‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.15Chapitre 63 sur 98 · C. Uroscopus. Le jugeur par les urines · texte numérisé non relu

C. Uroscopus. Le jugeur par les urines

Nouveau Nostradamus, dont le nez gravement Flaire dans chaque urine un morbide ferment.

Il se vante de connaître à l'aspect d'une fiole d'urine, si on le consulte pour un homme ou une femme, un enfant ou un vieillard. Comme dans un miroir fidèle il y voit la constitution, le tempérament de chacun; celui-ci était colère, celui-là triste et mélancolique. Le plus habile y découvre la chambre du malade, son lit, la couleur des rideaux. Un jour une dame députe sa camériste chez un uroscope avec une bouteille de son urine ; la pauvre fille perd en route la précieuse liqueur, mais répare ingénieusement ce malheur en la remplaçant par de l'urinede vache. 0 prodige ! L'Esculape s'écrie aussitôt : Dites à votre dame quelle mange beaucoup trop d'herbes ...!

9. C. Cancrophilus. Ennemi du bistouri, cette espèce guérit sans opération. Une très-jolie variété, c'est le C. Panorum, le charlatan des loupes, ou le C. Euplito(jisticus.

10. C. Repens. Espèce fort dangereuse. Les crochets des carpes sont cachés sous une hoiipe soyeuse, mais n'en sont pas moins très-venimeux. On pourrait l'appeler le C. Felis, tant est grande son astuce. Elle a le dos singulièrement souple et subit une foule de transformations ou mues.

11. C. Medicamentariorum. Se trouve plus communément dans les grandes villes que partout ailleurs. Elle vit en très-bonne intelligence, en compérage parfait avec l'apothicaire du coin. L'un débite sa marchandise, l'autre la prescrit, suivant une combinaison financière de haut goût.

12. C. Durus. Manières rudes et emportées. Ne vous y trompez pas. N'allez pas prendre pour du génie ce qui n'est qu'insuffisance et faiblesse.

13. C. Festinus. Le médecin pressé. 11 court, en effet, sans cesse, tantôt avec des souliers vernis, tantôt avec des bottes éculées. On le rencontre à toutu heure dans les rues de son quartier ; il va et vient, donne de grands coups de chapeau, sourit gracieusement à tout le monde, mais ne parle à personne. 11 o?t si pressé ! Généralement, avec de la patience, cela réussit. Alors

Maître Festinus prend une voiture Pour mener plus vite à la sépulture.

N'importe ! on dit de lui :

Voyez combien d'argent il gagme.

Il n'a pas un moment à lui ; C'est la Pologne, c'est l'Espagne; Il voit le Nord et le Midi.

14. C. Janitorum. L'ami et la providence des portiers et surtout des portières. II ne rencontre jamais ces chevaliers du cordon sans leur tirer son chapeau, et les visite souvent dans leur loge. Il cause flimilièrement avec eux, tape sur le ventre de Pipelet, puise dans la tabatière d'Anastasie, fournit à tous deux ses consultations gratis, et les charge, en revanche, de distribuer sa carte dans la maison.

15. C. Scriptor. Celui-là fonde sa réputation sur la publication de mauvais livios. Le nombre de ces productions malsaines est incalculable; entassées les unes

sur les autres, elles formeraient une montagne. L'auteur, ingénieux et malin les illustre de dessins pris sur le nu le plus brutal. Exemples : Uart (Venqraisser les dames, -par Collet de Veanmorel ; conseils aux hommes affaiblis; avis au peuple sur la maladie anti-sociale ; le médecin de Vénus ; la véritable médecine sans médecin, etc., etc. Ces abominables choses enrichissent leurs auteurs, font les affaires des libraires, tandis que trop souvent les bons ouvrages, ceux qui ne sont nés qu'à force de travail, de veilles, et de recherches, sont voués au pilon.

L'ignorant qui se vante est toujours préléré Au savant trop modeste et qui vit ignoré.

16. C. Capucinus. Cette espèce pullule, et sa fécondité n'est comparable qu'à celle des punaises. Elle est d'autant plus dangereuse qu'elle prend le masque de la religion pour faire des dupes ; car le peuple croit qu'un esculape en soutane ne peut ni se tromper ni tromper personne. Les maladies de l'âme ne sont-elles pas plus difficiles à guérir que celles du corps ? Qui peut le pins peut le moins. Ce lurent deux frères ermites Pierre et Lancelot, qui tentèrent la guérison du mallieureux Charles VL Deux capucins, cités par Dionis (p. 786), apportèrent des pays étrangers des secrets inconnus aux autres hommes. Le roi les fit loger au Louvre, et leur donna 1,500 livres par an ; tout Paris alla les voir. L'abbé Aignan s'est rendu célèbre par son remède contre la petite vérole. Frère Ange, capucin, avec son sirop mésentérique, mit pendant un temps toute la cour à ses pieds. L'abbé de Belzi, appelé auprès de la Dauphine, la purgea vingt-deux fois en deux mois ; il est vrai quelle mourut. Le cordelier, père Guiton, n'eut pas moins de succès, ainsi que le père Léon, augustin déchaussé, avec son antidote contre la peste. L'abbé d'Aubry, professeur es sciences divines et humaines, vendit par milliers son placard : La merveille.du monde, ou la médecine universelle et véritable, nouvellement ressuscitée, qui donne la force et vigueur aux vieillards, telles qu'ils avaient à l'âge de trente ans. Le placard, que nous avons là sous les yeux, est un chefd'œuvre ; il est dédié au cardinal Mazarin, et se trouve « à Paris, chez l'auteur, à la porte cochère contre la barrière du Chasse-Midi. » Honte à

Ces faux dévots, dont la béate main Ose, indigne mélange! (est-il plus grave injure Que puisse faire au ciel un serviteur parjure!) Confondre l'huile sainte et l'huile de ricin !

17. C. Lucina. Type accompli: Le docteur Sacombe, homme de talent, versificateur distingué, mais noyé dans la fange du charlatanisme, fondateur de l'école anti-césarienue. Il distribuait partout de grandes affiches, en tête desquelles nous lisons : A Lucine. Casta fave Lucina ; tuus jam régnât Apollo.

Élève d'Apollon, dieu de la Médecine,

Sois propice à mes vœux, belle et chaste Lucine,

18. C. Homœopathicus. Cette espèce, d'origine moderne, née un jour d'hallucination dans le cerveau asymétrique d'un Teuton, suce particulièrement le sau"des incurables imaginaires qui traînent leur bilieuse hypochondrie d'empiriques en empiriques. Pour arriver à ses fins et attirer ses victimes dans ses filets, voici comment elle procède : Elle prend un grain d'une substance et la délaye dans 100 gouttes d'nn liquide ; elle saisit une goutte de ce nouveau mélange et la délaye dans 100 gouttes d'un nouveau liquide; elle continue ainsi jusqu'à ce qu'elle ait fait trentefois cette opération. Cela semble peu de chose, a dit un jour M. Du-

mas an Sénat {Moniteur du 2 jnillet 1865). Cependant, sinons posions un compas au centre du soleil, l'autre pointe étant placée dans la région de la planète Neptune, et si nous décrivions une circonférence, le vase qu'on obtiendrait ainsi serait à peu près de la capacité voulue pour contenir la quantité de liquide nécessaire à cette petite opération.

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