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CHAPTAL

poudre à canon jusqu'alors fabriquée avec des matières étrangères. Il retourna quelque temps à Montpellier pour y organiser l'école de santé, puis il revint défi- : nilivement à Paris et fut nommé professeur de chimie à l'École polj* technique. On dit qu'il compta quelquefois Bonaparte au nombre de ses auditeurs. Après le 18 brumaire, Chaptal fut fait conseiller d'État et chargé de l'instruction nationale; un peu plus tard, il remplaça Lucien au ministère de l'intérieur. Chaptal eut le mérite, rare alors comme aujourd'hui, de comprendre quel était le véritable rôle d'un ministre de l'intérieur ; on ne saurait trop louer son intelligence, son zèle et son dévouement à la patrie ; ses actes feront son éloge mieux que toutes les paroles. Il fonde les chambres de commerce; il donne toute espèce d'encouragement aux arts et à l'industrie ; il multiplie les manufactures et donne une attention spéciale à la culture si importante de la betterave; il s'occupe activement des écoles d'arts et métiers, et surveille avec un soin scrupuleux les précieuses collections de l'École des arts et métiers de Paris ; il apporte de grandes améliorations aux routes et aux canaux, etc. Dans un autre ordre d'idées, il encourage de tout son pouvoir la propagation de la vaccine et fonde une société spéciale dans ce but. Enfin, les pauvres malades peuvent le compter parmi leurs bienfaiteurs, car on lui doit de grandes améliorations dans le service hospitalier, l'institution des élèves sages-femmes à l'hospice de la Maternité et la création du conseil gratuit des hospices de Paris. En 1804, à la suite de quelques dégoiits administratifs, Chaptal quitta le ministère et fut fait sénateur et comte de l'empire. Quand arrivèrent les jours de désastre et de deuil, comme beaucoup d'hommes qui encensent toutes les idoles (et c'est le seul reproche que nous voulions adresser à sa mémoire), Chiptal, en 1814, se rapprocha des Bourbons; mais, au retour de l'île d'Elbe, Napoléon le retrouva parmi ses serviteurs et lui confia la direction du commerce et des manufactures. Après la chute définitive de l'empire, il rentra complètement dans la vie privée et s'occupa d'agriculture dans sa terre de Chanteloup. En 1819, Louis XVIII le nomma pair de France, et il conserva celte dignité jusqu'à sa mort. Il était membre de l'Académie des sciences depuis 1816, et associéde l'Académie de médecine.

Chaptal était doué des plus grandes et des plus précieuses qualités ; nous avons dit ce qu'il était comme professeur ; il était aussi un écrivain habile, correct et d'une rare éloquence ; il eut toutes les qualités de l'administrateur, et, quelque poste qu'il ait occupé, il a toujours été au niveau, sinon au-dessus de sa position. Homme de bien et de cœur, il possédait une grande énergie et une parfaite sérénité devant l'adversité ; il l'a montré surtout lorsque, à la fin de sa vie et à la suite de circonstances douloureuses, il eut perdu sa fortune presque tout entière. Ses ouvrages, utiles et promptement célèbres, au moment où ils furent publiés, se faisaient remarquer surtout par leur côté pratique. Ils ont beaucoup vieilli sans doute, mais on peut encore les consulter avec intérêt ; dans tous les cas, ils doivent occuper une grande place dans une histoire de la chimie. En voici la liste :

I. Conspectus physiologicus de fontibus differentiarum relativarUm ad sciencias. Montpellier, 1777, iu-4°. — II. Mémoires de Chimie. Ibid., 1781, iii-8°. — IIL Tableau analytique du cours de Chimie fait à Montpellier. Ibid.. 1789, in-8°. — IV. Eléments de Chimie Ibid., 1790, 5 vol. in-S"; 4«<= édit., l^aris, 1805^ 5 vol. in-8°. — V. Traité dss salpêtres et goudrons. Monipellier, 1796, in-8». — VI. Discours pour l'ouverture des cours de l'Ecole de médecine. Ibid., 1790, in-4°. — VII. Tableau des principaux sels terreux et substances terreuses. Paris, 179S, in-8°. — YIII. Essai sur le perfectionnement des arts chimiques en France Ibidem, 1800, in-8°. — IX. Essai sur le blanchiment, Ibidem, 1801, in-S. — X. L'art de faire et gouverner les vins, eaux-de-vie, vinaigres. Ibid., 1801, 2 vol. in-8°, 2» édit., 1811. — XI. La chimie appliquée auxarls. Ibid., 1803, 4 vol. in-*<° ; 2" édit. 1807. — XII, L art de la teinture du coton rouge. Ibid.. 1807, in-8°. — XIII. L'art du teinturier

^i16 CUARAS.

dégraisseur. Ibid., 1808, iii-8°. — XIV. L'ait de faire le vin. Ibid., 1819, avec figures.— XV. De lindmlrie française. Ibid., 1819, 2 vol. in-8°. — XVI. Mémoire sur le sucre des betteraves. Ibid., 1819, in-8», 3" édit. — XYII. Chimie appliquée à l'agriculture. Ibid., 1823, 2 vol. 111-8"; 2« édit., 1829. H. Mr.

CHA.RA. Nom donné à un genre de plantes cryptogames, vivant dans les eaux dormantes, rapprochées des Algues par leurs organes de végétation, et des mousses par leurs organes reproducteurs mâles, ou anthérozoïdes, et par une sorte de prothallium rudimentaire, qui se montre à la germination de la spore. La ti^e cylindrique composée d'un tube simple ou entouré de tubes plus petits, donne naissance à des verticilles de rameaux grêles et encroûtés ainsi que la tige par des sels calcaires. Les organes mâles ont la forme de petits tubercules sphériques rouges; les organes femelles, de petits corps ovoïdes verts, placés les uns et les autres sous les verticilles des rameaux sur le même pied. Sans usage médical, les Chara sont utilisés, dans l'étude de la physiologie végétale pour étudier les mouvements de giration du protoplasma dans les cellules. De Sey>es.

CHARACÊES. Nom d'une famille de plantes contenant les Chara {voy. ce mot) et les Nitella, dont la distinction repose sur un caractère très-variable.

De s.

CnARAGNE. Voy. Chara.

CHARAIVÇOM. Voy. GUCURLIONITES.

CHARAS (Moïse). Il n'y a pas plus de quatre-vingts ans que l'on voyait encore, dans la rue des Boiicheries-Saint-Germain, à quelques pas de la rue du Cœur- Volant, une ancienne pharmacie ayant pour enseigne : Aux vipères d'or. Cette boutique d'apothicaire avait été fondée par Moïse Charas, l'un des hommes qui, vers le milieu du dix-septième siècle, fit le plus d'honneur à l'art pharmaceutique. Il était né à Uzès, en 1618, d'une famille protestante. Après avoir étudié la pharmacie à Montpellier, à Orange, à Blois, chez Noël Simard, il vint à Paris, et ne tarda pas à se distinguer parmi les plus habiles de sa profession. La thériaque, cette prodigieuse drogue pour la préparation de laquelle nos pères ne ménageaient pas les plus grandes solennités, devint pour lui le but de grandes recherches, qui lui valurent bientôt le titre de démonstrateur de chimie au jardin du roi. Mais la révocation de l'édit de Nantes vint l'arracher, lui protestant, à ses travaux et à son enseignement. En l'année 1680, Charas fuyait la persécution et se rendait en Angleterre, oti il trouva dans Charles II un protecteur digne de ses talents, et oii il se fit recevoir docteur. Puis, on voit le pauvre exilé passer eu Hollande, y exercer avec distinction la médecine, recevoir de la ville d'Amsterdam des lettres de bourgeoisie, et appelé en Espagne pour donner ses soins au roi gravemeni; malade. Il arrive donc à Madrid, et, pendant deux ans et demi, il y pratiqua la médecine avec un grand succès, non sans exciter la jalousie des médecins du pays. « Une circonstance singulière, écrit M. Cap, auquel nous empruntons la plupart de ces détails, leur fournit l'occasion d'exercer sur cet homme vénérable leur animadversion et leur vengeance : Un archevêque de Tolède ayant été déclaré saint après sa mort, son successeur annonça que désormais les serpents et autres animaux venimeux qui se trouveraient dans l'étendue de l'archevêché, perdraient leur venm. Charas, qui avait lait tant de recherches curieuses sur la vipère, prétendit que la prédiction du prélat ne s'était point accomplie, et dans une expé-

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riencequi eut lieu chez dom Pedro d'Aragon, il fit mordre par une vipère deux poulets qui moururent aussitôt. Il n'en fallut pas davantage pour perdre le malheureux Charas. On l'accusa d'avoir voulu renverser une croyance établie, et il fut obligé, pour éviter les fagots de l'inquisition, de fuir, et de se cacher dans quelque petite ville de la Galicie. Là il est reconnu, enchaîné et jeté d'ajiord dans une prison ecclésiastique, puis transféré dans les cachots de Saint-Jacques-de-Compostelle. C'en était trop pour les forces épuisées d'un vieillard de près de soixantedix ans. Moïse Charas dut renier la foi de ses pères et abjurer le protestantisme. Le 14 août 1689, il était à Ostende; et quelques années après, il rentrait eu France, oii Louis XIV l'accneiUit comme un converti, lui signa, en 1692, un brevet de membre de l'Académie des sciences.

Ce savant, cet honnête homme, l'honneur de la pharmacie française, mourut à Paris, le 17 janvier 1698. Ses ouvrages, dont nous allons donner la liste, sont très-remarquables : sa Pharmacopée a été traduite dans toutes les langues de l'Europe, voire même en chinois, par les ordres de l'empereur du Céleste-empire. Ses recherches sur la vipère sont encore consultées avec intérêt aujourd'hui ; Charas y a déployé les talents d'un véritable observateur et d'un expérimentateur habile, étudiant avec soin l'anatomie de l'animal, son mode de reproduction, ses habitudes ; et tout en faisant certaines concessions à la croyance générale touchant ses vertus curatives, il acquit et propagea des idées saines, rationnelles, sur l'histoire de ce reptile.

I. Thériaque d'Andromaque, avec des raisonnements et des observations nécessaires sur l'élection, Id préparation et le mélange des ingrédients. Paris, 1668, in-S". — II. Nouv. expériences sur la vipère, où l'on verra une description exacte de toutes ses parties, la source de son venin, ses divers effets, et les remèdes exquis que les artistes peuvent tirer de la vipère tant pour la guérison de ses morsures, que pour celle de plusieurs autres maladies. Paris, ■ 1670, in-S". avec trois planches très-bien gravées et un long poëme, intitulé ; Echiosopidum. — III. Suite des nouvelles expériences' sur la vipère, et dissertations sur son venin, pour servir de réponse à une lettre de M. Redi. Paris, 1072, in-S". — IV. Pharmacie royale galénique et chimique, 1676, in-4''; revue et augmentée par Le Monnier. Lyon, 1755, in-i" 2 vol., avec 6 planches représentant les instruments de pharmacie. - V. Traité de chimie, enseignant par une briève et facile méthode, toutes les plus nécessaires préparations. Paris, 166.5, in-S". — VI. Histoire des animaux, des plantes, et des minéraux qui entrent dans la composition de la thériaque d'Andromaque. In Journal des savants, année 1668, in-12, p. 475. A. G.

CHABBOm (Chimie). Voy. Carbone.

CnARBON. § I. Emploi hygiénique et médical. Deux variétés sont surtout employées en médecine ou en hygiène : le charbon végétal [cai^bo è ligno) et le charbon animal {carbo animalis). Beaucoup plus rarement on prescrit le charbon fossile: houille, graphite; nous n'en dirons que quelques mots.

I. Propriétés du charbon. A. Propriétés du charbon végétal. Ce corps est noir en masse, verdâtre vu par transparence ; il conserve la forme des végétaux qui ont servi à le fabriquer. Obtenu pour les usages médicaux, il est peu dense, sans odeur ni saveur, et généralement sous forme de poudre ou de granules plus ou moins fins. Étudié au microscope, à l'aide d'un faible grossissement, le charbon pulvérisé se montre sous l'aspect d'une poussière assez fine dont les grains sont divers de forme et de grosseur. Tandis que quelques-uns sont arrondis, d'autres sont cubiques ou losangiques, à facettes ou taillés en pointe. On voit, en outre, de petites tablettes irrégulières percées de trous comme à l'emporte-pièce. En résumé, la poudre telle qu'on la prescrit, c'est-à-dire pi-esque impalpable, offre moins d'as-

DICT. ENC XV 27

-ils CHARBON (emploi médical. — hygiène).

pérités de pointes vives qu'on pourrait le croire. Ceci a son intérêt au point de vue de la pénétration dans les tissus, elle n'est pas aussi facile qu'on le suppose, les particules de charbon ne sont pas, comme on l'a dit, autant de fines aiguilles cheminant mécaniquement dans l'économie. Le charbon appliqué sur la peau saine n'a aucune action; il la noircit, voilà tout. On a bien parlé J'un certain effut, spécial sur le tégument externe, ciipable de le mettre à l'abri des parasites ou des dermatoses, c'est au moins fort douteux, et la preuve n'en saurait être fournie par ce fait que les charbonniers sont plus que les autres préservés de ces affections.

Les effets topiques sur les premières voies sont plus évidents. La poudre de charbon portée dans la bouche (soit le charbon de Belloc, le plus usité en France) détermine une astriction désagréable avec léger agacement des dents, et bientôt de la salivation réflexe qui vient en aide à la déglutition. Celle-ci s'opère avec plus ou moins de facilité et s'accompagne de chatouillement ou de picotement à l'isthme du gosier et d'une sensation de frottement rude le long de l'œsophage. L'arrivée dans l'estomac passe inaperçue, mais p'^u après il y a du côté de l'organe, de la pesanteur, de la chaleur senties vers le creux épigastrique, puis quelques contractions suivies d'éructations simples. Cette révolte est vite apaisée, surtout si la dose est faible. Dans les dernières voies, on ne constate aucun phénomène douloureux ou désagréable dû à la présence du charbon pris à dose modérée. 11 chemine dans l'mtestui sans déterminer autre chose qu'une excitation sécrétoire et une activité plus marquée des mouvements péristaltiques ; d'oià la facilité plus grande de I exonération. Après la prise d'une quantité suffisante de poudre de charbon (2 à 4 cuillerées à soupe), les garde-robes sont colorées en noir et revêtues d'une couche de mucus (Brachet) et souvent privées d'odeur.

Si les doses étaient très-fortes ou massives, il est probable que ces effets d'irritation que nous venons de décrire s'exagéreraient beaucoup, et qu'une indigestion en serait la conséquence. En résumé, le charbon excite la muqueuse des voies digestives; de là résulte une énergie fonctionnelle plus marquée. Mais l'action du charbon n'est-elle que mécanique, ou bien avons-nous affaire à autre chose? La réponse n'est pas facile ; jusqu'ici c'est la première hypothèse qui a été mise en avant, on n'a tenu compte que des propriétés physiques du charbon : irritation topique, absorption; il faudrait peut-être aussi songer à des effets physiologiques possibles de la part de ces sels alcalins ou terreux qui entrent en forte proportion, ■ avec le carbone, dans la composition du corps qui nous occupe.

En dehors des efléts locaux que nous rapportons, il n'est fait mention dans les auteurs d'aucune autre propriété physiologique. Brachet toutefois annonce que le charbon « accroît la chaleur universelle. » Parlerai-je des vertus stimulantes ou autres surtout vantées par Hahnemann et ses disciples? Mais là comme ailleurs se retrouvent les illusions et les erreurs des homœopathes ; je ne saurais m'y arrêter et citer d'a])rès eux les merveilleux effets de carho.

^ Une question plus importante est celle de savoir si le charbon est absorbé dans l'intestm et encore s'il traverse cet organe, inaltéré, inattaqué par les sucs digestifs. Cette dernière hypothèse est peu probable, nous ne voyons rien d'impossible à ce que cet agent soit lavé dans les liquides acides de l'estomac comme il l'est dans l'eau acidulée d'acide chloihydrique. Dès lors, il perdrait quelques-uns de ses sels dont il contient toujours une assez forte proportion, puisque la poud«e de Belloc ne renferme que 52 "/o de carbone. Quant à la première partie de notre question, elle est assez près d'être résolue. On admet aujourd'hui, c'est du moins l'opinion de plusieurs expérimentateurs, que le charbon est absorbé dans l'intestin, ou du

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moins qu'il pénètre, dans le torrent circulatoire. Un certain nombre d'expériences prouvent la possibilité de celte absorption ; voici comment elles ont été instituées. Des lapins ou d'autres animaux sont nourris d'aliments mélangés à de la poudre de charbon très-fine ; on a préalablement examiné leur sang au microscope pour s'assurer qu'il ne contient d'autres éléments figurés que les globules. Au bout d'un certain temps, ils sont sacrifiés ; on étudie au microscope le sang, les viscères ; on y trouve un assez grand nombre de particules charbonneuses. Elles sont abondantes, surtout dans les veines mésaraïqnes et dans le ventricule droit, mais on en a rencontré dans le foie, les poumons, la rate, les ganglions mésentériqnes (Asterlen, Eberhard, 1847; Donders, Mensonides, Bruch). Ces auteurs supposent que l'absorption se fait par les chylifères et par les veines mésaraïqnes. Ces voies, ouvertes au charbon, le conduiraient dans les ganglions du mésentère; dans le foie, la rate, la veine cave inlérieure, le cœur droit, l'artère pulmonaire et les poumons où il se fixerait (Villaret). FoUina démontré, de son côté, que les matières du tatouage, qui renferment beaucoup de charbon, sont transportées par les lymphatiques jusqu'à leurs ganglions.

Mais nous ne pouvons rester sur ce terrain encore peu solide, parcouru surtout parles pathologistes qui s'occupentde la phthisie noire; nous l'abandonnons, heureux d'y avoir rencontré ce fait curieux de l'absorption, par les vaisseaux de l'intestin, des poussières charbonneuses. Jusqu'à présent, du reste, on n'en a tiré aucune conséquence thérapeuti(]ue. Nous le laissons de côté pour exposer d'autres points plus intéressants et moins problématiques de l'histoire du charbon.

Pouvoir absorbant. Il s'exerce sur les gaz, ainsi que nous le savons, avec d'autant plus de ikcilitéque ceux-ci sont plus solubles dans l'eau ; il est donc considérable pour l'ammoniaque, l'acide sulfhydrique, l'acide carbonique, les hydrogènes carbonés, etc.; il l'est moins pour l'azote, l'air, l'hydrogène, etc. Nous ne nous occuperons pas du pourquoi de cette absorption, nous dirons seulement qu'elle est moindre pour le charbon en poudre que pour celui qui est cassé en menus fragments (Payen), et qu'elle est généralement proportionnelle à la porosité.

Le charbon de bois est hygrométrique ; il s'empare avidement de l'humidité de Tair et devient par cela même moins apte à l'absorption d'autres fluides. Enfin, les médecins doivent encore savoir que sa propriété absorbante s'exerce aussi sur les sels terreux dissous dans l'eau, et qu'elle a naturellement des limite':! ; ainsi le charbon qui a absorbé un gaz est incapable d'en prendre un autre (Payen).

Tous ces effets spéciaux nous feront comprendre les applications médicales ou hygiéniques du charbon végétal, qu'on peut d'ailleurs classer sous deux chefs i^rïncï'paux: désinfection; absorption.

B. Propriétés du charbon animal. Ce produit est iabriqué le plus souvent à l'aide des os, qui en fournissent de 55 à 60 °/o contenant -^ de carbone, le reste étant formé de matières minérales : phosphates ou carbonates terreux, sels alcalins (soude, potasse, lithine d'après Ducros). Il est peu employé en médecine malgré ses propriétés très-actives. C'est en effet un absorbant bien supérieur au noir végétal.

Biett, l'un des premiers, le prescrivit à l'intérieur, 'e préconisant contre le choléra (1832).

Nous ne parlerons que pour mémoire de sa faculté décolorante, qu'il a en partage comme le charbon végétal. Nous ne nous étendrons pas non plus sur ses propriétés physiques décrites ailleurs, pour arriver plus vite à quelques particularités pouvant intéresser le médecin. L'une d'elles a été signalée, en 1855, par

-420 CHARBON (emploi médical. - - hygiène),

Cl. Bernard, Si l'on filtre sur du noir animai une solution sucrée albumiiieuse, l'aUjumine est coagulée et le sucre passe. Ce fait est bon à connaître, et peut être mis à profit quand on recherche le sucre dans un liquide organique albumineux, l'urine par exemple, principalement dans les cas de diabète albumineux et sucré à la fois, si bien étudiés par M. le professeur Gubler.

Le charbon animal a encore une autre propriété particulière que ne possède pas le charbon végétal. Elle a été signalée par Labourdais l'un despremieis, qui démontra qu'après des lavages successifs à l'eau acidulée avec de l'acide chlorliydrique, destinés à lui enlever ses sels terreux, le noir atiimal jouissait du pouvoir de retenir la morphine, la quinine, la narcéine, quand des solutions de ces bases étaient filtrées sur lui. L'alcaloïde restait mélangé an charbon, il n'était en rien altéré et pouvait lui être repris facilement.

Plus tard (1858), Garrod constata le même fait et en trouva d'autres analogues. Ainsi il observa que les solutions des solanées vireuses filtrées sur le noir animal perdaient leurs propriétés toxiques.

Nous avons cherché à contrôler les assertions émises par Labourdais et Garrod, ou du moins quelques-unes d'entre elles, en procédant ainsi qu'il suit: des grenouilles furent empoisonnées avec ceitains alcaloïdes ayant des effets physiologiques bien nets, très-faciles à voir, et caractéristiques du poison. On notait l'action principale, puis une partie de la solution était filtrée sur le charbon et l'on recommençait l'expérience avec le liquide obtenu. Nous avons employé successivement la strychnine, la digitaline, etc. Voici quelques résultats :

Une solution à j-g^ de sulfate de strychnine injectée sous la peau d'une grenouille, à la dose deOe^lS (soit 0s%0015 d'alcaloïde), produit un strychnisme intense et promptement mortel ; on la filtre, on l'injecte sur une autre grenouille; on n'obtient plus de convulsions.

(On filtrait 10 grammes de la solution à -^^ sur 5 grammes de noir).

Avec la digitaline, les résultats ont été moins nets ; il est vrai que nous doutons un peu de la pureté du produit employé. Toutefois, une solution au jf^, injectée sous la peau d'une grenouille, fit baisser les battements cardiaques de 80 à 58. Filtrée sur du charbon et injectée sur une autre grenouille, la chute fut la niêiiie. Dans les deux cas, la contraction du ventricule était aussi énergique et semblait manifestement renforcée par l'alcaloïde.

Egalement, le sulfate d'atropine dissous dans l'eau a été essayé sur un chien. Nous avions un alcaloïde très-pur dont nous avons fait une solution au j^. Instillée à la dose de deux gouttes dans l'œil d'un petit griffon, elle détermina une dilatation pupillaire énorme, et l'iris mit huit jours à revenir à ses dimensions normales. La solution filtrée sur du noir produisit exactement les mêmes effets.

Avec le chlorhydrate de morphine, même insuccès. En elfet, une solution au J-5-0 dont 10 grammes furent filtrés sur du noir (5 grammes), nous donna un abondant précipité caractéristique avec l'iodure ioduré de potassium.

Le sulfate de quinine fit de même. Sa solution au y^, dans de l'eau acidulée avec acide tartrique, filtrée sur le charbon animal, précipita aussi, abondamment, par l'iodure ioduré de potassium.

Nous ajouterons que iioul avons recherché, à titre d'essai, si le noir animal n'altéreriiit pas les solutions phéniquées et chloralées filtrées sur lui. 11 n'en est rien; elles conservent leur énergie, ainsi que nous l'avons noté dans des expériences sur les grenouilles.

De tout ceci résulte que dans un seul cas seulement (strychnine), nous avons

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pu vérifier les assertions émises par Garrod ou d'autres auteurs. Quelle que soit l'imperfection de nos expériences, elles prouventau moins que le noir animal lavé, inséré dans l'estomac aprèc un empoisonnement par la morphine, la digitaline, la quinine, n'aurait peut-être pas toute l'efficacité désirable comme contre-poison.

Nous dirons en outre, ce qui du reste est bien connu, qu'avec le charbon végétal on n'obtient pas l'absorption des alcaloïdes. Nos recherches sembleraient prouver que les solutions toxiques filtrées sur ce noir se concentrent pour agir plus énergiquement ; leur titre s'élèverait.

Nous mentionnons en passant, car nous reviendrons plus longuement sur ce fait, que certains sels métalliques ou terreux sont absorbés par le charbon animal quand on filtre sur lui leurs solutions. Esprit, Bonnemain [Acad. se, 1853), en ont tiré cette conclusion que, dans les recherches médico-légales, les experts doivent se garder de filtrer, sur ce produit, les liquides dans lesquels ils soupçonnent la présence d'un poison, à moins de le rechercher ensuite dans la matière filtrante.

II. Usages médicaux du charbon. Cette substance a des applications médicales et hygiéniques qui diffèrent suivant l'espèce ; nous les étudierons dans des chapitres distincts.

A. Applications thérapeutiques du charbon végétal. 1» A l'intérieur. Dès la plus haute antiquité, paraît-il, le charbon pris à l'intérieur était d'usage populaire. Hippocrate rapporte que des chloroliques guérirent après en avoir mangé pendant quelque temps. Galien et Paul d'Égine firent la même remarque. Plus tard, vers 1575, Zacutus Lusitanus, au dire de Brachet qui nous fournit ces renseignements, vit guérir une aménorrhée datant de dix ans, grâce au charbon. Nous acceptons volontiers la réalité de ces récits ; chlorose et dyspepsie sont souvent connexes chez les femmes ; en guérissant l'une, la dyspepsie, et nous verrons plus loin que le charbon est capable de rendre des services signalés dans cette affection, on combat elficacement l'autre : la chlorose et ses conséquences, l'aménorrhée entre autres. Pline l'ancien nous apprend une vertu nouvelle du charbon; au cii;ipitre 49 du livre XXXVI nous lisons :

Quin et carbunculum..,.

Querneus carbo tritus cum melle sanat.

Il est probable que le médicament était pris contre l'anthrax à rintcrieur. Nous ajouterons que les anciens avaient grande confiance dans les breuvages composés de vin et de cendres de divers végétaux imparfaitement calcinés, dans les cas de blessures ou de plaies.

Vers la fin du seizième siècle, Martin Ruland (le père) prescrivait empiriquement le charbon de tilleul, base de la poudre de Saxe, dans l'épilepsie, la colique, et la lientérie. Aussi bien Manget le donnait contre le vertige.

A la fin du dix-huitième siècle, on commença à se servir du charbon comme topique (Simmsons, Bernemann, Alphonse Leroi) , quand Lowitz eut appelé l'attention sur ses propriétés désinfectantes. Griois rapporte dans sa thèse (1803), qu'en Allemagne, plusieurs médecins l'employaient contre les affections cutanées. Mais il faut arriver au mémoire de Brachet (1803) pour rencontrer des indications, ayant quelque valeur, sur son emploi médical.

Cet auteur préconise le charbon contre le scorbut, les fièvres, etc. D'après lui : Sue et Gay avaient eu à s'en louer beaucoup dans les fièvros putrides. Brachet ne donne sur ces faits aucune explication, il se borne à énoncer quelques résultats

'^"^ CHARBON (emploi médical. — hygiène).

cliniques satisfaisants qu'il attribue aux propriétés excitantes et toniques du médicament. Fauchier et Huiiold, en le prescrivant dans les fièvres graves, voulaient sans doute mettre à profit ses propriétés désinfectantes. Le charbon serait peutêtre, en effet, une ressource dms quelques cas de fièvre typhoïde avec météorisme grave, comme absorbant, à la condition de ne pas exciter trop vivement la muqueuse enflammée. Mais ces visées théoriques ne sont pas confirmées par la pratique, au dire de certains médecins, qui n'apportent d'ailleurs aucune preuve décisive contre le médicament.

Ici, nous abandonnons l'ordre chronologique pour exposer l'état actuel de nos connaissances sur les propriétés thérapeutiques du charbon. On l'utilise principalement dans les maladies des voies digestives. Brachet l'administrait avec succès contre les manifestations buccales du scorbut, sans indiquer toutefois l'effet topique possible. A la rigueur on pourrait supposer qu'il désinfecte dans l'estomac les liquides buccaux qui ont été avalés. Ceci admis, nous pensons qu'il remirait des services dans d'autres affections de la bouche où les malades sont exposés à in'^érer des produits de sécrétion putride : stomatite ulcéreuse, gangrène de^la bouche, etc. ; on s'aiderait, en outre, des collutoires à la poudre de charbon.

Dans les maladies de /'estomac et de l'intestin, le charbon est assez souvent ordonne quand elles s'accompagnent d'hypersécrétions muqueuses ou gazeuses. On utilise dans ces cas ses vertus absorbantes. Belloc a particulièrement appelé l'attention des médecins sur les effets heureux obtenus dans les dyspepsies par l'emploi du charbon. Ses premiers travaux parurent en 1848 dans le Journal de médecine de Bordeaux. Pour lui, un grand nombre de maladies idiopathiques ou symptomatiques de l'estomac étaient améliorées ou guéries par cet agent doué des propriétés d'accélérer la digestion, d'augmenter l'appétit, de faire cesser la gastrodynie, toutes circonstances favorables à l'institution d'un traitement approprié contre la maladie principale.

L'auteur indiquait dès cette époque un mode de préparation de poudre charbonneuse, la seule capable de produire de bons effets.

Nous reproduisons ses indications : il faut choisir de jeunes pousses de peuplier de trois à quatre ans, très-vertes, non émondées, et à écorce saine, qu'on coupera au moment de la sève ascendante ; on les calcine en vase clos, on fait macérer le charbon obtenu dans l'eau pendant trois jours, on sèche et on pulvérise. Cette poudre d'un charbon léger et brillant est d'une innocuité parfaite pour l'estomac, elle ne l'irrite jamais.

Le mémoire de Belloc fut présenté à l'Académie de médecine et donna lieu à un rapport favorable de Pâtissier, lu au mois de décembre 1849. Les conclusions adoptées ne diffèrent pas de celles que nous avons rapportées. A celte époque divers praticiens n'eurent qu'à se louer du charbon : Dubois (d'Amiens), Fouquier, Husson, etc., dans les dyspepsies gastro-intestinales. C'est encore aujourd'hui, en pareil cas, un remède banal que bien des malades se prescrivent d'euxmêmes.

Il est à craindre que les mérites du charbon n'aient été grossis dans la dyspepsie flatulente ; sans doute, donné à haute dose, il ne manque pas d'absorber" les gaz qui distendent l'estomac et l'intestin; mais son action est essentiellement de courte durée, passagère, et pour la soutenir il faut revenir souvent à des prises de médicament. L'emploi persévérant du remède est donc obligatoire ; à cette condition l'estomac, l'inteslin, n'étant plus distendus outre mesure par la pneumatose, reprendront leur tonicité et fonctionneront mieux.

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La muqueuse légèrement excitée laissera pleuvoir sur les matières alimentuires des sucs abondants, la digestion sera plus facile, en même temps les selles seront rendues plus régulières. On doit donc attribuer au charbon quelques eifets bienfaisants dans la dyspepsie atonique (Belloc, Odier, Récamier) ; adjuvants ou palliatifs si l'on veut, mais souvent utiles par le calme qu'ils procurent aux malheureux gastralgiques. En tout cas, il faut bien se rappeler que le remède ne peut agir que contre l'un des symptômes des dyspepsies : l'atonie. Ces maladies sont de nature si différente, ont des manifestations si variables qu'on ne saurait donner d'autre indication à l'emploi du charbon, dans leur traitement, que celle que je pose. D'ailleurs, depuis Belloc et Récamier, qui prescrivait le cliarbon sous le nom de magnésie noire, la matière médicale s'est enrichie d'un grand nombre de produits capables lui de faire une concurrence sérieuse sur le terrain des dyspepsies : la pepsine, la diastase, la pancréaline, etc.

Malheureusement ces préparations sont chères, et par suite, difficilement abordables pour les classes pauvres ; c'est alors que la ressource du charbon se présentera avec avantage.

Banks, en Angleterre, parle de succès obtenus à l'aide de la poudre de charbon dans un cas de ptyalisme nerveux. Mais il donnait en même temps du raatico. Les usages du charbon dans les maladies du tube digestif, ont été étendus aux affections symptomatiques. Ainsi dans le cancer de l'estomac avec fétidité de l'haleine, Trousseau donnait sa poudre; Fuch, Récamier le prescrivaient dans les entérites rebelles ; Bracbet s'en est bien trouvé dans cinq cas de dysenterie, aussi bien que Bird, qui l'associait à l'ipéca pour modifier le ténesme.

Rayer l'a vu parfois avantageux dans l'entérite tuberculeuse et contre la diarrhée des fièvres graves, mélangé au bismuth. Nous rappelons les essais satisfaisants de Sue et Gay, ceux de Hunold dans les mêmes cas.

Aux hémorrhoïdaires, A. Barailler (de Toulon) fait prendre un mélange à parties égales de poudre de charbon, de quinquina, de crème de tartre, pour combattre le météorisme et la constipation. Quand les hémorrhoïdes sont fluentes et douloureuses, l'association charbon, bismuth, donne de bons résultats (Mége).

Enfin, Orf à Munich, Bird en Amérique, attribuent au charbon le pouvoir d'agir contre les vers intestinaux, ce qui n'a rien d'invraisemblable.

Que dire maintenant des avantages de ce médicament dans la fièvre intermittente, si ce n'est qu'à priori, ils sont très-douteux, étant donné qu'on veut en faire un fébrifuge.

Comme tous les absorbants, en régularisant les fonctions digestives il permet peut-être la cure spontanée d'une fièvre palustre, mais on comprend mal un effet direct contre la fièvre. Le sous-nitrate de bismuth, autre absorbant, passe aussi pour fébriluge. Nous nous hâtons cependant de dire qu'en Scile, le charbon a bien agi entre les mains de Calcagno, mais à haute dose, et qu'eu outre, Maccadius et BuscareUi ont guéri également des fièvres d'accès, grâce à lui. Ces succès avaient été pressentis par Bracbet en 1805.

Je ne crois pas qu'on em[>loie aujourd'hui la poudre de Saxe ou le charbon de tilleul contre l'épilepsie, àl'exemple de Martin Ruland (1591), ou contre le goitre (Arnaud de Villeneuve) ; le temps a fait justice de ces erreurs. S'il s'agissait dans cette dernière affection de charbon d'épongé ou de varech, la valeur du médicament serait moins contestable.

2" A l'extérieur. Le charbon végétal est assez souvent utilisé par les médecins

''*2^ CHARBON (emploi médicai,. — hygiène),

et les chirurgiens, comme désinfectant, contre la suppuration fétide, ou dans les pansements des plaies pour liàter la cicatrisation.

Notre intention n'est pas de dire tous les cas, toutes les maladies dans lesquels il | a rendu des services, nous mentionnerons seulement que, sous son influence, on a « vu les plaies de bonne ou mauvaise nature, mais fournissant un ichor fétide, une suppuration abondante et sanieuse, présenter un meilleur aspect, perdre leur odeur, se déterger, et marcher vers la cicatrisation. Dans la gangrène, dit Ormerod,les eschares sont en très-peu de jours consumées par le charbon, ou bien elles se momifient, ce qui facilite leur élimination. Des plaies de toute nature ont été pansées avec la poudre charbonneuse : eschares au sacrum chez les typhiques (Operi); moignons d'amputés (Simmsons de Manchester): gangrène humide (Brachet) ; ulcères simples ou gangreneux (Bernemann) ; pourriture d'hôpital, (charbon et camphre), etc., etc.

Dans le cancer ulcéré, le charbon peut être fort utile, par exemple dans les ulcères du col utérin (Alphonse Leroi), du vagin, du rectum, du sein, etc.

^ Enfin on a agi efficacement avec des lavements au charbon, dans les cas d'ulcérations dysentériques du rectum, avec des prises de poudre dans l'ozène, etc. Au résumé, contre toutes les plaies odorantes qui répandent autour des malades des gaz fétides, pouvant souvent compromettre leur état général, la poudre de charbon est avantageuse par ses propriétés désinfectantes et absorbantes. Celles-ci ont été mises à profit par Eisenmenger, dans un cas de lochies rendues fétides par des débris placentaires putréfiés dan.s l'utérus, et avec succès; il faisait faire des injections vaginales à base de charbon.

Toutes ces applications comportent bien des variantes, faciles à imaginer dans la pratique, je ne m'y arrête pas.

Mais, pour être complet, je ne puis passer sous silence, malgré leur valeur insignifiante, certains usages du charbon aujourd'hui abandonnés.

En 1803, Griois soutint à Paris une thèse dans laquelle il rapportait les effets merveilleux de cet agent contre la teigne. Étant à Wuizbourg, il avait vu dans le service deThomann, la poudre de charbon, et la pommade à l'axonge, au beurre, et au charbon guérir avec la plus grande facilité cette maladie si désagréable. En lisant ses observations on est malheureusement désillusionné, car les cas de guérison de teigne n'en sont pas.

L auteur avait alfaire à des eczémas ou à de l'impétigo du cuir chevelu, et non a cette affection parasitaire que nous appelons du nom générique de teigne. Dans un cas, la guérison fut obtenue en cinq jours (Obs. n" 3 de Griois). Cet énoncé suffit à démontrer l'erreur commise par l'auteur ; en effet, depuis que chaque espèce de teigne est bien définie et sûrement diagnostiquée par la détermination de son parasite, on sait qu'il faut au moins six mois, un an ou plus pour obtenir la guérison, en usant des moyens que la médecine moderne considère comme les plus actifs. Nous ne saurions donc admettre avec Thomann, Griois, Gallot ou d'autres observateurs que le charbon est le spécifique de la teigne, il ne saurait être efficace même dans lefavus, la variété la moins rebelle. Sans nier la valeur parasiticide très-possible de cet agent, nous ne pensons pas qu'il puisse poursuivre les mucédinées des teignes jusque dans les profondeurs du derme, comme le font l'épilation et les parasiticides classiques, employés simultanément. Les frères Mahon ont, il est vrai, essayé de réhabiliter la poudre de charbon, au moins c'est assez vraisemblable si l'on en croit une analyse de Figuier, qui démontre dans leur poudre contre la teigne la présence du charbon. (Cendres de bois neuf, 100 par-

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ties; charbon pulvérisé, 50). Malheureusement ces spécialistes ne réussissent pas mieux que d'autres, l'expérience l'a suifisamment démontré, ce qui ne prouve pas davantage en faveur du charbon. Continuons à nous servir de la méthode préconisée par le savant dermatologiste de l'hôpital Saint-Louis, le docteur Bazin, et à traiter la teigne par l'épilation et les pommades parasiticides au turbith à l'huile de cade, etc.

Une autre affection parasitaire, la gale, a été combattue par le charbon (Griois, Hahnemann). J'admets volontiers la possibilité du succès. En frictionnant l'épiderme avec sa poudre grossière chez un galeux, on peut détruire facilement les sillons creusés par les sarcoptes, déloger ceux-ci de leur galerie et les tuer. Anciennement on extrayait les cirons avec une aiguille et la guérison avait lieu; le charbon ne ferait pas autre chose mais en moins de temps. Je serais tenté de le recommander à la condition d'aider à son action en le mélangeant à une pommade sulfo- alcaline, la frottée serait plus active et l'acarus subirait aussitôt démasqué l'effet toxique du soufre et du sel de soude.

B. Usages médicaux du cltarbon animal. On prescrit fort peu le noir animal, malgré ses avantages comme absorbant, et bien qu'il soit supérieur, sous ce rapport, au charbon végétal. C'est au point que plusieurs formulaires n'en font pas mention. Il a été préconisé par Bielt en 1832. Ce médecin, se fondant sur ce fait que les ouvriers employés à la fabrication du noir animal n'ont que très-rarement le choléra, attribua au charbon une vertu préservatrice. Allant plus loin encore, il se demanda si l'agent de prophylaxiene pourrait pas devenir un moyen de curation. D'après ces données, il essaya le noir animal dans le choléra, et comme plusieurs malades guérirent il en conclut à la confirmation de ses visées théoriques. Ce même raisonnement a été fait bien souvent depuis 1852. Un certain nombre de professions ont été citées comme ayant le pouvoir de conférer l'immunité contre le choléra, ce qui nous a valu d'autres spécifiques non moins recommandés: le cuivre, le goudron, l'acide phénique, etc., etc. On avait en effet remarqué que lesouvriers travaillant au cuivre, au goudron, aux usines à gaz, étaient en général préservés du choléra. Malheureusement tous ces moyens n'ont guère d'efficacité qu'entre les mains de leurs auteurs ; ils échouent d'ordinaire devant les médecins observant sans parti pris, et on les abandonne. C'est pourquoi il n'est plus question comme médicaments spécifiques du charbon animal, du cuivre, du goudron ou de ses dérivés dans le traitement du choléra.

Biett avait attribué au noir animal la propriété de diminuer les selles diarrhéiques spéciales, de les rendre bilieuses ; circonstances heureuses très-favorables à la guérison. Grâce à ce médicamentil avait obtenu 55 succès sur 100. La statistique n'est pas nombreuse, elle prouve, comme toutes celles de ce genre, ce qu'on lui lait dire.

Nauche, on ne sait pourquoi, a fait du charbon de cervelle de mouton un remède contre la migraine. Le fait est invraisemblable. Que le charbon modifie avantageusement certaines céphalées secondaires dues à la dyspepsie, soit ; mais qu'il guérisse à coup sûr l'hémicrànie vraie, c'est inadmissible.

Nous avons déjà dit que Garrod recommandait le charbon animal comme contrepoison dans certains empoisonnements ; nous allons revenir plus longuement sur cette question. On meta profit, dans ces circonstances, ses propriétés absorbantes spéciales ponr les sels métalliiiues ou les alcaloïdes toxiques. L'auteur anglais a rapporté en 1858 deux faits cliniques qui justifieraient sa manière de voir. A deux malades empoisonnés par la belladone : 60 centigrammes d'extrait dans un cas,

^-^ CHARBON (emploi médical. — hygiène).

iO grammes dans l'autre, il donna du noir animal peu après l'ingestion du poison ; laguérison s'ensuivit. Il expérimenta en outre sur des chiens. Une préparation d\aconit fut mélangée à de la poudre de charbon et donnée à l'un d'eux; l'animal n en éprouva aucun effet. Au contraire une dose quarante fois moindre mais pure, en tua un autre en peu d'instants. La critique des faits cités par Garrod est trop tacile, nous passons outre, et nous allons examiner quels seraient les avantao-es du noir animal comme contre-poison, alors même qu'il serait certainement l'absorbant siir de certains agents toxiques. Il masquerait, dira-t-on, le poison et l'empêcherait de nuire. On aurait par conséquent tout le temps nécessaire pour laire avaler un éméto-cathartique ; n'est-il pas plus simple, si l'on arrive à temps dans mi cas d'empoisonnement, de vider d'abord l'estomac à l'aide d'un émétique ou d'une pompe stomacale, et à défaut de ce moyen, de faire prendre force oaualbumineuse, facile à improviser partout, et k coup sûr très-capable d'invisquer le poisonetdele soustraire à l'absorption? Assurément. Cependant si l'estomac stupéfié ne réagissait pas sous l'action de l'ipéca ou d'un autre -vomitif, rien n'empêcherait d'essayer le noir animal, étant admis l'impossibilité de se procurer une pompe stomacale. Mais, encore dans ce cas, le blanc d'œuf me semble offrir les mêmes garanties que le charbon.

Eiilenberg et Wohl, ayant constaté que le charbon animal est un absorbant trèsactif du phosphore solide ou en vapeur, pensèrent que ce pouvait être le contrepoison de ce métalloïde si puissamment toxique. Ils firent sur des animaux un certain nombre d'expériences concluantes. C'est à vérifier.

Bertrand de Pont-dii-Château avait, antérieurement à Garrod, proposé le noir animal comme contre-poison de l'arsenic et du cuivre ; toutefois cette idée ne fut pas acceptée. Cependant elle est assez juste et elle a acquis une certaine valeur des essais tentés au point de vue chimique par Dulignon-Desgranges, et des expériences physiologiques de Raynal et Chevallier.

Dulignon-Desgranges montra que 3s',33 de noir animal enlevaient à froid 1 gramme de sulfate de cuivre dissous dans 500 grammes d'eau ; et à chaud plus du double. Chevallier et Raynal, expérimentant à Alfort, s'assurèrent que le charbon empêche l'empoisonnement par le cuivre et en tirèrent cette conclusion que les ouvriers fondeurs sont préservés de ia colique de cuivre parce qu'ils vivent dans une atmosphère chargée de poussière charbonneuse. Laissons de côté cette hypothèse au moins hasardée, et posons en fait qu'un sel de cuivre en solution (sulfate) peut être absorbé par le charbon animal.

D'autres oxydes métalliques sont aussi retenus ; Chevallier revendique pour lui la priorité de cette observation, remontant à l'année 1845. ;I1 annonçait alors la possibilité d'erreur commise par des médecins légistes qui filtreraient sur du noir des liquides chargés d'un poison à base métalhque. Déjà en 1822, Payen avait constaté que le charbon animal enlève à l'eau ses sels calcaires. Mais Chevallier a le mérite d'avoir généralisé le fait et surtout d'en avoir bien décrit les conditions pratiques. J'en reproduis quelques-unes qui intéressent le thérapeutiste et le médecin légiste.

Les sels de fer solubles sont, dit-il, facilement absorbés par le charbon. On comprend alors pourquoi il peut être mauvais d'associer le fer à sa poudre.

Également l'absorption a lieu par le noir animal des sels de cuivre, de zinc, d'argent, de mercure, etc., etc.; mais cet agent doit être non lavé pour absorber (à chaud seulement) les composés arsenicaux, D'après Chevallier un grand nombre de chimistes ont vérifié ces faits : Galvert, Graham, Wappen, Garrod..., etc.

CHARBON (emploi médical. — hygiène). ■457

Warrington a augmenté la liste des corps qu'absorbe le charbon en indiquant que certains principes amers végétaux en solution dans l'eau étaient retenus par lui. Mais cette absorption a des limites spéciales que Wappen nous a fait connaître. Par exemple les extraits de coloquinte, colombo, gentiane, quassia, cascarille à la dose de 60 centigrammes dans 60 grammes d'eau sont absorbés par des quantités de charbon variant du simple au triple, par rapport au poids des extraits. Ce n'est pas tout; le même expérimentateur nous apprend que la résine de Jalap et certains principes astringents : noix de galle, tannin, ratanhia, cinchona, etc., sont enlevés à l'eau par le charbon ; voilà par conséquent des incompatibles pour ce dernier, et à son tour le noir animal pourrait entrer comme correctif dans certaines préparations renfermant les médicaments dont nous parlons.

C. Charbon minéral. Usages thérapeutiques. 11 est encore moins employé que le précédent. Dans certaines contrées septentrionales on donne le charbon de terre en poudre, contre la dysenterie, mêlé à l'eau-de-vie, ou bien on l'incorpore à des pommades comme maturatildes abcès, mais c'est tout ce que l'on cite ; l'empirisme ne nous fournit pas d'autres données et la science ne semble pas s'être occupée beaucoup des propriétés thérapeutiques de ce combustible. Le graphite passe pour dessiccatil et antiherpétique pris à l'intérieur ou employé à l'extérieur ; nous le laissons à la pharmacopée populaire.

111. Applications du charbon a l'hygiène. Les usages de cette substance en hygiène sont nombreux. Ils dérivent de ses propriétés absorbantes, désinfectantes ou décolorantes, et sont variables avec l'espèce de charbo.n : végétal ou animal.

1° Charbon végétal. Les anciens connaissaient ses propriétés désinfectantes ou tout au moins ils savaient qu'il était capable d'empêcher la putréfaction. Au rapport de Maillet, les Égyptiens pauvres faisaient enfouir leurs morts dans du charbon quand ils ne pouvaient pas faire les frais d'un embaumement.

Ils n'ignoraient pas non plus certaines propriétés absorbantes du charbon. Ainsi nous lisons dans Pline l'ancien que le temple de Diane à' Éphèse eut ses fondements construits sur du charbon pour les préserver de l'humidité.

« Rursiis ne in lubrico alque instabili fundamenta tantœ molis locarentur, calcatis ea siibstravere carbonibus, dein velleribus lance. »

On sait encore que sous les bornes-limites on mettait de la poussière de charbon, afin sans doute de leur donner plus d'inaltérabilité.

Au dix-huitième siècle, il était d'usage vulgaire parmi les marins d'assainir l'eau corrompue à l'aide du charbon. Gay jeune cite l'exemple d'un capitaine de vaisseau du nom de Cormik qui connaissait bien ses propriétés désinfectantes. Il n'en est pas moins vrai que c'est Lowitz, en Russie, qui démontra le pouvoir désinfectant du charbon et indiqua ses conséquences pratiques (1790 environ). Deux ans auparavant il avait reconnu son pouvoir décolorant. Un peu plus tard (1803), Duburgua, en France, ignorant les travaux de Lowitz, lus seulement le 28 septembre 1790 devant une société savante de Saint-Pétersbourg, avait constaté que le charbon était un désinfectant et un décolorant (Chevalliar),

Schaub ajouta à ces découvertes en montrant qu'il peut non-seulement désinfecter la viande avancée, mais encore empêcher sou altération. En résumé cet agent purifie l'eau altérée par la putréfaction des matières organiques qu'elle renferme, et il est apte à la conserver inaltérée en prévenant cette putréf iction. G est grâce au charbon qu'on empêche l'eau des citernes, des réservoirs, celle qu'on embarque sur les navires, de se corrompre. Berthollet au commencement de ce siècle avait indiqué de charbonner à l'intérieur les tonneaux destinés à renfermer

^28 CHARBON (emploi médical. — hygiène),

l'eau potable sur les bâtiments, pratique fort bonne qui a donné d'excellents résultats. Déjà Lowitz avait recommandé d'employer 8 kilogrammes de cliarbon pulvérulent par hectolitre d'eau à conserver.

En 1802, Smith établit des fontaines domestiques avec filtre de charbon, exemple suivi par Ducommun. Ces appareils sont encore aujourd'hui souvent employés.

Les petites fontaines de Ducommun clarifient l'eau comme les filtres de pierre ou de sable, elles la conservent et la dépouillent à l'occasion de "sa fétidité. Remarquons toutefois que le charbon est incapable de rendre potable une eau naturellement insalubre, il se borne à enlever d'une eau corrompue les gaz fétides, sans aller au delà. L'eau de mer filtrée sur ce corps sera toujours impropre à la boisson ; j'en dirai autant des eaux séléniteuses jjien qu'il retienne dans une certaine proportion les sels de chaux. Les fontaines de Ducommun ne sont pas d'un prix élevé" mais elles coûtent encore de 25 à 90 francs, c'est pourquoi on a tenté de les remplacer par de petits filtres plus simples, très-portatifs et pouvant figurer sur une table pour la purification de l'eau d'un repas, ou se mettre dans le sac du soldat ou du touriste pendant dos marches ou des excursions.

Bourgeoise construit actuellement de petits filtres de poche, des filtres-entonnoirs qui répondent aux indications précédentes. Dans ces appareils l'eau passe à la fois sur une matière filtrante et sur du charbon. Le même constructeur a d'autres modèles de fontaines filtrantes de toutes dimensions pouvant fournir 60 litres d'eau pure et même plus dans l'espace d'une heure. Aujourd'hui, d'ailleurs, on n'a que l'embarras du choix, l'industrie nous offre en assez grand nombre de petites fontaines servant à l'épuration de l'eau, et très-variées déformes ou de dimensions, dont les prix sont abordables même pour les classes pauvres, celles qui ont le plus besoin d'eau pure, puisqu'elles en consomment davantage. Mais tous les petits appareils ne peuvent nécessairement filtrer qu'une très-faible quantité d'eau, et les grands sont chers.

Chevallier a proposé il y a déjà plusieurs années des filtres faciles à improviser sans grands frais, et qui pourraient trouver leur emploi, surtout dans les campagnes pendant les chaleurs de l'été ou en temps d'épidémie de maladies infectieuses. Rien de plus simple à construire. Un tonneau est charbonné à l'intérieur et placé debout sur son fond. Sa cavité est divisée en deux à l'aide d'un diaphragme en toile supportant une couche de charbon de G"», 20 d'épaisseur; un second diaphragme recouvre cette couche. C'est là le filtre sur lequel on verse l'eau. Celle-ci se purifie et tombe dans la moitié inférieure de l'appareil, d'où on l'extrait par un robinet. On a eu soin, bien entendu, de faire communiquer cette cavité avec l'extérieur, au moyen d'un tube pour faciliter l'écoulement. Le nettoyage d'une fontaine ainsi faite est fort simple. On enlève le diaphragme intérieur, on jette le charbon, et on en remet une nouvelle couche. Ceci a son importance. Il faut bien que l'on sache que cette substance s'altère vite, ou plutôt qu'elle perd assez promptement son pouvoir absorbant, parce qu'elle se charge de matières organiques. Dans ces conditions, le filtre pourrait même devenir nuisible, car, pendant les chaleurs, l'eau serait capable de dissoudre les débris organiques qui imprègnent le charbon (Payen). C'est là un écueil que nous signalons. Il en est un autre encore que nous ne pouvons passer sous silence. On a accusé les filtres de faire perdreaux eaux potables leurs qualités sapides, agréables, en les privant d'une partie de leurs sels ou de leurs gaz : air, acide carbonique (l'eau de Seine contient, d'après Péligot : G02=i:22«,6), et, par suite, de les rendre lourdes.

CHARBON (emploi médical. — hygiène). 429

indigestes et impropres à la nutrition. Parmenlier, au dire de Lefort, avait surtout insisté sur ce fait; car il avait observé que l'eau de Seine filtrée plusieurs fois devenait désagréable au goût et très-fade.

L'objection a été réfutée par les expériences de Bosc, qui a démontré dans i'eau filtrée sur le charbon la présence de l'air et de sels calcaires en sulfisant-e proportion. D'après Belgrand, il faut au moins de 1 à 3 décigrammes par litre de ces derniers pour que l'eau soit bonne.

On a également utilisé les propriétés absorbantes du charbon pour purifier l'air vicié par des émanations'fétides ; par exemple, celui qu'on respire dans les salles d'hôpital ou de dissection, les cabinels d'aisances, les puits de mine, etc.

En 1855, Basfort a donné un moyen simple de désinfecter l'air chaigé de produits putrides. On fait chauffer au rouge, dans un grand creuset de terre bien couvert, une quantité plus ou moins grande de charbon, puis on laisse refroidir, le vase étant toujours clos, et on porte le tout dans l'endroit à désinfecter. L'absorption des gaz fétides a lieu bientôt, et l'air est purifié en moins de dix minutes. Ce procédé est applicable partout, dans les appartements comme ailleurs. Récemment on a proposé quelque chose de plus simple encore et de plus économique. On porte tout bonnement, dans les locaux à désinfecter, ces prismes noirs connus sous le nom de charbons agglomérés. Quand leurs propriétés absorbantes sont épuisées, on s'en sert comme combustible. Leur composition est la suivante : poussier de charbon, sable, brai sec de goudron minéral, mélangés dans des proportions données et soumises à l'action delà presse dans des moules appropriés. L'idée n'est pas mauvaise. Rien n'empêcherait d'utiliser ces briquettes cbarbonneuses pour la filtralion de l'eau potable; on aurait ainsi une eau pure légèrement goudronnée. Mais leurs qualités absorbantes seront toujours faibles.

Il est d'autres circonstances où la désinfection, ou plutôt la purification de l'air par le charbon rendrait de signalés services. Chaque année, on enregistre des cas de mort ou d'accidents graves, résultat de l'asphyxie ou de l'empoisonnement par des vapeurs méphitiques, survenant dans les circonstances que voici : des ouvriers puisatiers, maçons, des vidangeurs ou égoutiers, des mineurs, etc., descendent dans des puits, des fosses, des égouts, des galeries de mine dont l'atmosphère est absolument irrespirable. En quelques instants, ils subissent l'influence toxique du milieu et tombent frappés de mort, asphyxiés ou empoisonnés. Des hommes dévoués vont à leur secours; ils subissent le même sort. Ne serait-il pas plus simple, avant de faire descendre dans un lieu suspect, quant à l'air qu'il renferme, des individus chargés d'y taire une exploration ou un travail quelconque, de s'assurer des qualités de cet air à l'aide d'une bougie allumée portée là où doit respirer l'ouvrier. Si le milieu est malsain, la flamme s'éteindra, alors on le purifiera, à l'aide de la poudre de charbon projetée en suffisante quantité, jusqu'à ce qu'une lumière y brille d'une clarté manifeste. Iliiblard, de New- York, a fait à ce sujet des expériences concluantes. En faisant jeter dans des puits, renfermant de l'acide carbonique, des fragments de charbon, il les a débarrassés de ce gaz. En Angleterre, Stenhouse a imaginé une foule de petits appareils absorbants à base de chaibon, entre autres des respirateurs qui pourraient être utiles aux ouvriers obligés de travailler dans des atmosphères insalubres. Ce sont des sortes de châssis en toile métallique bourrés de charbon concassé. On leur donne toute espèce de disposition pour s'adapter aux cheminées d'égouts, aux prises d'air des habitations, aux cabinets d'aisances, etc., etc.; mais on pourrait aussi les disposer pour servir de respirateurs, à proprement parler, capables de purifier l'air inspiré. Les appa-

■^^0 CHARBON (emploi médical. — hygiène).

reils de Sfenhouse sont des filtres pour l'air, en général très-efficaces, surtout quand on superijose un ou plusieurs écians pour mieux assurer la filtiation. A Londres, ils ont fonctionné très-bien. De temps en temps on les renouvelle et on a soin de les préserver de Thuniidité.

Mais si le charbon, en tant qu'absorbant, est capable de condenser dans ses pores des gaz ou des vapeurs toxiques, n'est-il pas impropre à l'absorption de ce qu'on est convenu d'appeler les miaamex? TurnbuU, de Glascow, croit que le charbon les détruit, et Stenhouse, partageant cette manière de voir, explique cette action par la propriété qu'il possède de condenser l'oxygène de l'air et de brûler la matière organique. Cette théorie n'est pas acceptée par Réveil, et voici pourquoi. Ce chimiste, ayant mélangé à du charlDon préalablement cliauffé au ron^e, puis éteint sous le mercure, une certaine quantité de matière organique, plaça le tout dans un tube qu'il ferma à la lampe. L'oxygène n'a pu être absorbé par le charbon, dans celte expérience, et, cependant, au bout de quelque temps. Réveil, ayant ouvert son tube, trouva la matière organique détruite, mais sans dégagement de vapeur d'eau ou d'acide carbonique, ce qui prouve qu'il n'y a pas eu combustion. Laissons de côté l'explication, et bornons-nous à noter la destruction par le charbon d'une matière organique à laquelle on le mélange. Malheureusement, la question que nous avons posée, à savoir si cet agent peut détruire les miasmes, n'est pas résolue; il n'y a pas d'expériences pour le prouver. Mais, cette preuve seraitelle faite, qu'il resterait encore à indiquer les conditions pratiques d'une bonne préservation des maladies miasmatiques, à l'aide du charbon. Je doute que les respirateurs de Stenhouse soient suffisants, il y aura toujours quelque porte ouverte que ne fermera pas le charbon. Quoi qu'il en soit, ce dernier me paraît être un moyen utile à employer contre les fermentations putrides ; c'est pourquoi Schaub, Duval (de Paris), l'ont préconisé pour conserver les viandes. Dans ce cas, empcche-t-il les microzoaires ou les microphytes d'atteindre la substance fermentescible, ou bien les détruit-il au passage? C'est ce qu'on ignore. Du reste, la conservation n'est pas indéfinie ; au bout d'un certain temps, la matière organique disparaît comme si elle avait été brûlée par le charbon.

C'est d'après ces données qu'on a imaginé la conservation des cadavres par cette substance; fait très-anciennement connu, puisque les Égyptiens l'utilisaient, mais oublié ensuite jusqu'à la fin du dernier siècle. Drachet rapporte, non sans surprise, que le cadavre d'un homme assassiné, ayant été jeté sons un tas de charbon, fut retrouvé au bout d'un certain temps dans un bon état de conservation. Voilà donc un moyen facile d' empêcher la putréfaction des cadavres quand ils doivent être transportés au loin, ou lors d'inhumations tardives. Pichot et Malapert, de Poitiers, fabriquent des suaires en papier carbonifère qui remplissent fort bien l'in^ dication ; mais une simple couche assez épaisse de poussière de charbon rendrait les mêmes services. En effet, vers 1855, Ormerod empêcha la décomposition putride d'un chien mort en le saupoudrant d'une pareille poussière. Plus récemment (1870-71), Hornemann, ayant recouvert d'une couche de charbon de bois grossièrement pulvérisée, le cadavre d'un enfant nouveau-né, et, l'ayant gardé onze mois, ne constata jamais la moindre odeur. Réveil propose le mélange suivant ;

Tan pulvérisé 1 partie.

Charbon végétal ..1.44...... 2 parties.

L*enveloppement du cadavre dans de la charpie carbonifère réussit également très-bien. J'ai vu en 1864, à l'hôpital des Enfants, un cadavre d'enfant de sept à

CHARBON (emploi médical. — hygiène). 451

huit ans tout à fait momifié par cette substance. Deux années auparavant le regretté Clialvet, qui s'occupait beaucoup alors des applications du charbon à l'hygièue, l'avait déposé dans de la charpie carbonilère. 11 est fâcheux qu'il soit dilGcile de se procurer une grande quantité de celte charpie ; mais nous le répétons, à l'aide d'un mélange de charbon, de plâtre, ou encore de craie ou de sciure de bois, on arriverait également à un résultat satisfaisant. De mon côté, j'ai essayé de conserver dans de la poudre de charbon, végétal ou animal, de petits cadavres d'animaux. Le succès n'a pas répondu à mon attente; j'ai toujours senti au bout de quelques jours une odeur de putréfaction peu marquée, il est vrai, et allant s'affaiblissant de plus en plus, mais bien réelle. Après trois mois, momification complète.

L'examen au microscope d'une viande préservée de la putréfaction par le charbon, ne révéla pas trace d'organismes inférieurs ; mais on vit qu'elle avait perdu sa structure histologique, et l'analyse chimique démontra qu'elle possédait autant de matière azotée au bout de quatorze mois qu'une viande simplement desséchée (Hornemann). En France, Réveil fit vers 1862-63 une série d'expériences concluantes sur la valeur du charbon comme agent à opposer à la décomposition putride des cadavres. Nous ne disons ]ias comme moyen de conservation, car, après un certain temps, la matière organique est comme désorganisée, et il lie reste d'un corps que le squelette. Voici, du reste, le résumé des expériences de l'habile pharmacien. Il enfermait dans de petites boîtes des animaux morts et les entourait de charbon de bois. Pendant trois mois, ces boîtes n'offrent aucune odeur ; on les ouvre : on ne retrouve qu'un squelette entouré de débris noirâtres. Réveil fit d'autres essais comparatifs avec le plâtre coalté ou goudronné, la houille, le tan, le chlorure de chaux, mais sans succès pour ces derniers, car il fut l'acile de sentir l'odeur de putréfaction.

D'après ce qui précède, il semble donc que l'on doive admettre, avec Turnbull, Turner, Boussingault, etc., que le charbon est non-seulement antiseptique, mais aussi altérant de la matière organique au point de hâter, par une sorte de crémation paiticuiière et lente, la décomposition cadavérique. Six mois sont à peine écoulés, qu'il ne reste plus du cadavre ainsi traité que le squelette. L'explication de ce phénomène nous échappe. La force catalytique qu'on invoque dans l'espèce est un argument sans valeur. Plusieurs effets d'ordre chimique, mais sur la nature desquels nous sommes mal renseignés, sont beaucoup plus vraisemblables. Nous savons déjà que le charbon est un désoxydant puissant (Schœnbein), outre qu'il est absorbant des gaz, de l'eau, des sels, etc. , qu'il favorise les actions chimiques, car l'hydrogène sulfuré filtrant à travers ses pores, peut se transformer en soufre, eau et acide sulfureux; ce sont là autant de propriétés pouvant concourir à l'action que nous signalons.

Nous aurons à peu près épuisé la série des applications du charbon à l'hygièiie quand nous aurons dit qu'il entre dans une foule de poudres dentifrices ou de pastilles destinées à purifier l'haleine, et qu'enfin il a été proposé par Chevallier comme moyen de désinfection des abreuvoirs, des bassins de jardin, des étangs ou mares à eaux stagnantes. Nous n'avons rieil à dire des propriétés décolorantes du charbon, elles ressortissent surtout de ses applications hidustrielles; On l'utilise principalement pour décolorer les vins, les vinaigres, etc.

2° Ckarbon animal. Les usages hygiéniques de cette substance diffèrent trèspeu de ceux que nous venons d'attribuer au charbon végétal. Plus actif absorbant, plus puissant désinfectant que ce dernier, il est indiqué quand on veut agir vite

■^^'2 CHARDON (tMPLOf MÉDICAL. — hygiène).

et sûrement. 11 est capable de purifier l'air et l'eau, de désinfecter les matières organiques en fermentation putride ; mais en enlevant à l'eau ses matériaux calcaires, il peut nuire à ses qualités, aussi l'emploie-t-on rarement comme substance filtrante de ce liquide. Clievallier, malgré cela, le considère comme propre à la fabrication des fontaines ménagères, et le recommande, en outre, particulièrement pour assainir les abreuvoirs dans les fermes et purifier l'eau des citernes ou des étangs. Girardin a rendu potable, à l'aide du noir animal, l'eau de citernes même très-altérée. Ces expérimentateurs admettent que l'eau filtrée sur du noir animal garde toutes ses qualités d'eau potable ; elle devient transparente, agréable au goût, cuit facilement les légumes et dissout le savon, toutes qualités primordiales d'une eau potable. Enfin, comme dernière application à l'hygiène, nous dirons que le noir animal a été vanté comme désinfectant des matières fécales (Payen, I)erosne, Herpin de Metz, Siret), et capable de rendre des services dans les travaux de vidanges.

Le noir animal est aussi un décolorant puissant (Figuier, 1810), et comme tel susceptible de plusieurs applications industrielles dont nous ne pouvons nous occuper ici.

IV. Modes d'emploi dd charbon. Préparations diverses à base de charbon. a. Charbon végétal. On le prescrit en poudre, pastilles, granules, opiat. Le charbon de Belloc ou de peuplier est le plus usité, mais d'autres végétaux : tilleul, saule, buis, varech, bouleau, quinquina, chêne liège ou chêne ordinaire, etc., étant soigneusement carbonisés, fournissent également un produit de bonne qualité. La poudre se prend dans du pain à chanter ou délayée dans de l'eau sucrée à la dose de deux à six cuillerées à soupe par jour, après le repas, contre le météorisme et la gastralgie. Dans les fièvres graves ou la dysenterie, la dose variera de 20 à 40 grammes par jour.

Les pastilles se prépai ent à l'aide de la poudre que l'on incorpore à du sucre ou à de la gomme adragante, ou mieux que l'on moule seule et comprime pour en faire des tablettes. Trois pastilles de Belloc contiennent environ une cuillerée à soupe de charbon. Elles sont commodes à avaler, ne laissent dans la bouche où elles fondent qu'une trace noirâtre, et ne causent aucune de ces sensations désagréables que donne la poudre prise en nature. Quatre à douze par jour sont une dose suffisante pour les dyspeptiques.

Lascelles Scott, en Angleterre, indique comme excellente la préparation suivante : on calcine des morceaux de buis, de saule ou de tilleul. On recueille le résidu ; il est lavé à l'eau acidulée d'acide chlorhydrique et alcoolisée, puis séché à l'air, calciné de nouveau en vase clos, refroidi et pulvérisé aussitôt. Celte poudre est mélangée à de la gomme et du sucre, mise en pâte et aromatisée avec de la teinture de benjoin, et enfin transformée en pastilles ou granules. Ces bonbons peuvent être croqués sans que les dents ressentent l'impression désagréable que donne la poudre de charbon ; ils ne noircissent pas les doigts. Leur action absorbante est suffisante ; elle est de huit fois et demie leur volume pour l'hydrogène sulfuré.

Une autre préparation de charbon végétal a été indiquée, par Frosini Merletta, comme douée d'une remarquable porosité. C'est celle qui résulte de la calcmation de la férule opoponax. On mélange le résidu à du sucre et du café torréfié trèsfinement pulvérisés, et l'on obtient un médicament à la fois absorbant et tonique.

En Angleterre, on fait parfois usage d'un charbon de varech qui passe pour très-poreux ; de plus, il renferme des iodures et des bromures, et sa composition

CHARBON (emploi médical. - hygiène). 453

se rapprocherait de celle du noir animal. Il l'emporterait même sur ce dernier comme désinfectant et décolorant. Enfin, son prix serait peu élevé. En somme, il est très-recommandable. Pour l'obtenir, on calcine diverses algues mannes, particulièrement la laminaire {Laminaria digitata) (Sanford).

Les carbonides (Malapert) sont aussi des pastilles de charbon fabriquées à l'aide de la poudre battue avec du blanc d'œuf. On les prescrit pour désinfecter l'haleine, principalement dans les cas de gangrène de la bouche ou du poumon (Réveil).

Mentel granule la poudre de charbon en l'incorporant à du sucre, mais avec Réveil, il faut faire remarquer que l'agent absorbant perd une partie de sa porosité à cause du sirop de sucre qui l'impiègne.

On prescrit encore la poudre de charbon mélangée à du sous-nitrate de bismuth ou à d'autres absorbants ; et elle sert à enrober les carbonates ferreux ou manganeux pour les préserver de l'oxydation. On l'associe au miel pour en faire une sorte d'opiat, mais cette préparation laisse à désirer.

Formule : ^

Charbon de bois 40 gr.

Magnésie ,- ..... . i

Miel * 2 s

(Trousseau et Pidoux).

Enfin c'est elle qui forme la base de diverses poudres dentifrices, depuis les indications de Lowitz, en 1791. Voici quelques formules :

1° Poudre de quinquina rouge ]

Jf°"'° • • • a~a. 10 gr. (Réveil).

Charbon de bois 1

2° Poudre de charbon , 520 „p

Racine d'iris gg

Cachou 25

Ecorce de cassie 25

^^^"^^ • '■ • ■ 1-2 (S. Piesse).

3° Charbon 20

Magnésie 1

Essence de menthe 0.50

A l'extérieur, c'est encore la poudre de charbon qu'on emploie le plus souvent. On la fait parfois entrer dans des pommades, des cérats, ou bien on la mélange à de la farine de graine de lin (Cazer.ave) pour en faire des cataplasmes. Mais nous recommandons de préférence à tous ces moyens les préparations de Pichot et Malapert, ou deLeperdriel, que nous énumérons plus loin.

La poudre simple, ou composée c'est-à-dire unie à d'autres substances médicamenteuses, sert à saupoudrer les plaies fétides. On mélange le charbon pulvérisé soit à de l'opium, à du quinquina, du camphre, du plâtre, etc., pulvérisés, soit à des liquides . essence de térébenthine, sulfate de zinc dissous, goudron, afin d'obtenir à la fois des effets désinfectants, calmants et cicatrisants. Voici deux formules de mélange indiquées par Réveil :

1° Charbon 97

Coaltar ou goudron 3

2' Charbon 80

Camphre en poudre. 10

Flowel fait avec la poudre de charbon des coussins destinés aux malades affectés d'incontinence d'urine on des matières fécales.

La pommade au charbon ou le cérat me paraissent être des préparations défec- DicT. E^c. XV. iS •

454 CHARBON (emi'loi médical. — hygiène).

tueuses. Elles étaient nulrefois employées par les dermatologistes contre les affections cutanées siraultanéaieut avec la poudre.

Pour les usages externes, nous ne voyons rien de plus commode que les divers produits inventés par Picliot et Malapeit. Ce sont des dérivés d'un papier composé de cellulose ou de pâte à papier ordinaire à laquelle on a incorporé de la poudre do cliarbon. Dans les l'euilles ainsi préparées, on découpe des bandes, des compresses de toutes formes destinées aux pansements; ou bien en râpant ledit papier, on obtient une sorte de bourre qui n'est autre que la charpie carbonifère. Celle-ci peut être employée sous les mêmes formes et dans les mêmes cas que la charpie vulgaire; elle sert encore à composer des sachets, des mèches, qui trouvent leur emploi dans les cancers ulcérés de l'utérus ou du rectum. Réveil s'est assuré qu'elle absorbe très-bien l'iode métalloïdique ; elle devient alors la charpie carbonifère iodée, très-utile dans les cas d'ulcères scrofuleux, dans l'eczéma du cuir chevelu avec suppuration fétide abondante, et pour panser les engelures ulcérées, etc.

Leperdriel prépare pour les mêmes usages une tarlatane carbonifère dans laquelle on découpe également des bandes ou des compresses. Ces dernières seraient avantageuses pour recouvrir les vésicatoires permanents et empêcher l'odeur de pus de se manifester. On a encore proposé pour certains usages chirurgicaux des crayons caustiques au charbon destinés à remplacer dans quelques circonstances le cautère actuel, pour cautériser le col utérin, par exemple (Aran). Bonnafont donne la foi mule suivante :

Chaibon végétal 15 parties.

Azotate de potasse 2

Gomme adragante 5

Le mélange étant fait, on place la pâte obtenue dans des moules qui servent à fabriquer des crayons cylindriques, qu'on allume au moment de s'en servir.

b. Charbon animal. C'est le noir d'os qui est le plus usité, mais parfois on prescrit le charbon de sang ou d'autres débris organiques calcinés. On emploie la poudre en nature ou en opiat à la dose de 5 à 15 grammes par jour; on pourrait la prescrire sous forme de pastilles ou de granules. Biett donnait dans le choléra de sept à huit prises de 2 grammes en vingt-quatre heures. Elle est sans saveur désagréable, facile à prendre, et ne détermine pas dans la bouche ou l'œsophage cette astriction désagréable signalée pour la poudre de charbon végétal. Conime contre-poison des sels métalliques ou des alcaloïdes organiques, le noir animal doit être prescrit à haute dose et non lavé, délayé dans de l'eau chaude afin de renforcer dans une certaine mesure ses propriétés absorbantes.

c. Charbon minéral. C'est toujours la poudre que l'on recommande. Mais, nous le répétons, on ne peut avoir aucune confiance en ce produit, ou tout au moins on s'en sert peu. Voici cependant une formule de pilules de graphite, recommandées contre les dermatoses :

Graiihite \ ^ .

Extrait de douce amère . . . . j **' °^'

F. S. A 18 pilules.

Moride (de Nantes) a proposé pour l'usage externe une poudre désinfectante d'une grande énergie, dit-il, obtenue en pulvérisant le coke d'une variété de houille appelée Boghead. Je ne pense pas qu'actuellement on fasse usage de cette matière désinfectante, qui n'a peut-être que le tort d'être perdue au milieu de la foule des produits similaires dont la matière médicale voit tous les jours le nombre

CHARBON (asphyxie). 435

augmenter. Reconnaissons du reste qu'elle n'offre aucune indication particulière et que ses avantages sur les autres désinfectants adoptés par les chirurgiens restent encore mal définis. Ernest Labbée.

§ IL Asphyxie. Ce mode d'asphyxie, rare en Allemagne, est, au contraire très-fréquent en France, où les propriétés délétères de la vapeur de charbon sont ■ connues de tous. La préférence donnée à ce genre de mort, par ceux qui veulent se suicider, s'explique par la facilité avec laquelle on peut, sans éveiller les soupçons, se procurer les substances nécessaires. C'est avec la novade, le suicide communément choisi par les jeunes filles que des chagrins d'amour, quelquefois la misère, portent à attenter à leur existence. 11 n'est, pour ainsi dire, pas de jours où les feuilles publiques ne racontent cet éternel et lamentable drame.

L'asphyxie par la vapeur de charbon peut aussi se produire par accident; mais ce cas est plus rare. Enfin, les annales du crime ont consigné des homicides à l'aide du même agent. Dans ce dernier cas, le charbon est allumé pendant le sommeil de la victime, souvent en état d'ivresse, et qui succombe sans se réveiller. L'assassin s'expose lui-môme à l'action des vapeurs délétères, de manière à simuler un double suicide ; mais il a le soin de se placer près d'une fenêtre mal fermée, ou dont un carreau est cassé, et d'appeler du secours par ses gémissements, bieiî avant que sa vie ne soit compromise. On conçoit quelle sagacité ce cas exige de la part de l'expert.

Voici comment les individus, qui veulent se suicider, procèdent ordinairement à leur lugubre opération : on achète pour quelques sous de charbon de bois ordinaire, ou de braise de boulanger. La porte est fermée, et la clef retirée. On bouche la cheminie à l'aide d'une couverture ou d'un châle. Quelques débris de linge sont mtroduits dans les fissures des portes et fenêtres. Le charbon est placé dans une terrine, un petit fourneau, ou simplement sur les dalles, et allumé. Une fois ces préparatifs faits, le patient n'a plus qu'à s'étendre sur un siège ou un lit, et attend la mort, qui arrive après un temps plus ou moins long, selon les circonstances, la quantité de chai-bon employée, l'activité de la combustion, la capacité de la pièce, la fermeture plus ou moins complète des orifices qui peuvent laisser pénétrer l'air, etc.

Produits de la combustion du charbon. Ces produits portent très-improprement le nom de vapeur. Us sont formés surtout par de l'acide carbonique, et une bien moindre proportion d'oxyde de carbone. L'oxygène contenu dans ces gaz est emprunté à l'air qui se trouve ainsi altéré par suite de la diminution de cet agent. Enfin, on a noté une très-faible quantité d'hydrogène carboné, qui se produit également pendant la combustion. Ce gaz provient probablement de l'action de la chaleur sur quelque fragment de charbon mal carbonisé, ou fumeron.

La formation de l'oxyde de carbone pendant la combustion des charbons mérite de fixer l'attention. Pour bien en concevoir le mécanisme, il faut se rappeler que SI on fait passer un courant de gaz acide carbonique sur du charbon porté au rouge dans un tube de porcelaine, tout l'acide carbonique est transformé en oxvde de carbone :

En d'autres termes, toutes les fois qu'on met l'oxygène et le charbon en présence dans des conditions de température convenable, s'il y a excès d'oxygène, c'est le composé le plus oxygéné, l'acide carbonique qui se formera. Si, au^coû-

456 CHARBON (asphïxie).

traire, la proportion de charbon prédomine, c'est le composé le plus carboné,

l'oxyde de carbone qui prendra naissance.

Ceci posé, examinons ce qui doit se passer dans un fourneau ordinaire rempli de charbon qu'on allume par la partie inférieure. Après un certam temps, on peut considérer le charbon comme formant trois couches qui sont :

10 Une couche inférieure de charbons en ignilion. Cette couche est baignée par l'air que le tirage fait ainuer en excès, et dont l'oxygène se transforme en acide

carbonique. rr i i • f

2° Une couche moyenne formée par des charbons échauffes par la couche intérieure, et traversé par l'acide carbonique formé dans la première couche. C'est là que se forme l'oxyde de carbone qui prend naissance comme dans l'expérience

relatée plus haut. ^ .i ,, , i i

5« Une couche supérieure de charbons froids, qui refroidit 1 oxyde de carbone formé, et permet qu'il se mélange à l'air sans brûler, et se transformer de nouveaju en acide carbonique.

Au fur à mesure que la combustion devient plus générale, celte troisième coudie diminue d'épaisseur, et il arrive bientôt un moment où le gaz oxyde de carbone n'est plus assez, refroidi pour pouvoir se mélanger à l'air sans brûler. C'est alors qu'on voit voltiger au-dessus du charbon ces flammes bleuâtres que tout le monde connaît. Elles se forment d'abord difficilement, et parcourent de temps en temps avec rapidité, la surface du charbon, comme le fait la flamme de 1 alcool sur uii bol de punch près de s'éteindre. Il est facile de comprendre qu a cette période, une partie seulement de l'oxyde de carbone est brûlé ; l'autre peut échapper à la combustion et se mélanger à l'air.

Bientôt, les flammes bleuâtres deviennent continues, ce qui signifie que la combustion de l'oxyde de carbonne devient complète, et, enfin, la masse totale du charbon finit par s'enrbraser.

On comprend que ces différentes phases de la combustion peuvent varier, relativement à leur durée et leurs produits, suivant la forme du fourneau, l'accès plus ou moins facile de l'air, et les circonstances qui peuvent plus ou moins activer la combustion. Toutes ces influences diverses peuvent se résumer de la manière

suivante : • j u

Toute circonstance qui favorise l'accès de l'air et la facile combustion du charbon, diminue la proportion d'oxyde de carbone. Toute circonstance qui, au contraire, entrave la combustion, favorise la formation de ce gaz.

On voit, par ce qui précède, que l'air rendu asphyxiant par le charbon doit présenter de grandes variétés de composition, suivant le mode de combustion qui aura prédominé. Les symptômes observés par le médecin devront présenter cette même variété, et ces différences expliquent en partie la diversité d'opinion des auteurs qui, sous le nom d'asphyxie par le charbon, ont observé plus spécialement tel ou tel cas où l'agent asphyxiant était d'une nature fort différente.

Parmi les nombreuses analyses qui ont été faites sur la vapeur de charbon, je citerai les suivantes, qui me paraissent mériter une entière confiance '■ :

On brûle un poids déterminé de braise de boulanger dans une pièce fermée, de capacité connue. Une vitre, enchâssée dans une porte, permet d'observer du dehors les elfets de la combustion sur un chien de forte taille. Après cinq a six

1 Leblanc, reclierches sur la composition de l'air confiné, in Annales de physique et chimie, 3'sér., t. Y, p 225.

CHARBON (asphyxie). 437

minutes, la flamme surmonte le combustible, le malaise de l'animal est déjà visible. Au bout de dix minutes, il tombe épuisé, et succombe après vingt-cinq miinites. A ce moment, une bougie allumée et placée dans la pièce au début de l'expé'rience, brûle encore avec le même éclat. Elle ne s'éteint qu'à la treiite-cinquièoie minute. C'est à ce moment, c'est-à-dire bien après la mort du chien, qu'on recueille l'air contenu dans la pièce au niveau de l'animal, et qu'on l'analyse à l'aide de procédés que nous ne pouvons décrire ici, mais qui sont aussi exacts que possible. Voici les résultats obtenus en opérant sur 18 grammes d'air :

Oxygène 19.19

Azote 75.62

Acide carbonique 4.61

Oxyde de carbone 0.54

Hydrogène carboné 0.04

Pendant cette expérience, le thermomètre ne s'est élevé que de 4 ou 5 degrés «auprès du chien. L'asphyxie ne s'est donc point compliquée des effets d'une élévation de température anormale.

Pour reconnaître si l'asphyxie était due à l'acide carbonique, le même auteur a fait l'expérience suivante :

Dans une petite pièce de 22 mètres cubes et demi de capacité, on fait arriver l'acide carbonique pur d'un appareil à eau de seltz. Le gaz est déversé dans la partie supérieure de la pièce à l'aide d'un tube en plomb percé de trous multiples ,sur sa longueur.

Les animaux en expérience sont : un chien de forte taille, un cochon d'Inde, un verdieret une grenouille. Après 7 minutes, le malaise du chien est visible. Après 15, il souffre beaucoup. Après 25 minutes, la bougie s'éteint. Après 45 minutes, le chien et l'oiseau sont agonisants ; le cochon d'Inde souffrait beaucoup, et la grenouille s'était gonflée. A ce moment, on puise de l'air dans la chambre ; l'analyse donne les résultats suivants :

Acide carbonique 30.4

Air atmosphérique 69.6 | «"yS^^'^- • • l^-^l

I azote .... 53. S9

D'après la marche de l'expérience et la proportion de gaz fournie par l'appareil à eau de seltz, l'auteur estime que le malaise du chien était déjà prononcé lorsque l'air contenait 5 pour 100 d'acide carbonique. Or, dans la première' expérience, avec le charbon en combustion, la mort était déjà survenue bien avant que cette proportion d'acide carbonique fût atteinte.

On ne saurait attribuer l'asphyxie à la minime proportion d'hydrogène carboné dont l'analyse a démontré la présence. L'expérience prouve que les hydrogènes proto et bi-carbonés, à la dose de un à deux pour cent, ne déterminent pas d'accidents apparents après un temps même assez long. Il n'en est pas de même de l'oxyde de carbone. D'après Leblanc, il fait périr instantanément un moineau à la dose de 4 à 5 pour 100. Un centième de ce gaz mêlé à l'air tue un oiseau au bout de deux minutes. On voit qu'après ces expériences il est dilficile d'admettre avec Nysten que l'oxyde de carbone est sim[)lement un gaz irrespirable. Un expérimentateur, Samuel Wliite, qui s'était avisé de faire quelques inspirations de ce gaz, ne fut que difficilement rappelé à la vie. Un fait qui démontre péremptoirement que le gaz acide carbonique ne joue qu'un rôle secondaire dans l'asphyxie, est la

438 CHARBON (asphyxie).

persistance de la combustion des bougies. On sait que l'homme peut encore vivre, et même fournir un certain travail dans une atmosphère oii les bougies s'éteignent par suite de la présence de l'acide caibonique. L'air contient alors 5 à 6 pour 100 de ce gaz ; or, dans les asphyxies par le charbon, la mort survient bien avant que la bougie soit éteinte.

Symptômes de V asphyxie par le charbon. Les individus exposés à l'action des vapeurs de charbon éprouvent d'abord de la pesanteur de tête, de la céphalalgie avec sentiment de compression vers les tempes. 11 y a des vertiges, bourdonnements d'oreilles et propension au sommeil. A ce moment, s'ils essayent de marcher, ils ont l'air de gens ivres et peuvent tomber sur le parquet. L'intelligence reste nette. Bjentôt la vue se trouble, les mouvements du cœur sont désordonnés, la respiration s'embarrasse, l'anxiété augmente, le pouls s'accélère et s'affaiblit. Quelquefois il y a des vomissements, puis le coma, et la mort, précédée parfois de convulsions violentes.

Un malheureux, appeléDeal,aeu l'idée de laisser une description des remarques qu'il a faites sur lui-même. Voici comment il décrit de dix en dix minutes les symptômes de son agonie :

« J'ai pensé qu'il serait utile, dans l'intérêt de la science, de savoir quels sont les effets du charbon sur l'homme. Je place sur une table une lampe, une chandelle et une montre, et je commence la cérémonie. — Il est 10 heures 15 minutes; je viens d'allumer mes fourneaux, le charbon brûle difficilement. — 10 heures 20 minutes. Le pouls est calme et ne bat pas plus vite qu'à l'ordinaire. — 10 heures 30 minutes. Une vapeur épaisse se répand peu à peu dans ma chambre ; ma chandelle paraît près de s'éteindre ; je commence à avoir un violent mal de tête; mes yeux se remplissent de larmes ; je ressens nn malaise général ; , le pouls est agité. — 10 heures 40 minutes. Ma chandelle s'est éteinte ; ma lampe brûle encore ; les tempes me battent comme si les veines voulaient se rompre ; j'ai envie de dormir; je souffre horriblement de l'estomac; le pouls donne 80 pulsations. — 10 heures 50 minutes. J'étouffe; des idées étranges se présentent à mon esprit, et je puis à peine respirer ; je n'irai pas loin ; j'ai des symptômes de folie. — 10 heures 60 minutes. Je ne puis presque plus écrire; ma vue se trouble; ma lampe s'éteint ; je ne croyais pas qu'on dût autant souffrir pour mourir. -^ 10 heures 62 minutes... » (Ici sont quelques caractères illisibles.)

Il ne paraît pas toutefois que tous les sujets éprouvent des souffrances semblables. Terrade' rapporte qu'un individu asphyxié en mettant de la cire à des bouteilles de vin, était resté dans la cave sous l'influence du plaisir que lui causait l'ivresse qui marque le début de l'action des vapeurs de charbon. Cet homme s'endormit et fut retiré à temps pour être rappelé à la vie. C'est le sentiment à peu près unanime de tous ceux qui ont subi l'action de ces vapeurs que la douleur ne domine pas. C'est une sorte d'ivresse, d'anesthésie qui porte au sommeil et rend la sensibilité obtuse. On ne conçoit pas les douleurs excessives signalées par Pcal. II est probable que ce malheureux, dont l'imagination était assez exaltée pour se préoccuper en présence de la mort de choses auxquelles on ne doit guère songer en un pareil moment, aura exagéré malgré lui ses souffrances.

Il n'en est pas de même lorsque les malades sont soustraits à l'atmosphère asphyxiante et rappelés à la vie. Les premières inspirations d'air pur réveillent la

» Instruo.lioa sur let moyens à employer pour rappeler à la vie les personnes asphyxiées, par Favre-Brunelle, 1806.

CHARBON (asphyxie). 439

sensibilité, et le malaise dans ce cas est plus grand et plus persistant que dans tous les autres genres d'asphyxie. Il y a engourdissement, douleurs excessives dans la poitrine, céphalalgie intense et se prolongeant quelquefois bien après la guérison. En général, tous ces symptômes cèdent peu à peu, et le malade revient à la santé. Toutefois, dans certains cas heureusement rares, certains individus restent atteints de lésions du côté de la sensibilité, lu myotilité ou l'intelligence.

Les débuts de l'asphyxie par le charbon sont toujours insidieux. Ceci explique comment l'asphyxie accidentelle est si fréquente, alors qu'il eût été si facile aux victimesde s'y soustraire. Si les gaz délétères sont inspirés pendant le sommeil, le malade succombe sans se réveiller. Si l;i personne empoisonnée est réveillée, elle ressent les premiers symptômes, pesanteur de tète, céphalalgie, etc., bien avant de reconnaître le danger ; et lorsqu'elle le reconnaît, l'empoisonnement est drjà avancé, ainsi que le prouve le fait suivant : M. P..., docteur en médecine, qui précisément a fait de nombreux travaux sur l'asphyxie, est à travailler le soir à son bureau dans une petite pièce. Dans la pièce voisine se trouve un de ces petits poêles dits calorifères, et dans lequel, en dépit des règles les plus élémentaires, la fumée est obligée de descendre au début de son trajet. M. P... sent d'abord un peu de pesanteur de tête et continue son travail. La pesanteur augmente, il porte la main au front, se lève pour faire quelques pas et tombe aussitôt sur le parquet. C'est alors seulement que l'idée d'asphyxie se présente à son esprit. Dans l'impossibilité de se relever, il ran)pe jusqu'à la fenêtre qu'il peut heureusement ouvrir. Il est certain que M. P... n'a dû la vie en ce cas qu'à des circonstances tout à fait fortuites. Il serait facile de multiplier de semblaLles observations ; celle-ci nous a paru remarquable parce que le sujet connaissait parf litement les symptômes de l'asphyxie par le charbon, et que néanmoins il n'a commencé à soupçonner la sienne qu'à une période assez avancée pour ne plus pouvoir se tenir debout.

Pronostic. Traitement. Le pronostic de l'asphyxie par le charbon est variable suivant que l'asphyxie est plus ou moins avancée. 11 est aggravé par l'ivresse. Dans les cas légers, il suffit de soustraire le malade aux vapeurs délétères, de faire cesser la constriction des vêtements, et de favoriser les vomissements, s'ils tendent à se produire. Dans les cas graves, indépendamment de la médication générale employée contre l'asphyxie, il est quelques moyens qui ont été indiqués spécialement; ce sont l'exposition à l'air froid, et les aspersions d'eau froide et même glacée. On pratique ces dernières en jetant avec force sur la figure des patients quelques verres d'eau ; et en recommençant de temps en temps ces affusions. Un frisson est le précurseur du rétablissement de la respiration. On cesse alors les affusions qu'on remplace par des frictions sur toute la surface du corps. La saignée est indiquée lorsqu'il existe des signes de congestion du côte de quelque viscère. La saignée révulsive peut être employée avec succès pour combattre les douleurs thoraciques, et surtout la céphalalgie persistante qui suit si souvent cette asphyxie. Les excitants diffusibles et les vomitifs ne paraissent pas produire de bons effets. Pendant le collapsus, ils n'agissent pas et peuvent s'introduire dans le larynx; plus tard, ils augmentent la réaction. Les purgatifs en lavement ont au contraire toujours produit un résultat favorable. Enfin, comme dms lous les autres genres d'asphyxie, il faut continuer la médication pendant plusieurs heures avant de renoncer à tout espoir de succès.

Caractères anatomiques. Ces caractères sont variables suivant la nature des gaz dégagés par la com'bustion du charbon, et le degré de viciation de l'air respiré. Nous avons vu combien la composition de ces gaz pouvait différer suivant les

^^^ CHARBON (asphyxie).

conditions de la combustion. Ces différences expliquent le désaccord qui existe entre les auteurs. Le caractère le plus saillant que présentent les cadavre?, est la présence de larges plaques roses, plus ou moins foncées sur les cuisses, le ventre, la poitrine. Ces taches roses ne se rencontrent dans aucune autre espèce d'asphyxie, et persistent même après un commencement de putréfaction. Le sang est fluide, et d'un rouge vermeil ; les organes vascuiaires présentent la même coloration. C est à cette couleur artérielle du sang que les taches roses sont dues. Le parenchyme pulmonaire ne présente ni les noyaux apoplectiques ni les ecchymoses souspleurales si fréquentes dans la strangulation ou la suffocation. Le cerveau est sain ou congestionné si la mort a été lente. Tantôt la face est injectée, les yeux vifs et brillants et les membres flexibles ; tantôt on observe une pâleur générale et une roideur tétanique, qui survient immédiatement après la mort, et peut disparaître après quelques heures. Ces différences tiennent à la marche plus ou moins rapide de l'asphyxie. La température du cadavre ne baisse que très-lentement, enfin la putréfaction est plus tardive que dans tout autre genre de mort.

La rutilance si caractéristique du sang dans l'asphyxie par le charbon a été parfaitement expliquée par M. Claude Bernard. Ce physiologiste a, en effet, démontré que les corpuscules sanguins avaient pour l'oxyde de carbone une affinité bien supérieure à celle qu'ils ont pour l'oxygène. Sous l'influence du premier de ces gaz ils prennent la teinte du sang artériel, et cette teinte, au lieu de disparaître pendant la circulation sous l'influence de la désoxygénation, est stable et persiste. Le spectre fourni par le sang ainsi altéré est donc le spectre du sang artériel que les agents réducteurs, tels que le sulfhydrate d'ammoniaque sont impuissants à transformer en spectre du sang veineux. On conçoit combien ces caractères peuvent devenir précieux au point de vue médico-légal. Pour faire cette expérience, il suffit de délayer quelques' gouttes de sang dans un peu d'eau, de manière à obtenir un liquide opalin légèrement rosé. Ce liquide est versé dans un tube à expérience ordinaire, et ce tube est placé devant la fente d'un spectroscope recevant la lumière des nuées ou d'une lampe. On aperçoit alors les deux bandes d'absorption du sang artériel, que l'addition à une douce chaleur d'une goutte ou deux de sulfliydrate d'ammoniaque ne modifie pas. 11 en sera de même si un fait traverser le sang intoxiqué par un courant de gaz acide carbonique {Voy. ce Dictionnaire, t. Xll, p. 320). Cette action de l'oxyde de carbone sur l'hémoglobine explique également la présence des taches rosées sur la peau, et leur persistance jusqu'à la putréfaction bien accentuée, alors que le sang dans tout autre genre de mort prend la teinte veineuse, par suite de la combustion qui continue après la cessation delà vie. Ces beaux travaux ont définitivement montré quel était le gaz qui, dans les vapeurs de charbon produisait la mort. On est bien d'accord aujourd'hui pour ne faire jouer aucun rôle important à l'hydrogène carboné, dont la proportion est minime. L'acide carbonique peut certainement donner la mort par asphyxie, ainsi qu'on le voit dans les puits, oii il se rassemble naturellement, et dans les caves où fermente une liqueur sucrée; mais dans ce cas, il agit mécaniquement en troublant par sa solubilité l'équilibre endosmotique du sang, ou en se substituant totalement à l'oxygène. Pour agir ainsi, il faut qu'il soit en grande quantité; ce qui n'a pas lieu le plus souvent dans l'atmosphère rendue asphyxiante par le charbon. Les puisatiers savent fort bien qu'ils peuvent descendre sans danger dans un puits, oîi une lampe continue à brûler. Pour la vapeur de charbon il n'en est pas ainsi : le patient peut parfaitement succomber auprès d'une lampe qui brûle encore.

CHARBON (asphyxie). 4it

C'est donc l'oxyde de carbone, qui joue le principal rôle dans cet empoisonnement ; ce rôle est expliqué, maintenant qu'on sait qu'il prive les globules sanguins de la propriété d'emmagasiner l'oxygène extérieur et de l'aller porter dans la profondeur de nos tissus où s'accomplit la combustion, sans laquelle la vie ne saurait persister.

11 paraît démontré que Tasphyxie arrête complètement la digestion. Ce fait peut acquérir la plus grande importance en médecine légale, lorsqu'il s'agit de déterminer l'heure à laquelle la mort est survenue. Parmi les observations qui le démontrent, on peut citer la suivante rapportée par Ollivier. Une femme fait souper son fils aine, âgé de cinq ans, et donne le sein à un autre enfant de dix mois. Elle les couche aussitôt, allume deux réchauds de charbon au milieu de la chambie, et court se jeter dans le canal de la Villette. A l'autopsie, l'estomac de l'aîné des enfants contenait des aliments non digérés, et celui du plus jeune, du lait tel qu'il venait d'être pris.

La lenteur de la putréfaction est tout à fait caractéristique chez les cadavres des asphyxiés par le charbon. Elle a frappé tous les observateurs. Devergie rapporte avoir conservé pendant longtemps à la morgue, le cadavre d'un homme (jui s'était asphyxié le 7 avril. La teinte verte cadavérique ne s'est développée au cou et sur la poitrine que vers le dixième jour. Au trente-cinquième, elle n'était pas encore générale. Le corps au lieu de se ramollir, semblait se dessécher, et il ne s'est pas développé de gaz sous la peau. En résumé, dit-il, il nous a été démontré que la putréfaction n'avait pas à beaucoup près marché avec la rapidité ordinaire.

Médecine légale. L'asphyxie par la vapeur de charbon est souvent accidentelle. Voici les cas où elle se produit.

A la fin de la soirée, au moment de se coucher, on ferme la clef placée dans le tuyau du poêle pour conserver la chaleur. Si cette clef est assez bien faite, et si le poêle contient encore du combustible bien carbonisé, c'est-à-dire ne donnant plus de fumée qui préviendrait du danger , ce poêle continue à fonctionner comme un brasero, parce qu'il présente toujours quelques fissures ou clôtures incomplètes à des hauteurs inégales.

Il résulte de cette disposition un appel dans l'appareil, l'air entrant par les orifices inférieurs, et sortant par les supérieurs après s'être vicié. Comme cet appel est peu énergique en raison du peu de hauteur de l'appareil et de l'exiguïté des orifices par lesquels le gaz s'échappe, l'air peut faire défaut, surtout si le combustible est abondant et bien enflammé. Dans ce cas, beaucoup d'oxyde de carbone se produit. D'autre part, les habitants de la pièce se sont couchés et peuti-être endormis; le lendemain, ils sont morts depuis longtemps quand leur absence donne l'éveil. .

Gomme c'est une croyance populaire très-répandue qu'on peut ainsi garder la chaleur de son poêle, il peut paraître surprenant que ces accidents ne soient pas plus fréquents; mais la raison est facile à trouver. Toutes ces clefs de poêle sont formées par un disque de tôle qu'on peut faire tourner à l'aide de la clef autour d'un de ses diamètres perpendiculairement à l'axe du tuyau. Cette partie de l'appareil est ordinairement fort mal faite, parce qu'elle est cachée aux yeux de l'acheteur. C'est à cette circonstance que celui-ci doit la vie. Il ne peut que fermer incomplètement le tuyau de son poêle, et le faible tirage qui persiste d'autant mieux que toute la cheminée est échauffée, suffit pour aspirer et rejeter au dehors les gaz délétères.

442 CHARBON (asphyxie).

Cette explication est d'autant plus importante qu'elle permettrait de remédier facilement au mal. Il suffirait, en effet, qu'une ordonnance de police enjoignit aux constructeurs de poêles, fumistes, etc. , d'entailler toutes les clefs qu'ils fabriquent à l'aide de deux coups de cisaille, de manière que le mal-joint de la clet fût égal au sixième environ de la surface totale. Il est certain que cette précaution si simple sauverait chaque année, dans une ville comme Paris, la vie de plusieurs individus.

Un autre cas plus rare est le suivant. II est certain que les vapeurs de charbon sont plus lourdes que l'air quand elles sont refroidies. Supposons un foyer placé au premier étage d'une maison. L'air brûlé par le foyer s'élève dans la cheminée et se refroidit suffisamment avant d'ère rejeté au dehors. Si, à ce moment, il rencontre un orifice percé sur la paroi de la cheminée, nul doute qu'il ne s'y précipite, puisqu'il faudrait une dépense de force pour le conduire jusque sur le toit. Si cet orifice communique avec la pièce du deuxième étage, celle-ci s'emplira d'air vicié. Cet effet pourrait même se produire, quoique plus difficilement, sur une pièce au premier, à l'aide d'un foyer allumé au second. Une autre cause concourt puissamment au même résultat. Si dans la pièce où l'air vicié va s'introduire, ou si, dans une autre pièce voisine en communication avec la première, existe une cheminée dans laquelle on fait du feu, le tirage de cette cheminée, pour peu que les clôtures des portes et fenêtres soient assez bonnes, puisera, pour s'effectuer, de l'air par la cheminée à air vicié dont nous avons parlé d'abord, et la concordance de ces deux causes aura infailliblement pour effet de conduire dans une pièce habitée les produits de la combustion d'un foyer placé à un autre étage.

Tel est, pour citer un seul exemple, le mécanisme de la viciation de l'air dans le cas suivant rapporté par D'Arcet (Annales d'hygiène, XVl-oO).

« M. Angles, étant préfet de police, me pria un jour, à six heures du matin, d'aller examiner, au coin du boulevard et de la rue de Bondy, un appartement dans lequel deux dames de sa connaissance avaient été asphyxiées pendant la nuit. Je reconnus facilement la présence de l'acide carbonique. Cherchant par oii ce gaz avait pu pénétrer dans la chambre à coucher de ces dames, je trouvai qu'il était entré par le poêle de la salle à manger oii l'on n'avait pas fait de feu depuis longtemps (il suffisait d'approcher une chandelle allumée de la porte du poêle pour qu'elle s'y éteignît) ; qu'il avait pénétré dans la chambre à coucher par suite de l'appel de la cheminée de cette chambre. Le propriétaire, questionné, me dit que la cheminée oii donnait le tuyau du poêle dépendait du logement d'un dentiste qui occupait le premier étage. J'allai sonner à la porte de ce dentiste; il vint lui-même m'ouvrir;.il avait des pincettes à la main et avait passé la nuit à cuire des dents artificielles dans un fourneau à coupelles chauffé au charbon de bois, et avait ainsi donné lieu à l'asphyxie des deux dame% qui logeaient au-dessus de lui, »

Pour éviter de semblables accidents, il faut que chaque cheminée ait un tuyau séparé, conduisant l'air brûlé jusqu'au-dessus du toit où il est versé au dehors. Cette condition était mieux observée autrefois. Les architectes se contentent aujourd'hui d'élever un seul tuyau auquel on fait aboutir toutes les cheminées correspondantes à chaque étage. Le constructeur 'économise ainsi de la place et de la main-d'œuvre, au détriment de la santé des habitants, et quelquefois aux dépens de leur existence. Lorsqu'une semblable disposition existe, il est de la plus haute importance, lorsqu'on fait du feu dans l'une des cheminées d'un appartement, de ménager une entrée large et facile à l'air du dehors, pour que le tirage de la cheminée allumée ne puise pas d'air par les cheminées non allumées. Ordinairement,

CHARBON (asphyxie). 445

l'air extérieur pénètre seulement par les mal-joints des portes et fenêtres qu'on calfeutre pendant l'hiver à l'aide de bourrelets. On tend ainsi à diminuer la pression barométrique dans la chambre chauffée, et, par suite, à appeler l'air des autres cheminées. Autrefois, les constructeurs avaient le soin de faire arriver l'air extérieur dans la cheminée même, entre deux parois placées au-dessus et en avant du loyer. Cette disposition permettait à la cheminée de bien tirer, sans impliquer une ventilation trop considérable de la pièce à chauffer. On trouve encore des cheminées ainsi construites dans les anciennes maisons. Aujourd'hui on a supprimé cette partie de l'appareil.

Une autre cause plus rare d'asphyxie par le charbon est la combustion lente des poutres et des solives. Certaines variétés de bois, par suite de la dessication et de l'action du temps, prennent une texture qui leur permet de brûler comme de l'amadou, sans flammes, surtout si l'air nécessaire à leur combustion arrive petit à petit jusqu'à elles, en filtrant à travers des fissures, et si la chaleur développée ne se perd pas trop vite, ce qui est le cas ordinaire, puisque ces poutres sont enclavées dans de la menue maçonnerie. Elles prennent feu au voisinage d'une cheminée. Les produits de la combustion peuvent, dans ce cas, pénétrer par les interstices du plancher et causer des accidents qui, en général, durent longtemps. C'est la forme chronique de l'asphyxie, parce que les produits gazeux délétères ne se forment qu'en petite quantité, mais d'une manière continue. Les malades se plaignent de maux de tête, de vertiges, d'inappétence, etc. 11 semble que le diagnostic soit facile en ce cas; il n'en est rien. Henke rapporte un cas oii quatorze personnes, parmi lesquelles trois médecins, furent atteintes d'accidents en venant secourir une malade. On finit par découvrir que les poutres d'une cloison brûlaient depuis huit jours. Le plus souvent, c'est le hasard qui amène cette découverte. Une personne, en portant les mains sur le mur le trouve chaud, et, au premier coup de pioche, dès que l'air peut pénétrer, les flammes jailhssent. Malheureusement les choses ne se passent pas toujours ainsi, et si les circonstances sont favorables à l'asphyxie, les malades périssent pendant leur sommeil. La substitution si heureuse du fer au bois pour la construction des poutres et lambourdes prévient ces accidents dans les maisons construites depuis quinze à vingt ans.

L'asphyxie par le charbon est souvent simulée. Les simulateurs ont grand soin de s'arranger de manière à ce qu'on vienne à leur secours bien avant qu'il soient en danger, ce qui dénote leur ruse. La simulation est surtout intéressante à étudier dans le cas où elle est destinée à cacher un homicide par les vapeurs de charbon. Le fourneau est allumé pendant le sommeil de la victime, et le simulateur s'exposeaux vapeurs délétères juste le temps qu'il juge nécessaire pour faire croire à un double suicide convenu d'avance. Dans le suicide double convenu d'avance, les accidents présentent ordinairement une gravité équivalente. Sans aucun doute, si l'un des individus succombe, l'autre peut échapper, mais les accidents qu'il éprouve sont forcément graves. Il s'en est fallu de peu qu'il succombât. Cette équivalence dans la gravité des accidents ne se rencontre pas dans le cas dont il s'agit, et cette circonstance met l'expert sur la voie de la vérité.

Parmi les nombreuses questions qui peuvent être adressées à l'expert au sujet de l'asphyxie par le charbon, nous relaterons les suivantes :

Première question. Lorsque deux personnes sont placées à des hauteurs inégales dans une chambre (par exemple sur un lit, et sur le parquet) ; quelle est, celle qui succombe la première ?

44^ CHARBON (asphyxie).

11 n'est pas douteux que les gaz asphyxiants au moment où ils se dégagent du fourneau soient plus légers que l'air. Lorsque ces gaz sont rendus visibles par de la fumée, cette fumée s'élève toujours. Cette circonstance s'explique par leur température élevée et la faible proportion d'acide carbonique qu'ils contiennent. Lorsqu'on place trois bougies allumées à des hauteurs différentes, sous une cloche en verre de moyenne dimension, la plus élevée s'éteint d'abord, et ainsi de suite. C'est l'expérience qu'Orfila ne manquait jamais de faire à son cours. Elle se fait en grand dans les théâtres, oiî l'air vicié par la respiration, malgré la proportion d'acide carbonique qu il contient, monte à la partie supérieure delà salle parce que sa température compense et au delà l'excès de poids qu'il doit à l'acide carbonique.

Si donc la combustion est vive, et la pièce oii l'on opère petite, l'air vicié se rassemblera en haut, et la personne placée sur le lit succombera la première.

Si au contraire la pièce est grande, élevée de plafond, et la combustion lente, les gaz viciés se rassembleront d'abord au plafond, puis, s'ils ont le temps de se refroidir assez, ils gagneront la partie inférieure, et pourront asphyxier la personne couchée à terre la première. Ce refroidissement et ce changement de densité se voient très-bien, par un temps calme, sur la fumée qui s'échappedes cheminées d'usine. Cette fumée s'élève d'abord à une certaine hauteur, puis se refroidit assez pour retomber à une distance quelquefois fort grande, avant de se mélanger par diffusion à l'air. On peut du reste obtenir cet effet dans l'expérience des trois bougies. Il suffit de les recouvrir d'une caisse vitrée de 250 à 500 litres environ, et d'espacer le plus possible les bougies pour les voir s'éteindre dans l'ordre suivant: 1° la plus haute, 2» la plus basse, 3° l'intermédiaire. Enfin en modifiant convenablement la hauteur des bougies et la grandeur de la caisse, on arrive à les faire éteindre de bas en haut. Il est donc possible que dans certains cas qui doivent être rares, la personne couchée à terre succombe avant celle qui est sur le lit. Pour répondre à une semblable question, le mieux serait de répéter l'expérience dans la salle même en se servant d'animaux qu'on observerait du dehors, et en cherchant à se mettre autant que possible dans des conditions semblables.

Si l'on procédait à l'examen. de l'air vicié après un temps suffisamment long (24 heures par exemple), il n'est pas douteux que sa composition serait la même quelle que fut la hauteur à laquelle il serait puisé dans la chambre. Le mélange par diffusion s'opère suivant la loi de Dalton d'une manière uniforme, malgré la densité différente des gaz.

Ainsi eu résumé :

1» L'air vicié qui s'échappe du fourneau est plus léger que l'air et va occuper la partie supérieure de la j-ièce.

2" Lorsqu'il s'est suffisamment refroidi, il est plus lourd et va se rassembler sur le parquet.

3" Lorsque la diffusion a eu le temps de s'opérer, le mélange devient uniforme.

4» Cette diffusion s'opère assez lentement pour que dans une pièce de capacité moyenne, telle couche puisse être asphyxiante sans que les autres aient cette propriété.

Deuxième question. Quelle est la quantité de charbon nécessaire pour asphyxier dans une chambre?

Cette quantité varie suivant la capacité de la chambre, la clôture plus ou moins

CHARBON (asphyxie). U5

hermétique des portas et fenêtres, la qualité du cliarboii, et enfm le mode de combustion.

D'après Leblanc {loco citato), un kilogramme de charbon ou braise en combustion libre, peut rendre asphyxiants 25 mètres cubes d'air. Devergie, à l'aide de calcids démontre que cet efiet peut être produit par 60 grammes environ de charbon {Médecine légale, Paris, 1852, tomeUl, page 100) ; mais ses calculs ne paraissent pas exacts.

La nature du charbon permet une production plus ou moins grande d'oxyde de carbone, suivant la marche de la combustion. D'après Ebelmen, la braise des boulangers fournit plus d'oxyde de carbone que le charbon ordinaire. ^

Troisième question. Quelle est la quantité de charbon qui a été briàlée? S'il reste du charbon non consumé, il sera toujours facile de répondre à cette question. Il suflira de chercher la proportion de cendres pour un poids de charbon, et de peser celles qui se trouvent dans le fourneau.

Le problème ne peut être résolu avec la même précision, s'il ne reste pas de charbons non consumés, parce que la proportion de cendres est très-variable, suivant la nature des bois qui ont été employés. [Voy. article Cendres de ce Dictionnaire, t. XIII, p. 782). D'après Devergie [loc. cit.), le charbon fournit environ 0,04 de cendres.

D'après le même autenr, un boisseau ou décalitre de charbon pèse de 2,550 à 3,275 grammes. La moyenne est 2,954. Dans un cas, Ollivier, d'Angers, a trouvé 4,007 grammes, pour poids du boisseau de charbon.

On voit qu'il faut apporter la plus grande circonspection dans la réponse qu'on doit faire à une semblable question ; surtout quand la combustion a lieu dans un fourneau qui pouvait contenir des cendres antérieurement.

Quatrième question. Combien de temps est nécessaire à l'asphyxie ? Le temps nécessaire varie avec la rapidité de viciation de l'air. Il dépend de la grandeur de la pièce, de la quantité de charbon, de l'activité de la combustion, etc., etc. ; on ne saurait préciser d'avance une réponse à cet égard. C'est en examinant toutes ces causes de variation que l'expert pourra formuler approximativement une réponse. Lorsque la pièce est petite, et bien fermée, en général l'asphyxie est rapide. Dans l'observation de Deal, que nous avons rapportée plus haut, il a dû s'écouler environ 50 minutes eatre le moment où le charbon a été allumé, et la mort.

Cinquième question. L'asphyxie par le charbon peut-elle avoir heu dans une pièce imparfaitement fermée, dont, par exemple, la fenêtre aurait un car-

reau casse ?

La réponse est affirmative. Le renouvellement de l'air par un carreau brisé, ou une porte entrouverte peut, s'il ne se produit pas de coumnl d'air par tirage d'une cheminée ou toute autre cause, être pour ainsi dire nul, et ne pas entraver la viciation de l'atmosphère. Dans les cas si nombreux d'asphyxie par imprudence, aucune précaution n'est prise pour clôturer exactement les portes et fenêtres, et l'asphyxie ne s'en produit pas moins.

Sàxihne question. Quelle est l'influence du sexe et de l'âge sur la marche de l'asphyxie?

Quelques faits semblent démontrer que les femmes succombent un peu moins rapidement que les hommes. D'après M. de Castelnau, les enfants périssent plus vile.

Septième question. Quelle est l'influence de l'asphyxie sur la digestion?

Il parait bien démontré que la digestion est arrêtée. Cette circonstance permet

^'^^ CHARBONNIÈRES (eaux minérales de).

de déterminer dans certains cas, avec une grande exactitude, le moment où l'asphyxie a eu lieu.

Huitième question. Une syncope survenint au début de l'asphyxie est-elle une circonstance favorable à l'individu exposé aux vapeurs du charbon?

Evidemment oui. Pendant la syncope, la respiration se trouvant presque entièrement ou même totalement suspendue sans que la vie soit compromise, les "az délétères ne pénétrent pas dans l'économie. L'individu plongé dans le milieu asphyxiant, se trouve dans les mêmes conditions qu'un noyé qui éprouve une syncope au moment de tomI)er à l'eau. C'est probablement dans des cas semblables qu on a pu rappeler les malades à la vie, après un temps qui eût été bien suffisant, sans cette circonstance, pour produire l'asphyxie (voij. à ce sujet l'article

^™^«^^)- P. COCLIER.

CHARBON (Pathologie), le mol charbon, synonyme d'anthrax, a été apphqué à des tumeurs de nature diverse. Il a servi à désigner le bubon de la peste et II sert aujourd'hui à désigner, soit la pustule maligne, soit certains anthrax à marche rapide, à termmaison souvent funeste {voy. Anthrax, Peste Pustule maligne).

cnARBOlV DE BLÉ. Maladie du blé et de plusieurs autres céréales, causée par le parasitisme d'un champignon (voy. Ustilaginés, Ustilago).

CHARBomiËRES (Eaux MINÉRALES de), athermales, bicarbonatées ferrugineuses faibles, carboniques faibles. Dans le département du Rhône dans l'arrondissement et à 8 kilomètres de Lyon, émergent deux sources qui se'noniment : la source de Laval et la source Nouvelle ou Cholat. L'eau de ces deux sources est limpide et transparente, cependant des corpuscules roussâtres na-ent lorsqu'elle est dans un verre ; elle laisse déposer aussi une substance rou-e jaunâtre sur les parois des bassins de captage. Elle a un goût ferrugineux et une odeur piquante et sulfureuse, surtout pendant les temps d'orage. Sa température est de 12»,5 centigrade. M. Glenard, qui a fait connaître son analyse chimique a trouve dans 1,000 grammes de l'eau des sources de Charbonnières, les principes qui suivent : . r r

Bicarbonate de protoxyde de fer o 041

— — soude 0,017

— — chaux 0,030

„ ,, ~ — magnésie . . . 0,006

Sulfate de chaux traces.

Chlorure de sodium 0 o08 '

Silice 0,022

Alumine ' o'o09

Matière organique quantité notable.

Total des matièbes fixes 0 Ih

oo

! Acide carbonique 0 qj^

— sulfhydrique ' traces,

^ote 0,024

Oxygène 0,001

Total des gaz. ». O,0S9

Vézu a encore constaté que l'iode était un des principes constituants de l'eau des sources de Charbonnières.

L'eau de la source de Laval est exclusivement employée en boisson celle de la source Nouvelle ou Cholat sert seulement en bains et en douches dans un établi;

sèment composé d'une buvette et de huit cabinets où se prennent les bains et les douches.

Les buveurs et les b:iigneurs de la station de Charbonnières sont presque tous des Lyonnais ou des habitants des environs auxquels on a conseillé de suivre un traitement ferrugineux. A. R.

CH4RBOIVIVIERS (Hygiène PROFESSIONNELLE). On donne ce nom, et aux ouvriers qui préparent le charbon, soit dans des meules ou piles, soit dans des fours spéciaux, et aux marchands et à leurs aides qui le mesurent et le portent en ville. Nous allons examiner successivement ces deux parties bien distinctes d'une même industrie.

1° La carbonisation du bois est rangée dans la deuxième catégorie des établissements incommodes ou insalubres, quand elle a lieu : 1" à l'air libre, dans des établissements permanents, ailleurs qu'en forêts ou en rase campagne; 2" en vases clos avec dégagement dans l'air des produits de la distillation. Ce qu'on lui reproche, c'est l'odeur empyreumatique désagréable et la fumée. La carbonisation du bois en vase clos, avec combustion des produits gazeux de la distillation, est rejetée dans la troisième classe, parce qu'alors l'odeur et la fumée sont presque nulles.

Yoici quelle est la préparation du charbon, telle qu'on la pratique dans les forêts, c'est-à-dire en meules. On choisit un terrain plat, uni, bien battu, et,

Fig. 1. — Coupe d'une meule à charbon.

Fig. 2. — La meule conslruite avec l'ouverture de la cheminée centrale au sommet, et les évents d'admission de l'air à la hase.

autant que possible, abrité des vents qui peuvent troubler la combustion. Au tentre de l'emplacement que doit occuper la meule, on plante trois ou quatre

petits mats verticaux qui desssinent une clieminée centrale de 50 centimètres environ de diamètre. Le bois qui doit être carbonisé est placé debout tout autour et rangé en trois ou quatre étages ; les plus gros morceaux au centre, les plus petits à ia circonférence. Cette meule contient de 40 ou 50 à 100 et 150 stères et mesure de 4 à 6 mètres de diamètre. On la recouvre de fraisil (poussier de charbon) humide et bien battu, de feuilles, de terre ou de gazon retourné, en laissant ouverte la cheminée centrale, dans laquelle on jette du charbon enflammé et du petit bois. Des ouvertures (évents d'admission) sont creusées tout autour de la base pour l'entrée de l'air qui doit entretenir et activer la combustion. Quand au bout de quelques heures, suivant le volume de l'amas de bois, la combustion est en pleine activité, on bouche la cheminée, et l'on commence à percer dans la partie supérieure des trous (évents d'émission) par lesquels s'échappe d'abord une fumée acre et blanche ; quand cette fumée est devenue peu abondante et bleuâtre on bouche les évents et on en creuse d'autres à 50 ou 40 centimètres au-dessous des premiers, que l'on bouchera également quand ils donneront issue à de la vapeur bleuâtre, et ainsi de suite jusqu'à la base. La masse s'est alors notablement affaisée, le bois donnant seulement 50 à 40 p. 100 de son volume de charbon. Ce travail dure ordinairement plusieurs jours et jusqu'à quinze et dix-huit jours pour les meules de 15 décastères.

Tous les auteurs, depuis Pâtissier, ont répété que les ouvriers qui préparent le charbon, travaillant en plein air dans les forêts, sont peu incommodés par les vapeurs dégagées du bois qui se carbonise; mais, ajoute-t-il, comme ils sont exposés aux intempéries des saisons, et comme ils se couchent souvent par terre, ils sont sujets aux catarrhes et aux douleurs rhumatismales {Maladie des artis. p. 215. Paris, 1822, in-S"). Cette appréciation a été confirmée par les recherches de quelques médecins allemands. On avait publié sans nom d'auteur, dans le Journal de Henke (t. XXXU, p. 244, 1836), un rapport très-sévère confirmant les plaintes de quelques personnes qui accusaient deux fours à charbon situés dans le voisinage, d'avoir gravement altéréleur santé. Ces personnes, il est vrai, malgré le rapport, avaient été déboutées de leurs demandes. Le rapport signalait, en outre, que le développement des plantes et des fleurs des alentours avait été fortement lésé. Appel étant lait, dans cet article, aux médecins qui avaient eu l'occasion d'étudier le travail de la carbonisation, de faire connaître le résultat de leurs observations, les docteurs Fuchs et Intersleben répondirent à cette invitation dans le même recueil (Ibid. Ergànz., t. XXIV, 1837) et, disons-le tout de suite, leurs observations, reposant sur une longue expérience, sont en contradiction formelle avec celles du rapport anonyme.

Voici ce qui résulte de leurs investigations. Les piles et fourneaux destinés à la arbonisation du bois, étant à l'air libre, leurs émanations ne sauraient avoir les inconvénients qu'ils pourraient présenter dans une atmosphère confinée ; au début; la fumée qui s'échappe est bien acre et irritante, comme celle qui sort d'un poêle ou d'une cheminée, mais elle est promptement dispersée par le renouvellement incessant des couches d'air. Celle qui sort ensuite, en grande partie composée d'acide carbonique, retombe sur les couches inférieures de l'atmosphère, qui l'entraînent dans leurs mouvements ; le fait est qu'à quelques pas seulement on n'en éprouve aucune incommodité. Un autre fait également constaté par Intersleben et Fuchs, c'est la bonne santé de ces ouvriers. Non-seulement la durée de leur vie n'est pas abrégée par leur travail, mais, encore, on trouve chez eux de nombreux exemples de longévité. D'ailleurs, comme dans toutes les professions qui s'exercent au

grand air, les maladies qui se montrent chez eux n'ont nullement le caractère cachectique, elles n'ont pas non plus pour siège spécial les voies respiratoires, du moins sous une forme chronique ; on n'observe pas non plus chez eux d'ophthalmies chioniques. Les affections qu'ils présentent sont plutôt de nature rhumatismale et résultent surtout des brusques changements de température auxquels ils sont exposés, et qui peuvent amener des arrêts subits de la transpiration. Leur manière de vivre, les vêtements insuffisants dont ils se couvrent auprès de leurs feux leur habitude de dormir là sur la terre à peu près ime, déterminent naturellement ces états pathologiques. Du reste, les tables de mortahté, l'aspect florissant des charbonniers réfutent complètement les assertions du rapport anonyme. La blancheur et la solidité de leurs dente, la fraîcheur et la teinte vermeille de leurs "-encives, l'éclat de leurs yeux, attestent leur vigueur et le bon état de leur santé.

Cependant, comme l'a fait observer de son côté le docteur Fuchs, une des opérations du travail dont il s'agit peut offrir quelque danger, quand elle est exécutée avec imprévoyance : c'est le remplissage. Lorsque, par le fait de la combustion, le mât central de la pile a été détruit ou carbonisé, il se forme un vide, et la pile tend à s'affaisser ; un ouvrier, monté sur une petite échelle, enlève le sommet de la pile et, à l'aide d'une sorte de perche, ramène le bois et le charbon vers le centre du système. Si, pendant ce travail, il appuie un pied sur la pile, et qu'il se soit formé là un vide, la jambe s'y enfoncera, et il pourra en résulter une brûlure très-grave, peut-être mortelle ; on en cite des exemples.

Relativement aux animaux vivant dans le voisinage des charbonneries, ils n'en éprouvent absolument aucun effet fâcheux.

Quant aux plantes, on sait que celles-ci absorbent, dans le jour, de l'acide carbonique et émettent de l'oxygène ; l'acide carbonique, et même l'oxyde de carbone qui s'échappent des meules ne sauraient donc nuire beaucoup à leur développement. Tout au plus, celles qui sont dans un contact immédiat, les rameaux qui s'avancent souvent jusqu'au-dessus de la pile, sont-ils jaunis par la fumée, de même que les fleurs voisines, jusqu'à 15 ou 20 pas, sont-elles flétries et bientôt tombées; la plante elle même n'en souffre pas.

Tout se réunit donc pour démontrer la parfaite innocuité du travail qui consiste à transformer le bois en charbon,

2» Les marchands, mesureurs, porteurs de charbon, sont incessamment exposés à respirer les poussières qui s'en détachent en grande abondance. Si l'on s'en rapportait à Parent-Duchâtelet, il n'en résulterait aucun inconvénient ; mais {voij. Anthracosis) nous savons bien quels gont les effets de l'inspiration des poussières charbonneuses. Seulement, tandis que les mineurs les respirent à pleins poumons et d'une manière permanente pendant toute la durée de leur travail, les charbonniers dont nous parlons ici n'y sont réellement exposés que par intervalles, et surtout pendant le mesurage ou la mise en dépôt ; aussi, les conséquences sontelles beaucoup moins graves que chez les bouilleurs.

Voyons ce que dit la statistique à cet égard. Suivant Benoiston de Châteauneuf, le rapport des décès par phthisie, chez les charbonniers, . serait aux autres causes de décès : : 3,73 . 100, le rapport moyen pour les professions masculines étant de 2,85. D'après les chiffres, d'ailleurs, très-peu nombreux de Lombard, le rapport serait de 8,44 p. 100. Du reste, cet auteur leur accorde une durée de vie de 55, 1 ans, sensiblement égale, et même un peu supérieure à la moyenne générale qu'il a observée à Genève pour les différentes professions, et qui est de 55, 0 ans. Bkaugrand.

DICT. ENC. XV. 29

IlfELioGRAPiiiE. — Outre les traités des maladies des artisans : Medizmisch-polkeihches Gutacktcn ubcr den hôchst nachtheiligen Emflms der von dem HammcrwerkbesiUers S. zu Z. Bezirksaml G. nehen einander angelegten zwei Koldenmeiler auf den Gesundlmlsiustand der m der Nâlie derselben woknenden Klâger, etc. U Henke's Zeilschr., t. XXII, p. 2i4; 1856. — Inuehsleben (Fr.-G ). Beantwortung der aufgestellten Frage (réponse au iném. précédent) : « Ob und in wieferne die bei Yerkolilung des Hohes aus den Kolilenmeilern sich entwtckelnden Dâmpfe nachlheiUg auf Menschen, Thiere und die Pflamenwelt wirkeii ? » Ibid. Ergâmh.,i. XXIV, t. 1837, p. 1; 1857. — Nettebmann. Einige praktisclie Bemerkungeii uber das, etc., mitgetheilte medizinisch-polizeiliche Gutachten, etc., p. 8. — Fuchs. Veber das Koldenbrennen in Meilern in medizinischrpolizeilicher Himicht. Ibid., p. 12.

É. Bgd.

CMARCUTEUIES, CHARCUTIERS. (Autrefois : Chaircuiteries, Ghaircui- TiERs) . Les bouchers, dont l'organisation en corps de métier remonte, sans aucun doute, au temps oii la Gaule était province romaine, et dont les statuts ne sont pas compris dans le livre des métiers d'Ét. Boileau,les bouchers, pendant le moyen âge, avaient seuls le privilège d'abattre, de débiter et de vendre la viande de porc. On voit dans les règlements qui leur furent imposés en 1331, que lors de la réception à la maîtrise, le récipiendaire était obligé d'envoyer à tel ou tel personnage de la corporation ou de la ville une certaine quantité de vin, de gâteaux et de viandes de bœuf, de mouton et de porc. Du reste, ces viandes de porc, boudins, saucisses, andouilles, étaient vendues cuites dans Paris par divers industriels connus alors sous les noms de cuisiniers oyen, rôtisseurs, boudiniers, tripiers, regrattiers, etc. C'est seulement en 1475 que fut organisée la corporation des charcutiers. Ils ne pouvaient vendre que du porc cuit et préparé, mais acheté cru chez les bouchers; ce n'est que plus tard (1705) qu'ils obtinrent l'autorisation de vendre la viande fraîche et les diilérentes parties et issues, les bouchers possédant encore seuls le droit d'abatage. Du reste, ces viandes étaient soumises à l'inspection des jurés-courtiers-visiteurs (Delamarre, Traité de la police, t. Il, p. 158).

Aujourd'hui, les charcuteries sont rangées dans la troisième classe des établisments insalubres ou incommodes; mais les conditions différent quand, aux établissements de charcuterie, sont jointes les porcheries et l'abatage des porcs, comme il arrive dans les petites localités privées d'abattoirs. Nous examinerons successivement ces deux cas.

1° Charcuteries seules. Les porcs abattus, grillés, échaudés à l'abattoir, sont transportés à la bouti(iue pour y subir dilférentes préparations culinaires. Il peut alors se dégager des fumées, des odeurs très-désagréables, l'écoulement des eaux qui ont servi aux divers lavages donnent lieu à des émanations d'une extrême fétidité. Nous ne parlons pas ici des inconvénients, des dangers quelquefois mortels qui peuvent résulter de l'usage de viandes de porc mal préparées ou gâtées. Il en sera question ailleurs, à l'occassion des viandes qui, par l'effet de circonstances particulières, peu vent acquérir des propriétés toxiques {voy. Ladrerie, Tricuinés et Viandes).

Voici quelles sont les prescriptions imposées par les règlements actuellement en vigueur {Uni. de police, 19 déc. 1835).

1° Aucun établissement de charcutier ne sera autorisé dans la ville de Paris qu'après qu'il aura de constate. .. que les diverses localités où l'on se propose de le former réunissent toutes les conditions de sûreté publique et de salubrité prescrites dans l'instruciion ciapres annexée. — 2° Il est délendu de faire usage dans les établis.seraents de charcutiers, de saloirs, pressoirs et autres ustensiles qui seraient revêtus de feuilles de plomb ou de tout autre métal. Les saloirs ou pressoirs seront établis en pierre, en bois ou eu grès, — 5» L'usage des vases ou ustensiles de cuivre même étamé est expressément délendu. Ces vases et ustensiles seiont remplacés par des vases en fonte ou en fer battu. — 4° 11 est défendu aux

charcutiers de se servir de vases en poterie vernissée. Ces vases seront remplacés par des vases en grès, ou par toule autre poterie, dont la couverte ne contient pas de substances métalliques. - 5» Il est détendu aux charcutiers d'employer, dans leurs salaisons et nrénara lions de viandes, des sels de morue, de vareck ou des salpêtriers. — 6» Les cliarculier* ne pourront laisser séjourner les eaux de lavage dans les cuvettes destinées à les recevoir Ces cuvettes devront être lavées et vidées tous les jours. - 7» Il est défendu aux charcutiers de verser avec les eaux de lavage, qu'ils devront diriger sur l'égout le plus voisin les débris de viande ou de toute autre nature. Ces débris seront réunis et jetés chaque jour dans les tombereaux de nettoiement au moment de leur passage.

A cette ordonnance est annexée l'instruction suivante obligatoire dans le ressort de la préfecture de police de la Seine. Il est bien à regretter qu'elle ne soit pas imposée au reste de la France.

Des boutiques. Les boutiques affectées à la vente des marchandises fraîches ou préparées, devront être appropriées convenablement à cette destination. L'intervalle entre le sol et le plancher sera au moins de 3 mètres. Le sol sera entièrement revêtu de dalles en carreaux ; le plancher sera plaionné. Pour renouveler l'air pendant la nuit, il sera pratiqué immédiatement sous le plafond, du côté de la rue, une ouverture de deux décimètres en carré ; une autre ouverture de même dimension sera pratiquée au bas de la porte d'entrée ou du mur de face. Ces deux ouvertures seront grillées.

Des cuisines ou laboratoires. Les cuisines et laboratoires devront être de dimensions telles que les diverses opérations de charcuterie y puissent être faitis avec propreté et salubrité. Les cuisines et laboratoires auront au moins trois mètres d'élévation ; ils seront plalonnés. Le sol et les parois jusqu'à la hauteur de l^jôG seront convenablement revêtus de matériaux imperméables pour faciliter les lavages et prévenir toute adhérence ou infiltration de matières animales. Les pentes du sol seront réglées de manière que les eaux de lavage puissent s'écouler rapidement jusqu'à l'égout le plus voisin. Un courant d'air sera établi dans les cuisines et les laboratoires ; les uns et les autres devront être suffisamment éclairés par la lumière du jour.

Des fourneaux et chaudières. Les fourneaux et chaudières devront être toujours disposés de telle sorte qu'aucune émanation ne puisse se répandre dans l'étabhssement ou au dehors. Les chaudières destinées à la cuisson des grosses pièces de charcuterie et à la fonte des graisses devront être engagées dans des fourneaux en maçonnerie.

(Le meilleur moyen de répondre à l'indication posée dans le parngraplie précédent, c'est de recouvrir les fourneaux et chaudières d'une hotte répondant à la cheminée, et de surélever celle-ci au-dessus du toit des maisons voisines. La foule des graisses devrait être interdite.)

Réservoirs à défaut de puits ou de concession d'eau. A défaut de puits ou d'une concession d'eau pour le service de l'établissement, il y sera suppléé |)ar un réservoir de la contenance d'un demi-mètre cube, qui devra être rempli tous les jours.

11 ne pourra être établi de soupente dans les cuisines et les laboratoires, qui sous aucun prétexte, ne pourront servir de chambres à coucher.

Des caves et autres lieux destinés aux salaisons. Les caves destinées aux salaisons devront être d'une dimension proportionnée aux besoins de l'établissement ; elles devront être saines et bien aérées, ne point renfermer de pierres d'extraction pour la vidange des fosses d'aisances, ni être traversées par des luyaux aboutissant à ces mêmes fosses. Les caves devront avoir au moins 2'»,67 d'élévation sous clef; il y sera pratiqué, s'il n'en existe pas, des ouvertures de capacité

suffisante pour y entretenir uue ventilation continuelle. Le sol des caves sera convenablement revêtu pour faciliter les lavages et prévenir toute adhérence ou infd^ tration de matières animales. Les pentes du sol des caves seront disposées de manière à faciliter l'écoulement des eaux de lavage dans les cuvettes destinées à les recevoir. Si, à défaut des caves, le local destiné aux salaisons est situé au rez-dechaussée, le local sera disposé de manière que les eaux de lavage puissent être dirigées sur l'égout le plus voisin.

Tel est l'ensemble des mesures adoptées par l'autorité dans l'intérêt delà santé publique. Nous regretterons seulement avec M. Vernois « que dans l'ordonnance qui précède on ait oublié d'imposer aux charcutiers qui font le saurage, de ne point employer à cette opération du bois peint en raison du danger qu'il peut y avoir par la volatilisation de l'oxyde de plomb » {Traité prat. d'hyg. industr. et administr., I. 146, Paris, 1860 in-S").

D'après les ordonnances de police, une visite réglementaire a lieu tous les ans dans les charcuteries, par les soins des commissaires de police afin de s'assurer que les prescriptions ci-dessus sont rigoureusement exécutées. 11 est fâcheux qu'elles ne soient pas plus fréquentes surtout au point de vue du degré de la conservation et de la salubrité des viandes employées.

2° Des porcheries et abattoirs de porcs annexés aux charcuteries . Ici se présentent de nouvelles conditions.

Les porcheries sont rangées dans la première classe des établissements insalubres et incommodes. On leur reproche une odeur très-désagréable et souvent fétide, et les cris incessants des animaux qui incommodent le voisinage. Voici les prescriptions qui doivent être imposées :

Le sol sur lequel la porcherie sera construite doit être plus élevé que celui des localités environnantes, convenablement dallé ou bitumé et muni d'une pente afin que les eaux, urines, etc., puissent avoir ua écoulement facile. Les toits à porcs doivent offrir une hauteur de 2'",40, parfaitement aérés, avec des auges en pierre dure assez élevées, pour que les porcs ne puissent y monter et s'y vautrer. Les différentes loges communiqueront entre elles par leur partie supérieure, afin que l'air puisse y circuler librement, chacune sera pourvue d'une conduite d'eau avec robinet. Le sol des cours environnantes doit être également dallé ou bitumé, un ruisseau y sera pratiqué. On aura soin d'y ménager un bassin pour baigner les porcs. Le nombre de ceux-ci ne pourra excéder le chiffre fixé par l'autorité. Les excréments seront désiniectés chaque jour avec une poudre désinfectante, et enlevés tous les jours pendant les six mois d'été, tous les deux jours pendant les six mois d'hiver. Un réservoir d'eau contenant 250 hectolitres et muni d'un robinet flotteur, sera construit dans la porcherie pour les besoins du service. Enfin, la nourriture destinée aux animaux, devra être préparée chaque jour, de manière a être employée dans les vingt-quatre heures qui suivront sa préparation.

A ces conditions imposées pour les porcheries communales, on pourra en ajouter quelques autres applicables aux porcheries privées. Ainsi, suivant M. \ernois, on pourra prescrire : « 1° L'établissement d'une fosse étanche destiné à recevoir les urines, et qui sera munie d'une soupape hydraulique ; 2» faire rendre les urines sur delà chaux, de manière à obtenir des urates de chaux insolubles ; 3° n'avoir dans la porcherie aucun dépôt de viandes ou autres matières alimentaires à 1 état de lérmentation putride , ¥ défendre pendant les mois de juin, juillet, et août, de nourrir les porcs avec des eaux grasses ou résidus de restaurants ou d'auberges » \loc. cit., p. 118).

Abatage et grillage des porcs. Dans les localités dépourvues d'abattoirs, les porcs sont tués, grillés, et babilles dans les attenances de la charcuterie. Pendant ces opérations les portes doivent être très-exactement fermées, la présence d'nn feu vil pendant l'opération du grillage, expose au danger d'incendie, aussi l'endroit oii il s'exerce habituellement doit-ilêtre entouré d'un treillage en fera mailles serrées. Le sol du brîiloir sera très-exactement dallé ou bitumé, les murs jusqu'à ia hauteur d'un mètre sera revêtu de la même manière , les poutres et boiseries doivent être recouvertes d'une couche de plâtre afin de les bien isoler de l'action de la flamme et du tuyau de la cheminée, qui devra être élevé de 10 à 15 mètres, afin d'emporter le plus haut possible dans l'atmosphère et les odeurs et les flammèches. Les eaux auront un écoulement facile et rapide et ne devront pas être reçues dans un puisard. Enfin, on aura de l'eau à discrétion de manière à pouvoir pratiquer des lavages abondants.

Nous ne parlons pas ici de Vhygiène professionnelle, car ce genre de travail ne présente, par lui-même, aucune cause d'insalubrité ou qui ne rentre dans ce que nous avons dit au mot Bouchers. E. Beaugrand.

CHARDEL (Frédéric). Élève distingué de Gorvisart, reçu docteur à Paris, en 1799 : remplit par intérim les fonctions de médecin à l'hôpital Cochin ; il avait été nommé membre de l'Académie de médecine dès 1823. Chardel s'était surtout livré à la pratique de la clientèle, ce qui ne l'a pas empêché de publier quelques articles dans divers journaux de médecine. Il est surtout connu par sa Monographie des dégénérations squirrheuses de l'estomac. Paris, 1808, in-8°, qui a obtenu un certain succès. Il a aussi traduit du latin l'ouvrage de Blumenbach, intitulé: De l'unité du genre humain et de ses variétés. Paris, 1805, in-8». Chardel mourut à Paris, en juin 1849. E. Bgd.

CBâRDON (Carduus). § L Botanique. Genre de plantes Dicotylédones, appnrtenant à la famille des Composées, et donnant son nom à la tribu des Carduacées. Tel qu'il est limité par la plupart des botanistes, ce groupe n'a plus grand intérêt pour la médecine, les espèces utiles, qu'il contenait dans son extension primitive, ayant toutes été rapportées à d'autres genres delà même tribu. C'est ainsi que le Chardon hémorrhoïdal (Carduus arvensis des auteurs), est une espèce de Serratula; le Chardon-Marie (Carduus Marianus L.) un Sylibum (voy. ce mot) ; le Carduus Acarna L. un Cnicus, de même que la plante d'Italie qu'on nommait Carduus Casabonœ L.

A part ces espèces qui ont fait partie du genre Carduus, il en est quelques autres qui ont porté le nom de Chardon. Les unes appartiennent au groupe des Garduacées ; telles sont :

Le Chardon Bénit, qui placé autrefois parmi les Centaurées, est maintenant un Cnicus (voy. ce mot).

Le Chardon étoile qui, n'est autre chose que la Chausse-Trape (Centaurea Calcitrapa L.).

Le Chardon aux ânes ou Chardon velu, qui est VOnopordon Acanthium L.

D'autres appartiennent à des familles différentes, tels sont :

Le Chardon à foulon, qui est une Dipsacée (Dipsaciis Fullonum L.).

Le Chardon Roland ou Chardon Roulant, qui est une ombelliière ÏEryngium campestre ou Panicaut (voy. Panicaut). Pl,

§ II. Emploi médical. Sauf le chardou-bénit qui, médicalement, se classe

parmi les toniques amers, à côté des Centaurées, dans lesquelles plusieurs bota-. nistes 1 ont aussi placé, les autres plantes désignées sous le nom de chardons et dont nous avons à parler, intéressent beaucoup plus la bromatologie que la thérapeutique. S'ils ont un certain attrait ou même quelque valeur alimentaire, tant pour l'homme que pour les animaux, ils n'ont en revanche qu'une valeur trèslimitée, très-contestable même comme médicaments; et j'oserai dire qu'ils sont une véritable superfétation pour les matières médicales et les pharmacopées, déjà trop surchargées de plantes sans importance, inertes et inutiles. Aussi nous bornerons-nous à quelques renseignements succincts sur les propriétés thérapeutiques que la plupart du temps on leur a plutôt supposées que réellement reconnues.

1" Chardon-Makie. La racine, les feuilles, les tiges, sont recherchées par plusieurs animaux. Les hommes, dans certaines contrées, mangent en salade ou accommodées de diverses manières les feuilles et les jeunes pousses, et substituent à l'artichaut cultivé le capitule des fleurs non épanouies sous le nom d'artichaut sauvage. L'herbe est douée d'une légère amertume dont elle est débarrassée par la cuisson.

On employait en médecine la racine, les feuilles et les fruits.

La décoction de la racine, le suc, l'infusion, la poudre des feuilles, étaient prescrits, comme remèdes fébrifuges, fondants, sudorifiques, dans les fièvres intermittentes, l'ictère, le rhumatisme. Macquart donnait les semences en émulsion contre la leucorrhée.

Le chardon-Marie était pour Mattioli un excellent hydragogue, guérissant l'hydropisie, l'ictère, les affections des voies urinaires. Si l'on cherche vainement en quoi cette plante pouvait avoir une utilité particulière dans les maladies des organes génito-urinaires, on s'étonne encore plus de la voir intervenir dans le traitement des maladies de poitrine. Cependant sa racine était considérée comme pectorale, et ses semences étaient prônées comme antipleurétiques, propriété dont Loback a renouvelé l'éloge comme pour celles du chardon-bénit. Grimaud disait qu'elles avaient une sorte de spécificité contre les maladies de poitrine. TrJller a fait justice de ces vertus illusoires, gratuitement prêtées à des semences presque inertes.

Nous retrouvons ici l'une des déductions les plus absurdes de la doctrine des signatures ; une ancienne superstition attribuait les taches blanchâtres des ieuilles de ce chardon à des gouttes de lait tombées du sein de la Vierge Marie; de là résultaient des propriétés désobstruantes, apéritives et emménagogues ; de là aussi les noms de chardon-Marie, de cIiardon-Notre-Dame.

Le comble de ces inventions est celle de Lindanus, qui prétendit guérir la rage avec les semences inoffensives de ce chardon.

2" Chardon-Rolland (Panicaut, Eryngium campestre seu vulgare). Partie usitée : la racine. On l'emploie fraîche ou sèche. On la récolte au printemps et en automne, lorsqu'on veut la conserver. Elle est grise à l'extérieur, annelée, jaunâtre à l'intérieur ; son odeur est désagréable ; sa saveur est douceâtre et amère.

La racine de chardon-Rolland a été employée comme diurétique dans l'hydropisie, la gravelle, l'ictère, les engorgements des viscères abdominaux. Dans certains cantons, les paysans en usent comme aliment après lui avoir fait perdre sa saveur amère par l'ébullition (Cazin, Traité des plantes médicinales indigènes) .

La racine du Panicaut maritime, Eryngium. maritimum, qui croît abondamment sur les dunes au bord de la mer, est beaucoup plus active, d'après Cazin, que celle d" chardon-Rolland. Cet auteur dit l'avoir vu employer avec succès, en

décoction concentrée, dans l'anasarque chez les habitants voisins des dunes (ibid.).

0° Chardon-aux-anes, onoporde, fausse acanthe, carduus tomentosus des formulaires, Onopordiim acanthium. C'est ce chardon qui fait les délices des ânes • il leur fait rendre des vents, dit Pline (lib. XXVII, cap. lxxxvii), observation confu'mée depuis, et qui lui a valu le nom de Pet-d'âne.

Le réceptacle des fleurs, analogue à celui de l'artichaut, la racine jeune, les tiges écorcées, ont autrefois servi d'aliments.

Ce n'est rien moins que contre le cancer que l'on s'est pris à vanter cette plante. On paraît s'être contenté des applications topiques de son suc et de ses feuilles contusées, particulièrement contre les ulcères chancreux de la face. Borellus, Timmermann, Ross, Goelick, Mohring, prétendent l'avoir employée avec succès en pareils cas. Stahl dit s'être guéri ainsi, en quatorze jours, d'un chancre commençant à la face, qui avait résisté à tout autre médicament. Cependant Eller avoUe que ce suc échoue contre le cancer du sein, à cause de la malignité de celui-ci. Il est permis de douter que dans les autres cas il se soit agi de véritables cancers.

Poiret avance que la décoction de racine d'onoporde est spécifique contre les gonorrhées (Encyclop. botan., IV, 556).

Durand, de Dijon, a cherché à tirer parti des graines de YOnopordum acanïhium, en en extrayant une huile bonne à brûler.

Pline dit que l'on recueillait en Orient un duvet de l'onoporde, que les Grecs appelaient acanthion, pour en faire certaines étoffes imitant les étoffes de soie (lib. XXIV, cap. Lxvi). Quant aux propriétés médicales attribuées par cet auteur à la plante qui nous occupe, elles étaient hémostatiques, emménagogues, diurétiques ; l'onoporde se donnait aussi contre la diarrhée, les suppurations, l'opisthotonos.

Tant de vertus supposées depuis l'antiquité jusqu'en plein dix-huitième siècle n'en ont pas moins laissé un chardon de plus dans un juste oubli.

Bibliographie. — Goelick (A.-O.). Diss. de onopordo carcinomatis averrunco. Francfortsur-l'Oder, 1759. — Dolfus (J.-G.). Emploi du suc de l'onoporde contre les ulcères chancreux. In Commerc. liltér., novembre 1742, n° 35. — Mérat et De Lens. Dict. univ. de ma^ tière médicale .

4» Chardon a foulon, chardon à carder, chardon à bonnetiers, cardère, Dipsacus fullonum. La racine de cette plante passe pour être un peu diurétique. Dioscoride l'a conseillée cuite dans du vin et amenée à l'état d'onguent, contre les crevasses et les gerçures, particulièrement au pourtour de l'anus. L'eau que l'on trouve dans les godets formés par la réunion de la base des feuilles a été regardée comme anti-ophthalmique, cosmétique, désaltérante; de là, les noms de cuvettes de Vénus, pour ces godets; carduus Veneris, dipsacus (de ^ii|/«, soif), pour la plante en question. Cazin dit avoir vu de bons effets de l'usage de cette eau dans les ophthalmies très-légères.

L'extrait de cette plante était employé comme préservatif de la rage aux environs de Kostrema en Russie, d'après Martius {Bull, des sciences méd de Férussac, XllI, 554).

Lémery prétendait qu'un petit ver, qu'on trouve en automne dans la tête du chardon à foulon, porté en amulette, guérit la fièvre quarte. Mais, ce qui est plus sérieux, c'est l'observation suivante de Cazin. « Ce ver, dit-il, écrasé sur les dents, ; peut, par son application, ou même par le contact des doigts avec lesquels on l'a ' broyé, produire un calme instantané, une cessation immédiate de la douleur odontalgique. J'ai plusieurs fois employé ce moyen avec succès. La douleur revient

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