CHAUVES-SOURIS
Bibliographie. — Balduinus (B.). Calceus antiqims et mijsticus. Paris, 1015 etLi)"d Batav 17H.in-12, flg-.. — NiGiioNi (J.). De Caliga veterum (avec le précédent) Lu'^d Balav 171"' in-12. — Bv.vjEus (A.). De calceis Hebrœovum. Lib. II. Dordraci, 1082, in-12r— CAHpÉn (P ? Dissertât, sur la meilleure forme des souliers, sans lieu ni date (1781?), "in-8°. — Sakosiu Coup (l'œil sur les imperfections de la chaussure et les incommodités, etc. Paris 1811 in 8° — Jodrdan. Art. Chaussure in Dict. des se. méd., t. V, ISIT). — Broca (P.). Des difformités des orteils produites par l'action des chaussures. In Bull, de la Soc. anat t XXVII p 00 • 1852 et Bull, de la Soc. de chir., 1" série, t. III, p. 289; 1852-53. — mÉïer (G -\\] Die nchtige Gestalt der Schuhe. Eine Abhandluny aus der angewandten Anatomie, etc Zurich 1858,in-8°, fig-., traduct. angl. par J. S. Craig sous le titre : Whij Shoe Pinches '■> A Contribu-
1"^ ''Lf'^"''';' ^^^^' '"'^°- ~ "°'"' (•'•>• ^^^ ^""^ '^"^' '■'« Covering, comprising, etc Lond., 1861. — Leques. Note sur quelques lésions produites 2}ar la chaussure chez le fantassin, etc. In Dec. de mém. de méd. milit., 3° sér., t. VIII, p. 175; 1852. — Gcniher (G -B ) Veber den Bau des menschlichen Fusses und dessen zweckmassigste Bekleidung. Leipzig 1863, in-8j fig. — Phœbus. Zur Fuss-CuUur bei Soldaten. In Berliner Klin. Woclienschrift, 180b, n° Jl. — Fonssaghives. Chaussure et hygiène. In Gaz. hebd., 1870, p. 81. — CiumponiuoN. Z)e la chaussure des troupes, in Dec. de mém. de méd. viilit., 3» sér. t XXVI p. 449; 1871. — Toubainne. Chaussure du fantassin, jbid., t. XXVIII, p. 66; 1872. E. Bgd. '
CHAlJVESi-SOlJRls. Les Chauves-Souris (Vespertilio) , constituent un genre de Cliéiroptères qui sert de type principal aux Vespertilionidés, l'une des quatre grandes familles qui constiWent cet ordre de mammifères {voy. ce mot). Ce sont des animaux insectivores, pourvus d'oreillons, ayant les narines sans expansions foliacées, et qui, dans nos pays, jouissent de la propriété de s'engourdir en hiver, alors que le froid a fait disparaître les insectes qui constituent leur nourriture. Il existe des animaux de ce groupe sur presque tous les points du globe, l'Amérique en nourrissant aussi bien que l'ancien continent et l'Australie.
Il y a des chauves-souris de plusieurs sortes en Europe, et elles sont, outre trois espèces de Rhinolophe et un Molosse type du genre Dinops, les seuls représentants de l'ordre des Chéiroptères dans cette partie du monde. C'est à Daubenton que l'on doit d'avoir le premier distingué d'une manière précise quelques-unes de leurs espèces, et depuis lors elles ont été l'objet de travaux suivis de la part d'E. Geoffroy Saint-Hilaire, ainsi que de plusieurs naturalistes étrangers.
Les espèces exotiques de cliauves-souris ont aussi été étudiées avec soin, et différents auteurs, parmi lesquels nous citerons de préférence F. Guvier, Temminck et M. Gray s'en sont plus particidièrement occupés.
Aussi a-t-il été possible d'établir parmi ces animaux plusieurs coupes auxquelles on a même attribué une valeur générique. Les Saccoptéryx de la Guyane, caractérisées par une sorte de sac membraneux au pli du bras, les Noctiiioiis, aussi nommés becs-de-Iièvre, qui appartiennent également à l'Amérique interlropicale, et les chauves-souris ainsi que les Molosses de toutes sortes, partagés à leur tour en différents genres sous les noms d'Œllos, de Nytycées, d'Atalaphes, de Furies, d'Oreillards, de Barbastelles, de Minioptères, de Myotis, de Nyclinomes, de Molosses, de Dinops, etc., etc., constituent la grande division des Vespertilionidés.
Plusieurs des espèces de chauves-souris qui vivent en France sont faciles à distinguer les unes des autres, en tenant principalement compte de leur formule dentaire et de la forme de leur oreillon ; les plus communes sont la chauve-souris sérotine(F. serotina), la barbastelle (F. barbastellus), la nodule (F. noctula), la pipistrelle {V.pipistrellus),h discolore (F. discolor), l'oreillard {V . plecolus) , lemurin (F. murinus) et le raystucin (F. mystacinus). Ces espèces appartiennent à plusieurs des genres établis par les naturalistes modernes.
Les chauves-souris se nourrissent d'insectes. Elles se retirent pendant le jour dans les creux d'arbres, les ruines ou les combles des grands bâtiments ; on les
284 CHAUX (ciioue).
trouve aussi en nombre considérable dans les cavernes, et c'est là qu'elles passent leur sommeil bivcrnal. Ce seraient des animaux tout à fait inoffensifs, pour l'homme du moins, si leurs poils, qui sont finement barbelés, ne déterminnient une certaine urtication. P. Gerv.
CHAtIX. 8 I. Chimie. Protoxyde de calcium CaO. Cet oxyde est un composé incolore, amorphe, peu résistant à la pression, d'une densité égale à 2, 3, infusible au feu de forge. La chaux est très-avide d'humidité et d'acide carbonique, de sorte que, exposée à l'air, elle augmente de volume, se délite et devient effervescente ; cependant elle ne passe pas entièrement à l'état de carbonate, car elle forme une combinaison de carbonate et d'oxyde hydraté (CaO.CO^-l-CaO + aq) (Fuchs^. Si l'on verse un peu d'eau sur de la chaux, il y a un dégagement si considérable de chaleur que, moyennant certaines précautions, on pourrait déterminer rinflammation de la poudre et même de quelques substances végétales. Ce dégagement considérable de chaleur indique la formation d'une combinaison chimique entre la chaux et l'eau; en effet, lorsque ce liquide n'y est pas en grand excès, la chaux se divise (foisonne), augmente de volume, se combine à une molécule d'eau et constitue un véritable hydrate (CO -+- aq) . Par la calcination elle redevient anhydre. En cet état elle porte le nom de chaux vive; étant hydratée celui de chaux éteinte. Dans tous les cas, elle a une saveur caustique et alcaline et désorganise les substances végétales et animales assez promptement. Lorsqu'on y ajoute une quantité d'eau suffisante pour en faire une bouillie très-claire, on a ce que Ton appelle le lait de chaux; dès que celui-ci s'éclaircit, l'eau limpide qui recouvre le dépôt et qu'on peut séparer par décantation porte le nom à'eau de chaux.
La chaux est peu soluble dansl'eau froide et encore moins dans l'eau bouillante. Effectivement, si l'on porte à l'ébullition de l'eau de chaux limpide et saturée à froid, elle ne tardera pas à se troubler. A la température de 15', la chaux se dissout dans le rapport de ,-'7, ce qui équivaut à peu près à 18%3048 par litre {Dalton. Boutron. Boudet.). La présence des alcalis, potasse et soude, dimmue considérablement la solubilité de la chaux et peut arriver jusqu'à la rendre
nulle.
L'eau de chaux, bien que la quantité d'oxyde qu'elle renferme soit très-faible, ne possède pas moins une forte réaction alcaline et une saveur acre. Exposée à l'air elle se trouble car elle absorbe de l'acide carbonique atmosphérique et fait passer à l'état de carbonate l'oxyde de calcium qu'elle tient en dissolution. Le carbonate formé, étant insoluble, doit nécessairement se déposer et partant troubler Il limpidité du liquide. Concentrée dans le vide elle dépose des cristaux hexaèdres d'hydrate de chaux (CO + aq) (Reffiut et Chompré, Gay-Lussac). Mêlée avec de l'eau oxygénée elle dépose des lamelles cristallines de bioxyde de calcium (CaO^).
La chaux a une propriété que les chimistes mettent souvent à profit : c'est d'être assez soluble dans l'eau sucrée sans rien perdre de son alcalinité. Enfin la chaux se combine avec tous les acides, en donnant naissance aux sels dits à base
de chaux.
Le moyen le plus sûr d'obtenir delà chaux chimiquement pure c'est de calciner de l'azotate de chaux pur lui-même. Dans les laboratoires on se contente de calciner à la chaleur blanche des fragments de marbre statuaire.
La chaux qui est employée soit en agriculture, soit dans les constructions provient de la calcination des pierres calcaires naturelles dans de grands appareils qu'on nomme fours à chaux.
CHAUX (chimie), 585
Hypochloeite DE ciiAux. Chlorure de chttux . CaO.ClO + CaCI. D'après les . principes de la nomenclature chimique française ce sel devrait être composé d'acide \ hypocliloreux et d'oxyde de calcium ; mais il n'en est rien ; un sel ainsi composéi aurait fort peu de stabilité ; mais associé à du chlorure de calcium (et tel est le cas , de celui que nous considérons) il en acquiert assez pour se prêter aux applications qui le rendent si utile aux chimistes, autant qu'aux industriels.
L'hypochlorite de chaux que l'on prépare par l'action directe du chlore sur do la chaux hydratée, est blanc, amorphe, pulvérulent et possède l'odeur de l'acide hypochloreux. Il ramène au blsu le papier de tournesol rougi par un acide, puis il le décolore. En dissolution concentrée, celte substance se décompose par l'ûbullition, en chlorure de calcium, chlorate de chaux et oxygène; endissolution étendue il se décompose en chlorate de chaux et en chlorure de calcium (Schliepper). La dissolution aqueuse d'hypochlorite de chaux exposée à la lumière s'altère et le sel qu'elle contient passe à l'état de chlorite.
L'hypochlorite de chaux est décomposé par les acidesles plus faibles, même par l'acide carbonique; mais, dans ce cas, la décomposition est très-lente, tandis que sous l'action des acides puissants, la décomposition est instantanée et le dégagement de chlore considérable. Cela explique pourquoi l'hypochlorite de chaux, ainsique tous les hypochlorites solubles sont à la fois des décolorants et des désinfectants. C'est qu'ils sont une source de chlore. Voici pourquoi. L'acide quelcoiique qui agira sur l'hypochlorite de chaux rend libre d'abord l'acide hypochloreux; celui-ci se trouve en présence de chlorure de calcium qui devient libre à son tour ; les deux corps réagissent l'un sur l'autre, se décomposent simultanément si bien qu'il se forme de l'oxyde de calcium qui reste, tandis que tout le chlore se dégage. Ces phénomènes si intéressants et si utiles à connaître s'accomplissent en deux phases :
1« (GaO.GIO -h CaCI) -i- k = CaO.A + CIO + Cad
Hypochlorite Acide. Sel Acide liypo- Chlorure
de cljaux. dfe cliaus. chloreux. de calcium.
2» CaCl + CIO = CaO H- 2C
Chlorure Acide hypo- Oxyde Chlore.
Je calcium. chloreux. de calcium.
On se rend compte sans peine pourquoi l'emploi immodéré de l'hypochlorite de chaux dans le blanchiment des étoffes peut avoir pour résultat la détérioration et même le percement du tissu, puisque l'action de ce sel est la même que celle du chlore {voy. Chlore).
Employé comme désinfectant, l'hypochlorite de chaux, rend encore plus de services que le chlore, à cause de la commodité de son transport et de la facilité avec laquelle on en règle l'action.
Sulfate DE CHAUX. Gypse. Pierre à plâtre. CaO.SO^ -+-2 aq. Ontrouve souveni associé au sel gemme (chlorure de sodium) en amas considérables dans le terrain tertiaire inférieur, ce que l'on appelle vulgairement le gypse, ou pierre à plâtre qui est le sulfate de chaux des chimistes. Ce produit naturel se présente quelquefois sous la forme de cristaux bien nets appartenant au cinquième système cristallin; d'autres fois il s'offre en masses lenticulaires aplaties, à faces extérieures légèrement courbes. Ces masses sont facilement clivables et comme le produit du clivage prend la forme d'un fer de lance, on leur a donné le nom de gypse en fer de lance.
586 CHAUX (chimie).
Ce que l'on appelle ordinairement albâtre est encore du sulfate de chaux, dont les cristaux se sont entrelacés d'une manière irrégulière et ont formé des masses, tantôt blanclies, tantôt colorées par de l'oxyde de 1er.
Exposé à 80° dans un courant d'air et à 115» en vase clos, le sulfate de chaux perd lentement son eau d'hydratation. A 150° il devient complètement anhydre. Dans cet état, il s'hydrate rapidement si on le met en contact avec de l'eau ; mais si la température à laquelle il a été exposé a dépassé les 160", son hydratation devient très-lente : il aura même perdu complètement la propriété des'iiydrater, s'il a été soumis à une chaleur voisine du rouge cerise. Au rouge blanc, le sulfate de chaux fond et par le refroidissement il se prend en une masse cristalline qui ressemble à Ycmhydrite des minéralogistes, ou sulfate de chaux anhydre. Si le sulfate de chaux restait exposé pendant quelque temps à cette température il se décomposerait et perdrait tout son acide sulfurique.
Le sulfate de chaux est plus soluble dans l'eau froide que dans l'eau chaude: en effet, une dissolution faite à froid se trouble sensiblement quand on la chauffe. Son maximum de solubilité correspond à la température de 55°. Mille parties d'eau bouillante en dissolvent un peu plus de 2 ; à 35° elles en dissolvent 2 1/2 et à 12° seulement 2 1/5. Sa faible soluhihté ne l'empêche pas de communiquer de mauvaises qualités à l'eau ; il suffit qu'elle en soit à peu près saturée pour n'être plus potable et pour devenir impropre au savonnage et à la cuisson des légumes. Le sulfate de chaux est complètement insoluble dans l'alcool : aussi quand on verse de ce liquide sur de l'eau gypseuse, celle-ci se trouble aussitôt. 11 se dissout aisément dans l'acide sulfurique concentré et forme un bisulfate que l'eau décompose : il se dissout aussi en partie dans l'acide chlorhydrique et devient, à la faveur de cet acide, beaucoup plus soluble dans l'eau qu'il ne l'est à son état normal.
Traité à la chaleur rouge par le gaz chlorhydrique, le sulfate de chaux se transforme en chlorure de calcium (CaCl) ; une partie de l'acide sulfurique du sel distille, une autre partie se dédouble en acide sullureux et en oxygène.
Le plâtre ordinaire n'est que du sUlfate de chaux déshydraté par une calcination convenable dans des fours appropriés, connus sous le nom de fours à plâtre. M. Azotate de chaux, (CaO,ÂzO^-f-4aq) . Ce sel, que l'on peut se procurer en faisant agir de l'acide azotique sur du carbonate de chaux, se rencontre, surtout dans les matériaux salpêtres. On le trouve aussi quelquefois dans les eaux naturelles, sans doute parce qu'elles ont traversé des terrains salpêtres. On en constate même la présence dans les eaux de sources et de puits, ainsi que dans le voisinage des cimetières ; fait aisé à expliquer puisque les matières animales facilitent la nitri-
fication. ^
Ce sel cristallise en prismes hexagones déliquescents, solubles dans l'alcool ; il est décomposable par la chaleur, comme tous les azotates dont il partage les propriétés générales.
Carbonate de chaux. Chaux carbonatée. Marbre. Pierre à chaux. Craie. CaO,CO^ On rencontre ce sel en si grande quantité dans la nature, que l'on peut dire qu'une grande partie de l'écorce terrestre en est formée.
Le carbonate de chaux peut affecter deux formes cristallines incompatibles : 1« La chaux carbonatée spathique (spath d'Islande), qui est caractérisée par trois clivages faciles qui conduisent à un rhomboèdre de 105°. Lorsqu'elle est pure, elle est incolore et transparente : ses cristaux sont biréfringents, leur densité est de 2,7.
2° On désigne sous le nom d'Arragonite un carbonate de chaux, dont les cns-
CHAUX (chimie). 587
taux sont des prismes rectangulaires de H6°,I6', Ce carbonate est d'un blanc laiteux et sa densité est de 3,75.
Eu chauffant légèrement l'arragonite elle se délite en une multitude de petits cristaux de spath d'Islande, identiques avec ceux que l'on obtient lorsqu'on introduit un carbonate alcalin dans une dissolution froide d'un sel de chaux.
D'un autre coté, si l'on maintient à une température élevée une dissolution de bicarbonate de chaux, ou tout simplement une dissolution étendue d'eau de chaux il se dépose des cristaux prismatiques d'arragonite (Rose).
On peut donc à volonté obtenir artificiellement le spath d'Islande et l'arragonite, c'est-à-dire le carbonate de chaux, sous deux formes cristallines incompatibles.
Lorsqu'on fait passer un courant d'acide carbonique dans de l'eau de chaux, ou bien dans une dissolution de sucrate de chaux, ou bien encore lorsqu'on décompose le chlorure de calcium par le carbonate de soude, on obtient toujours un carbonate de chaux cristallin, contenant 6 équivalents d'eau, pourvu toutefois que l'opération soit fùte à 0», et que les lavages soient effectués avec de l'eau glacée. On connaît déjà un carbonate de chaux à 5 équivalents d'eau que l'on prépare en laissant exposée à l'air une dissolution de suciate de chaux, la température ambiante ne dépassant pas les 8 degrés.
Le carbonate de chaux est décomposable par la chaleur, propriété sur laquelle repose la fabrication de la chaux. Sa décomposition est d'autant plus prompte et plus facile que l'éloignement de l'acide carbonique augmente à mesure qu'il devient libre. On a même remarqué qu'il est plus facile de décomposer le carbonate de chaux, sous l'influence de la vapeur d'eau que sous l'influence de l'air sec. Aussi, les chaufourniers préfèrent-ils les pierres à chaux humides à celles qui sont sèches, et les voit-on répandre parfois dans le four à chaux de petites quantités d'eau.
Le carbonate de chaux exposé à une haute température dans un vase hermétiquement fermé, paraît subir la fusion. Hall a observé ce fait en chauffant de la craie dans un canon de fusil dont les extrémités étaient scellées ; l'expérience terminée, il en retira une baguette qui était aussi rigide que si elle avait été de marbre.
L'eau à la température ordinaire ne dissout que 2 à ïôôW de carbonate de chaux (Peligot-Bineau), à la température de l'ébullition elle en dissout y^V* (Fresenius); mais ce sel devient beaucoup plus soluble à la faveur de l'acide carbonique, puisqu'il passe à l'état de carbonate acide, ou de bicarbonate de chaux. La chaux que contiennent les eaux naturelles est souvent à l'état de bicarbonate : aussi, celles qui sont franchement calcaires sans être séléniteuses, perdent-elles leur transparence si on les soumet à l'ébullition, et laissent elles déposer du carbonate de cliaux ordinaire, en redevenant limpides.
Lorsque l'eau pluviale, qui contient toujours en dissolution une certaine quantité d'acide carbonique libre, tombe sur des l'oJies calcaires, ou les traverse, elle dissout une petite quantité de carbonate de chaux; elle le dépose ensuite, sous forme de concrétions, dans l'intérieur des grottes ou des cavités où elle pénètre goutte à goutte et s'évapore. C'est ainsi que se forment les slalactites et les stalagmites. Les incrustations produites par certaines eaux minérales sont encore de la même nature et ont la même origine. Les sources incrustantes les plus célèbres sont celles de San FiHppo en Toscane, de Saint-Allyre en Auvergne, et le Spriidel à Carlsbad.
5g8 CHAUX (niAr.MACOLOCiE).
PiiosniATES A BASE DE ciiABx. A. Pliosphcite neutre. (CaO)^HO,PhO^ Ce sel se rencontre quelquefois dans les concrcLions et dans les sédiments urinaircs. Il prend naissance lorsqu'on mélange des solutions de chlorure de calcium et de
phosphate neutre de soude.
B. Phosphate acide. CaO,(HO)^PhO^ On l'obtient en traitant la cendre d'os par l'acide sulfmique étendu. On le trouve en dissolution dans les humeurs de l'économie animale à réaction acide. Ce sel est en paillettes nacrées déliquescentes. Calciné au rouge, il se boursoufle et fond ; après le refroidissement, on trouve qu'il a un aspect vitreux, et qu'il est devenu insoluble. Ayant perdu son eau de constitution, il a changé de nature à la suite d'une modification moléculaire de son acide : ï\ est àe\e\m métaphosphate de chaux. Son principal usage dans les laboratoires, est de servir à la préparation du phosphore. En agriculture, il sert
comme engrais.
C. Phosphate basique. (CaO)^PhO^ Ce composé existe non-seulement dans les os, mais encore dans la nature minérale. Lorsqu'il est associé au chlorure et au fluorure de calcium il porte le nom â'apatite ; il existe en proportions diverses mais toujours notables dans les coprolytes, et dans les nodules que l'on appelle communément phosphate fossile et dont l'agriculture fait un si grand usjge. On l'obtient artiticiellement toutes les fois que l'on verse de l'ammoniaque sur unmé. lange de chlorure de calcium et d'acide phosphorique, ou bien lorsqu'on introduit du "chlorure de calcium dans un mélange d'un phosphate alcalin quelconque el d'ammoniaque.
Le phosphate basique de chaux est insoluble dans l'eau pure, mais il y devient soluble d'une façon sensible si l'eau tient en dissolution de l'acide carbonique. Traité par l'acide sulfiirique, il lui abandonne les deux tiers de sa base, et passe à l'état de phosphate acide de chaux. La chaleur ne l'attaque ni l'altère, il est complétement infusible ; par contre, il ne résiste à l'action d'aucun acide quelque
faible qu'il soit.
Malgré leurs différentes dénominations et la diversité de leurs formules, ces trois sels peuvent être considérés comme autant de sels neutres; l'acide phosphorique étant un acide tri-basique, se trouve toujours saturé par trois molécules de base, dont une ou deux sont formées d'eau qui enjoué le rôle.
Caractères des sels a base de chaux. Le réactif par excellence des sels de chaux .soblubles, est l'acide oxalique, ou mieux encore l'oxalate d'ammomaque; il se forme de l'oxalate de chaux insoluble dans l'acide acétique, et qui se redissout dans les acides azotique et hydrochlorique. ^
Les dissolutions des sels calcaires ne précipitent ni par l'hydrogène sulfuré, m par l'hydrosulfate d'ammoniaque, ni par l'ammoniaque pure. Lés carbonates alcalins y forment un précipité blanc soluble dans les acides. Si les dissolutions sont concentrées, elles donnent également un précipité blanc, lorsqu'on les traite avec de l'acide sulfurique ou des sulfates solubles ; mais si l'acide sulfurique est étendu de 300 parties d'eau, il ne produit aucune réaction (Fresenius).
Tous les sels de chaux à acide organique, laissent par la calcination un résidu de carbonate de chaux. Malaguti.
8 II. Pharmacologie. La chaux, connue aussi sous le nom de chaux vive, pour la distinguer de la chaux éteinte, hydratée ou sous-carbonatée, se prépare d'après le codex, de la manière suivante :
Carbonate de chaux (martre blanc statuaire) ... Q. V.
CHAUX (i'iiarmacologie). 559;
Cassez le marbre par petits iiagmciits que vous placerez, alternativement avec des charbons, sur une grille, dans le laboratoire d'un fourneau à réverbère, muni d'un bon tirage. Allumez le feu par-dessous, et portez le carbonate à la température rouge, que vous maintiendrez jusqu'à ce qu'il soit complètement décomposé. Lorsque le fourneau sera presque refroidi, enlevez les fragments de chaux et enfermez-les rapidement dans des flacons bien bouchés.
Si l'opération a été bien conduite, la chaux qui en provient, doit se dissoudre sans effervescence dans l'acide chlorbydrique étendu.
La chaux vive, recommandée dans quelques anciennes pharmacopées, que l'on préparait par calcination des coquillages, des écailles d'huîtres notamment, est moins active, contenant des phosphates de chaux et de magnésie. C'est une chaux de cette espèce qui entre dans la confection des masticatoires mdiens bétel et coca (voy. ces mots).
Aujourd'hui la chaux vive est un caustique peu employé isolément. Elle fuit la base ou partie de poudfes et pâtes épilatoires, entre autres de la Pommade des Frères Mahon; elle forme avec la potasse, la Poudre de Vienne, le Caustique de Filhos; elle sert à préparer la Potasse caustique à la chaux [voij. l'article; Potasse).
Chaux éteinte, chaux hydratée, hydrate de chaux. Ce produit est blanc, inodore, d'une saveur moins acre que la chaux vive ; il est encore irritant, mais il n'est plus caustique ; il absorbe l'acide carbonique de l'air et se transforme en carbonate. Il contient 24 p. 100 d'eau.
Pour éteindre la chaux, on dispose la chaux vive dans une terrine de grès, on l'arrose avec de l'eau, qu'on laisse tomber peu à peu et sous forme de filet trèsmince, à mesure qu'elle est absorbée et solidifiée. La masse s'échauffe, dégage d'abondantes vapeurs aqueuses, se fendille, et se transforme enfin en une poudre blanche très-fine (Codex).
100 parties de bonne chaux vive doivent produire 131 parties d'hydrate ; si le rendement est moindre, c'est qu'il reste de la chaux à l'état caustique ; il faut alors ajouter de l'eau, afin de transformer le tout en chaux parfaitement éteinte (Soubeiran) .
Lait de chaux. C'est l'hydrate de chaux délayé dans Q. S. d eau, de manière à former une bouillie très-claire.
Eau de chaux. Elle se prépare en délayant l'hydrate de chaux dans une certaine quantité d'eau.
On met dans un bocal une certaine quantité de chaux éteinte, en poudre fine avec 30 à 40 fois son poids d'eau, pour lui enlever la potasse qu'elle peut contenir, ce qui aurait lieu surtout si l'on se servait des chaux du commerce. On laisse reposer la liqueur ; on décante, on rejette cette première solution, et l'on verse sur le dépôt calcique 100 fois son poids d'eau distillée. On laisse en contact pendant quebiucs heures, en agitant le mélange de temps en temps ; après un dernier repos, la Hqueur, éclaircie et décantée, constitue Veau de chaux seconde, destinée, à l'exclusion de la première qui a été rejetée, à l'usage médical. Elle contient par litre et à la température de 15 degrés, l8%285 de chaux caustique en dissolution. Absorbant rapidement l'acide carbonique de l'air, elle se recouvre . d'une pellicule de carbonate de chaux. On doit la conserver dans des flacons, bien bouchés, et, pour plus de sùieté, laisser un excès de chaux non dissoute dans les flacons, que l'on sépare par filtration au moment de l'emploi. Celte solution calcique, malgré la petite quantité de chaux qu'elle contient, est
590 CIlAUs (pnAr.MAcoLOGiE).
néiinmoins un médicament a«sez actif pour ne pouvoir point être supportée pure, dans l'usage interne, par certains sujets ; on l'étend alors, avec un sirop, de l'eau distillée simple ou aromatique, ou bien on la coupe avec du lait comme on le fait souvent dans la pratique. En tout cas elle ne doit servir de véhicule à aucune substance pouvant former un précipité insoluble avec la chaux. Le Codex fait en outre observer que l'eau de chaux retient des traces de chlorures, que le lavage préalable n'a pas complètement enlevés ; qu'elle serait par conséquent impropre à certaines [uéparations, telles que celles d'argent.
L'eau de chaux sert à la préparation du Uniment oléo calcaire, Uniment calcaire, ou savon calcaire, que le Codex formule ainsi : huile d'amandes douces, 100 granimes; eau de chaux, 900 grammes. Beaucoup de pharmaciens trouvent cette proportion d'eau de chaux trop considérable, et la réduisent plus ou moins, afin d'avoir, ce que j'approuve, un magma plus consistant.
Sirop de chaux [siicrate ou saccharate de chaux). Cette préparation, dont Béral est l'initiateur, est fondée sur la propriété qu'a le sucre de disssoudre une quantité considérable de chaux en s'y combinant. Soubeiran en donne la formule suivante :
Sirop de sucre .... ...... të parties.
Eau 10 -
Chaux vive 2 —
On éteint la chaux, on la délaye dans l'eau; d'autre part on fait chauffer le sirop vers l'ébullition ; ou ajoute peu à peu le lait de chaux en remuant. On filtre à l'étuve ; On pèse le produit et l'on y ajoute la quantité de sirop de sucre nécessaire pour compléter 40 parties, savoir, environ 15 parties. 10 grammes de ce sirop contiennent 25 centigrammes de chaux. Ce sirop est transparent et ne trouble pas l'eau dans laquelle on le verse ; mais il a une saveur alcaline, caustique, très-désagréable.
Carbonate de chaux. Ce sel, représenté principalement par le marbre blanc et par la craie, se retrouve encore dans le corail, la nacre, les jjerles, le test des mollusques, entre autres des huîtres, les coquilles d'œufs, les yeux d'écrevisse sur lesquels nous reviendrons plus bas. Toutes ces substances ont servi ou servent encore à des préparations pharmaceutiques et à des usages thérapeutiques ; mais la substance qui convient réellement le mieux comme médicament, surtout pour l'emploi interne, c'est le carbonate de chaux précipité. On le prépare par double décomposition, à froid, avec deux solutions, d'un litre chacune, l'une de 100 grammes de chlorure de calcium fondu, l'autre de 260 grammes de carbonate de soude cristallisé (Codex). On lave le précipité calcaire jusqu'cà ce qu'il ne contienne plus de trace de chlorure de sodium ; on le met ensuite à égoutter sur une toile, et on le réduit en trochisques pour le faire sécher. Le carbonate de chaux ainsi obtenu est blanc, pulvérulent, insoluble dans l'eau, soluble en totalité, avec effervescence, dans l'acide chlorliydrique.
On donne vulgairemeut et improprement le nom d'yeux d'écrevisse à de petites concrétions qui, au nombre de deuv, se trouvent dans l'estomac de l'écrevisse (Cancer astacus, L. Astacus fluviatilis, Fabr.) au moment de la mue annuelle, et qui paraissent servir à la reproduction du test. Les plus belles pierres d'écrétisse, nom qui convient mieux à ces concrétions calcaires, proviennent d'Astrakan ; on les récolte en grand sur les bords de la mer Caspienne.
Elles sont formées de couches concentriques de carbonate de chaux, liées parmi hiucus animal ; elles sont convexes d'un côté, creuses de l'autre, avec un rebord
CHAUX (pharmacologie). 59I
saillant tout autour, ce qui leur donne une sorte de ressemblance avec un œil. Leur diamètre varie de 9 à 18 millimètres, et leur poids de 5 à 15 décigrammes.
On dit que l'on fabrique de fausses pierres d'écrevisse avec quelque sel calcaire empâté dans de la gélatine. Les véritables s'en distingueront toujours, dit Guibourt, par leur texture lamelleuse et leur aspect éclatant, qui a quelque chose de la porcelaine, sans en avoir la transparence. On peut aussi les remplacer économiquement par le test de l'écrevisse, de la langouste, du homard: substitution, du resle, qui a souvent été faite autrefois. On attribuait, tant à ces pierres qu'à ce test, des propriétés spéciales, qui, en réalité, ne sont pas autres que celles du carbonate et du phosphate de chaux.
Le nombre des anciennes préparations où l'on introduisait les.subsfances à bases de carbonate calcaire, est considérable ; qu'il nous suffise de rappeler les maqistères de corail, de nacre de perles, iVyeux d'écrevisse, la teinture et le sirop de corail, là pondre antinéphréliqiie de Stahl, la confection d'hyacinthe, h poudre d'arum composée, h poudre rouge anglaise, la poudre antilyssique du Comte d'Issembourg ; nous citons cette dernière pour constater une des mille illusions qui ont fait entrer dans le traitement de la rage les substances les moins capables de la dompter.
Le bicarbonate de chaux existe dans un grand nombre d'eaux minérales, ainsi que dans plusieurs eaux potables ; il communique généralement cà l'eau des propriétés sapides agréables. Dupasquier, de Lyon, a indiqué la teinture alcoolique de bois de campèche comme un moyen de déceler ce sel dans les eaux potables. Gr réactif leur donne une belle teinte violette, lorsqu'elles contiennent du bicar^ bonate de chaux.
Phosphate de chaux. Le phosphate de chaux qne l'on emploie en médecine est celui qui exisie naturellement dans les os. C'est un phosphate basique, dont la composition, dit Soubeiran, paraît être variable, mais qui ne s'éloigne jamais beaucoup de la formule 3GaO,PhO^ II est associé dans les os à du carbonate de cliaux, du phosphate de magnésie et un peu d'oxyde de fer, le tout réuni par de la gélatine et pénétré de graisse ; on se débarrasse de ces diverses substances par la calcination et des lavages successifs, de manière à obtenir le phosphate de chaux, ou terre d'os, sous forme d'une poudre blanche, insipide, insoluble ou à peu près dans l'eau, mais facilement soluble dans les liqueurs acides. Sa préparation est indiquée par le Codex de la manière suivante :
Os calcinés à blanc SOO grammes.
Acide chloiiiydrique 800 —
Ammoniaque liquide Q. S.
Pilez les os et passez-les au tamis. Mettez la poudre obtenue dans une terrine, et traitez-la par l'acide chlorhydrique, auquel vous ajouterez assez d'eau pour donner à la masse la consistance d'une pâte liquide. Remuez de temps en temps pour assurer la parfaite pénétration de la poudre. Après quelques jours de contact, dé- ■ layez la matière dans cinq ou six litres d'eau ; laissez reposer ; fdtrez. Verrez dans h liquide obtenu la quantité d'ammoniaque nécessaire pour lui communiquer une réaction légèrement alcaline; il s'y formera un précipité blanc de phosphate de chaux. Poitez le tout à l'ébullitioa pendant une minute, et abandonnez ensuite au repos. Décantez ; lavez le précipité à l'eau chaude et à plusieurs reprises ; faites-le égoulter et sécher.
Possoz et GoUas ont proposé l'emploi d'un phosphate de chaux gélatineux ou
b9"J CHAUX (pharmacologie).
hydraté, qu'ils croient plus aisément soluble dans l'estomac et conséquemment snpérieur en efficiicité au précédent. Ce phosphate gélatineux contient deux parlies d'eau d'hydratation pour une partie de phosphate sec. Collas le substitue à la corne de cerf calcinée dans la décoction blanche de Sydenham ; il en fait aussi des pastilles de 1 gramme, aromatisées avec l'essence de menthe ou l'eau de ileurs d'oranger.
On retirait autrefois le phosphate de chaux de la corne de cerf. Quelques préparations de cette dernière substance, encore employées en médecine, représentant de véritables médicaments calciques, nous devons en parler ici.
Poudre de corne de cerf calcinée. Cornichons de cerf calcinés à blanc, Q. V. Grattez-les, un à un, avec un couteau, pour enlever la cendre souvent à deniivitrifiée, qui en cQuvre la surface. Pulvérisez-les dans un mortier de fer, passez au tamis de crin ; broyez la poudre avec de l'eau sur un porphyre ; opérez-en la dilution, et divisez en trochisques (Codex).
Gelée de corne de cerf. Goine de cerf rcàpée, 250 grammes; eau commune, 2,000; sucre blanc, 125 ; citron 1 n". Lavez la corne de cerf à l'eau tiède, et faites-pn une décoction dans la quantité d'eau prescrite, jusqu'à ce que celle-ci soit réduite de moitié. Passez avec une forte expression; ajoutez le sucre, le jus du citron exprimé et un blanc d'œuf battu avec un peu d'eau. Clarifiez à chaud et faites concentrer jusqu'à ce que la liqueur ait acquis assez de consistance pour se prendre en gelée par le refroidissement. Ajoutez alors le zeste du citron ; après quelques instants, passez à travers une étamine, et recevez la liqueur dans un pot de porcelaine que vous porterez dans un lieu frais (Codex).
Décoction blanche de Sydenham. Corne de cerf calcinée et porphyrisée, 10 grammes; mie de pain de froment, 20; gomme arabique pulvérisée, 10; sucre blanc, 60; eau de fleur d'oranger, 10 , eau commune, Q. S. Triturez dans un mortier de marbre la corne de cerf et la gomme ; ajoutez la mie de pain et le sucre; triturez de nouveau pour avoir un mélange exact. Mettez celui-ci sur le feu' avec un peu plus d'un litre d'eau ; chauftez en agitant continuellement jusqu'à l'ébullition, et faites bouillir pendant un quart d'heure dans un vase couvert. Passez avec légère expression à travers une étamine peu serrée ; faites dissoudre le sucre, et aromatisez avec l'eau de fleurs d'oranger. Les quantités précédentes doivent donner un litre de décoction blanche (Codex).
- On remplace souvent aujourd'hui la corne de cerf par le phosphate calcique des os dans la préparation de la décoction blanche.
Mixture antidiarrhéique, de Mialhe. Corne de cerf calcinée et porphyrisée, 10 grammes ; gomme arabique pulvérisée, 20; sirop de sucre, 80 ; eau de fleurs d'oranger, 40. F. S. A. une mixture qui devra être agitée à chaque administration. Dose: une cuillerée à bouche de demi en demi-heure, dans toutes les circonstances oii la décoction blanche de Sydenham est indiquée {Chimie appliquée à la physiologie et à la thérapeutique, Paris, 1856).
Poudre pour décoction blanche de Tizi. Corne de cerf calcinée, grammes 8 ; gomme, 8 ; mie de pain, 24 ; sucre, 30. On délaye dans 300 grammes d'eau, après avoir maintenu au bain-marie pendant une demi-heure; on ajoute 50 grammes de sucre pulvérisé. On étend sur des assiettes et on porte à l'étuve. Lorsque le produit est sec, ou pulvérise, on tamise, et on divise en deux parties; chacune d'elles, délayée dans un vei re d'eau aromatisée à l'eau de cannelle ou à l'eau de fleurs d'oranger, produira une excellente décoction blanche (Piéveil, Formulaire des médicaments nouveaux).
CHAUX (emploi miîbical). 5(}5
La poudre de corail rouge, la poudre d'os de sèche, ne servent aujouid'lmi que pour la prépiration de certaines poudres dentifrices.
On préconise en ce moment des préparations à base de phosphate de chaux, oiî ce sel est rendu plus ou moins soluble par l'un des acides lactique, phospliorique ou chloihydrique {Sirop de lacto-phosphate de chaux de Dusart, Solution de hi- ■phosphate de chaux d'Odet, Solution de chlorhydro-phosphate de chaux de Goirre). On a cru pouvoir ainsi faire entrer plus facilement en assimilation l'acide phosphorique et la chaux. Cette espérance serait illusoire, d'après André Sanson, qui, dans un travail récent [Gaz. hehd., 1874), s'efforce de démontrer que le phosphate de chaux, acide ou basique, ne cède aucun de ses éléments à l'organisme animal, lequel ne mettrait à profit que le phosphore et la chaux fournis par les aliments protéiques, tels que le lait, les semences des légumineuses et des céréales. Toutefois, nous faisons nos réserves sur cette opinion, qui ne tendrait à rien moins qu'à dénier aux médicaments calciques toute action analeptique et reconstituante, et qui contredirait ainsi des résultats que les cliniciens de leur côté croient avoir bien observés.
Chlorure de calcium (chlorhydrate de chaux, muriate de chaux) {voij. Calcium).^ Ce sel blanc, inodore, d'une saveur acre, piquante et amère, Irès-soluhlo dans l'eau et dans l'alcool, se prépare en traitant le carbonate de chaux par l'acide clilorhydrique. On utilise aussi le résidu de la préparation de l'ammoniaque par le sel ammoniac et la chaux.
On obtient le chlorure de calcium cristallisé en évaporant sa dissolution bouillante. On prépare le chlorure de calcium fondu, en introduisant le sel desséché dans un creuset de terre dont on élève progressivement la température, jusqu'à ce que le chlorure de calcium subisse la fusion ignée; on le coule sur un marbre poli.
Ce sel, très-avide d'humidité, doit être conservé dans des flacons bouchés avec beaucoup de soin.
On donnaic jadis le nom d'/m27e de chaux, au chlorure de calcium tombé en déliquium.
^ U sulfate de chaux, qui ne s'emploie pas en médecine, offre toutefois cet intérêt, d'exister dans un grand nombre d'eaux minérales naturelles ; il a servi à préparer quelques eaux minérales artificielles. Sa présence dans les eaux ménagères les rend plus ou moins impropres à la cuisson des graines légumineuses, au savonnage; il rend les eaux potables moins digestibles et souvent un peu laxalives.
V acétate de chaux, sel soluble, amer, actuellement inusité, a été employé autrefois comme fondant, incisif, diurétique, dans les mêmes circonstances que le chlorhydrate de chaux.
Le lactate de chaux est en masses blanches, opaques, grenues, sans odeur, ni saveur bien sensibles; il est complètement soluble dans l'eau froide, et dans l'alcool bouillant. 11 sert à préparer l'acide lactique et les lactates.Goblev l'obtient en faisant réagir un mélange de glucose et de lait sur de la craie délayée dans l'eau {voy. Dorvault, Officine).
Le henzoatede chaux, se prépare en faisant bouillir, dans de l'eau, du benjoin et de la chaux étemte. Le benzoale de chaux étant soluble, est séparé du résidu par le filtre, et les liqueurs suffisamment concentrées laissent déposer le sel.
§111. Emploi médical. La chaux, si abondamment répandue dans la nature, a servi de tout temps aux hommes jour une foule d'usages, y compris
DICT. ENC. XV. gg
^di CHAUX (emploi médical).
l'usage médical, le seul dont nous ayons à nous occuper. Aussi bien dans les auteurs anciens que dans les modernes, on voit les composés calciques employés dans une foule de circonstances, à peu près aux mêmes titres que de nos jours; toutefois les Grecs et les Latins, ne connaissant guère que la chaux, le plâtre, la craie (Pline confond souvent celle-ci avec les terres cimoliées ou argilifères) , les réservaient à peu près exclusivement pour l'usage externe. Ils employaient la chaux comme caustique; ils la faisaient entrer dans des onguents, pour des ulcères indolents et serpigineux ; dans des lininents résolutifs, pour des engorgements de diverse nature, pour certaines maladies de la peau (Pline, livres XXXV, XXXVl).
Mais ils s'en défiaient pour l'intérieur, et Dioscoride, par exemple, regardait le plâtre comme un poison.
Ce sont les systèmes chémiatriques qui ont le plus contribué à faire employer les composés de calcium comme médicaments internes ; on les préconise alors comme antacides, comme absorbants, comme dissolvants des calculs rénaux et vésicaux. Enfin, dans ces derniers temps, la connaissance du rôle des sels de chaux dans l'organisme animal, leur fait assigner une place importante parmi les médicaments destinés à modifier les fonctions digestives et à servir, en certaines circonstances, d'analeptiques et de reconstituants.
Action physiologique. Le protoxyde de calcium est une substance éminemment irritante, puisqu'elle compte au nombre des caustiques ; mais les divers éléments ijui s'unissent à cette oxyde, depuis l'eau jusqu'aux acides avec lesquels il forme des sels, atténuent son action irritante, qui, plus ou moins sensible encore dans les composés calciques solubles, devient nulle dans les composés insolubles, tels que le carbonate et le phosphate de chaux. Les composés calciques solubles doivent donc être administrés avec précaution, si l'on a intérêt à ménager la sensibilité des surfaces sur lesquelles ils doivent être appliqués ; mais par contre l'excitation produite à leur contact et qui peut se répercuter dans l'intimité des organes, devient un avantage lorsque l'on veut obtenir des actes résolutifs ou stimuler les fonctions nutritives. Déplus, si l'on envisage la chaux comme élément d'organisation, il faut s'attendre à voir son absorption déterminer des effets analogues à ceux que produisent les autres principes réparateurs. Les composés calciques solubles et même les composés primitivement insolubles, mais dissous par les sucs gastriques, ont donc le double effet de concourir à l'excitation des fonctions digestives, et à la nutrition des organes qui emmagasinent spécialement les sels calcaires parmi lesquels domine le phosphate. Or ces organes étant, en première ligne, les os, et après eux les cartilages, les tendons, les muscles, on pent dire que les sels calcaires sont les toniques analeptiques des organes locomoteurs, comme les ferrugineux sont ceux du sang.
Toutefois, il ne faut pas exagérer le rôle que lespréparations calciques sont appelées à remplir en thérapeutique, ainsi que certains esprits semblent disposés à le faire sous l'empire d'idées préconçues et d'une apprécialion inexacte des effets de ces préparations.
Il est parfaitement vrai que l'organisme animal a besoin de chaux et qu'il l'assimile particulièrement sous forme de carbonate et de phosphate, soit à l'état de sels acides solubles pour les humeurs, soit, en plus grande partie, à l'état de composés basiques insolubles pour le squelette. Mais dans les circonstances ordinaires, l'alimentation suffit à fournir à l'organisme la provision de chaux dont il a besoin ; ce n'est que dans des circonstances exceptionnelles, que nous ne manquerons pas de signaler, qu'il devient nécessaire de lui en fournir un supplément dont lathéra*
CHAUX (emploi médical). 595
peutique alors fait logiquement les frais. Il est évident que la nutrition trouvant son compte dans ce supplément, doit en recevoir une certaine activité et que l'orgarnsme ainsi pourvu doit acquérir relativement plus d'énergie et de vi'^ueur Cependant, les réactions déterminées par l'absorption des éléments calciques sont lentes, obscures, peu vives ; tant pour favoriser leur assimilation que pour obtenir simultanément un surcroît réel d'activité dans toutes les fonctions on est souvent obligé de recourir à des toniques plus francs et plus positifs. On a ima-iné pour rendre les composés calciques plus stimulants et plus assimilables, de fes présen ter à l'état acide ; mais cette façon d'agir peut n'avoir point les avantages qu'on lui suppose et avoir même des inconvénients. En effet, les acides en eux-mêmes sont plus débitants que fortifiants ; ils peuvent en outre, au lieu d'offrir, dans l'espèce de I opportunité, arriver très-intempestivement dans l'économie des sujets soit parce que leurs humeurs, suracidifiées ont plutôt besoin d'être alcalinisées', soit parce que cet excès d'acide, au lieu de favoriser la fixation de la chaux sur le tissu osseux, tendra au contraire à le ramollir et fera précisément manquer le but de la médication. L'acidité anormale des humeurs est un fait commun chez les jeunes sujets attemts de diarrhée et de ramollissement osseux ; il est donc plus rationnel de leur donner la chaux à l'état terreux qu'à l'état acide. Le phosphate de chaux basique a rendu d'ailleurs dans ces cas d'anciens, de nombreux et d'incontestables services ; laissez faire l'estomac, qui saura bien à l'aide de ses sucs acides prendre à ce sel et donner aux organes la quantité assimilable réclamée par l'affection ; le surplus, en passant dans les intestins, n'y restera pas inerte, et trouvera encore, selon les conditions physiologiques ou pathologiques des sujets, quelque rôle utile à remplir. Mais en tout cas, agent réparateur ou simple modificateur, il ne saurait être érigé en tonique général comme le vin, le fer, le quinquina; etmême dana les cas spéciaux où il convient, il a besoin de leur concours lorsque coexiste un élément anémique ou asthénique ; jamais on ne le voit imprimer aux systèmes circulatoires et nerveux cette vigueur que leur donnent les toniques purs. Dans les débilités, dans les cachexies, dont quelques enthousiastes voudraient à tort le constituer le spécifique, il appartient plutôt au régime qu'à la médication ; là en d'autres termes, son rôle plus modeste, tout en restant utile, est plutôt hy^riénique que médicamenteux.
En définitive, ce sont les composés basiques de chaux qui trouvent en hygiène et en thérapeutique l'emploi le plus fréquent et le mieux justifié.
En outre des lésions du système osseux auxquelles ils sont applicables comme prnicipes de restauration et de consolidation, ils sont appelés à agir, au sein des voies digestives, comme substances antacides et absorbantes; ils corrigent les milieux acides, mieux que la soude et la magnésie ; dans les flatulences, iîs absorbent et condensent les gaz, moins bien toutefois que l'ammoniaque, la' magnésie et le charbon. Leur supériorité sur ces divers médicaments reparaît en cas de flux, de catarrhes intestinaux ; soit comme antacides, lorsque la diarrhée est due à l'acidité des sucs intestinaux, soit en tous cas comme obturants, ils répriment ces fluxce sont des antidiarrhéiques et même des constipants. '
L'eau de chaux, les composés acides, et même les sels neutres solubles déterminent quelquefois des pincements, des crampes, des douleurs d'estomac. Le carbonate et le phosphate de chaux, par un trop grand excès ou un usage prolongé, occasionnent un sentiment de pesanteur, de gêne dans cet organe, amènent de 1 anorexie, et dans 1 intestin établissent la constipation. La portion non absorbée des sels de chaux se retrouve dans les matières fécales
596 CIIAIIX (emploi miîdical).
qu'ils durcissent et blancliisseut ; la portion absoibée et non restée en assimilation, s'élimine par les urines.
Action thérapeutique. Après l'examen d'ensemble que nous venons de faire des propriétés générales des composés calciques, nous exposerons séparément, les applications médicales de cbacun d'eux.
. Chaux vive. C'est un c;iustique très-douloureux, qui produit son action de deux manières à la fois : en absorbant l'eau des tissus organiques, et en les brûlant par suite de la baute chaleur que développe sa puissante affinité pour l'eau ; elle durcitetraccornit les tissus en les cautérisant. Cependant c'est un caustique infidèle, difficile à bien appliquer, à diriger dans son action, et l'on y a justement renoncé ; au lieu de l'employer seule dans ce but, on la lait servir à la préparation du caustique de Vienne, avec la potasse, dont l'énergie est supérieure, et dont elle modère le pouvoir fluidifiant en l'empêchant d'agir trop profondément sur les tissus.
Un médecin anglais, le docteur Osborn, est revenu récemment à l'emploi de la chaux pour déterminer une ustion remplaçant celle du moxa. Il place dans un porte-moxa, ou tout simplement dans l'ouverture circulaire d'une carte appliquée sur la peau, un fragment de chaux vive, et laisse tomber dessus quelques gouttes d'eau. Une chaleur intense, pouvant aller jusqu'à 187" centig., se produit aussitôt ; il faut retirer l'appareil avant que ce degré soit atteint, sous peine de pousser trop loin la désorganisation des tissus ; c'est assez dire combien cette opération est délicate et demande de précaution; aussi ne l'indiquons-nous que sous toutes réserves. Néanmoins, Osborn pense que, dans plusieurs cas, ce moxa mérite d'clre préféré à tous ceux dont on a fait usage jusqu'ici.
La chaux a été employée, mitigée par égale partie de savon médicinal, pour cscharifier des verrues, des fongosités, détruire des tumeurs superficielles, des nœvimaterni, modifier des plaies carcinomateuses. Associée au soufreetàl'axonge, on en a fait une pommade contre la gale et les dartres. Elle a beaucoup servi et sert encore de principal élément dans les poudres et pommades épilatoires ; elle fait partie de la pommade des frères Mahon contre la teigne, dont la formule serait la suivante, d'après Réveil: axonge, 80 grammes; soude du commerce, 15; chaux éteinte, 10. Elle entre avec l'orpiment dans le rusma des Orientaux.
Ce dépilatoire, et ceux du même genre, qui contiennent de l'arsenic, tels que ceux de Colley et de Delcroix, sont les plus énergiques, les plus efficaces, parce que, non-seulement ils rasent les parties velues, mais ils attaquent, détruisent les bulbes pilifères, et s'opposent ainsi à toute génération ultérieure des poils. En revanche, ils peuvent irriter violemment la peau, la cautériser même ; ils exposent eu outre, à l'absorption de l'arsenic ; ils sont donc dangereux et doivent être repoussés.
Les dépilatoires que l'on préfère aujourd'hui sont des combinaisons de soufre, de soude, de chaux ; ils corrodent et dissolvent les poils sans attaquer le bulbe, sans nuire par conséquent à la reproduction des poils, mais néanmoins en la retardant. Nous en reparlerons en traitant des sulfures de calcium.
On a employé la chaux, comme excitante et résolutive, tantôt pure, tantôt mélangée à des onguents, contre les paralysies, les rhumatismes, les tumeurs blanches, les hydarlhroses (Cœlius Aurelianus, Astruc, de Ilaen, Tissot, Falconer, Giron).
Serre d'Alais, a recommandé le moyen suivant pour provoquer une transpiration abondante :
On prend un morceau de pierre à chaux de moitié plus grosse que le poing ; on l'enveloppe d'un morceau de toile mouillée et un peu tordue, par-dessus lequel on
CHAUX (emploi médical). rni
met un autre linge sec en plusieurs doubles, et l'on attache en tous sens ce pagul afin quil ne se défasse pas. On place deux paquets semblables dans le lit\m de chaque cote du malade. Bientôt il se développe une forte chaleur humiie au en se répandant sous les couvertures, détermine une transpiration abondante' L effet de ce appareil se continue deux heures au moins, et suffit pour exciter la
im) Le docteur Em. Delpech a recommandé ce moyen de caléfaction dans 1 période algide du choléra. «"■»* id
La chaux vive a été employée, soit dans les épidémies, soit dans les épizooties omme agent de destruction des cadavres, pour supprimer les miasmes infecti ux ou contagieux pouvant résulter de leur putréfaction
A rintérieul^ la chaux a été préconisée comme partie de certains remèdes contre le goitre Mead a spécialement recommandé contre cette affection la poudre d écailles d huîtres et de coquilles dœufs calcinés. Le ..écifique ontifébTl
i?.1 '■ r ^ '""'^f ^'l ^'''''' intermittentes, était de la chaux obtenue pa a alcnation de co,ralles de moules d'étang; on le donnait dans l'apyrexie à
b H J.I-rt r '^ T' '^ ''"^" "^'^^'^ ^^or^. et absorbant , Il n y avait probablement de vrai que ce dernier effet
De nouvelles et récentes observations, faites en Angleterre, ont rappelé l'atten-
tiZs \ ''T1 'i; "™' ''■ ^'"^' p^'^^ ' ^''"'^'■'^-' '^ --'- -^-"s
umeui s L espèce de chaux empiriquement adoptée par les docteurs Spencer Wells et Peter Hood, est celle obtenue par la calcination des écailles d'huîtres Le m'
s valons du docteur Cl.ntock relatives au traitement par le chlorurée dc'cha^^
m n aZ:ÏT ?"" rr *""'^""- " « "^^^^"^ ^I-- ^ ^^ ^^^^ ^e l'ad-
^b 1 I I T' ^?/""?™^^ 'P^^""^'^"^ ""^ ^--^^P''- «^-ible,une vé.i-
able calcification. La modification survenue dans diverses espèces de tumeur.
nXTr b T '" '™r" "^'"^"^^' 'î"' ^"'^'^^^"^ "- dégénérationTi : omateu se d abord, puis calcaire, avec une diminution notable du calibre du vais-
"tem s ;:r -""^""".'"^ "" °P"^"^"' ^^ ^'"^'^«e de la chaux étaU trTp gt mp continue, non-seulement les vaisseaux de la tumeur, mais encore toutes les rtei s commenceraient à dégénérer, comme le prouve la formation de l'arc se..le autour e la cornée. Peter Hood. à qui l'on doit des observations ana gu
ntre autres une tumeur de la joue, grosse comme une petite orange qu gue it en moins de six mois par ce mode de traitement. La poudre alciqu e pie ente par ces médecins à des doses vaguement indiquées, mais minimes ue u deux fois par jour dans du thé ; on en suspend l'usage un u deux jourHo^q malade est fatigué, et l'on reprend le remède pourrie continuer pen an r' ou quatre mois [Jonrn. de méd. et de chir. prat' et Bull. gén. de DJr. J 869 Eau de chaux. Analogue dans le résultat de ses applications extérieures aux utions étendues de soude et de potasse, l'eau de chaux agit comme un tor i u gerement excitant résolut.f et détersif. A ce titre, on la voit parfois modicr favorablement certaines éruptions cutanées chroniques et hâter la cicatr s" on de ueques ulcères indolents Elle a été recommandée en injection c tre l'^ré- Mt. hromque et convient également à certaines leucorrhées opiniâtres. Elle a été em oyee avec avantage, en gargarisme ou en collutoire, contre l'amvgdalite chron ne, contre les phlegmasies anciennes du pharynx, du palais, de la bouche, particulièrement contre es gengivites avec état mollasse et fongueux des gencives en sus de son action résolutive, elle déterge dans ces divers cas les muqueuses
598 CHAUX (emploi médical).
palato-pharyngienne et buccale, détruit et prévient leurs exsudais. Ce dernier effet se produit notamment sur les exsudats diphthéritiques, d'après les expériences intéressantes qui ont été instituées à cet égard par Félix Bricheleau et Âdrian. Ces expérimentateurs ayant démontré la solubilité des membranes croupales dans l'eau de chaux, celle-ci a été rationnellement appliquée de nos jours au traitement local des affections diphthéritiques de la gorge. On l'emploie en badigeonnages, en gargarismes, et mieux encore, chez les enfants atteints de croup, sous forme de douches pratiquées à l'aide de l'irrigateur. Âlbu, de Berlin, a cru pouvoir, dans cette dernière affection, arriver à un résultat encore plus satisfaisant, en faisant pénétrer l'eau de chaux directement dansle larynx au moyen de la seringue dePravaz, introduite entre les anneaux de la trachée; mais le succès n'aurait suivi qu'une fois sur six ces tentatives {Bull de thér. 1869. t. LXXVll, extr. du Berl. Klin.
Wochensch) .
L'eau de chaux possède aussi des propriétés anti-prurigineuses que l'on peut utiliser contre les affections cutanées accompagnées de démangeaisons; c'est l'un des moyens à essayer contre le prurit des parties génitales.
Le savomile qu'elle forme avec les huiles grasses et qui est connu sous le nom de Uniment oléo-calcaire, est devenu, grâce aux éloges qu'en a fuit Velpeau, le remèdeleplusemployé contre les brûlures ; c'est réellement un agent efficace en pareil cas, qu'il y ait simple rubéfaction, phlyctènes, plaies on eschares. Il agit comme résolutif lorsque la peau n'est pas entamée ; lorsque la brûlure entraîne des suppurations, il tend à les tarir et hâte la formation des cicatrices ; dans ce dernier cas surtout, Payan a conseillé de combiner son usage avec l'emploi du coton cardé. Ce liniraent sert aussi à panser les gerçures du sein, des ulcères rebelles à d'autres moyens de cicatrisation, les dartres humides et prurigineuses.
Le docteur de Bruyne a proposé récemment de remplacer la préparation dont il vient d'être question, par un glycérolé calcaire anesthésique, dont voici la formule : hydrate de chaux fraîchement précipité, o grammes ; glycérine 150 ; chauffez légèrement et ajoutez: éther chlorhydrique chloré, 3 grammes, [^liquide ainsi obtenu est transparent, clair, homogène ; on en imbibe une compresse qu'on applique sur la brûlure et qu'on recouvre d'un tissu imperméable, tant pour obtenir une occlusion parfaite que pour prévenir la perte des éléments volatds du médicament. L'auteur attribue à celui-ci, dans les brûlures même les plus graves, des avantages supérieurs à ceux du liniment oléo-calcaire ; avantages qui doivent également se produire, selon lui, en appliquant ce glycérolé au pansement des ulcères atoniques et des dartres sèches et squameuses accompagnées de prurit {Montpellier médical, octobre iSH).
A l'intérieur, l'eau de chaux a été fort vantée jadis ; dans beaucoup de maladies, on l'employait en grand, comme tisane, comme boisson, étant supposée antiseptique, dessiccative,, incisive, fondante, et surtout lithontriptique.^ En outre de ce que ces suppositions avaient d'exagéré, l'excès avec lequel elle était administrée finissait par irriter les voies digestives ; aussi, dans les cas restreints auxquels elle est réservée aujourd'hui, ne la donne-t-on avec raison qu'à moiiidies doses, et encore coupée avec des liquides, qui, tels que des sirops, du lait, des eaux distillées, en atténuent les propriétés irrritantes.
Nous reviendrons plus loin sur l'action litliontriptique de la chaux, en appréciant l'emploi des autres préparations calciques dans les afiections calculeuses des reins et de la vessie.
De nos jours, l'eau dechaux n'estplus guère employée à l'intérieur que comme
CHAUX (emploi médical). 599
antacide et absorbante, contre l'acescence et la flatulence des voies digestives. Elle convient, en général, comme la soude et la potasse, dans les dyspeps'ies avec tendance à l'ascescence ; mais ici Trousseau et Pidoux font cette distiuctiou judicieuse : lorsque les troubles digestifs s'accompagnent de diarrhée, ce qui est Irèscommun chez les enfants, l'eau de chaux est préférable aux carbonates de soude et de potasse, parce que son emploi constipe plutôt qu'il ne relâche ; lorsque an contraire, l'affection de l'eslomac s'accompagne de tendance à la constipation, il faut préférer les sels de soude etde potasse.
Ce médicament convient spécialement dans le pyrosis, où semble s'accuser plus que partout ailleurs la suracidité des humeurs gastriques. Je prescris ordinairement avec succès la potion suivante: Eau de chaux, 120 grammes ; sous-azotate de bismuth, 4 ; sirop de menthe, 30. Agiter au moment du besoin. Une cuillerée avant le repas ; une cuillerée après le repas, suivie d'autres, de demi en demiheure, tant que se manifeste le pyrosis.
Vassal et Andry l'ecommandent, comme leur ayant réussi, l'eau de chaux, tant en boisson qu'en lavement, contre la tympanite, afin de saturer l'acide carbonique qui en détermine le développement.
Bretonneau, revenant sur ce point à la pratique des médecins des siècles antérieurs, employait et préconisait l'eau de chaux, eu boisson et en lavement, contre les diarrhées chroniques dépendant d'ulcérations persistantes dans l'intestin grêle et particulièrement dans le gros intestin, telles que celles qui retardent la guérison des dothinentéries et des dysenteries. 11 donnait aux dotliinentériques l'eau de chaux à la dose de 30 à 60 grammes par jour coupée avec du lait chaud et sucré ; chez les dysentériques, il l'employait delà même manière, mais en même temps il leur faisait donner, matin et soir, un lavement entier dans lequel il faisait entrer 120 à 200 grammes d'eau de chaux et 3 ou 4 gouttes de laudanum de Rousseau (Trousseau et Pidoux, Traité de mat. méd. et de thérap.). ^ Mongenot dit avoir employé avec succès contre la coqueluche un mélange d'eau de chaux et de lait, à parties égales [Journ. gén. de médecine, t. XLIV, p. 290). Je ne sais si ce remède agit réellement contre la toux convulsive qui constitue le principal élément de la coqueluche ; mais il peut être utile contre les vomissements qui s'y manifestent si fréquemment.
L'eau de chaux est d'ailleurs l'un des moyens que l'on emploie souvent avec avantage contre les vomissements, non-seulement ceux qui se lient à l'acescence de l'estomac, comme chez les enfants, mais même ceux qui ne dépendent que d'une névrose de l'estomac. On se trouve bien en pareils cas de couper l'eau de chaux avec de l'eau distillée de menthe ou de l'édulcorer avec le sirop de menthe. Si ces mélanges sont insuffisants, et surtout si les vomissements sont nerveux, on peut, chezl'adulte, ajouter quelques 5;outtes de laudanum, et en outre frapper à la glace.
Kuchenmeister conseille d'empJoyer comme diurétique l'eau de chaux dans la maladie de Bright, en se fondant am sa propriété de dissoudre la protéine, et en espérant dissoudre ainsi les infdtrations protéiniformes des reins. Il attribue la même action thérapeutique aux sels solu blés de chaux. Il paraît avoir donné la prélérence à une solution de chaux caustique, plus concentrée et plus active que notre eau de chaux ordinaire. Quelques légères hémorrhagies auraient nécessité parfois un temps d'arrêt dans la médication ; mais la quantité de l'albumine diminue dans l'urine, pendant que semble augmenter le nombre des cylindres fibrineux et épithéliaux. D'après ces expériences, les succès de l'eau de chaux seraient
600 CHAUX (emploi médical).
considérables dans l'anasarque, mais beaucoup moindres contre les hydropisios des cavités {BiiU.de thérap. 1869, l. LXXVl, exLr, de OEster. Zeitschrift f pr. Heilkimde,lSQS).
Vers le milieu du dix-huitième siècle, l'eau de chaux, particulièrement sous l'impulsion de Robert Wbytt, devint l'objet d'un engouement mal raisonné dans le traitement des affections calculeuses, surtout de celles dues à l'acide urique. D'autres préparations calcaires, telles que la poudre antinéphrétique de Stahl où dominait du citrate de chaux, et le remède de madame Stephens à base de chaux extraite des coquilles d'œufs, eurent aussi une vogue momentanée comme agents litliontriptiques. Il est permis de douter que ces divers moyens aient jamais eu la moindre efficacité, même, quoi qu'on en ait dit, contre les calculs formés d'acide urique ; car l'urate de chaux étant insoluble, les préparations calcaires devaient manquer leur but contre la gravelle urique , et en outre devenir plus nuisibles qu'utile dans les autres cas, en apportant un nouvel élément à la formation des calculs; aussi ont-elles fini par être justement repoussées du traitement des affections calculeuses. Toutefois de nos jours, le docteur Fontaine dit avoir reconnu au benzoate de chaux une certaine action dissolvante sur les composés uriques ; ce sel agirait en outre comme un léger diurétique; à ces deux titres il le croit utile dans le traitement de la goutte. Nous ferons remarquer aussi que les eaux de Fougues et de Contrexeville, recommandées contre la goutte et les affections calculeuses, sont minéralisées par le bicarbonate de chaux ; mais leur utilité ne dépend pas d'une action dissolvante exercée par ce sel, et leurs effets semblent plutôt résulter de propriétés complexes qui favorisent l'élimination des calculs en modifiant en même temps la diathèse qui préside à leur formation.
Sirop de chaux. Proposé par le docteur Capitaine, il a été employé par Trousseau, à l'hôpital Necker, dans le traitement des diarrhées chroniques des enfants. Ce médicament, vu son alcalinité extrême, ne peut se donner pur. En conséquence, Trousseau l'étendait de vingt à trente fois son poids de sirop simple, et en donnait une dose représentant 1 à 2 grammes de saccharate de chaux pour les enfants, 5 à 10 grammes pour les adultes. Il faisait aussi mettre, dans chaque pot de lait destiné au supplément de nourriture pour les enfants à la mamelle, 50 centigrammes de saccharate de chaux, tant pour empêcher le lait d'aigrir que pour combattre la tendance des enfants à avoir la diarrhée; et il lui semblait que le saccharate de chaux l'emportait sur le bicarbonate de soude employé de la nicrac manière et dans le même but.
Carbonate de chaux. Ce sel et les diverses substances qui en sont en grande partie formées, et parmi lesquelles on n'emploie plus guère, à l'intérieur, que les yeux ou pierres d'écrevisse et les coquilles d'huîtres, remplissent généralement les indications dont nous avons parlé en traitant de l'eau de chaux, et agissent comme antacides, comme absorbants, et de plus comme obturants.
La craie ou carbonate de chaux précipité et lavé, et de même, la poudre d'yeux d'écrevisse sont fort utiles, tant chez les adultes que chez les enfants, pour combattre les vomissements et les diarrhées causés par un surcroît d'acides dans les voies digestives. Le carbonate calcaire agit alors en absorbant ces acides, mais en dégageant en môme temps le sien, c'est-à-dire l'acide carbonique, lequel agit en second lieu comme antiémétique et anesthésique. Cependant, il influence peu h gastralgie, et réussit mieux dans la dyspepsie atoniqiie avec dégagement de gaz dans restomac ctles intestins. Dans ce dernier cas et lorsqu'il y a en même temps ■ ""^i.mce à la constipation, j'emploie avec avantage la uoudre composée suivante;
CHAUX (EjirLoi médical). gOl
Poudre d'yeux d'écrevisse, de quinquina rouge, ,de ilinbarbe, et sons-nitrate de hsmulh, de chaque, 4 grammes ; mêlez et divisez en huit ijrises • une prise au commencement de chaque repas. '
Le carbonate de chaux n'arrête pas seulement par son action antacide lesdiarihees; il agit aussi sur elles, surtout s'il est administré à hautes doses à la mn.ere dun obturant mécanique, qui, en s'étalant à la surface de la muqueuse intestinale, fait obstacle aux transsudations séreuses' et muqueuses, tout comme le sous-nitrate ouïe carbonate de bismuth en pareil cas.
Nous aurons à revenir si^r le carbonate de chaux en traitant tout-à-l'heuredu phosphate de chaux, à cause de l'analogie d'action de ces deux sels et de leur fréquente association dans la pratique médico-chirurgicale.
Phosphate de chaux. Les propriétés antidiarihéiques dont nous venons de parler, sont encore plus accusées d,ins le phosphate tribasique de chaux Aussi est-ce celui-ci que l'on flùt entrer de préférence dans les remèdes contre la diarrhée dontl un des plus célèbres est la décoction blanche de Sydenham. Miallie explique ainsi I action physiologique et l'efficacité de ce remède: « Quand le phospliate de chaux, associé à la mie de pain et au sucre, est ingéré par la bouche, il éprouve l'action décomposante de la petite quantité d'acide que renferme le pain ainsi que celle des acides contenus dans les liquides des premières voies, acides'quile transforment, en tout ou en partie, en phospliate acide soluble et parlant absorbable. Le phosphate acide ainsi produit n'a cependant aucune action sur les matières albuminoïdes; il n'appartient pas par conséquent à la classe des coagulant^ou, SI l'on aime mieux, des astringents. Mais il résulte de nos recherches que cô composé jouit d'un précieux avantage, celui d'être immédiatement transformé en un phosphate basique gélatineux, insoluble, par une très-minime proportion d une base alcaline quelconque, libre ou carbonatée. Or c'est à cette propriété que son efficacité thérapeutique doit être rapportée, selon nous, ainsi que nous allons tacher de le démontrer. Au moment même où le phosphate calcaire acide pénètre les membranes intestinales, c'est-à-dire au moment où il est absorbé il rencontre sur son passage desliquides alcalins; ces bquides lui enlèvent la faible proporlion d'acide qui le rendait soluble, et donne lieu à un dépôt gélatiniforme tres-abondant de sous- phosphate calcaire, qui imprègne la muqueuse digestive et la rend ainsi impropre à effectuer la déjection diarrhéique ; et comme le sousphosphate est presque complètement insoluble dans les liquide animaux, la muqueuse intestinale en demeure incrustée un temps presque toujours suffisamment prolongé pour que la partie organique malade par où se produisait la sécrétion anormale ait le temps de reprendre son intégrité physiologique » {Chimie appli^ quée à la physiologie et à la thérapeutique, i 856) .
Tout en se comportant aussi comme antacide et absorbant, le phosphate de chaux l'est moins que le carbonate; mais il possède des propriétés analeptiques plus étendues. Par son élément phosphore, il concourt à la nutritiçn du système nerveux, et, tant par là que par son activité propre, il donne plus d'énergie à tous les actes vitaux ; dans sa totalité, il sert à l'entretien et au besoin à la restauration du système osseux. Aussi est-ce particulièrement lorsque ce dernier système est en souffrance qu'il est le plus rationnellement indiqué. Piorry est au nombre de ceux qui ont le plus insisté sur son utilité dans l'ostéomalacie, la carie, le rachitisme, la tuberculose des os. Mège-Mouriès l'a vulgarisé sous forme de préparations alimentaires qui rendent les plus grands services dans l'alimentation des enfants du premier âge, spécialement à l'époque de la dentition. J'ai l'habitude,
fi02 CHAUX (emploi médicalV
et j'ai toujours eu à m'en applaudir, de prescrire aux enfants qui font leurs dents une dose journalière de 50 centigrammes à 1 gramme de phosphate decliaux, dans laquelle ils trouvent à la fois un apport favorable à l'évolution dentaire et un agent préventif ou curalif du dévoiement qui l'accompagne.
Si le phosphate de chaux agit dans une certaine mesure comme tonique analeptique dans les affections qui réclament l'emploi de l'huile de foie de morue, il n'agit pas de la même manière et ne saurait la remplacer, pas plus que, dans les mêmes circonstances, il ne pourrait remplacer le fer et le quinquina ; mais il peut remplir en même temps un rôle utile et servir d'adjuvant à ces médicaments ainsi qu'aux autres toniques.
A ce titre, il s'est généralisé de nos jours dans le traitement de la phthisie tuberculeuse, où l'ont particulièrement recommandé Stone et Jules Boyer; il y combat la diarrhée, les sueurs, et compense la perte de phosphates constatée dans cette maladie. L'observation ayant en outre démontré que lorsque les cavernes creusées par les tubercules se' cicatrisent, il s'y forme un dépôt crétacé, il semble rationnel de fournir à l'organisme, par la médication calcaire, le ciment destiné à combler les cavernes et à enrayer ainsi la destruction progressive du parenchyme pulmonaire. Il s'en faut de beaucoup que ce but soit souvent atteint; mais il est rationnel, je le répète, de le poursuivre. J'emploie depuis fort longtemps le phosphate de chaux chez les phLhisiques, et il m'a toujours paru leur être utile à toutes les périodes de leur maladie.
J. Guyot a récemment attiré l'attention sur la propriété toute spéciale qu'aurait le phosphate de chaux, donné depuis 2 jusqu'à 6 grammes par jour, d'arrêter les sueurs, non-seulement chez les phthisiques, mais encore chez d'autres malades, tels que les rhumatisants. Toutefois le succès n'est, ni constant, ni toujours complet {Bull, de thérap. 1870, t. lxxviii). Ce n'en est pas moins une propriété intéressante à coimaître, afin de recourir à ce médicament lorsque d'autres se montrent impuissants contre les transpirations morbides.
Du reste, les préparations de chaux et particulièrement le phosphate, tendent en général, à diminuer les sécrétions et les excrétions ; leur action corroborante se lie donc à un pouvoir antidéperditeur qui contribue à l'assurer. C'est ce que l'on observe chez les tuberculeux, les scrofuleux, les rachitiqnes, les tabescents, sujets également enclins aux sueurs, au dévoiement, aux suppurations, et qui trouvent ainsi en même temps dans le phosphate de chaux un moyen de se prémunir contre les déperditions et de récupérer ce qu'elles leur avaient enlevé.
Les préparations calciques, et particulièrement le phosphate et le carbonate de chaux, conviennent aux individus débiles, valétudinaires, atteints de fractures, en leur procurant à la fois l'élément de la formation du cal et un surcroît d'activité pour subvenir à ce travail.
En un mot, elles sont spécialement indiquées partout oii il y a lieu défavoriser, d'exciter les actes d'ossification, de reconstituer le tissu osseux , et à vrai dire, le sel de chaux se comporte alors plutôt comme un aliment plastique que comme un simple modificateur médicamenteux. En revanche, ces préparations sont contraires aux individus offrant des tendances aux ossifications anormales, des dispositions aux dépôts crétacés dans divers organes et notamment dans le système vasculaire; tels sont les vieillards, chez lesquels, par conséquent, on ne doit user qu'avec réserve, non-seulement des médicaments calciques, mais même des eaux trop chargées de sels de chaux.
A propos de ces eaux, nous dirons ici que ce sont celles qui contiennent du
CHAUX (emploi médical). 603
sulfate fie chaux, autrement dit les eaux séléniteuses, qui, comme boisson, méritent quelques reproches. Elles sont fades, indigestes, plus ou moins laxatives ; ce sont elles aussi qui nuisent le plus à la cuisson des graines légumineuses et qui sont le moins favorables à la dissolution du savon. Il n'en est pas de même des eaux où prédominent le bicarbonate de chaux. Eaux potables ou eaux minérales, le bicarbonate de chaux donne, aux unes et aux autres une sapidité agréable, les rend légèrement toniques et partailement digestives. En outre, elles sont généralement limpides, tandis que les eaux séléniteuses se troublent souvent à l'air. Aussi les eaux bicarbonatées calciques sont-elles au nombre des eaux de table les plus recherchées, surtout lorsqu'un excès d'acide carbonique leur donne du piquant et du montant. La sensualité n'y trouve pas seulement son compte, et les individus atteints de l'une de ces affections diverses auxquelles nous avons vu que les composés calciques peuvent être utiles, bénéficient des propriétés apéritives, stomachiques, digestives, toniques et reconstituantes de ces eaux, principalement lorsqu'en même temps elles contiennent un peu de fer. Parmi les eaux minérales de ce genre, les eaux de Fougues, de Saint-Galmier, de Condillac, sont justement appréciées. J'estime surtout l'eau de Condillac, comme un auxiliaire de quelque importance du phosphate de chaux employé à titre d'élément plastique; c'est la boisson ordinaire que je conseille aux phthisiques en particulier; je la crois susceptible aussi de stimuler l'assimilation du phosphate et du carbonate de chaux chez les individus auxquels ces sels sont administrés en vue de régénérations osseuses.
Le phosphate et le carbonate de chaux se donnent à des doses très-variées selon le but que Ton veut atteindre : terme moyen, de 25 centigrammes à 1 gramme chez les enfants, de 1 à 4 grammes chez les adultes. Les doses les plus élevées sont données, à l'instar du bismuth, pour combattre les diarrhées rebelles. De petites doses, telles que 1 ou 2 grammes de phosphate de chaux au commencement de chaque repas, conviennent mieux lorsque la médication doit être longtemps continuée ; on est obligé de les diminuer lorsqu'elles amènent de la constipation, ou bien on associe au sel calcaire un peu de rhubarbe.
On prescrit souvent ensemble le phosphate et le carbonate de chaux. Ainsi Kuchenmeister emploie le mélange suivant : carbonate de chaux, 8 grammes ; phosphate de chaux, 4; sucre de lait, 12. Mêlez et divisez en 12 paquets, à prendre un par jour.
Réveil conseille cet autre mélange sous le nom de Poudres absorbantes : craie précipitée et lavée, 10 grammes; phosphate de chaux, 10 ; poudre de cannelle, 2; poudre de rhubarbe, 1. Mêlez et divisez en 10 paquets, à prendre un à chaque repas. Contre les acidités avec atonie de l'estomac.
On unit le phosphate et le carbonate de chaux au bismuth et à l'opium pour combattre la diarrhée. Exemple cette Poudre antidiarrhéique de Réveil : craie préparée, sous-nitrate de bismuth, de chaque, 5 grammes ; opium brut pulvérisé, 10 centigrammes. Mêlez et divisez en 10 paquets (pour les enfants, on supprime l'opium) ; à prendre 1 à 5 par jour.
J'ai conseillé (Tj-aife de la dijsenterie) divers mélanges pulvérulents analogue? à ce dernier, contre la dysenterie chronique ; j'y fais entrer parfois des balsamiques et du fer ; je me bornerai à citer le suivant : poudre d'écaillés d'huîtres, 8 grammes; encens pulvérisé, 2; sous-carbonate de fer, 1. Mêlez et fractionnez en 3 ou 4 doses à administrer dans la journée.
On emploie plutôt le carbonate de chaux comme antacide et absorbant, le phos-
C04 ■ CHAUX (emploi jiÊDicnL).
phate comme analeptique et reconstituant ; on combine avec ce dernier sel le fer, la cannelle, le quinquina, afin d'obtenir des effets composés, toniques et corroborants.
Nous avons dit que les préparations calciques insolubles sont quelquefois lourdes à l'estomac. On favorise leur digestibilité en faisant boire en même temps, aux repas, des eaux gazeuses, mais non minéralisées par la soude en excès; l'eau de Seltz, naturelle ou artificielle, et les eaux gazeuses bicarbonatées calciques conviennent donc ici particulièrement.
Chlorure de calcium {Hydrochlorate de chaux, miiriate de chaux). Ce sel existe naturellement dans plusieurs eaux minérales et entre autres dans l'eau de la mer. A petites doses, il passe pour être excitant; à hautes doses, il agit comme purgatif et parfois aiissi comme émétique. 11 a été particulièrement préconisé conmie fondant contre les engorgements scrofuleux. Sous ce rapport, il a été comparé au chlorure de baryum. Iliifeland le considérait comme plus irritant que ce dernier sel ; d'autres auteurs, au contraire, et parmi les modernes Biett et Gazcnave, jugent son action beaucoup plus douce, et s'appuient même sur cet avantai^e pour le préférer au chlorure de baryum.
Le chlorure de calcium a été vivement recommandé contre les scrofules par Fourcroy. 11 faisait la base de la liqueur antiscrofuleuse de Niemann. De nos jours, Biett en était venu, nous dit Cazenave, à employer presque exclusivement ce sel chez les scrofuleux, à l'hôpital Saint-T;Ouis, avec des succès remarquables, dans des cas fort graves et très-avancés, sans jamais déterminer d'accidents; tandis que, le plus ordinairement, le chlorure de baryum n'avait pu être continué à cause de son action irritante sur l'estomac et les intestins.
Cazenave revenait, en 1847, dans \'Unio7i médicale, sur l'utilité du chlorure de calcium dans l'impétigo, l'eczéma, le lupus, et généralement dans toutes les affections qui se lient à l'état lymphatique et à la scrofule. Pour lui, l'iodurc d potassium n'est pas applicable dans les maladies de la peau, à cause de la violente irritation qu'il détermine de ce côté.
Antérieurement, Schrand (Gmelin, Appar. medic.) avait employé avec succès ce sel contre les engorgements du mésentère ; Gomez (Mérat et de Lens, Dict. iiniv. de mat. méd.) disait l'avoir vu appliquer en Espagne, avec quelque avantage, au traitement des engorgements glandulaires et des tubercules élépliantiaques.
Il y aurait donc lieu de ne pas laisser dans l'oubli un médicament qui paraît avoir été réellement utile comme fondant et antiscrofuleux.
On donne le chlorure de calcium de 50 centigrammes à 1 gramme chez les enfants, de 2 à 6 et 8 grammes chez les adultes, en dissolution dans de l'eau ou dans du lait ; on fractionne cette dose en plusieurs prises dans la journée.
Ce même sel a aussi été emjiloyé en applications extérieures sur les tumeurs scrofuleuses. Il peut servira la préparation de bains locaux réfiigérants, comme, par exemple, dans les cas d'entorses et de brûlures.
Il trouve aussi son emploi en hygiène, lorsqu'il s'agit de dessécher et de rendre mauvais conducteur pour le calorique, l'air confine entre les doubles vitrages dont on garnit les fenêtres des maisons russes et des habitations des contrées hyperboréennes (Gubler, Comment, thérap. du Codex).
Sulfures de calcium. Il ne saurait être longuement question ici de ces composés, dont les propriétés thérapeutiques dépendent plutôt du soufre que du calcium {voy. Soufre, SurruREs). Le sulfure de calcium pur, cristallisé, n'est pas
CHAUX, (emploi jii';dic\l). ^(jg
employûen médecine. On n'emploie qu'un trisulfure impur, on sulfure de cliau.v qn'on oblient à l'élat sec ou à l'état liquide. Le sulfure de chaux sec est l'i poudre antipsorique de Pihorel; délayé dans l'huile, on l'employait en frictions chez les galeux; le sulfure de chaux liquide sert à la préparation de bains sulfureux.
Nous n'insisterons ici que sur le sulfhydrate de sidfure de chaux afin de compléter ce que nous avons dit antérieurement sur les dépilatoires dans lesquels la chaux joué un rôle plus ou moins important.
Le sufhydrate de sulfure de calcium, bisulfhydrate de chaux ou sulfure sulfuré de calcium, s'obtient en faisant arriver dans un lait de chaux épais du "az acide snllhydrique jusqu'à saturation. Il en résulte un produit de consistance de bouillie et d'une couleur vert bleuâtre due au fer contenu dans la chaux et qui s est sulfure pendant l'opération. Par le repos, la partie solide se déiiose et la paitieliqu.de surnage; au moment de l'employer, on doit rétablir l'homo-énéité de la masse. °
C'est Boeltger, chimiste à Francfort-sur-le-Mein, qui le premier à signalé ce compose comme pouvant servir de dépilatoire très-efficace. Ensuite Ma'iens à Bruxelles, I a préconisé contre la teigne. A l'hôpital des enfants, à Paris, on l'emploie contre cette maladie, tant comme dépilatoire que comme moyen curatif Le mode d emploi consiste à en étendre une couche de 1 à 2 millimètres sur la partie que l'on veut épiler. Au bout de 8 à dO minutes, et même moins, la pâte s est solidifiée; on l'enlève en lavant la partie avec un peu d'eau, et l'on retrouve la peau entièrement dénudée, ordinairement sans aucune trace d'irritation C'est un moyen que l'on peut conseiller sans aucun risque aux femmes qui tiennent à ciepouiller leurs bras un peu trop velus.
Boudet a proposé le dépilatoire suivant, qui ne vaut pas celui de Boett-er parce qu'il cause plus de rougeur et d'irritation, mais il a l'avantage d'être plus lacde a préparer : chaux vive pulvérisée, 10 grammes; sulfhydrate de soude, 5; amidon, 10 On délaye cette poudre avec un peu d'eau; on l'étend comme cidessus ; au bout de quelques minutes l'effet est produit.
Enfin Réveil dit avoir employé avec succès cet autre dépilatoire : sulfhydrate de chaux en pâte bien égouttée, 20 grammes; glycérolé d'amidon, amidon, de chaque, 10; essence de citron, 20 gouttes.
Toxicologie. De tous les composés de chaux que nous avons passés en revue deux seulement seraient susceptibles d'agir comme toxiques : la chaux vive et lé chlorure de calcium.
La chaux vive, introduite en excès dans l'estomac, agit plutôt comme un caustique que comme un poison; car c'est la portion qui cautérise ou tout au moins irrite violemment les voies digestives, et non celle qui est absorbée, dissoute pâlies acides gastriques, qui détermine des accidents plus ou moins compromettants pour la vie de l'individu. La chaux est classée parmi les poisons irritants, à côté de la soude et de la potasse ; mais son action est moins énergique et 'partant moins dangereuse que celle de ces deux substances.
La toxicologie de la chaux est plutôt faite d'après des expériences sur des animaux que sur des observations chez l'homme. On n'en cite, dans la Toxicologie d'Orfila, qu'un exemple relatif à un enfant de trois ans, qui eut l'idée bizarre d'avaler une assez grande quantité de chaux, et encore était-elle éteinte.
Les symptômes de cet empoisonnement sont ceux d'une très-forte inflammation depuis la bouche jusqu'à l'eslomac, et arrivant à son summum dans ce
G06 CHAUX (emploi médical),
dernier organe. En leur présence, on doit s'empresser d'ingérer des boissons aqueuses abondantes, tant pour éteindre la chaux que pour calmer l'irritation qu'elle occasionne. Orfila conseille l'eau légèrement vinaigrée, bue en très-grande quantité, afin de neutraliser la chaux et de favoriser le vomissement. Si le vomissement ne pouvait être obtenu ainsi, il flmdrait administrer de l'ipéca, plutôt que du lartre émétique qui, décomposé et précipité par la chaux, manquerait probablement son effet. Après avoir soustrait par ces moyens l'estomac à l'action de la chaux caustique, on instituerait le traitement ordinaire de la gastroentérite.
Le chlorure de calcium, ingéré avec excès dans les voies digestives, serait, disent Mérat et de Lens, capable de produire des accidents mortels. L'irritation des voies digestives doit compter aussi parmi ces accidents; mais il peut, en outre, s'en passer du côté du système nerveux. La nature de ces divers accidents inspirerait le genre du traitement.
Si par mégarde ou avec intention, une quantité, susceptible de nuire, de chlorure de calcium était introduite dans l'estomac, et si l'on arrivait à temps, il serait rationnel d'administrer une dissolution de savon, que l'on a presque toujours sous la main, et qui formerait avec le sel de calcium un précipité d'oléate et de margarate de chaux. On pourrait aussi donner une solution de sulfate de soude, qui formerait du sulfate de chaux insoluble et du chlorure de sodium ; ce dernier, avec l'aide de boissons abondantes, contribuerait à favoriser le vomissement.
Dans un cas d'empoisonnement par la chaux vive, les recherches médicolégales doivent arriver assez facilement à constater la nature de la substance incriminée, dont la plus grande partie doit se retrouver à l'état insoluble dans les voies digestives. Si toutefois la chaux se trouvait amalgamée avec les aliments ou les déjections de manière à ne pas être suffisamment reconnue par les réactifs, il faudrait calciner ces mélanges à une forte chaleur, afin d'obtenir la chaux à l'état caustique. Alors on traiterait celle-ci par l'eau distillée, et l'on essayerait la dissolution par le sirop de violettes, l'acide sulfurique, l'acide carbonique et l'acide oxalique. Toutefois l'existence de la chaux dans les matières expérimentées ne devra être considérée comme preuve d'empoisonnement, qu'autant qu'il serait bien acquis que le sujet n'aurait pas fait usage antérieurement de médicaments, aliments ou boissons contenant un sel calcaire décomposable par le feu.
En cas d'empoisonnement par le chlorure de calcium, s'il n'en restait plus dans les voies digestives, on devrait le rechercher dans les urines par lesquelles il tend le plus à s'éliminer. Les réactifs susceptibles de le déceler seront à la fois ceux des chlorures et du calcium. Deuoux de Savignac.
BiELiOGRAPHiE. — Tban^s (J.-C). De calce viva. Paris, 1685. — Fick (J.-J.). De cake viva. lena. 1725-1726. — JunciÎer (J.). De calce viva diss. Halle, 1745. — Cartheusfb (J.-F.). De aquœ calcis vivœ usu interno. FranUfort-sur-l'Oder, 1745. — Sciireiber (J.-F.). Epistolce ad llallcrium de medicamento A-J- Stephens divulgato. Gœttingue, 1744. — Detharding (G.-Ch.). De aquœ calcis vivœ usu interno salutari et specie in morbis exanthematicis ehronicis. Rostock, 1746. — IIartleï (D.). Diss. epistolaris de lithontnjptico A. Jolian-Stephens nuper inventa. Leyde, 1748. — VhïTt (R.). An Essay on the Virtues of JÂme-Water, in the Ctireof theStone. Edimbourg, 1754-1755, trad. en français, par Aug. Roux, 1757. — Alston (C). Diss. onQuick-Lime, and Lime-Water. Edimbourg, 1754. — Schaller (J.-B). De usu calcis diss. Ingolstadt, 1767. — Rousseau (G.-L-C). Diss. chemico-tnedica de usu calcis. Ingolstadt, 1767. — Vogel (R.-A.). Diss. de curatione cancri occulti et aperti per aquam calcis vivœ potam. Gœttingue, 1769. — Baumer (J.-G.). De aqua calcis naturali vel soteria alcalina. Gex, 1776. — Amderger (J.-A.). De calce ^)iva diss. Gex, 1776. — Girtanner (G.). De terra calearea crucla et calcinata diss. Gœttingue, 1782. — Monaco (Y.). Questiones chem.mcd. an aquosum calcis infusum pro usu medico tôt sibi laudes mérita vindicaverii'
CHAUX (HYcrÈNE publique). gQ7
ho,,,E.De m/lue,wcdc la chaux sur la plUldsie \n Gazette des hôpitaux i^^t^L^ - BovER (Jules). Guénson de la phthisie pulmonaire et de la broncJe^LaZ à S' ?868 ';:td"""V""l?. ""'*'=^*'°" salino-calcaire en est le prindp SS) Part
K ,. /rpSriY6c.''"'"D'^^""';rTT t 'r^ ' ^'-"^uZienLode^ti^^^ :t
«vin lott. Delioux de Savignac.
§ IV. Hygiène publîqne. La préparation de la chaux entraîne un certain nombre c inconvénients qui ont depuis longtemps fixé l'attention des hygiénistes
elle' Wcute ?'"*'' '°'''"'""'' ^"'"'' ''"* ''°"' ^'' '^°"'*'''""^ dans lesquelles Pr.>arah-on rf. /« cAa^/^ Cette substance, on le sait, existe en grande abon« tlance dans la nature, mais surtout à l'état de carbonate (craie, marbre, pierre à Chaux etc). Pour J utiliser dans les arts et dans l'industrie, il faut la ramener à l état terreux en lui enlevant son acide carbonique; c'est ce que l'on obtient par la soJrerf 1 f»rs fpéciaux. Dans certaines localités, cette calcination s op re par tas ; le combustible sous forme de pienu bois ou de houille et Jes pierres c ic^iires sont disposés en couches alternatives, représentnnt, dans leur ensemble, un cône, avec une cheminée centrale quelquefois revêtu de gazon à son pourtour : on allume, et le feu est conduit à peu près comme pour la fabrication du charbon.
farerf- ""•'"''""'""' °" '^''"'^^ "*'' ^""'^ dans lesquelles la cuisson peut se a une manière continue, ou, au contraire, intermittente. Ces fours sont ordi-
F,g. l. — Four à cuisson intermittente.
nairement construits en briques, et, autant que possible, adossés aune butte afin que Ion puisse parvenir facilement à la partie supérieure. Quant la cuisson doit être intermittente, c est-â-d.re interrompue à chaque fournée, on commence par
(308 Cll-MIX (hygiène ruELinui;).
construire au-dessus delà sole une voûte surbaissée avec les plus gros morceaux de pierre calcaire, et Ton recouvre cette voùle de pierres menues dont elle doit soutenir la charge, puis on place le combustible sous la voûte, on met le feu, et on l'entretien en l'activant jusqu'à ce que toute la masse soit bien calcinée ; on défourne alors la chaux obtenue. Dans les fours à cuisson continue, et qui sont en forme de cuve et assez élevés on charge par la partie supérieure le calcaire et le combustible qui est le plus ordiuaircmeat de la houille, disposes par couches alternatives et
nui descendent lentement au fur et à mesure de la calcinalion ; la chaux décarbo natée est retirée par des orifices inférieurs. On volt que ce travail peut être entretenu continuellement par des charges supérieures qui se succèdent à volonté.
Inconvénients des fours à chaux. Ce travail est classé dans la 2" catégorie des élablissements insalubres ou incommodes quand il s'agit de fours à cuissoo continue, et, dans la troisième seulement, pour les fours à cuisson intermittente, ou quand ils sont munis d'une cheminée élevée.
Dans un rapport très-intéressant etlrès-étemlu sur cette question, M. Chevallier à cnuméré, comme il suit, les inconvénients qui résultent de la fabrication de la chaux et qui varient suivant l'espèce de charbon employé. Les charbons divers donnent lieu, pendant la cuisson : 1» à des proportions plus ou moins considérables de vapeurs chargées de produits pyrogénés et carbonés ; 2" à des quantités plus ou moins considérable d'acide sulfureux, résultat de la combustion d'une partie du soufre des sulfures qui existent dans la houille ; 5» à la buée, eau va]iorisée, qui entraîne encore des produits pyrogénés résultunt de la déconiposUiou des matières organiques qui se trouvent dans la pierre à chaux, produits qui s'y rencontrent en proportions diverses; 4» au dégagement d'une très-grande quaiitilé d'acide carbonique qui est plus ou moins considérable selon que l'exploi talion est intermittente ou continue; 5" à des poussières provenant du mauicmeut des pierres et de la chaux, du chargement et du défournement de celles-ci.
CHAUX (hygiène publique).
Ces inconvénients sont d'autant plus marqués, on le comprend, que les fou.j sont plus rapprochés de Jocalilés liabitées, de plantation?, etc. Il e'st très-difficile d'apprécier le degré de iiocuité d'après l'espèce de houille ou de coke employés à cause de l'extrême variabilité de composition de ces combustibles, les uns plus' les autres moins carbonés, les uns plus, les autres moins hydrogénés, etc. , etc. '
Au total, les plaintes formulées à l'occasion des fours à chaux ont porté le plus souvent sur l'influence nuisible exercée sur les végétaux et leurs produits, parles fumées qui se dégagent en grande abondance pendant la cuisson. Or cette action s'exerce à des distances très-considérables, 600, 800 mètres et même plus, dans la direction des vents régnants.
Quand il y a des vignes dans le voisinage les vins sont altérés au point de ne pouvoir être livrés à la consommation. Cette question a été étudiée avec beaucoup de soin dans des rapports judiciaires par des hommes distingués tels que MM Auber^ier et Lecoq, Ferrand et Chevallier. Nous allons faire connaître les résultats de leurs recherches. La saveur de ces vins prend un goût empyreumatique très-désagréable app^-eciable par l'odorat et d'autant plus marqué qu'ils proviennent de vignes plus rapprochées des fours; cette saveur est plus apparente dans les vins vieux que dans les vins nouveaux, dans les vins rouges que dans les vins blancs où elle est à peine sensible. On a remarqué que les alcools distillés de ces vins présentent au goût et à 1 odorat les mêmes altérations. Des raisins mûrs ayant été exposés à dessem à la fumée de fours à chaux, le vin et l'alcool que l'on en a recueihis, ont également présenté l'odeur et la saveur empyreumatiques, on a constaté qu'e la fermentation y était plus difficile, enfin les vins ainsi altérés contiennent moins d alcool que ne le comporte le territoire où ils ont été récoltés. Les observateurs pensent que ces altérations proviennent d'un dépôt de fumée sur la pellicule des raisins; que ces dépôts renferment de la créosote et autres principes de la houille qui gênent la fermentation et, que ceux-ci se trouvant dissous par l'alcool, restent dans le vin qu'ils rendent ainsi détestable.
La même chose a lieu pour les fourrages atteints par la fumée des fours les animaux refusent absolument de s'en nourrir.
Est ce là tout, et les gaz, les vapeurs provenant de la même source ne peuventus pas être nuisibles pour l'homme ?
L'altération de l'air par les produits de la combustion de la chaux, doit être nonseulement tres-incommode, mais encore très-nuisible. Aussi, dans les enquêtes qui ont heu pour autoriser l'établissement dun four, faut-il examiner avec soin la situation des habitations voisines, s'assurer de la direction des vents régnants etc. Les dangers résultant d'un voisinage très-proche ont été nettement et mcontestablement établis par M. Chevallier qui a rassemblé un certain nombre de cas d accidents mortels observés par le fait des gaz provenant de la cuisson de la coaux, et de la combustion de la iiouille.
A Loizy (Saône-et-Loire), on a vu deux individus asphyxiés dans une maison contigue a un iour à chaux ; même chose a été observée, à la même époque, dans le département du Cher; une double asphyxie a eu lieu à Levet près de Bourses dans une habitation attenant à un four à chaux. Un fait d'asphyxie a anssi'été communique a I Académie de médecine (10 nov. 1 825) par M. Barbier d'Amiens ; deux individus cpii s'étaient retirés dans un four à chaux pour dormir y furent asphyxies. Le gardien d'un tour à Champlguy (Seine) qui passait la nuit dans une petite chambre voisine, lut un matin trouve inanimé sur son lit. Foderé a rapporté qiie, dans le mois d'avril 1806, une lamilie composée de sept personnes fut
WCT. I-NC. XV. ç.^
f)10 CHAUX (îîYGIÈiN-E PunLinUE).
asphyxiée à Marseille, par la vapeur d'un four à chaux qu'on avait allumé clandestiucmeut dans la cour, celte vapeur s'était introduite par la porte et les fenêtres de l'habitation. De ces sept individus deux seulement furent sauvés, cinq périrent !... Ces faits, dont on pourrait certainement grossir la liste suffisent pour démontrer la réalité du danger dont nous parlons.
Quant à la chaux elle-même, les poussièxes qui se dégagent en grande abondance lorsque l'on charge les fours ou que l'on détourne la chaux cuite, sont-elles susceptibles de devenir nuisibles ? Ce travail est trop intermittent pour que le danger soit bien grand. M. Rousse de Dagaères-de-Bigorre, a noté que des chaufourniers quoique issus de parents phthisiques jouissent cependant d'une assez bonne santé; souvent même, malgré des antécédents déplorables, hémoptysies, toux, crachats abondants, etc., leur état s'améliore, leur santé se raffermit et ils peuvent vivre de longues années en se livrant à ce travail ; en général leur appétit est bon et la soif peu considérable. Notons que ce n'est pas du charbon de terre que l'on emploie à Bagnères pour la cuite, mais du bois de sapin.
PropJnjlai'ie Quels sont les moyens de s'opposer aux inconvénients que nous avons signalés? IVabord les fours doivent être éloignés des lieux habités de 150 mètres pour le moins et de 50 mètres d'une route, les ouvertures ne seront pas dirigées du côté de celle-ci ni du côté des habitations. Dans la craintedu feu, le code forestier exige une autorisation spéciale ([uand on veut construire un établissement de ce genre à moins d'un kilomètre des forêts. On devra, autant que possible, ne brûler que du coke. Aussi la nécessité d'une cheminée entraînant les vapeurs trèshaut dans l'atmosphère est-elle sérieusement indiquée. Diverses dispositions dans ce sens ont été prises avec succès par divers industriels. MM. Glénard et Tisseraiit ont fait un lapport sur une invention de ce genre, établie par M. Bidennanu qui a obtenu un brevet. Voici la description de ce système donnée par M. (Chevallier. « Chaque four se compose d'une construction creuse toute en maçonnerie ; la cavité intérieure d'une capacité de 15 à 18 mètres cubes a la forme d'un ovoïde allongé situé dans le sens vertical. Un peu au-dessus du niveau du sol existe une ouverture latérale correspondant au fond du four et destinée à l'extraction de la chaux cuite: une ouverture analogue mais placée à la partie supérieure sert au chargement de la pierre calcaire et du combustible. Ces deux orifices sont fermés avec des volets de fer, la calotte du four est couronnée d'une coupe qui va s'ouvrir dans une cheminée de 30 mètres d'élévation. » La charge qui se renouvelle deux ou trois fois en vingt-quatre heures se compose d'un mélange bien mouillé de pierre calcaire et de poussière de coke. Parmi les progrès industriels, on peut, d'après M, Chevallier, citer des fours à chaux à couvercle dit calcinateiir , de MM. Courtois et Mortier, Ces fours sont munis d'un couvercle sur lequel on place une longue cheminée de tôle, de 10 à 12 mètres de hauteur. Cet appareil est destinée à lancer la fumée à une hauteur telle que les habitants des maisons contiguës n'en soient pas incommodés.
En 1828, un sieur Lefèvre, fabricant de produits chimiques, ayant demandé à joindre à son établissement la fabrication de la chaux en vases clos, et ce procédé n'étant point encore classé, une commission du conseil de salubrité fut chargée d'examiner la nature de ces opérations. 11 fut reconnu que le travail en vases clos ne donnait pas lieu au développement de fumée qui se montre d'ordinaire dans les fours à chaux, et que l'acide carbonique était ahsorbé. Le coke seul était employé comme combustible. Ce procédé fut classé dans la troisième catégorie (Moléon. Rapp. génér. du cons. desahihr. de lu ville de Paris, t. II, p. 53, Paris, dS^ljin-S").
CIIAVIGA. (..jj
Ainsi, à l'aide de prccoutions convenables, il est possible de faire dispai-îtic (oiis es inconvén.enls des fours à chaux, à tel point qu'il peut en être étal' 1, dans les villes sans donner naissance à la moindre plainte.
Mais dans les conditions ordinal, es, quand ces établissements existent à lacampagne dans le voisinage de prairies ou de vignobles, dont les produits peuvent être alter-es par la fumée, on limitera la durée de l'exploitation aux cinq mois d hiver (de novembre à mars). Beaugrand.
BiEL.OGRArniE. - Aucmsa-n et Lecoq. Rapport sur Vinflucncc de la fumée des fours àchavr sur les Vins des vignes gm y sont exposées. In Ami. d'hyg., 1- s^,,;' t XXX d s's 19/"''
t III D 497 i,S5-,. pf t n-\ m- Hcr/ "-''"'y , ijiiiacHUn, etc., m Casper s Vtischr.
jb. liGD.
CHAVASSIEU «î'AliBEBEUT (M.) et non Chevassielt. Médecin très-instruit qui vivait au commencement de ce siècle; il était en relation d'intimité avec les savants les plus éminenls de l'époque. Nous manquons absolument de documents sur son compte; le peu que nous en savons, nous ne l'avons appris que par ses ouvrages. Reçu à Paris en 1803, et après avoir résidé pendant quelque temps à Versailles, il remplit les fonctions de médecin-militaire à l'armée de Naple« vers 1807. Il trouva là une occasion d'appliquer ses études en épidémiologie comme nous en voyons la preuve, dans un rapport très-intéressant adressé au ministre de Imteneur du royaume des Deux-Siciles sur une épidémie, d'origine paludéenne qui régnait à Caserte. Nous le retrouvons ensuite à Paris, en 18H, médecin du bureau de bienfaisance du premier arrondissement; là, sous les auspices d'une réunion de médecins à la tête desquels était le célèbre Ant. Portai, il fonde les Ephemendes médicales, journal dans lequel il se proposait de réunir toutes les observations éparses, jusqu'alors, sur les influences météorologiques, sur les épidemies et sur la médecine comparée, objet de ses constantes recherches et dont sa thèse nous offre un intéressant spécimen. A partir de 1812, nous ne trouvons plus de traces de cet estimable savant, aucune publication nouvelle ne vient nous révéler son existence.
Voici, au total, la liste de ses écrits:
I. Des exanthèmes éphootiques et particulièrement de la clavelée et de la vaccine ,■««. prochecs de la petite vérole humaine. Th. de Paris, an XII (1803) in-S- — t, 5 f '
températures, ou les influences de l'air, sur les maladies, et la condition de lliomniTetZ animaux et ses effets dans la végétation. Paris, 1805, in-fol., 3 tabl. - III Des inondât nZ