‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.15Chapitre 62 sur 98 · CHARDON-BÉNIT · texte numérisé non relu

CHARDON-BÉNIT

iii bout de dix, quinze ou vingt minutes; mais une nouvelle application produit le même soulagement. Je l'ai réitérée jusqu'à cinq fois successives sur la même dent, et toujours j'ai obtenu le même résultat. Il serait à désirer qu'on fit des recherches sur les causes de cet effet vraiment extraordinaire. La coccinelle à sept points noirs a, dit-on, la même faculté, mais beaucoup moins marquée et plus inconstante » {Loc. cit.).

En résumé, les chardons n'intéressent pas sérieusement la thérapeutique; ou bien ils n'ont que des propriétés médicales des plus médiocres, souvent discutables; ou bien ils n'en possèdent aucune. Ils n'offrent à l'homme que des aliments inférieurs et grossiers, et pour les animaux eux-mêmes partout on pourrait trouver une meilleure pâture. Il n'y aurait que les ânes, toujours friands de l'onoporde, qui pourraient se plaindre de la destruction absolue de ces diverses espèces végétales; l'agriculture y gagnerait en revanche, car ces parasites opiniâtres en font trop souvent le désespoir dans les terres cultivées. Une seule espèce avait trouvé grâce, à cause des services qu'elle rendait à l'industrie et qui lui avaient valu l'exceptionnelle faveur d'une culture spéciale en vue de sa destination. C'est la dernière espèce dont nous avons parlé, le chardon à foulon. Les pommes de ce chardon, armées de leurs crochets, servaient dans les manufactures de draps pour en lainer la surface avant la tonte. Ces pommes, choisies parfaitement cylindriques, un peu oblougues, avec des crochets fins et roides, s'employaient à la main, ou adaptées à une machine. Dans leur passage sur la surface du drap, elles tirent au dehors une partie des filaments laineux, pour en former un duvet bien nourri, qui doit recouvrir entièrement la corde du drap, et être ensuite égahsé par la tonte. Mais les chardons métalliques, introduits dans les industries lainières par Diibois-.\uzoux, de Louviers, ont remplacé avec divers avantages les chardons naturels. Ceux-ci, abandonnés par l'industrie et par la médecine, n'offrent donc plus qu'un intérêt historique, dans les perfectionnements successifs de l'une, et malheureusement dans les erreurs et les préjugés de l'autre. D. de Savignac.

CnARDON-BÉIVIT. § I. Botanique {voy . Ckicds).

§ IL Emploi médical. Parties usitées : les feuilles, les fleurs et quelquefois les fruits.

Use récolte en juin, avant l'entier épanouissement des fleurs. On assemble les feuilles et les sommités fleuries en paquets minces, que l'on fait promptement sécher au soleil ou à l'étuve.

Pharmacologie. L'herbe est amère de goût, et a une odeur désagréable, qui se perd par la dessiccation ; les fruits ont une saveur douce. D'après une analyse de Morin, de Rouen, cette plante contient : du malate acide de chaux ; une matière grasse, verte, formée d'huile fixe et de chlorophylle; de l'huile volatile; un principe amer; une substance résineuse ; du sucre liquide; de la gomme; de l'albumine; du nitrate de potasse, et quelques autres sels minéraux {Journ. de clwn. méd., m, 105).

Nativelle a retiré, en 1837, des feuilles du chardon-bénit le cynisin, cnisin ou cnicin, que François Scribe a retrouvé ultérieurement dans le chardon étoile, ainsi que dans toutes les plantes amères de la tribu des Cynarées.

Le cnicin, étudié particulièrement par F. Scribe, est un principe neutre, composé de : carbone, 62,9; hydrogène, 6,9; oxygène, 50,2. 11 cristallise en aiguilles blanches, transparentes, d'un éclat satiné; il est inodore, très-amer, sans action

CHARDOiN-BÉiNIT. 4b7

sur les couleurs végétales, peu soluble dans l'eau et les acides étendus, un peu soluble dans l'eau bouillanle et très-soliible dans l'eau légèrement alcaline, solution dans laquelle, comme l'a observé Boucliardat, il perd toute sa saveur amère.

Formes pharmaceutiques et doses. Infusion ou décoction , pour l'intérieur, 10 à 20 grammes par litre d'eau ; pour l'extérieur, 30 à 60 grammes. L'infusion (Mérat et de Lens) est mieux supportée par l'estomac.

Poudre ; 1 à 4 grammes, en nature ou en électuaire.

Extrait ; 1 à 2 grammes, en pilules.

Fruits : en émulsion, 2 à 4 grammes.

On a employé les feuilles de chardon-bénit en infusion ou macération dans le vin et dans la bière. Elles pourraient, selon Gazin, remplacer le houblon dans la fabrication de la bière.

Le suc exprimé, la teinture, Veau distillée, que l'on employait comme véhicule de potions toniques, et plus encore de potions soi-disant sudorifiques, ne sont plus usités.

Action physiologique. On prétend que ce chardon fut apporté des Indes en présent à l'empereur Frédéric III, comme un préservatif excellent contre la migraine. Les médecins de cet empereur l'employèrent avec un succès qui lui valut le nom de hénit. Vanté pendant quelque temps avec exagération, il tomba peu à peu dans un oubli qui est presque complet aujourd'hui.

Cette plante a les propriétés physiologiques et thérapeutiques des amers, et ne paraît valoir ni plus ni moins que beaucoup de ceux qui sont plus communément employés. C'est l'analogue de la gentiane et de la petite centaurée. Elle répond aux mêmes indications que ces deux médicaments en particulier, que tous les toniqu(;s amers en général. Elle a été spécialement recommandée dans les dyspepsies atoniques et contre les coliques flatulentes. Mais, à côté de ces propriétés stomachiques et carminatives, on a souvent constaté une action émétique qui se manifeste sous l'influence de fortes doses. Aussi paraît-il que d'anciens praticiens employaient parfois avec avantage l'infusion de chardon-bénit comme véhicule de substances vomitives, pour favoriser les effets de celles-ci.

Action thérapeutique. Le chardon-bénit n'a pas manqué d'être préconisé comme fébrifuge, quoiqu'il ne soit tout au plus que l'adjuvant d'antipériodiques plus certains. Mais, si son insuffisance ne pouvait être contestée contre les fièvres intermittentes, de nombreux auteurs, J. Bauhin, Lange, van Hartenfels, Otto, ' Simon Pauli, Palmarius, Arnaud de Villeneuve, l'ont exalté outre mesure comme antiputride et alexipharmarque, contre les fièvres malignes, pestilentes, pétéchiales, exanthématiques, contre la peste même. Simon Pauli est allé jusqu'à en faire un spécifique du cancer. D'autres l'ont vanté contre les obstructions viscérales, surtout celles du foie. Dans ce' dernier cas, on a recommandé principalement les fruits du chardon-bénit ; on a prétendu aussi en faire un remède contre la pleurésie. Récemment encore, Loback (voy. Gazette médicale, 1859) est venu attribuer à ces fruits la propriété de régulariser la circulation abdominale^ et d'agir favorablement dans les troubles de la menstruation. Enfin Hufeland croit à l'influence curative de l'extrait de chardon-bénit sur le catarrhe chronique les bronches.

Cette plante passait aussi pour sudorifique, comme d'autres amers du reste ; mais, comme on prescrivait alors ces médicaments sous forme d'infusion chaude, on voit à quelle erreur d'appréciation on devait se laisser entraîner.

La poudre et la décoction des feuilles étaient employées à l'extérieur dans je

traitement des ulcères atoniques, gangreneux et cancéreux ; là aussi on en a dit des merveilles.

En résumé, le chardon-bénit peut être un tonique plus ou moins énergique; mais on a évidemment exagéré ou mal apprécié ses autres propriétés, et il y aurait une nouvelle étutle à en fdire si l'on voulait le réhabiliter dans la pratique.

Le cnicin a été expérimenté comme antipériodique et fébrifuge, à la dose de 20, 30, 40, 50 centigrammes; mais, à ces deux dernières doses, on l'a vu provoquer des nausées et des vomissements, ce qui ne peut que nuire à son emploi et aussi à ses effets attendus. Bouchardat, néanmoins, le juge supérieur à la salicine dans le traitement des fièvres intermittentes. 11 n'agit pas sensiblement sur la rate, qui conserve son volume lorsqu'elle est tuméfiée sous l'influence de la cause fébrigène.

BiBiioGRApniE. — Van IÏartenfels (G.-C.-P.). Asylum languentium. seii carduus sanctus vulgo henediclus, medwina patrum-familias. pohjcresta, verumque pauperum thésaurus', lense, 1609. — Otto (G.-C). De carduo benedicto. Diss. inaug. Argentorati, 1738.

D. DE Savignap,.

cnARDOlviVETTE. On donne le nom de Fleurs de chardonnette aux fleurons de V Artichaut Cardon {Cynara Cardunculus L.), qui ont la propriété de faire cailler le lait (voy. Cynaro). Pl.

CHARIT01V. Médecin oculiste, vivait vers le second siècle de l'ère chrétienne. Il est cité dans les écrits de Galien etd'Aétius. A. D.

cnARlijiTAMlSME. Ce mot semble venir du verbe italien Ciarlare, jaser, bavarder, d'autant plus qu'on disait aux seizième et dix-septième siècles. Ciarlatan, au lieu de Charlatan. Les Latins écrivaient : Circulator, Gesticulator, Lndio; les Grecs : yjipo-^io^oi;, Ay<)pTr}ç. 11 a pour synonymes : bateleur, acrobate, arracheur de dents, baladin, bouffon, cabrioleur, devin, empirique, enchanteur, enjôleur, escamoteur, farceur, hâbleur, histrion, imposteur, mystificateur, opérateur, paillasse, pitre, saltimbanque, sauteur, sorcier, tabirin, vendeur d'orviétan, etc.

Que ce soit à Pékin ou à Rome, à Londres ou à Paris, à Quimper-Corentin ou à Tartas, dans tous les temps, en tous lieux, sous toutes les latitudes, Hippocrate est contraint de se voiler la face devant cette chose immonde qu'on appelle le charlatanisme médical. Et par ces mots, nous entendons comprendre tous les gens, quels qu'ils soient, grands ou petits, lettrés ou incultes, habitant le bouge ou couchant sur le duvet, gradués ou non, qui, sciemment, et par l'appât du lucre, trompent le public, font croire à des maladies imaginaires, prescrivent des drogues à tort et à travers, s'entendent avec les pharmaciens pour faire débiter leurs marchandises, prônent à grand renfort de réclame, un remède à tous maux, affichent publiquement leurs noms vrais ou d'emprunt sur les murs, à la quatrième page des journaux, se couvrent du manteau, alors profané, de la religion, pour faire marcher leur petit commerce, promettent ce qu'ils ne peuveut donner, affectent une valeur, une forme, une puissance qu'ils n'ont pas, et font croire aux autres ce qu'ils ne croient pas eux-mêmes; enfin, tous ceux qui, distillateurs de mensonges, spéculent sur la crédulité et la bêtise humaine.

Mais tout en les condamnant au nom de la dignité de l'homme et de celle du médecin, nous n'avons ni le courage ni la cruauté de coucher sur le lit crasseux du charlatanisme, une foule de petits moyens, de ruses plus drôles que coupables,

mises en œuvre par certains médecins de la petite espèce, anxieux d'arriver au plus vile à la notoriété.

A... faisant courir son domestique dans toutes les rues de son quartier, de porte en porte, avec ordre de demander le célèbre docteur pour madame la duchesse, pour madame la comtesse, etc.

B... faisant alficher son chien, soi-disant perdu, et promettant une forte récompense à celui qui le lui ramènerait telle rue, tel numéro.

G... insérant dans un journal à la mode qu'un grave accident est arrivé dans sa rue, que l'habile docteur***, rue... n"... au premier, consultations de midi à cinq heures, a sauvé la vie au blessé. D... fatiguant deux chevaux à la journée, quoiqu'il n'ait pas un malade à voir. E... écrivant toujours ses ordonnances en latin. Et quel latin? F... ne prononçant jamais devant le client, ébahi de tant de science, mal de dents, mais Odontalgie, ni bain de pied, mais pédiluve, ni saignée, mais pJilébotomie, ni lièvre, mais pyrexie,

G... exagérant toujours l'état de ses malades pour se donner la gloire de les avoir tirés d'un mauvais cas, ou pour sortir blanc comme neige, si la mort s'ensuit

H,., laissant « droguer » des heures entières les clients dans son antichambre, ou même (cela s'est vu) payant des consultants postiches à l'heure pour laire nombre.

I... adoptant une tenue bizarre, négligée, pour faire croire qu'il est trop occupé pour avoir soin de sa toilette.

J... prenant un ton rogue, bourru, pour qu'on dise : c'est un original ; donc, il est savant : Medicus figurant faciei habeat meditabundam et subtristem.

K..., voltairien, allant à la messe le dimanche avec un gros livre doré sur tranche, et qui est ainsi assuré de la recommandation du curé.

L... dînant tous les jours chez Tortoni, habitué du boulevard, et confiant l'exécution de sa charge à Dantan.

M... louant, pour son portrait, une place dans la vitrine d'un photographe en renom.

N... ne manquant jamais, lorsqu'il doit dmer en ville, de commander à son domestique de venir le chercher au moment du dessert. Le groom accourt tout essoufflé, parle à l'oreille de son maître, ou lui remet un billet. Le docteur se lève avec empressement : « Pardon, dit-il, mille pardons ; mais le cas est grave... Oh ! le maudit métier ! on ne peut jamais être tranquille!... » Il s'esquive, et va prendre son café chez lui, car aucun malade ne réclamait ses soins.

0... étalant sur la cheminée de son cabinet, sur son bureau, des pièces d'or, des billets de banque... Invocation très-éloquente aux pièces d'or et aux billets de . banque des clients, etc., etc.

Toutes ces petites manœuvres peuvent être, avec un peu de complaisance, mises à l'actif du savoir-faire, de l'esprit. Seulement, il y a. Dieu merci, des médecins, et c'est le plus grand norribre, qui ont pour elles une sainte horreur. Ce sont ceux qui, enflammés d'une foi profonde dans leur art, lui ont consacré leur vie entière, et qui mettent à l'exercer toute la gravité et l'importance que réclame un intérêt aussi puissant que celui de la vie des hommes. Ce sont ceux qui, forts de leur conscience, pénétrés de leurs devoirs, et incapables de voir trembler leur main ou fléchir leur courage, savent rester fermes et calmes dans les circonstances difficiles ou périlleuses. Ce sont ceux qui, toujours prêts à accourir partout oii il y a

des souffrances à soulager, des maux à guérir, n'ont jamais été sourds au cri de la douleur, n'ont refusé à personne les soins qu'on leur demandait, ne voient dans l'homme, quel qu'il soit, qui s'adresse à lui, qu'un être souffrant à secourir. Ce sont, enfin, les vrais médecins, selon les enseignements dilippocrate :

(( Il n'y a guère de différence entre la médecine et la [ihilosophie ; tout ce qui est de la première se trouve dans la seconde : désintéressemeut, réserve, pudeur, modestie du vêtement, opinion, jugement, tranquillité, fermeté dans les. rencontres, propreté, manière sentencieuse, connaissance de ce qui est utile et nécessaire dans la vie, rejet de l'impureté, affranchissement de la superstition, précellence divine... En entrant chez le malade, rappelez-vous la manière de s'asseo'ir, la réserve, l'habillement, la gravité, la brièveté du langage, le sang-froid qui ne s ; trouble pas, la diligence près du malade, le soin, la réponse aux objections, la possession de soi-même dans les perturbations qui surviennent, la sévérité à réprimer ce qui trouble, la bonne volonté pour ce qui est à faire. Déclarez tous les pronostics sur les choses que vous faites à ceux qui ont intérêt à les connaître. » | (Traduction de Littré.)

11 y aurait une curieuse étude psychologique à faire sur la disposition de l'homme à la crédulité. Cette disposition n'a pas de limites, et les bourdes les plus étonnantes peuvent lui être ingurgitées, pourvu qu'elles flattent ses goûts et ses instincts de conservation. Le succès du charlatanisme se fonde précisément sur le besoin qu'ont les hommes de guérir de leurs infirmités, besoin que la médecine ne peut pas toujours satisfaire. Incapables de saisir les grandes lois de la natuie, étrangers à ce qu'on peut appeler la philosophie en médecine, les malades ne demandent qu'une chose : être guéris ou soulagés. On les persuadera difficilement qu'il puisse y avoir des affections incurables, et comme, en effet, il n'en existe pas pour les empiriques et les charlatans, le succès de ces derniers est assuré, et ce serait bien en vain qu'on ferait des efforts pour arrêter et ralentir ce courant qui entraîne fatalement l'humanité hors des lois de la raison et du bon sens, pour la jeter dans les régions de l'absurde et de l'impossible. Explications, raisonnements, rien ne fera contre cette crédulité incurable, cette illusion que rien ne peut convaincre, cette facilité à admettre, sans examen et sans contestation, tout ce qui a quelque apparence de surnaturel, tandis que la vérité n'est acceptée qu'avec la plus grande lenteur et la plus grande réserve.

L'homme est de glace aux vérités, II est de feu pour le mensonge.

L'industrie en faveur nargue la médecine, Notre art se"prostitue et tombe dans l'usine.

Avez-vous de l'argent?

Placez-le, croyez-moi, sur la bêtise humaine. ■ Excellente hypothèque et fortune certaine ; Ça donne cent pour cent I

(D'' Grille, d'Angers).

Le vulgus decipivult d'Horace sera éternellement vrai, car il est |uisé dans la nature même de l'homme, qui aime le mystère, le merveilleux, le compliqué, et qui, plus d'une fois, a jeté dans l'ornière du charlatanisme de jeunes médecins étonnés, en quelque sorte, de s'y trouver, après avoir fait d'excellentes études, et avoir aspiré dans nos écoles l'air pur et vivifiant de l'honneur professionnel. Seulement, Vulgus nous semble trop limité ; le poète eût pu mettre à sa place Homo; ce ne sont pas toujours les gens du peuple qui sont les plus enclins

CUARLATANISME. 401

à la crédulité ; les gens du moade, les classes instruites, les personnes surtout à imagination vive, les artistes, les marins, sont souvent, à cet égard, d'une colossale naïveté. Les rois (les rois surtout), les princes, les grands seigneurs, ont constamment servi d'appât au bout de l'hameçon des empiriques et des enjôleurs.

« Quant à moi, écrit Jean de Gorris, en 1622, toutes fois et quantes je considère l'homme achetant les remèdes des ciarlatans, je ne puis cesser de m'en esmerveiller ; de penser qu'un homme raisonnable ayt si peu de, jugement, et soit si peu esclairé de la lumière, que de confier la vie de ses malades, parents ou amis, es mains d'un ciarlatan, d'uu homme sans science et sans conscience qui, avec risée et bouffonnerie, vend ses drogues, ainsi qu'à l'encan, au plus offrant et dernier enchérisseur, ny plus ny moins qu'on fait des friperies et des haillons ; et qui pis est, tels remèdes sont remportés avec plus de confiance que ceux des docteurs ; ce peuple ignorant et balourd, ayant cesle pensée qu'un vagabond, un pilleur de taverne, qui n'estudie autre chose que l'art de ruffianerie, soit plus suffisant que ce docteur qui, tout le temps de sa vie, estudie et l'emploie pour bien guérir. »

Buclian estime que l'effusion du sang, les horreurs de la guerre, coûtent moins d'existences à l'humanité que le brigandage du charlatanisme.

Thomas Sonnet, sieur de Courval, un des médecins-poëtes les plus distingués du seizième siècle, a écrit contre les charlatans une satire (en prose mêlée de quelques vers), uu gros volume, qui donne le tableau le plus étonnant que nous ayons jamais vu, des empiriques de son temps. Nous en détachons quelques pages. Rappelons que Courval écrivait en 1610.

« A raison de quoi, les empyriques se peuvent, à ceste occasion, estre plustôt appelés empoisonneurs que médecins. Ce ne sont qu'asnes qui ne sçaVent rien du tout, esprits grossiers en matière de doctrine, et subtils à tromper, cerveaux mal tymbrés, entendemens desmontés, tout estourdis de la flamme de leurs fourneaux, gens qui n'ont pour fondement que l'ignorance, pour préceptes que l'elfronterie, pour règles que la vantance, pour théorèmes que la tromperie, et pour but final qu'un désir singulier de tirer subtilement l'élixir de nos bourses; d'autant, que avec l'électuaire et recepte composée de trois livres d'impudence et d'effronterie de la plus fine qui croisse en un rôdeur qui s'appelle Front d'Airain, deux livres de vantance et vaine ostentation, une livre de belles promesses assaisonnées de mensonges, trois livres et demie de tromperies, quatre onces de bonne mine cuite au jus de douces paroles ; et la décoction passée et coulée par l'estamine de large conscience, ils vous promettront et asseureront, avec cette recepte et composition charlatanesque, de guérir effrontément toutes sortes de maladies, quelque incurables qu'elles puissent estre. Mais, au contraire, quels carnages et boucheries préparent-ils de tous costés, quels monceaux de carcasses élèvent-ils, à la barbe des Pailemens, et aux yeux de toute la France, qui les permet et dissimule leurs erreurs? L'impunité les nourrit, la terre les couvre ! Ah ! monde renversé ! Ah! France !... Non pas France, puisque sur la faible caution de tels enjauleurs, tu oses bien mettre la vie et le sang des liens à la discrétion de la Parque... Les larrons doivent estre punis par la loi : Au contraire, nous Aoyons aujourd'hui les larrons et couppe-bourses d'empyriques estre honorés et respectés d'un chacun, et adorés comme autant de petits dieux et nouveaux apôtres miraculeusement descendus du ciel. Les assassinateurs et homicides doivent estre condamnés à mort et à perdre la teste : Mais à l'opposite, les têtes des homicides et meurtriers charlatans sont environnées et guirlandées de couronnes de lauriers en signe de trofée...

Faut-il s'étonner si l'on voit de toutes parts, dans le terrain de la France, les dents de ce serpent et monstre d'impunité, une telle abondance d'empyriques effrontés et charlatans ! Honte ! La France en est pleine, toute l'Italie en fourmille, toute l'Allemagne en regorge : lesquels se retirent habituellement es villes de Francfort, de Lypse, de Spire, de Magdeboure, Hyldebourg, et autres villes de la Germanie, principalement durant le temps que les foires s'y tiennent !... Il est beaucoup plus dangereux aux hommes de tomber entre les mains-des charlatans qu'entre les ongles des corbeaux, d'autant que les corbeaux ne mangent que les morts, et les charlatans les vivants, dont ils tirent et sucent lamouelle, et se repaissent de leur subsistance, et bien souvent leur estent la vie avec leurs mortels poisons et médicamens sophistiqués... La plupart sont apostats, coureurs, vagabonds, débauchés, séducteurs, bannis, athéistes prestrcs, moines, religieux, cordonniers, savetiers, cardeurs, drappiers, tisserands, et meusniers, regratteurs d'amour, femmes impudiques et débauchées, putains publiques; lesquelles après avoir passé par les picques et estre guaries de chancres, gonorrées, chaude-pisses, mal de N;ipples, ou gralelle des Indes, et autres appenages bordelesques, encore toutes moites de la décoction de Chine ou de Gaiag, et nouvellement sorties du fourneau ou cage hydrotique d'un barbier, se vantent d'avoir appris dans ces écoles et classes sudorifiques et diététiques, tous les grands et occultes secrets de l'art de médecine, promettant assurément l'entière et parfaite guarison de toutes sortes de maladies, avec un tas de fripons et de coquins, mortes-payes et estallons d'hospitaux, attentes de gibets : lesquels, après avoir tout mangé, perdu et dissipé leur bien à hanter les cabarets, caresser le bordeau, rouller les dés, testonner les cartes et tarots, assoufler, plaider, et mille autres débauches, ne sachant plus de quel bois faire flesches, à quel saint se vouer, sur quel pied danser, on est toutestonné qu'ils naissent en un instant comme champignons en une nuit, et se font appeler

grands et suflisans médecins très-expérimentés et tout fraîchement émoulus!

Combien voit-on fourmiller d'empyriques ! Combien de petits barbiers à simple semelle! Combien d'arboristes et simplistes à la douzaine ! Combien de petits frequenelliers d'apothicaires, lesquels préparent médecine à quelconque sorte et espèce de maladie, sans aucune considération ni distinction, et sans l'advis et le conseil de médecin ! Combien y-a-il de religieuses ! Combien de vieilles édentées, ridées, bavardes, bigottes, porte-chandelles, porte-cappes, se mêlent effrontément de la médecine, conjurent les fièvres, exorcisent les chancres et hémorrhoïdes, charment la teigne, soufflent le feu-volage, remettent la poitrine!... Combien de femmes impudiques et desbauchées! Combien de regrattières et maquignonnes d'amour, coratières de lubricités, dariolettes, chaufecires..., ne sachant puis après de quel mestier se mesler durant l'hiver de leur vieillesse, cherchent enfin leur dernier recours à l'exercice de la médecine, et se meslent à toutes fins, de visiter malades, prescrire remèdes, ordonner purgations, préparer breuvages, potions, électuaires, et compositions violentes, aux femmes et filles, pour maintenir leurs chalandes en leur bon teint, amoindrir les mamelles, endurcir le sein, desrider le ventre, rebondir ïemonticulam veneris, estrécir quilboquet ou l'entrée d'Alibec! C'est pourquoi, je ne puis que m'estonner de la sottise et Iblie des hommes de ce malheureux et déplorable siècle, qui, au règlement des arts mécaniques, se montrent fort politiques et clairvoyants ; mais en l'art de médecine, qui est bien d'un autre poids et conséquence que les autres, se montrent néanmoins plus aveugles que les Quinze-Vingt, et plus perdus d'entendement que les maniaques et liénétiques. Vrais myopes, hommes taulpes, qui ne peuvent reconnoistre les abus en

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une si excellente profession. Où est maintenant la splendeur de la médecine? Qu'est devenue sa gloire et son ornement? Où est le désir et la bienveillance des ancieus rois, princes, et potentats envers elle, leur libéralité pour confirmer la dignité et entretenir son autorité? Nous voyons la médecine tellement cliungée, corrompue, etallérée, qu'elle n'est plus qu'une idole et un fantôme, sa face avalée, son crédit ruiné, son honneui- dégradé, à basse marée, en dernier quartier, sa force abattue, sa réputation flétrie, contemnée, foulée aux pieds par un tas d'ignorans, empoisonneurs, charlatans, iatromages, gens de mauvaise vie, et de conscience cautérisée ! Poltrons, eunuques de courage, estropiés de sens commun, aurons-nous

les veines remplies d'un sang si ingrat et négligent, que de voir le feu allumé par la France, de tant de meurtres perpétrés et commis par ces bourreaux impitoyables, avec leurs drogues pestiférées et empoisonnées, sans crier au feu? Verrons-nous à yeux de cire et à bras croisés en fainéans, le vaisseau commun de la pairie en danger de faire naufrage, et agité et borasqué des autans pestilens, et tourbillons or«geux de ces imposteurs charlatans, sans pousser à la rame et tirer au cordage pour tascher de le déhvrer d'un si profond danger ? Aurons-nous le cœur si lasche et l'âme si ravalée, de permettre ces régimens et escadrons d'empyriques, piller et ravager nos biens, s'engraisser de nos cacochimyes et indispositions, se refaire de nos afflictions et maladies, bâtir leur fortune sur les ruines de nos corps, détremper le ciment de leurs advancemens aux despens de nostre san», et moissonner nos corps par la faulx de leurs drogues empoisonnées.... ! »

Il n'est donc malheureurement que trop vrai, que de tout temps et en tous lieux les médecins régulièrement gradués ont eu couotamment à lutter contre les pseudo-guéi isseurs, les fourbes, les imposteurs, les charlatans. Les rois eux-mêmes, comme pour narguer les Facultés, à la création desquelles ils avaient pourtant coopéré, ont entretenu, payé, récompensé royalement, à la barbe d'Esculape, les bateleurs effrontés porteurs de recettes excentriques, vendeurs d orviétans, et armés de pratiques superstitieuses. Nous avons fait conmilve {Union médicale ; 1862, n»57), une femme Hersend, que saint Louis emmena avec lui, comme physicienne, dans l'expédition d'outre-mer, et qu'il renvoya en France honorée d'une patente royale qui lui donnait, sa vie durant, douze deniers parisis par jour, pour les services qu'elle avait rendus au saint roi. On comprend qu'une telle faveur accordée par un tel prince dut faire venir l'eau à la bouche d'une foule de gens déclassés, de gens du demi-monde médical, avides de marcher sur les traces de l'heureuse physicienne.

Guy de Ghauliac. {Édit. dejouhert; 1642, p. 13), se plaint déjà amèrement de la faiblesse des gouvernements, qui laissent l'exercice de l'art aux mains des gendarmes ou chevaliers teutoniques, des femmes et de plusieurs idiots, lesquels confient la guérison de toutes les maladies à l'intercession des saints, n'écoutant que cet article de foi : Dieu a donné la maladie; Dieu Votera quand il lui flaira. Que le nom de Dieu soit béni ! Amen !

Henri de Mondeville, cluriirgien de Philippe le Bel, s'élève avec énergie contre les « barbiers, les sorciers, les devins, les alchimistes, les courtisanes, les vieilles femmes, les juiis convertis, les sarrasins, » qui, ayant mangé tout leur bien, couvrent du manteau de la médecine leur misère et leurs iburberies. 11 voit avec douleur le vulgaire dans sa bêtise, ne pas distinguer le praticien habile de celui qui ne l'est pas; les fourbes, les ignorants arriver aux lionneurs, à la fortune, et les hommes de science, probes, honnêtes, vivre inconnus, réduits à l'indigence • les rois, les princes, les prélats, les chanoines, les curés, les religieux, les ducsj

les nobles, les bourgeois, accaparer la plus belle clientèle, et ne laisser derrière eux que difformités ou morts, que la terre a le soin de cacher à leur profit.

Il est certain que, au treizième siècle, il y avait à Paris, des femmes se mêlant ouvertement de l'art de guérir, appendant à leurs boutiques les bannières traditionnelles, et inscrites en cette quïdité sur le rôle des contribuables. Dans le tableau des tailles et impôts pour Tannée 1292, qui nous est parvenu, et qui a été publié par M. Géraud, parmi les 15,200 contribuables de la ville de Paris, on compte, outre 151 barbiers (hommes et femmes), 20 mires ou médecins en pourpoint, et 8 meiresses, ou médecins en cotillon.

J'ai trouvé pour 1352, la liste des individus « pratiquant illicitement » la médecine à Paris, c'est-à-dire dans la première ville de France, enserrée encore dans les limites des superbes murailles de Philippe- Auguste, composée de 61,098 feux, et, par conséquent (à supposer quatre personnes par chaque feu), comptan", 274,941 habitants. La voilà cette liste, publiée sans doute, et peut être affichée dans les carrefours de la capitale •

Jehanne Clarisse; M® Robert Lequere ; Jehan de Silli ; U^ Jehan de Plaisanche; Franchois de Pavie ; M^ Guillaume de Savoie ; Fée Morgant, espicier ; Jean de Plaisaiiche, espicier; Berthelevit de Saine, espicier ; Philippe de Berigni, espicier; Régnier, l'espicier ; Nicole de Gaillon; Jehan et Benoît de Gaillon; Jehan Poitevin, l'herbier ; Assot, l'herbier; Pierre Amadous, espicier; Laurey le Guerrier; W Bernard Le Bidault ; M^ Simon Godecat ; M« Massis de Besu, sirurgien; M^ Lavis, nouvel venu Lombart; Avesot Le Cambrière; Laurence, famme de Jehan Le Gaillon ; M« Rémond Le Bidault.

En tout, vingt -cinq individus exerçant illicitement et ouvertement la médecine dans la bonne ville de Paris. Je crois que le nombre des praticiens approuvés, licenciés, n'était pas aussi considérable.

On remarquera parmi ces charlatans, deux femmes, pas mal d'épiciers, quelques herbiers (herboristes), et on ne manquera pas de constater que beaucoup d'entre eux étaient marchands épiciers. Lombards d'origine, implantés depuis peu d'années en France, y faisant le commerce de denrées, agglomérés dans un coin de Paris (rue des Lombards), et glissant entre un paquet de cannelle et un paquet de sucre, des drogues destinées à guérir tous les maux,

La Faculté de médecine de Paris finit par se révolter contre ces scandales qui se passaient sous ses yeux, au mépris de tous ses droits et au détriment de la santé publique.

Déjà elle avait obtenu une sentence d'excommunication contre « Clarice, de Rouen, femme de Pierre dit Faverel ; » elle avait intenté avec succès un procès à « Jehan Liblons, tailleur de peaux, et à Jehanne Converse de Salins, sa famme. » Elle traîna devant la justice ecclésiastique d'autres imposteurs.

Écoutez les principaux faits de la cause de la Faculté de médecine de Paris, contre la femme Jacofcea Félicie, et dites si les charlatans de l'année 1522, ne faisaient pas comme ceux de 1874.

Les griels articulés contre Jacobea Félicie étaient les suivants, que je traduis pour éviter un latin, qui n'était pas tout à fait celui de Cicéron :

« Premièrement. La dite Jacobea a été appelée plusieurs fois dans la. ville de Paris et dans ia banlieue pour soigner des malades. Elle a examiné leurs urines, leur a tâté le pouls.

« Après avoir ainsi examiné les urines et le pouls, elle disait aux malades: Je vous guérirai, Dieu aidant, si vous me promettez de me payer en conséquence.

« Une fois celte convention établie entre elle et les malades, ou les amis des malades, conventions qui portaient sur la guérison des infirmités intérieures (intraseca), des plaies, des apostèmes, elle a fait des visites aux malades, elle a examiné plusieurs fois, et d'après la méthode des physiciens, leurs urines, huv pouls, leurs membres, leur corps.

« Après cela elle leur a administré des sirops confortants, des purgatifs, des digestifs hquides, des liquides aromatiques, et d'autres boissons (potus),' que les malades ont pris et bus à plusieurs reprises en présence de l'inculpée.

« La nommé Jacobea Félicie a exercé et exerce la pratique de la médecine à Paris et dans la banlieue, sans être approuvée, soit dans quelque étude solennelle (m aliquo studio solemni), soit ailleurs, sans licence du chancelier de l'Église de Paris, sans permission de la Faculté de médecine de Paris. »

Puis vinrent les déclarations des témoins. Ce n'est pas le côté le moins curieux de cette affaire du commencement du quatorzième siècle. On croît, en les lisant, assister à la police correctionnelle, où sont traînés des charlatans, et où les hommes de bon sens sont stupéfaits, en entendant parfois les victimes mêmes des imposteurs se ranger du côté de ces derniers, devenir des témoins à décharge, et vanter leur habileté, leur honnêteté, et les cures merveilleuses qu'ils ont faites.

Jehan de Saint- Audemer , tavernier et citoyen de Paris. Dans ma dernière maladie, c'est-à-dirs vers la fête de la Saint-Jean, la femme Jucobea m'^ rendu visite plusieurs fois ; elle a examiné avec le plus grand soin mes urines. En présence de ma femme et de Jehan Faber, demeurant au parvis Notre-Dame, elle m'assura que si elle ne me guérissait pas, je n'aurais rien à payer. Il fut convenu que je lui donnerais 40 sous parisis; ce que j'ai fait ensuite. La femme Jacobea m'a donné des soins meilleurs que ne l'eussent fait les médecins. EWe m'a fait prendre une tisane (potus), c'est-à-dire une certaine liqueur claire, agréable, dont elle buvait elle-même une certaine quantité avant de me l'adrahiistrer. ^ Jehan Faber, demeurant à Paris, près de la Tour. Je soufi'rais d'un mal à la tête et aux oreilles ; la femme Jacobea m'a administré des boissons ; et grâce à à elle j'ai été guéri ; l'une de ces boissons était verte, l'autre moins foncée ; mais je ne connais pas leur composition. Au reste, il fut convenu entre nous que je ne la payerais qu'après guérison.

Messire Odo de Cormeciaco, frère de VHôtel-Dieu de Paris. A la Saint-Jean dernière je fus tellement malade, que je ne pouvais me servir d'aucun de mes membres. J'ai d'abord été soigné par maistres Johannes de Turre, Martin Ilermannus, et plusieurs autres maîtres en médecine. J'ai fini par me faire transporter chez la femme Jacobea, où je restai peu de jours. Là, maître Jehan, qui demeurait avec la femme Jacobea, et cette dernière, me donnèrent une potion amère, plusieurs baumes, et struphas, me frictionnèrent avec tant de zèle, que je fus bien vite guéri. Ils me donnèrent aussi des herbes, de l'huile de camomille, du mélilot, etc. D'après le conseil de la femme Jacobea, on alluma un feu de charbon aussi long et aussi large que mon corps ; sur ce lit de charbons ardents on étendit une couche d'herb;iges; sur ces herbes je fus couché tout de mon long, et je restai là jusqu'à ce qu'une grande sueur me saisit. Alors, on m'enveloppa dans un certain tissu de laine, et on me fourra ainsi dans mon lit. Avec l'aide de Dieu, et grâce aus^i aux excellents soins (jue me donna !a femme Jacobea, je lus promptement guéri. Je sais par l'opinion publique qu'en fait de médecine et de chirurgie, elle est plus savante [sapientior) que tels médecins ou chirurgiens de Paris que ce soil, etc., etc.

DICT. ENC. XV. 2Q

Cela se passait au mois d'aoLitl322, à Paris, sous le règne de Charles IV, dit le Bel. Jacobea Félicie, malgré ses cures merveilleuses, fut condamnée à 60 sols d'amende, sans doute aux frais du procès, et fut, en outre, excommuniée, ce qui n'est rien aujourd'hui, ce qui était beaucoup au quatorzième siècle.

Au reste, si l'on était tenté de faire une curieuse collection de charlatans de toutes nuances, de toutes catégories, il suffirait de dépouiller les vingt-quatre volumes manuscrits et oiiginaux des Commentaires de la Faculté de médecine de Paris. Celte source est inépuisable ; chaque décanat en offre de nombreux exemples ; et l'on peut assurer que nos pères ont dépensé une bonne partie de leur temps, et fait une déplorable brèche à leur caisse, dans leurs poursuites incessantes contre les illicite practicantes, les Agyrtes, les Nebulones, et autres bêtes venimeuses de la même espèce. Armé d'une pince à insectes, nous allons piquer quelques espèces intéressantes, en indiquant le volume et la page oià elles gitent:

i'i'i'2. Procès contre Jean de Domrémy (I, 260).

1457. Trois femmes illicite practicantes (II, 268).

1467. Vieille femme du nom de Denise de Partlienay (II, 253).

1490. Plusieurs charlatans (III, 168).

1493. Deux Deceptores: Richard le Sage et « le médecin de Saint-Marcel» (111, 245).

1497.- Plusieurs medici currentes (III, 357).

1508. Procès contre Jeanne, épouse de Guillaume Mabille ; elle visitait publiquement les malades [languentes), jugeait par les urines. On poursuit également Lemaistre, cursor et empiricus (III, 665).

1510. Louis le Vicomte, de Milan (III, 727).

1514. Narcisse Brun. Il frictionne avec un certain baume, tout en donnant des médecines laxatives, « quod est contra rectum ordiuem medendi. » 11 se vante, surtout, de guérir avec son baume les maladies abandonnées par les autres médecins (IV, 18).

. 1516. Marion, demeurant rue de Bièvre (IV, 57).

1524. Benoît le Cardinal, aliàs Le Prophète (IV, 176).

1525. Charles Espagnol, et Martinet (IV, 193).

1527. Melchior Daast. 11 guérit de la pierre, de la passion, de la colique, de l'enlhire, de la gravelle (IV, 196).

1554. La Faculté adresse au Parlement une requête contre les faiseurs d'almanochs, contre Jean Thibault, surtout. Ces abominables hvres commencent déjà à envahir les campagnes. Ce Jean Thibault paraît en être l'inventeur. C'est un de ses élèves qui donne ce remède contre la peste :

Ouvre le derrière, ferme le devant,

Rechange de linge et d'habits souvent.

Fais tant que tu sois plus debout qu'assis.

Ragaillardis-toi, chasse tout souci.

Hantes rarement, veilles plus que dors.

Si tu es à jeun ne sors pas dehors. '^■'i

Garde le serein et le temps hmnide.

Sois plus chaud que froid, et plus plein que vide.

Si le mal est prés, cherche un autre lieu.

Recommandes-toi du surplus à Dieu.

1537. Deux cordeliers, qui donnent des pilules confectionnées par un phar^ macien. Ce dernier est condamné à 1 0 livres d'amende, les cordeliers cofl'rés dans leui couvent (V, 87).

1542. Un « tumbier » de la rue Saint-Jacques est convaincu d'avoir fait mourir un bourgeois en le faisant suer. Il est condamné « à une amende satisfaisante, faire amende honorable au parquet civil du Chàtelet, et aux écoles de médecine, durant la leçon et plein auditoire, portant autour de lui les médicaments dont 'il avait coutume d'user )) (V, 179).

1548. La Faculté poursuit un pharmacien accusé d'avoir donné des pilules à un jeune homme, qui était mort quatre heures après (VI, 82).

1551. Une vieille femme, de Campo Gaillardo, est condamnée à payer à la Faculté 60 sols d'amende. Le doyen se plaint amèrement de l'insuffisance de cette amende; pendant les six mois qu'a duré le procès, l'École a dépensé plus de 40 livres. Voilà, s'écrie-t-il, comment Injustice nous favorise et le bien public Ita nobis et bono publico justitia favet ! (VI, 153).

1580. Excellente mesure. La Faculté fait afficher les noms de tous les charlatans de Paris. Au moins, de cette façon, ils seront signalés à ceux qui ont intérêt à les éviter (VIII, 167).

1581. Un brodeur de Paris réduit les luxations (VIII, 170).

1598. La Faculté poursuit Mathieu Lemire, qui avait donné des pilules à un homme qui n'était pas malade et qui en mourut (IX, 90).

1599. Sentence du parlement contre Pompée de Ganan et Nicolas de La Montagne (IX, 95).

1599. Arrêt contre un apothicaire, Antoine Ollin, pour avoir donné des médecines sans ordonnances de médecins, et pour avoir révélé une maladie secrète. Il aura à payer six écus au profit des pauvres prisonniers de Ja Conciergerie (IX, 95). 1608. Par une sentence du 8 août 1607, il fut ordonné que les drogues' d'un empirique, nommé Delastre, seraient visitées, les bonnes portées à l'Hôtel-Dieu, les mauvaises brûlées. Le 8 août 1608, on fait exécuter cette sentence. Les docteurs présents à cette perquisition, déclarent, qu'à l'exception de trois ou quatre drogues, reconnues bonnes, et portées à l'Hôtel-Dieu, toutes les autres étaient de mauvaise qualité. « A l'instant, les dites mauvaises drogues ont été portées par Pierre Parent, crocheteur, demeurant rue Zacalie, au devant de la maison du dit Delastre, rue de Gondy, en face l'hôtel de Gondy ; et illec, a été, par le dit crocheteur, allumé un feu avec trois fagots et de la paille, dans lequel feu les dites drogues ont été mises par icelluy Parent, et par ce moyen ont été brûlées. Et pour le regard de deux canons servant à bailler clystères, un petit tamis, deux petits mortiers, une spatule de bois, un poids de 4 Uvres, une paire de balances petites ont été baillés, de par le Roy, à Richard Cotterets, marchand savetier à Paris, demeurant rue aux Ours, avec une malle de boys et deux petits livrets » (X, 130).

1608. Sentence contre Charles Hervieux, empirique gentilhomme, guérissant loupes, cancers, nolime tangere (X, 131).

1610. La Faculté est appelée à se prononcer sur les remèdes chimiques d"un nommé Gabriel de Castagne, « impudentissimus empiricUs », qui, sous les habits d'un frère cordelier, abusait de la crédulité publique (X, 150)., Ce Gabriel de Castagne avait encore fait imprimer un livre : L'or potable qui guérit tous les maux.

1621. Un nouveau charlatan paraît sur la scène. C'est Désiré Decombes. II possède un antidote contre toutes sortes de venins et de poisons, morsm-es de vipères, aspics, chiens enragés. Il s'offre lui-même de prendre tous les poisons qu'on voudra ; il se guérira par son antidote. Une ordonnance du bailliage du palais, prescrit qu'incessamment « Descorabes fera expérience de son antidote en

4G8 CHARLATÂiNlSME.

la présence du procureur du roi, du doyen, et de trois autres docteurs » (XI, 556).

1643. Poudre sympathique de François Yalory (XllI, 209).

1648. Orviétan (XllI, 359).

1695. Requête de la Faculté contre les prêtres, religieux et monies, qui font de la médecine, vont dans les maisons pour traiter hommes, femmes, enfants (XVU, 242).

1698. Joseph Garrus, avec son fameux élixir (XVll, 242), etc.

Cadet de Gassicourt a émis l'idée qu'à l'exemple de ce qui avait été fait pour les moines, on pourrait disposer les charlatans suivant la méthode Linnéenne, par groupes, par familles, par espèces. Le projet -nous a paru ingénieux, et, à titre d'essai, nous proposons la classification suivante:

Circulatores. Insectes très-venimeux, de l'ordre des suceurs, le dard du suçoir étant renfermé dans une gaîne appelée trompe [Rhynchus). Ils sont trèscommuns partout ; on les trouve dans tous les pays, sous toutes les latitudes. Leur origine est fort ancienne, et il y a lieu de croire qu'on en découvrira un jour à l'élat fossile. Leurs caractères extérieurs sont très-variés. Les uns ont les élvtres brillantes, veloutées, parfois marquées de points d'or; le corselet droit, bien pris, le jabot festonné; les autres portent des élytres grossièrement iaçonnées, mates, non entières, traversées çà et là par des déchirures. Tous ont des ailes membraneuses pour voler. Ces animaux, dont les intestins ont une capacité énorme, qui ont l'artère dorsale, ou cœur, fort petit, ou môme nul, s'attaquent exclusivement à l'homme; leurs piqûres sont toujours malfaisantes, quelquefois mortelles. Souvent la femelle ne se distingue pas du mâle, dont elle a les allures

et les instincts.

Les Circulatores ont la trompe tantôt très-visible, tantôt cachée ou peu apparente. De là leur division en Phanerorhijnchi et en Cryptorhynchi. Les espèces renfermées dans ces deux groupes sont fort nombreuses. Nous étudierons les

principales.

Premier groupe. Circulatores Phanerorhynchi, ou Ambulatores; en français : Saltimbanques.

1 C Nundinarum, ou Plebejus. Le charlatan des foires. C'est une des espèces les plus communes. Elle hante les champs de foire. Le C. Nundinarum aime le clinquant et les couleurs voyantes. La femelle aide le mâle dans son petit commerce. 11 est vêtu habituellement d'une houppelande parsemée de paillettes d'or et d'argent. Quelquefois il orne son chef d'un casque à long plumet (variété C. Manginus), ou paraît sur la place publique en costume de chevalier du moyen âge, tout bardé de fer comme dans les opéras (C. Equestris). Il trône sur un char attelé de deux chevaux, et a pour comparse un pauvre diable qui joue de l'orgue et bat la grosse caisse. 11 arrache les dents... sans douleur (C. Avulsor), vend des élixirs merveilleux, des pommades à faire pousser les cheveux, et appelle souvent imbéciles les badauds qui l'entourent et qui lui jettent à foison leurs gros sous. C'est le charlatan du peuple, de la vile multitude. 11 a la poitrine large, le teint coloré, la voix forte et éraiUée, le ton assuré, le regard hardi, les allures décidées. Il se plaît j.arfois à répandre sur son berceau lepres- 'ti"e du mystère et de la poésie (C Mijsticus); ainsi, û raconte quil a reçu e jour dans une grotte, dans le Liban, ou dans l'une des pyramides, ou au bord du Jourdain etc. Un jour, raconte le docteur Yerdo, j'écoutais, comme tant d autres, sur la place publique d'une ville du Midi, un personnage vêtu d'un magnihque habit cic Mameluk et qui vendail, du haut de sa voiture, un remède a une popu-

lace empressée et ébahie. Je le reconnus bientôt pour »m ancien condisciple f|ui avait écrit une fort bonne thèse et était passé docteur. La recette terminée, je suivis le Mameluk à l'hôtel oiî il était logé, et, après avoir renouvelé connaissance, je lui exprimai ma surprise de le voir en pareil costume et pour une pareille besogne. « Ma foi, me répondit-il, je ne demandais pas mieux que de faire vertueusement de la médecine; mais si je m'étais entêté, j'aurais fini avant longtemps par mourir de faim. Heureusement, j'ai reconnu aussitôt que les hommes voulaient être trompés... Aujourd'hui, je suis roi! Oui, je suis roi absolu d'un des royaumes les plus vastes et les plus florissants de la terre, le royaume de la sottise et de la crédulité! Là, mes ordonnances ne sont jamais discutées, j'ai droit dévie et de mort sur mes sujets; ils me payent l'impôt sans murmurer, et s'il me prenait fantaisie d'abdiquer, ils viendraient tous à genoux me prier de reprendre ma couronne... Croyez-vous que le roi des Français puisse en dire autant?... »

2. C. Dislocans. Vulgairement appelé Rebouteur, ou Rliabilleur, ou encore Pocheur. Espèce extraordinairement répandue dans les cinq parties du monde. C'est, généralement, un paysan mal vêtu, portant la blouse effilochée, la cravate en tortillon et le classique bonnet de coton. Il reboute (remet bout à bout) les os cassés, remboîte les luxations, guérit instantanément les entorses, raccroche l'estomac et tous les viscères qui ont le malheur de se déplacer, poche les côtes enfoncées; et pour tout cela, il a des procédés particuliers qui se transmettent de père en fils. Le C. Dislocans fourmille surtout dans les campagnes ; sa clieiilèle s'y recrute parmi les cultivateurs, lesquels rémunèrent l'homme providentiel, qui avec un mouton, un veau, une paire de poules, qui avec de la toile, du chanvre, une pipe de cidre, des potées de vin. Mais on le trouve aussi dans les grandes villes, qui lui fournissent alors des imbéciles de la high life. Une variété curieuse (C. Paronchii) est celle d'un marchand de vins qui a la spécialité des panaris, et qui gagne beaucoup plus à ce métier-là qu'à vendre son vin.

Nota. Les Renoiieurs et les Rhabilleurs ont été officiellement admis parmi les commensaux de la couronne, ce qui les mettait sur le même rang que les Ambroise Paré, les Guillemeau, les Portai, et les faisait jouir de tous les bénéfices, de tous les avantages attachés au Committimus [voy. notre article les Renoueurs et les Rhabilleurs à la cour de France, Union médicale, 1863, n" 25). Un jour, c'était en l'année 1635, un médecin fort honnête et fort habile, Philippe de Fiesselles, leur joua un bien bon tour. Laissons-le parler :

« 11 y a quelques années, un gentilhomme de Normandie tomba de son cheval et se fit une grande contusion vers les chevilles du pied, sans toutefois qu'il y eirt ny fracture ny dislocation. Je pansay ce gentilhomme avec tout le soing qu'il me fut possible, et ne pus si bien faire que la douleur ne le travaillât un mois durant. Quelques-uns de ses voisins voyant la longueur du mal, lui mettent en fantaisie qu'il allât voir un renoueur qui était au pays, et que l'os devait être rompu ou démis. Je fus adverti du tout par le gentilhomme même; et après l'avoir assuré sur mon honneur, qu'il n'y avait point de mal à l'os, je fus d'advis qu'on fît venir ce renoueur ; et pour faire connoistre sa suffisance, je prends l'autre jambe du gentilhomme, je la bande, et mets un grand emplastre sur la cheville, luy disant qu'il feignît d'avoir son mal là. Mon homme arrive, débande la jambe, oste l'emplastre, et commence à secouer la teste, disant qu'il y avait deux petits os qui estoient hors de leur place. Le gentilhomme le prie d'y viser bien près, d'autant que Martel l'avait assuré qu'il n'y avait rien de démis ny de rompu. Il répliqua

470 CIIAULATANISME.

que si. Enfin, l'impatience prend ce gentilhomme, et commence à dire à l'autre qu'il estoit un affronteur, et le fit chasser. »

3.' C. Calculus et Enterocelus. Il y avait enFrance, vers la fin du quatorzième siècle, des chirurgiens ruraux ou ambulants, ne possédant aucun grade universitaire, et s'adonnant exclusivement à la cure des hernies et des calculs vésicaux, spécialité qui s'est continuée presque jusqu'à nous, qui a enfanté le frère Jacques de Beaulieu, de l'ordre de Saint-François, le leuillantiste frère Côme, le fameux Blégny, et cet autre chirurgien de rompture qui ne nourrissait son chien que de testicules enlevés durant l'opération de la hernie : le chien se tenait sous le lit ou sous la table, près de son maître, attendant le friand morceau qui lui était lâché, « à l'insçu des assistants, qui auraient juré qu'il avait toutes ses parties. » (Dionis.) Les plus curieux, peut-être, de ces « chirurgiens de rompture et de taille, » furent Jehan Merlin et Jehan Lelièvre, qui parcouraient la France en 1381, « pour leur pain gaigner de leurs sciences et métiers, » c'est-à-dire que le bâton à la main, le sac sur le dos, le rasoir en bandoulière, ils cheminaient par monts et par vaux, offrant leur ministère à tous les malheureux atteints de hernies ou qui avaient un caillou dans la vessie. Le prieur de Cubières fut célèbre, en 1680, avec son emplâtre hernivore, composé de mastic, de laudanum, de poix noire (Dionis, p. 314).

Deuxième groupe. Circulatores Cryptorhynchi. Vulgairement : Charlatans en chambre, Charlatans du cabinet. Nous empruntons au docteur Verdo les caractères génériques de ce groupe ;

« Le charlatan du cabinet est une pâle imitation du charlatan de la place publique. C'est le charlatan de l'aristocratie, du bourgeois, enfin du client hupé qui ne veut pas se commettre en public. Cet honnête industriel est pénétré de son importance : il a le ton tranchant, le langage sentencieux; il parle avec assurance, et il s'écoute parler comme quelqu'un qui a la conscience de la valeur de ses paroles. 11 est logé avec luxe, mais c'est un luxe de mauvais goût; il étale beaucoup de bijoux. Pour attirer la foule des badauds et des dupes, il a sa musique comme celle des carrefours ; sa clarinette et son tambour, à lui, c'est la réclame. Sur cet instrument compliqué, il joue les airs les plus retentissants, les fanfares les plus triomphantes. Sa fantaisie s'abandonne aux roulades les plus hardies, aux trilles les plus capricieux ; tout ce qu'il est possible d'imaginer de plus étonnant et de plus imprévu, se trouve réalisé par la gamme pompeuse de la réclame; c'est un clavier sans fin. Il est le plus souvent spécialiste, c'est-à-dire qu'il se livre, d'une manière spéciale, au traitement, soit d'un appnreil tel que l'œil, l'oreille, les dents, soit d'une maladie comme la goutte, le cancer, la gravelle ou la syphilis. »

C'est le groupe le plus fortement chargé d'espèces. Nou? ne pouvons qu'indiquer les principales :

1. C. Simplicium. Le charlatan des simples ou des herbes. Le plus célèbre en ce genre fut le « médecin de Ghaudrais, » paysan des environs de Mantes, cité par Dionis (p. 781). Sa réputation vola à Piiris; on accourut en foule à Ghaudrais, où on fiit obligé de bâtir des maisons pour loger les consultants. Ce torrent dura plus de trois ans.

2. C. Depurator. Pour celui-ci, plus de maladies incurables. Toute infirmité, quelle qu'elle soit, cède à son spécifique végétal, dépuratif, qui ne dépure rien, absolument rien, si ce n'est, cependant, des dupes au profit des escrocs. Une variété intéressante est le C. Clihniciis, qui ne voit dans toutes les maladies

que des produits purement chimiques. La machine humaine en souffrance n'est pour lui qu'un vaste laboratoire avec ses fermentations; ses effervescences et ses combinaisons pathologiques, alcalines ou acides, susceptibles d'être neutralisées par son divin réactif, poudre de niais vendue au poids de l'or. Le G. Chimicus gîte dans les alambics, les cornues, les matras, et vit de sels, de décoctions, d'alcalis, de graisses pour les teignes et les dartres, baumes pour les plaies, les ulcères, huiles pour les rhumatismes, emplâtres pour les loupes, les hernies, poignées d'herbes pour les fièvres, colliers pour les convulsions, bouse de vache pour les seins enflammés, etc.

5. C. Pilularius. Cette espèce est trop connue pour qu'il soit nécessaire de la décrire.

4. C. Clavus. Le charlatan pour les cors. « J'ai vu, écrit Dionis, un homme, à Paris, qui se promenait toute la journée dans les rues, disant sans cesse : Je tire les cors aux pieds sans mal ni douleur. Je ne sais point s'il exécutait sa promesse; mais s'il le faisait, on le payait fort mal, car il était bien mal vêtu et paraissait fort gueux. S'il avait eu le talent d'ôter les cors sans douleur, comme il disait, il aurait dû aller en carrosse. » (Dionis, p. 786.)

5. C. Capillaris. Celui-là fait pousser les cheveux. J'ai là, sous les yeux, le prospectus, écrit à la main et signé (1777), du chevalier Bignon, « chirurgien français, arrivant de Rome. » Il apporte de cette ville une merveilleuse recette : c'est une pommade qui a la vertu de faire venir les cheveux, croître et épaissir, de même que les sourcils. Sa bonté en est spécifiée par l'abondance extraordinaire de ceux de l'auteur... En l'employant, les cheveux croissent dans l'espace de deux mois aux jeunes gens et dans l'espace de trois mois aux personnes avancées en âge... Le chevalier Bignon demeure à l'hôtel du Languedoc, rue de Grenelle-Saint- Honoré, vis-à-vis l'hôtel de l'Empereur.

6. C. Gonorrhœus. Espèce qui s'étale au grand jour, sur les murs, à la quatrième page des journaux, qu'elle salit de sa bave. Elle vit de virus, de leucorrhée et de blénorrhée, et grignotte les chancres. Elle excrète des dragées de Keyser, le remède anti-syphilitique de Carré, l'eau anti-vénérienne de St-Romain, les gâteaux toniques mercuriels, l'eau de salubrité, l'eau de Quertan, l'eau végétale de Bidlan, l'eau admirable et universelle de Duclos, la poudre végéto-mercuriel le de Baissaignet, le Bob de Lafont, le Bob de Boyveau, l'avis patriotique d'Andrieu, celui du chevalier de Godernaux sur la maladie anti-sociale, etc., etc.

7. C. HijdrophobicHS. Dans tous les temps, il s'est trouvé des gens ayant un remède infaillible contre la rage. Le type le mieux réussi est Jean Pelletier, tailleur d'habits, à Thouars, dont nous possédons, en original, tout le dossier manuscrit : 1» Un prospectus oii Pelletier vante son spécifique, dans lequel il n'entre ni minéral, ni substance métallique. Il l'a reçu de ses père et mère, par droit d'hérédité; « son remède agit indistinctement sur les hommes et les animaux de différentes espèces, principalement sur les domestiques. » Son secret est le seul bien qu'il possède ; son épouse et ses enfants ont été alarmés de la publicité qu'il projetait. Aussi... a-t-il gardé son secret pour lui. Il l'offre, cependimt, à S;i Majesté, « dans la vue de proportioimer la récompense à l'utilité de ce remède pour le bien général de l'humanité » ; 2<*un certificat, signé Quélin, curé deSt-Médard à Thouars, déclarant que Pelletier satisfait tous les ans au devoir de la communion paschale, etc. ; 3" un passe-port délivré par Redon de Beaupreau, procureur du roi à Thouars; 4" une lettre autographe de Pelletier au Sénéchal de Thouars, « luide mandant d'user de son remède au vis-à-vis deceuxetmrsmedes bestiaux qui auront

cté morfliis de chiens ou autres animaux enragés » ; 5» un certiOcat d'un sieur Cliaclierau-Dumoulin, attestant que Pelletier « a guéri par des breuvages, une vache qui avait été mordue d'un chien gasté « ; 6° un autre certificat de Redon, maire, dont les deux vaches avaient été pareillement guéries.

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