‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.14Chapitre 37 sur 77 · CHACAL · texte numérisé non relu

CHACAL

fractures à toutes les jxJnodcs de la vie. Ibid., 1844, p. 20j. — VI. Mammiles et lumeurs mammaires . In Journal de méâ. de Bordeaux, 1859, p. 407, olc, elc. E. Kgd.

CDABROL (Matthieu). Né à Limoges, le o mars 1755, fut chirurgien militaire, attaché en 1765 à l'école du génie de Mézières, puis devint eu 1795, médecin en chef de l'hôpital de cette ville. Il a collaboré à VEncydopédie méthodique, pour plusieurs articles de chirurgie, A. D.

CHAlCHACA. On trouve dans le commerce une écorce dite de Chachaca ou de Palo piquante. Elle est aromatique et stimulante. On la fait provenir du Drimys mexicana. Pourtant le nom de palo est donné dans la phai^macie indienne à un extrait impur des racines du Titiospora cordifolia (ou gidancha), employé par les indigènes comme tonique dans la convalescence des fièvres. D.

CHACAli. Les chacals sont des animaux carnassiers de la même famille que les loups, les chiens et les renards (ordre des carnivores), qui se rapprochent surtout des premiers de ces animaux par leurs caractères, aussi de Blainvilie proposait-il de donner au petit groupe qu'ils constituent la dénomination générique de Lupidus. Ils sont, en effet, plus petits que les loups, mais leurs formes sont plus robustes que celles des renards ; leur museau est moins diAé que celui de ces derniers et leur queue est moins touffue. La formule dentaire des chacals est d'ailleurs la même que celle des uns et des autres, leur mâchoire supérieure ayant six paires de molaires et l'inférieure sept.

Ces animaux sont exclusivement propres à l'ancien monde et ils sont surtout abondants en Afrique. Ce continent en produit depuis l'Algérie et la Basse-Egypte jusqu'au cap de Bonne Espérance. Ils y sont peut-être de plusieurs espèces. La plus connue est le chacal doré {Canis aureus) qui se retrouve en Asie et sur quelques points de l'Europe orientale, au Caucase, en Turquie, en Grimée, en Morée et dans une des îles de l'Adriatique avoisinant la Dalmatie. En Asie on ne rencontre de chacals que dans les parties méridionales ; les îles de l'Archipel indien en sont dépourvues. Ce sont des animaux de couleur fauve passant par endroits au gris ou au brun. Les chacals de l'Afrique australe qui ont sur le dos une sorte de manteau composé de poils giis et noirs ont été décrits comme constituant une espèce à part sous le nom de Canis mesomelas et F. Cuvier a appelé C. anthus, ceux du Sénégal qui diffèrent encore moins des chacals ordinaires.

Les chacals vivent de proie, mais ils mangent aussi des charognes et ils recherchent les cadavres abandonnés par les grands carnassiers ou rejetés par l'homme. Ils les découvrent à l'odeur et viennent par petites troupes en dévorer les chairs et en ronger les os. Les immondices qu'on rejette des camps ainsi que les débris abandonnés par les troupes en expéditions attirent aussi ces animaux.

Leur voix est une sorte de hurlement aigu, d'un timbre désagréable qui se fait entendre de fort loin.

On apprivoise assez facilement ces animaux, mais" sans réussir jamais à leur donner les qualités qui distinguent le chien domestique, et comme leur odeur est fort désagréable certains auteurs doutent contrairement aux idées émises à cet égard par Guldenstaedt et Pallas, qu'ils soient pour quelque chose dans la production de ce dernier. Cette opinion qu'Isidore Geoffroy et M. de Quatrefages ont reproduite de nos jours a été combattue par F. Cuvier qui faisait remarquer que les chacals « répandent une odeur si forte et si désagréable qu'elle seule aurait empêché les hommes de rapprocher d'eux ces animaux pour en faire leurs compa-

CnAlLLOU. 65J

gnons et en quelques sorte leurs commensaux, >) et pourtant certaines races de chiens domestiques ressemblent tellement aux chacals qu'on est tenté d'admettre que ce ne sont que des chacals domestiqués.

Les anciens Grecs ont parlé des chacals sous la dénomination de Thos.

L'Isatis {Canis lagopiis) qui vit dans les régions boréales se rapproche de ces animaux par ses principaux caractères, mais il est un peu moins fort et son pelage qui est brun bleuâtre en été devient entièrement blanc en hiver. On l'appelle aussi renard gris. Ajoutons qu'il existe encore dans l'ancien continent des Canidés peu différents des Chacals, mais plus petits. Ce sont les Corsacs, dont l'espèce vit en Asie. P. Gervais.

CHACII. Voy. Karii.

CHAC01V (Diego Alvarez), qu'il ne faut pas confondre avec Chacon Daza {vo?j. Daza), était né à Séville, d'autres disent à Tolède, dans la seconde moitié du quinzième siècle. On sait seulement qu'il pratiqua avec beaucoup de succès dans la première de ces deux villes. Il a publié un ouvrage sur une question qui allait bientôt passionner les médecins, la question de savoir si, dans la pleurésie, il faut saigner du côté malade ; rompant ainsi en visière avec la doctrine arabique, Chacon, dans son livre, se prononça pour la nouvelle méthode et conseilla la saignée du membre correspondant au côté affecté. Voici le titre de cet ouvrage :

Para curar el mal de Costado. Séville, 1506, in-4°. E. Bgd.

CH^ROPHYLLUJH. Voy. CERFEUIL.

CH/SBOPHTliLllVE. Produit extrait du chœrophtjHum bulbosum.

cnAILLETIA. D. C. Genre de plantes Dicotylédones, qui est le type d'une petite fainille, celle des Chailtetiacées. Les plantes qui le composent sont des arbustes ou petits arbrisseaux de la Guyane, de Madagascar et de l'Afrique tropicale occidentale, à feuilles altei'nes, coriaces, entières. Les fleurs ont un calice quinquépartite, cinq pétales insérés sur le calice, cinq étamines alternes avec les pétales ; cinq glandes perigynes ; un ovaire triloculaire. Les fruits sont des drupes coriaces, secs, biloculaires ou uniloculaires par avortement.

Les Chaillelia toxicaria Don, et C. erecta Don sont réputés vénéneux à Sierra- Leone. D'après G. Don, on se servirait, dans ce pays, des noyaux de ces espèces pour empoisonner les rats.

De Candolle. Annales du Muséum, t. XYII, 158, tab. 1, flg-. 2 et Prodromus, II, 57. — G. Don. Edinhurgh Philosoph. Journal, t. XI, p. 542. — Esdlicher. Gênera Plantarum, n" 5758. — Bentham et HooRER. Gênera Plant., tab. 341. Pl.

CHAILLOIJ (Jacques). On ne connaît ce médecin angevin que par ses ouvrages, qui ont vu le jour vers la fin du dix-septième siècle, et qui dénotent un savant rompu à la discussion, et qui ne restait pas étranger aux grandes questions de médecine et de physiqlogie qui agitaient les esprits. Ces ouvrages portent ces titres :

I. Questions de ce temps, sur l'origine et le mouvement du sang, revues et augmentées d'une explication des fièvres intermittentes, de quelques observations sur le cœur et sur ses vaisseaux, et d'un discours du lait. Angers, 1664, ln-8°.

Le lecteur ne doit pas tout à fait s'en rapporter à ce titre, car eu feuilletant

632 CHALÂSIE.

le volume, on constate qu'il traite, dans des articles bien séparés, des objets suivants :

1" Trailé de la sanguification ;

2" Du mouvement circulaire des humeurs;

0" Discours de la fièvre ;

4" Observations sur le cœur et sur les vaisseaux ;

5" Discours du lait.

Par la préface de l'éditeur, on apprend que Chaillou avait déjà mis en lumière, plus d'un an auparavant, les deux premiers de ces opuscules.

II. Recherches de l'origine et du mouvement du sang, du cœur et de ses vaisseaux, du lait, des fièvres intermittentes, et des humeurs. Paris, 1673, in-12. Réimpression de l'ouvrage précédent, mais avec plusieurs additions.

Chaillou a eu le grand mérite de se déclarer partisan de la circulation harveyenne. Ses argumeuts sont (rès-bien exposés, et il s'est livré à plusieurs expériences fort bien conçues à l'appui de la thèse qu'il défend ; mais, dans cette question, il a le grand tort de citer à peine le grand physiologiste anglais, de no pas lui rendre pleinement la justice.qu'il mérite, et d'user son érudition à prouver qu'HJppocrate connaissait très-bien cette même circulation. A. G.

CHAILLT-HOIVORÊ (Nicolas-Gharles), né à Paris en 1805, mort dans la même ville en 1866. Reçu docteur en 1858, Ghailly se consacra exclusivement à la pratique des accouchements. Il fut chef de la clinique d'accouchements delà Faculté, et fit, pendant plusieurs années, un cours public d'obstétrique qui attirait un grand nombre d'élèves et se faisait remarquer par son but exclusivement pratique. Cliailly n'était pas un médecin savant, mais c'était un praticien consommé, très-habile et d'une grande sûreté de main. Il s'était acquis, comme accoucheur, une grande réputation. Il était membre titulaire de l'Académie de médecine.

On a de lui :

1. Sur V avorlement et sur les moyens de l'arrêter. Th. inaug. — II. Traitcpratirjue de l'art des accouchements, avec figures dans le texte. Paris, 1842, in'8°, 4° édit.. 1860. — III. De l'éducation physique des enfants, depuis la naissance jusqu' au sevrage. \h'ié.,\Mi, )n-8°. — IV. De la conversion de la présentation de la face et conversion du sommet, et de l'application du forceps. Ibid., 1844, in-S". — Y. De ï alléiiuation de la douleur dans les contractions pathologiques pendant une grande partie dti t) avait de l'accouchement. Pans, ■1850, in-S", — VI. Des considérations puissantes qui doivent empêcher d'user de l'étker et du chloroforme dans le travail naturel de l'accouchement. Ibid.., 1853, in-8°.

H. Mr..

CHAINE ÉLECTRIQUE. Voy. Électrothérapie.

CHAIRE DE POULE. Voy. FrissoN, FRISSONNEMENT.

CHALA. D'après Feuillée, c'est le nom d'une plante du Chili, à feuilles opposées semblables à celles de l'Origan; à fleurs axillaires, violettes; à corolle en cloche à cinq divisions, entourée d'un calice plus court. Les naturels du pays emploient la décoction pour calmer les doideurs de dents.

Feuillée. Plantes médicales de Pérou et de Chili, p. 15, tab, 5. Pi,

CHALASIE {xà.lai7Lç, relâchement). Séparation partielle de la cornée d'avec la sclérotique.

CHALAZION. 635

CHALAZIOIM (de yjxKa.c,rj!.^ grùlou). SïNO.wMiE, Tunieur tarsienne. Allemands, llagelkorn. Anglais, Tarsal tumour. Italiens, Calaùo). Dans des canaux occupant l'épaisseur des cartilages tarses, tant de la paupière supérieure que de l'inférieure, sont logées de petites grappes glandulaires, allongées, blanchâtres, étendues parallèlement les unes aux autres et perpendiculairement au bord libre des paupières, au nombre de quarante environ à la paupière supérieure, de vingt à l'inférieure, et venant verser au debors le produit sébacé de leur sécrétion, par une rangée de petites ouvertures situées immédiatement eu arrière du bord clliaire. Ce sont les glandes dites de Mélbomius.

Quand, par suite d'un travail morbide fixé au bord palpébral, quelqu'une de ces ouvertures vient à s'oblitérer ou seulement à se rétrécir, de façon à empêcher le contenu de la glande de s'épancher librement au dehors ; ou bien, quand l'in- , flammation s' étant emparée de tout ou partie d'une de ces glandes en a amené le développement anormal, on voit se produire des tumeurs plus ou moins volumineuses qu'on appelle Chalaze ou Chalazion.

La chalaze ou le chalazion est donc pour nous une tumeur située primitivement dans l'épaisseur du cartilage tarse, qu'elle ne dépasse qu'à mesure de sou accroissement, et due au développement morbide d'une glande de Méïbomius, soit de son corps, soit de son conduit excréteur, soit de ces deux parties à la fois.

Tous les auteurs ne s'accordent pas à y attribuer cette unicité d'origim.- Voici, en effet, ce qu'en dit M. Desmarres (Traité des maladies des yeux, 2* -'dition, t. I, p. 605) : « Le chalazion est une tumeur des paupières dont le siège n'a rien de fixe et dont la nature n'a rien de fixe non plus, car on confond sous ce nom des affections d'origine différente. Tous les éléments de la paupière peuvent concourir isolément oU sin;ultanément à sa formation ; il sera ainsi la conséquence de toute petite tumeur inflammatoire actuellement indurée, de tout engorgement lent de l'une ou l'autre variété des glandes palpébrales ou de leurs conduits; on le verra donc partout, et partout il ne sera semblable à lui-même que sous un point de vue : ce sera toujours une petite tumeur indolente et mal circonscrite. » Et, un peu plus haut, l'éminent ophthalmologiste de Paris avait dit : « Les uns, avec Ryba, voudront que la tumeur prenne constamment son origine dans le tarse et qu'elle ne se développe pas là où il n'y a pas de carlilage; d'autres lui donneront pour point de départ un follicule induré ou un orgelet non suppuré et chronique; selon Chélius, la différence de son siège sera facile à expliquer, si l'on se rappelle les divers points de départ de l'orgelet, qui débute, comme on sait, dans les follicules sébacés de la peau, dans les glandes de Méïbomius ou dans leurs conduits, et dans les bulbes des cils. On concevra aisément de cette manière que la tumeur soit placée à la face convexe ou à la face concave du tarse, sous la peau ou sous la conjonctive, et qu'elle soit éloignée ou rapprochée du bord de la paupière. Tous ont raison en même temps, parce qu'en effet ce que l'on nomme « chalazion » est toutes ces choses. »

Nous n'admettons pas cette manière de voir, parce qu'elle impliquerait, dans le traitement de ces tumeurs, d'origine et de nature si différentes, surtout dans leur traitement chirurgical, une uniformité de moyens qui ne saurait certainement y convenir.

Sipnptômes et marche. Le chalazion est une tumeur de la paupière, indolente d'un volume variant entre celui d'une tête d'épingle et celui d'une aveline, à base fixe, non pédiculée, dure au toucher, ne perdant de cette dureté que lors-

CIIALAZION.

que l'inflammation l'a ramollie en tout ou en partie, et progressant avec plus ou moins de rapidité, d'ordinaire très-lentement, soit vers la peau, soit vers la conjonctive.

Quand c'est vers la face cutanée que le chalazion s'achemine, on le voit proérainer sous la peau, dont la couleur au début n'en est pas altérée, sous la forme d'une saillie hémisphérique ou plutôt hémi-ovalaire, à limites mal déterminées, à base large et immobile, et complètement insensible au toucher (voy. fig. 1). La peau ne devient rouge que lorsqu'elle est fortement distendue ou que la tumeur s'est enflammée, et, comme elle offre plus de jeu en même temps que moins de facilité que la conjonctive à se laisser ulcérer et perforer, elle permet à la tumeur de prendre plus de développement que n'en saurait prendre le chalazion interne.

Lorsque c'est vers la conjonctive que le chalazion tend à se frajer un chemin,

Fis. 1.

Fis. 2.

Fis.

on voit cette membrane proéminer, comme a fait la peau dans l^i chalazion e^tterne que nous venons de décrire {voy. fig. 2), puis s'amincir et aéder insensiblement à la pression à laquelle elle est soumise. Offrant moins de résistance que ne fait la peau, la conjonctive se moule alors sur lui, en lui laissant pour quelque temps sa forme globuleuse, que la compression qu'elle va avoir à subir entre la paupière et le globe de l'œil rendra plus tard lenticulaire. Quand la tumeur est arrivée à un certain développement, la conjonctive, le tarse et les parois propres de la glande hypertrophiée s'amincissent, à ce point d'en laisser voir, par transparence, le contenu, à travers un point jaunâtre {voy. fig. 3) qui, si l'on ne l'incise, finit par percer spontanément. L'ouverture ainsi produite donne issue à ce contenu, qui s'épanche dans le cul-de-sac palpébral, après quoi elle devient fistuleuse, laissant échapper incessamment les produits renfermés- dans la tumeur; bientôt ses bords se garnissent de bourgeons, qui deviennent de plus en plus volumineux et finissent par faire sailhe, entre les paupières, sous la forme d'une sorte de crête aplatie, molle, rose ou rouge de sang {voy. fig. 4). Pendant tout ce temps, la tumeur proémme à peine au dehors, ou même n'y dessine aucune bosselure, et ce n'est qu'en renversant la paupière ou en l'abaissant qu'on en constate l'existence pendant es deux premières périodes de son développement.

Il est rare que la tumeur, qu'elle se dirige vers la face cutanée ou vers la face conjonctivale, dépasse les dimensions d'une moitié de pois chiche, les personnes qui en sont affligées et que leur présence gêne ou défigure, ayant hâte de s'en faire délivrer de boTine heure. Dans un cas cependant, que Sichel a fait figurer dans son Iconographie ophthalmologique (pi. LXIV, fig. 1), nous voyons un chalazion ayant cheminé en même temps vers l'intérieur et vers l'extérieur et occupant toute l'étendue de la paupière {voy. fig. 5). De semblables cas sont ex«!essi-

CllÂLAZIOlS. 655

vement rares, noii-seiilement parce qu'on a eu soin d'y couper court, mais parcii que, le plus souvent, la suppuration s'est emparée de h tumeur et l'a affaissée avant qu'elle n'ait eu le temps de prendre de grandes proportions.

De ce qui précède, il résulte qu'il y a des chalazions externes et des chalazions internes. Il y en a également de mixtes : ce sont ceux qui se sout développés en même temps vers les deux faces de la paupière. Celui qui est représenté ligure 5 en est un beau spécimen. Les uns et les autres peuvent se développer brusquement sous l'influence d'un état inflammatoire de la glande, mais, le plus souvent, ils ont une marche tiès-lente, les premiers surtout. Us restent indolents aussi longtemps qu'ils ne sont pas pris d'inflammation, et celle-ci atteint bien plus fréquemment et plus promptemcnt les chalazions internes que les externes ; ils s'ouvrent alors après un certain temps, laissent échapper leur contenu, et l'ouverture

Fjg. 6.

demeure fistuleuse. Parfois cependant elle se cicatrise, mais, comme une partie des parois de la tumeur est restée en place, une induration persiste, qui sert bienlot de noyau à une nouvelle production hyperplasique, et le clialazion se reproduit alors, jusqu'à ce que l'inflammation ou une opération en aient définitivement éliminé les dernières racines.

Il arrive fréquemment qu'une série de chalazions se développent, successivement ou conjointement, sur une seule ou sur les deux paupières d'un même sujet {voy. fig. 6). Rarement ils dépassent, dans ces cas, un très-petit volume. Le plus souvent ils siègent dans le champ même des paupières, dont, d'autres fois, ils occupent les bords : dans cette dernière situation, ils sont plus difficile à distinguer des autres espèces de tumeurs dont ces organes peuvent être le siège. Ces chalazions marginaux, résultant de la dilatation du conduit excréteur d'une glande niéïbomienne, dans le voisinage du méat excréteur, dépassent rarement le volume d'une grosse tête d'épingle. Elles font sailUe sur le bord de la paupière, qu'elles rendent irrégulier ; la peau qui les recouvre est mince, rouge et luisante ; ils peuvent rester indéfiniment stationnaires.

On a dit, et tous les auteurs répètent à l'envi, que le chalazion est plus fréquent à la paupière supérieure qu'à l'inférieure. Pàen d'étonnant, puisqu'il y a deux fois plus de glandes de Méïbomius (berceau de la maladie) à celle-là qu'à celle-ci. Et puis, combien de ces tumeurs qui, gênantes à la paupière supérieure, plus exactement appliquée sur le globe que l'inférieure, siégeant dans celle-ci y paraîtraient inaperçues?

Structure. Les glandes de Méïbomius se composent d'un contenant et d'un contenu : le contenant est constitué par une membrane homogène, sans structure, ou membrane propre, tapissée à son intérieur par un épithélium, à la façon des autres glandes sébacées. Cette enveloppe vient-elle à se distendre, elle rencontre immédiatement le cartilage tarse, qu'elle dédouble, et dont elle refoule les tables,

656 CllAl.ÀZlOlN.

qui lui ro;iniibsenl des élémculs doiil elle renforce ses pai'ois. Soit que la progression se fasse vers la peau ou vers la conjonctive, du tissu cellulaire, voire des fibres du muscle orbiculaire, viennent s'y ajouter à leur tour. La poche se trouve ainsi constituée des divers éléments qui entrent dans la composition des voiles palpébraux. Le chalazion externe eft uni à la peau par un tissu cellulaire qui permet à celle-ci de rouler sur elle et d'en être séparée par une facile dissection : il en eat autrement de l'interne, intimement adhérent à la conjonctive; l'un et l'autre sont unis, par leur face profonde, au cartilage tarse, de telle f;içon qu'en voulant en opérer l'énucléation complète, on court le plus grand risque de percer la paupière d'outre en outre.

Le contenu des glandes de Méïbomius est de la matière sébacée ; c'est elle qu'on trouve également dans les chalazions simples, que l'inflammation n'a pas envahis. Dans ceux qui sont issus primitivement d'une poussée inflammatoire, ou qui, nés froids, ont eu à subir de ces poussées, on trouve du sébum, mêlé à des fragments d'épithélium, à de la sérosité, à des particules graisseuses ou calcaires, parfois à du pus véritable.

Étiologie. Rien de plus obscur. On voit des chalazions se développer chez les gens les mieux portants et sans que rien en explique la présence. On s'est plu à les attribuer à des dérangements gastriques, et « certaines femmes y voient un des signes les plus certains d'un commencement de grossesse (Desmarres). » Chez quelques-unes, les chalazions existants semblent s'effacer en partie dans l'intervalle des règles, pour reprendre tout leur volume au moment oîi celles-ci réapparaissent. Tout cela est fort hypothétique. Une seule cause paraît avoir une iniluence réelle, c'est l'inflammation chronique des bords palpébraux, d'où peuvent résulter l'obstruction des méats méïbomiens et la rétention des matières contenues dans la glande, de même que l'hypertrophie des conduits et de leur méat, donnant lieu de préférence aux chalazions marginaux.

Diagnostic. Parmi les productions anormales qui peuvent occuper les paupières et qu'il importe de ne pas confondre avec le chalazion, nous citerons : 1, l'orgeolet (sorte de petit furoncle faisant saillie au bord libre de la paupière et susceptible d'induration chronique) ; 2, le sycosis (tubercule ayant ce même siège et le plus souvent une base pédiculée) ; 3, le molhiscum ou tumeur albumitieuse (tumeur dure, exempte de douleur, non enkystée, pouvant occuper la peau de la paupière, près ou loin de son bord libre, sessile, avec une base étroite non pédiculée, et ayant à son centre une petite ouverture par où s'échappe un liquide blanchâtre) ; 4, la tumeur adipeuse ordinaire (se rencontrant ordinairement à une certaine distance du bord libre de la paupière, dans le tissu cellulaire lâche qui existe si abondamment immédiatement derrière le bord orbitaire du cartilage tarse, susceptible d'un développement considérable, donnant à la pression une sensation pâteuse et élastique, librement mobile sur le cartilage tarse) ; 5, la tumeur due à l'hypertrophie d'un follicule cwtawe (tumeur très-commune, un peu ovale, ayant à son centrt une petite ouverture comme une piqûre d'épingle, et à travers laquelle on peut faire sortir par expression une substance concrète; située dans la couche celluleuse sous-cutanée et à peine adhérente aux parties qui l'entourent et dont, par conséquent, on peut les séparer avec la plus grande facilité). Le chalazion se distingue de toutes ces productions par sa dureté, son immobilité absolue et sa marche lente. Il se distingue moins bien de certains kystes remplis d'un liquide séreux, de matière stéatomateuse ou d'une substance encore plus solide, susceptible d'adhérer au cartilage tarse et de prendre ainsi une immobilité troui-

CHALAZION. 637

peuse. Tj'erreur dans le diagnostic n'entraînerait ici à aucune conséquence au point de vue thérapeutique.

Traitement. Le traitement du chalazion est presque exclusivement chirurgical. Des auteurs, attribuant son origine, dans certains cas, à des dérangements des organes gastro-intestinaux, ont conseillé de l'attaquer par cette voie. Si l'on constate sa coïncidence répétée avec de semblables désordres, on peut essayer d'agir d'abord sur ces derniers, et l'on ne fait que bien ; mais, dans les cas ordinaires, il n'y a aucune indication à puiser de ce côté. Nous en dirons autant des vicissitudes menstruelles et de leur influence au moins problématique. Le chalazion se présente-t-il chez des sujets sciofuleux, on l'attribue volontiers à une influence diatbésiqne, et l'on recommande d'en tenter la résolution par un traitement général anti-strumeux. Rien de mieux encore, mais qu'on se garde de promettre le succès; il est très-rare, en effet, que la tumeur existante, surtout si elle a déjà un certain volume, s'en laisse influencer ; tout au plus peut-on espérer que le traitement nioflificalenr empêchera, dans une certaine mesure, l'éclosion de tumeurs nniivelles. Quelquefois les malades se présentent, porteurs de semblables tumeurs et affirmant en avoir déjà eu d'autres qu'un ti aitement interne par les iodures ou les purgatifs a fait aisément disparaître. Rien n'empêchera d'essayer, sous bénéfice d'inventaire, l'application des mêmes moyens. Cette observation s'applique à l'usage des pommades dites résolutives, à l'iodnre de plomb, au précipité rouge, au précipiié jaune, à l'iodnre de potassium, etc., et des badigeonnages à la teinture d'iode, par lesquels on fait passer la plupart des malades. En général, ceux-ci aiment qu'on essaye d'abord ces applications avant de recourir aux grands moyens ; on aurait tort de leur refuser cette satisfaction, mais sous to\ites réserves, car quatrevingt-dix-neut fois sur cent ce sont ces derniers seuls qui procureront la guérison. Tout ceci ne s'applique qu'aux clialazious chroniques, de beaucoup les plus fré- (|uenls. Pour ceux qui sont nés sous l'inllaence manifeste d'un travail inflammatoire local, les frictions avec l'onguent mercuriel et l'application de cataplasmes émollients pourront en avoir raison ou y appeler la suppuration : une simple ponction évacuatrice suffira souvent alors pour en amener la disparition complète et définitive.

Les procédés opératoires à appliquer à la guérison du chalazion sont : l'incision simple du sac, suivie de l'évacuation de son contenu et de la cautérisation de sa lace interne au moyen du nitrate d'argent, et son extirpation plus ou moins complète.

Le premier de ces deux moyens est le seul qui convienne aux cbalazions qu'il s'agit d'attaquer par la face conjonctivale de la paupière. Il est d'une grande simplicité : la [)aupière étant renversée, que ce soit la supérieure ou l'inférieure, on incise d'un coup de lancette la tumeur dans toute sa longueur, et, si son contenu ne s'écha|)pe pas, on le fait sortir par pression ou au moyen du manche de l'instrument, Si la tumeur s'était déjà spontanément ouverte, on se borne à agrandir l'ouverture existante, après avoir ébarbé, avec des ciseaux courbes sur le plat, les végétations qui le plus souvent en encombrent les abords. Gela fait, le sac bien vidé et le sang ctanché, on introduit et l'on promène en tout sens, dans le fond du sac, l'extrémité mousse d'un fin crayon de nitrate d'argent. On neutralise les excès de sel par des lavages immédiats à l'eau salée, et l'on n'a plus qu'à attendre l'éliminaliou de l'eschare, bientôt suivie d'une cicatrisation entraînant la guérison radicale de la maladie.

Il faut avoir soin, dans la cautérisation, d'éviter de toucher les bords de l'ou-

DICT. ENO. XIV, 41

CHALAZION.

vcrture kystique et la conjonctive avoisinante, de crainte de voir survenir des cicatrices difformes, susceptibles de tourmenter le globe de l'œil ou de renverser sur lui les bords paipébr.iux et de donner ainsi naissance à des entropions offensifs. Pour cela, il est bon de se servir d'un porte-caustique à gaîne, ou, à son défaut, de la manoeuvre suivante : on introduit dans le sac le tube corné d'une plume d'oie, après eu avoir légèrement agrandi l'ouverture dont il est naturellement pourvu à son extrémité ; ce tube sert de gaîne à une sonde métallique que l'on a chargée de nitrate d'argent en en plongeant à plusieurs reprises l'extrémité dans cette substance fondue.

L'opération est suivie, après lavage à l'eau salée de la surface cautérisée, de l'application de compresses froides. En général, la guérison est complète après cinq

ou six jours, sauf l'induration cicatricielle, qui tarde plus ou moins longtemps à s'effacer.

Le procédé qui vient d'être décrit convient également aux chalazions mixtes et aux chalazions externes, et c'est même celui auquel nous recourons le plus souvent, parce que, s'il entraîne un peu plus de lenteur dans la cicatrisation que ne fait l'énucléation , totale ou partielle, il n'expose pas, comme celle-ci, à traverser la paupière de part en part dans les tentatives, souvent stériles, de séparation de la paroi postérieure du kyste, intimement unie au cartilage tarse ou en faisant même partie constituante.

L'écoulement de sang entrave ou gêne au moins le plus souvent la manœuvre opératoire; il faut attendre qu'il se soit bien arrêté ou le prévenir par i'omploi de la pince que M. Desmarres a imaginée à cet effet {voy. ûg. 7). Quand elle est convenablement appliquée, il ne s'écoule pas une goutte de sang, et l'opération se fait comme sur le cadavre. C'est une pince ordinaire, dont les mors sont remplacés par une plaque et par un anneau, qu'une vis de rappel rapproche de manière à exercer une compression convenable sur la paupière malade qu'on engage entre eux.

Ce compresseur s'applique avec la plus grande facilité. Si l'on a à opérer un chalazion interne,

Fig. 7.

A. Branche antérieure de la pince;

B. Branche postérieure;

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