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le pouce leur est opposable. Les mamelles sont au nombre de deux, inguinales au lieu d'être placées à la poitrine, comme chez les makis; et, ce qui est plus remarquable encore, les dents ont une grande ressemblance par leur formule et jusqu'à un certain point par leur forme avec celles des rongeurs. Dans l'exemplaire de Sonnerat, le seul que l'on ait possédé pendant longtemps, il existe à cliaf|ne mâchoire une paire de fortes incisives, plus comprimées que celles des rongeurs, mais aussi grandes qu'elles et séparées de même des molaires par une barre, c'est-à-dire par un espace vide. Quant aux molaires, il y en a quatre à la mâchoire supérieure et trois à l'inférieure, toutes comparables par leur forme à celles des animaux frugivores.
A ne tenir compte que de ce mode de dentition, il serait difficile de contester la ressemblance que l'aye-aye présente avec les rongeurs, et c'est avec ces animaux qu'il a été classé par E. Geoffroy, ainsi que par G. et F. Cuvier; mais de Blainville lit remarquer que la forme des dents de ce prétendu rongeur concorde peu avec leur formule, et que les autres caractères connus de cet animal tendent aussi à l'éloigner de l'ordre auquel on l'associait, pour le faire rapprocher des quadrumanes, plus particulièrement des lémuriens. Un mémoire spécial est consacré par le célèbre anatomiste à cette démonstration, et depuis lors presque tous les naturalistes ont accepté sa manière de voir. 11 est convenable, toutefois, de faire du chéiromys une famille à part, et cette famille a reçu le nom dii Cliéiromydés.
On possède aujourd'hui des chéiromys dans plusieurs collections, et il a vécu un de ces animaux dans la ménagerie de Londres. M. Owen a fait de l'un d'eux l'objet d'une monographie publiée dans les Transactions de la Société zoologique de cette ville. Ses observations confirment la manière de voir, qui vient d'être rappelée. L'examen du cerveau montrerait, à lui seul, que le chéiromys n'est pas un rongeur.^
J'avais décrit, d'après le crâne d'un jeune aye-aye qui a été donné au Muséum par* M. de Lestelle, une dent molaire inférieure dont les auteurs n'avaient point encore parlé ; c'est une fausse molaire placée en avant des trois molaires signalées pour cette mâchoire. M. Peters, qui a eu l'occasion d'étudier un sujet encore plus jeune, a montré que la dentition est bien plus différente de celle des rongeurs qu'on ne l'avait supposé. Ainsi, il a fait connaître une seconde paire d'incisives supérieures, ces incisives petites et caduques. Il a aussi observé une semblable paire de dents à la mâchoire inférieure, et, entre elles et les molaires précédemment décrites, de petites fausses molaires également caduques, qui donnent au chéiromys une formule dentaire tout autre de celle qui avait fait rapprocher ce mammifère des Ecureils. C'est plutôt à celle des phalangers qu'à celle des rongeurs que l'on devra dès lors comparer la formule dentaire de cet animal, P. Gerv.
CHÉIROPTÈRES. Ce nom, que quelques personnes, écrivent chiroptères, a pour racines les deux mots grecs /sw main et Tzr-cpo-j aile, rappelant que les animaux auxquels il s'applique ont les mains transformées en ailes. Il a été donné par les natui'alistes modernes à des mammifères, vulgairement confondus sous le nom de chauves-souris, qui se servent en effet de leurs membres antérieurs comme les oiseaux se servent de leurs ailes, et sont capables de se soutenir aussi dans les airs et de s'y mouvoir avec une égale facilité. Les chéiroptères ont le corps couvert de poils; ils possèdent des mamelles, sont vivipares, et possèdent les autres caractères des mammifères.
Malgré la ressemblance de leur mode de locomotion avec celui des vertébrés pourvus de plumes c'est-à-dire des oiseaux, ces animaux ne sont pas une transi-
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tion de la classe des mammifères vers la leur, encore moins dpivent-ils être classés avec eux. Ils prennent rang parmi les mammifères monodelphes ou placentaires et beaucoup d'auteurs parmi lesquels nous citerons G. Cuvier, les associent aux carnassiers. Mais ils ont aussi à certains égards de l'analogie avec les lémures, et Linné en faisait une des grandes divisions génériques de ses primates renfermant aussi l'iiomme et les singes. Toutefois il est préférable de regarder les chéiroptères comme un groupe à part, aussi en fait-on généralement un ordre dans les classifications actuelles.
Par la conformation de leur placenta les chéiroptères rentrent dans la catégorie des animaux mammifères chez lesquels cet organe est discoïde, catégorie qui comprend aussi les singes, les insectivores et les rongeurs. Leurs dents sont de trois sortes et le plus habituellement ils ont les molaires insectivores. Leurs mamelles au nombre de deux seulement sont pectorales, comme celles des singes, et leur pénis est libre ce qui les rapproche aussi des quadrumanes. Mais les membres antérieurs des chéiroptères sont toujours disposés en forme d'ailes, et ces animaux ont l'épaule puissante, le bras et l'avant-bras allongés, les métacarpiens ainsi que les phalanges longs et grêles sauf pour le pouce, et sous-tendant une membrane qui se continue de la base de leur cou jusqu'à leur queue, en passant le long des flancs. Un développement considérable des muscles pectoraux répond à cette transformation des membres antérieurs en appareil du vol et le tronc est raccourci, ce qui est également en rapport avec le genre de locomotion propre aux chéiroptères. Le pouce antérieur est relativement court, et il est en même temps libre, mobile et comme opposable. En général, il est le seul doigt des membres de devant qui soit pourvu d'un ongle; cependant l'index des roussettes, qui sont de grands chéiroptères propres à l'ancien continent, est également onguiculé. Le pouce antérieur des chauves-souris sert à ces animaux pour s'accrocher et dans la marche ils replient leurs doigts allongés et membranifères sur leurs flancs pour g' appuyer sur le carpe. Leurs pieds servent aussi à les suspendre et les chéiroptères se tiennent alors la tête en bas ; ces animuux les emploient également dans la locomotion sur le sol, que leur conformation particulière rend cependant assez difficile. Les orteils des chéiroptères sont subégaux entre eux et armés d'ongles puissants.
Ces animaux présentent plusieurs particuiarilés osléologiques fort remarquables, leurs os s'ossifient de bonne heure et leurs sutures crâniennes disparaissent bientôt après la naissance, ce qui donne à leur charpente osseuse une plus grande solidité,'; on constate la même chose chez les oiseaux. Us ont de fortes clavicules; les pièces composant leurs sternum sont carénées en avant et pour ainsi dire pourvues d'une sorte de bréchet ; une rotule cubitale surmonte leurs apophyses olécrânes, qui sont peu saillantes; leur radius est habituellement incomplet, et il en est de même de leur péroné; en outre, ils ont les deux trochantcrs du fémur à peu près égaux fit leurs genoux sont comme rejetés en dehors et en haut. Leur pubis, au lieu d'être uni par une synchondrose symphysaire, ne le sont que par un simple ligament, qui chez les femelles laisse même ces deux os assez écartés l'un de l'autre, surtout pendant la gestation, de manière à faciliter le développement et la sortie du fœtus qui est relativement volumineux. 11 y a un os dans le pénis chez beaucoup d'espèces de cet ordre et le limaçon de leur oreille est plus volumineux que celui des autres mammifères.
Le corps des chéiroptères est couvert de poils comme celui des mammifères ordinaires et il Y en a même sur la membrane inter-fémorale de certains d'entre eux, par exemple, les atalaphes ou lasyures qui sont des chauves-souris propres à
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l'Amérique. Lïurs yeux sont petits mais perçants. La plupart des chéiroptères ne voltigent qu'au crépuscule ou au petit jour. Leurs oreilles sont en général grandes, membraneuses. On y remarque souvent un oreillon, c'est-à-dire une prolongation en lamelle, soit simple, soit découpée sur les bords, de la partie appelée le tragus. Les roussettes manquent d'oreillon. Les narines de certains chéiroptères américains (Desmodes, Glossophages, Sténodermes, Phyllostomes, etc.), et celles des Rhinolophes ainsi que de quelques genres voisins sont entourées de membranes, tantôt hastiformes, tantôt d'une autre apparence, qui doivent faciliter aux chéiroptères la perception des émanations odorantes. Ces membranes manquent chez les roussettes ainsi que chez les différents genres de la famille des vespertilions ou véritables chauves-souris. La langue des mêmes animaux est souvent hérissée de papilles cornées et chez plusieurs d'entre eux, tels que le kiodote de la famille des roussettes, et les glossophages, de celle des phyllostomes, elle est fort longue. Les papilles linguales des glossophages sont comme villeuses et ressemblent à des poils. On a depuis longtemps remarqué que les chéiroptères se dirigent avec une grande habileté dans les lieux obscurs et qu'ils savent y éviter les moindres obstacles. Sjiallanzani a fait à cet égard des expériences fort curieuses pour lesquelles il a aveuglé ces animaux, et les a privés de l'ouïe ainsi que de l'olfaction. Sa conclusion était que les chéiroptères disposent pour se guider ainsi, d'un sixième sens manquant aux autres mammifères. Jurine qui avait obtenu des résultats un peu différents après avoir répété les expériences de Spallanzani, pensait qu'il fallait attribuer cette faculté à la finesse de l'ou'ie de ces animaux; maisCuviera fait remarquer que l'extrême sensibilité tactile de leurs ailes suffisait pour tout expliquer. C'est ce que l'examen attentif de ces organes paraît avoir mis hors de doute. La membrane alaire des chéiroptères est formée de deux feuillets dermiques trèsfins, sous-tendus par les métacarpiens et par les phalanges; elle s'étend plus ou moins entre leurs membres. Des fibres les unes musculaires et de nature striée dépendant des muscles peaussiers, les autres élastiques en facilitent l'extension et la contraction partielles. Des poils courts, rares, d'une nature comparable à celle des vibrisses ou poils sensoriaux des lèvres sont disséminés à la surface de ces ailes ou réunis par petits groupes surtout à leur face inférieure. Ils sont en rapport avec les nerfs de la sensibilité répandus en abondance dans les ailes, et c'est à eux qiic revient spécialement la fonction tactile de ces membranes. Dans ces derniers temps, différents auteurs se sont appliqués à l'étude microscopique de ces organes.
Certaines chéiroptères ont les membranes plus développées que les autres ; les mégadermes, qui appartiennent à la même famille que les rhinolophes sont en particulier dans ce cas. Dans d'autres espèces la membrane inter-fémorale se raccourcit et tend à disparaître. Elle est toujours peu développée chez les roussettes et il en est de même pour la queue de ces animaux ; les sténodermes et d'autres phyllostomidès, à régime frugivore et par conséquent analogue à celui des roussettes, présentent aussi cette disposition.
La queue peut, à son tour, acquérir son développement normal et être comprise dans toute sa longueur dans la membrane inter-fémorale ou la dépasser plus ou moins; dans quelques espèces elle a su partie libre au-dessus d'elle. Ce sont là autant de particularités dont on tire un utile parti pour la caractéristique des genres composant les différentes familles des chéiroptères.
Les dents méritent aussi d'être examinées avec soin et il est peu de genres de cet ordie dans la caractéristique desquels elles n'interviennent.
11 y en a toujours de trois sortes : incisives, canines et molaires, et leur forme
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présente des différences considérables suivant le régime insectivore ou frugivore des espèces que l'on étudie, surtout pour les molaires. Il n'y a jamais plus de deux paires d'incisives supérieures et dans tous les genres de roussettes et de phvllostomes, ainsi que dans beaucoup de rbinolophidés, il en est ainsi pour la mâchoire inféiieiire. C'est avec les vrais rhinolophes que commence la série des chéiroptères à trois paires d'incisives inférieures et cette série se continue jusqu'aux derniers genres de l'ordre. Les canines existent aux deux mâchoires; elles sont fortes et pointues. Quant aux molaires, leur maximum est de six pour chaque côté, en haut comme en bas, et il y en a souvent moins, sans que le chiffre descende jamais audessous de quatre, sauf toutefois chez le desmode, espèce sanguisugue, propre à l'Amérique méridionale, dont la formule dentaire et la forme des dents sont d'ailleurs très-bizarres.
Envisagées sous ce double rapport les dents des chéiroptères fournissent de précieuses données pour la classification; elles présentent, en effet, des particularités en rapport avec le régime et certaines conditions du mode d'existence de ces mammifères. Ainsi les arrière-molaires des roussettes sont tuberculeuses et il eu est de même pour celles d'un certain nombre de phyllostomidés (sténodermes, artibées, etc.), qui se nourrissent également de fruits. Dans tous les autres chéiropères, la couronne des arrière-molaires est relevée de crêtes ou de pointes épineuses, permettant à ces animaux de broyer les parties dures des insectes dont ils sont très-friands.
L'estomac des chéiroptères sanguisugues est allongé; toutefois celui du desmode prend la forme d'un véritable caecum. Les espèces insectivores l'ont globuleux et il a une disposition plus compliquée chez les roussettes. Aucun chéiroptère ne possède de caîcum.
Le foie des roussettes est plus volumineux que celui des autres chéiroptères, et il s'étend davantage à gauche dans les espèces insectivores qui sont de beaucoup les plus nombreuses; il est réduit à trois lobes ou même quelquefois à deux, ce qui approche de sa disposition chez les oiseaux.
Les organes génilaux des chéiroptères rappellent, au contraire, par leur conformation ceux des mammifères les plus élevés. Les mâles ont le pénis Ubre et leurs testicules descendent dans un scrotum, du moins pendant la saison des amours. Les femelles ont l'utérus simple; elles sont unipares et dans certaines espèces on a constaté la présence d'un flux menstruel. Le placenta des chéiroptères est ainsi que nous l'avons déjà dit, discoïde. Ce n'est que vers la fin de la période fœtale que les membres acquièrent leur développement et que les doigts des mains s'allongent pour se transformer en ailes. Antérieurement l'embryon ressemble à celui der, autres animaux de la même classe et il a également les membres en forme de rames.
On mange les grosses espèces de chéiroptères de la famille des roussettes, famille qui est exclusivement propre à l'ancien continent et dont il y a des représentants en Afrique, dans l'Inde ainsi qu'en Australie.
Certaines espèces de l'ordre qui nous occupe sont dangereuses par l'habitude qu'elles ont de sucer le sang de l'homme et des animaux qu'elles trouvent endormis. Les phyllostomes vulgairement connus sous le nom de vampires , sont les plus redoutables de ces chéiroptères, parmi lesquels on remarque également certains genres frugivores, les sténodermes, les artibées , etc., et aussi les glossophages, et les desmodes; tous sont des régions chaudes de l'Amérique.
On constate aussi que les poils des chéiroptères dont la tige , vue au microscope, montre une apparence épineuse ou rugueuse, peuvent causer une urtication
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désagréable lorsqu'ils s'introduisent dans le, derme. Cette curieuse disposition a été décrite par plusieurs auteurs et principalement par M. Marclii, de Florence.
11 y a un grand nombre d'espèces de chéiroptères et Fou connaît des animaux de cet ordre sur tous les points du globe, sauf toutefois dans les régions polaires. 11 s'en trouve jusque dans certains îles du Grand Océan, oii il n'existe aucune espèce de mammifères terrestres. Le mystacin tubercule vit à la Nouvelle-Zélande.
Les chéiroptères se nourrissent pour la plupart d'insectes, mais, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, il y en a dont le régime est frugivore. Tous sont essentiellement des animaux crépusculaires, et pendant le jour ils se retirent dans les cavernes, dans les ruines abandonnées, dans des creux d'arbres, ou même simplement, comme le font les roussettes, à l'abri du feuillage, en s'accrochant par leurs pattes de derrière aux grands arbres dont les fruits leur servent de nourriture. Les parois de certaines cavités souterraines en sont parfois couvertes, et si l'on s'en approche avant que ces chauves-souris aient eu le temps de s'envoler, celles-ci semblent en tapisser la surface comme le ferait une épaisse fourrure. Les fèces accumulées de ces animaux ont une forte odeur de musc et l'on peut s'en servir comme de guano. Eu hiver, les espèces de chéiroptères propres aux régions froides ou même tempérées , s'engourdissent, et elles passent dans cette sorte de léthargie toute la saison pendant laquelle les insectes font défaut. On dit que dans l'Amérique septentrionale, elles exécutent de véritables migrations.
Les chéiroptères sont, en général, des animaux peu intelligents et ils ont en général le cerveau lisse. Cependant on trouve des circonvolutions cérébrales chez les roussettes, et elles sont d'autant plus prononcées que l'on a affaire à des espèces de plus grande taille. Les vampires ont aussi des indices de plis cérébraux.
En tenant compte des particularités les plus importantes que présentent les chéiroptères, on a partagé ces animaux en quatre familles :
1» Les roussettes {Ptéropodidés) ayant le régime frugivore, les arrière-molaires tuberculeuses, point d'oreillons aux oreilles, les narines sans feuille membraneuse, des ongles au pouce des mains ainsi qu'au doigt indicateur, et la membrane interfémorale aussi bien que la queue toujours plus ou moins rudimentaires. Ce sont des animaux de l'ancien continent et c'est parmi eux que l'on trouve les plus grandes espèces de l'ordre.
2° Les vampires [Plujllostomidés) à dents tantôt frugivores, tantôt insectivores, à oreilles pourvues d'oreillous festonnés et à feuille nasale, en général hastiforme. Ces chéiroptères sont essentiellement américains ; la plupart sont sanguisugues.
5" Les rhinolophes {Rhinolophidés) plus semblables aux chauves-souris ordinaires, mais encore pourvus d'une feuille nasale et n'ayant pas toujours l'oreillon simple. 11 y a des espèces de cette famille dans l'ancien continent aussi bien que dans le nouveau; l'Australie en fournit aussi.
4» Les chauves-souris (Vespertilionidés) , qui ne possèdent pas de feuille na. sale et sont pourvues d'un oreillon simple. Leur nourriture se compose exclusivement d'insectes, et leurs molaires ont une forme appropriée à ce régime. Tandis que les roussettes et les vampires n'ont jamais plus de deux paires d'incisives à l'une et à l'autre mâchoire les vespertilionidés et une partie des rhinolophes ont trois paires d'incisives inférieures. Les vespertilionidés sont d'ailleurs comme les rhinolophidés , des animaux cosmopolites , c'est-à-dire fournissaiit des espèces à toutes les régions du globe.
L'existence des. chéiroptères remonte à une époque reculée, et c'est en Europe que ces anciens mammifères ailés ont été principalement signalés. G. Cuvier
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a le premier décrit des restes d'une espèce de chamc-somk {Vespertilio parisiensis) , comparable à celles de nos jours, dont il a été trouvé de son temps une portion de squelette dans les plàtrières des environs de Paris, associée aux ossements des paléothériums , des anoplolhériums et des hyénodons. Des fossiles du même genre ont été découverts à la Débruge , près Apt (Yaucluse), dans les lignites de cette localité, qui renferment les restes de la même faune, et il y en a également dans les masses gypsifères d'Aix, en Provence (V. Aquensis).
On signale, en outre, des rliinoloplies dans les piiospliorites du QLicrcy, qui se sont sans doute déposés à la même époque géologique et il a aussi élé rencontré des chéiroptères fossiles en Allemagne et en France dans des couches plus récentes soit miocènes, soit pliocènes. Ceux-ci indiquent également des espèces comparables à celles qui vivent actuellement en Europe. 11 va sans dire que les dépôts quaternaires renferment à leur tour des débris de chéiroptèies et le sol des cavernes en a fourni dans beaucoup d'endroits ; les espèces auxquelles ces débris se rapportent ne diffèrent pas de celles d'à présent. P. Gervais.
BiBUOGUAPHiE. ^ Daubenton. Mém. de l'Acacl. des se, 1759. — Cuvier (F.). Deuts des Mammifères et Mémoires divers. — Geoffeoy Saint-Hilaire (E. et Is.). Mémoires divers. — Leacii. Transactions linncennes de Londres, t. XII. — Temminck. Monographies de Mammalogie. — De Blainville. Ostéographie , genre Vesperlitio. — Guay (J.-E.). Catalogne du British Muséum et Mémoires divers. — Gervais (P.). Documents pour servir à la monogra^ phie des Chéiroptères sud-américains, 1850. — Peieks. Mémoires divers.
CHEIROSTEIHO]V OU ARBRIB A LA nM\. On donne ce nom à un genre de plantes de la famille des Malvacées, remarquables par la disposition de leurs cinq étamines, dont les filets soudés en tube à la partie inférieure sont libres et étalés à la partie supérieure en forme de main ou de griffe. On ne connait qu'une espèce de ce genre, le Cheirostemon platanoidea, Humb. et Bonpl. Elle n'a pas d'intérêt au point de vue médical.
HuMBOLDT et BoNPiAND. Plantes Équinoxiales, I, p. 81, tab. 24. Pt.
CHÉLERYTnRll\[E. On a retiré cet alcalo'ide de la Grande Ghélidoine ; elle paraît identique avec la Sanguinarine.
CBËLIDOIIVE. § I. Botanique. {Chelidonium T.) Genre de plantes, de la famille des Papavéracées, série des Papavérées, dont les fleurs, régulières et hermaphrodites, ont dans leurs verticilles extérieurs les caractères de celles des Pavots, c'est-à-dire deux sépales et quatre pétales caducs, avec un nombre indéfini d'étamines hypogynes. Leur gynécée est seul différent, formé d'un ovaire libre, étroit et allongé, uniloculaire, avec seulement deux placentas pariétaux pluriovulés. Le style est court, il se dilate un peu en une extrémité stigraatifère dont les deux lobes sont défléchis-adnés et superposés aux placentas. Le fruit est luie capsule étroite et allongée, siliquiforme, qui s'ouvre à la maturité, comme le iruit des Crucifères, par deux valves abandonnant un cadre étroit séminifère, surmonté du style persistant. Les graines nombreuses, pourvues d'une dilatation arillaire, en forme de crête, du raphé, renfermant sous leurs téguments lisses, brillants, un albumen huileux abondant, avec un tout petit embryon voisin de son sommet. Les Ghélidoines, dont les organes renferment un latex jaune orangé assez abondant, sont des herbes dressées, rameuses, à feuilles alternes, disséquées, penninerves, à fleurs janncs disposées en cynies ombelliformes terminales ou oppositifoliées. Elles luibiteat, l'Europe et l'Asie tempérées et l'Amérique du Noi'd. On en a décrit plusieurs espèces, distinguées les unes des autres par les dimensions dos lobes de leurs
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feuilles; mais il est probable que ce ne sont que des formes ou des variétés d'une seule et même espèce, trcs-commuue dans notre pays, dans les baies, les décombres, les jardins mal entretenus, sur les vieilles murailles, etc. C'est le C. majus Mhx. {Dict., n. 1. — L., Spec, 723. — Reichb., le. FI. germ., 111, t. 10. — Gren. et GoDiî., FI. de Fr., I, 62) qui aurait pour synonymes le C. laeiniaiinn MiLL., Diet., n. 2, et le C. quercifolium Willem., FI. Lorr., II, 613. Cette plante vivace a une tige dressée et rameuse, pourvue de poils mous articulés en petit nombre. Ses feuilles, molles, glauques en dessous, pinnatiséquées, ont de cinq à onze segments ovales, irréguliers, inégaux, plus ou moins péliolulés. Ses fleurs ont des sépales jaunâtres, mous, acuminés, des pétales entiers, obovales, des fdets staminaux renflés vers le sommet et un fruit linéaire, toruleux, long do 2 à 5 centimètres. Ses graines sont d'un vert olivâtre ou presque noires, avec un arille blanc. Celle plante porte les noms vulgaires de Grande-Éelaire, Herbe à VÉclaire, Felougne, Felongère, Herbe d'hirondelle, Grande Chélidoine.
La Chélidoine des anciens médecins n'est pas toujours cette plante, mais bien évidemment, dans certains cas, une Renonculacée, le Callhapahistris, plante qui fleurit aussi vers l'époque du retour des hirondelles dans nos climats. H. Bn.
T., Inst. Reiherb., '251, t. 116. — L., Gen., n. 647. — Adans.. Fam. des pi., II, 401 — J., Gen., 236. — G^ïutn., de fruct.. II, 164, t. 115. — Lahk, Dicl., I, 73; ///., t. 450.— Endl., Gen., n. 4819. — Mér. et Del., Dict. Mal. méd., II, 217. — Guin., Brog. simpL, 6'"° cdition, III, 690, fig. 761. — 11. Bâillon, Histoire des plantes, III, 116, loi, 141, fig. 134-136.
g II. Pharmacologie. La chélidoine, grande chélidoine, éclaire, grande éclaire, herbe d'hirondelle, etc., est une plante vivace très-répandue dans les régions septentrionales et tempérées des deux hémisphères, croissant particulièrement dans les haies, sur les vieux murs, dans les ruines, sur les rochers. Celle qui croît dans les terrains secs et pierreux est plus active que celle qui vient dans les lieux humides et ombragés ; de même, la plante sauvage est plus active que la plante cultivée dans les jardins.
Parties usitées dans l'ordre de leur activité : la racine, l'herbe, les fleurs.
La dessiccation paraît diminuer ou modifier les propriétés de la chélidoine. C'est donc à l'état frais qu'elle doit être employée ou traitée pour en obtenir diverses préparations. L'herbe doit être récoltée avant la lloraison; la racine peut être exploitée en toute saison.
La chélidoine, à l'état frais, exhale une odeur désagréable, du genre vireux, que T.ournefort a comparée à celle des œufs couvis, et Murray à celle de la moisissure septique. Elle a une saveur amère, accompagnée d'une âcreté qui dinnnue avec la dessiccation, tandis que l'amertume ^vugmente. Toute la plante est imprégnée d'un suc gommo-résineux, jaune orangé, qui exsude des incisions ou sections pratiquées sur l'herbe et sur la racine. Ce suc a une saveur amère, acre, corrosive ; il s'épaissit et fonce en couleur à l'air, et perd alors de sa solubilité dans l'eau ; c'est en lui que résident les propriétés énergiques de la chélidoine. Par sa couleur, exceptionnelle dans les sucs végétaux de nos climats, il ressemble à celui du Cambogia gutta L. ; et conséquemment, Tiiompson a assuré qu'd contient de la gomme-gutte. 11 est plus vraisemblable qu'il a seulement des analogies physiques et chimiques avec celte gomme-résine, à laquelle il ressemble aussi d'ailleurs par ses propriétés drastiques.
^'analyse chimique de la chélidoine, par Chevallier et Lassaigne, a donné : une substance résineuse, amère, jaune ; une matière gommo-rési!ieuse, jaune
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orangé, amère, nauséabonde ; du citrate et du pliospliate de chaux ; du nitrate et de riiydrochlorate de potasse ; de l'acide raalique libre ; du mucilage, de l'albumine et de la silice.
Godefroy eu a isolé une matière blanche, cristalline, qu'il a nommée chéîidonine. Will lui a reconnu les caractères d'un alcaloïde, et lui a assigné pour formule : G*WAz^O^ Une autre base y a été découverte par Probst et Pollcx, la chélérythrine : C^''ll*''AzO*. Probst a trouvé, en outre, un acide particulier, cristallisable, l'acide chélidonique : C"H-0*''3II0. Enfui une matière colorante jaune, la chélidoxanthine, a été extraite des feuilles et des fleurs.
On croit que la chélidonine est le principe toxique de la chélidoine.
Préparations pharmaceutiques et doses. A l'intérieur : infusion ou décoction des feuilles, 15 à 50 grammes pour 1 litre d'eau; par tasse, en vingt-quatreheures.
Décoctioti de la racine, 10 à 15 grammes pour 1 litre d'eau; par tasse, eu vingt- quatre heures (Godefroy).
Suc exprimé : 50 centigrammes à 2 grammes, dans une potion mucilagineuse et sucrée. Cazin a porté jusqu'à 5 et 6 grammes la dose du suc de chélidoine, délayé dans 700 grammes de petit-lait. La dose maximum de 8 grammes est indiquée dans la Pharmacopée universelle de Jourdan.
Wendt et Cazin ont recommandé et employé une conserve composée de parties égales de miel et de suc frais de chélidoine. Ils ont donné jusqu'à 16 grammes de ce mélange, délayé dans un peu d'eau.
Poudre de la racine : 2 à 3 grammes dans un véhicule, en pilules', en électuaire.
Extrait de chélidoine : Il a été préparé de plusieurs manières : par cuisson dans le vin (Lange), par décoction aqueuse de la plante, par évaporation au bainmarie du suc frais, par épaississement du suc en y mêlant la poudre des feuilles ou de la racine. 20 centigrammes à 1 gramme, en pilules de 10 centigrammes. On trouve aujourd'hui chez Dausse, à Paris, un extrait hydroalcoolique, qui m'a servi pour quelques expériences thérapeutiques.
Eau distillée de chélidoine : Ancienne préparation, peu active; inusitée. Elle était autrefois employée pour collyres.
Vin ; 15 à 50 grammes do racine pour 1 litre de vin ; 30 à 60 grammes chaque matin (Cazin). 15 grammes pour 1 htre ; se donne par cuillerées (Récamier).
A Vextérieur : Suc de la plante fraîche, S. Q. seul ou étendu d'eau ; feuilles fraîches hachées ou pilées, pour topiques stimulants ou rubéfiants.
Pommade, avec axonge et suc ou extr<\it.
Décoction pour injections, lotions, fomentations, etc.
§ III. Emploi médical. AcTiOM THYsiOLOGiQUE. Les feuilles fraîches de la chélidoine sont rubéfiantes et même vésicantes; son suc, pur, est caustique; étendu d'eau, il exerce encore à divers degrés une action irritante. Cette plante possède en outre quelques propriétés narcotiques et stupéfiantes (que Probst dit avoir reconnues dans la chélérythrine), ce qui ne doit pas étonner lorsqu'on se rappelle qu'elle fait partie de la famille des papavéracées; elle peut même déterminer des accidents toxiques. Elle a donc une activité topique et dynamique qui commande une certaine réserve dans son emploi. Lorsqu'on l'administre à l'intérieur» il est prudent de mitiger son impression irritante sur les muqueuses digestives, et mieux encore de l'éviter autant que possible.
L'absorption des parties actives de la chélidoine produit des phénomènes d'excitation sur divers appareils organiques. Elle excite la sécrétion du foie et provoque
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le flux biliaire ; elle excite également les sécrétions muqueuses de l'intestin et y appelle la transsuclation An sérum ; elle tient ainsi à la fois des purgatifs tholagogues et hydragogues, et par son énergie, sous ce double rapport, elle entre dans les drastKiues. En outre, elle occasionne souvent le vomissement, plus peut-êlrc par l'irritation immédiate de la muqueuse gastrique que par une action secondaire sur l'estomac. On peut donc aussi la considérer comme un émétocatliartique.
Les autres appareils influencés par la cbélidoiiie, seraient les reins, les '^landes lympbatiques et la peau. De nombreux observateurs lui attribuent, avec la propriété diurétique, une action fondante et résolutive sur les lésions dénutrition dans lesquelles le système lymphatique est plus ou moins intéressé, telles que les engorgements de la rate et du mésentère, les aifections scroluleuses et syphilitiques.
Enfin, d'après d'autres auteurs, la peau en recevrait une stimulation favorable à la guérisou de certaines affections dartreuses, et qui, se traduisant parfois par de la diapliorèse, a aussi été considérée comme propre à favoriser l'élimination des principes infectieux ou contagieux contenus dans le sang. On comprend que nous ne nous portions point garant des dernières propriétés que nous venons d'énumérer, et qui demanderaient une nouvelle démonstration.
Action thérapeutique. La grande chélidoine, yûiSono-j pe^a de Théophraste et de Dioscoride, était l'un des drastiques végétaux fort usités dans l'antiquité. Les Grecs l'appliijuaicnt particulièrement au traitement des maladies du foie. Galieu l'administrait en infusion dans du vin blanc contre l'ictère ; Dioscoride ajoutait à cette infusion de l'anis ; plus tard Forestus en fit une décoction avec de la bière, La doctrine des signatures avait passé par là ; et la couleur, tant des fleurs que du suc de la chélidoine, n'avait pas peu contribué à sa réputation antictérique. Mais les Grecs prêtaient à cette plante une autre propriété plus équivoque : la pro- . priété ojihthalmique, qui lui valut son nom, de /s^t^wv, hirondelle. On s'est demandé, et l'on se demande encore, quel pouvait être le motif plausible de cette appellation. Était-ce parce que les nids d'hirondelles étaient réputés bons pour les maladies des yeux, ou parce que ces oiseaux étaient censés rendre la vue à leurs petits avec le suc de la chélidoine ? Toujours est-il que ces imaginations des Grecs, fabuleuses ou plutôt puériles, se sont propagées dans le vulgaire jusqu'à nos Jours, en perpétuant le nom Alierhe à l'hirondelle, à côté de celui à'éclaire, autre consécration d'une réputation usurpée près d'autres crédules qui persistaient à gratifier la plante du pouvoir d'éclaircir la vue.
Ainsi l'emploi de la chélidoine a été primitivement inspiré par l'antiquité, avec deux indications spéciales ; et quel qu'en fut le bien fondé, l'influence des anciens sur les modernes a encore une fois été telle que la plante en question est restée inscrite parmi les remèdes hépatiques et les remèdes ophthalraiques. C'est donc sous ces deux qualifications que nous devons d'abord l'examiner.
Dioscoride recommandait, pour fortifier et éclaircir la vue, un mélange de suc de chélidoine et de miel, cuit dans un vase de cuivre. Il se formait, sans nul doute, dans ce collyre, quelque sel cuivrique qui venait ajouter se* propriétés à celles de la plante en question ; et l'on connaît aujourd'hui l'action souvent avantageuse des composés de cuivre sur plusieurs affections des yeux et des paupières. On employait aussi ce suc pur dans des collyres appelés chélidoniens (Pline, lib. XXV, cap. 50). A la fin du dernier siècle, Schallern renchérit sur la pratique des anciens et vanta outre mesure l'usage de la chélidoine, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, contre les lésions oculaires les plus diverses, les plus graves, jusqu'à prétendre guérir ainsi les cataractes et les amauroses. Hildanus proposa d'appliquer sur l'œil
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la grosseur d'une pointe d'aiguille d'extrait de cliélidoine, pour arrêter la cataracle commençante. D'après Roques, 4 grammes de suc, étendu dans 60 à 100 grammes d'eau pure ou d'eau distillée de roses, constituent un collyre efficace contre les ophthalmies scrofuleuses et les ulcérations chroniques des paupières, pourvu, ajoute-t-il, que l'inflammation soit modérée. La chélidoine, en effet, en admettant qu'elle fût réellement utile dans l'oculistique, exige au moins une grande prudence dans ses applications topiques ; et c'est ce que reconnaît aussi Cazin, qui, plus récemment, s'en est déclaré partisan, après avoir constaté les bons résultats de son emploi empirique dans les campagnes contre des affections, antérieurement rebelles, de l'organe de la vue. Cet auteur dit avoir employé avec succès le suc des feuilles de chélidoine, étendu dans plus ou moins d'eau fraîche, en collyre pour les ulcères des paupières, les blépharites muqueuses ou glanduleuses, les ophthalmies chroniques, les taies de la cornée, et les restes du ptérigioii. Il pense, en outre, que ce suc, plus ou moins étendu d'eau, et même pur, conviendrait, instillé entre les paupières, dans l'ophthalmic purulente des nouveau-nés.
Ou comprend bien que le suc de chélidoine, convenablement étendu, puisse agir, soit comme substitutif et résolutif, contre les lésions oculo-palpébrales chroniques et indolentes, soit en ranimant, à la manière d'autres excitants, la sensibilité visuelle dans certains cas d'affaiblissement; mais comme moyen caustique on ne peut s'empêcher de le redouter. Il n'est guère présumable que l'on réussisse à réhabiliter cette plante comme remède anti-ophthalmique, lorsque tant d'autres moyens nous offrent plus de garanties d'efficacité et d'innocuité.
C'est également à l'imitation des anciens, de Galien et de Dioscoride entre autres, que la chélidoine a été employée contre l'ictère, oii elle agirait à la fois comme purgatif et comme diurétique. Elle y a été préconisée par < Lange, Boerhaave, Joël, Hufeland, Gilibert, Wendt, Raderaacher, etc., et semblerait avoir particulièrement réussi dans les ictères chroniques, sous forme de vin ou d'extrait, plus ou moins longtemps continuée.
A cette propriété d'exciter le foie et d'enlever les suffusions bilieuses, se joindrait celle d'éliminer les épanchements séreux ; et l'on a recommandé cette plante contre les hydropisies. On croit que sa racine était le remède spécifique de Van Helmont contre l'ascite.
D'après Mérat, de Lens et Gazin, la chélidoine est un purgatif prompt et certain, analogue à la gomme-gutte, mais moins actif et en ayant tous les avantages sans en avoir les inconvénients. Je ne partage pas cet avis ; la première est émétocathartique, la seconde ne l'est pas; la première a une action topique irritante beaucoup plus forte que la seconde. La chélidoine enfin, à en juger par son action violente sur la peau, est susceptible d'enflammer la muqueuse digestive ; et c'est elle dont les partisans me semblent avoir exagéré les avantages et méconnu les inconvénients; tandis que la gomme-gutte, à dose modérée, et surtout à petite dose comme adjuvant d'autres purgatifs résineux, est inoflensive et purge sans aucune irritation appréciable. La chélidoine, qui doit être maniée avec une extrême prudence et qui a souvent causé des empoisonnements, ne peut donc pas devenir Un purgatif usuel. Je ne saurais admettre son emploi qu'à très-petites doses, pour concourir à l'action d'autres purgatifs, tels que le calomel et la rhubarbe, comme l'ont fait Gazin et Rath (de Coblentz.) {Abeille médicale, juin i845, p. 153).
On l'a conseillée contre les engorgements abdominaux, contre celui de la rate, sur lequel elle exercerait, d'après Récamier, une action élective ; contre les scrofules, les dermatoses chroniques, la syphilis (Wendt, Heckul, Kuntzbuaun,
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C-Ji:in) ; contre les fièvres iiitermiltenles et leurs suites, telles que l'anasarque, la cacliexie paludéenne (Linné, Wagner, Lange) ; contre la goutte et la gravelle (Kramer); coiilre les vers intestinaux (Cazin) ; contre la fièvre jaune, en vue sans doute de son action sur le foie (Julien Paumiers) ; contre les empoisonnements se[itiques, où elle éliminerait le poison par les sueurs (Palmarius) ; contre les maladies chroniques de la poitrine (Garancière) ; contre les catarrhes piluiteux, comme incisif, en association avec le vinaigre scillitique (Bodard).
Comme on le voit, les applications, plus ou moins justifiées de celte plante au traitement de diverses maladies, ont été nombreuses; néanmoins, les efforts lentes pour appeler l'attention sur elle par Linné, Murray, Wendt, Scliallern, Gilibert, Bodard, et plus récemment Cazin, qui lui a consacré un long article dans son Traité des jjlantes médicinales indigènes, n'ont pas réussi à la maintenir dans la thérapeutique interne. C'est tout au plus s'il est encore question de nos jours de quelques applications extérieures, dont il nous reste à parler.
La plus vulgaire est celle qui consiste à employer le suc frais de chélidoinepour cautériser les corps et les verrues; moyen infidèle, sinon nuisible, en ce sens qu'il n'est pas assez actif pour détruire ces productions cornées, et cause à l'entour une inflammation sans profit.
Gilibert, et après lui Cazin, regardent le suc de chélidoine comme un des plus puissants détersifs contre les ulcères de mauvaise nature. Cazin dit l'avoir injecté avec avantage, étendu d'eau, dans les trajets fistuleux, et employé de même contre les décollements. Cazin dit encore en avoir lait des applicatisons heureuse sur les tumeurs scrofuleuses ; il en a fait aussi la base d'un traitement contre la teigne, qu'il décrit de la manière suivante : Après avoir mis le cuir chevelu à nu, au moyeu de cataplasmes émollients, on le lotionne avec une forte décoction de feuilles fraîches de chélidoine pendant six à huit minutes, et l'on frictionne toute la partie malade avec une pommade composée de parties égales de suc de chélidoine, de savon blanc et de pommade camphrée (camphre, 1 5 ; axonge, 50) . Ce pansement est répété chaque matin; la guérison est obtenue du quinzième au trentième jour [loc. cit.).
Fabre conseille l'essai, dans toutes les affections herpétiques, de ce glycérolé antiherpétique : glycérine purifiée 15 grammes; extrait de grande chélidoine, 2 ; acide tannique pur, 2 ; alcoolature de grande chélidoine, S. Q. pour délayer l'extrait. On étend, à l'aide d'un petit pinceau, une couche de ce glycérolé sur la partie malade, plusieurs fois dans la journée; lorsqu'on n'en obtient pas un résultat satisfaisant, on remplace dans la formule le tannin par le proto-sulfate de fer. (Btd. letindethérapeiitique, lSb9, t.lNil,^. i^A).
Grand-Clément, de Clermond-Ferrand, a reconnu l'efficacité de la chélidoine, contre des éruptions herpétiques vésiculeuses, accompagnées de prurit. Le traitement consiste en frictions avec les feuilles fraîches, froissées ou écrasées, avec le suc pur, ou avec un glycérolé formé de parties égales de ce suc et de glycérine. Il résulterait une légère chaleur qui remplace le prurit, en même temps que l'Iieipès se dessèche et guérit en trois ou quatre jours. (Bulletin de thérapeutique, 1859, t. LVI, p. 456).
Les faits qui précèdent tendraient donc à établir que le suc de chélidoine peut agir à l'extérieur, dans certaines affections de la peau, comme un léger caustique, ou comme un irritant substitutif. Il reste à vérifier si son usage interne a, dans les mêmes cas. l'efficacité que lui ont accordé nos prédécesseurs ; il serait peut-être intéressant d'en faire l'essai dans les cas particuliers oii ces affectious se lient à la diatlièse scrofuleuse.
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Proposée â l'intérieur comme purgatif drastique contre l'aménorrlice, la cliélidoine a été mieux utilisée à l'extérieur, comme rubéfiant congestif, dans des pcdiluves composés d'une forte décoction de fouilles de cette plante. Le même raoven se recommanderait dans les autres cas où l'on aurait besoin de pédduves irritants. Rey et Séguin ont obtenu la réapparition des règles en maintenant avec les bas appliquées autour des jambes, des feuilles de chélidoine fraîches et bien hachées [Bulletin de thérapeutique, 1842, t. XXII, p. 177).
Le docteur Sace, de Wesserling, attribue à la grande chélidoine une action vulnéraire très-supérieure à celle de l'arnica; il affirme que, dans tout le Midi, la première est employée pour prévenir et combattre les inflammations traumatiques, avec une sûreté qu'il ne reconnaît à aucun autre vulnéraire. 11 propose pour l'usage, dans les pays où l'on ne récolte pas cette plante, une teinture alcoolique des feuilles au centième {Echo médical suisse, novembre 1860, et Bulletin de thérapeutique, 1860, t. LIX, p. 468).
Rochon dit que, en Cochinchine, on tire de la Chine une espèce de chélidoine, dont on fait un usage médical {Voyage, p. 302, et Supplément ou tome Vil du Dictionnaire de Mérat et de Lens). Ce serait à nos confrères, employés en Cochinchine, à nous fournir quelques documents à ce sujet.
La Petite chélidoine, Ficaire, Ranuncuhis Ficaria, L., Ficaria Ranunculaides, Roth, a des racines acres et vénéneuses, composées de granulations qu'on a comparées à de petites figues, ficus, ce qui l'a fait nommer aussi herbes aux hémorrhoïdes. Elle a été conseillée, à l'intérieur, comme antiscorbutique, à l'extérieur, sur les tumeurs scrofuleuses. Elle est inusitée aujourd'liui en médecine. Ses feuilles sont employées en certains pays, comme herbes potagères, la cuisson, paraît-il, détruisant leurs propriétés vénéneuses.
Toxicologie. La chélidoine a été rangée par Orfila, dans la dernière édition de sa Toxicologie, parmi les poisons irritants végélaux. Muis eiie agit en outre sur le système nerveux en déterminant des accidents analogues 5 ceux produits par les poisons narcotiques. Les expériences d'Orfila sur les chiens démontrent que le suc de cette plante, introduit dans l'estomac de ces animaux, à la dose de 12 à 16 grammes, y cause une violente inflammation, suivie de mort ; que, appliqué sur le tissu lamineux sous-cutané, à la dose de 6 à 8 grammes, il est absorbé et occasionne également des accidents mortels. Absorbé par une plaie, sur deux cas: dans l'un la muqueuse digestive n'offrait pas d'altération sensible , dans l'autre, l'estomac était enflammé. Dans les deux cas, et dans l'un de ceux où le poison avait été déposé dans l'estomac, les poumons étaient livides, gorgés de sau'-'-, peu crépitants.
Dans une observation d'empoisonnement de toute une famille par la chélidoine, il y eut en même temps superpurgation et symptômes cérébraux, tels que du délire, des hallucinations {Philosophical Transactions, t. XX, n<'242 ; Cazin, loc. cit.).
D'après les faits toxicologiques qui précèdent, et d'après ce que nous avons dit de l'action pharmacodynamique de la chélidoine, un empoisonnement causé par cette plante se traduirait donc par une violente gastro-entérite, avec vomissements, purgation, douleurs plus ou moins aiguës dans le canal digestif, symptômes cérébraux analogues à ceux produits par les opiacés, et menace de congestion pulmonaire.
Appelé à temps, le médecin devrait prescrire d'abondantes boissons émollientes pour diminuer l'action topique irritante du principe toxique, et aussitôt après faire vomir, soit par la titillation du gosier, soit, si celle-ci ne réijgjit pas, à l'aide d'un DICT. EM. XV. 42
Go8 ClD'LOÏDl':.
éinéli(|uo. Il se compoi tcra ensuite selon les symiitùnies iiUL'i'ieurs, en reslaut, pour comballre rinflaniaiatioa gastro-intestinale, modéré dans l'emploi des antiphlogistiques, s'il doit en même temps avoir égard à l'hyposthénie déterminée par le poison.
Pour établir formellement la nature de l'empoisonnement, l'expertise médicolégale aurait à rechcrclier, dans les matières rejttces pendant la vie, trouvées après la mort dans le tube digestif, peut-être même dans les viscères et notamment dans les poumons, les alcaloïdes propres à la chélldoine, savoir la chélidonine et la chélérythrinc. Si elle écliouait dans cette recherche difficile et délicate, l'essai des matières précitées sur les animaux pourrait du moins indiquer les caractères génériques (éméto-cathartiques, narcotico-âcres), du poison qui a causé les accidents.
La ressemblance d'un empoisonnement de ce genre avec une inflammation spontanée des voies digestives, compliquée de symptômes nerveux, pourrait en un cas donné embarrasser l'observateur et faire méconnaître l'origine de la situation. Lorsque l'on songe à la facilité avec laquelle certains empoisonnements peuvent être commis et voilés sous une forme commune à d'autres états morbides, on ne saurait trop insister sur les précautions à prendre pour en confondre les auteurs.
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t'MÉLmoxaKIQîJE (.Acide). Contenu en faible quantité dans la grande chéliiloiuc, cfit acide forme des cristaux blancs à forme de prisme rhomboïdal, solublcs dans l'eau, l'alcool et l'étlier. D.
CEÉLIIîOKlQUf: (Acide). Cet acide se trouve, mais en petite quantité, dans toutes les parties de la grande chélidoine, combiné avec divers acides organiques. Il cristallise en longues aiguilles soyeuses, quand la solution qui le renferme est soumise à une évaporation lente. Il se précipite au contraire en petites aiguilles accolées les unes aux autres quand la solution bouillante est refroidie tout à coup. Peu soluble dans l'alcool et dans l'eau froide, il l'est facilement dans l'eau à la température de l'ébullition. D.
cnELlOOXitNTnilVE. Substance amère, de couleur jaune, qu'on trouve dans la grande chélidoine. Elle cristallise en aiguilles confuses, se dissout difficilement dans l'eau froide. D.
CIIÉLOIDE ou KÉLOIDE. Cette expression vient de deux mots grecs, x'^lîn, pince d'écrevisse, et sWo;, figure : « en forme de pince; » d'oiî l'on voit que la première façon de l'écrire est certainement préférable à la deuxième, le / grec se traduisant dans notre langue par l'articulation c/î, tandis que notre K correspond plus spécialement au z des Grecs. Je n'hésite donc pas à rompre ici en visière avec l'usage, qui tend à faire prévaloir sans raison un grossier solécisme.
DjéI'Ihition. Le mot chéloïde sert à désigner une forme particulière d'affection de la peau caractérisée par des productions irrégulières, compactes, dures, lisses, ordinairement plus ou moins saillantes, comprenant toute l'épaisseur du derme, constituées surtout par du tissu fibro-plastique, et ayant une grande tendance à 5e reproduire sur les pomts oi!i elles se sont d'abord Uévelojipées.
CIIÊLOÏDE. ggg
Historique. La chéloïde a passé inaperçue des anciens. La première mention qui en soit faite se trouve dans Re(z {Traité des maladies de la peau et de celle, de l'esprit, Paris, 1790), sous le titre bizarre de dartre de graisse. Le passade suivant cité par M. Firmin dans sa thèse inaugurale, montre qu'il s'agit bien en elfet de? la chéloïde: « L'épiderme n'est pas altéré; seulement cette membrane a pris une couleur rouge foncé. Elle est soulevée par des amas dune matière solide qui torraent tantôt des espèces de noyaux qui parviennent jusqu'à la grosseur d un abricot tantôt des rayons longs d'un doigt et gros comme celte pâte Ftalienne qu on appelle macaroni; ou bien cette même matière occupe de grands espaces sous la peau, et y paraît sous la forme de loupes plates et étendues, fort élevées et de la grandeur dune des deux mains. Ces plaques de loupes sont singulièrement entre acees par des filons de la même matière, de différentes grosseurs, qui ressemblent à de grosses cicatrices et forment plusieurs plis et replis comme s'il y avait plusieurs cicatrices les unes sur les autres, ou les unes auprès des autres. » ^
J'ai tenu à citer tout au long ce passage, d'abord en raison de son importance dans 1 ordre chronologique, et ensuite parce qu'il nous donne le premier e'^sai de description qui ait été tenté de la chéloïde.
Biais l'histoire de cette affection ne date véritablement que d'Alibert qui la fît d'abord connaître sous le nom de cancroïde {Précis théorique et pratique des maladies de la peau 1810), puis sous celui dekéloïde, que les pathologistes ont adopte {Monographie des dermatoses, Paris, 1832).
Du reste, simple changement de nom, car la kéloïde reste pour Alibert ce quêtait le cancroïde, un genre de la famille des dermatoses cancéreuses II en distingue deux espèces : l» une kéloïde vraie, reconnaissable au prurit ardent quelle suscite, prurit qui se convertit quelquefois eu douleurs poignantes, analogues aux douleurs de la carcine; 2" une fausse kéloïde, qui résulte de la cicatrisation d une brûlure, ou d'une ulcération scrofuleuse ou syphilitique, celle-là indolente, lésion accidentelle plutôt que maladie.
Le tableau qu'il nous a laissé de ces deux espèces, et particulièrement de la première, est d'une réalité frappante, malgré quelques lacunes inévitables et les auteurs qui ont depuis abordé la même étude n'ont fait le plus souvent que' reproduire sous une autre forme les principaux traits de sa description.
Dans l'intervalle qui sépare les deux publications d'Alibert, en octobre 1829 parut dans la Revue médicale une observation recueillie par M. Vallerand de Lafosse, et qui présente le fait, demeuré exceptionnel, d'une chéloïde se terminant par ulcération.
La chéloïde cicatricielle a été étudiée avec soin par Hawkins, en 1833, sous le nom de tumeurs verruqileitses des cicatrices. M. Gintrac se demande avec raison SI ces tumeurs, qui étaient très-vasculaires et saignaient iacilement, étaient bien de véritables chéloïdes. 11 est au moins permis d'en douter.
Rayer a considéré la chéloïde comme une hypertrophie des éléments vasculaires de la peau, et l'a placée entre les nœvi, les tumeurs érectiles et l'hypertrophie du derme. 11 en rapporte deux observations intéressantes, dont l'une offre un exemple • bien constaté de l'influence héréditaire {Traité des maladies de la veau 1855 t. Il, p. 67etsuiv.). ■* ' '
M. Gazenave en rejette la description à la fin de son ouvrage, dans le chapitre consacré aux « maladies de la peau qui par leur nature na peuvent se rapporter à aucun des ordres de sa classification. » Le lupus, la pellagre, le purpura, les'
OGO CUÉLOÏDE.
syphilides, elc, font partie de ce chapitre {Abrégé pralique des maladies delà
yeau, 1847).
Gibert la range dans l'ordre des tubercules, mais ne lui consacre qu'un artic'e insignifiant {Traité des maladies de la yeau).
M. Devergie ne fait guère que mentionner la chéloïde, qu'il place d;ins son septième groupe, c'est-à-dire parmi les maladies exotiques, à côté des lèpres, du piau d'Amérique, du molluscum {Traité des maladies de la yeau, 1854).
M. Hardy considère la cliéloïde comme une simple dilïormilé du derme, et conséquemment à cette idée, il ne parle ni des sensations morbides qui accompagnent cette affection, ni de sa tendance à la récidive.
Citons encore, parmi ceux qui se sont occupés de la chéloïde, MM. Letellier de Saint-Leu Taverny [Bull, de l'Acad. de méd., 1856, t. I, p. 179), Guéretin, du Lion d'Angers (thèses de Paris, 1837, n°194), Gimelle {Bull, de l'Acad. deméd., 1845, t. VIII, p. 992), Macpherson {London Medic. Gaz., 1844), Velpeau [Gaz. des Hop., 1845, p. 229), Michon {du cancer cutané, thèse de concours, Paris, 1848), Warren {Burçfical Obs. on Tumours, Boston, 1848, p. 4i), Firmin (Thèses de Paris, 1850, n» 169), Follin {végétations des cicatrices, Gaz. desHôp., 1849, p. 299), Cabot, de Boston {American Journ. of Med. Sciences, 1851), Burnelt {ibid., 1853, p. 569), Er. Wilson {Diseases of the Skin, p. 526 et suiv.), Maubou (thèses de Paris, 1855), Llionneur libid., 1856), Bazin {Bévue médicale, 1857, t. I, p. 725), Legoucst {Gaz. desHôy., 1858, p. 464), Verneuil {ibid., p. 475), et terminons enfui cette liste bibliographique déjà nombreuse par le nom de l'auteur à qui nous l'avons empruntée presque tout entière, je veux parler de M. Giiitrac, de Bordeaux, qui, dans un chapitre très-bien fait et très-substantiel, a rassemblé, coordomié et mis en œuvre tous les faits et documenls jusqu'alors disséminés dans les livres et recueils périodiques {Cours théorique et clinique de pathologie interne, t. 'V,p. 605, Paris, 1859).
Divisions. J'admets avec Alibert deux espèces de chéloïde : IMa chéloïde vraie ou spontanée, ou de cause interne ; 2» la chéloïde fausse ou cicatricielle. H me paraît également impossible, soit de confondre ces deux espèces en une seule, comme l'a tenté Lhonneur dans sa thèse inaugurale, soit de méconnaître les caractères communs qui les relient l'une à l'autre. Toutefois, s'il me fallait prendre un parti entre ces deux opinions extrêmes, j'avoue que les différences l'emporteraient à mes yeux sur les analogies. C'est ce que j'espère démontrer jusqu'à l'évidence dans la suite de ce travail. . 1 1 -
1» Chéloïde vraie, spontanée. La chéloïde spontanée peut naître d'cmblee, ou survenir à l'occasion d'une action locale accidentelle, brûlure, plaie, écorchure, etc. Ce dernier cas est de beaucoup le plus fréquent. Je reviendrai plus loin sur cette circonstance étiologique, qui peut être négligée ici, car elle n'exerce aucune iniluence notable sur la marche ultérieure des phénomènes.
Quelle est la forme initiale de la chéloïde? Les faits publiés par les auteurs nous montrent cette affection débutant sous des aspects assez divers, tache, papule, pustule, tubercule, cicatrice, etc. Alibert l'a vue commencer par des boutons durs au toucher, par des granulations qui lui donnaient l'apparence d'une lraise;dans d'autres cas, c'étaient des espèces de pustules, auxquelles succédaient des élévations dures, rénitenles, rouges.
Selon M. Cazenave, elle se manifeste par une légère tuméfaction de la peau, par un point à peine saillant qui s'étend peu à peu. M. Firmin eu décrit deux formes initiales : dans l'une, signalée déjà par W. Guéretin, ce sont des plaques
CflÉLOÏDE. 661
rosées, un peu tuméfiées, bientôt dures et consistantes; et dans l'autre, de petits boutons durs, saillants, espèces de tubercules rouges et enflammés. C'est également sous l'aspect de boutons que la chéloïde paraît s'être montrée plus particulièrement à MM. Maubon et Llionneur.
La chéloïde serait donc une affection assez étrange par la diversité des formes qu'elle peut revêtir à son début. Mais ce fait peut s'expliquer par cette considération que les auteurs n'ont pas tenu compte, d'une part, de la distinction très-importante que nous avons établie entre la cbéloïde rouge et la chéloïde blanche, qui sont deux variétés de la chéloïde vraie, et d'autre part, des périodes de l'évolution chéloïdienne, qui se traduit successivement sous les formes de taches, de boutons, de plaques et de tumeurs.
Quel que soit d'ailleurs l'élément cutané plus spécialement en cause, un moment arrive où le travail morbide s'étend à toutes les parties constitutives delà peau, et dès lors disparaît toute trace de la lésion primitive. Nous sommes en présence de la chéloïde confirmée.
Son siège de prédilection est à la région sternale, entre les deux mamelles. Elle peut aussi se manifestera la partie postérieure du tronc, au cou, à la face, sur les épaules, aux membres supérieurs et inférieurs. On l'a vue survenir près de l'angle de la mâchoire inférieure (Burnett), à la joue (Vallerand de Lafosse), près de la commissure des lèvres (Cabot), au-dessous de la lèvre inférieure (deuxième observation de Gintrac), au lobule de l'oreille, à la suite de la perforation de cet organe (Lhonneur). Les muqueuses extérieures elles-mêmes en sont quelquefois atteintes, la conjonctive par exemple, comme il arriva dans un cas cité par M. Verneuil, Il est donc vrai de dire qu'aucune partie de la surface téguraentaire n'est, d'une manière absolue, à l'abri de cette affection.
La chéloïde est ordinairement unique, solitaire ; mais il n'est pas très-rare d'en rencontrer deux, trois et même un plus grand nombre, soit sur une seule région, soit sur diverses parties du corps. Alibert en a compté sept sur un même malade. Biett a vu une jeune demoiselle qui présentait huit petites tumeurs aplaties au cou et sur les parties latérales de la poitrine. M. Cazenave a rapporté le fait d'une jeune femme belge, profondément scrofuleuse, qui portait plus de vingt plaques de chéloïde sur le thorax, les bras et les avant-bras. M. Firmin, dans sa première observation, parle de tumeurs nombreuses disséminées sur le tronc et les bras. Enfin, chez le malade du docteur Cabot, sept chéloïdes parurent d'abord autour de la première, et il en survint ensuite cinq ou six au visage et deux sur le bras droit.
La chéloïde offre de très-grandes variations sous le rapport de son volume, de son étendue, de sa forme, de sa couleur, etc.
Ses dimensions en surface varient selon son degré d'ancienneté, selon qu'elle a plus ou moins de tendance à s'étendre. Il est des cas où elle se limite de bonne heure, il en est d'autres où il lui faut des années pour atteindre son développement complet. Dans le fait rapporté par Alibert, la production morbide mesurait trois pouces et demi de longueur sur un pouce de large. Il peut arriver aussi que plusieurs chéloïdes, d'abord distinctes, se rapprochent, se joignent, et enfin se confondent en une masse unique et irrégulière. Toutefois, la chéloïde ne paraît pas susceptible d'un accroissement indéfini, et il n'y a pas d'exemple qu'elle ait envahi par continuité de tissu de vastes régions du corps, même après vingt et trente années d'existence.
La chéloïde forme généralement une certaine proéminence à la surface du tégument, et la différence de niveau peut varier de quelques millimètres à un centi-
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mètre et plus. La saillie est rarement uniforme dans toute l'étendue d'une plaque, mais le plus souvent fort inégale, très-relevée sur certains points, relativement déprimée sur d'autres ; elle paraît dépendre, au moins en partie, du degré de vascularisation de la production morbide, et nous verrons en effet qu'il existe une forme de chéloïde caractérisée à la fois par l'absence de la tumeur et la pauvrçté de son élément vascnlaire.
La forme des excroissances ou des plaques n'a rien de déterminé, constant. Il en est d'arrondies, d'ovales, d'autres sont anguleuses, quadrilatères, d'autres s'allongent en cylindres irréguliers {chéloïde cijlindracée d'Alibert). J'ai été consulté dernièrement par un ancien magistrat atteint de trois chéloïdes cylindracées de quatre à cinq centimètres de longueur, disposées transversalement à deux centimètres l'une de l'autre sur la région sternale.
Quelquefois les tumeurs sont exactement circonscrites par un rebord dur inégal, à teinte rougeâtre, et leur centre paraît déprimé ; d'autres fois, elles projettent autour d'elles des prolongements simples ou bifurques, sortes de racines au moyen desquelles elles semblent s'implanter dans la peau. Ces apparences multiples, souvent bizarres, ont été reproduites dans le langage des auteurs par des images parfois heureuses : Retz compare la chéloïde à cette pâte italienne que l'on iiomme macaroni; Alibert l'a vue simuler la présence d'un de ces entozoairesque l'on désigne sous le nom de dragonneau; ûWevm, elle lui a paru figurer une croix de Malte. Les irradiations qu'elle envoie de son contour rappellent assez bien la disposition des pattes de certains crustacés, d'où lui est venu son nom. Dans d'autres cas, ce sont des lignes qui s'entre-croisent comme les barreaux d'un "rillage (Gintrac). J'ai observé moi-même un certain nombre de tumeurs disposées circulairement, à la manière de satellites, autour d'une tumeur piincipale. La chéloïde observée par M. Burnett offrait une série de renflements latéraux analogués à ceux du colon cïistendu.
Considérée au point de vue de la coloration, la chéloïde présente deux variétés bien distinctes. 11 y a la chéloïde vasculaire, qui est rougeâtre, rosée ou violacée, parsemée de petits vaisseaux surtout visibles à la périphérie de l'excroissance, et comparés par Alibert aux stries rougeàtres que l'on voit sur la rhubarbe de Chine. Cette variété est toujours plus ou moins saillante; elle pâlit et semble s'amoindrir à la pression du doigt ; elle serait même susceptible de se gonfler accidentellement sous l'influence des causes qui accélèrent la circulation, telles qu'une température élevée, un exercice violent, etc. Elle a pour siège élémentaire la glande sébacée pileuse, et s'observe fréquemment sur le devant de la poitrine et au bas de Ja région occipitale, à la partie supérieure de la nuque ; je l'ai désignée depuis longtemps sous le nom d'acné chéloïdique.
Les follicules hypertrophiés, parfois réunis sur une même ligne, forment une bride traversée par les cheveux, roidis et disposés parallèlement à la manière des dents d'un peigne.
Une pièce moulée par M. Barelta, déposée au musée de l'hôpital Saint-Louis, représente un cas semblable. Le moule a été pris sur un malade du service de M. Lailler.
Dans une autre variété plus rare, et non suffisamment décrite par les auteurs, les plaques ont une surface blanchâtre uniforme, d'aspect cicatriciel, à peine rayée de quelques fins capillaires, et ces plaques sont en même temps dépourvues de saillie : on dirait des plaques de cartilage ou de fibro-cartilage enchâssées dans la peau. J'en ai observé deux cas bien remarquables il y a quelques années : l'un sur
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une daaic de quarante ans, dont les mamelles étaient comme entourées à leur base dans un cercle cartilagineux, et qui portait des plaques nombreuses, et d'étendue variable sur les parois abdominales et les hanches- l'autre sur un jeune homme de dix-sept ans, affecté d'une plaque chéloïdienne de la lar^^eur d'une pièce de cinq francs en argent et située au creux épigastrique.
Lj consistance de la chéloïde est ferme, rénitente, élastique. La variété vasculaire et saillante offre parfois un peu de mollesse à sa surface , mais le doigt se sent aussitôt arrêté par une résistance profonde et comme fibro-cartilagineuse. Le tissu qui la compose est dur, serré, dense, et rappelle assez exactement par son aspect le tissu de cicatrice. Cette affection n'offre jamais ni battements, ni bruissements,, ni bruits vasculaires d'aucune sorte, comme les tumeurs érecliles.
A la surface de la chéloïde s'étend un épiderme mince, luisant, tantôt lisse, tantôt ridé, plissé, comme flétri, souvent soulevé en différents sens par des saillies rougcâtres ou par de véritables brides. Ces rides et plicatures de la cuticule s'accusent principalement sur les tumeurs en voie d'affaissement ou de diminution ; mais il ne s'y forme dans aucun cas ni squames, ni lamelles, ni furfnres. Les poils qui végètent sur les plaques sont grêles, atrophiés, de plus en plus rares, mais il ne semble pas qu'on ait constaté leur disparition complète. Aux limites de la production morbide se dessinent, comme je l'ai dit, de petits vaisseaux capillaires qui viennent se perdre dans son épaisseur. Enfin, et ce caractère offre une grande importance, on distingue à la loupe, sur tous les points affectés, les orifices normaux qui déversent au dehors les produits des sécrétions cutanées.
La chéloïde est une affection particulière à la peau ; jamais on ne l'a vue, franchissant les limites de cette membrane, contracter des adhérences avec les organes sous-jacents. Quels que soient son volume, sa forme, son étendue en surface, sa consistance, qu'elle date de quelques mois seulement ou de plusieurs années, elle reste bornée au tégument et mobile avec lui.
La chéloïde est rarement indolente. Elle s'accompagne, dans la majorité des cas, et souvent même de très-bonne heure, de démangeaisons plus ou moins vives, et surtout de picotements et d'élancements dont l'intensité peut être extrême. Quelquefois, c'est un sentiment de tension ou de roideur. Diverses causes ont été signalées comme capables de déterminer le retour ou l'exaspération de ces douleurs : telles sont les variations atmosphériques, les affections morales, l'exercice, etc.
L'état morbide général qui produit la chéloïde ne se traduit au dehors par aucune autre manifestation symptomalique ; toutes les grandes fonctions s'exécutent comme dans l'état normal, et n'en paraissent nullement influencées. Il ne serait pas impossible cependant que la diathèse fibro-plastique fût susceptible de déterminer, à une certaine période de son existence, des troubles généraux et un genre particulier de cachexie; mais aucun fait jusqu'à présent n'est venu donner à cette hypothèse quelque apparence de réalité.
Marche. Durée. Terminaisons. On peut reconnaître quatre périodes dans l'évolution de la chéloïde : i" une période initiale, qui commence presque toujours par une lésion de cause externe, et se termine parla formation d'une plaque indurée, saillante ou de niveau avec la surface du tégument ; 2'^ une période d'au^ment, pendant laquelle la production morbide s'étend et se propage aux divers élémenls qui constituent le derme ; 3° un période d'état stationnaire, qui souvent se prolonge d'une manière indéfinie ; 4° enfin, dans quelques cas lelativement fort rares, une période de déclin ou de marche régressive, caractérisée par
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la (limiiiiitioii .eradiiclle, ou même pnr la disparition plus ou moins complète du lis^u fibio-[)lastique.
Ces périodes font généralement mal dessinées, incertaines à leurs limites, où elles se fondent insensiblement les unes dans les autres. Aussi la marche de l'affection est-elle unifbrmémeut lente, et sa durée totale indéterminée. On l'a vue se prolonger pendant dix, vingt, trente ans et plus, sans autres phénomènes que les modifications successives résultant de son évolution.
Quelques circonstances ont paru cependant exercer dans certains cas une influence accélératrice sur la marche de la chéloïde. Tel est l'état de grossesse suivant Vailerand de Lafosse, ou l'âge critique suivant Rayer. On a cru remarquer aussi que les excroissances pouvaient devenir momentanément plus tendues, plus volumineuses et plus sensibles aux approches delà menstruation.
J'ai dit que la chéloïde pouvait disparaître spontanément. Alibert cite deux exemples de ce mode de terminaison. C'étaient dans les deux cas des tumeurs développées chez des femmes, sur la région antérieure de la poitrine, et qui se dissipèrent, l'une après dix ans de médications infructueuses, au moment de l'âge de retour, et l'autre après une résidence de six années en Italie. La peau, dit Alibert, présentait dans cet endroit une cicatrice blanche et ridée, ce qui prouve qu'il s'était opéré un vide dans le tissu muqueux. Un fait de même ordre se trouve consigné avec détails dans la thèse de M. Firmin. Il s'agit d'un homme de vingthuit ans, atteint de chéloïdes nombreuses, et sur lequel M. Firmin put suivre la résorption graduelle de plusieurs tumeurs; il les vit d'abord pâlir, puis perdre de leur sailhe, devenir plus molles et s'affaisser à leurs bords, et, enfin, disparaître en laissant des plaques cicatricielles blanchâtres et de niveau avec la peau saine. L'auteur de la thèse insiste tout particulièrement sur les caractères de ces plaques, sur les différences qui les séparent des cicatrices proprement dites : elles ont la souplesse et l'élasticité de la peau normale ; elles sont revêtues d'un épidermo mince, lisse, parsemé de petits points nombreux qui leur donnent un aspect piqueté, et qui ne sont autre chose que les orifices normaux des follicules pileux et des glandes sébacées. Aucun des organes continus dans la peau n'a donc été détruit, et l'on peut même, sur les cicatrices aussi bien que sur les tumeurs, distinguer parfaitement la présence de poils fins et soyeux.
Je me suis à dessein étendu sur ces faits, dont nous aurons à tenir compte lorsqu'il sera question de la physiologie pathologique.
La chéloïde peut-elle se terminer par ulcération? Le cas cité par Vailerand, et jusqu'ici resté unique, ne suffit pas pour établir un fait de cette importance. H faut avouer, du reste, que, dans l'espèce, la tendance à l'ulcération serait bien rare ou bien peu marquée, puisque des chéloïdes ont pu persister vingt et trente ans sans présenter aucun phénomène qui annonçât ce mode de terminaison. Je ne parle ici, bien entendu, que de l'ulcération spontanée, c'est-à-dire résultant de l'évolution naturelle de la maladie, et l'on conçoit, du reste, que la surface atteinte de chéloïde, aussi bien et mieux encore que tout autre point de la peau, puisse s'excorier, s'ulcérer par le fait de causes locales et instrumentales, comme la malpropreté, les applications irritantes ou caustiques, les frottements répétés, la suppuration qui a lieu entre les parties contiguës de tumeurs voisines, etc., etc. Or l'inflammation ulcérative, lorsqu'elle s'est une fois établie dans de semblables tissus, ne les abandonue qu'avec une extrême difficulté, le travail reproducteur y étant très-lent et les actions organiques presque insensibles. Un caractère bien remarquable de l'aflection qui nous occupe est sa tendance
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presque fatale à la récidive. La reproduction a lieu sur place, alors même que la tumeur a été enlevée en totalité. Ce fait, noté avec soin par Alibert, a été depuis confirmé par un grand nombre d'observateurs. La thèse de M. Lhonneur en contient des exemples curieux, un entre autres qui appartient à Michon : il s'agissait d'une tumeur ovalaire, dure, douloureuse, située sur l'épaule gauche d'une jeune dame, femme de médecin ; l'ablation en fut faite par Michon qui, pour se mettre à l'abri de la récidive, réunit aussitôt la plaie par la suture entortillée ; la réunion immédiate eut lieu en effet ; mais deux mois ne s'étaient pas écoulés que de petites excroissances apparaissaient à chacun des trous laissés par les épingles.
Mais ce que J'art ne peut faire, la nature l'accomplit quelquefois. Nous avons vu que la chéloïde pouvait disparaîlre spontanément, par résorption interstitielle des éléments qui la composent ; or la récidive n'a pas été observée à la suite de ce mode de terminaison .
Variétés de la chéloïde spontanée. La description qui précède nous a fait reconnaître deux variétés de chéloïde spontanée dont il importe maintenant do résumer en quelques mots les traits caractéristiques.
Une première variété, sans contredit la plus fréquente, s'est présentée à nous sous l'aspect d'élévations variables de forme et de volume ; ces élévations ou tumeurs étaient rouges, rosées ou violacées, rayées à leur surface de stries vasculaires nombreuses; divisées, elles saignaient facilement; comprimées, elles se réduisaient et se décoloraient momentanément; elles devenaient parfois tumescentes. C'est la variété que nous appellerons vasculaire et saillante, ou chéloïde rouge.
L'autre variété, chéloïde blanche, à peine entrevue et mentionnée par les auteurs, se distingue de la précédente par l'absence de tout relief à la peau, et par sa teinte blanchâtre uniforme, d'aspect cicatriciel. Quelquefois, comme nous l'avons dit, la plaque semble déprimée d'nne manière sensible.
Ces deux variétés, si dissemblables en apparence, oJfrent, d'ailleurs, la même marche lente, le même mode de propagation. L'une a pour siège élémentaire la glande annexée au poil, et pour mode pathogénique l'hypertrophie. Dans l'autre, la lésion élémentaire nous échappe, mais il y a plutôt atrophie qu'hypertrophie. Le siège topographique n'est pas le même ; la chéloïde rouge s'observe surtout sur les régions velues, notamment sur la partie antérieure de la poitrine et sur la région occipito-cervicale ; c'est, au contraire, sur les parois abdominales, le dos les bras, les seins, etc., que la chéloïde blanche se place de préférence. La première m'a paru plus fréquente chez l'homme, et la seconde chez la femme. Les deux variétés ont, d'ailleurs, le tégument externe pour siège exclusif et pour limite; elles donnent lieu aux mêmes sensations morbides, aux mêmes altérations des produits sécrétés ; enfin, et cela seul suffirait pour établir leur identité de nature, elles procèdent de la même déviation organique, histologiquement représentée par l'hypertrophie du tissu conjonctif.
Mais comment expliquer les différences? Elles tiennent sans doute au développement inégal de l'élément vasculaire, qui prédomine dans un cas, et disparaît presque complètement dans l'autre. Telle est, du moins, la réponse fournie par l'étude comparée des caractères cliniques, car les recherches micrographiques ne nous ont rien appris sur ce point de physiologie pathologique.
Anatomie et phjsiologie pathologiques de la chéloïde. La chéloïde consiste essentiellement dans l'hypergenèse de l'un des éléments du derme, l'élément fibropla^tique. Ce fait a été mis hors de doute par les recherches microscopiques de MM. Lebert, Burnett et Ch. Robin.
GGO CUÉLOÏDE.
C'est dans la thèse de M. Firmin que l'on trouve le résumé des ob-ervations de M. Lebert. Le microscope ne fait voir, dit-il, dans ces tumeurs, que les éléments du tissu fibreux et du tissu fibro-plastique à tous les degrés du développement. Ces éléments se multiplient dans une proportion considériible, et les mailles du derme disparaissent comme comblées, pour ainsi dire, par un travail hypertrophlque, condensant, interstitiel. Le tissu cliéloïdien est blancliàtre, de texture dense, serrée. Il est constitué, comme base, par un réseau de fibres fines, à coutours peu marqués, ne dépassant pas O^^jOOlS à 0"',001o de largeur. Ces fibres sont réunies en faisceaux tantôt droits, tantôt flexueuK et ondulés, entre lesquels existe une substance granuleuse dont la proportion varie et qui leur sert de gangue unissante. On y rencontre des cellules pâles, finement granuleuses,' de 0™™, 01 5 de diamètre, renfermant un noyau ovoïde à contour plus net que celui de la cellule. Beaucoup de ces noyaux sont libres, ou se trouvent autour des fibres et des corps Insiformes. Il y a enfin beaucoup de faisceaux allongés, pointus a leurs extrémités, renfermant un noyau ou simplement quelques granules moléculaires.
La tumeur examinée par M. Burnett se composait de faisceaux fibreux et de cel- Iules épitbéliales, irrégulières, avec noyaux arrondis ou anguleux.
Dans la thèse de Lhonneur, soutenue en 1856, se trouve consignée une note de M. Roljin, relativeà deux cas de chéloïde examinés par cemicographe. Cestumeurs, dit-il, sont composées presque exclusivement de noyaux fibro-plastiques. Ces noyaux sont ovoïdes, finement granuleux, très-enclievôtrés les uns dans les autres, dans la même direction. On constate, en outre, l'existence d'une matière amorphe, finement granuleuse, interposée à. la plupart d'entre eux. En outre, par places, on trouve, enchevêtrées avec les éléments fibro-plastiques, des fibres de tissu cellulaire disposées en faisceaux lâches et faciles à dissocier, et qui se distinguent facilement de celles du tissu cellulaire normal, par leur teinte plus foncée, leurs bords plus nets, leur flexibilité moindre, etc.
La chéloïde, comme nous l'avons montré plus haut, semble respecter jusqu'à un certain point les organes contenues dans l'épaisseur du derme; elle les écarie, les atrophie par compression, mais il est rare qu'elle en détermine la destruction complète. Ce fait a été surtout mis en relief dans la thèse de M. Firmin. Ce médecin a constaté la persistance des orifices folliculaires et des produits de sécrétion, non-seulement sur les tumeurs en voie d'évolution, mais encore sur les plaques d'appparence cicatricielle qui en constituent le dernier terme. Toutefois, la note de M. Lebert nous apprend que les glandes de la peau sont comprimées et comme étouffées par le tissu de formation nouvelle, et nous savons, d'autre part, que les sécrétions cutanées, et en particulier celle des poils, éprouvent d'importantes modifications. L'organisation de la peau subit donc, en réalité, une atteinte plus ou moins profonde, et il est permis de supposer que, la cause continuant d'agir ou croissant en intensité, l'atrophie des éléments glandulaires puisse aller jusqu'à leur disparition définitive. Dans le Bulletin de la Société anatomiqiie de Paris (1871 2'^ série, t. 16, p. 61) se trouve consignée l'histoire d'une chéloïde du lobule de l'oreille, dont les caractères microscropiques ont été étudiés par M. Malassez, interne distingué des hôpitaux de Paris. Ce micrographe a trouvé la tumeur composée de fibres et de noyaux de tissu conjonctif, de quelques fibres élastiques et de vaisseaux capillaires. Il signale aussi l'absence de papilles et de glandes folliculaires dans le tissu du derme. L'observation recueillie par M. Landouzy a pour titre : chéloïde ou fibrome de l'oreille.
Etiolocjie et nature. Alibert, se fondant sur la tendance à la récidive etl'ana-
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logie des sensations morbides, avait placé la chéloïde dans la famille des dermatoses cancéreuses ; elle constitnait pour lui une sorte de transition des tumeurs bénignes aux tumeurs malignes, de la dartre au cancer. La même idée se trouve reproduite, sauf quelques modifications, dans la plupart des auteurs qui ont écrit sur le sujet. Pour M. Lebert, la chéloïde est un anneau de cette chaîne qui relie entre elles les diverses formes du cancroïde. M. Vallerand de Lafosse l'assimile complètement au cancer. Velpeau la compare plus spécialement au squirrhe. Michon, dans sa thèse sur le cancer cutané, penche visiblement vers l'opinion d'Alibert. Enfin, M. Gintrac n'hésite pas à la ranger dans l'ordre des cancrides, titre réservé par lui aux maladies cutanées chroniques qui se produisent sous l'influence de la diathèse cancéreuse.
La chéloïde ne saurait être assimilée au cancer: elle forme, avec le sarcome, l'épithélioma et la carcine quatre états morbides de la peau parfaitement distincts. La lésion est très-différente au point de vue de l'histologie, de la sympLomatologie et du pronostic. Des quatre états morbides précités, la chéloïde est l'affection qui a le moins de tendance à s'ulcérer, elle est la seule qui se localise toujours exclusivement sur la peau, et qui assurément entraîne le moins de danger pour la vie.
Pour nous, comme pour le plus grand nombre des auteurs français, la chéloïde appartient à la diathèse libro-plastique. C'est àtort que Rayer et M. Hardy la considèrent comme une simple difformité du derme. Les douleurs dont elle est le siège, son évolution, ses récidives après l'ablation, et dans quelques cas sa guérison spontanée ne nous permettent pas d'adopter cette manière de voir.
J'aborde maintenant l'examen des circonstances étiologiques communément désignées sous les noms de causes prédisposantes et de causes occasionnelles.
Influences physiologiques. La transmission par voie d'hérédité a été constatée dans quelques cas. Alibert, Piayer, M. Burnelt en ont rapporté des exemples positifs. Cette influence ne me paraît pas douteuse, quoique généralement omise dans les observations, ce qui s'explique par la difficulté que l'on éprouve à obtenir des malades les renseignements qui peuvent servir à l'établir.
La chéloïde a été observée à toutes les époques de la vie, mais elle débute le plus souvent dans la jeunesse ou aux approches de l'âge adulte. On l'a rencontrée sur des enfants de trois ans (Burnett, Gintrac), de quatre ans (Cabot), de sept ans (Cazenave), de dix ans (Gibert). Les trois malades cités par M. Wilson avaient entre quarante et cinquante ans. Rayer l'a vue chez un malade âgée de soixante-trois ans, qui en était atteint depuis trente-cinq ans. La femme dont M. Firmin donne l'histoire dans sa IP observation était âgée de soixante ans lorsque la lésion commença à paraître. Enfin, sur les dix malades dont parle Lhonneur dans sa thés inaugurale, presque tous étaient jeunes, entre quinze et trente-six, unseul excepté qui était arrivé à la cinquantaine, mais chez lequel l'affection avait débuté 17 ans auparavant.
La chéloïde a paru un peu plus [fréquente chez la femme que chez l'homme; mais la différence n'est pas aussi marquée que l'avait cru Alibert. Sur 39 faits réunis par M. Gintrac, et portant l'indication exacte du sexe, 21 appartenaient à des femmes et 18 à des hommes. Du reste, comme le fait justement remarquer M. Maubon, il ne faudrait pas s'abuser sur la valeur de semblables statistiques appliquées à la chéloïde, car on pourrait toujours leur objecter que les femmes, par des motifs faciles à comprendre, doivent supporter beaucoup pins impatiemment que les hommes la difformité qui résulte de cette affection, et qu'ainsi le nombre de celles qui vont réclamer les secours de l'art doit l'emporter nécessaircmenl^,
GOS CIIÉLOÎDE.
toutes choses c^ûa^, sur celui des liommes. Enfin j'ai dit précédemment et je dois répéter ici que la chéloïde blanche m'a paru proporlionnellement plus fréquente chez la femme, et la chéloïde rouge chez l'homme.
Le tempérament, la constitution exercent-ils une influence quelconque sur le développement de la chéloïde? L'expérience n'a rien fourni de constant à cet égard.
Influences pathologiques. Tous les auteurs ont noté la fréquence de la chéloïde chez les sujets scrofuleux. Ce fait, joint à quelques analogies trompeuses tirées des caractères cliniques, m'avait autrefois porté à considérer la chéloïde comme une scrofulide maligne. Mais une observation plus attentive et plus étendue me fit bientôt reconnaître que cette prétendue scrofulide n'appartenait pas eu réalité à l'évolution de la maladie constitutionnelle, qu'elle s'y trouvait comme isolée et hors de cadre, sans rapports ni place marquée, qu'en un mot elle obéissait à une autre impulsion et tirait d'une autre source sa raison d'être et son
activité.
Influences locales , morbides et instrumentales [cames occasionnelles). La
plupart des malades atteints de chéloïde en font remonter l'origine à un choc, à un frottement, à une écorchure, à une violence extérieure quelconque, etc., etc. L'influence de ces causes consiste évidemment à localiser sur tel ou tel point la détermination morbide, et c'est ainsi que s'explique la singulière prédilection de ces sortes de tumeurs pour la région sternale, oîi sontjournellement appliqués les agents de la médication révulsive.
On a vu la chéloïde se développer sur les cicatrices de la variole (Rayer), sur celles que laissent les pustules provoquées parle tartre stibié (Philips, Lloyd, Burnett) . Les cicatrices scrofuleuses constituent un terrain éminemment iavorable à sa production. Du vésicatoirc longtemps entretenu en a été l'occasion plusieurs fois (Gintrac, Maubon). La brûlure a été une cause fréquente ; Rayer en rapporte un exemple ; la troisième observation de Lhouneur est relative à une jeune fille qui s'était brûlé l'avant-bras avec de l'eau bouillante; dans la cinquième, l'affection a pour point de départ une abcès sternal ouvert aveclapotasse caustique. L'application d'un acide concentré sur la paupière (Verneuil), la cautérisation transcurrente faite sur la hanche pour une coxalgie ont été suivies de formations cheloidiennes.J. Macphersou assure qu'au Bengale la chéloïde se développait tres-frequemment sur les cicatrices des brûlures et cautérisations au fer rouge pratiquées sur la région de la rate dans le but d'en diminuer le volume ; il l'a vue également résulter de l'usage barbare du fouet employé jadis comme peine disciplinaire dans l'armée anglaise, et maintenant encore dans un certam nombre de colonies
et sur les nègres d'Amérique.
On a cité des faits de cliéloïdes survenues à la suite de blessures chez des militaires- un invalide présenté par M. Gimelle à l'Académie était dans ce cas. Une simple piqûre, une écorchure, une plaie insignifiante peuvent servir de pretexte au développement de cette affection. Dans la deuxième observation rapportée par Lhouneur, elle survient à la suite de piqûres faites par les pointes d'une boucle de bretelles; ailleurs, elle succède à une application de sangsues sur la rénion antérieure de la poitrine (Maubon observ. Il'') ; ou bien c'est une piqûre produite par la pointe d'un couteau qui lui sert de cause occasionnelle (Rayer). Ailleurs enfin, il suffit d'un frottement continu ou répété, de la pression exercée sur la peau par un bouton de chemise, etc.
En définitive, toutes les influences physiques, physiologiques et morbides que je viens d'examiner ne sont que des circonstances accessoires dans la palhogénie
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de la ohéloïde ; elles ne sauraient dans aucun cas, isolées ou réunies, l'engendrer, si {'organisme ne se trouve au préalable dans cet élat particulier que j'appelle d'une manière générale prédisposition latente ou cause interne, et dans l'espèce diathèse fibro-plastique.
Diagnostic. Il doit être examiné surtout à deux périodes de lacliéloïde : i« à sa période initiale ; 2° à sa période d'état ou de développement complet.
i" A son début, lorsque la chéloïde se présente sous la forme d'une élévation circonscrite, d'nn tubercule, d'une papulo-pustule, elle peut en imposer pour une affection épilhéliomatique ou cancéreuse, pour une syphilide tuberculeuse, pour une acné de nature scrofuleuse.
La considération du siège nous servira à la distinguer de l'épitliéliome tubercu' leux : celui-ci est presque ausi rare à la région sternale que la cbéloïde y est ircquente, et l'on pourrait dire que les points où on le rencontre le plus souvent (facr, orifices naturels, ailes du nez, lèvres, cavité buccale, dos des mains, etc.) sont précisément ceux où la cbéloïde ne se montre qu'exceptionnellement. Toutefois comme aucune partie de la peau n'est, à parler rigoureusement, à l'abri de l'une et l'autre affection, le signe tiré du siège topograpliique n'acquiert de valeur réelle que par sa concordance avec d'autres caractères. Or, s'il s'agit de l'hypertropliic papillaire cancroïdique, ou trouve un tubercule granulé, dur, inégal, indolent, revêtu d'une gaine épaisse d'épiderme ; si l'on détache cette gaîne, on met à nu une saillie livide, noirâtre, autour de laquelle rampent des veinules dilatées; plus tard, le tégument s'ent;\me, et il s'établit un ulcère. Combien différents soni les caractères de la chéloïde tuberculeuse, qui est rouge, enflammée, douloureuse, recouverte d'un êpiderme mince, lisse ou plissé, mais adhérent et sans traces d'exfoliation.
Les tubercules cancéreux seront reconnus à leur proéminence plus considé* rable, à leur développement plus hâtif, à leur surface violacée, comme flétrie, souvent exulcérée par places, à l'engorgement ganglionnaire qui les accompagne, etc.
Les tubercules syphilitiques sont toujours multiples, souvent rassemblés en groupes d'une forme arrondie; leur couleur est cuivrée ou livide ; ils s'exfoHent à leur surface ; dans leurs intervalles ou sur d'autres points se voient des cicatrices caractéristiques. Le commémoratif, la coexistence d'autres affections de même nature, les phénomènes généraux suffiraient d'ailleurs pour lever tous les doutes.
La chéloïde acnéique a été confondue avec le sycosis capillitii et avec l'acné syphilitique. Mais la lésion est pustulo-crustacée dans ces dernières affections; les éléments qui la composent sont isolés plutôt que groupés, disséminés irrégulièrement sur d'assez larges surfaces, et le tégument qui les supporte a conservé sa souplesse et sa consistance. Dans l'acné chéloïdique, au contraire, la peau a subi une véritable dégénérescence; elle est rougeâtre, inégale, mamelonnée, plus ou moins saillante; elle ne présente ni pustules, ni croûtes, ni ulcérations sous les croûtes.
2" La chéloïde confirmée doit être distinguée de la sclérodermie, des tumeurs sanguines ou érectiles, du squiirhe, de l'hypertrophie cutanée proprement dite, et enfin de la chéloïde fausse ou végétations des cicatrices.
La peau atteinte de sclérodermie diathésique ne subit ni épaississement ni hypertrophie ; aucune élévation ne se remarque à sa surface; elle semble au contraire comme amincie et retractée sur les tissus sous-jacents. Il y a là, comme on voit, une certaine analogie avec notre deuxième variété de chéloïde ; mais indé-
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pcndamment des caractères particuliers qu'elle présente, la scléiodermic débute par un point circonscrit, le plus souvent à la région cervicale, se propage soit par plaques disséminées, soit par continuité de tissu, et peut ainsi envahir, dans un temps relativement court, une gr^inde partie delà membrane tégumentaire.
La sclérodermie lépreuse se distingue de lachéloïde aussi bien que de la sclérodermie diathésique par un caractère capital, la diminution ou l'abolition de la sensibilité sur les points affectés.
Les tumeurs sanguines sont molles, parfois végétantes, ou bien granulées à leur surface. Elles disparaissent et pâlissent par la pression du doigt, et sont agitées parfois de mouvements isochrones aux pulsations artérielles : tous phénomènes qu'on ne rencontre jamais dans les tumeurs de la chéloïde.
Dans l'hypertrophie cutanée, la peau ne change pas ou change peu de coloration. Elle a doublé ou triplé de volnme, d'où résultent des tuméfactions diffuses ou localisées, le plus ordinairement indolentes ; enfin, on ne trouve pas cette dureté, cette rénitence, cet aspect cicatriciel qui forment le cachet de la chéloïde. Reste enfin la chéloïde cicatricielle. Mais ce point de diagnostic viendra naturellement à la suite de la description de cette affection.
Pronostic. La chéloïde n'est pas une affection grave. Elle forme en réalité, comme l'a dit Alibert, une sorte de transition des dermatoses bénignes aux der^ matoses malignes. Elle peut persister, s'accroître, se multiplier même sans exercer sur l'organisme aucune influence fâcheuse. Tout semble donc démontrer la parfaite innocuité de la diathèse qui l'engendre, et dont elle constitue jusqu'à présent le seul mode appréciable de manifestation.
Envisagé au point de vue de la lésion locale, le pronostic varie selon l'âge, le sexe, selon le siège du mal, son étendue, son volume, sa forme, la sensibilité plus ou moins vive dont il s'accompagne.
La chéloïde est évidemment d'autant plus fâcheuse qu'elle apparaît dans un âge plus tendre, étant données les dilficultés de la guérison et les chances à courir de son développement futur. Elle constitue pour les femmes une difformité pénible, dont elles demandeut à être débarrassées atout prix, tandis que l'homme n'y attache le plus souvent qu'une importance secondaire. Enfin, dans un certain nombre de cas, elle donne lieu à des douleurs aiguës dont la continuité ou la répétition fréquente peut agir sur le moral des malades ou même retentir sur l'économie tout entière.
La chéloïde saillante et vasculaire entraîne à sa suite plus d'inconvénients que La variété opposée ; elle est, toutes choses égales, beaucoup plus apparente, et en même temps plus difficile à dissimuler. Son état de proéminence l'expose en outre à des frottements ou à des contacts qui peuvent à la longue l'irriter, l'excofier, et même y détei^miner des ulcérations rebelles.
Traitement de la chéloïde spontanée. Aucune règle certaine ne peut être établie au sujet du traitement de la chéloïde, car toutes les médications employées jusqu'à ce jour ont été reconnues inutiles ou nuisibles. On l'a détruite par les caustiques, enlevée par l'instrument tranchant, et elle s'est presque toujoilrs reproduite avec une opiniâtreté sans égale. Lés remèdes internes les plus diversont été tour à tour essayés, la ciguë, le mercure, l'arsenic, les préparations iodurées, les eaux minérales, etc., sans qu'il ait été possible de constater un résultat sérieux et durable. On s'est également adressé aux topiques, soit dans le but d'obtenir la 1-ésolution des tumeurs (douches d'eau minérale, pommades résolutives, emplâtres fondants, etc.), soit pour calmer les douleurs parfois si vives qu'elles occasionnent
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(pulpe fraîche de plantes narcotiques, morellc, jusquiame, belladone, opium), et les résultats ont été nuls ou peu marqués. M. Cazenave a conseillé les frictions avec la pommade au protoiodine de mercure. Rayer a employé la compression, moyen assez rationnel en effet, mais dont l'emploi exaspère les douleurs et offre de grandes difficultés dans la pratique.
Ouelle sera donc la conduite à tenir en présence d'une chéloïde ? Elle ne saurait être évidemment la même dans tous les cas. Si la chéloïde est peu volumineuse, peu gênante, située sur une région habituellement couverte par les vêtements, si les douleurs sont peu vives, si surtout le malade est un homme, le meilleur pa'rti est d'abandonner l'affection à elle-même, en conseillant de la préserver avec soin des contacts, des frottements, de toutes les causes d'irritation, soit au moyen d'un carré de diachylon ou de taffetas gommé, soit par l'application à sa surface d'une couche de coUodion élastique.
Mais s'il s'agitd'une jeune femme qui désire instamment être débarrassée d'une tumeur disgracieuse, il est bien difficile de ne pas au moins tenter quelque chose; et, après avoir épuisé vainement toute la série des moyens, généraux ou locaux, dont l'usage a consacré l'emploi, on se trouve ramené presque latalement à l'idée d'une tentative opératoire. Or l'opération ne saurait être justifiée que dans le cas d'une tumeur très-incommode, très-douloureuse, assez favorablement située pour que l'on put espérer la réunion immédiate, et j'ajouterai à la condition d'avoir préalablement averti la malade des chances à counr et de la probabilité d'une récidive.
2" Chéloïde fausse, cicatricielle. La fausse chéloïde d'Alibert, désignée par M, Velpeausous le nom de chéloïde cicatricielle, étudiée par Hawkiiis, en 1855, sous le nom de tumeurs verruqueuses des cicatrices, et plus tard par Follin (1849) sous celui des végétations des cicatrices, peut se présenter au premier aspect avec tous les traits extérieurs qui caractérisent la vraie chéloïde. Il importe donc de l'en distinguer avec soin.
Nous avons dit que la chéloïde vraie pouvait survenir spontanément, ou à l'occasion d'une lésion locale le plus souvent très-légère, une piqûre, une petite plaie, une écorchure, etc. La fausse chéloïde exige au contraire, comme condition essentielle, la préexistence d'une cicatrice close et plus ou moins ancienne. On la rencontre fréquemment à la suite des ulcérations scrofuleuses et syphilitiques, sur les cicatrices des brûlures profondes, des vieux ulcères, des cautères longtemps entretenus, sur celles des plaies par instruments tranchants et contondants, quelquefois même sur les cicatrices d'amputation, sur celles qui résultent de l'ablation de tumeurs cutanées ou sous-cutanées, etc.
Quand une cicatrice doit devenir le point de départ d'une semblable déviation on observe d'abord à sa surface un ou plusieurs points indurés, saillants au toucher plutôt qu'à la vue ; ces points grandissent et s'étendent avec lenteur, et selon le mode suivant lequel leur développement s'opère, la tumeur prend une forme sessile oupédiculée, parfois comme végétante, multilobée, etc. Dans certains cas, la production morbide envoie de son contour des prolongements ramifiés ou non, qui vont se petdre dans le tissu cicatriciel qui lui sert de base. Une même cicatrice peut donner naissance à Une ou plusieurs de ces excroissances, et dans le dernier cas elles se compriment et se déforment réciproquement, mais sans jamais se fusionner ni se confondre. Leur volume est très-variable ; il en est qui ne dépassent jamais les dimensions d'un tubercule Ordinaire ; d'autres atteignent les proportions extrêmes d'une noix ou d'une petite orange. Quelquefois la tumeur
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oxiblc presque tout entière à la surface du tégument; d'autres sont eu grande partie comprises dans son épaisseur ; d'autres enfin sont à proprement parler souscutanées. La saillie qu'elle produisent à la peau ne saurait donc toujours donner la mesure exacte de leurs dimensions réelles.
La fausse cliéloïde a une couleur blanchâtre, rosée ou rouge, une consistance dure, comme fibreuse ou fibro-cartilagineuse. Elle offre un aspect lisse et brillant dû sans doute à l'uniformité de la surface, car l'épiderme mince et translucide qui passe au-dessus d'elle n'y rencontre sur aucun point ni poils, ni papilles tactile^ ni orifices folliculaires.
Les tumeurs qu'elle produit sont peu ou point mobiles, presque toujours fortement adhérentes aux tissus sous-jacents par l'intermédiaire de la cicatrice dont elles sont une émanation. Le tissu qui les compose est d'un blanc terne, trèsdense, criant sous le scalpel. Il esi constitué : 1° par une trame fibreuse et fibroplastique, avec quelques éléments élastiques ; 2" par une matière amorphe plus ou moins dense, souvent abondante ; o" par des noyaux embryo-plastiques très-nombreux.
La fausse chéloïde ne s'étend pas au delà du fond cicatriciel qui lui a donné naissance. Les tissus sains lui opposent une résistance infranchissable.
Cette affection est à peu près indolente. Arrivé à un certain état, elle y persiste indéfiniment sans modification appréciable, et devient alors une véritable diflormité.
Les tumeurs de la fausse chéloïde se reproduisent fréquemment après l'ablation, mais la récidive n'a pas ici le caractère' de fatalité que nous lui avons reconnu dans la vraie chéloïde.
Diagnostic des deux espèces de chéloïdes. Les différences sont nombreuses et caractéristiques.
La chéloïde vraie est parfois complètement spontanée. Lorsqu'elle survient à la suite d'une action locale accidentelle, cette cause est toujours hors de proportion avec la lésion cutanée qui en est la conséquence. La chéloïde fausse ne se produit jamais d'emblée ; elle succède constamment à une altération chronique et profonde, à une perte de substance de la peau, et son développement se mesure, en général, à l'étendue des parties détruites.
La chéloïde spontanée à son point de départ dans les éléments organiques et normaux de la membrane tégumentaire. La chéloïde fausse constitue une déviation accidentelle propre au tissu de cicatrice, bien plutôt qu'une véritable dermatose. La première a pour siège exclusif le derme ; toute cicatrice, qu'elle se soit formée aux dépens de la peau ou de tout autre organe, peut donner lieu au développement de la deuxième.
La chéloïde vraie ne dépasse jamais la face profonde de la peau ; elle reste libre et mobile, et ne contracte point d'adhérences avec les parties sous-jacentes, 11 en est tout autrement de la chéloïde cicatricielle.
La chéloïde vraie se confond et fait corps avec la substance même du derme, et la limite n'est pas toujours facile à tracer entre le tissu sain et le tissu pathologique. La fausse chéloïde se détache d'un fond cicatriciel bien distinct de la peau normale qui l'environne.
Les tumeurs de l'une sont plus larges que saillantes, de forme aplatie ; celles de l'autre sont fréquemment pédiculées, comme végétantes, multilobées. Les premières ont un lieu de prédilection, la partie antérieure du thorax ; les secondes se rencontrent presque indifféremment sur tontes les régions du corps.