corps représente un muscle creux qui entoure la partie correspondante du canal déférent. Il est formé par des couches de fibres longitudinales et circulaires. L'autre corps, beaucoup plus volumineux, de forme ovoïde, est aussi un organe musculeux. 11 constitue la poche ou la vésicule du cirrhe (gaine du pénis). Il est situé dans l'épaisseur de l'anneau, de manière que son pôle étroit est en rapport avec le pore génital et son pôle élargi, avec la couche corticale de la face dorsale de l'anneau. Il représente un muscle creux dont les fibres, fréquemment entre-croisées, vont d'un pôle à l'autre et se portent aussi en
CESTOÏnES (les). 583
plus on moins grand nombre dans diverses directions et sur le canal déférent qui pénètre dans sa cavité. Ce canal, par la contraction des fibres musculaires, s'invagine en lui-même avec la poclie qui lui est adhérente, et forme, en se retournant, l'organe copulateur ou le pénis. Dans ?a plus grande protraction cet organe peut faire hors du pore génital une saillie qui alteiiil jusqu'à 0'""',66.
Les spermatoz-oïdes sont des filaments longs, minces, très-entortillés et munis d'un petit point brillant représentant la tête.
L'appareil sexuel femelle est plus compliqué. 11 se compose d'un germigène, d'un vittellogène , d'une glande formant la coque, d'une viatrice et d'un vagin. Ce conduit toutefois n'est pas un canal de terminaison de la matrice; il n'a même avec elle aucun rapport direct.
Le vagin est un conduit long et étroit, sinueux, variant fréquemment de calibre, et plus ou moins visible suivant son état de vacuité ou de réplétion. Situé sur la ligne médiane de l'anneau, il naît dans le pore génital par un orifice très-étroit et souvent indistinct ; il se porte en arrière presque directement et se termine par une ampoule au voisinage du bord postérieur de l'anneau. De cette ampoule {yésiade séminale ou copulatrice?) part un canal court, étroit, à parois très-minces, qui s'ouvre dans le conduit excréteur du germigène.
Le germigène [glandes latérales de Escliriclit) est un corps glandulaire formant une couche aplatie, étendue divisée en deux parties latérales, qui sont unies par une sorte de commissure placée sur la ligne médiane. Il se compose de tubes fréquemment anastomosés entre eux ou terminés en cul-de-sac. Ces tubes conlieunent une grande quantité de cellules (vésicules du germe), pâles, rondes, de O^^.Oie à 0'""',018, pourvues d'un noyau ayant O^^.OOS.
Le germigène est situé à l'extrémité postérieure de l'anneau, dans le cliamp médian, empiétant un peu sur les champs latéraux et même sur l'article voisin. La commissure se trouve entre le réservoir séminal du conduit déférent et l'ampoule vaginale; un conduit excréteur (germiducte) se dégage de cette commissure, naissant par plusieurs branches bientôt réunies en un tronc court et infléchi en arc. Ce tronc reçoit plusieurs conduits des autres parties de l'appareil sexuel et se termine en s'aboucliant avec l'extrémité postérieure de la matrice.
Le vitellogène (amas granuleux de Eschricht) est un assemblage de petites poches ou corps glanduleux disséminés, au nombre de cinq à six mille, avec une certaine symétrie, dans les champs latéraux de l'article. Ces petits corps, de forme globuleuse ou ovalaire, ayant 0™°',064 à 0°"",110 de diamètre, sont placés à des distances assez égales les uns des autres. Ils contiennent des amas de substance vitelline et des cellules formatrices de cette substance. Ces corps ou poches vitelliiies ont chacun un conduit excréteur à paroi extrêmement mince, qui se réunit tout de suite aux conduits les plus voisins. Tous ces canaux [canaux jaunes de Eschricht) se dirigent, en formant de nombreuses ramifications, vers le champ médian de l'article, oii ils pénètrent et se portent en convergeant dans la direction du germiducte. Ils s'y terminent en constituant un tronc unique, renflé et très-court [vitelloducte) .
Par une disposition dont nous avons parlé, et qui rend les segments, chez le bothriocéphale, moins indépendants les uns des autres que chez le ténia, une partie des corps glanduleux du vitellogène d'un anneau ne déverse pas son produit dans le vitelloducte appartenant à cet anneau. Toutes les g landules du vitellogène situéesdans le sixième antérieur de chaque article dirigent leurs canaux excréteurs vers le champ médian de l'article qui précède et viennent, après y avoir pénétré,
584 CESTOÏDES (les).
se jeter dans son x'itelloducte. ta disposition anatomique qui en résulte a été signalée par Eschricht, qui a vu les canaux jaunes passer de l'un à l'autre segment : les testicules situés dans le premier sixième de chaque anneau se comportent de la même manière et envoient leur canal excréteur, par un trajet rétrograde, dans le conduit détérent de l'anneau qui précède.
Les glandes formant la coque (glande pelotonnée de Eschricht) consistent en un amas de cellules isolées, possédant chacune un conduit excréteur propre (glandes uniceliulaires). Elles sont situées à rextrémité postérieure de l'anneau, disposées comme une calotte hémispliériquedont la cavité embrasserait la fin du germiducte, vers laquelle se dirigent isolément et concentriqufment tous leurs canaux excréteurs.
Les cellules sont globuleuses, ovoïdes ou pirif'ormes, pâles et légèrement troubles ; elles ont de 0"'"',020 à 0'""',030 de diamètre ; leur noyau, rond ou ovale, mesure 0""",004. Cliacuiie est renfermée dans une tunique propre qui se continue en un conduit délicat, long de 0'""',002, légèrement flexueux et aboutissant au germiducte, entre l'orifice du vitelloducte et l'origine de la matrice.
L'utérus ou la matrice est un tube très-long, replié un grand nombre dé fois sur lui-même, et qui se porte de la partie postérieure vers la partie antérieure de l'anneau dans le champ médian. Il naît du germiducte, dont il est pour ainsi dire la rontinuation, par une extrémité fusiforme; il se rétrécit bientôt et constitue plusieurs circonvolutions irrégulières {tube pelotonné de Eschricht) dans le voisinage de son point d'origine ; il s'en éloigne ensuite en grossissant graduellement et en formant de chaque côté de la ligne médiane, qu'elle traverse en zigzag, cinq à sept grands replis {cornes de la matrice), saillants et visibles extérieurement lorsqu'ils sont remplis d'œufs. C'est à leur ensemble qu'on a donné le nom de fleur ou rosette. Le dernier repli arrive en avant au niveau du pore génital, mais il retourne brusquement en arrière et vient s'ouvrir par un orifice particulier sur la ligne médiane de la face ventrale {stigmate inférieur de Bonnet).
Si l'on considère ces organes dans leurs rapports réciproques, on voit qu'ils se
Fig. 9.
Bothriocephalus latus. Centre où se réunissent les conduits des organes de la génération, d'après MM. Sommer et Langlois. a, extrémité postérieure renflée du vagin ; b, petit canal de décharge au germiducte; c, vitelloducle; d, élargissement ampullaire du vitelloducte; e,f, germiducte; g, i, commencement fusiforme de la matrice; kk, glandes uniceliulaires formant la coque; leurs conduits se rendent en g au commencement de la matrice.
reunissent tous, comme à un centre commun, vers la partie postérieure de l'anneau, à la naissance de la matrice.
CESTOÏDES (les). 585
Le vagin, d'après MM. Sommer et Landois, ne peut recevoir le pénis. Les spermatozoïdes sont simplement déposés à son orilice ; ils sont portés ensuite dans l'ampoule vaginale ou vésicule copulatrice, située près du germiducte. Ce conduit, sortant du geimigène, après un court trajet, reçoit les spermatozoïdes par le petit canal de l'ampoule vaginale, et les vésicules du sperme sont ainsi mises en contact avec les .'inimalcules sperpnatiques, puis il reçoit le vitelloducte qui apporte la matière vitelline; et presqu'aussitôt après les conduits des glandes unicellulaires, auxquelles on a attribué, sans preuves suffisantes, la fonction de former la coque de l'œnf ; il s'abouche immédiatement après avec un tube dilaté en forme de fuseau, qui est l'origine de l'utérus. Ce dernier organe n'offre point de ramifications ou de diverticulum ; il est plus ou moins dilaté, suivant le nombre d'œufs qui se pressent dans sa cavité. Ceux-ci, après leur maturité, sont le plus souvent évacués par une véritable ponte, quelquefois par la rupture des parois qui les renferment.
Le développement des organes génitaux peut être suivi dans la série des anneaux comme chez la plupart des autre» cestoïdes. Les premiers œufs mûrs paraissent à 50 ou 60 centimètres en arrièie de la tête, vers le six-centième anneau (chez un spécimen frais et intact, j'ai vu distinctement les pores génitaux à 51 centimètre de la tête, mais non avant).
Les œufs sont brunâtres, grands et ovoïdes, assez variables dans leurs dimensions (longs de 0™",068, larges de 0™"\044);leur coque est résistante, médiocrement épaisse, simple et pourvue, à l'un des pôles, d'un opercule dont on peut rendre l'existence évidente par l'action de l'acide snituriqne concentré. Ils n'offrent aucun indice de développement au moment de leur expulsion. Le nombre qu'en fournit un seul bolhriocéphale est prodigieux : Escbricht a calculé qu'un de ces vers qu'il examinait, en contenait dix millions ; et combien eût-il fallu en ajouter pour tous les anneaux à venir !
Le développement de l'œuf du bothriocéphale large a été observé avec soin par le docteur Knocb, de Saint-Pétersbourg, qui a fait connaître ses premières recherches en mars 1861 . Avant cette époque, l'embryon remarquable de ce cestoïde n'était cependant pas resté inconnu. Scbubart en avait donné la figure dans un atlas resté inédit (cet atlas a été communiqué ou publié après la mort de l'auteur). En même temps que le docteur Knoch ou peu après, Leuckart en Allemagne, et Bertolus en France, observaient le développement embryonnaire du bollu'iocépliale de l'homme : « L'œut du bolhriocéphale, dit l'observateur français, exige pour son développement complet un séjour de six à huit mois dans de l'eau courante ou fréquemment renouvelée... Au bout d'un mois au plus, le vitellus se divise en cellules de quinze millièmes de millimètres de diamètre; bientôt après apparaît au centre une tache transparente ou tache embryonnaire, qui se développe lentement aux dépens du vitellus, tandis que celui-ci se rétracte sur lui-même, laissant entre la coque et lui un espace de plus en plus grand. Au bout de six mois, la tache embryonnaire a envahi toute la masse vitelline ; c'est alors qu'apparaissent les crochets de l'embryon, chez lequel se manifestent déjà quelques mouvements de contraction. Enfin, au bout de sept à huit mois, il se détache de la petite extrémité de la coque une calotte, ou opercule qui livre passage à l'embryon. » Celui-ci est un petit être cilié qui nage en tournoyant à la manière du volvox.
Entre le moment de la formation embryonnaire et celui de l'éclosion, il peut s'écouler uu long espace de temps. M. Leuckarl a vu des embryons tout déve-
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loppés avant l'hiver, n'effectuer leur sortie de l'œuf qu'au mois d'avril suivant. L'époque del'éclosion serait-elle en rapport avec la saison?
L'embryon transparent est formé de deux vésicules sphériques, emboîtées l'une dans l'autre et séparées par un liquide alburaineux.
La vésicule extérieure a de 0""",0'i5 àC^jOSO de diamètre; sa surface est revêtue de cils vibratiles longs de 0'"'",010 à 0'"'",015 qui sont les agents de h locomotion du petit être.
La vésicule interne est lisse, elle constitue l'embryon qui ne paraît renfermer aucun organe appréciable, mais qui est munie de six crochets semblables à ceux de l'embryon des ténias. Elle a de 0°'°',035 à O'""',040 de diamètre, et la paroi est formée par des cellules nucléées très-pâles qui ont 0™'",005 sur 0°"",003 (Berlolus). Les crochets se groupent en trois paires ; ils ne diffèrent point les uns des autres d'une manière sensible ; ilsontO""°,013 de longueur (Bertolus), 0'"»\015 (Leiickart).
L'embryon, devenu libre après l'éclosion, nage rapidement d'abord, en tournoyant sur lui-même ; mais, au ^ , ,.!^' V , ., • t)0'^'t de quelques heures, d'après Bertolus, le mouve-
Embryon hbie du bothrto- i • i • a ,
cephaïus latus. ment se ralentit, cesse bientôt et le revêtement ciliaire
semble disparaître. Le mouvement persiste pendant quatre à six jours d'après M. Knoch, puis l'enveloppe extérieure se déchire, l'embrvon la quitte et périt; d'après M. Leuckart, il peut vivre encore quelque temps après avoir laissé son tégument cilié ; il est même susceptible de ramper par des mouvements auiœboïdiens.
Quelle sera l'évolution de ce petit être et quelles seront ses pérégrinations avant qu'il arrive à l'état adulte? L'analogie nous porterait à croire que, comme l'embryon des distomides avec lequel il a beaucoup de rapport, après avoir rencontré dans l'eau oii il nage, un hôte à sa convenance, il pénétrerait dans ses organes à l'aide des crochets dont il est muni, puis il y attendrait sous une nouvelle forme l'événement qui l'introduirait dans le séjour ultime où il peut acquérir son entier développement, c'est-à-dire dans le tube intestinal de l'homme ; c'est ainsi qu'en ont jugé M. Leuckart et Bertolus. Ce dernier indique même la Ugula nodosa de Rudolphi, qui vit enkystée dans différentes espèces du genre Salmo, comme pouvant représenter la phase intermédiaire entre l'embryon et le proglottis : « Je me suis assuré, dit Bertolus, que cette ligule n'est autre chose qu'un scolex, dont la partie dite céphalique, profondément invaginée dans une portion ca\idale trèsétroite et très-longue, présente avec l'appareil de fixation du bothriocéphale large une analogie complète de forme et de dimensions. »
On peut dire, en faveur de cette manière de voir, que le bothriocéphale large se trouve exclusivement dans des contrées voisines de lacs ou de fleuves qui nourrissent des poissons du genre Salmo. L'existence limitée de ce ver pourrait s'expliquer encore par la vie libre de l'embryon qui serait favorisée par la qualité de certaines eaux. Quoi qu'il en soit, on n'acquerra des connaissances positives à cet égard qu'en suivant l'embryon dans toutes les phases successives de son développement, ou bien par des expériences de transmission suffisamment multipliées, c'est ce qu'ont essayé de faire M. Knoch et M. Leuckart, mais avec des résultats assez peu concordants.
M. Knoch a conclu de ses expériences que l'embryon arrive dans le tube digestif et que, sans l'intermédiaire d'un autre hôte ou d'une nouvelle métamorphose,
CESTOÏDES (les). 587
il se développe directement en scolex et strobila du bothnocephalus latus.
Dans une première série d'expériences, toutes négatives, ce savant a essayé d'infester des larves de phrygaue, des crustacés, des gaslérostés, des batraciens (grenouilles et salamandres) placé? dans un aquarium ; puis par des injections, il introduisit des embryons dans différents organes cbez des chats, des chiens, des lapins et des grenouilles sans aucun résultat. De ces expériences négatives M. Knoch tire la conchisioa que l'embryon du bothriocéphale n'habite point dans un premier hôte. Mais peut-être, comme le fait remarquer Leuckart, le lésultat eùt-il été différent, si les embryons se fussent trouvés en rapport avec d'autres animaux tels que le saumon, par exemple.
Une seconde série d'expériences a eu pour but l'introduction directe des œufs ou des larves dans le tube digestif. M. Knoch, ayant fait avaler à un jeune chien des œufs non développés de bothriocéphale, a retrouvé dans l'intestin quelques individus de ce ver plus ou moins avancés en âge. Il est clair qu'on ne peut rien inférer de ce fait, car l'embryon se forme plusieurs mois après la ponte de l'œuf: d'un autre côté, on sait que le chien est quelquefois infesté par le bothriocéphale de l'homme.
Dans une autre occasion, le même observateur ayant fait avaïer à deux jeunes chiens de l'eau où nageaient un grand nombre d'embryons ciliés, trouva, six semaines après, deux scolex chez l'un de ces chiens, rien chez l'autre.
Des expériences semblables faites par Leuckart sur quatre chiens, qui avalèrent des œufs frais et des embryons ciHés, donnèrent un résultat négatif. Enfin, ce savant, ayant avalé une douzaine d'embryons ciliés et bien vivants, ne put reconnaître, même trois mois après, aucun indice de l'existence dans ses entrailles, du bothriocéphale large. Des expériences de transmission à des cyprins, dans un aquarium, restèrent également nulles.
Postérieurement à ces expériences, M. Knoch, en publia une autre (1869-1870), dans laquelle il avait obtenu encore, chez un chien, plusieurs spécimens de bolhriocéphales adultes et un scolex, correspondant par leur développement à deux époques différentes auxquelles des embryons de ce ver avaient été administrés dans du lait. De nombreux détails anatomiques prouvent bien qu'il s'agissait du bothriocephalus latus; maison peut regretter l'obscurité qui règne sur les détails de l'expérience.
Malgré ce fait nouveau, nous sommes enclins à penser que la question du développement direct de l'embryon du bothriocéphale chez le chien ou chez l'homme n'est point résolue ; quoi qu'il en soit, nous avons à regretter une interruption dans nos connaissances relativement à la période qui est intermédiaire entre l'embryon et le scolex.
Le bothriocéphale habite l'intestin grêle cbez l'homme ; Pallas et M. de Siebold l'ont vu chez le chien ; les expériences de M. Knoch prouvent qu'il se développe assez facilement ou bien assez communément chez cet animaL
Le bothriocéphale n'a jamais été observé d'une manière certaine hors de l'Europe, si ce n'est sur des voyageurs qui l'avaient emporté avec eux.
En Europe, il n'existe que dans certaines contrées assez limitées. Il est commun dans quelques cantons de la Suisse, à Genève surtout; le quart des habitants de cette ville, au rapport d'Odier, subissent les atteintes de ce ver. 11 existe encore communément dans le nord et le nord-ouest de la Russie, en Suède et eu Pologne. Il se trouve beaucoup plus rarement en Hollande et en Belgique. Il est presque
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inconnu en Angleterre. En Allemagne, il se montre dans la Prusse occidentale, dans la Poméraiiie, à Hambourg, à Berlin et dans la Hesse rhénane. Je l'ai quelquefois vu à Paris, chez des Suisses ou chez des Français qui avaient séjourné à Genève.
La connaissance du mode de transmission du bothriocéphale pourrait donner les moyens de nous garantir de ses atteintes. On est certain aujourd'hui que ce ver arrive dans l'intestin de l'homme, soit à l'état d'embryon cilié avec l'eau des boissons dans lesquelles il nage, soit à l'état de scolex avec la chair de quelque poisson du genre Salmo. A Genève, le peuple attribue sa transmission à la Fera. Le diagnostic de la présence de ce cestoïde dans l'intestin est très-facile par UB procédé que j'ai indiqué aussi pour d'autres entozoaires, à savoir l'examen microscopique des matières fécales du malade. Le bothriocéphale, en effet, abandonne ses œufs par une véritable ponte ; or, ceux-ci étant produits en nombre prodigieux, se trouvent en grande quantité dans les selles et leur recherche est facile : chez une dame atteintede ce ver depuis un an environ, j'ai compté trois cent soixante œufs en moyenne dans chaque parcelle de matières intestinales grosse comme la tête d'une épingle.
Les phénomènes pathologiques occasionnés par le bothriocéphale large, ne diffèrent point de ceux que déterminent les ténias vulgaires ; les moyens propres à l'expulser n'ont rien non plus de spécial. Nous renverrons donc pour la pathologie et la thérapeutique à l'article Ténia, ainsi que pour les connaissances nouvelles que nous pourrions acquérir jusque-là.
B. BoiHRiocEPHALUscoRDATUs (Leuckart). Ce ver n'a encore été trouvé qu'au Groëuliuid, oii il existe chez l'homme et chez le chien (Leuckart), chez \e phoca harbata et le tricliechus rosmarus (Krabbe). Son organisation est très-rapprbchée de celle du hotliriocephalus latus. C'est à M. Leuckart que nous en devons la connaissance.
La tète ou scolex du B. cordatus est courte et large et représente la forme d'un cœur (de carte à jouer) ; elle a 2"'™ de longueur sur une largeur à peu près égale. Elle est creusée de deux ventouses profondes, placées aux faces ventrale et dorsale et limitées par deux lèvres saillantes. Le corps s'élargit rapidement, sans cou marqué, de sorte que la partie antérieure est lancéolée. A trois centimètres en arrière de la tête, les anneaux ont déjà atteint leur maturité ; à trois centimètres plus en arrière, ils ont atteint leur plus grande largeur (7 à S°"°).La lon- Pj II gueur de ces anneaux mûrs est en moyenne de 3 à 4°"".
Scolex iiu bothriocephaïus Le strobila n'acquiert point une très-grande longueur, il co^/«i«s, d'après Leuc- ^^ ^q^^^^^ guère uu mètre. Chez de très-jeunes spécimens, qui n'ont point atteint leur maturité, sa largeur s'accroît insensiblement d'avant en arrière, puis décroît de même, de telle sorte que les articles du milieu sont les plus larges et aussi les plus longs. Les corpuscules calcaires sont très-nombreux; leur diamètre est de 0""",028 à 0«"",030. La conformation des organes sexuels n'a rien de bien spécial : la poche du cirrhe est grande; elle a 0'"'",6 de longueur sur 0'"'",43 de largeur; la matrice représente une rosette longue et étroite, avec six à huit cornes latérales. Les œufs sont volumineux, les plus grands sont longs de 0°"",075 et larges de 0'"°',05.
Les spécimens de ce bothriocéphale d'après lesquels Leuckart a fait sa description, étaient environ au nombre de vingt; un seul appartenait à l'homme; tous les autres
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provenaient du chien. Ils avaient été envoyés de Godhavn (Groenland septentrional 70° N.) à Strenstrup, qui les remit au savant professeur de Giessen.
Une femme enceinte, souffrant de violentes douleurs d'estomac, de vomissements répétés et de diarrhée, avait expulsé avec les selles un ténia long et large qui ne fut pas conservé ; quelques jours plus tard, elle en rendit un second plus court, qui lut placé dans de l'alcool; c'est ce ver qui a été remisa M. Leuckart. La femme, après cette expulsion, éprouva quelque amélioration dans sa diarrhée, mais sa santé continua d'être fort altérée.
Quant aux spécimens qui provenaient du chien, quelques-uns avaient été rendus aussi avec les lèces ; plusieurs autres avaient été trouvés, par l'autopsie, dans l'intestin grêle; l'un avait encore la tête fixée dans la membrane muqueuse. Un des chiens avait à la fois huit de ces vers.
Le Bothriocepkalus cordatus n'a été observé, jusqu'à présent, dans aucune autre contrée, et l'on ne possède aucune notion sur son mode de transmission et sur les conditions de sa propagation,
Les Groënlandais sont d'une malpropreté extrême; ils mangent souvent de la chair crue et dévorent jusqu'aux entrailles des animaux. Est-ce là, dit Leuckart, la condition qui leur donne le bothriocéphale ?
C. BoTHRiocEPHALUs CRiSTATus (Davjiue). J'ai observé récemment deux spécimens du ver auqueljedonne lenom de bothriocephalus cristatus. Il ne me paraît pas qu'on l'ait encore décrit et, sans doute, il aura été contondu avec le bothriocéphale large.
Le premier spécimen qui est complet, a été évacué par un enfant âgé de cinq ans, né et élevé à Paris ; il m'a été remis par mon distingué confrère le docteur Féréol. Il se compose d'un fragment long de 1™,92 portant la tête, d'un autre fragment long de 60 centimètres qui faisait évidemment suite au précédent, la moitié antérieure eu offrait toute la constitution, la moitié postérieure était flétrie par la déplétion très-avancée des organes génitaux. Trois autres fragments, l'un de 33 centimètres, l'autre de H et le troisième de 4 centimètres étaient également flétris, mous et ratatinés.
Le second spécimen se compose d'un seul fragment long de 92 centimètres, correspondant à la partie moyenne et postérieure du ver. La tête et la queue manquaient. Son aspect général et sa conformation sont tels, qu'on ne peut douter (ju'ils n'appartienncHt à la même espèce que le précédent. Un assez grand nombre d'anneaux étaient perforés par la ponte. Ce fragment de bothriocéphale avait été expulsé spontanément par un habitant delà Haute-Saône.
Le Bothriocephalus cristatus constitue un long ruban ou strobila, épais, roide, (rude au toucher étant conservé dans l'alcool) ; il est gris roussâtre, opaque, finement et très-élégamment strié en travers, avec un sillon longitudinal médian, visible sur les deux faces et constitué surtout par la dépression des pores génitaux. Sur la face ventrale, ce sillon est limité par deux lisérés étroits, blanchâtres, formés parla saillie du champ médian des anneaux.
La tête ou scolex est très-remarquable et diffère beaucoup de celle du bothriocéphale large. Elle est aplatie, ovale-lancéolée, pointue en avant et représente la forme d'une graine de lin dont le bout obtus se continuerait avec le cou du ver. Elle a 5""" de longueur sur 1 de largeur, et six dixièmes de millimètres d'épaisseur. L'extrémité libre et pointue offre sur chacune de ses faces planes, une crête longitudinale saillante et longue d'un millimètre. Cette double crête constitue un véritable rostre, qui est roide et couvert de papilles saillantes, disposées en
DICT. E«C. XiV. 38
590 GESTOÏDES (les).
séries; il n'existe point de ces papilles sur les autres parties de la tête. Chacune de ces crêtes se continue en arrière sur les faces respectives de la tête, par deux prolongements ou cuisses qui s'écartent de la ligne médiane et laissent entre elles
une sorte de calamus scriptorius. Il n'existe aucune apparence de ventouse ; à moins qu'on n'en trouve l'indice dans un sillon de la ligne médiane qui semble séparer en deux lèvres longitudinales le limbe de cliacune des crêtes , comme on le voit, d'une manière très-marquée au Bothriocephalus cordatus^. Le reste de la tête offre des rides transversales. Le tissu en est serré, compacte, et renferme une grande quantité de Gorpuscules calcaires disposés en quatre traînées longitudinales se prolongeant jusque dans le cou du ver. Les deux traînées latérales sont surtout remarquables par le grand nombre des corpuscules calcaires qui les constitue.
Le cou n'est que la continuation de la tête sans délimitation bien appréciable ; il s'amincit jusqu'à deux millimètres en arrière de celle-ci ; il ne mesure alors qu'un demi-millimètre eu travers ; il s'élargit ensuite iiisen- Scoiex an bothriocephalus cristatus vu sur la face et siblement, se confondant avec le stro-
sur le côté; a, a. crèto médiane; b, son prolonge- bîla juSqu'à 15 Centimètres OÙ il a ment en arrière ; c, c, traînée externe de corpuscules • j •i-i- «» ■ . i f
calcaires; d. d, traînée interne. acquis l millimètre ; mais entre 15
et 20 centimètres, il s'élargit brusquement et acquiert 4 millimètres de largeur.
Le strobila continue de s'élargir régulièrement jusqu'à la distance de 90 centimètres en arrière de la tête, oii il atteint sa plus grande largeur qui est de 9 millimètres. Il décroît ensuite lentement et insensiblement d'avant en arrière où les anneaux les plus étroits n'ont plus que 5 millimètres en travers.
La longueur totale du strobila ne dépasse probablement pas 5 mètres.
Les anneaux sont remarquables par leur peu de longueur : à deux millimètres de la tête, ils sont déjà bien distincts ; ils sont alors longs de 0™'",085. Leur longueur est de 0'""',4 à dix centimètres de la têle , elle est de l"»"" à soixante centimètres, de 1°"",15 à quatre-vingt-dix centimètres où les anneaux ont atteint leur plus grande largeur, de 1™°',42 à un mètre quatre-vingt-dix centimètres qui est l'extrémité du premier segment. Leur plus grande longueur se trouve à l'extrémité postérieure du second segment où elle est de 2""",5, tandis que leur largeur n'est plus que de 3 millimètres.
* Une coupe en travers eût pu décider de l'existence de deux lèvres longitudinales formant chaque crête et interposant entre elles une ventouse qui, quoi qu'il en fût, eût été irès-rudimentaire. Je n'ai pas cru devoir sacrifier, pour cet examen, un spécimen qui est probablement unique aujourd'hui
GESTOÏDES (les). 591
Les anneaux sont encore remarquables par la saillie de leur bord postérieur qui embrasse l'anneau suivant comme une manchette. Ce rebord a jusqu'à 2 dixièmes de millimètres de saillie ; leur série donne au strobila une apparence fortement striée sur les faces et dentelée en scie sur les bords.
L'épaisseur et l'opacité des anneaux empêchent de reconnaître les diverses parties des organes génitaux internes-, ceux-ci par la saillie du champ médian paraissent déjà existera 15 ou 20 centimètres en arrière de la tête. Sur un anneau situé à 1™,90, l'orifice du pore génital {sinus genitalis), situé sur la ligne médiane, se voit à 0™™,25 du bord antérieur de l'anneau. Il est entouré de plusieurs cercles de papilles cutanées très-saillantes {glandulœ prœputiales), arrondies, quelquefois bifurquées au sommet et qui ont jusqu'à 0™™,05 de diamètre et Qmm 04 de hauteur. Elles occupent une zone ovalaire transversalement d'environ
I millimètre dans son plus grand diamètre; l'orifice de l'utérus (stigmate inférieur deBonnet) se voit à 0°"", 5 en arrièredu précédenl, sur le bord de la zone des papilles.
Les cornes de la matrice ne sont distinctes que sur les derniers anneaux en partie vides et flétris. La rosette, qui n'a que 2°"" en travers, paraît plus étroite et plus longue relativement que chez le B. large.
Les corpuscules calcaires sont nombreux surtout dans la tête et dans le cou ; ils ont jusqu'à 0""",02 de diamètre.
Les œufs ne diffèrent point sensiblement de ceux du 6. latus ; assez variables dans leurs dimensions, ils ont environ 0""", 075 de longueur et O"""", 055 de largeur.
II existe assez ordinairement à l'un des bouts, et quelquefois aux deux, un épaississement de la coqne en forme de bouton.
he Bothriocephalus cristatus diffère du Both. latus par la conformation de sa tête qui est pourvue de lèvres saillantes longitudinales en forme de crêtes et non de ventouses allongées et profondes; cette conformation le rapproche plus du Both. cordatus. Il en diffère encore par celle du cou qui n'est pas ridé, mais qui est annelé, par l'aspect du strobila qui s'élargit brusquement à 15 centimètres de la tête, par la petitesse antéro-postérieure des anneaux, par la saillie très-prononcée de leur bord postérieur qui donne au strobila l'aspect d'un ruban finement et agréablement strié, par son épaisseur et sa roideur due en partie à de nombreux corpuscules calcaires, par une largeur et une longueur totale remarquablement moindres, etc.
Enfin les spécimens de ce ver que j'ai recueillis proviennent d'une contrée où ne se trouve pas ordinairement le Bothriocéphale large. Tous les deux ont été rendus par des Français qui n'avaient jamais quitté leur pays.
Le bothriocéphale que j'ai nommé cristatus à cause de ses lèvres saillantes en forme de crêtes, paraît se rapprocher davantage du Bothr. cordatus; mais il diffère de ce dernier assez notablement pour qu'on ne puisse songer qu'il appartienne à la même espèce.
XII. Gestoïdes des animaux domestiques. Plusieurs des vers cestoïdes de l'homme peuvent se rencontrer aussi chez les animaux domestiques et réciproquement. II y aurait donc un véritable intérêt à donner ici l'histoire de ces derniers; mais pour ne pas dépasser les limites qui sont assignées à notre article, nous devons nous borner à une simple indication des vers rubanés des animaux domestiques dont la description, au reste, se trouve dans les traités d'helminthologie.
SoLiPÈDES. (Cheval, âne, mulet). Tœnia perfoliata (Gœze) ; T. plicata (Rudolphi) ; T. mamiliana (Mehlis); T. innome (Baiilet).
59'2 CESTOÎDES (les).
Bêtes BovmES. Tœnia expansa (P\uào\p\ù) ; T. denlicidata (Rudolphi).
Bêtes ovines. Tœnia expansa (Budolphi).
Chèvre. Tœnia caprœ (Rudolphi).
l'oiic. Aucun cestoïde adulte.
Chien. Tcereia serrata (Gœze) ; T . cœnurus (Kiichenmekier) ; T . marginata (Batscli) ; Tœnia serialis (Baillet), Toulouse; T. echinococus {Sieho\d) ; T. cucumerina (Bloch, Rudolphi); T. canis lagopodis (Krsihhe), Islande; T. pseudociicumerina? (Baillet), Paris*. Bothriocephalus serratus? (Diesing);fi. latus {de Siebold, Knoch, Krabbe, Cobbold) ; B. cordatus (Leuckart, Krabbe), Groenland; B. fuscus {Mrabhe), Islande; B. reticulalus dubiiis ei B. dubins? {Krabbe), hhnàe.
Chat. Tœnia crassicolis (Rudolphi); T. elliptica (Batscb); T. p&eudo-eUiptica? (Baillet), Paris; T. canis lagopodis (Krabbe), Islande; Bothriocephalus decipiens (Diesing) ; B. felis (Gréplin, Krabbe) {voy. Gœnore).
G. Davaine.
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C'est très-probablement le tœnia canis Lagopodtn.
CESTONA (eaux minérales de). 59â
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CESTOIVA. (Eaux minérales de) hypothermales ou mésothermales, chlorurées sadiques fortes, sulfatées calciques moyennes, azotées faibles, en Espagne, dans la province de Guipûzcoa, dans l'évêclié de Vitoria, dans la juridiction d'Azpeitia, sur la rive gauche du ruisseau torrentueux l'Urola, au pied des montagnes d'Izarraitz et Ayaquelu (Chemin de fer de Paris à Bayonne, Saint-Sébastien, Villareal et Zumârraga. De cette station il n'y a plus que vingt-quatre kilomètres, qu'une voiture parcourt en moins de trois heures). En 1862, la température des mois de la saison thermale, qui commence le 15 juin et finit le 30 septembre, a été à sept heures du matin de 15" centigrade, en juillet de 17° centigrade, en août de 17<',5 centigrade; à midi de 21°, 5 centigrade en juin, de 25" centigrade en juillet et de 24", 8 centigrade en août; à cinq heures du soir, en juin, de 18°, 7 centigrade, en juillet de âO" centigrade et de 16",2 centigrade, en août. M. lo docteur Zavala, médecin-directeur des eaux et de l'établissement de Cestona , dit que la température moyenne des mois de l'été est de 19" centigrade, que la température maxima est de 27", 5 centigrade et la température minima est de 14" centigrade ; il ajoute que la hauteur moyenne de la colonne barométrique est de 767 millimètres.
L'établissement est alimenté par deux sources, reçues dans deux réservoirs. Elles disparurent en 1852 et n'ont été retrouvées qu'après de laborieuses recherches, dirigées par M. le directeur Zavala. Le griffon actuel des deux sources de Cestona émerge beaucoup plus profondément que l'ancien, ce qui a nécessité de grands travaux, d'importantes modifications dans l'installation de la maison de bains. Les eaux thermo-minérales de Cestona étant apportées dans des réservoirs éloignés de leur point d'émergence, nous ne pourrions signaler les caractères qui
594 CESTONA (eaux minérales de).
les difiérencient au griffon, si nous n'avions pas pu descendre au lieu même où les deux sources jaillissent du sol. Leur débit est de 216,000 litres en vingtquatre heures, lorsque leurs eaux sont réunies et que la couche d'eau, qui recouvre les griffons, n'est pas trop considérable ; dans ce dernier cas, leur rendement est sensiblement diminué. Nous insistons sur ce point, car on ne tient peut-être pas assez compte dans l'appréciation du débit des sources, en général, des variations constantes du niveau de l'eau dans leurs bassins de captage, ce qui pourtant a une importance capitale.
Les caractères physiques et chimiques de l'eau des deux sources de Gestona sont presque les mêmes; ainsi l'eau de l'une et de l'autre serait claire, limpide et transparente, si elle ne tenait en suspension des filaments jaunâtres ; elle est inodore, sa saveur est amère et légèrement salée ; elle laisse dégager par intervalles rapprochés des bulles de gaz assez grosses qui viennent crever avec bruit à sa surface. Leur température n'est pas la même ; ainsi celle qui émerge à gauche du corps de pompe marque '50°,^ centigrade, celle de droite, 32»,1 centigrade. L'eau de toutes deux a une réaction parfaitement neutre ; elle ne dissout pas le savon et elle cuit mal les légumes. Sa densité est de 1,0032 (Salgado) et de 1002 (Zavala).
L'analyse de l'eau àtss deux sources réunies a été faite en 1 859 par M le docteur Justo Maria Zavala, qui a trouvé dans 1000 grammes d'eau les principes suivants :
Chlorure de sodium 5,0347
— calcium 0,0792
— magnésium 0,0846
Sulfate de soude 0,3208
— chaux 1,8130
— magnésie 0,1595
Bicarbonate de chaux 0,0342
— magnésie 0,0509
Phosphate de chaux 0,1953
Silice 0,0759
Matière organique indélenniné.
ToTAl. DES MATIÈRES FliES 8,0681
Gaz azote : 0,02025 grammes.
Deux corps de bâtiment, un sur la route, et l'autre au fond d'une allée plantée, composent l'établissement thermal. Une trinkhalle relie les deux maisons et sert à abriter les buveurs, les jours où ils ne peuvent faire des promenades au grand air. Douze cabinets sans vestiaires sont situés du même côté d'un corridor et contiennent douze baignoires de marbre blanc, trop peu profondes. Les bains s'administrent dans les onze premiers cabinets, le douzième est réservé aux douches. Des serpentins remphs de vapeur servent à élever la température de l'eau de six baignoires et du réservoir destiné à fournir l'eau des douches. Les bains se prennent à l'eau courante à sa température native dans les cinq autres cabinets. L'eau qui se rend à la buvette est aussi à la température de la source. Un robinet fournit à volonté l'eau destinée à la boisson.
Mode d'administration et doses. L'eau de Gestona est, en général, mal supportée par l'estomac à dose même ordinaire ; aussi l'expérience a-t-elle appris qu'il n'en faut pas boire au début plus d'un demi-verre à la fois. On doit aussi diminuer par degrés la quantité d'eau à la fin du traitement thermal. Le médecin conseille ordinairement de commencer par deux verres chaque matin, pris en quatre fois, et de demi-heure en demi-heure. Lorsque les buveurs sont progressivement arri-
CESTONA (eaux minébales de). 5»5
vés à la dose habituelle, qui est de six à huit verres, il est indispensable qu'ils soient à la source le matin de très-bonne heure, pour laisser l'intervalle d'une heure entre la dernière dose et le premier déjeuner.
Action thérapeutique. Les effets physiologiques de l'eau de Cestona se manifestent principalement du côté du tube digestif. Huit ou dix petites retiradas, construites en face de la trinkhalle et de l'autre côté de l'allée, qui relie les deux maisons de bains, indiquent, en effet, l'action purgative de l'eau de Cestona. Son action diurétique est incontestable, et les buveurs ne tardent pas à reconnaître, que l'eau qu'ils avalent est en quantité moins considérable que la sécrétion de l'urine. 11 est facile de constater, que l'usage non interrompu des eaux de Cestona en boisson pendant un certain nombre de jours occasionne une augmentation trèssensible de l'appétit, une facilité plus grande de la digestion et exerce une action réconstituante. L'eau de Cestona est tonique et réparatrice en vertu des principes qu'elle tient en dissolution, ainsi qu'on l'observe à toutes les sources chlorurées sodiques et magnésiennes fortes. Les bains agissent comme calmants, comme sédatifs des systèmes nerveux et sanguin, lorsque surtout ils sont administrés à la température native de l'eau des sources. Si le médecin les conseille à un degré de chaleur plus élevé, à 37° ou 38° centigrade, par exemple, ils sont plus excitants ; il suffit de quelques jours pour constater leur action débilitante. Les douches ont des effets altérants, résolutifs, excitants, toniques, etc., suivant leur mode d'application, leur durée, leur température, leur pression, la grosseur, la forme ou l'exiguïté de leur jet, etc.
Les eaux chlorurées sodiques fortes sont celles qu'il convient de prescrire, avant toutes, dans les accidents qui reconnaissent pour cause ou un lymphatisme exagéré ou l'existence de la scrofule. Les eaux de Cestona ne font point exception à la règle, et les médecins espagnols sont heureux de les avoir, car ce groupe d'eaux minérales n'est pas nombreux dans un pays oii les manifestations strumeuses sont loin d'être rares.
Ces eaux prises en boisson surtout, améliorent ou guérissent les affections bronchiques, même lorsquelles sont accompagnées d'hémoptysies. Faut-il attribuer ce résultat au gaz azote qu'elles contiennent? Cela est possible, si les expériences établies à Panticosa (voy. ce mot), confirment les premiers essais tentés à cette station. Quoi qu'il en soit, le médecin ne doit pas oublier qu'il est nécessaire de surveiller, avec une précaution minutieuse, l'administration d'eaux qui ne doivent jamais être employées alors qu'à doses excessivement minimes, surtout au commencement du traitement thermal. Les eaux de Cestona conviennent dans les dyspepsies stomacales et intestinales produites par une atonie des parois de l'estomac ou de l'intestin, par un vice de sécrétion de la membrane muqueuse de ces organes. Il faut se garder de prescrire ces eaux au contraire, lorsque ces états pathologiques sont la conséquence d'affections aiguës que leur ingestion ne tarderait pas à rappeler si elles avaient à peu près disparu, à exaspérer, s'il en restait quelques traces. Dans les congestions hépatiques , accompagnées d'obstructions , de difficultés dans le libre cours de la bile, les eaux de Cestona à l'intérieur ramènent souvent un état de santé complet.
Tels sont les troubles morbides auxquels il convient d'opposer une cure interne ; un traitement à la fois interne et externe doit être appliqué dans les affections si diverses et quelquefois si graves qui reconnaissent pour cause une diathèse rhumatismale. Il est bon de rappeler encore qu'il faut consulter avant tout la constitution, le tempérament du malade, et ne jamais conseiller un séjour à Cestona aux
596 CESTONI.
rhumalisauts jjléliioiiques, ou qui ont une prédisposition à la congestion ou, à l'hémorrhagie cérébiiile ou pulmonaire. Ceux, au contraire, qui sont affaiblis par l'affection à laquelle ils sont depuis longtemps en proie ; ceux qui ont une disposition lymphatique ou scrofuleuse ; ceux, en un mot, chez lesquels les liquides blancs sont en proportion notable, sont très-utilement envoyés à toutes les eaux cbloi urées sodiques fortes, et, par conséquent, à Cestona. Mais il faut se garder d'apphquer ces eaux, bien qu'elles aient plus d'un point de ressemblance avec celles de Bourbonl'Archambault {voy. ce mot), dans les paralysies résultant d'une hémorrhagie cérébrale récente ou ancienne. Nous n'avons pas besoin de rappeler ici les motifs de cette réserve. C'est dans les paralysies nerveuses, rhumatismales, sine materia, etc., dans les pertes du mouvement ou de la sensibilité que les bains chauds et les douches à forte pression et à fort calibre sont le plus utilement employés. Les bains à la température native de l'eau sont préférables, au contraire, lorsqu'il s'agit des névralgies et des névroses. Les eaux de Cestona sont utilement conseillées dans les affections utérines liées à un état chloro-anémique, dans les roideurs articulaires, nuisculaires ou cicatricielles venues à la suite de certaines affections internes ou de grands traumatismes.
Il faut défendre l'usage des eaux de Cestona à tous ceux dont la maladie n'a pas complètement cessé d'être aiguë, car elles ne tardent pas à raviver un état inflammatoire incomplètement terminé. Le médecin doit se souvenir de cette recommandation ; elle est importante, surtout pour les personnes qui ont une affection sub-aigiië du tube digestif, des voies uro-poiétiques ou de l'appareil utérin.
Durée de la cure. Le traitement dure quinze jours, en général, mais assez fréquemment les baigneurs font deux cures dans la même année.
On exporte très-peu les eaux de Cestona. A. Roturead.
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CËStTOIVI (GiACiNTo). Pharmacien naturaliste du dix-septième siècle, qui nous intéresse par ses recherches sur l'acarus de la gale. Cestoni était né dans un village de la Marche d'Ancône, le 13 mai 1637, de parents très-pauvres, qui le firent entrer fort jeune encore, dans la pharmacie. Après avoir résidé successivement à Rome, à Livourne, à Marseille, à Lyon et à Genève, il revint à Livourne pour s'y fixer définitivement ; c'est dans cette ville qu'il mourut le 29 janvier 1718, dans un âge très-avancé. A peu près dépourvu d'instruction, mais doué d'un esprit d'observation très-remarquable, il s'attacha à étudier la nature sans se préoccuper de ce que les autres avaient pu dire avant lui. Il n'a même publié directement aucun de ses travaux ; ils ont paru soit dans des recueils, soit dans les œuvres de ses amis Redi et Vallisnieri. Ses mémoire» sur la salsepareille, sur la manière de préparer le quinquina, ont été insérés dans la Galleria di Minerva, t. IV et VI. La description de l'acarus de la gale qu'on lui attribue généralement est la plus ancienne, et, à part quelques erreurs, la plus complète qui ait été publiée jusqu'à ces derniers temps : les planches qui l'accompagnent prouvent qu'il avait trèspositivement observé l'insecte. Cette description fut adressée à Redi, en 1687, sous le nom de Bonomo, et sous forme de lettre ; puis une douzaine d'années
CESTREAU. 597
plus tard, dans une nouvelle épître adressée cette fois à Vallisnieri, Ces le ni réclama comme lui appartenant les observations contenues dans la lettre signée Bonomo ; on prétendit même que ce nom était un pseudonyme sous lequel s'était caché Cestoni. M. Fûrstenberg, dans son ouvrage sur la gale de l'homme et des animaux (p. 15 et suiv. Leipsig, 1861, in-fol.), a établi par de savantes recherches l'existence de ce Bonomo, fils d'un pharmacien français, qui ayant travaillé chez Cestoni, entreprit avec lui une série d'études surl'acarus, qui furent terminées en 1686. Ce Bonomo passa ensuite en Allemagne, et on n'entendit plus parler de lui ; c'est alors que Cestoni, qui savait peut-être très-bien à quoi s'en tenir sur le destin de sou ancien collaborateur, adressa sa réclamation sans crainte d'être contredit. D'après cette nouvelle version, Cestoni n'aurait donc que moitié part dans les découvertes que renferme la fameuse lettre à Redi. E. Bgd.
CESTREAU. Cestriim. L. Genre de plantes Dicotylédones, appartenant à la famille des Solanées. Les espèces de ce genre, tel qu'il a été établi par Linné et accepté par la généralité des botanistes, présentent les caractères suivants : Galice campanule, quinquifide. Corolle gamopétale, infundibuliforme, à tube grêle plus long que le calice, évasé vers son orifice, à limbe découpé en cinq lobes. Cinq étamiues insérées sur la corolle et alternes avec ses divisions. Ovaire biloculaire surmonté d'un style simple et d'un stigmate obtus, concave, ou obscurément bilobé. Fruit bacciforme, entouré par le calice, ou même enfermé dans cet organe. Ce fruit est à deux loges et contient des graines peu nombreuses renfermant dans un albumen charnu un embryon droit.
Les Cestrum sont des arbrisseaux, à feuilles alternes, le plus souvent solitaires, rarement géminées, entières. Ils habitent l'Amérique tropicale. Les principales espèces intéressantes sont:
1» Le Cestreau nochirne [Cestrum nocturmim L.) qui croît dans l'Amérique méridionale. On l'appelle It; Galand de nuit. C'est un arbrisseau de deux à trois mètres de haut, dont les feuilles ovales ou lancéolées sont d'un beau vert ou panachées de jaunâtre! Les fleurs sont de couleur verdâtre, et donnent des fruits sphériques de la grosseur d'un petit pois et de couleur blanche. Les fleurs donnent le soir un parfum très-agréable et très-fort, mais qui, dans un endroit fermé, fatigue et incommode. Les baies contiennent un suc vénéneux, qui agit comme les solanées vireuses. L'extrait peut être utilisé dans certaines affections nerveuses et par- .ticulièrement, d'après Descourtilz, dans la Danse de Saint-Gui.
2° Le Cestreau auricidé [Cestnmi auriculatum Lhérit.) queLamark a appelé C. Heduinda, parce qu'il le rapporte à la plante ainsi nommée par les naturels du Pérou. C'est un arbrisseau de ti'ois à cinq mètres de haut. Ses feuilles sont pétiolées,oblongues, lancéolées, aiguës, d'un vert mat, molles et d'une odeur désagréable. Les fleurs sont verdàtres, teintées d'un rouge foncé: la corolle est couverte d'une pubescence courteet visqueuse. D'après le PèreFeuillée, la plantedonne, pendant la nuit, une odeur musquée, qui devient désagréable pendant la journée. D'après Martius, on l'emploie comme fébrifuge. On l'utilise aussi à l'extérieur contre l'œdème des parties, ou en bains comme calmant les douleurs hémorrhoïdales.
3" Le Cestreau à grandes feuilles {Cestrum macrophyllum Vent.), espèce des Antilles, haute de deux mètres environ, munie de grandes feuilles trèsglabres, ovales oblongues, acuminées, exhalant, quand on les froisse, une odeur comparable à celle des feuilles de noyer. Les fleurs sont fasciculées, sessiles, d'un
jaune pâle d'abord, prenant, avec l'âge, une couleur de rouille : elles sont à l'aisselle de bractées de couleur également ocreuse. Cette espèce est suspecte. Ses graines, mêlées à de la viande hachée, servent à faire des appâts destinés à faire périr les bêtes féroces.
¥ Le Cestremi à feuilles de Laurier {Cestrum laurifolium Lhérit.) plante très-voisine de l'espèce précédente et a des propriétés analogues. Elle habite l'Amérique méridionale. C'est le Cestrum venenatum de Lamarck.
5° Le Cestreau Parqui {Cestrum Parqui, Lhérit.) espèce du Chili, du Brésil austral, à feuilles lancéolées, glabres, atténuées des deux côtés, à fleurs disposées en corymbes à l'extrémité des pédoncules terminaux. Les fruits sont noirs violacés et donnent une encre violette, qui peut être utilisée pour le dessin. La plante est très-fétide. La décoction a été employée contre la teigne.
6° Le Cestreau des teinturiers [Cestrum tinctorium, Jacq.), plante de la Nouvelle-Grenade, à feuilles ovales lancéolées, glabres, brillantes, dont les baies arrondies d'un violet foncé donnent un suc bleu de couleur très-persistante, que les vice-rois du pays employaient jadis en guise d'encre pour les écritures officielles.
On sépare généralement des Cestrum, une espèce du ca[) de Bonne-Espérance, qu'on décrivait autrefois sous le nom de Cestrum venenatum (Thunberg, non Lamarck) et qui est devenue le type du genre Acocanthera, G. Don. (Acocanthera venenata, G. Don.). Les baies de cette espèce sont vénéneuses et leur suc, mêlé au venin des serpents, sert, d'après Thunberg, aux Bochismans à empoisonner leurs flèches.
Linné. Gênera, n°261. — Lhéritier. Stirpes, tab. 34-36. — Ruiz et Pavon. Flora Peruviana, tab. 154-157. — Endlicher. Gênera Plant., 3865 et supplementum, I, 3867. — Lamarck. Diction. Encyclop., I, 687. — Feuillée. Plantes médicinales, 111,26. — Descodrtilz, Flore médicale des Antilles, III, p. 47 et 79. — Walpers. Repertorium, III, H4. Pi.
CÉTACÉS. On nomme ainsi, du latin Cete, des animaux, pour la plupart de grande taille, vivant exclusivement dans l'eau et dontja physionomie extérieure rappelle à certains égards celle des poissons. Ce sont toutefois des mammifères, ce que l'on démontre aisément par l'examen de leurs différents syslèmesd' organes. La peau des cétacés a la même structure que celle des vertébrés de cette classe et dans certains cas il s'y développe des poils semblables aux leurs, quoique toujours en petite quantité. Les organes des sens des mêmes animaux ont la conformation et la complication qui distingue ceux des vertébrés à mamelles. Les sens de la vue et de l'ouïe sont en particulier dans ce cas, et si les oreilles externes manquent aux cétacés on peut rappeler que la même particularité se retrouve chez beaucoup d'autres mammifères. Leur bouche est habituellement garnie de dents qui tout en étant uniradiculées sont cependant semblables anatomiquement à celles des mammifères et il n'y a de particulier aux cétacés que l'avortement de ces organes dans les haleines. Leur estomac offre une complication qui rappelle l'estomac multiple des ruminants et leur anus est séparé des organes génito-urinaires au lieu d'aboutir îu cloaque comme chez beaucoup d'ovipares. En outre les cétacés sont des animaux à respiration aérienne et dont les poumons sont logés avec le cœur dans une cavité thoracique séparée de l'abdomen par un diaphragme ; leur cœur a quatre cavités distinctes et ils ont le sang chaud. Ajoutons que le cerveau des cétacés affecte les dispositions caractéristiques des mammifères et qu'il est même pourvu de circonvolutions très-multipliées, les cétacés étant d'ailleurs doués d'une intelligence véritable et occupant sous ce rapport un rang élevé dans la classe à laquelle ils appartiennent. Le squelette lournit de nouvelles preuves à l'appui de la réunion
des cétacés aux quadrupèdes vivipares, soit que l'on en étudie spécialement sa partie crânienne soit que l'on tienne compte des antres pièces dont il est formé ; mais les cétacés manquent de clavicules, ce qui est aussi le cas de certains autres mammifères, et ils n'ont pas de membres postérieurs. On ne leur trouve de même qu'aux sirénides qu'une paire d'os pelviens indivis. Cependant les baleines possèdent des rudiments osseux de la jambe cachés dans les chairs. Le mode de génération des cétacés et la disposition de leurs organes reproducteurs ne fournissent pas de moindres arguments en faveur de leur classement dans la première classe des vertébrés; en effet les cétacés font des petits vivants, qu'ils nourrissent comme les autres mammifères avec le lait sécrété par leurs mamelles, et leurs organes sexuels ont aussi le degré de complication propre à la plupart des animaux de cette classe. Leur mode de placentation a même uneassez grande analogie avec celui qui caractérise les chevaux. Tout dans l'organisation des cétacés comme dans leurs fonctions démontre donc que ce sont bien des animaux mammifères, et si on les a quelquefois placés parmi les poissons, c'est contrairement aux indications que l'on peut tirer de l'étude de leurs organes ou de celle de leurs fonctions. D'ailleurs les anciens savaient très-bien que les cétacés engendrent des petits vivants, et Aristote avait signalé l'analogie qu'ils ont sous ce rapport avec les quadrupèdes vivipares.
Linné, qui avait d'abird associé les cétacés aux poissons, les a bientôt après réunis aux mammifères et il en a fait le dernier ordre de cette classe, ce qui a été imité par Guvier. Celui-ci leur réunissait, il est vrai, les sirénides {voy. Sirénides) ou cétacés herbivores qui, tout en vivant comme eux dans l'eau et en ayant aussi une forme à certains égards ichthyoide, sont bien éloignés cependant de leur ressembler par les détails de leur structure. De Blainville a montré que les cétacés herbivores et les cétacés proprement dits ne doivent pas être réunis dans un même ordre, et il a en même temps proposé de rapprocher les derniers des édentés, en reportant au-dessçus d'eux dans la série mammalogique les marsupiaux que Guvier rapprochait des carnivores ou les monotrèmes dont il a fait une famille de l'ordre des édentés. Ces animaux constituent la deuxième et la troisième classe de sa méthode ; la première sous-classe dont les cétacés font partie comprend tous les mammifères pourvus d'un placenta c'est-à-dire tous ceux qui ne sont ni didelphes, et par conséquent marsupiaux, ni ornithodelphes, c'est-à-dire nionotrèmes {voy. l'art. Mammifères).
Il est facile de séparer les cétacés du reste des mammifères placentaires, comme aussi de montrer que les sirénides ne doivent pas leur être associés. L'absence de membre postérieur, le grand développement de la région caudale qui n'est pas séparée du reste" du corps comme chez les mammifères ordinaires, et la transformation des membres antérieurs en rames natatoires font immédiatement reconnaître les c tacés, soit les faux cétacés ou les sirénides, soit les véritables cétacés ou les souffleurs. Mais en tenant compte des caractères particuliers à chacun de ces deux groupes on remarque que si les cétacés proprement dits se rapprochent des édentés par quelques-unes des particularités de leur organisation, c'est au contraire aux proboscidiens et aux porcins que ressemblent les cétacés sirénoïdcs. Les sirénides ont en effet deux sortes de dents, leurs molaires sont multiradiculées et leurs mamelles sont pectorales, tandis que chez les vrais cétacés les dents sont d'une seule sorte et presque toujours uniradiculées et les mamelles placées auprès de la vulve.
A part quelques espèces, les cétacés sont des animaux marins, et ils ne quittent
jnniais les eaux salées. Tout dans leur organisation est en rapport avec la vie aquatique, et ils nagent avec une extrême facilité. C'est parmi eux que prennent place les plus grands des mammifères, la baleine et le cachalot. L'homme les poursuit pour se procurer l'huile dont leur corps est chargé. A l'occasion il mange la chair de quelques-uns d'entre eux ; leurs os peuvent servir à la fabrication de divers objets ; les dents des cétacés principalement celles des cachalots et du narval fournissent un excellent ivoire et certaines espèces donnent aussi des produits spéciaux, la baleine par exemple. Les lames flexibles et de nature cornée qui portent son nom servent à différents usages. C'est du cachalot que proviennent le spermaceti ou blanc de baleine ainsi que l'ambre gris.
Quelques cétacés se tiennent aux embouchures des grands fleuves, ou remontent même dans les cours d'eau à une certaine distance. Le platanisite du Gange et l'orcella brevirostre de l'Irrarvaddi sont dans ce cas. L'inia et des dauphins, moins différents du dauphin de nos côtes, habitent r.\mazone et ses affluents; ils ne descendent point à la mer.
L'hisfoire naturelle des cétacés offre un grand intérêt, et, à toutes les époques, les savants s'en sont préoccupés. Mais lorsque l'on veut poursuivre de semblables recherches on ne tarde pas à rencontrer des obstacles sans nombre. A cause de leur énorme taille autant que par la nature des parages qu'ils fréquentent, la plupart des cétacés sont difficilement accessibles à nos moyens d'investigations et il est bien rarement possible de préparer avec tout le soin désirable la dépouille des exemplaires qu'on a réussi à se procurer. La préparation des squelettes euxmêmes offre souvent des obstacles insurmontables ; aussi la cétologie est-elle restée longtemps stationnaire, et il y a quelques années à peine, la nomenclature des baleines et celle de plusieurs autres genres de même ordre étaient encore dans un état d'imperfection regrettable.
L'ouvrage publié par Lacépède sur ce groupe d'animaux est loin de répondre aux exigences de la science. Il était donc devenu indispensable de mieux caractériser les espèces et les genres et d'en établir un dénombrement à la fois exact et complet. A défaut de la connaissance approfondie des caractères extérieurs, l'ostéologie des cétacés pouvait conduire; comme celle des autres animaux, à des résultats certains, mais les collections publiques ne renfermèrent d'abord qu'un nombre de pièces trop restreint et par suite incapable de conduire à un résultat utile. Après quelques essais de P. Camper parut le travail consacré à ces intéressantes questions par G. Cuvier et inséré dans ses Recherches sur les ossements fossiles. L'auteur y donnait des détails non-seulement sur les pièces fossiles provenant de ces animaux qu'il avait pu se procurer, mais aussi la description du squelette ou tout au moins du crâne des baleines, des cachalots et d'un certain nombre de dauphins. F. Cuvier a dit avec raison, que le premier exemple bon h suivre danscette matière avait été donné par son frère. En effet les recherches du grand naturaliste français ont jeté une vive lumière sur l'histoire des espèces dont il avait pu se procurer les parties osseuses, et elles ont montré que l'on pouvait arriver par ce moyen à des résultats bien autrement précis que ceux dont Othon Fabricius et Lacépède s'étaient contentés.
Mieux renseignés sur les mœurs de ces gigantesques animaux que ne l'avaient été leurs prédécesseurs, Scoresby et Eschricht ont pu faire accomplir à la cétologie de nouveaux progrès et le second de ces observateurs a joint aux indications que lui avaient fourni ses correspondants des desci iptions anatomiques fort bien faites. Ces progrès ne se sont pas ralentis et chaque jour de nouvelles publications vien-
nent augmenter la somme de nos connaissances relatives aux mammifères marins. Aussi la liste s'en est-elle accrue d'une manière remarquable et maintenant on en connaît environ cent cinquante espèces et près de deux cents, si l'on joint les fossiles à celles qui peuplent actuellemenlinos mers. De temps en temps on en découvre encore de nouvelles, même dans les parages les plus fréquentés. Témoin le Dioplodoii européen harponné il y a environ vingt-cinq ans à l'entrée de la Manche et dont il n'a été repris depuis lors d'exemplaires sur aucun point du globe. Certaines de ces espèces ne sont encore connues que par un très-petit nombre d'individus, et les plus grandes sont souvent celles dont l'histoire est restée le plus imparfaite. Ce n'est que dans ces derniers temps que l'on a appris à distinguer la baleine des Basques de la baleine franche avec laquelle on la confondait. La diagnose précise de plusieurs autres animaux de la même famille est également de date trèsrécente. Les caractères distinctifs de la baleine marginée qui habite les mers australes dont M. Gray fait son genre ^eo balœna, n'ont été reconnus que dans ces derniers temps. Les ziphius, gros cétacés de la Méditerranée que l'on trouve aussi dans l'Océan atlantique et jusque dans la mer des Indes, ont été longtemps considérés comme constituant un genre éteint.
Il existe plusieurs familles naturelles parmi les cétacés et l'on peut grouper ces animaux en deux séries principales qui sont les balénidés ou mysticètes (cétacés à fanons) et les cétodontes ou cétacés pourvus de dents persistantes, tels que les cachalots, les hyperoodons, les ziphius, les orques, les marsouins, les narvals, les bélugas, les platanistes, les inies, les pontoporia et les dauphins de toutes sortes ayant une analogie plus ou moins grande avec le delphis des anciens.
Auxcaractères de la dentition qui servent à distinguer de prime abord ces deux grands groupes de cétacés s'en joignent plusieurs autres. Le cerveau des balénidés n'a pas la même forme que celui des cétodontes; ceux-ci n'ont jamais la bouche garnie de fanons et leur sternum est ordinairement composé de plusieurs pièces tandis qu'il n'y en a qu'une seule chez les baleines ; en outre plusieurs de leurs côtes prennent attache sur cet os, contrairement à ce qui a lieu chez les cétacés à fanons qui n'ont qu'une seule côte sternale.
Lorsque l'on compare les cétacés à fanons, soit les baleines proprement dites les Rorquals, les balénoptères et les autres genres qui ont été reconnus parmi ces animaux, avec les cétodontes ou cétacés à dents persistantes et sans fanons dont nous avons rappelé plus haut les principaux genres, on est conduit à se demander si ces deux sortes de mammifères aquatiques doivent être rapportées à un seul et même ordre, ou si les caractères qui les séparent l'une de l'autre ne sont pas, au contraire, supérieurs en importance à ceux que l'on observe d'ordinaire chez des animaux appartenant à une même série naturelle. La conformation du crâne, la disposition du sternum, etc., établissent en effet entre ces mammifères des différences telles qu'elles laissent difficilement supposer une condition intermédiaire et de passage les reliant les uns aux autreii, et l'on doit, jusqu'à ce que ce terme de transitibn ait été découvert, les considérer tout au moins comme constituant deux sous-ordres distincts sinon deux ordres. P. Gervais.
Bibliographie. — Lacepède. Histoire nat. des cétacés, i vol., in-4°, avec pi. Paris, 1804. — Camper (P.). Observ. anat. sur la structure intérieure et le squelette de plusieurs espèces de cétacés, in-4°, avec pi. Paris, 1820. — Cuvier (G). Ossements des cétacés, dans ses Recherches sur les ossements fossiles; t. V, p. 273 à 596, pi. 21, 27. 1825. — Esciiricht. Plusieurs ménoires sur les cétacés, insérés parmi ceux de ['Académie de Copenhague. — Reinhardt, ibid. — EscHBicHT, Reinhardt et I.illjeborg, Becent Memoirs on the Cetacea ; publication faite par h Roy. Society, in-toL, avec pi. Londres, 1866. — Graï (J.-E.). Catalogue of Whales. \n t/ie
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British Muséum, 2' édit., in-8">, avec fig. ; Londres, 1866. — Gehvais (P.). Différents mémoires.— Van Beneben. idem. — Owen, idem. — Flowes, idem. — Malm, Hvaldjus i svevige» Musées aw ISCQ, in-4°, avec pi. ; Stockhoim; 1871. — Van Beneden et P. Gervais. Ostéographie des Cétacés, in-4", avec atlas, in-fol. (Ouvrage en cours de publication). P. G.
CÉTÉRIE. Voy. Gétylène.
CÉTERACH. D. G. Genre de plantes Cryptogames, appartenant au groupe des Fougères, et caractérisé de la manière suivante : Groupes de sporanges dépourvus d'iiidusium, situés à la face inférieure des frondes, linéaires ou oblongs, entremêlés de nombreuses écailles scarieuses, brunâtres, lancéolées ou filiformes.
La seule espèce intéressante est le Céterach officinarum DG., qui porte aussi les noms vulgaires de Daurade, Dauradille. Cette plante pousse de sa racine un certain nombre de frondes de cinq à quinze centimètres de long. Ces frondes, courtement pétiolées, sont lancéolées dans leur forme générale et découpées jusqu'à la nervure médiane, en segments arrondis, épais et entiers, placés alternativement de chaque côté. La fronde, verte à la face supérieure, est comme dorée à la face inférieure par les nombreuses écailles scarieuses qui se rencontrent dans les Céterachs.
La plante est commune dans nos régions : on la trouve sur les vieux murs et sur les rochers humides ou ombragés.
Le Céterach paraît avoir été surtout mis en vogue par les Arabes ; Jean Bauhin l'identifie à ÏAsplenion des Grecs. On l'a recommandé comme adoucissant et pectoral. Ou l'a aussi préconisé contre les calculs du rein et de la vessie. Les feuilles sont légèrement astringentes.
Linné. Species, 1558. — De Candoiie (A.-P.). Flore française, II, p. 566. — Gbenieb et GoDRON. Flore de France, III. — Guibdurt. Drogues simples, II, p. 79. — Badhin (Jean). Histor. Plantar., III, 749. — Lobel. Adversaria, p. 560. Pl.
CÉTIIHE. C**H**0*. Les vastes cavitésde la tête du cachalot (Physeter macrocephalus) sont remplies d'une huile tenant en dissolution une matière grasse, qui, après la mort de l'animal, se sépare sous forme cristalline. Cette m£(tière {Blanc de baleine, Spermaceti) renferme toujours une portion du liquide qui la tenait en dissolution; pour l'en débarrasser, il faut la dissoudre plusieurs fois dans l'alcool bouillant, d'oiî elle se déposera en paillettes nacrées. Ainsi purifiée, elle porte le nom de cétine.
La cétine est une substance blanche à texture cristalline, inodore, fusible à 49°, et se figeant en une masse formée de larges lames. A 360°, et à l'abri de l'air elle se volatilise sans se décomposer ; mais si l'on opère sur de grandes quantités, et en distillant rapidement, il passe un mélange de cétine et d'acides gras. La cétine est insoluble dans l'eau, très-soluble dans l'alcool absolu et dans l'éther.
On ne saponifie aisément la cétine qu'en la fondant avec de la- potasse en poudre. On obtient ainsi un corps neutre, VEthal (Alcool ce'tylique = G'*H^*0^) et Vacide ethalique oupalmitique (G'^H^*0*) qui reste combiné avec la potasse.
La saponification de la cétine s'accomplit donc d'après les mênies lois que celles des corps gras ordinaires ; d'où l'on peut conclure que la cétine est chimiquement constituée comme tous les corps gras.
Tels sont les résultats très-nets obtenus par MM. Dumas et Peligot (Ann. de Chimie et de Phys., t.LXIl, p. 5), mais postérieurement, M. Heintz {Poggend. Ann. (5), t. LXXXlV,p. 232) a prétendu que la cétine, en se saponifiant, en outre de l'acide ethalique, produit de Vacide stéarique de Vacide myrisiiqiie de Vacide
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cocciniqiie et de Vacide cétique ; si bien que la cétine, malgré tous ses caractères qui 1 appellent une espèce bien définie, ne serait, ainsi que la plus grande partie des cûips gras, naturels, qu'un mélange de plusieurs espèces {voy., pour l'emploi médical, Blanc de baleine). M.
CÉTIQUE (Acide) G'°H^''0*. D'après les recherches de M. Heintz {Poggend. ann. (5), t. LXXXIV, p. 232) cet acide serait un des produits de la saponification de la cétine. . M.
CÉTODOXTES. Nom sous lequel on comprend l'ensemble des cétacés qui manquent de fanons et possèdent des dents permanentes. Les principaux genres de cette division sont les cachalots, les platanistes, les orques, les globicéphales, les grampus, les tursio, les dauphins proprement dits, les marsouins, les narvals et les bélugas. P. Gervais.
cÉTOiRïE. Genre d'insectes, type de la famille des Gétonidées, à laquelle il a donné son nom ; il rentre dans la division des Coléoptères pentamères lamellicornes, qui comprend aussi les hannetons, etc., et se compose, de même, d'espèces vivant de substances végétales. La famille des Cétoines se partage eu un nombre assez considérable de genres, répartis eux-mêmes en trois séries, auxquelles on a donné les noms de Gétonides ou Cétoines proprement dites, Gymnétides et Trichides. On en trouvera la description dans les ouvrages de MM. Gory et Percheron. La liste de leurs espèces a été donnée par Gemminger.
De toutes les Cétonidées, la seule qui nous intéresse est la Cétoine dorée (Ceioniaaurata), bel insecte vert cuivré, à reflets dorés, connu de tout le monde, que l'on rencontre jusque dans les jardins, oîi il se tient le plus souvent dans les roses. La Cétoine dorée exécute son développement en une année.
Elle passe, dans quelques parties de la Russie, pour un spécifique contre la rage, et il en a été question comme telle dans quelques publications françaises, mais sans que rien soit venu justifier cette assertion.
D'après M. Mandeliny, on se borne, dans les gouvernements de Tchernigof et de Seratof, à réduire les Cétoines en poudre et à les étendre ainsi préparées sur des tartines de pain beurré que l'on mange. M. Bogdanow dit que les chasseurs des gouvernements de Voronège et de Koursk ont l'habitude de donner, de temps en temps, à leurs chiens, une moitié de Cétoine mise en poudre et mêlée à du pain ou à un peu de vin, supposant que cela aussi est un bon préservatif.
MM. Sauvan et Alquié, de Montpellier, ont proposé d'employer la poudre de Cétoine contre l'épilepsie. P. Gervais.
CÊTOL. Voy. Cétylique (Alcool).
CÉTR4IRE. § I. Botanique. Cetraria Acharius, Genre de Cryptogames, appartenant au groupe des Lichens et caractérisé par ses thallus dressés, foliacés, cartilagineux ou membraneux, lobés, laciniés, sans rhyzines à la face inférieure, glabres. Les fructifications sont placées sur les bords et à l'extrémité des lobes : elles forment des apothécies ou scùtelles planes ou légèrement convexes.
L'espèce intéressante dans le genre Cetraria est le Lichen d'Islande ou Cetraria Islandica Ach. {Lichen Islandicus. L. Physcia Islandica,])G. Lobaria Islandica, Hoffm.). Cette plante croît dans les régions arctiques de l'ancien et du nouveau monde. De là elle s'étend au sud dans des stations d'autant plus élevées qu'elles