C.Nobilis
De charlatans il est une nombreuse espèce Qui trompe, mais avec des dehors de noblesse; Elle se fait comtesse et marquise parfois ; Vous la voyez cueillir dans les prés, dans les bois, Des simples qu'employait une vieille grand'mère, Pour soulager les maux de l'humaine misère. C'est à son lit de mort, assise à son chevet, Qu'elle lui confia son merveilleux secret.
(D' TlLLÉ.)
20. C. Mesmericus. Cette espèce tend de plus en plus à s'éteindre. On ne voit plus guère de charlatans ou des fous traîner après eux des somnambules lucides. Un immense éclat de rire saluerait cette exhibition. Mais Dieu sait les dupes que le C. Mesmericus a faites, les cerveaux qu'il a fêlés, les désordres qu'il a amenés, elles monceaux de papier qu'il a noircis.
21. C. Hydrophilus. C'est à vous, séduisantes nymphes des eaux, que l'Hydrophilus adresse ses plus tendres œillades ; vous qu'il entoure de soins, d'attentions et de cajoleries. 11 vous gâte de toutes manières, pourvoit et au delà, à vos atours, vous fait belles et charmantes. C'est un tendre adorateur constamment aux pieds de sa maîtresse, à laquelle comme tous les amoureux, il prête les vertus les plus extraordinaires, les mérites les plus étonnants. Ces qualités, il les proclame sur tous les tons, tantôt avec le lyrisme pindaresque, tantôt avec la tendresse de l'élégie. Rien que d'un doux regard, d'une goutte de rosée tombée de ses lèvres vermeilles, cette aimable amie guérit aisément tontes les maladies, toutes les infirmités humaines : la chlorose, la migraine, les névralgies, la cardialgie, la constipation, la goutte, le rhumatisme, les hémorrhoïdes, les scrofules, l'amaurose, l'asthme, l'ovarite, la métrite, les engorgements, e tutti quanti. Ah ! Vhydrophilus n'est pas un Othello ! Loin de cacher sa belle, de la soustraire à tous les regards, de la couvrir sous son aile, il l'expose au grand jour, la pare de son mieux, écrit pour elle des livres bleus, rose tendre, dans lesquels il ne craint pas d'exposer à la convoitise tant de trésors.
C'est égal...! Le signataire de cet article reste convaincu qu'après tout, la plus grande malice pour un médecin, c'est de rester honnête, et d'assister, calme et sans colère, à des succès éphémères et de mauvais aloi. que l'avenir se charge de clouer au pilori, vers lequel viennent échouer, tôt on tard, les charlatans.
On parle depuis longtemps des abus qui frappent la professiori médicale; de tout temps les médecins ont réclamé une réforme générale de leur profession, et il ne manque sur ce point ni de discours remarquables, ni de salutaires propositions, ni même de lois, règlements ou ordonnances. Et, cependant, le mal periste, si même il ne s'aggrave; l'ulcère continue à ronger la société. Serait-ce donc lue la droiture, l'honnêteté professionnelle fussent désarmées contre la fourberie, le mensonge, et le vice? 11 y a deux sortes de charlatanisme : celui qui a pour complice le médecin diplômé, assez avili pour traîner dans la boue le drapeau de la confrérie ; et celui que poursuivent sans relâche des individus dépourvus du
titre (i\ig& par la loi. Eh, bien, la plupart du temps, l'un et l'autre, ayant pour fauteurs des gens inacessibles à des sentiments d'honneur, écliappent à toute espèce de pénalité.
L'habile directeur de ce dictionnaire, M. Dechambre a exprimé ses idées touchant la publicité médicale extra-scienlifique, et le charlatanisme médical, et il est arrivé à cette conclusion que « le charlatanisme, par sa nature fugace et indécise, ne pourra jamais être nettement circonscrit et séparé de l'honnêteté, le bien et le mal se fondant par des nuances insensibles. « Les délicatesses de conscience, les choses de sentiment et de mœurs, ajoute le distingué écrivain, ne sont pas du domaine de la loi... Aucune disposition législative, aucun règlement d'administration, ne peuvent protéger la profession et la société contre la dégradation des diplômes... Jusqu'à quel point, au sein d'une société telle que la nôtre, libre, active, inventive, tournée au bien-être, menant la vie à grandes guides, surexcitée par une concurrence ardente, forcée par là de quitter le train coutumier pourcounr après l'idée, dans toutes les carrières, dans les plus humbles comme dans les plus relevées ; — au sein d'une société qui se distingue précisément par la grande latitude laissée à l'activité sociale de l'individu, qui a conquis en partie et poursuit encore de nos jours l'affranchissement des professions, qui fait des lois tout exprès pour garantir la propriété et la découverte dans ce qu'elle a, de plus insaisissable, dans l'air d'une chanson ou la forme d'un clmpeau, et pour en assurer la libre exploitation; — jusqu'à quel point, disons-nous, dans une telle société, . peut-on apporter des entraves au développement du charlatanisme? » Hàtons-nous d'ajouter que M. Dechambre fait une réserve expresse à l'égard des faits de charlatanisme qui tombent sous le coup de la loi et constituent un délit, et qu'il indique lui-même quelques-uns de ceux qui pourraient rentier dans cette catégorie. S'il ne croit pas possible la répression légale du charlatanisme qui n'est que cela et qui ne dépasse pas le sens étymologique du mot, il l'appelle contre la fraude et Vescroqiterie. C'est par là en effet que certains charlatans ont pu être frappés par des arrêts de la Cour de cassation qu'a cités M. Tardieu dans un mémoire publié en 1856 ; et le premier de ces arrêts constate expressément que les manœuvres auxquelles s'était livré l'inculpé sortaient du domaine du charlatanisme et présentaient tous les caractères de l'escroquerie.
Pour nous, nous croyons fermement qu'avec la loi du 19 ventôse an XI, telle insuffisante, telle vague qu'elle soit dans ses articles relatifs à la pénalité, la magistrature peut sévir d'une manière efficace contre ce qu'on pourrait appeler le charlatanisme diplômé, et que la sagesse des juges peut y trouver le droit et les moyens d'élever le châtiment en proportion de 1m gravité des délits. Le malheur de l'article 35 de cette loi du 19 ventôse, c'est qu'il ne fixe ni le minimum ni le maximum de l'amende, qu'il ne détermine pas sa qualité, et que, par conséquent, il est susceptible de donner dans l'application les résultats les plus bizarres... Il y a, néanmoins, dans le mémoire de M. Tardieu, des faits qui montrent que des promesses et des annonces mensongères, des faux noms, des faux certificats, des consultations stéréotypées, des associations de médecins et de pharmaciens, des ordonnances mystérieuses, des formules de convention, des traitements à prix fixe et par le roulage des affections incurables, ont été assimilés aux manœuvres frauduleuses qui caractérisent le délit d'escroquerie, et que la jurisprudence a suppléé au silence de la loi, en appliquant la qualification et la pénalité d'un délit de droit commun à des faits contre lesquels les lois spéciales de la médecine et de la pharmacie sont si manifestement insuffisantes. Il y a, surtout, un docteur Rey de
Jougla. dont les traitements par la médecine chimique \m ont valu treize mois de prison et 3,000 francs d'amende.
Si donc, toute base légale fait défaut, si l'exercice de la médecine reste sous l'empire de lois incomplètes, dont ne s'inquiètent guère ces forbans de la profession, il n'en est pas moins vrai que des juges éclairés et sages peuvent frapper les malhonnêtes gens diplômés, qui font un indigne trafic de la santé publique. Pourquoi l'Académie de médecine se drape-t-elle dans son manteau de société purement scientifique? Pourquoi ne s'attribuerait-elle pas une espèce de droit d'enquête, et n'éclairerait-elle pas, à l'occasion, le pouvoir judiciaire? C'est ce que se demandait Royer-Collard lorsqu'il s'écriait indigné :
« Lorsque le corps médical est rongé par cette vermine du charlatanisme, lorsque l'effronterie des marchands d'orviétan se pavane sur tous les murs, dans les journaux politiques et littéraires, et même, nous avons honte de le dire, dans maint journal de médecine! C'est lorsque cette insuffisance des moyens coercitils est démontrée à toute heure et en tous lieux, qu'on vient arrêter l'Académie par la barrière du règlement ! L'Académie, dites-vous, est une société purement scientifique? Mais depuis quand une société scientifique doit-elle laisser traîner sou nom dans la fange et l'imposture, doit-elle se résigner à favoriser les abus qu'elle est chargée de détruire? Doit-elle, en un mot, servir de couvert à ces annonces dégoûtantes adressées, avec contre-façon, à la crédulité publique? A qui persuadera-t-on que l'Académie doive embrasser ce puritanisme scientifique et se laisser insulter chaque jour parce que le règlement ne l'autorise pas à se détendre? De grâce ! un peu moins de respect pour le règlement et un peu plus pour l'humanité dont la confiance est exploitée au grand jour d'une manière si scandaleuse. » (Piogey, du Charlatanisme médical, p. 27).
Ah! on en est à regretter l'ancienne Faculté de médecine de Paris, qui n'était pas seulement un corps enseignant, mais qui formait une grande famille médicale, dont tous les membres étaient tenus d'obéir à ses lois et à ses règlements, et qui, comme une bonnemère, guidait la couvée encore trop jeune et accessibleaux mauvaises passions, et l'arrêtait, d'abord par d'affectueux conseils, puis, s'il le fallait, par des peines disciplinaires fort graves, dans la voie dangereuse oti elle pouvait se glisser. 11 vaut mieux prévenir que punir. Tout ce qui contribue à empêcher l'accomplissement d'un délit, a une efficacité supérieure aux pénalités les plus sévères. 11 faut donc, comme le dit si bien M. Piogey, se préoccuper vivement, de former des hommes capables de comprendre la hauteur et l'importance de leur mission, en joignant l'éducation professionnelle à l'instruction, et supprimer les officiers de santé... <f L'impuissance des corporations médicales, qui n'ont pas le droit de prendre l'initiative pour dénoncer un délit, le défaut d'association et de solidarité entre les membres de la corporation, l'abandon des étudiants pendant les cinq ou six années de cours, l'absence complète d'éducation morale, et l'ignorance des devoirs que les médecins ont à remplir envers la société et envers leurs confrères, sont les sources principales du charlatanisme. Au début de leurs études, les élèves ont les meilleures intentions ; mais sans guide, sans soutien dans leurs aspirations vers ce bien, beaucoup cèdent à l'entraînement de leurs passions ou du mauvais exemple, et dépensent leur temps, leur patrimoine et leur moralité ; forcés de prendre une profession, ils sont guérisseurs par nécessité et non médecins par vocation. Parmi eux se recrutent la majorité des officiers de santé et les docteurs qui ne pouvant s'appuyer sur aucun travail sérieux, forment la pépinière des associations apparentes ou clandestines. » « Veut-on, écrit à son tour
Trébuchet, avoir des hommes consciencieux et moraux? Qu'on ciée alors des cours de morale dans nos écoles, qu'on apprenne aux étudiants les devoirs de leur profession, les rapports qui existent entre eux et la société, les obligations que leur imposera leur titre, et comment, enfui, ils devrout comprendre l'exercice de rélat qu'ils embrassent... Encouragez ces liens de confraternité que les médecins peuvent former entre eux ; faites qu'ils ne restent pas isolés les uns des autres, qu'ils s'unissent par des rapports intimes. Sous ce point de vue, le projet d'association des médecins de Paris nous paraissait une bonne et excellente chose, et nous voyons avec peine qu'on y a à peu près renoncé... »
Les vœux que Trébuchet exprimait en 1834, ont été plus qu'exaucés, puisque la fondation de l'Association des médecins de la Seine a été bientôt suivie de celle de l'Association générale des médecins de France. Espérons que les bons résultats qu'on en a déjà obtenus contribueront à déblayer la voie sordide du charlatanisme. A. Chereau.
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