IJ
Prov. Ouest . . .
Prov. Kord-Ouest.
Prov. Sud . . . .
Prov. Est ... .
Prov. INord , . , Prov. centrale . .
69,73 Moyenne.
Totaux . . .
La population de Ceylan est loin d'être uniforme; elle offre, au contraire, de grandes variétés et de grandes dissemblances, selon les lieux.
Il faut d'abord remarquer qu'à Ceylan, comme d'ailleurs dans la péninsule indienne et sur presque tout le continent de l'Asie, on rencontre, au milieu des régions montagneuses les moins abordables, dans les forêts élevées, oti elle a cherché à sauvegarder son indépendance, une population distincte du reste, autant par le type que par les mœurs. Les montagnards de Cejlan sont connus sous le nom de Veddas. Il n'est guère permis de douter que ce peuple ne représente ce qui reste des aborigènes de Ceylan ou du moins de la plus ancienne population parmi toutes celles qui occupent encore actuellement l'île. Les annales singhalaises, ainsi que le témoignage des historiens et géographes grecs, en concordance avec les relations des pèlerins bouddhistes du moyen âge, ne laissent pas de place à l'hésilation.
Les Veddas sont répandus dans la partie élevée de l'île, sur un espace qui s'étend du voisinage de la mer, à l'est, aux montagnes de Ouva et de Badulla, au centre; actuellement on ne les rencontre plus très-loin, vers le nord, mais, à l'époque de la domination hollandaise, ils se montraient jusque sur les confins de
CEVLÂN (géographie). ô'io
la péninsule de Jaffna. Généralement très-petits, ils ont les cheveux frisés, la peau très-noire et l'apparence tout à fait misérable. Essentiellement chasseurs, ils ont, pendant longtemps, résisté complètement à toute tentative de civilisation et repoussé même l'initiation aux plus élémentaires pratiques de la\ie agricole. Ils sont naturellement sérieux et sombres, d'un caractère à la fois généreux et jaloux, et ne reconnaissent d'autre autorité que celle du chef de la famille. Une partie d'entre euxajusqu'ici gardé toutes ses allures et son genre de vie primitifs; onretrouve chez ceux-là le vivant portrait du sauvage Yakko, décrit dans les plus anciennes annales du Mahavansa. Mais, comme beaucoup de familles ont subi le contact de la population civilisée et en ont pris certaines habitudes, les Veddas sont aujourd'hui divisés en Yeddas sédentaires et en Veddas des forêts. Les Veddas des forets sont eux-mêmes partagés en groupes ou familles, confinés dans de petits clans uniquement séparés par des limites purement conventionnelles, mais ordinairement respectées: ils évitent tout contact avec les autres insulaires, et poussent la précaution jusqu'à faire leurs échanges commerciaux en déposant les marchandises dans des endroits déterminés, où ils trouvent les objets dont ils ont, par des signaux, manifesté le désir de faire l'acquisition, Ils parlent une langue que l'on dit être un dialecte singhalais, mais incompréhensible aux habitants de la plaine.
Les Veddas sédentaires habitent des huttes disposées en villages; leur type s'est altéré, comme leur langage, par des mélanges avec les Singhalais et les populations tamoules ou malabares, amenées par les immigrations : ils représentent actuellement un intermédiaire entre les Veddas proprement dits et les Kandiens, demicivihsés, qui sont les Singhalais montagnards, mélangés de Malabares.
Le long de la côte orientale, et particulièrement entre la baie de Vendelos et les plaines basses de Batticaloa, se trouvent disséminés cinq ou six cents Veddas qui ont accepté la vie agricole et se sont convertis, en grande partie, au christianisme. Tout compris, sédentaires et montagnards, les Veddas représentent une population de 8,000 âmes au maximum.
Le reste de l'île est occupé par les Singhalais ouGeylanaispropreraent dits, au sud, etpar les populations malabares, au nord. Les Singhalais sont, après les Négritos des montagnes, les plus anciens habitants de l'île; ils sont en grande partie bouddhistes, beaucoup sont devenus chrétiens. Ceux d'entre eux qui habitent les parties élevées du centre sont les Kandiens dont le royaume a gardé longtemps son indépendance; tous parlent le singhalais, et ont pour langue sacrée le pâli, dialecte dérivé du sanscrit. Ils occupent le pays depuis le midi de l'île jusque vers 7"30 de latitude nord, limite approximative de la langue singhalaise.
Au nord de cette limite, on n'entend presque plus parler que le tamoule, l'une des langues dravidiennes, étrangère aux langues ariennes, qui se parlent dans la partie méridionale de la péninsule indienne, d'oii elle a été importée dans l'île par les populations malabares incessamment envahissantes. Ce sont, en effet, des populations malabares qui occupent en grande majorité le nord de l'île de Geylan, à partir de la limite septentrionale du domaine de la langue singhalaise.
L'étude des races qui habitent Geylan se rattache à des problèmes ethnologiques d'une grande importance. L'origine et les affinités de ces races sont loin d'êti'e bien connues. G'est ainsi que les Veddas, par exemple, ont été rapprochés tantôt des populations noires, réfugiées dans les montagnes de l'Inde, de l'Indo-Ghine, tantôt assimilées aux Négritos des îles Andaman, des Philippines, de Bornéo, de Java, etc. Ges questions seront traitées plus à propos avec celles qui se rattachent à l'ethnologie de la péninsule {voy. Inde).
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Pour avoir le tableau complet des habitants de l'île de Ceylan, il faut ajouter aux populations que nous avons déjà nommées, les Musulmans, coupés de commerce et d'échanges, et un certain nombre d'Israélites, disséminés dans toute l'ile, les Malais, mêlés aux populations des côtes, et les Européens (Anglais, Portugais, Hollandais, Français), au nombre d'environ cinq ou six mille.
G. LiKTARD.
§ II. Pathologie. La pénurie de renseignements sur la pathologie de Ceylan, l'une des plus belles îles de l'océan Indien pourrait servir, au besoin, à prouver combien la géographie médicale, cette science toute moderne et pourtant déjà si féconde en applications pratiques, est encore peu avancée. Les travaux publiés par les Anglais sur cette magnifique colonie sont assez nombreux et contiennent sur sa topographie des notions fort étendues, qui ont permis de rédiger les paragraphes précédents de cet article; mais, en ce qui concerne l'étude des maladies des Européens et des indigènes, on n'y trouve que des indications très-vagues, souvent contradictoires, recueillies par des personnes étrangères à la médecine. Malgré toutes nos recherches, bien que nous ayons fait appel, par la voie du journal de médecine si répandu TheLancet, à l'obligeance de nos collègues de l'armée et de la marine anglaise, il nous a été impossible de rassembler la somme de documents précis qu'on serait en droit d'attendre, lorsqu'il s'agit d'une localité aussi importante, qui est le point de centre vers lequel rayonnent et d'où partent les nombreux paquebots qui établissent les relations entre l'Europe et l'Asie. Les rapports officiels, publiés chaque année sur l'état sanitaire de l'armée anglaise, contiennent, il est vrai, des tableaux statistiques sur les maladies et la mortalité de la garnison de Ceylan, mais on sait combien la nomenclature officielle anglaise est défectueuse, et de plus ces tableaux ne sont accompagnés d'aucune considération nosologique. Toutefois, nous sommes encore heureux de pouvoir y puiser des résultats qui donnent un aperçu des conditions sanitaires de Ceylan. Le climat de cette île, bien que plus salubre que celui du Bengale et du Dekkan, offre évidemment de grandes analogies avec celui de la partie voisine du continent asiatique; il en est de même pour les maladies. Toutefois, il est vivement à désirer que nous ayons bientôt une véritable topographie médicale de Ceylan dressée avec la précision qu'exige actuellement la science.
D'après la statistique officielle dont nous venons de parler, pendant l'année 1870, sur un effectif moyen de 906 hommes (Européens, officiers et soldats, en service à Ceylan), il y a eu 1,253 entrées à l'hôpital qui ont fourni 20 décès. Ce qui donne la proportion de 1,585 entrées et 22,07 décès pour 1,000.
Pendant la même année, les troupes noires (artilleurs, lascars et le régiment de chasseurs de Ceylan), formant un effectif moyen de 846 hommes, ont donné lieu à 659 entrées à l'hôpital. Ce chiffre de malades a fourni 8 décès; soit 779 entrées et 9,44 décès pour 1,000.
Le typhus et la peste n'ont jamais, paraît-il, envahi Ceylan ; le choléra, dont l'apparition y est signalée dès 1819, y a fait de grands ravages à diverses époques. Nous n'avons trouvé aucun renseignement relativement à l'existence de la fièvre typhoïde dans cette île; mais nous avons tout lieu de supposer que la fièvre à rechute {relapsing fever) y règne comme dans les autres localités des possessions anglaises de l'Inde.
Ce sont les manifestations de la Malaria qui dominent la pathologie de Ceylan. Les indigènes, eux-mêmes, pay'iil un assez lourd tribut aux lièvres intermittentes,
CEYLAN (pathologie). 625
puisque, d'après a statistique citée plus iiaut, les troupes noires ont Iburni presque autant d'entrants aux hôpitaux, atteints de fièvres, que les troupes européennes. Généralement, il est vrai, chez les indigènes, l'inloxication palustre est trèsatténuée. Les fièvres régnent surtout dans les localités situées au pied des montagnes, le long de la côte et souvent même jusqu'à une assez grande altitude audessous du niveau de la mer. D'après Emerson Tennent, les grandes plaines humides, marécageuses, aménagées en rizières, seraient rarement malsaines. Cette assertion assez inattendue mériterait confirmation.
Parmi les fièvres éruptives, nous avons, en première ligne, à citer la variole, dont les épidémies très-graves ont contribué à diminuer sensiblement la population de l'île. La pratique de la vaccine tend chaque jour à prévenir le retour de semblables calamités. La rougeole se manifeste assez souvent, mais ordinairement sous une forme bénigne. La scarlatine n'aurait jamais été observée, d'après les relations malheureusement déjà anciennes. 11 est bien permis de supposer que celte maladie, en raison de la rapidité des communications actuelles, a dû être importée comme elle l'a été dans certaines localités du continent indien.
Après les fièvres paludéennes, ce sont les maladies de l'intestin et du foie qui fournissent le plus de cas de maladies parmi les Européens. Pendantl'annéelSTO, les 900 hommes de troupes anglaises ont fourni 59 entrées à l'hôpital, par dyspepsie, 71 par dysenterie, 121 par diarrhée. Ces 251 cas n'ont donné lieu qu'à 4 décès. L'hépatite figure sur le tableau statistique par 37 entrées et 5 décès. Les affections des voies respiratoires sont relativement assez communes pendant la saison fraîche, et aux environs des renveisenients de mousson. La bron:hite atteint également les Européens et les indigènes. La pneumonie et la pleurésie sont relativement assez rares. La coqueluche n'est généralement pas grave.
D'après J. Davy, la phthisie serait fort peu commune, excepté toutefois chez les créoles, descendants des Hollandais et des Portugais.
D'après Emerson Tennent, grâce aux facilités de changement de climat, en variant de station suivant les saisons, en quittant les plaines pour les hauteurs et vice versa, les individus prédisposés à la tuberculisation, trouvent des ressources précieuses dans cette île pour le maintien de leur santé. Mais il avoue que les phthisiques succombent à Ceylan, au moins aussi rapidement qu'ailleurs.
Pendant longtemps on a regardé le béribéri comme pour ainsi dire spécial à cette île. Cette maladie y a été en effet fréquemment observée, eUe a été signalée par Rogers, Ridley, Prunter, J. Davy, Marshall et Pridham, etc. Actuellement qu'elle est mieux connue, on sait que non-seulement elle n'est pas spéciale à l'île de Ceylan, mais que sa diffusion géographique est très-étendue. Pendant l'année 1870, les troupes indigènes ont présenté quatorze cas de béribéri. Les hommes, qui en étaient atteints, avaient ajourné dans une île voisine du littoral de Ceylan (t;oî/. Béribéri).
Le rhumatisme paraît être assez commun, puisque sur le tableau statistique nous le trouvons figuré comme cause de vingt-cinq entrées, parmi les soldats européens et de quarante, parmi les soldats indigènes. C'est sans doute à la fréquence du rhumatisme qu'est dû, en grande partie, le chiffre élevé des maladies du cœur et des gros vaisseaux chez les soldats anglais. Il faut tenir compte aussi des habitudes d'intempérance dont témoignent les nombreux cas de delirhim tremens.
La goutte, d'après Davy, ne serait pas connue des indigènes et aucun Européen n'en serait atteint dans ce pays (?). Emerson Tennent dit que quelquefois la
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goutte disparaît tout à fait chez ceux qui en ont été précédemment nlteints, par suite peut-être de l'exagération des sécrétions cutanées.
Pour que cette interprétation fût acceptable, il faudrait qu'il en fût de même dans toutes les localités de la zone tropicale, ce qui n'est pas.
On rencontre des cas assez fréquents d'hydropliobie pendant la snison chaude .
Comme conséquence des influences climatériques, de la cachexie palustre, des troubles plus ou moins graves des fonctions digestives et des maladies des intestin?, on ne doit pas être étonné de voir l'anémie détériorer rapidement la constitution des Européens qui habitent Ceylan. Lorsqu'elle n'est pas liée à des états organises graves, l'anémie disparaît assez facilement, par un séjour un peu prolongé dans les hauteurs de Neuerra EUia ou dans les plantations de café de ce district, La beauté du climat des altitudes de Ceylan offre une ressource précieuse pour les convalescents des maladies contractées dans les plaines ou sur le littoral.
Les lépreux se rencontrent, malheureusement encore trop nombreux, à Ceylan comme sur le continent indien. Les cas d'élépbantiasis sont surtout fréquents dans les districts du sud. Le goitre est assez commun dans la ))artie montagneuse du district de Pointe-de-Galle. D'après Pridham, les femmes seraient presque exclusivement atteintes.
Les maladies vénériennes portent un notable préjudice aux soldats anglais des garnisons de Ceylan.
A. Leroy de Méricourt.
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