TUÉS. BLESSÉS
Angleterre (1840, 50 juin 1846). . . 1 sur 5,256,200 1 sur 311,545
Prusse (1851-1854) 1 sur 21,411,488 1 sur 5,892,998
Belgique (1" mai 1855, 51 déc. 1848). 1 sur 8,861,804 1 sur 2,000,000
Bade . 1 sur 17,514,977 1 sur 1,154,511
Remarquons qu'en Allemagne et en Belgique la vitesse ne s'élève guère au delà de 40 à45 kilomètres à l'heure.
Y. Traksport des animaux par les chemins de fer. Plusieurs personnes, médecins ou vétérinaires se sont occupées de cette question ; toutes ont signalé la barbare et inepte incurie apportée dans ce transport. Ainsi, disait M. Bertherand en 1859, le transport en chemin de fer supprime les fatigues delà route à marches forcées, la mauvaise nourriture, les mauvais traitements, mais, d'un autre côté, dans les chemins de fer, les wagons sont mal disposés, les animaux ne peuvent satisfaire ni la soif ni la faim, ils sont rudement cahotés, jetés les uns contre les autres ou contre les boxes, etc. Ce tableau raccourci n'est que le trop exact résumé des souffrances que les animaux ont à endurer dans les chemins de fer ; elles ont été très-vivement retracées par notre regretté confrère Blatin, à l'occasion d'un mémoire de M. Delattre sur ce sujet ; ce ne sont pas, a-t-il fait observer, les chemins de fer en eux-mêmes qui sont les causes de ce mal, mais bien l'avarice et l'ineptie apportées dans la construction des wagons et l'organisation des trains. Les porcs entassés dans un espace trop étroit se déchirent souvent les uns les autres et arrivent dans un état déplorable. En l'absence de boisson et de nourriture pour lesquels rien n'est disposé, ce transport devient un véritable supplice qui dure quelquefois 24, o6, 48 heures. Qu'en advient-il de la viande d'animaux placés dans une situation pareille ? La question a été reprise dans ces derniers temps par un vétérinaire très distingué, M. Zundel, dont le mémoire a été couronné par la Société protectrice des animaux, de Lyon. Nous croyons devoir transcrire ici les conclusions de ce travail.
« Il ne s'agit pas seulement dans la question d'accorder de la protection aux animaux d'avoir de la justice, de la compassion pour nos humbles serviteurs, mais il s'agit des intérêts du public, des consommateurs et de leur santé, des intérêts des compagnies elles-mêmes. Il n'y a que peu à dire sur les transports à grande vitesse, mais beaucoup pour la petite vitesse, où le matériel n'est nullement approprié aux besoins. On nous objectera peut-être la différence de prix qui est moitié de la grande vitessr, et même moins pour les wagons complets à tarifs spéciaux ; on nous dira que les compagnies ne peuvent donner égalité de comfort, et nous ne demandons que le nécessaire qui fait trop bduvent défaut. Nous serions d'ailleurs assez mal reçus de demander le comfort pour nos animaux, quand il n'est pas même accordé à l'homme. Aussi longtemps que les voyageurs en seconde et en troisième classe, n'auront pas droit en hiver à des calorifères, etc. ; aussi longtemps qu'on n'aura pas adopté pour nos prochains les systèmes de chauffage que les compagnies fiançaises seules paraissent ne pas vouloir adopter; aussi longtemps qu'on n'aura pas de garanties contre les assassinats et les incendies par l'adoption d'un autre système de wagons ; aussi longtemps qu'on persistera à entasser dix voyageurs dans un compartiment où il n'y a de place que pour huit ; aussi longtemps qu'on n'aura pas pris en considération les diverses réclamations très-justes qu'il serait trop long d'énumérer ici, et qui auraient pour but de faciliter les
voyages en chemin de fer et d'augmenter le nombre des voyageurs ■ aussi longtemps qu'on ne verra dans le voyageur qu'un colis, il faut savoir borner les prétentions pour les animaux et ne demander que le nécessaire, il Amt que les wagons soient construits de manière à satisfaire aux besoins des animaux et que ceux-ci ne souffrent pas durant le transport.
« Nous demandons que les compagnies ne laissent pas tout faire par les expéditeurs ; elles ne doivent pas laisser loger un nombre trop considérable d'animaux dans leurs wagons ; que leur responsabilité ne soit pas couverte si facilement mais qu'elles soient tenues à une certaine surveillance par leurs employés et surtout par les commissaires de l'administration, pour voir si les expéditeurs conducteurs et toucheurs font leur devoir, et s'ils ne sont pas susceptibles de'la loi Grammont. Qu'on détermine rigoureusement le nombre d'animaux de telle ou talle espèce que chaque wagon doit ou peut contenir.
« Que pour l'embarquement et le débarquement il y ait, dans toutes les qares des ponts appropriés lesquels doivent être munis de garde-fous.
« Que les compagnies continuent à expédier les bestiaux le plus vite possible, et empêchent qu'ils ne restent (rop longtemps en route; mais que cette durée du trajet soit réglée, et non un peu arbitraire, comme elle l'est aujourd'hui. Ce n'est qu'en ce sens que nous pouvons comprendre la proposition du congrès des sociétés protectrices à Zurich, de diminuer la durée du transport par une réglementation de la marche des trains.
(' Pour les chevaux voyageant à grande vitesse, il n'y a qu'à faciliter, par une réduction de prix, la présence du palefrenier qui est indispensable ; pour ces mêmes animaux voyageant en petite vitesse, il faudrait un système de voitures nitermédiaires entre les wagons stalles et les vachères; ces dernières ne devraient servir a aucune condition au transport des chevaux, et les compagnies seront toujours resiionsables des accidents y survenus ; elles rendent impossible la présence d un palefrenier pour surveiller les animaux et les nourrir pendant le transport. «Les vachères vont mieux aux bêtes bovines; mais pour les transports à grande distance il y manque des dispositions nécessaires pour l'alimentation et l'abreuvage pendant le transport; il faudrait qu'on pût nourrir dès que le voyage dure plus de douze heures.
« Dans le transport des petits animaux, veaux, porcs, et moutons, il manque également de quoi nourrir en route; il n'y a pas non plus de facilité pour la surveillance par les toucheurs. Pour le transport des volailles il faut éviter la superposition des cages.
« Dans un transport quelconque il ne faut pas oublier que l'animal avant d'être mis en wagon, doit être bien nourri, afin qu'il puisse supporter les privations ; que, de suite après le voyage, on donne un peu d'exercice pour dégourdir les membres. Les compagnies doivent concourir à empêcher la propagation des maladies contagieuses et porter leur soins à la désinfection des wagons, ayant servi au transport d'animaux suspects.
^ « Avec M. Blalin, nous ajouterons qu'il devrait y avoir à l'entrée comme à l'intérieur des gares, des affiches permanentes de la loi Grammont ; qu'il faudrait augmenter la sévérité des instructions données aux agents, de façon que la loi protectrice ou les règlements provoqués par son esprit ne puissent "être violés impunément par les propriétaires d'animaux, par les conducteurs, toucheurs et autres agents intermédiaires. »
Tel est le résumé très-judicieux des observations qui constituent le mémoire dé
708 CIIEMOSIS.
M. Zundel, nous ne pouvons iine nous y associer hautement. Nous y joindrons seulement quelques-unes des conclusions adoptées par le congrès international des sociétés protectrices des animaux, tenu à Zurich en août 1869, relativement au transport des animaux. Le congrès demandait entre autres choses l'abolition du tarif fixant le prix du transport par chargement de wagons, et l'introduction d'un nouveau tarif établissant ce prix en raison du nombre, d'animaux transportés; l'obligation d'indiquer extérieurement sur chaque wagon, le maximum de pièces de bétail qu'il doit contenir ; la diminution de la durée du transport par une réglementation de la marche' des trains. Que de temps encore pour voir réaliser de parais vœux! E. Beaugrand.
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Paris, 1875, in-8°, fig. ^- '
CUÉIHOSIS. {de >.ni^v, trou). Le chémosis résulte de l'œdème de la conjonctive qui, en se tuméfiant, forme autour de la cornée un bourrelet circulaire. Ue là le trou au fond duquel on aperçoit 1 globe oculaire {voy. Conjonctivite).
CHÊNE (dotanique). 709
cnÊNE. § I. Botani(|ue. Quercuft Touni. Genre de plantes Dicolyléfloiies, appartenant à la lamille des Cupulifères. Ce groupe naturel, constitué dans ses véritables limites par Linnée, comprend des plantes ligneuses, tantôt trèsîlevées, plus rarement réduites a la taille de petits arbrisseaux. Les feuilles sont '.antôt persistantes, comme dans nos chênes verts, tantôt caduques comme dans les chênes blancs : elles portent à leur base de stipules très-petites et très-fugaces. Les fleurs sont unisexuées et monoïques. Les fleurs mâles forment des chatons grêles, qui ne portent pas de bractées. Chacune d'elles est composée d'un involucre à six ou huit divisions inégales ayant de six à dix étamines, à anthères bilocnlaires. Les fleurs femelles sont solitaires et entourées d'un grand nombre de bractées écailleuses, imbriquées et qui se soudent ensemble de manière à former un involucre cupiliforme. Chacune de ces fleurs est formée d'un périgone à tube adhérent, à limbe divisé en six lobes ou obscurément denticulé, et d'un ovaire infère tri ou quadri-loculaire, contenant deux ovules dans chaque loge. A la maturité, une seule loge de l'ovaire est développé, et dans cette loge une seule graine, de telle sorte que le fruit est une sorte de nucule monosperme, à péricarpe coriace, ombiliqué au sommet et couronné par les restes du style et le limbe du calice. On lui donne le nom de Gland, et on nomme cupule, l'involucre qui l'entoure et l'enveloppe sur une hauteur plus ou moins considérable. La graine, contenue dans le g'and, a une amande composée d'un gros embryon à gros cotylédons très-épais, plans convexes, à radicule supère.
Le genre Quercus contient de nombreuses espèces répandues dans l'ancien et le nouveau monde. Elles, sont surtout très-abondantes dans l'Amérique du Nord : l'Europe en compte aussi un certain nombre qui constituent des bois ou des forêts d'une grande étendue. Parmi ces espèces, beaucoup intéressent soit l'industrie, soit la médecine. Nous allons citer les principales :
{" Quercus Robur L. Chêne Rouvre ou Chêne blanc. C'est le chêne le plus répandu dans l'Europe centrale et dans les parties occidentales de l'Asie, où il forme de vastes forêts. Ce sont de grands arbres, à feuilles caduques, obovales, . à bords découpés en lobes obtus, glabres ou pubescentes. La cupule est hémosphérique, formie de bractées petites, appliquées les unes contre les autres, pubescentes. Cette espèce comprand deux formes distinctes dont les botanistes ont fait quelquefois deux types spécifiques : le chêne Rouvre proprement dit {Quercus sessiliflora Lam.) dont les pédoncules fructifères sont presque nuls et le Chêne blanc ou Gravelin {Quercus pedunculata W.), dont les pédoncules sont développés.
Le Quercus Robier .est un arbre éminemment utile, que tout le monde connaît. Son bois est très-solide et très-durable : on l'emploie en ébénisterie et comme bois de chauffage. L'écorcs contient une quantité considérable de tannin, et elle est employée pour le tannage des cuirs. Elle peut être aussi utile en thérapeutique comme astringente. Les glands contiennent beaucoup de fécule et sont mangés par les animaux et particulièrement par les cochons. Torréfiés, ils sont prescrits pour remplacer le café.
1" Quercus Tozza. Bosc. Chêne Tozin. C'est une espèce d'Espagne et des Pyrénées. La tige est peu élevée : les feuilles sont couvertes en dessus de poils roussàtres et en dessous d'un duvet très-épais, qui cache complètement le parenchyme. On la trouve abondamment dans les Landes de l'Ouest de la France.
5" Quercus lusilanica Webb. orientalis A. De. {Quercus infectoria Olivier). Chêne des teinturiers ou chêne à la Galle. C'est une des e>pèces les plus
710 CHËiNE (botanique).
iiilrressaiitcs, parce qu'elle nous fournit les Galles du Levant. C'est un arbrisseau tortueux, dont les feuilles oblongues sont luisantes en dessus, pubescentes en dessous, quelquefois entières mais le plus souvent dentées en scie. Les bourgeons sont piqués par le Cynips gallce tinctoriœ; ils se déforment alors et donnent les Noix de galle qu'on connaît sous le nom de Galles de Smyrne et A'Alep {voij. Galles).
4° Quercm coccinea. Wangenb. p. nigrescens D. C. et 7. tincloria D. C. (Quercus tincloria nuch.). Chêne jaune ou Quercitron. Cette espèce croît dans les forêts de la Caroline, de la Virginie et de la Pensylvanie. Ses feuilles sont amples, elliptiques ou obovées, lobées sur les bords, pubescentes lorsqu'elles sont jeunes, glabres à l'état adulte. Elles se colorent en automne de teintes variées.
L'écorce de ces arbres est fortement astringente, et sert en Amérique à tanner les cuirs. En outre, elle contient une matière jaune qui la fait employer dans la teinture.
Le Quercitron peut vivre et même prospérer dans nos climats : il a été semé au bois de Boulogne en 1218 et y a réussi.
Les espèces précédentes perdent plus ou aïoins leurs feuilles en biver, ou du moins ne les conservent pas à l'état vert. Il n'en est pas de même de celles que nous avons à mentionner et dont le type est :
5° Le Quercus llex {Chêne vert ou Yeuse). C'est un arbre de la région méditerranéenne, qui peut cependant remonter dans les vallées des Alpes et des Pyrénées, et qui s'étend dans la région occidentale de la France jusqu'en Bretagne. Les feuilles de cette espèce sont très-variables de forme : elles sont en général ovales lancéolées ou lancéolées, tantôt entières, d'autres fois munies de fortes dents épineuses : elles sont le plus souvent tomenteuses en dessous. La cupule est arrondie à la base, à écailles courtes, appliquées les unes contre les autres, tomenteuses.
L'écorce du Chêne vert est très-employée dans les tanneries ; elle est supérieure à celle du Chêne blanc.
6° Une variété du Chêne vert est connue sous le nom de Chêne Ballote : c'est le Quercus llex y Ballota DC. {Quercus Ballota Desf.). Elle est très-répandue en Algérie et dans l'Espagne méridionale et est remarquable par le peu d'âpreté de ses glands qui sont connus sous le nom de Glands doux. Du reste les glands de l'Yeuse ont parfois cette même saveur.
7° Quercus Suber {Chêne-liége) . Cette espèce a des feuilles ovales oblongues, décnrrentes à la base, couvertes en dessous d'un duvet .épais : la cupule est conique à la base et formée d'oreilles courtes, ovales, aiguës, presque étalées. Elle est remarquable par le développement considérable de la couche subéreuse, si bien que le tronc et les branches sont recouverts d'une épaisseur considérable de lie'ge. Cet arbre forme des grandes forêts en Algérie, oii il est exploité sur une grande échelle ; on le trouve aussi en Sicile, en Espagne, et dans certaines parties de l'Italie.
8" Dans l'Ouest de la France et en Portugal, se trouve une espèce voisine du Chêne-liége, le Quercus occidentalis Gay, dont le tronc est également recouvert par des couches épaisses de tissu subéreux.
9" Quercus Vallonea KostchY {Quercus jEgylonsL., Chêne Velani). C'est un grand arbre de l'Orient qui rappelle par son port le Chêne Rouvre, et dont I''s feuilles persistantes sont ovales, grossièrement dentées en scie sur les bords.
CHÊNE (pharmacologie). 711
La cupnle €st surtout curieuse : elle est grosse et formée d'écaillés libres sur une graude partie de leur longueur, largement ovales ou linéaires. Ces cupules sont très-astringentes et servent dans la teinture pour le tannage des peaux. Ou les connaît sous les noms de Velanède, Avelanède, Gallon du Levant, Gallon
de Turquie.
10" Quercus coccifera L. Chêne au Kermès ou Garouillè. Espèce répandue dans toute la région méditerranéenne, où elle se présente en buissons épais, atteignant à peine i mètre de hauteur. La tige très-rameuse est garnie de feuilles, fortement épineuses sur les deux bords, glabres sur les deux faces.
C'est sur le Quercus coccifera que vivent les insectes hémiptères connus sous le nom de Kermès qui, avant l'importation de la cochenille, étaient trèsemployés dans la teinture en rouge, et formaient, dans nos provinces des bords de la Mcditerrannée, une branche assez importante de commerce.
Les racines de la Garoîa//e ont une écorce astringente, assez fréquemment employée pour le tannage des cuirs noirs.
LiNNÉE Gêner., p. 126. — Michaux. Histoire naturelle des chênes d'Amérique — ENDLiciiEn. Gênera Plant., n° 1845.— A. De Candolle. Prodromus, XVI, p. 1 etsuiv.- Grenier et Godron. Flore de France, III, P. 115. — Guicourt. Drogues simples, 5" édit., Il, p. 28o et suiv.
Pl.
§ IL Pharmacologie. Les parties du chêne employées en médecine sont l'écorce, les fruits, les galles et les feuilles; il fournit encore à la matière médicale indirectement deux plantes : l'agaric amadouvier et le gui, et un insecte, la cochenille d'un chêne vert ou kermès {voy. ces mots), qui vivent en parasite sur certaines de ses espèces.
Les fruits (glands) étant étudiés dans un article spécial, et les feuilles, peu en usage aujourd'hui, ne différant, au point de vue médical, que par l'intensité d'action, de l'écorce et des galles, il ne sera fait mention ici que de ces deux dernières
parties du chêne.
Écorce. Elle provient, en général, des deux espèces qui forment la base de nos forêts : le chêne rouvre {Quercus robur Willd ; Q. sessiliflora Lamk) et le chêne blanc ou gravelin {Q. pedunculatamM; Q. racemosaUmk) . Suivant le Codex, elle doit être recueillie en automne, après la chute des feuilles, sur les rameaux d'arbres adultes. Guibourt {Histoire naturelle des drogues, etc., 6" édit., t. II, p. 286), Pereira {Materia Medica, 4'' édit., t. 11, p. 343),Merat et deLens {Bict. nniv. de mat. méd. etc. t. V; p. 585) et la plupart des pharmacologues, précisant, recommandent l'écorce des arbres de douze à quinze ans (Guibourt, etc.), recueillie du commencement de mai à la mi-juiu (Pereira) M. Cazin {Traité prat. des plant, méd. indigènes, 3^ édit., p. 284) préfère, pour l'usage médical, l'écorce de branches de trois à quatre ans, séparée de l'arbre un peu avant la floraison, qui a lieu en avril-mai, et les analyses de Davy et de Biggins, qui seront reproduites plus loin, lui donnent raison sur les deux points,
L'écorce détachée des branches, sous forme de rouleaux, est plus estimée que celle du tronc, qui est crevassée et plus ou moins altérée par l'air et l'humidité {Codex) ; elle présente, d'ailleurs, des apparences dilférentes, suivant l'âge du tronc et 'des branches qui l'ont produite. Celle des jeunes troncs et des branches est mince, assez lisse, recouverte d'un épiderme gris bleuâtre ou gris cendré, parfois blanc verdàtre, et fréquemment parsemé de lichens ; la surface interne est blanchcâlre dans l'écorce récemment recueillie, mais, par la dessication, elle devient brun rougeàtre, en même temps que plus fibreuse. L'écorce du vieux bois
712 CHÊNE (pharmacologie).
est pins épaisse, très-rugueuse, crevassée, vert noirâtre extérieurement, rougeâlre en dedans ; elle est, avons-nous dit, d'une qualité inférieure à celle de la jeune ecorce. Celle-ci plus riche eu principes astringents, a un goût plus styptinue et exhale une odeur fade particulière, qui est celle qu'on sent dans les tanneries
Desséchée à l'étuve et réduite au moulin en poudre grossière, l'écorce de chêne porte le nom de tan, et sous cette lorme peut servir pour l'usage médical en mfusion ou en décoction; on en fait dans cet état un grand emploi comme chacun sait, pour la préparation et la conservation des peaux. Pulvérisée par contusion, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un duvet volumineux [Codex], et passée a travers un tamis de soie, elle prend quelquefois le nom de fleur de tan, et peut alors être utilisée directement, comme poudre médicamenteuse.
Sa composition chimique a été donnée par Braconnot (in«a/es de pliys et chimie, t. I, p. 381) ; d'après ce chimiste, l'écorce de chêne contient de l'acide tanmque, des tannâtes de chaux, de magnésie, de potasse ; de l'acide gallique du sucre incnstallisable, de la pectine, du ligneux. Gerbert y admet, de plus une matière analogue à la salicme et qu'il a nommée quercine. Le tannin qu'elle' contient paraît être uni, suivant Braconnot, en outre de l'acide gallique, à quelques autres matières, dans un état de combinaison inexaminé; le même chimiste lait encore remarquer que l'extrait alcoolique d'écorce de chêne, dissous dans de l'eau, ne dépose pas d'apothème par des évaporations et des dissolutions successives, ce qui ne manque pas d'arriver avec les autres substances tannantes.
Des analyses de Davy et de Biggins, reproduites par Pereira [Materia Medica, t. Il, p. 344 de la 4«édit.) démontrent que la quantité de tannin (acide tanniquè' impur) est plus considérable dans l'écorce des jeunes branches recueillie au printemps.
Sur 480 parties d'écorce, Davy a trouvé :
Dans l'écorce entière d'un chêne de moyenne grosseur, enlevée
'■'■ au printemps ■••..... 29 part, de tannin. •
Dans celle d un ohene de taillis (plus jeune) 32
Dans une écorce de même origine récoltée en automne .... 21 —
Dans la couche interne, blanchâtre, de l'écorce .....'. ', 72
Biggins a obtenu 30 parties de tannin de l'écorce d'un chêne abattu en hiver, tandis que le même poids d'une écorce de chêne recueillie au printemps lui en à fournil 08.
La constitution chimique de l'écorce de chêne, dans laquelle domine le tannin, fait prévoir en partie les réactions chimiques de la décoction aqueuse de cette écorce ou de son extrait étendu d'eau. Nous n'indiquerons ici que les principales, celles qui intéressent le médecin, renvoyant aux articles Tankin et Acide gallique pour de plus amples détails.
La décoction aqueuse d'écorce de chêne rougit la teinture de tournesol ; elle est colorée en bleu noir par les sels ferreux et ferriques (à cause de la présence de l'acide gallique et du tannin), et si la dissolution de ces sels est concentrée, il y a précipitalion de tannate de fer. Dans une solution de gélatine, elle détermine également un précipité (tannate de gélatine) , se redissolvant dans un excès de gélatine; elle secomporlede même avec les diverses variétés d'albumine et la caséine. Elle ne produit aucun précipité dans une solution de tartre stibié.
Eu outre, le tannin de la décoction déplace les carbonates alcalins, précipite presque tous les sels métalliques, tous les sels à base d'alcaloïde organique, en iormant avec l'alcali ou l'alcaloïde un composé peu soluble dans l'eau, mais très-
CHÊNE (pharmacologie). 713
soluble dans l'acide acétique. Ses combinaisons avec les bases alcalines sont, trèsaltérables au contact do l'air, et la plupart des acides minéraux le séparent de sa dissolution dans l'eau.
Enfin, la décoction se modifie lentement à l'air, en absorbant de l'oxygène et donnant naissance à de l'acide gallique, de l'acide carbonique et de l'eau. L'extrait mou se comporte de même ; il moisit, et son tannin passe à l'état d'acide gallique, par un travail qui paraît se rattacber à une fermentation et serait dû, d'après M. Van Tieghem, à l'action d'une moisissure.
De ces propriétés découlent les incompatibilités de l'écorce de cbêne avec les carbonates alcalins, l'eau de cbaux.les sels de fer, de plomb, de zinc, de mercure, la gélatine, etc. ; et son emploi dans les empoisonnements par alcaloïdes végétaux, aussi bien que comme réactif des sels de fer.
L'extrait est très-soluble dans l'eau ; il ne l'est bien dans l'alcool que si celui-ci est peu concentré ; l'alcool à 56» suffit donc pour la teinture (Soubeiran, Traité de pharmacie, 6^ édit., t. I, p. 6G9).
Le vin et le vinaigre sont de bons dissolvants; Hippocrate l'avait déjà constaté; il n'en est pas de même pour les corps gras et l'étber (Soubeiran).
Les propriétés physiologiques et thérapeutiques de l'écorce de chêne, étant à peu près celles de la noix de galle, seront étudiées avec les propriétés de celle-ci.
Galles. L'histoire botanique des galles du chêne devant être traitée à part {vog. Galles), nous nous bornerons à dire ici quelques mots sur les espèces pharmaceutiques, dont l'histoire médicale ne peut guère être séparée de celle du cbêne.
Les galles ou noix de galle sont généralement divisées en deux catégories, les galles du Levant et les galles d'Europe.
Les premières, produites sur le Querciis infectoria par la piqûre d'un cynips, sont importées de Smyrne, de Syrie, de Constantinople ; ce sont les seules prescrites par le Codex. On en distingue commercialement trois sortes, toutes troi.s dites galles à l'épine (pour les distinguer des autres galles, plus lisses), et appelées suivant leur couleur: g. noires ou bleues, g. vertes, g. blanches.
La plus estimée porte le nom de galle noire ouverte d'Alep, à cause de sa couleur, et parce qu'elle vient des environs d'Alep, en Syrie ; la meilleure est celle qui contient encore l'insecte auquel elle sert d'abri. Celles qui ont été cueillies après la sortie de l'animal, et que l'on reconnaît au trou rond dont elles ont été percées par celui-ci, sont blanchâtres, légères, peu astringentes; elles forment, sous le nom de galles blanches, une sorte inférieure, peu recherchée.
Les Anglais donnent la préférence à la galle dite de Syrie, ou de Mossoul (sur le Tigre) ; mais celle-ci est généralement confondue avec celle d'Alep.
11 en est de même pour la galle de Smyrne ou de l'Asie Mineure ; un peu plus -grosse, moins foncée en couleur, moins pesante, plus mélangée de galles blanches, moins estimée, par conséquent, par les connaisseurs, que celle d'Alep, elle est cependant communément vendue pour telle.
On trouve enfin la petite galle couronnée d'Alep, souvent mélangée avec la galle commune de ce nom.
Les galles européennes (G. d'Istrie, de Hongrie, de Piémont, de France, etc., etc.) qui proviennent du chêne rouvre {Q. robur), du tauzin {Q. pyrenaïca et tauza) et d'une espèce d'yeuse {^dex), ordinairement rondes, lisses ou légèrement ridées, rougeàtres, sont beaucoup moins riches en tannin que les levantines, et .d'un usage très-restreint.
Li noix de galle contient du tannin en abondance et de l'acide gallique ; depuis
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Berzélius, qui le premier en a isolé le tannin ou acide tanniqiie à l'état de pureté, des analyses successives ont montré que la quantité de cette substance y est beaucoup plus forte qu'on ne l'avait longtemps pensé; d'après Guibourt, elle atteindrait jusqu'à 65 pour JOO.
Voici d'ailleurs, d'après ce dernier chimiste, qui a démontré dans la noix de galle l'existence de plusieurs principes inconnus ou contestés, la composition exacte de celle-ci, pour 100 parties: acide tannique, 65;. ac. gallique, 2; ac. ellagique et lutéo-gallique, 2 ; cliloropbylleethuile volatile, 0,7; matière extractive brune, 2,5; gomme, 2,5; amidon, 2; ligneux, 10,5; sucre liquide, albumine, sulfate de potasse, chlorure de potassium, gallate de potasse, gallate de chaux, oxalate de cbaux, phosphate de chaux, 1,3; eau, 11,5. Berzélius y admet, en outre, un peu d'acide pectique combiné au tannin.
Les réactions chimiques de la noix de galle sont celles de l'écorce de chêne ; son infusion aqueuse est employée pour déceler les persels de ier, et on sait qu'elle constitue la base de l'encre à écrire.
§ III. Action physiologique. Les effets physiologiques de l'écorce et des galles du chêne sont analogues, non identiques, à ceux des autres astringents végétaux contenant du tannin : appliqués sur les tissus, la décoction ou l'extrait de ces substances les décolorent et les flétrissent; cette astriction, peu marquée sur la peau, est bien plus énergique sur les muqueuses et les surfaces dénudées; elle ne s'étend pas très-profondément, mais pourrait aller, d'après quelques auteurs, jusqu'à la mortification superficielle. La décoction de noix de galle ou des fragments de celle-ci, introduits dans la bouche, y produisent une sensation d'âpreté et de stypticité insupportable, que ne provoque pas au même degré le tan de l'écorce, qui, renfermant une matière extractive en très-grande abondance, est beaucoup mieux toléré. On s;iit que, à l'inverse de tannins plus purs, celui de l'écorce de chêne tanne les peaux en leur conservant leur souplesse. Prises à l'intérieur en petite quantité, les substances que nous étudions déterminent d'abord dans l'estomac une sensation de cbaleur, fortifient cet organe ; elles donnent ensuite lieu à de la difficulté dans les digestions par précipitation incomplète de la pepsine du suc gastrique ; puis, si la dose est plus forte, à la production de pincements très-pénibles, de spasmes pouvant aller jusqu'au vomissement. Leur action sur l'intestin, dans lequel elles se combinent avec les matières protéiques du mucus, entraîne habituellement de la constipation, rarement de la diarrhée, quand leur administration est trop prolongée ou a lieu à des doses trop élevées poui la sensibilité du sujet. Quelques auteurs ont même prétendu qu'il y avait souvent, dans ces cas, racornissement ou épaississement des muqueuses et rétrécissement du canal intestinal.
A ces effets primitifs, locaux, assez bien connus, se joignent des effets secondaires, dus à l'absorption de certains principes de la noix de galle ou de l'écorce de chêne, notamment du tannin et de l'acide gallique, effets sur lesquels la science est bien loin d'être définitivement fixée. On ne sait même pas encore si le tannin peut être absorbé en nature, ou s'il ne doit pas d'abord être transformé eu acide gallique, qui ne précipite pas l'albumine [voy. Tannin).
Quoi qu'il en soit, introduits dans le sang, ces principes l'épaissiraient, le coaguleraient même, d'après certains auteurs, qui, se pressant trop de tirer des conclusions d'observations insuffisantes (telles que la coagulation du sang ou du pus des plaies, par combinaison de leurs matériaux protéiques avec le tannin) ou en quête d'explications chimiques de la propriété hémostatique des préparations
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de chêne, ont oublié que le coagulum produit par le tannin dans une solution d'albumine se redissout dans un excès de cette dernière substance. Or la quantité , de tannin absorbée, en admettant même que ce ne soit pas sous forme d'acide gallique qu'elle l'ait été, ne peut être qu'extrêmement minime eu égard à la masse du sang. Pour démontrer sans contestation même l'épaississement de celui-ci, à la suite de l'ingestion d'écorce ou de galle de chêne, il faudrait d'autres expériences que celles faites à l'école vétérinaire de Lyon en 1811, et que la plupart des ouvrages de matière médicale reproduisent servilement, sans que personne paraisse jamais avoir songé à les tenter de nouveau. On n'aurait pas pu, d'ailleurs, retrouver le tannin dans le sang, mais on constaterait facilement sa présence ou celle de l'acide gallique dans l'urine. Il suffirait pour cela, d'après * M. Rabuteau, d'additionner ce liquide d'un peu d'ammoniaque pour y déterminer la production de stries brunâtres, immédiatement s'il contient de l'acide gallique, beaucoup plus tard, à la longue, s'il renlerme du tannin.
Si la diminution de la perspiratiou cutanée, à la suite de l'administration des préparations de chêne, ne soulève pas beaucoup de contradictions , quoique ici encore des expériences rigoureuses fassent défaut, il n'en est pas de même pour leur action sur la sécrétion urinaire. Tandis que d'après Dioscoride et son commentateur Matliiole, suivis par bon nombre d'auteurs plus modernes, le gland de chêne augmente la sécrétion urinaire (tout en étant recommandé contre l'incontinence d'urine), la plupart des auteurs récents considèrent le tauvMn, et par suite le chêne, comme diminuant cette sécrétion. Cet effet est possible, quoique' en opposition avec l'action simultanée qu'on lui attribue sur les sécrétions cutanées, dont la suppression entraîne habituellement un accroissement coi."élatif de la première. Disons, d'ailleurs, qu'on n'accorde au chêne cette action qi'en lui attribuant abusivement un effet observé à la suite de l'ingestion d'une forte dose de tannin. L'acide gallique, que cette substance est censée produire dans l'organisme, est, en outre, un diurétique incontestable.
Les effets éloignés sur le système nerveux et l'appareil circulatoire sont inconnus jusqu'à présent; disons toutefois que, d'après quelques auteurs contemporains, le tannin se rangerait dans la catégorie des substances qui provoquent la contraction des fibres lisses, notamment des petits vaisseaux, à côté de la belladone, de l'ergot de seigle, etc. Quelques-uns lui ont donné la propriété de produire des palpitations de cœur, des bâillements lorsqu'il est pris à haute dose (Rabuteau) ; mais on est en droit de se demander s'il ne s'agit pas de manifestations consécutives aux troubles de la digestion, aux crampes stomacales, plutôt que d'effets directs du tannin. On n'a du reste rien observé de semblable pour le chêne en nature.
Les amateurs d'explications ont donc le choix entre deux interprétations de l'erfîcacité incontestable des préparations de chêne dans les flux et les bémorrliagies : l'explication chimique et l'explication vaso-motrice, si l'on peut s'exprimer ainsi. Cette dernière nous sourirait davantage, mais nous n'avons garde de prendre parti pour l'une ou pour l'autre exclusivement, professant d'ailleurs une complète indifférence pour toute tentative d'explication qui ne s'appuie que sur des suppositions, fussent-elles chimiques ou physiologiques.
Dans l'état actuel de nos coimaissances, une question bien plus importante à résoudre et pour laquelle une expérimentation clinique bien conduite fait défaut, est celle des indications [irécises de l'emploi du chêne, de Técorce ou de la noix de galle, de préférence à tel ou tel autre astringent végétal, pour un cas donné.
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On n'est niiUoment antoiisé à dire avec la plupart des pharmacologues (Pereira, etc.), et notamment avec Trousseau et M. Pidoux {TJiérapeiitique, 7" édit., t. I, p. 145-146), que la noix de galle el l'écorce de chêne n'ayant d'action que par l'énorme quantité de tannin et d'acide gallique qu'elles contiennent, il est superflu d'entrer dans d'autres détails thérapeutiques que ceux qui ont été donnés à propos du tannin, de la ratanhia et du cachou. L'action fondamentale de ces diverses substances peut être la même, et les effets accessoires être assez variés pour qu'il soit utile de rechercher et de spécifier les indications particulières et secondaires qu'elles remplissent.
Par suite d'une réaction exagérée contre la polypharmacie, un certain nombre de cliniciens et surtout les expérimentateurs contemporains en sont venus à se défier des thériaques naturelles que constituent beaucoup de plantes, et à pré- ' férer constamment l'emploi des principes nettement définis, extraits des végétaux, à ces végétaux eux-mêmes. C'est oublier que, lors m.ème que l'on serait autorisé à ramener tous les effets de substances complexes à un principe unique, cliimiquement défini et les beaux travaux modernes sur les alcaloïdes de l'opium, du quinquina, etc., et sur les huiles essentielles associées au tannin dans de nombreuses substances, ont démontré qu'il n'en est rien, etc. — on ne saurait nullement juger l'action totale de plusieurs principes comme la somme de leurs actions partielles étudiées isolément. Il peut, en effet, se passer des réactions multiples entre les divers corps mis en présence; de plus, si le chimiste fait peu de •cas de l'état d'agrégation, par exemple, ou de la plus ou moins grande quantité de principes connus, ligneux, amidon, etc., le clinicien doit eu tenir très-grand compte, car le réactif vivant seul peut révéler les modifications que la présence ou l'absence de ces principes, réputés inertes, entraîne dans les effets ou la tolérance des principes considérés comme seuls actils. C'est ainsi que l'extrait d'écorce de chêne, le plus astringent au goiit de tous les extraits végétaux à tannin ne vient qu'en dernière ligne pour la puissance réelle d'action.
Cette remarque me ramène aux propriétés spéciales de l'écorce et de la galle du chêne, et aux caractères qui les différencient des autres astringents végétaux purs ; peu d'observations ont été faites sur ce sujet intéressant, et elles justifient la digression qui précède.
Nous avons déjà dit que la décoction de noix de galle produit dans la bouche une impression d'âpreté bien plus prononcée que celle d'écorce de chêne,. qui, contenant beaucoup plus de matière extractive, est mieux tolérée par la muqueuse; la décoction de celle-ci a cependant une astringence bien marquée encore, une odeur fade, presque nauséeuse, que ne présentent pas au môme degré ie cachou, l'extrait de ratanhia, celui de monesia surtout, dont la saveur sucrée permet facilement l'administration aux enfants. La poudre d'écorce ou tan est la préparation la moins sapide.
D'après Soubeiran, à qui l'on doit des recherches intéressantes sur la valeur comparée des diverses substances tannantes, au point de vue de l'intensité d'action physiologique et de l'action sur les sels de ier, il s'agirait, dans les différences d'effets des substances tannantes, de la qualité et non de la quantité du tannin qu'elles renferment. On sait, en effet, que les tannins ne se comportent pas de la même façon avec les sels de fer, suivant qu'ils sont extraits du chêne, ou delà ratanhia, eu du cachou, du quinquina, etc. Lors même que ces variations d'action tiendraient, comme l'a pensé Geiger, à la présence d'un acide libre dans les substances tannantes qui fournissent un précipité vert avec les sela
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de fer, les faits observés par Soubeiran n'en conserveraient pas moins loule
leur importance.
Ce savant a d'abord constaté que si les écorces, racines, feuilles de végéta ix qui sont cbargées de tannin, en contiennent des proportions fort différentes, les matières tannantes qu'elles cèdent à l'eau, évaporées en consistance d'extrait, ont à poids égal des analogies très-grandes entre elles et avec les extraits commerciaux connus sous les noms de cacliou et de kino ; il a ensuite établi une comparaison entre leurs diverses sapidités et a, en outre, déterminé pour chacun d'eux la limite de dilution oii ils cessent d'agir sur un sel de fer.
En prenant pour base le cachou du Pegu ou l'extrait de cachou, et représentant leur intensité d'action par 1, il a trouvé que, pour obtenir un effet égal, il faut 6,90 d'extrait d'écorce de chêne ; tandis que G,20 d'extrait de bistorte et 4,20 d'extrait de tormentille suffisent pour le même résultat.
En se basant sur la clinique, Trousseau était arrivé à classer de la même façon les divers astringents d'après l'énergie de leur d'action, en donnant le dernier rang au chêne, qui se place en lête de tous comme âpreté de saveur.
Ces expériences, qui se contrôlent et se confirment, démontrent bien qu'il n'est pas indifférent d'employer telle ou telle substance tannante ou du tannin pur, et prouvent en même temps que ce n'est pas seulement la quantité d'agent dit actif contenu dans une substance qui fournit les indications spéciales de son emploi ; il y a évidemment, pour le choix, autre chose qu'une question de plus
ou de moins.
De semblables expériences mériteraient d'être reprises, non plus seulement au point de vue physiologique, mais au point de vue des indications thérapeutiques dans un cas donné.
Relativement aux indications spéciales de l'écorce de chêne et de la noix de galle, ce que nous avons dit de leur différence d'action explique que^ cette dernière paraisse plus particulièrement appropriée, à cause de sa stypticité, à l'usage externe. Cependant les auteurs n'ont pas toujours fait cette distinction, et les recherches sur la valeur comparative des deux substances sous le rapport thérapeutique, font complètement défaut.
8 IV. Emploi médical. L'usage médical du chêne remonte à une haute antiquité; il faisait partie de la matière médicale d'Hippocrate, qui paraît recommander indifféremment l'écorce, les galles, le chêne vert comme les autres espèces. Le Père de la médecine associait les produits du chêne, suivant les cas, à d'autres astringents comme l'alun, le vert-de-gris, ou à des balsamiques comme la myrrhe ; il savait, en outre, en modifier l'astringence par l'incorporation dans du miel et n'ignorait pas que le vin et le vinaigre, en tant que dissolvants, accroissent leur action. Il les employait comme mondificateurs des plaies, astringents , cathérétiques ; en onctions, en injections, en fumigations, sous forme d'onguents, contre les hémorrhagies, la paronychie (panaris), les brûlures, les plaies, les écoulements blancs des narines, les ulcères de la matrice et autres, la leucorrhée, les hémorrhoïdes, etc. (Voir notamment, dans l'édition Littré, le Traité des Plaies, t. VI, la Physiocjnomonique, 6"= sect. du 2« livre des Épidémies; le Traité des Hémorrhoïdes; t. VI, le livre II des Maladies aiguës; le Traité delà Nature de la femme, t. VII; celui des Maladies des femmes, t. VllI).
Théophraste (De Histor. plant., lib. III, cap. viii et ix), Dioscoride (De medica Materia, Ubri sex, lib. 1, cap. cxxxxii) et Galien (De compas. Médicament sec.
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locos, lib. VI. cap. m), parlent des propriétés astringentes du cliène (rîov(7, 0. sessillflora et pecluncutata d'après Fraas, Q. œgilops, d'après Sibthorp).'(( Tout chêne a vertu de restreindre » dit Mathioli (Les Commentaires de M. Mathioli médecin senois, sur les six livres de Pedacius Dioscoride, Anazarhéen, de la Matière médicinale. Traduits par Ant. du Piiiet, Lyon, 164i2), reproduisant textuellement l'énoncé de Dioscoride, « spécialement la peau qui est entre la "rosse écorce et le bois; » il en préconise l'usage dans les crachements de sang, la dysenterie, pour restreindre les hémorrhagies externes, les trop grands flux blancs ' et vante l'eau distillée de feuilles tendres de chêne contre les mêmes états pathologiques, contre les maux de gorge, etc. Tragus combattit un empoisonnement par les cantharides au moyen de l'eau distillée de tendrons de chêne. Le chêne était encore employé dans bien d'autres circonstances qu'il est inutile de rappeler ; les progrès de la thérapeutique, qui ont réduit à néant le« autres propriétés dont les auteurs anciens l'avaient doté, lui ont toutefois conservé une certaine valeur comme astringent, tonique et même antiseptique, et il peut en maintes circonstances remplacer des astringents exotiques souvent fort chers et^ qu'on n'a pas toujours sous la main. C'est pourtant à tort qu'il a longtemps été et est encore considéré comme le plus puissant des astringents indigentes, car nous avons vu qu'il le cède en activité à la bistorte et surtout à la tormentille. Nous allons d'abord nous occuper de l'écorce.
Aujourd'hui, l'écorce de chêne est encore mise en usage, à l'intérieur, dans les vieilles diarrhées, la dernière période des dysenteries, les hémorrhagies' intestinales, l'hémoptysie, les mélrorrhagies passives, les flux muqueux atoniques en général, dans les inflammations gangreneuses, comme vermifuge, fébrifuo'e; topiquement, en gargarisme, contre les inflammations chroniques de la gorge*^ la stomatite mercurielle; en injections, contre la leucorrhée, la blennorrhagie''et'la blennhorrhée surtout chez les femmes; contre le prolapsus de l'utérus, les hémorrhoïdes, la chute de la muqueuse rectale ; en lotions, contre les ulcères de mauvais aspect, à chairs fongueuses, molasses, saignantes ; en cataplasme, sur les parties sphacélées, pour la cure de hernies réductibles, etc. ^ L'eflicacité des diverses préparations d'écorce de chêne, seules ou jointes à d'aulres astringents, tels que l'alun, le fer, employées soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, contre les flux muqueux chroniques, diarrhées, leucorrhée, etc., ne peut faire l'objet d'aucun doute. Trousseau et M. Pidoux les recommandent surtout chez les vieillards et les valétudinaires.
Elles n'auraient guère moins de valeur dans les hémorrhagies, surtout dans celles à caractère atonique, d'après quelques auteurs. Porta {Revue médicale^ t. III, p. 493 ; 1827), qui a beaucoup préconisé l'emploi de l'écorce de chêne, à la dose de 10 à 15 centigrammes, chaque deux heures, sous forme pilulaire (quantité évidemment trop faible pour Trousseau et M. Pidoux), dans les ménorrhagies tant actives que passives, prétend ne l'avoir jamais vue échouer que deux fois^ pendant trois ans qu'il a expérimenté ce moyen.
Cazin père [Plantes médicinales indicj., 3« édit., p. 287), qui a employé la poudre d'écorce de chêne, à la dose de 2 à 4 grammes dans les vingt-quatre heures, dit en avoir obtenu des résultats remarquables, aussi bien que du gland torréfié, dans des hémorrhagies utérines qui avaient résisté à tout autre moyen. II cite notamment un cas de métrorrhagie persistante à la suite d'un avortement, dans lequel la guérison fut obtenue au bout de trois jours par l'usage de la cupule du gland pulvérisée, à la dose de 4 grammes, dans un verre de vin ; la femme,
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très-chétive, abondamment nienstruée ordinairement, avait fait usage sans succès, auparavant, d'une décoction de racine de grande consoude et de ratanhia.
L'absorption incontestable du tannin, son action excitante sur les fibres lisses des vaisseaux, expliqueraient suffisamment ces résultats avantageux, sans pourtant indiquer en quoi l'écorce de chêne, prise à l'intérieur, peut être supérieure aux autres astringents végétaux, en pareil cas ; à moins qu'on ne fasse intervenir la quantité assez grande de l'acide gallique qu'elle renferme, concurremment avec l'acide tannique, et qui serait plus facilement absorbé que je dernier.
Quoi qu'il en soit, il serait peu prudent, surtout dans le cas de lésions organiques, de ne pas recourir en même temps à des applications topiques. Ce dernier mode d'administration a réussi à Lordat, dans trois cas de mélrorrhagie ayant résisté à l'ergot de seigle, aux affusions froides, à la compression de l'aorte : deux à cinq injections d'une décoction d'écorce de chêne (60 grammes pour 500 d'eau), poussées dans l'intérieur de l'utérus avec une seringue à matrice, suffirent à la guérison (Gazette méd. de Toulouse, 1852, p. 303). Alibert combinait les deux modes d'administration dans les leucorrhées continuelles, avec relâchement de la muqueuse vaginale.
Gomme vermifuge, la décoction de tan, remède populaire dans certaines campagnes, a été ordonnée avec le plus grand succès par Cazin père ; il la prescrivait à la dose de 4 grammes de tan dans une tasse d'eau , à réduire à moitié par l'ébullition; il l'administrait de la même façon dans les fièvres muqueuses avec complication vermineuse.
L'écorce de chêne probablement remplacerait sans inconvénient la noix de galle dans le remède vanté par Godart, en 1778, contre les flatuositcs intestinales; ce médecin, ayant obtenu la guérison de quinze cas de tympanite par l'usage d'une mixture dans laquelle la noix de galle était associée au sirop de Fernel et à l'eau de fenouil, ne craint pas d'appeler spécifique le moyen qu'il préconise: sans aller aussi loin, on est autorisé par ces faits à essayer cette substance dans une maladie trop souvent tenace (Mérat et de Lens).
Enfin la décoction d'écorce de chêne pourrait également être employée dans lés empoisonnements par les alcaloïdes et certaines substances métalliques à l'égal de , la noix de galle, qu'Orfila a recommandée dans les intoxications par l'opium, l'arsenic, le tartre stibié, l'ipéca, l'émétine, les alcaloïdes végétaux, l'ellébore blanc, le colchique, etc.
L'usage de l'écorce de chêne à l'intérieur, comme antiseptique, a sans doute été suggéré par le fait observé à l'école vétérinaire de Lyon, en 1811, de l'imputrescibilité persistant, encore après deux mois, du cadavre d'un cheval qui avait mangé 10 kilogrammes d'écorce de chêiie pendant le mois précédant sa mort. Ce fait corroborerait, en l'expliquant, le précepte de donner de fortes doses de tan à l'intérieur aux blessés menacés de gangrène humide, en recouvrant également de tan les parties mortifiées ou qui tendent à le devenir.
Jusqu'à quel point conviendrait-il de donner le tan dans les affections typhoïdes^ quelles qu'elles fussent? C'est une question que se posent seulement les savants auteurs du Traité de thérapeutiq^ie, et qu'ils laissent à l'expérience le soin dé résoudre. Jusqu'à maintenant l'expérience fait défaut ; mais l'inefficacité du quinquina dans les fièvres typhoïdes proprement dites ne peut que faire singulièrement douter de la bonté de ce moyen. L'emploi de celui-ci suppose d'ailleurs que la tendance septique est le fait pathologique initial, ce qui n'est pas dans un très-grand nombre de cas, et non la conséquence d'altérations antérieures, dynamiques ou
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pliysico-chimiques, anxquelles doit tout d'abord s'adresser le traitement ; o>i pourrait, H est X rai dans ces derniers cas, considérer la septicité comme une complication, source d indications nouvelles.
Il ne faut pas faire plus de fond sur les propriétés fébrifuges de l'écorce de chêne Préconisée au siècle dernier par maints auteurs, notamment par deHaën Cullen {Matière médicale, t. II, p. 47), elle a repris un certain crédit au commencement de ce siècle, à l'époque du blocus continental, et son usage semblait pouvoir s'autoriser de l'assertion de Barbier, que les ouvriers d'un moulin à tan, situé dansmi faubourg d'Amiens, n'avaient jamais de fièvres intermittentes, tandis que les autres habitants de ce lieu humide étaient fréquemment atteints de ces maladies
Un mélange d'écorce de chêne, de camomille romaine et de gentiane, en proportions diverses suivant les auteurs, avait reçu le nom de quinquina'français D'après Cazm père, le mélange à parties égales de ces trois substances, recommandé par Alphonse Leroy, aurait été employé avec quelque succès par le professeur Fouquier, à une époque où les fièvres intermittentes régnaient aux environs de Paris ; il était administré à la dose de 8 à 16 grammes, en bols, en pilules ou dans du vin.
D'après M. A.Coutance {Histoire du chêne, dans l'antiquité et dans la nature, ]). 469; Paris, 1873), la formule des hôpitaux militaires aurait été celle-ci : écorce de chêne, 120 grammes; noix de galle, 50; gentiane, 25; camomille, 20; lichen, 5; à prendre 30 grammes avant l'accès, 15 après; 30 grammes avant l'accès suivant.
Ces doses sont un peu fortes, puisqu'elles indiquent 27 grammes d'écoice de chêne et 6e'',75 de noix de galle, sur les 45 grammes de mélange à prendre dans une journée. Cullen, qui attribuait une très-grande efficacité au mélange d'écorce de chêne et de camomille, n'en donnait que 8 grammes, dans l'intervalle des paroxysmes.
Il nous semble probable que les succès obtenus, si succès réels il y a eu, doivent en grande partie être rapportés aux amers qui accompagnaient l'écorce de chêne et auxquels on a dû parfois de bons résultats, surtout dans les vieilles fièvres intermittentes, chez des sujets fatigués par l'usage prolongé du quinquina ; mais, en pareille circonstance, il ne serait guère prudent de prescrire de fortes doses d'un astringent aussi énergique que les préparations de chêne, très-aptes à irriter Pestomac. Elles doivent être rangées parmi les nombreux fébrifuges à éliminer de la matière médicale.
L'inhalation des émanations du tan a été considérée comme préservant les ouvriers tanneurs de la phthisie pulmonaire. Cette immunité, défendue surtoutpar les auteurs anglais et allemands, n'a pas tenu devant l'analyse sévère des faits et la statistique rigoureuse qu'en a publiée M. Beaugrand, dans un travail important où il trace un historique complet de la question {Annales d'hyg. et de méd. lég., 2' série, t. XVlll, p. 241 1862) ; d'après le savant hygiéniste, les tanneurs présenteraient seulement moins de cas de phthisie pulmonaire que les mégissiers etles corroyeurs. Ily a loin, de là à une immunité complète à l'encontredela phthisie et qui leur était aussi très-gratuitement accordée contre la peste, le choléra. Le professeur Nasse, de Bonn, un des enthousiastes de la première opinion, reconnaît n'avoir guère obtenu de succès, dans sa clinique, par l'emploi des émanations tanniques auxquelles il soumettait des phthisiques. Ou n'a pas eu à se louer davantage des inhalations de vapeur de tan, aussi bien que de l'ingestion de la jusée, liquide acide provenant de la macération despeaux d'animaux mêlées au tan, dans
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del'eau; l'extrait antiphthisique qu'on en a retiré n'a réalisé aucune des promesses que certains médecins avaient faites.
Nous n'ajouterons quequeliiues mots à l'énoncé succinct que nous avons donné ie l'emploi de l'écorce de chêne en topiques : gargarismes, lotions, injections, onguents ; elle est évidemment indiquée dunstousles cas qui requièrent les astringents puissants : flux, hémorrhagie, etc. Dans la gonorrhée chronique, Swédiaur ordonnait souvent des injections avec une décoction de 30 gr. d'écorce de chêne pour 750 gr. d'eau, à réduire d'un tiers par l'ébullition ; llowison a proposé le tan aluné contre les épistaxis (15 gr. écorce sur 1,500 d'eau, à réduire à 1,000 par l'ébullition, avec 2gr. d'alun).
Nous insisterons principalement sur les avantages qu'offre l'écorce de chêne finement pulvérisée ou sa décoction pour le pansement des plaies fongueuses, de mauvais aspect, à tendances ulcéreuses ou gangreneuses, comme la pourriture d'hôpital. Sous Napoléon I", à l'époque du blocus continental, elle a beaucoup été employée dans les circonstances où aujourd'hui on prescrit ordinairement le quinquina. 11 serait peut-être bon de revenir sur cette pratique, fort onéreuse.
La poudre de tan, outre l'action astringente, désinfectante, qui lui est commune avec la décoction, agit aussi comme absorbante, et elle a fourni de bons résultats, appliquée même sur des parties gangrenées ; par la persistance plus grande de son action, elle paraîtrait plus indiquée dans certains cas que la décoction en lotions que l'on n'est pas toujours en mesure de renouveler assez fréquemment. La décoction de tan, comme celle de quinquina, peut êtie aqueuse, vineuse, simple ou animée avec de l'eau-de-vie, mêlée avec du camphre, du charbon, du clilorhydrate d'ammoniaque. Elle a remplacé avec succès la ratanhia dans un cas de fissure à l'anus, observé par Cazin.
En applications topiques sur les gonflements scorbutiques, les engorgements articulaires, suite d'entor^-e ou de luxation, dans l'hydarthrose, et même dans l'hydrocèle, elle a été vivement recommandée par Manoury {Journal analytique de méd. et des se. access., mars, 1828, p. 461 m Cazin). Son efficacité, en lotions ou fomentations additionnées d'alun, pour prévenir et guérir les engelures, est du domaine vulgaire.
Des applications analogues ont été employées contre les hernies réductibles par divers auteurs, avec un succès merveilleux, dit l'un d'eux, l'Anglais Lizars. Ces assertions, de même que celles qui ont été émises par Cazin et d'autres médecins, sur l'efficacité de l'écorce de chêne dans le traitement des hernies réductibles des hydrocèles congénitales, exigeraient, pour forcer la confiance, des faits plus précis, avec observations détaillées à l'appui.
Les bains de tan ont joui d'une grande réputation contre les diverses manifestations de l'affection scrofuleuse, engorgements ganglionnaires, ulcères; contre l'anasarque cachectique, et Hufeland l'a beaucoup recommandée contre Thémacélinose (purpura) ; ils ont même été prescrits contre les fièvres intermittentes chez les enllmts !
On sait l'usage que les débardeurs font du tan en application dans leurs chaussures, pour empêcher le développement ou l'accroissement de la maladie qu'ils appellent grenouille.
Pour toutes ces applications topiques, la noix de galle est préférable à l'écorce de chêne; elle a pourtant souvent été prescrite à l'intérieur, et c'est elle que Galien déjà préconisait, à la dose de4f gr., contre les fièvres intermittentes; c'est elle également qui faisait la base du spécifique des vents de Godart, dont nous
DICT. ENC. XV.- 4g
722 CHÊNE (emploi médical).
avons parlé. Une pommade très-usuelle en Angleterre contre les hémorrlioïdes est composée, d'uprès Gullen, de 1 partie de poudre de noix de galle contre 8 de saindoux.
La piélerence à donner à la noix de galle comme antidote d'alcaloïdes, comme réactifdes sels de fer, tient plutôt à une difl'érence dans la quantité que des principes actifs dans leur qualité, et à une moindre quantité de matières extractives dans la galle que dans l'écorce. Dans des cas pressants, à défaut de noix de galle ou d'écorce, on pouriait employer la décoction de feuilles de chêne, préconisée par les anciens (Matlnole, Mercurialis) et quelques modernes.
§ V. Modes d'administration et doses. Les seules préparations inscrites dans le dernier Codex sont la poudre d'écorce et la teinture de noix de galle (100 grammes de noix pour 500 d'alcool à 60°), obtenue par macération pendant dix jours; passer avec expression et filtrer. On emploie, en outre, l'infusion, la décoction seule ou incorporée à l'axonge ; l'extrait, le sirop.
En infusion, on prescrit de 10 grammes à 30 grammes par litre d'eau bouillante, pour l'usage interne ; de 30 à 60 et même plus pour l'usage externe. Soubeiran a donné la proportion de 64 grammes pour 1,000 d'eau. Doses: 15 grammes à 60 à la fois, à répéter suivant le cas ; dans les empoisonnements par alcaloïdes, 120 grammes.
La décoction se fait avec les mêmes proportions d'écorce et d'eau, en réduisant par l'ébullition U liquide total d'un tiers ; ou en faisant bouillir pendant dix minutes suivant le degré d'énergie qu'on recherche. Doses : 60 à 180 grammes à l'intérieur. Pour la décoction vineuse, on met de 60 à 80 grammes d'écorce par litre. L'extrait aqueux est ordonné à la dose de 1 à 2 grammes et même 4 grammes en pilules; la poudre à celle de 2 à 4 grammes, en électuaire, dans du miel ou dans du vin, pour l'intéi'ieur ; en q. s. en applications topiques ou sous forme de cataplasmes.
Les solutions tanniques, obtenues directement ou par solution des extraits dans l'eau peuvent également être converties en sirop, en ayant soin de ne pas clarifier avec -du blanc d'œuf, car l'albumine et le tannin de l'écorce ou de la noix de galle formeraient des flocons insolubles.
Nous avons déjà parlé d'un onguent contre les hémorrhoïdes, composé, d'après Cullen, de 1 gram. noix de galle sur 8 grammes axonge, B. Bell va jusqu'à parties égales. La pharmacopée anglaise contient aussi la formule d'un onguent composé de galles et d'opium (galles, 20 grammes; opium pulv., 2 à 4 grammes; axonge, 30 (Edimb.) à 180 grammes. Fréquemment on ajoute 2 à 4 grammes de camphre, Le docteur Garson fait remarquer qu'un onguent plus doux et qui ne laisse pas de dépôt granuleux sur les surfaces irritables est préparé par l'addition de 4 grammes d'extrait aqueux de galles à 50 grammes d'onguent simple (in Pereira, Mat. méd.). Une formule répandue est celle de l'injection du docteur Gibert : Noix de galle en poudre grossière, 4 grammes ; eau, 16 grammes; faites bouillir jusqu'à réduction de deux parties, passez avec expression et ajoutez : alcool rectifié, 9 grammes ; eau de Cologne, 1 gramme, filtrée, elle est connue sous le nom d'alcool tannique ou teinture aromatique de noix de galles ; étendue de 6 à 10 fois son poids d'eau elle sert pour injections contre la leucorrhée et la blennorrhée.
Pour un gargarisme, la proportion de noix de galle est de 8 sur 500 d'eau. L'écorce de chêne, en outre, entre dans la, composition de l'eau hémostatique de Naples et dans celle de Léchelle.
Après avoir été vantées outre mesure et préconisées dans des maladies où leur efficacité est nulle ou du moins le cède à beaucoup d'autres substances, les préparations de chêne sont tombées pour la plupart des praticiens dans un discrédit immérité. Dans la médecine des pauvres, ou à la campagne, elles peuvent rendre de sérieux services ; elles devraient venir en première ligne, et ce n'est nue lorsque des indications spéciales, tenant soit à la maladie, soit à la susceptibilité du sujet, à sa tolérance, se présenteraient, qu'on devrait avoir recours à d'autres astringents végétaux, surtout pour l'usage externe.
Le liège, produit du développement exagéré de la couche sous-épidermoïdale, dite subéreuse, de l'écorce, a été analysé parChevreul {Ann. de chim., t. XGVI, p. 615) qui y a trouvé de l'eau (0,04), de l'huile et de l'acide acétique.
Brûlé, réduit en poudre, incorporé à de l'axonge, il entre dans une pommade connue contre les hémorrhoïdes. Bien que son plus grand emploi soit dans l'industrie, il reçoit quelques applications en chirurgie, pour bandages, appareils, pour établir des points de compression, pour des bouts de seins artificiels, pour semelles, en vue de préserver de l'humidité. E. Hamelin.
CHÉIXEVIS. Graine du cannabis saliva {voy. Chanvre).
CHEIWILLE (de canicula, petite chienne? étymologie douteuse). On donne en entomologie le nom spécial de Chenille à la larve des insectes Lépidoptères ou papillons, et celui de fausse chenille s'applique à une grande division de l'ordre des Hyménoptères, celledes Tenthrédines ou Hyménoptères porte-scie {voy. Larves, Lépidoptères) .
Lorsque la jeune chenille a pris dans l'œuf, pondu par l'insecte femelle, le développement nécessaire, elle coupe la coque chitineuse de cet œuf avec ses mandibules, et de la sorte elle en détache une calotte circulaire qu'elle pousse devant elle pour sortir. Parfois cette ouverture reste fermée par un couvercle soulevé par l'animal et retombant comme un opercule après l'éclosion.
Dès la naissance, les petites chenilles ont une forme constamment allongée, cylindrique et un corps formé de segments, ou anneaux, au nombre de douza. La tête est dure, écailleuse, luisante; les pattes sont en nombre variable, de dix au moins et de seize au plus. Les fausses chenilles ont constamment plus de seize pattes.
La chenille, en se développant de plus en plus, offre à l'observateur des modifications qui seront étudiées plus tard ; il convient actuellement de l'examiner à l'état adulte dans toutes les parties de son corps, avant la nymphose ou la métamorphose en chrysalide {voy. Chrysalide, Métamorphose) et de la caractériser. La tète des Chenilles est constituée par deux demi-sphères latérales et dures, représentant deux grandes écailles. La forme générale est triangulaire ou cordi^ forme (mais non arrondie comme un bouton) ; elle porte des antennes latérales, la bouche est pourvue de mandibules et de mâchoires, et de chaque côté elle offre de petits points lisses et saillants qui sont des ocelles.
Les antennes sont peu allongées, formées d'articles courts, et terminées par des poils sétiformes.
La bouche, située à la partie inférieure de la tête, est conformée comme celle des insectes broyeurs, et elle diffère ainsi de celle des insectes parfaits {voy. Lépi- DoptÈREs). Elle présente de haut en bas: une lèvre supérieure ou labre; deux mandibules cornées, dures, tranchantes, multidentées; deux mâchoires latérales,
palpigères, et enlin une lèvre inférieure portant, comme les màcbou'es, deux palpes latérau-v, et de plus une saillie médiane, unique, formée par un mamelon * percé d'un trou. Cette saillie mamelonnaire est un aboutissant des conduits des glandes de la soie et porte le nom de filière. La bouche des chenilles est caracléristitjue et m'a permis de distinguer une chenille mineuse des feuilles du bouleau des larves mineuses des coléoptères qui lui ressemblent extrêmement [Annales de la Société entomologique de France, 1863, p. 99, pi. 1'^').
Les ocelle-s stemmates ou yeux lisses, sont formés chacun d'une seule cornée bombée. Leur nombre est variable et ils sont disposés ordinairement en demicercle, parfois sur deux rangées.
Le corps, composé de segments successifs et presque semblables, est enveloppé d'unepeau tantôtlisse, tantôt revêtue d'appendices (poils, épines, mamelons, etc.). Le dernier anneau présente l'ouverture anale, recouverte souvent par une valve triangulaire qui porte le nom de clapet.
Le revêtement du corps des chenilles les a fait distinguer en rases, pubescentes, velues, poilues, hispides, épineuses, calleuses, etc. Ces mots s'expliquent facilement et pour ainsi dire d'eux-mêmes. Les chenilles rases sont privées de poils ou d'épines; le tégument, toutefois, peut offrir l'aspect de la peau de chagrin ou de légères rugosités. Plusieurs chenilles, quoique non poilues, ont des pro^ubérances, des sortes de bosses, ou aes tubercules calleux, des nodosités. Les chenilles des Sphingides ont sur le dernier anneau, ou segment, une corne de forme conique à base charnue, corne tantôt lisse, tantôt rugueuse.
Les chenilles poilues sont très-difiérentes les unes des autres. Quelques-unes ont à peine quelques poils épars (genres Plusia, Tortrix). LesLycénides et S^tyrides offrent le type des clienilles veloutées, à petits poils courts et pubescents. D'autres chenilles de Bombycides ont des poils fins, soyeux et assez rares {B. neustria, lanestris) ; les chenilles des Liparis dispar et salicis ont des poils roides. Parfois les poils sont très-serrés, recouvrant tous les segments moins la membrane intermédiaire; ceux des chenilles deChélonides sont réunis en touffes et parfois en aiorettes (Orgija), d'autres fois les poils sont coupés net et forment des brosses.
\es poils des chenilles offrent des directions variables parfois disposés en arrière.ils divergent aussien tous sens ; ils peuvent affecter des directions opposées, et alors la moitié de chaque touffe est placée en bas, l'autre en haut, et les poils sont entre-croisés et feutrés. .
Les poils, tantôt coniques et lisses dans toute leur étendue, sont parlois dentelés ou barbelés (chenilles processionnaires du chêne et du pin). J'ai décrit et figuré récemment une chenille de Gayeime du genre Palustra qui oifre des poils de cette forme {Annales ent. France, 1873, p. 30, pi. 8, n. II, «g. 5). On en trouvera d'analogues dans le Journal d'anatomie et de physiologie de Ch. Uobm, décrites par Dugès. L'extrémité des poils est tantôt extrêmement acérée et apte à se rompre, tantôt dilatée comme chez les chenilles des femelles aptères du genre Orgya [leucostigma, antiqua).
Les poils sont implantés sur le tégument, ou bien ils sont places sur des mamelons ou élévations séiiales, hémisphériques, coniques, etc. Ces tubercules piligeres sont très-remarquables par leur forme et parfois leur coloration [Saturnia). Les prolongements latéraux désignés par Boisduval sous le nom d'appendices pédiiormes [Lasiocampa) sont eu réalité des tubercules allongés; plusieurs espèces de chenilles ont, à l'aide de ces appendices, une faculté préhensile et s'en servent pour se fixer contre les tiges des plantes. On trouve chez plusieurs chenilles de ces or-
ganes qui ressemblent extrêmement aux paltes membraneuses, enfin les chenilles de Gochliopodes exotiques ont des tubercules prolongés en forme de bras qui les font ressembler à des pattes de Mygales en leur donnant un aspect étrange rappelant celui des Arachnides.
Les épines revêtant le corps des chenilles sont semblables à des aiguillons et ressemblent à ceux des plantes; ce sont des organes plus gros, plus résistants que les poils et diversement rameux. Ces épines sont éparses, ou sériales, ou verticillées. Une espèce de l'Amérique du Nord {Cerocampa regalis) a derrière la tète et sur les premiers segments une couronne de fortes épines qui lui a fait donner le nom de diable cornu du platane.
Les poils et les épines coexistent souvent sur la même chenille; leur position fournit de bons caractères au lépidoptérologiste classificateur.
Le corps des chenilles offre, sur les trois premiers segments du corps, ou thoraciques, des pattes vraies qui persistent chez l'insecte développé, et les segments abdominaux ont aussi des pattes, mais celles-ci ne persistent pas après la nymphose. Les premières portent encore le nom de pattes écailleuses; les secondes sont généralement connues sous le nom de pattes membraneuses, ou fausses pattes.
Les pattes écailleuses sont presque toujours d'égale longueur et formées des pièces ordinaires comme chez les larves des insectes en général, terminées par un onglet crochu {voy. Larves). La chenille de VHarpya fagi a les deux dernières paires très-grêles et longues ; celle de la Geometra lunaria a la troisième paire, ou métathoracique très-allongée.
Les pattes membraneuses sont en réalité des espèces de mamelons qui peuvent s'allonger et se raccourcir et qui, à leur extrémité, sont pourvus de crochets recourbés disposés en couronne. E. Blanchard, dans son ouvrage sur les Métamorphoses des insectes, a décrit et figuré ces dispositions en faisant voir leur importance biologique suivant les espèces. Ces fausses pattes sont encore plus utiles à la chenille que les pattes écailleuses du thorax, et elles ne manquent ou ne s'amoindrissent que rarement. Leur nombre toutefois est fort variable, et nous y reviendrons. Parfois la dernière paire a disparu (Farpî/a MUhmiseri) , et le douzième anneau est proéminent et relevé en bosse. La dernière paire défausses paltes a pris, chez les chenilles du genre Dicramira, la forme de deux longs filets rétractiles, ù base élargie, constituant une queue fourchue. L'extrémité de ces filets caudaux remplaçant les dernières fausses pattes est garnie de crochets dans la chenille de l'Uropus ulmi, ce qui montre la transition des pattes membraneuses ordinaires en un prolongement caudal fourchu.
Quand les pattes membraneuses sont au complet, on en compte dix, placées par paires sur les 6", 7% 8'^ 9^ et 12« anneaux; les 4*, 5% 10^ et 11'' n'en offrent point. Disons expressément que sur les chenilles sortant de l'œuf, il peut y avoir absence de fausses pattes qui, plus tard, seront très-visibles. Il en est ainsi chez la chenille de la Pachetra leucophœa.
Les chenilles chez lesquelles les pattes membraneuses sont vestigiaires, ou bien qui sont privées d'un certain nombre de fausses pattes, sont connues sous les noms de fausses arpenteuses, demi-arpenteuses et arpenteuses. Les fausses arpeateuses ont dix pattes membraneuses, mais les deux ou trois premières paires sont tellement raccourcies qu'elles ne peuvent en faire usage [Ophiuf^a); les demi-arpenteuses ont six ou huit pattes membraneuses (Erastria) ; les arpenteuses vraies ont quatre pattes membraneuses seulement {Geomelra). On les appelle chenilles
géomètres parce qu'elles rapprochent en marchant les pâlies postérieures des pattes écailleuses thoraciques, ayant le corps relevé et arqué dans son milieu, et qu'elles paraissent ainsi mesurer ou compter l'espace sur lequel elles s'avancent. Beaucoup de chenilles arpenteuses ont les anneaux du corps pourvus de muscles puissants et elles sont roides et droites comme un morceau de bois, d'où la dénomination d'arpenteuses en bâton appliquée à plusieurs de ces chenilles.
Enfin, dans le genre Limacodes, les fausses pattes sont indiquées par deux rangées de protubérances remplaçant les fausses pattes et ressemblant à des pustules. Ces organes laissent une trace visqueuse, et le corps de ces chenilles ressemble à celui des Limaces {voy, ce mot).
Le corps des chenilles offre sur les côtés, au-dessus ou près de la base despattes, les ouvertures respiratoires aboutissant aux trachées : ce sont les stigmates {voy. Insectes et Larves). On trouve constamment neuf stigmates de chaque côté; le premier est placé sur le premier segment ou prothoracique, ou entre la membrane qui unit le prothorax au mésothorax; le second est sur le quatrième anneau du corps (ou premier segment abdominal) ; les autres sont situés sur les 5% 6% 7", 8% 9% 10'= et 11*= segments. Les 2% 3^ et le dernier, sont les seuls qui soient dépourvus d'ostioles respiratoires.
Les stigmates ont généralement une forme oblongue et ressemblent â des boutonnières transversales. Ces organes sont parfois très-difficiles à apercevoir, ils sont cachés dans les replis transversaux des segments chez les Aglosses (voy. ce mot) qui se trouvent dans les matières grasses. Je suis parvenu à les mettre en évidence chez les chenilles du genre Palustra.
La coloration du tégument des chenilles varie extrêmement. On peut dire en général que beaucoup d'entre elles sont colorées de façon à échapper à leurs nombreux ennemis et présentent les teintes des plantes ou des tiges sur lesquelles elles vivent. On les distingue difficilement sur les écorces, les lichens, les fleurs oi!i elles habitent. Quelques géomètres ressemblent absolument à des pétioles de feuilles ou à de petites branches sèches. Les espèces de chenilles qui vivent dans les tiges des végétaux, dans le bois, ou qui sont revêtues de fourreaux, sont d'un blanc jaunâtre ; presque toutes celles qui vivent dans la terre (Vers gris des horticulteurs) sont d'une teinte bleucàtre ou ardoisée.
Il reste encore beaucoup à apprendre sur la coloration des chenilles; tantôt la nuance est constante, mais souvent celle-ci varie extrêmement {Triphœna pronuba, Hadœna hrassicœ, Deilephila Elpenor). Il y a des espèces oiî deux individus de la même couleur existent à peine, après l'éclosion d'une ponte nombreuse.
La chenille adulte diffère souvent de ce qu'elle était dans son jeune âge pour la coloration comme pour la forme. Les appendices, mamelons, poils et épines changent pareillement suivant l'âge. Le dessin, souvent très-net, offert parla plupart des chenilles varie moins que les couleurs et les points, taches, raies, bandes, chevrons, sont bien des fois appréciables ou occupent la même plac3 quand la couleur du fond a changé.
Les organes internes des chenilles consistent en un tube digestif presque droit, voliuuineux, avec un œsoph;ige, jabot, parfois gésier, un long et large estomac ou ventricule chylifique, un intestin grêle, court, un caecum énorme et un gros intestin terminé par un rectum. 11 y a 4 vaisseaux de Malpighi. A la fdière buccale viennent aboutir les deux canaux excréteurs des glandes sérifiques, très-développées chez les espèces qui filent un cocon enveloppant la chrysalide. Deux tra-
chées latérales considérables sont l'aboutissant des trachées venant des stigmates. Les muscles sont puissants et forment plusieurs faisceaux que Lyouet a patiemment comptés et représentés dans la chenille du Cossus ligniperda. Le vaisseau dorsal, organe principal de la circulation, est composé de chambres, ou petits cœurs contractiles placés bout à bout, terminés par une aorte antérieure. L'anatomie de la chenille du saule, donnée par Lyonet, met toutes ces particularités en évidence et d'une manière qui n'a point été dépassée. Newport, pour le Sphinx Ugiistri, et Cornalia, pour le ver à soie, ont complété l'œuvre magistrale de Lyonet. Le tissu adipeux est fort abondant chez les chenilles. Les organes sexuels sont déjà appréoiables chez la plupart (voy. Métamorphose).
L'accroissement des chenilles est ordinairement rapide, surtout pour celles qui sont phytophages. Il en est de si voraces qu'elles mangent presque constamment et acquièrent leur développement complet en deux semaines. D'autres vivent plusieurs années avant de se transformer en chrysalides. Un grand nombre de chenilles de nos climats sortent de l'œuf pendant l'automne, mangent jusqu'à l'hiver, s'engourdissent pendant la saison froide en hibernant, se réveillent au printemps, redoublent alors de voracité et se transforment au printemps ou en été.
L'étude des habitudes des chenilles n'est pas seulement intéressante pour le naturaliste, elle est très-importante à connaître pour combattre les ravages si considérables produits p-ar les espèces nuisibles et pour aider à la domestication des espèces utiles.
La plupart des chenilles vivent solitaires sur différentes plantes ; mais d'autres vivent en famille ou en sociétés nombreuses, soit pendant le jeune âge, soit pendant toute leur vie. Les processionnaires du pin et du chêne, les Yponomeutes restent sociales même pendant la nymphose.
Il y a des chenilles solitaires qui évitent le contact de l'air et échappent à leurs ennemis en se cachant dans des cellules de soie ou des fourreaux fixes. Beaucoup de Tinéides, les Psychés, construisent, avec beaucoup d'art, des sacs ou des fourreaux portatifs formés de soie et souvent revêtus de corps étrangers : de brins d'berbes, d'écorces, de morceaux de feuilles, de sable, ou de débris d'étoffes et de nos vêtements de laine. Réaumur dans un de ses mémoires pour servir à Thistoire des insectes, a exposé l'industrie des chenilles des Teignes, ou Tinéides, si communes dans nos habitations.
La nourriture des chenilles est presque toujours végétale et très-rarement azotée. Les plantes les plus acres, les plus vénéneuses pour l'homme, les Aconits, les Euphorbes, les lauriers-roses, la fève de Calabar {Physostigma venenosum) ne sont point épargnées par les chenilles.
C'est une erreur de croire que chaque plante nourrit une espèce particulière de chenille: la même espèce peut vivre sur plusieurs végétaux différents, et de plus le même arbre le cbêne, par exemple, sert de nourriture à une centaine d'espèces diverses. Il esttoutefois important de constater que l'habitat des chenilles se lie certainement à celui des familles végétales; ainsi les chenilles de Tbaïs se trouvent sur les Aristoloches, celles des Parnassiens sur les Saxifrages, le? Piérides sur les Crucifères, les Satyres sur les Graminées, etc. Les peupliers et les saules américains sont attaqués dans nos contrées par des espèces de clienilles voisines de celles qui vivent sur ces arbres dans le pays liatal. Mais il faut dire qu'une plante acclimatée dans le Nord ne peut nourrir les chenilles qui s'y trouvent dans le Midi ; le micocoulier, le cyprès, le lentisque venus aux environs de Paris n'offrent plus les Lihytkœa et les autres espèces qui leur sont propres.
Les clicnillcs sont plus on moins vives dans leur marche. 11 y en a de lentes et paresseuses (Cochliopodes, Lycénides). Les géomètres en bâton contrefont le mort et se laissent toucher sans se donner le moindre mouvement. D'autres, au contraire, sont très-vives, s'avancent avec rapidité, reculent de même et font des bonds pour s'échapper. Les chenilles des Catocala exécutent de vrais sauts en se courbant en arc et en se débandant comme un ressort.
A l'article MÉTAMonrnosE, il a été question des mues des chenilles, et j'ai fait voir que ces actes si curieux ne sont qu'une suite de développements. Contrairement aux idées anciennes qui admettaient le cliangement absolu de l'individu en un autre, Redi, Swammerdam, Leeuwenhoeck, Réaumur ont prouvé que lesparlies de la chenille reparaissent dans le Lépidoptère; la patte écailleuse, coupée sur la larve, manque au papillon qui en provient. L'animal n'est pas en réalité constitué par une série d'enveloppes emboîtées et superposées : les organes se forment tour à tour, le tégument nouveau s'organise peu à peu sous l'ancien, les viscères s'atrophient ou se développent suivant les espèces et les familles d'insectes.
Dans les moments qui précèdent la nymphose, les chenilles cessent de manger, elles se ramassent, leurs couleurs changent. Beaucoup jettent de la soie pour entourer, suspendre ou retenir la chrysalide; d'autres s'enfoncent dans la terre et s'y disposent une loge, à parois lisses, revêtue de cire ou de terre gâchée. Un certain nombre arrachent leurs poils ou les coupent avec leurs mandibules pour construire leur cocon. La plus célèbre des chenilles fileuses est celle du Sericaria mori, ou Ver à soie {voy. ce mot).
11 sera toujours facile de distinguer une chenille de Lépidoptère d'une fausse chenille de Tenthrédine aux caractères suivants : 1° La chenille a une tète formée de plaques écailleuses, elle est cordiforme ou un peu triangulaire; la tête des tenthrédines est renflée en forme de bouton; 2» Le nombre total des pattes écailleuses et membraneuses des chenilles ne dépasse jamais seize ; celles des tenthrédines varient de dix-huit à vingt-deux.
Les clienilles sont attaquées par de nombreux ennemis ; les oiseaux en détruisent un grand nombre, les parasites de tous les ordres d'insectes, les Ichneumoniens, Ptéromaliens et Chalcidites en font périr considérablement; les Tachinaires et d'autres Diptères en détruisent une prodigieuse quantité. Ces parasites sont attachés parfois à des groupes distincts et bien définis de chenilles.
De plus, les chenilles, soit à l'état sauvage, soit surtout en domesticité, sont sujettes à des maladies ; le Botrytis Bassiana et im assez grand nombre de végétaux parasites, de psorospeiinies, se développent dans leurs tissus et les tuent. Il sera question de ces faits de pathologie comparée à l'article Ver a soie.
Pour terminer, nous allons jeter un coup d'œil rapide sur les chenilles des diverses familles de l'ordre des insectes Lépidoptères, en signalant les espèces nuisibles qui sont nombi'euses et celles qui nous sont utiles, mais dont le nombre est encore très-restreint.
Les chenilles des Rhopalocères sont en général peu nuisibles et n'ont que trèspeu de soie. Elles sont rarement lisses et terminées en pointe mousse en arrière (Satyrides), ou nues (Nymplialides), ou avec des prolongements derrière la tête {Apatura, Charaxes).
Les Vanessa proviennent toutes de chenilles fortement épineuses, ainsi que les Argynnes et Mélitées. Ces dernières ont sous le cou une vésicule rétractile déjà vue par Bonnet et renfermant un liquide acide.
Les chenilles des Lycénides sont aplatios, pubescentes et ressemblent à des clo-
portes. Celles des Papilioiiides sont au contraire allongées, lisses, avee un organe rétractile et en forme d'Y placé entre la tète et le premier segment du thorax. Les chenilles des Piérides sont un peu velues et quelques-unes nuisent aux ré coites des plantes crucifères cultivées.
Les Parnassiens proviennent de chenilles naes et entourées d'un léger réseau de soie; celles des Ilespériens forment de même un même cocon soyeux.
Parmi les Hétérocères, on trouve la chenille nuisible des Sesia apiformis et asiliformis qui dévastent les plantations de peupliers; quelques autres espèces s'attaquent à des végétaux cultivés, la S. tipuliformis vit dans les branches du Groseillier.
Les Sphingides ont des chenilles curieuses qui prennent l'attitude prêtée au sphinx de la fable par les sculpteurs, redressant la moitié supérieure de leur corps, fixées fortement par leurs pattes membraneuses et restant ainsi immobiles pendant un temps très-long. La chenille du Sphinx ligiistri, celle de VAcherontia Atropos sont remarquables.
Si les Bombycides {voy. Bombyx) offrent peu de différences à l'état parfait, les chenilles, au contraire, servent à les séparer en tribus et en genres. C'est parmi elles que se trouvent les plus utiles des chenilles et même des insectes, le Ver à goje ordinaire, chenille du Sericaria mori, et toutes les autres chenilles produisant une soie plus ou moins apte à être utilisée, Atlaciis et Saturnia d'espèces diverses, du ricin, de l'aylante, yama-maï, aurata, etc. [voy. Ver a soie).
A côté des chenilles de ces Bombycides se placent les processionnaires nuisibles du chêne et du pin, ainsi nommées parce que le soir ces chenilles sociales sortent du nid en procession véritable, commençant par une chenille, suivie de rangées augmentant chacune d'une chenille, jusqu'à une largeur égalant celle du nid.
Les poils de ces chenilles velues sont dentelés et terminés en pointe très-acérée. Ils pénètrent dans les tissus, où leur extrémité se brise facilement ; aussi causentils de très-vives cuissons et des démangeaisons insupportables, s'accompagnant ilo réactions générale, de fièvre, etc. Je renvoie pour les détails sur ce sujet à l'article Lnsectes.
On redoute beaucoup et avec raison les chenilles processionnaires dans les environs de Paris; on est obligé, presque chaque année, au bois de Boulogne, d'interdire l'accès de plusieurs allées où les processionnaires du chêne ont placé une grande quantité de leurs nids.
D'autres chenilles velues peuvent produire des démangeaisons aux doigts des personnes qui les manient sans précautions sérieuses; aucune d'elles n'est en réalité venimeuse. Les organes spéciaux des larves diverses des lépidoptères n'ont donc aucune liqueur caustique ou dangereuse pour l'homme.
On discute encore pour savoir si les poils des processionnaires sont enduits ou non d'une liqueur spéciale et urticante. Cela nous paraît douteux; mais le fait existe, et il est si constant que nous n'hésiterions pas à employer les nids de processionnaires pour produire l'urticatiou ou une révulsion violente si besoin en était. Réaumur et plusieurs autres auteurs avaient déjà pensé à utiliser cette propriété des poils des chenilles processionnaires.
Les chenilles des Cossms (Ronge-bois), des Zewzera, AesLiparis, d'une foule de Noctuelles, etc. , fontle plus grand tort aux arbres et aux végétaux cultivés, mais s'il fallait citer toutes les chenilles qui nuisent aux plantes, aux arbres fruitiers et aux fruits, nous sortirions des bornes de cet article. On en trouvera la liste et lu description dans ÏEiitomologie horticole de Boisduval, Paris, 1867, et dans
750 ' CHÉNOPODÊES.
les ForHinsecten de Ratzeburg. Les chenilles de la minime taille ne sont pas les moins à redouter, celles des Torlricides nous privent de nos fruits et celles des Tinéides détruisent dans nos habitations nos provisions et nos vêlements.
On aurait peine à croire que l'homme ait songé à utiliser pour sa nourriture les chenilles rases ou velues. Suivant Deiegorgue, les indigènes de la Cafrerie et de Natal recherchent une grosse chenille velue vivant sociale sur un Mimosa; ils la font rôtir pour en griller les poils, puis ils la mangent.
Les Chinois ont tiré partie pour l'alimentation non point du précieux Verà soie, mais de sa chrysalide, qui reste nue quand ils ont dévidé le cocon ; ils l'enrobent dans des matières sucrées, la pralinent en quelque sorte, et la servent ainsi sur leurs tables.
D'autres chrysalides servent aussi d'aliment dans la Nouvelle-Grenade et à Madagascar [voij. Ghuysalides). a. Laboulbïîne.
cnEKiVAiLLE (Eaux minérales de). Voy. Roche-Savine {Saint- Amatit).
CUElVOCnOLjtLfQLE (Acide). Voïj. Bile, p. 272.
cuENOcnOLÉiQL'E (Acide). Voy. Bile, p. 272. ■ -
CIIEIVOO s (Les), {voy. Ciiinooks).
cnÉivoPODÈES. Famrlle de plantes Dicotylédones, appartenant au groupe des Monoclamydées de De Candolle, des Apétales de Jussieu. Ce groupe a porté différents noms ; Jussieu les nommait Atriplices, Moquin Tandon les appelle Salsolacées, mais la dénomination de Chénopodées ou Chénopodiacées est la plus généralement employée. Ce sont des plantes herbacées, sous-frutescentes ou plus rarement frutescentes, dont les feuilles généralement alternes, quelquefois opposées, sont ou planes, ou cylindriques, ou demi-cylindriques, et disparaissent parfois complètement. Les fleurs sont petites, régulières, hermaphrodites ou diclines. Elles sontformées d'un périanthe herbacé, régulier, persistant, à deux, trois, quatre ou cinq divisions. La corolle est nulle; lesétamines insérées sur un réceptacle ou sur le périanthe, autour de l'ovaire, sont opposées aux sépales et d'ordinaire en même nombre qu'eux. L'ovaire est uniloculaire, et contient un ovule campilutrope, sessile au fond de la loge, ou fixé latéralement ou pendant à l'extrémité d'un court funicule. Le fruit est un utricule, un caryopse, ou une sorte de baie, renfermé dans le calice persistant et accrescent. La graine contient un embryon dicotylédoné en forme d'anneau ou de spirale, enroulé autour d'un albumen farineux ; parfois cet albumen disparaît complètement, dans les Soudes par exemple.
Un grand nombre de Chénopodées vivent sur les rivages de la mer et les lacs salés, et y absorbent une assez grande quantité de sels de soude, d'où on peut les retirer après l'incinération. Telles sont surtout les Soudes et les Salicors. D'autres croissent aux voisinages des habitations et dans les endroits, où elles peuvent trouver des matières azotées. On en cultive un certain nombre dans les jnrdins potagers, et elles servent comme aliments; tels sont ÏArroche, le Bon-Henri, VÉpinard, la Bette ou Poire'e. Les Betteraves sont, comme on le sait, cultivées en grand comme plante industrielle. Dans certains espèces, dans le Chenopodium Quinoa en particulier, on utilise la fécule que contiennent les graines. Enfin quelques 'Chénopodées sont médicinales ; ce sont surtout les espèces du genre
CIIENOPODIUM. 731
Chenopodiiim, dont l'odeur est aromatique, comme celle des Botrys ou fétide comme celle de la Vulvaire.
JussiEu. Gênera Planlarum, 83. — Moouin Tandon. Prodromus, XIII. — Endlicher. Gcnera Planlarum, 292. — Le Maout et Decaisne. Traité général de Botar.itjue descriptive et anahj- Hquc, 447. Pl.
CHEIVOPODIura. Genre de plantes Dicotylédones, qui a donné son nom au groupe des Cdénopodées. Ce genre, tel qu'il a été délimité par Linnée, comprend des herbes annuelles on plus rarement des plantes suffrutescentcs, à feuilles alternes, pétiolces, sinuées ou dentées. Les fleurs sont groupées en glomérules, sans bractées. Elles sont hermaphrodites et ont : un calice à trois, quatre ou cinq divisions; cinq étamines, insérés au fond du calice ; un ovaire surmonté de deux ou trois styles libr£S ou soudés à la base. Le fniit est une sorte d'utricule membraneux, déprimé, enveloppé par le calice globuleux, ou pentagonal. La graine est tantôt horizontale, tantôt verticale. Elle contient sous un testa crustacé et un endoplivre membraneux, un embryon enroulé autour d'un albumen farineux abondant.
Les Chenopodium habitent les régions tempérées des deux hémisphères. Un certain nombre d'espèces sont utilisées soit comme légumes, soit comme médicaments.
L La plante la plus connue comme légume est le Bon-Henri, Chenopodium Bonus-Henricus L., dont on mange les feuilles cuites en guise d'épinards, sous le nom d'Épinard sauvage. C'est une espèce commune au voisinage des habitations, et qu'on retrouve jusqu'auprès des chalets les plus élevés des Alpes et des Pyrénées. Sa tige est épaisse, haute de 2 à 3 décimètres, marquée de bandes vertes et rougeâtres ; elle porte de grandes feuilles vertes, pulvérulentes, pétiolées, triangulaires, hastées ou sagittées, ondulées sur les bords. Les fleurs sont en glomérules serrés, qui forment par leur ensemble une grande panicule terminale étroite et spiciforme. Les graines sont la plupart verticales dans le péricarpe.
On emploie aussi en guise d'épinard les Chenopodium album L., Chenopod. ficifolium, Smith, Chenopod. ruhrum, L., qui viennent spontanément dans nos régions.
Une espèce, qu'on utilise aussi comme aliment, est le Chenopodium Quinoa W. Cette espèce annuelle vient dans le Chili et le Pérou. Elle a des tiges et des feuilles inodores et insipides, qu'on peut manger comme le Bon-Henri, mais ce qu'on recherche surtout dans la plante, ce sont les petites graines, remplies de matière féculente. On en fait une sorte de bouillie qui est très-nourrissante.
IL Les espèces plus spécialement intéressantes pour la médecine peuvent se grouper en deux catégories distinctes, correspondant du reste à deux sections botaniques bien marquées. Ce sont d'une part les Chenopodium aromatiques de la section de Botrys; d'autre, la vulvaire, à odeur fétide.
Le Chenopodium Botrys L. est une espèce de la région méditerranéenne, qui se fait remarquer par sa couleur vert glauque un peu jaunâtre, par sa pubescence visqueuse, et par son odeur aromatique très-prononcée et très-agréable. La tige a de 30 à 70 centimètres de haut, les feuilles sont pétiolées, subpenualiséquées, à lobes obtus. Elles sont pubescentes, glanduleuses et visqueuses sur les denx faces. Les grappes de fleurs sont presque dépourvues de bractées, et pubescentes. On emploie les Botrys en infusions théiformes contre la toux.
Le Chenopodium Amhrosioides L. est la plante qu'on a désignée sous le nom de Thé du Mexique ou d'Ambroisie du Mexique. Elle est d'un vert clair, un peu
752 CUÉRAMELIER.
JMiinàtre. Sa tige, de 40 à 60 centimètres, est feuillée et rameuse, coiivei te d'un duvet rare et de glandes jaunâtres. Les feuilles sont courtement pétiolées, oblongues, cunéiformes à la base, sinuées, dentées sur les bords. A l'aiselle de ces feuilles naissent des rameaux qui portent à la fois de petites feuilles courtes et des glomcrules axillaires d'une vingtaine de fleurs.
Toute la plante a une odeur aromatique agréable, qui rappelle celle du camphre , et une saveur à la fois acre et aromatique. Elle donne à la distillation une huile essentielle à odeur de menthe poivrée. On l'emploie en infusions théiformes comme tonique et stomachique. On l'a préconisée contre les maladies nerveuses et notamment contre la chorée. Les fruits sont anthelraintiques.
La plante est originaire du Mexique, mais elle est fréquemment cultivée dans les jardins et est devenue presque spuntanée dans la région méditerranéenne.
Le Chenopodium ajithelmintician L. ou Ansérine vermifuge est une plante des Etats-Unis, cultivée dans nos jardins. Cette espèce se rapproche beaucoup àaChenopodivm ambrosidides L. ; quelques auteurs n'en l'ont même qu'une simple variété. Elle en diffère par ses feuilles oblongues, et ses grappes de fleurs dépourvues de bractées. La plante a une odeur aromatique très-forte. On emploie comme anthelmintique soit les fruits soit les sommités fleuries.
Ce sont surtout les fruits que nous recevons en Europe. Il sont sous forme de petits grains, d'une couleur jaune verdàlre. Leur partie extérieure est formée par le périanthe, qui enserre dans ses divisions périgonales un carpelle déprimé à péri» carpe mince et membraneux. L'odeur de ces fruits rappelle celui de la plante entière ; on peut en retirer une huile essentielle très-odorante.
Le Chenopodium Vulvaria ou la Viilvaire est une Chénopodée fétide, commune en Europe dans les décombres, aux bords des chemins et sur les murs. Ses liges effilées, rameuses, portent des feuilles assez longuement pétiolées, entières, ovales et rhomboïdales. Elles sont glauques et comme recouvertes d'une poussière farineuse.
La Vulvaire contient de la propylamine, qui lui donne une odeur analogue à celle du poisson pourri. On l'a préconisée contre les maladies nerveuses et particulièrement contre l'hystérie.
LiNNÉE. Gênera, 309. — Species, 318-3'20. — Endlicher. Gênera Plant., 1930. — Moquix- Tandox. In De Candolle Prodromus, Xllf, p. 82. — Gremer et Godron. Flore de franco, llï, 17. — Guu'ocRT. Drogues simples, 6'= édition, II, 458. — G. Planchon. Détermination dc^ Drogues simples, I, 116 et 535. Pl.
CHEIWOT (Adam), né à Luxembourg en 1721, mort le 9 mai 1789. Cheiiot a, en quelque sorte, passé sa vie à étudier la peste et à traiter les pestiférés. Il était médecin des épidémies à Hermanstadt et devint plus tard proto-médecin de Siebenburg. Il avait étudié la peste àCronstadt en 1755 et en Transylvanie en 1770, et il a recueilli le fruit de ses observations dans les ouvrages suivants, qui méritent d'être signalés au milieu du grand nombre de ceux qui ont été écrits sur celte matière :
I. Tractatus de Peste. Vienne„ 1766, iii-S». — II. Hinterlassene Abhandlungen iibcr die àrztlichen und politischen Atisiaiten bei der Pestseuche. Ibid., 1798, 111-8°. — III. Uisloria pestis Transylvanice, 1770, Mli; op. posthumxim, ediditFa.iE Schuaub. Ofeii (Badcl, 1799, in-8». 11. Mr..
cnÉRAlHELlER. On donne ce nam dans les Antilles au Cicca disticha L. Mant. {Averrhoa acida L. Species). C'est un arbrisseau de l'Inde, qu'on
CIIEREST. "i''^^
cultive dans TAmérique tropicale. Il répond au Nel Poidi de Rheeile et au Cheraviela de Rumphius. 11 appartient à la famille des Euphorbiacées. Les (leurs sontunisexuées. Le calice est quadripartite, muni à l'intérieur de quatre glandes alternes; la corolle est nulle. Les fleurs mâles ont de deux à quatre étamines, à filets libres, à anthères extrorses. Les fleurs femelles ont un ovaire quadri-ou quinqui-loculaire, renfermant deux ovules dans chaque loge. Le fruit est bacciforme, à quatre ou cinq loges, monosperraes par l'avortement d'une graine dans chaque loge.
On emploie les feuilles de Chéramelier comme sudorifiques : elles sont alternes sur les rameaux, stipulées, entières sur les bords, glabres sur les faces.
Les fruits qui ont le volume d'une cerise, sont d'un blanc de cire, translucides, marqués de grosses côtes : on les nomme Cerises d'Inde ou Cerises des lies. Ils sont acidulés et on les mange d'ordinaire cuits ou en confiture. Ils sont rafraîchissants.
Une autre espèce de Cicca, qu'on trouve en Cochinchine le Cicca racemosa Lam., a également des fruits comestibles.
La plante renferme un suc laiteux, acre, purgatif et vomitif.
Rheede. Hortus Malabaricus, III, t. 47-48. — Rumphius. Herbar. Ambonense, VII tab. 53. - LiNKÉE. Mantissa, I, n° 1275. — Endlicher. Genaa, n" 5851. — De Uy uolle. Prodromus .
CHERBOURG (Station MARINE de) dans le département de la Manche. Nous ne dirons que peu de mots de cette station marine, car elle n'est fréquentée que par les habitants de la ville et de la côte ; il n'y a point, à proprement parler, de plage marine à Cherbourg où les baigneurs trouvent une installation convenable pour prendre des bains. Ainsi, point de baraques vestiaires, point d'employés expérimentés pour guider les étrangers qui veulent se baigner à la mer.
CHEREIST (Jui.es-Omer). Médecin très-distingué, prématurément enlevé à la science. Il était né à Paris le l''^ mars 1817, et se fit recevoir docteur en 1841. Il entreprit dès lors des leçons sur les maladies des femmes dans lesquelles il insistait sur la nécessité de ne pas se borner, dans cette étude, à l'examen des lésions des organes spéciaux, mais se préoccuper surtout des effets pathogéniques de la constitution propre à la femme. Cherest n'a pas écrit d'ouvrages étendus, mais beaucoup de rapports parmi lesquels un des plus remarqués avait pour objet l'organisation des bureaux de bienfaisance. Attaché comme fondateur à YVnioii médicale, il s'occupait très-sérieusement de la rédaction de ce recueil. Il était en même temps médecin du bureau de bienfaisance de son arrondissement, inspecteur adjoint aux eaux de Bourbon-l'Archambault, secrétaire de la Société médicale d'émulation dont il a donné une intéressante histoire, chevalier de la Légion d'honneur, etc., Cherest succomba à peine âgé de 37 ans, aux suites d'une fièvre typhoïde très-grave, le 19 avril 1854, laissant les travaux suivants :
I. Engorgements inflammatoires do la fosse iliaque après l'accouchement. Tli, de Paris,
1841 11° 172. II. Rapport sur le bureau de bienfaisance du l" arrondissement. In Un.
méd' p. 144, 1847.— III. Rapp. sur l'organisation des bureaux de bienfaisance. Paris, 1848' inU" et Un. méd., 184S. — IV. Recherches sur la Société médicale d'émulation. Paris, 1850' in-8° et Un. méd., 1850. — V. De l'emploi du chlorure de sodium et de l'action dp cet agent sur la rate dans les fièvres intermittentes. In Union médicale, p. 31^, 1851. — VI Consultation sur un cas grave de maladie de la poitrine cl du foie. Ibid., p. 520; 1852.
E. DcD.
CIIERVI.
CHERIS CHERRIS OU CSIURRus. On donne ces noms à la résine du Chmivre indien [Cannabis saliva var. indica), qu'on récolte dans la Perse ou es Indes par divers procédés. On sait que ce sont les inflorescences femelles de la plante, qui sont surtout riches en matière résineuse. Dans les Indes orientales, des hommes recouverts d'habillements de cuir, passent à travers les champs ou croit la plante : leur vêtement se charge de résine, qu'on détache et qu'on met en petites boules. La substance purifiée porte le nom de Momea. En Perse on paraît employer un antre procédé. On pile la plante, et on l'exprime dans une toile grossière. La partie résineuse s'attache au tissu et on l'en sépare en la ratissant.
Le Cherris possède à un très-haut degré les propriétés vireuses et narcotiques du Chanvre indien.
O'Saughnessï. On thc Préparation oftke Indian Hemp or Gunjah. Calcutta, 1839. - AmsLiE, Siaterm Indica, p. lo. — GvmomT. Drogues simples, ^•'édit. II. ]},5ô[. Pl,
CBEROKOEËS. Une des nations de l'Amérique du Nord (voy. Amérique p. 618). '
cnERSls. Voy. Araignées.
CUERSITES. Voy. Tortues,
CIIERVI. On désigne d'ordinaire, sous ce nom, une espèce de la famille des Ombeliifères et du genre Berle ou Sium. C'est la Berle des potagers ou Sium Sisarum L. On l'appelle aussi Chervis, Cherouis, Girole.
Cette espèce paraît être originaire de la Chine et du Japon; mais elle est passée de bonne heure par la voie de la Perse dans les jardins de l'Europe.
La racine de cette plante est composée d'un certain nombre de tubéro-^ités grosses comme le doigt, longues de 6 à 7 pouces, fortement annelées, marquées de rides longitudinales et de trois lignes saillantes étendues dans le même
sens.
Les tiges qui poussent de cette racine sont striées et peu rameuses. Les feuilles sont alternes, engainantes à la base, impari-pinnées, à 7 ou 9 lolioles lancéolées aiguës, dentées sur leurs bords. Les fleurs sont blanches, disposées en ombelles terminales de 9 à 12 rayons. Un involucre de 4 à 5 folioles linéaires et inégales se trouve à la base de l'om.belle, et des involucelles semblables au-dessous do chaque ornbellule. Chaque fleur a un petit calice à limbe entier; une corolle à 5 pétales égaux, subcordiformes; 5 étamines, et un ovaire infère surmonté de 2 styles courts. Le fruit est formé de deux carpelles planes, convexes, à larges vallécules munies d'un nombre indéterminé de bandelettes.
Le Chervi a été longtemps cultivé à cause de ses racines succulentes, d'une saveur douce et d'une odeur agréable; on en faisait autrefois très-grand cas comme aliment. Pline raconte même que l'empereur Tibère les avait trouvées si délicieuses en Germanie, qu'il en exigeait chaque année une certaine quantité comme tribut. Elles sont à présent moins appréciées. On les employait aussi comme un médicament apéritif et vulnéraire. Boerhaave les donnait comme un excellent remède contre les hématuries et les hémoptysies, et aussi contre les maladies de poitrine. Les racines du Chervi contiennent de l'amidon et une asse2 grande quantité de sucre.
Le Sium Sisarum est, d'après Sprengel, VslxfoîÔTMv de Dioscoride; d'àprès d'autres, ce serait le iluxpov.
CIIESELDEN. 735
DioscoiiiDE. Materia medica, lib. II, cap. cyi. — Pline. Histoire naturelle, liv. XIX, cap. v et lib. XX, cap. v. — Lobel. Icônes, 710. — Linnée. Hortus CUffortiantis, 98. — Lamaf.gk. Dictionnaire Encyclopéd., I, p. 405. — De Candolle. Prodromus, IV, l'2i. — Bentiiam et IIooKER. Gênera Plant., I, 894. — Spbengel. Historia Rei herbarice, I, 106. Pl.
CHERVIIIV (Nicolas), médecin français des plus méritants, né à Saint-Laurentd'Oin^t (Rhône), le 6 octobre 1785, mort à Bourbonne-les-Bains, le 14 août 1843. C'est sur lui qu'un de ses amis, voulant faire son éloge, et choisissant judicieusement pour épigraphe un passage de Tacite, a porté ce jugement : « Opum contemptor, recti pervicax, constans adversus metus. » Par sa vie, par son genre de travaux, Chervin a justifié ce portrait. En effet, après avoir étudié dans les collèges de Villefranche et de Lyon, après s'être fait recevoir docteur à Paris (1812), il résolut, dùt-il y passer son existence entière, d'étudier la fièvre jaune sur les lieux mêmes oii sévit habituellement cette cruelle maladie, et de se former un jugement sur son caractère contagieux ou non contagieux. On pourrait presque dire que Chervin et la fièvre jaune se sont soudés ensemble, et que pendant un grand nombre d'années l'un n'a pas pu vivre sans l'autre. En 1813, il visitait les hôpitaux militaires de Mayence; les six années comprises entre 1819 et 1824, il les passait à parcourir l'Amérique et l'Espagne, n'épargnant ni soins ni démarches pour résoudre le problème ; et il revenait en France, riche de flùts innombrables, chargé de notes et de certificats authentiques, la plupart datés du nouveau monde. Il logeait alors, à Paris, modestement dans une petite chambre de la rue Villedo, n'ayant pour meuble essentiel que la bienheureuse malle, déjà très-usée, qui renfermait les documents recueillis dans ses voyages. Il demeura là dix-neuf ans sans désemparer, si l'on excepte le voyage qu'il fit à Cadix, en 1828, avec Louis et Trousseau, afin d'étudier, au nom du gouvernement, l'épidémie de fièvre jaune qui s'était déclarée dans cette ville. Pendant bien des années, Chervin, qui fut ôlu membre de l'Académie de médecine en 1832, occupa cette société savante ainsi que les journaux de ses arguments en faveur de la non-contagion de la fièvre jaune, sans faire adopter généralement son opinion. Cette opinion, il l'exprimait en ces termes :
1» La fièvre jaune n'est pas contagieuse ;
2" Elle a pour origine et pour cause l'air altéré des marais et des ports encotïibrés, les exhalaisons provenant des eaux vaseuses et stagnantes;
3° Elle acquiert sa plus grande violence par l'excessive chaleur inhérente à certains climats et à certaines saisons ;
4" Les lazarets et les quarantaines, onéreux aux gouvernements et préjudiciables au commerce, ne servent ni à la prévenir, ni à en apaiser la violence.
Chervin, avons-nous dit, mourut à Bourbonne-les-Bains. C'est dans cet asile thermal, affectueusement offert par Thérin, qu'il rendit le dernier soupir. Voici les titres de ses principales publications :
I. Recherches médico-vhilosophiqucs sur les causes de la polygamie dans les paijs chauds. Th. de Paris 1812 in-4°. — II. Examen des principes de l'administration en matière sanitaire Paris 1827 in-S". — III. Rapport lu à l'Académie au nom de la commission chargée d'examiner la doctrine du docteur Chervin, concernant la fièvre jaune. Pms, 1828, iu-S". ■=— IV. Examen critique des j^i'étendues preuves de la contagion de la fièvre jaune, en réponse à Mi Pariset. Paris, 1828, in-8°. — V. De l'origine locale et de la non-contayioii de la fièvre jaune qui a régné à Gibraltar. Paris, 1830, in-8''.— VI. De l'identité de nature des fièvres d'origine paludéenne ^ à l'occasion de la fièvre jaune de la Martinique. Paris, 1839, in-S". A. C.
CHEISULDEIV (WiLLiAJi), l'un des chirurgiens et des analoraistes justement
730 CIIÉTOPODES,
les plus célèbres de rAiiglclerre ; né dans le comté de Leicestersliire en 1688, mort à Bathle 11 avril 17o-2. A quinze ans, il commençait, à Londres, l'étude' de la médecnie; à vingt-trois, il ouvrait son premier cours d'anatomie, et devenait successivement : membre de la société royale de Londres (1712) ; cbirurgien de l'hôpital Saint-Thomas, en remplacement deFerne, son tuteur; cbirurgien consultant des hôpitaux de Saint-Georges et de Westminster; chirurgien honoraire de l'hôpital de Chelsea (1757) ; premier chirurgien de la reine Caroline. Cheselden avait été, d faut le dire, nourri à. l'excellente école de Covvper: sa pratique, en fait do Uthotomie par la méthode latérale, est restée célèbre; on rapporte qu'ayant ainsi taillé quarante-deux malades dans l'espace de quatre années, il n'en perdit qu'un seul; la pupille artificielle qu'il pratiqua sur un jeune garçon de quinze ans, aveugle depuis le jeune âge, et dont l'observation a été donnée dans les Transactions philosophiques (année 1728), n'est pas moins mémorable, relativement surtout aux sensations graduellement développées chez l'opéré. On sait que les métaphysiciens citent souvent le mémoire que le chirurgien anglais rédigea à cette occasion. Cheselden n'est pas moins digne de mémoire par le magnilique ouvrage qu'il a donné sur l'anatomie des os, ouvrage publié par souscription, dédié à la reine, et dont les planches représentent les os de grandeur naturelle. Ce célèbre chirurgien, ami de Pope, repose, selon sa volonté, à Chelsea; il avait été malheureusement enclin à l'usage peu modéré des boissons alcooliques, et l'on assure qu'il lut emporté par une indigestion de bière. Cheselden avait encore une autre passion, celle des exhibitions de pugilat ; mais peut-être trouvait-il dans ces tristes spectacles des données précieuses sur l'anatomie, qui fut toujours pour lui un grand sujet d'études.
I. TkeAnatomij ofthe liuman hocltj... London, -1713, in-S ; 1730, in-S", 4«édit., avec des additions et un appendice, 1768. in-8», 9' édit.,avec des planclies sur cuivre, gravées par Germ. van der Guclit.— II. Trealise ofthe High Opération oflhe Stone. Londres, 1723, in-8». NoGUEz l'a traduit en français. Pans, 1724, in-12. — III. Osleographia, or tlie Anat'omy of the Bones. Londres, 1755, in-fol. ^ q
€HESI>IE (du). Voy. DUCHESKE.
CUESKE4U (Nicolas), médecin français, né à Marseille en 1601, mort vers la fin lin dix-septième siècle. Il avait été docteur de Toulouse. Ses ouvrages, fort médiocres d'ailleurs, sont :
I. Discours et abrégé des vertus cl propriétés des eaux de Barhotan, en la Comté d'Ar^ magnac. Bordeaux, 1628, in-8». — II. Pharmacie théorique. Paris, 1660, in-4». — III. Obscrvationum medieinalium libri quinque, quitus accedunt ordo rcmediorum alphabelicus ad omncs fcre morbos conscriptus, sicut et epitome de natura et viribus lati et aquarum Barhotanensium. Paris, 1672, in-8°. ^ C.
CHETOCÈRES. Soiis ordre des diptères [voy. Diptères).
CHÉTOGiWATnES. Ordre des nématoïdes {voy. Nématoïdes).
CaaÉTOPODES (xat-v;, crinière, ttoûç, ttoJo;, pied). DeBlainville a donné ce nom à une division importante, ou ordre, des Annélides, caractérisée par des branchies tantôt céphaliques ou dorsales, mais parfois manquant tout à fait, d'où leurs désignations de Céphalobranches, Doisibranches et Abranches.
Ces annélides, pourvus d'organes remarquables, renferment: les Serpulidées céphalobranches qui se construisent un tube calcaire, et dont une espèce de
CIILVAL (zoologie). 757
Spiroibe, le NauUloïdes, se trouve sur ies Homards, dont il est parasite comme les Cirrhipèdes.
Les Arénicoles dorsi branches servent d'amorces aux pêcheurs Je nos côtes de l'Océan pour prendre le poisson.
Les Aphrodites, les Néréides, également dorsibranches et appelées scolopendres de mer, servent également aux pêcheurs comme amorces.
Les Lombrics, ou vers de terre, qui sont abranches, ont été depuis longtemps très-étudiés. Il ne faut point les confondre avec les Lombrics ou Ascarides lombricoïiles {voij. ce mot, 2'^ série, t. III, p. 87 et suiv. du Dictionnaire) qui sont des Helminthes d'une organisation toute différente.
Les Vers de terre ont le tégument revêtu de soies courtes, formant brosse; ils portent à peu de distance de la région céphalique un renflement, ou bât, où sont les organes génitaux. Les testicules sont placés sur deux rangs et formés d'une série de renflements communiquant tous les uns avec les autres ; les ovaires, membraneux et gonflés en forme de poire atteignent la hauteur du douzième anneau. L'accouplement a lieu ventre à terre, et les œufs des Lombrics sont après la ponte réunis dans de petites loges.
Les lombrics ont autrefois été employés en médecine et formaient la base d'une décoction huileuse. Dioscoride en parle dans ses écrits. Ils portaient dans les pharmacopées le nom de Liimbrici, seu Vernies terreni. Une espèce [Lunibricus l)hosphorescens) est lumineuse dans l'obscurité. A. Laboulbène.
CHEVAL. § I. Zoologie. Cette noble et utile espèce de quadrupèdes forme parmi les mammifères à sabots un genre auquel elle a donné son nom et qui est facile à distinguer de tous les autres, par ce caractère remarquable que les pieds ne possèdent qu'un seul doigt, particularité que présentent également comme cela a lieu pour le cheval proprement dit, l'àne, l'hémione et les animaux à pelage rayé, propres à l'Afrique, compris sous la dénomination de zèbres, c'est-à-dire le daw, le couagga et le zèbre lui-même. On réunit le cheval à ces différents animaux, sous une appellation commune, celle d'Equus. Indépendamment de l'élégance de leur forme, delà brièveté et de l'apparence lisse de leur pelage, de la disposition des oreilles en forme de cornets, de l'espace velu qui entoure les narines, ces belles espèces de mammifères se reconnaissent encore à la forme de leur tête qui est assez allongée, toujours sans cornes, tandis qu'il y en a habituellement une ou même deux chez les rhinocéros, et à l'absence de la petite trompe que possèdent les tapirs pachydermes rentrant avec les chevaux et plusieurs groupes éteints dans la division des juments ou ongulés iraparidigités.
Les Équus ou animaux du genre cheval possèdent trois paires d'incisives supérieurement et trois inférieurement. Ces dents d'abord excavées à la couronne par une fossette due aune rentrée de l'émail dans leur surface triturante perdent peu à peu cette excavation et la couronne se rasant par suite de l'usure , le degré plus ou moins avancé de cette usure sert à reconnaître l'âge des chevaux. Il y a des canines, mais elles peuvent manquer chez les femelles et chez les mâles, où leur volume est plus considérable, elles n'acquièrent point un développement aussi grand que celles des tapirs : elles sont aussi moins rapprochées des incisives que cela n'a lieu chez ces derniers. Six paires de grosses molaires supérieures et six inférieures, à peu près égales entre elles et peu différentes dans leur forme pour chaque mâchoire sont les instruments princip:uix de la mastication ; les supérieures peuvent être précédées d'une septième beaucoup plus petite que les. DICT ENfi. XV. 47
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autres cl. caduque, ce qui ramène la dentition à la formule des jiimcntés pourvus de -f i. X ^- l *^- L^ petite paire de dents dont il s'agit existe déjà pendant la première dentition ou dentition de lait comprenant, en outre des incisives et des canines de premier âge qui devront tomber bientôt, trois paires de molaires supérieures et inférieures également destinées à disparaître et devant, comme les molaires et les canines, être remplacées par un nombre égal de dents permanentes auxquelles s'ajouteront trois paires d'arrière-molaires à l'une et à l'autre mâchoire. L'intervalle qui sépare les molaires des incisives est considérable; c'est la barre, dans laquelle on place le mors à l'aide duquel on maintient les chevaux et les dirige. La couronne des six paires de grosses molaires des adultes et celle des trois paires de ces dents qui ne fonctionnent que pendant le premier âge, efh protégée contre une usure trop prompte par des replis d'émail pénétrant dans l'ivoire, oii ils décrivent descourbes régulières et des festons ; elle est revêtue d'une couche de cément ou cortical osseux. Chaque molaire se décompose en deux lobes séparés supérieurement en dehors par une saillie ou crête verticale et rejoints au bord interne par une boucle d'émail que l'usure rend plus apparente ; aussi la couronne de ces molaires lorsqu'elle a été entamée par le travail masticateur, présente-t-elle une apparence compliquée qui jointe à la longueur de ces dents et à leur forme quadrangulaire, sauf toutefois pour la première dont la section est presque ogivale, rend les molaires des chevaux très-faciles à reconnaître. Les molaires inférieures ne sont pas moins caractéristiques, ce qui a permis de constater depuis longtemps la présence de débris d'animaux de ce genre dans certains dépôts naturels. Leur abondance y est souvent très-grande et il s'en rencontre dans des pays très-difféi^ents les uns des autres, dans une grande partie de l'Europe par exemple, dans le nord de l'Afrique, dans l'Asie septentrionale et méridionale et même dans les deux Amériques. Ces restes fossiles de chevaux ne s'observent que dans des terrains géologiquement peu anciens. L'étude attentive qu'on en a faite démontre que dans certains cas les espèces dont ils proviennent sont différentes des chevaux actuels et on leur a donné des noms spécifiques différents des leurs. 11 en est particulièrement ainsi pour les chevaux fossiles de l'Amérique.
Les pachydermes du genre qui nous occupe sont essentiellement granivores, ce qui répond très-bien à la conformation de leurs dents. lis ont l'estomac simple et de médiocre capacité ; leur cœcum est au contraire tort grand et leurs intestins sont très-longs. Une disposition particulière de leur cardia empêche qu'ils ne puissent vomir.
Leur squelette présente plusieurs dispositions remarquables. La forme du crâne est particulière ; l'atlas est peu élargi dans ses parties aliformes ; les autres vertèbres cervicales ont le corps convexe en avant et sensiblement excavé en arrière; le canal de l'artère vertébrale qui manque comme d'habitude à la septième des vertèbres de cette région est assez court, et il n'y a d'apophyse épineuse bien prononcée qu'à l'axis. Les mêmes apophyses sont au contraire assez saillantes à la région dorsale, depuis la deuxième jusqu'à la huitième ; à la première dorsale, la même apophyse est au contraire courte et faible ; celles des sept dernières sont médiocres et à peu près d'égale élévation ; elles répondent plus particulièrement à la région de l'ensellement. On compte tantôt dix-huit, tantôt dix-sept vertèbres pour la même série ; plus souvent dix-huit que dix-sept et par conséquent un nombre égal de paires de côtes. Le cheval proprement dit n'est pas le seul animal de ce genre qui puisse avoir dix-huit dorsales ; ce nombre se trouve aussi fré-
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quemment chez les. autres espèces. Les trous dits de conjugaison destinés à la sortie des paires nerveuses des régions dorsale et lombaire, sont situés entre les vertèbres et non percés dans la base des masses latérales de ces dernières, comme cela se voit chez les tapirs et les rhinocéros ; ce qui résulte chez ces derniers de la fermeture sous forme de cercle de l'arc de conjugaison propre à la partie postérieure de chaque vertèbre. La région lombaire comprend tantôt six vertèbres tantôt cinq seulement, quelque soit d'ailleurs le chiffre des dorsales. Le total des dorsales et des lombaires ne donne donc pas un chiffre constant et tout ce que l'on peut dire à cet égard, c'est que les chevaux présentent plus souvent dix-huit dorsales que dix-sept et plus souvent six lombaires que cinq.
De même que les cervicales, les dorsales ont la face antérieure de leur corps convexe, mais à un moindre degréetla postérieure concave. Il en est également ainsi pour les lombaires. Cependant la face postérieure de la dernière est aplatie en vue de son articulation avec la première sacrée; ses apophyses transverses sont en même
tempspluscourtesetellesscterminenten pointe. La base postérieure des apophyses transverses de la quatrième lombaire s'articule avec la base antérieure de celles de la cinquième qui sont elles-mêmes dans un semblable rapport par la face postérieure des mênjes apophyses avec la sixième, et cette dernière l'est à son tour avec la première sacrée.
^ Le sacrurn résulte de la soudure de cinq vertèbres ; il est étroit et la queue qui s'y attache n'a d'apophyses épineuses que pour ses premières vertèbres, encore les deux moitiés de ces neurapophyses ne sont-elles pas toujours soudées entre elles et lare qu'elles devraient former reste-t-il incomplet et ouvert dans sa partie supérieure.
Les côtés sont grêles, celles du tiers antérieur ayant néanmoins un peu plus de largeur que les autres, ce qui les fait paraître obliquement aplaties. Les fausses côtes restent cartilagineuses et le sternum est comprimé et en carène dans ses deux tiers antérieurs, subaplati au contraire en arrière où il se termine par un appendice xyphoïde élargi qui reste cartilagineux. Le manubrium ou saillie antérieure du sternum est à peu près en forme de soc . et il y a cinq pièces sternébrales principales. Huit côtes sur dix-huit ont leurs cartilages en rapport avec le sternum. L'ihaque n'a pas autant d'ampleur que chez les autres jumentés, et il ne diffère de celui du bœuf que par des caractères secondaires, les épines iliaques antérieure et postérieure restant saillantes. Son articulation avec le sacrum se fait par l'intermédiaire des seules apophyses transverses de la première des vertèbres de cette région de la colonne rachidienne ; les fosses iliaques internes sont un peu convexes et les externes un peu concaves ; la branche montante qui les supporte est relativement «^rêle • la symphyse est légèrement en saillie et le bord des tubérosités ischiatiques est tranchant avec une proéminence de son extrémité s'infléchissant en dehors ; le trou obturateur est irrégulièrement ovalaire. Dans le jeune âge cette portion du squelette est comme cela a lieu pour les autres mammifères divisé en trois pièces distinctes, l'os des iles, le pubis et l'ischion.
Si nous passons aux membres des chevaux, nous observons des particularités non moins remarquables. L'omoplate est longue, et son épine ne fait qu'une faible saillie ; sa forme générale permet de la distinguer aisément de celle des autres pachydermes jumentés; elle manque de portion coracoïdienne ; l'apophyse acromion n'y forme qu'une faible saillie. Les chevaux manquent d'ailleurs de clavicule comme tous les autres genres d'ongulés. L'humérus ne présente rien de bien
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particulier, mais il conserve les proportions de légèreté que l'on observe aussi sur les autres os du squelette; le radius n'est accompagué que par un cubitus incomplet, qui meurt un peu au-dessous du milieu de sa longueur et se soude à lui après eu avoir éié séparé peudant les premiers temps de la vie ; on ne trouve auprès de l'extrémité carpienne du radius aucun élément osseux qui puisse être signalé comme représentant sou extrémité inférieure.
Quant au carpe, il ne comprend que six os. Trois composent la première rangée ou le procarpe ; ce sont en allant de dedans en dehors le scaphoïde, le sémilunau^e et le pyramidal, avec lequel est en rapport le pisiforme, qu'il faut attribuer à l'avant-bras plutôt qu'au carpe. 11 y en a également trois à la seconde rangée c'est-àdire au mésocarpe, savoir : le trapézoïde, le grand os et l'os crochu. Le grand os est ici plus large que dans les autres animaux, de manière à pouvoir donner un moyen d'articulation à la presque totalité de la tète du canon. Ce canon représente le métacarpien du seul doigt existant chez les chevaux et répond au troisième métacarpien ou métacarpien médian de la main de l'homme; il porte le doigt unique pourvu de trois phalanges par lequel le cheval appuie sur le sol. La troisième de ces phalanges ou la terminale est élargie en demi-lune à son pourtour qui est sensiblement échancrée en arrière et excavée à sa partie inférieure, jl existe inférieurement sous cette phalange, à son point de contact avec la phalange intermédiaire, un fort sésamoïde de forme transversale. Sous l'extrémité distale du canon sont deux os de même sorte, également destinés aux tendons des muscles fléchisseurs du doigt. Le membre antérieur est complété par deux os styliformes apphfiués le long du canon dont ils n'atteignent pas l'extrémité inférieure ; la partie supérieure de f'interne s'articule avec le trapézoïde; celle de l'externe avec l'os crochu. Ces os sont grêles ; ils répondent aux deuxième et quatrième métacarpiens de l'homme. Aux membres postérieurs, dont nous avons déjà décrit la région iliaque, appartiennent le fémur, ici pourvu comme dans les autres iumentés d'un troisième trochanter assez remonté sur la diaphyse de l'os et peu distant par consequcnl du "rand trochanter ou trochanter externe, et le tibia, dont l'extrémité inférieure e«tcn forme de double gorge oblique, n'est accompagné que par un perone rudimcntaire formant une sorte de stylet attaché sous la partie supérieure externe de cet os et qui se soude avec lui par sa tète.
Ce péroné est bientôt interrompu dans son trajet ; on doit peut être considérer comme répondant à sa partie inférieure une pièce épiphysaire placée au-dessous de la "orge tibiale et en dehors d'elle, qu'on ne trouve séparée que chez le poulain. Cet'îe pièce ne se voit pas encore dans le fœtus examiné avant la naissance, et celui-ci, ainsi que les embryons observés antérieurement à l'âge fœtal, ne possède, du moins dans les préparations que j'ai pu observer jusqu'à ce jour, que le seul doigt caractéristique de l'adulte. Le pied de derrière, de même que celui de devant, présente déjà dans ces différents cas sa forme définitive. Il n'a aussi pour rudiments des doigts latéraux que les deux os styliformes placés 1 un sur le cote postéro-interne, l'autre sur le côté postéro-externe du canon.
On compte au tarse trois os pour la première rangée ou protarse. Ce son d'abord le calcanéum, déjà en partie ossifié dans le fœtus ; puis l'astragale, don la poulie simple au lieu d'être double comme chez les bisulques, est oblique et joue dans les gorges du tibia qui ont une semblable direction ; le troisième est e naviculaire placé en avant de la courte apophyse articilaire de l astragale dont la surface, aplatie repose sur sa face postérieure. La seconde rangée du tarse, c est-a-diiv le mésûtarse, comprend aussi trois os, deux cunéiformes, dont le secoua
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fort étendu transversalement fournit au canon la plus grande partie de son appui articulaire et le cuboïde ici plus petit que le second cunéiforme.
En considérant la conformation des pieds du cheval, on se demande quel en est le point de départ dans la vie embryonnaire, et, si l'on se rappelle que les mammifères commencent par avoir les membres en rames écourtées et présentent en général l'indice de cinq rayons digitaux, on doit supposer qu'il en est de même pour ce genre si intéressant et que c'est par avortement de deux paires de doigts existant primitivement en dedans et en dehors du doigt persistant, que les membres acquièrent ici leur principal trait distinct, c'est-à-dire la monodactylie, Mais c'est là ce que personne n'a encore pensé à vérifier, et, dans l'état présent de la science, la tératologie, ainsi que l'examen des anciennes espèces du même groupe naturel peuvent seuls nous guider dans cette difficile interprétation.
Il y a, il est vrai, des auteurs qui prétendent que le doigt unique du cheval bien qu'assimilable au médian de l'homme, ou, pour le membre postérieur, à notre troisième orteil, résulte de la soudure de deux rayons, répondant aux deux doigts principaux des bisulques, c'est-à-dire aux troisième et quatrième doigts des espèces pentadactyles, et, en ajoutant à ces deux doigts deux autres dont les doubles stylets des pieds antérieurs et postérieurs doivent faire supposer l'existence tout au moins virtuelle, ils sont conduits à attribuer au pied des solipèdes, c'est-à-dire des différentes espèces de chevaux monodactyles quatre doigts au lieu d'un. Ces auteurs vont plus loin : pour eux, les châtaignes, sortes de plaques cornées qui se voient à la partie moyenne de l'avant-bras et à la région du tarse, sont l'indice d'un cinquième doigt. Les chevaux rentreraient donc, si cette supposition était fondée, dans la règle d'après laquelle les anatomistes dont nous parlons, accordent cinq doigts à tous les mammifères. Mais il serait aisé de démontrer la fausseté de cette explication, et si la tendance est à la penladactylie, il s'en faut de beaucoup que cette tendance se réalise toujours. En ce qui regarde la châtaigne antérieure, on doit faire remarquer qu'elle appartient à l'avant-bras et non au carpe et qu'elle n'est en rapport avec aucun des rayons osseux constituant cette partie des membres; elle n'a donc rien de commun avec le pouce des animaux pentadactyles, et conséquemment, elle n'est pas l'indice d'un cinquième doigt. Cette supposition ne repose donc que sur une hypothèse sans fondement, et fût-elle vraie, elle irait au delà du but que se proposent les savants qui l'ont émise puis qu'elle conduirait à faire admettre qu'il y a, chez les équidés, six doigis et non pas cinq. On démontre en effet que le doigt unique des chevaux ne répoiid réellement qu'au troisième doigt des autres animaux, et non aux deux doigts de la fourche des bisulques qui sont, ainsi que nous l'avons déjà dit, les troisième et quatrième doigts des mammifères ordinaires. Le daman, petit pachyderme voisin des rhinocéros, a cinq doigts antérieurs, et cependant son doigt médian correspond bien au doigt unique des chevaux puisqu'il est comme lui eu rapport avec le grand os.
Quelques chevaux ont offert par anomalie deux ou même trois doigts complets par suite de la présence de phalanges à l'extrémité de leurs métacarpiens ou métatarsiens latéraux, ce qui n'empêche pas le doigt principal de pouvoir se diviser en deux. Cette conformation vicieuse et tout à fait exceptionnelle était de règle, du moins en ce qui concerne la présence de deux doigts latéraux, chez des animaux éteints appartenant au groupe naturel des chevaux,- parmi lesquels nous citerons les Ilipparions dont on trouve les restes fossiles dans les dépôts miocènes. Ce sont de tous les équides fossiles ceux qui se rapprochent le plus des espèces du nenre équus, par la conformation de leurs dents. Ils s'en distinguaient cependant
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parce que la boucle interne de leurs molaires supérieures au lieu d'être attenante au reste de rémail, en était séparée pendant presque toute la vie. Ce double caractère doit être regardé comme un état d'infériorité par rapport aux chevaux actuels, et il faut y joindre la présence, chez les mêmes équidés fossiles, d'un cubitus ainsi que d'un péroné suivant le radius et le tibia dans toute leur longueui-, et qui en restaient séparés à tous les âges.
La théorie transformiste s'est emparée depuis longtemps de ce fait dont la valeur ne saurait être constatée; aussi E. Geoffroy-Saint-Hilaire voyait-il déjà, dans les hipparions, les ancêtres des chevaux actuels. De Christol a insisté sur ces dispositions et j'ai moi-même donné quelques indications à l'appui des vues qu'elles suggèrent.
D'autres espèces fossiles d'équidés présentent également des particularités dont l'observation peut jeter un jour véritable sur l'origine des animaux de ce groupe, ou tout au moins nous montrer suivant quelle loi s'est opérée l'évolution organique du groupe lui-même. Ainsi, il y a des équidés dont les dents ne présentent pas de cément, et dont les molaires sont plus simples à leur couronne que celles des hipparions et des chevaux ; ce sont les genres par lesquels la série des équidés se relie aux paléothériums, jumentés également éteints dont Guvier a le premier restauré les principaux caractères et décrit les dilférentes espèces. Les anchithériums sont au nombre de ces anciens équidés et j'ai depuis longtemps rapporté à la même catégorie les anchilophus, fossiles d'une époque plus ancienne encore, en montrant que par leur taille moindre et la simplicité plus évidente de leur dentition, ils constituent un premier terme dans lequel la famille qui nous occupe, a pour ainsi dire son point de départ connu dans l'apparition chronologique des êtres. Ces difficiles questions ont été depuis lors reprises par plusieurs auteurs, non-seulement en Europe mais aussi en Amérique. MM. Leidy et Cope, qui ont eu l'occasion d'étudier certaines formes anciennes d'équidés propres aux dépôts tertiaires des États-Unis, s'en sont particulièrement occupés. Parmi ces formes anéanties, une des plus intéressantes vient d'être décrite par M. Cope sous le nom d'Orohippus. C'étaient des équidés de petite taille (le plus grand n'était comparable qu'au renard sous ce rapport) et ils se distinguaient des autres par la présence de quatre doigts complets aux pieds de devant, ce qui s'observe d'ailleurs chez les tapirs. Le pouce seul manquait à ces petits pachydermes, ou n'était représenté que par le trapèze. D'ailleurs on constate également la présence au carpe de l'hipparion d'un trapèze placé en dedans du trapézoïde destiné au doigt interne que porte le stylet métacarjùen interne dans ce genre; il est placé en dehors du canon digitifère du cheval. Le quatrième os mésocarpien est l'os crochu; il porte en effet le doigt externe qui répondrait au stylet externe du cheval. En dehors de ce stylet est l'indice d'un cinquième rayon sous l'apparence d'un métatarsien court et piriforme ; on doit le regarder comme la première apparition du cinquième doigt; ce qui ramène le pied de devant de l'iiipparion à la condition pentadactyle du daman, sans qu'il soit nécessaire de dédoubler, même par la pensée, le doigt principal des animaux de ce genre ou le doigt unique des chevaux actuels, et de recourir à la châtaigne de ces derniers pour arriver à donner aux équidés la formule digitaire typique, c'est-à-dire pentadactyle. Ces détails tirés de l'anatomie comparée ne sont pas sans utilité lorsque l'on cherche à se rendre compte des particularités en apparence étranges qui distinguent le pied du cheval de celui des autres animaux. Ils nous montrent en effet quelle série de transformations, il a dû subir pour échapper comme il le
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fait, aux conditions auxquelles sont assujettis les membres des autres mammifères, et atteindre la supériorité qui le distingue en se réduisant à un seul de ses rayons primitifs. C'est par l'observation et non par l'admission d'hypothèses toujours discutables qu'il convenait d'arriver à ce curieux résultat.
On trouvera dans les ouvrages d'anatomie vétérinaire et dans nos principaux traités d'anatomie comparée des détails relatifs à l'anatomiè du cheval qui compléteront ceux dont il vient d'être question, que l'on cherche à se faire une idée du système nerveux, du système vasculaire ou de la myologie de cette espèce et de ses congénères. Nous ajouterons aux faits qui précèdent que ces animaux ont la verge puissante et rétractile dans un fourreau, que leurs testicules descendent dans un scrotum, et qu'ils ont, dans les deux sexes, une paire de mamelles, celles des femelles étant inguinales et celles des mâles situées près l'extrémité du fourreau. Les équidés comptent parmi les mammifères pourvus d'intelligence; leur cerveau présente des circonvolutions multiples et bien apparentes. Ils ont le placenta diffus et non pourvu de cotylédones multiples à la manière de celui des porcins ou des ruminants, et comme ils n'ont pas de caduque, on les place parmi les mammifères nommés adéciduates. Sous ce rapport, c'est aux cétacés qu'ils ressemblent le plus.
Leur classification naturelle n'est pas sans offrir quelques difficultés. Linné les plaçait parmi ses belluce avec les rhinocéros, le tapir, les hippopotames et les cochons. C'est ce qu'ont imité différents auteurs lorsqu'ils ont associé les chevaux aux mômes genres d'ongulés sous la dénomination commune de pachydermes. Quelques naturalistes ont cependant proposé d'en faire un groupe à part à cause de la conformation particulière de leurs })ieds, et ils les ont appelés à cause de cela, tantôt solidipèdes, tantôt solipèdes par abréviation. Vicq d'Azyr en faisait sa classe des mammifères soUpèdes qu'il caractérisait par la présence d'un seul doigt à chaque membre. Mais la découverte des genres fossiles d'équidés dont nous avons déjà eu l'occasion de parler dans cet article, a montré que la monodactylie si caractéristique quelle soit du genre cheval n'était pas le signe distinctif de tous les animaux de la famille naturelle à laquelle ce genre appartient, et elle a conduit à rattacher les équidés, c'est-à-dire l'ensemble des divisions génériques rentrant dans cette famille aux pachydermes à doigts impairs, principalement aux rhinocéros et aux tapirs. La considération de leurs dents, leur troisième trochanter, la forme de leur astragale qui n'est pas en osselet, la disposition dissymétrique de leurs doigts les en rapprochent aussi et cnt dîi les faire éloigner des hippopotames et des cochons que leurs caractères principaux rattachent au contraire aux ruminants et non axix pachydermes imparidigités, c'est-à-dire aux jumentés tels qu'ils ont été définis par M. Owen, par M. Pomel et par moi.
Nous avons dit que le genre cheval comprenait plusieurs espèces. Ce sont : le cheval proprement dit {Equus caballus), l'hémippe (£. hemipjms) décrit par I. Geoffroy, l'âne (E. asiniis), l'hémione (E. hemioniis), le zèhre {E . zébra) , le couagga {E. qiiaccha) et ledaw [E. montanus ou Burchellil). De ces sept espèces, les trois dernières sont exclusivement africaines; Tàne paraît être originaire de l'Arabie et des parties voisines de l'Afrique; quelques auteurs croient qu'il faut en distino-uer deux espèces difierentes auxquelles ils donnent les noms à'Equus asinus et E. onager ' ; l'hémippe serait particulier à l'Asie Mineure, et le cheval
1 M. Gray rapporte l'iiémippe à VEquus asinus, et l'iiémione à l'£, onager, ce qui parait discutable.
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]i]iis spécinlemciit originaire dos parties centrales de l'Asie. Mais la présence en Europe, parmi les fossiles quaternaires de débris très-abondants par endroits, qu'on ne peut attribuer qu'au cheval et à l'âne, complique singulièrement h question en ce qui concerne la patrie primitive de ces deux espèces, les seules de tout le genre que Ihpmme .se soit appropriées par la domestication. ^ On a bien essayé de partager ces espèces en plusieurs genres sous les noms à'Equus proprement dit, Asinus et Hippotigris ; à peine se distinguent-elles entre elles au point de vue spécifique, autrement que par des caractères tirés de la couleur, de la forme des oreilles et de la longueur plus on moins grande delà crinière ou des soies de la queue ; ce sont là des caractères qui n'exxèdent pas à la rigueur ou qui du moins excèdent peu ceux qui distinguent les unes des autres certaines races d'une même espèce prises dans les conditions ordinaires de la nature. L'examen ostéologique n'a encore fourni à cet égard aucune indication décisive. Il est toutefois conforme aux principes de la zoologie de regarder le cheval, l'âne, l'hémione, et les trois équidés africains ayant la peau zébrée, comme constituant autant d'espèces particulières. Des doutes plus sérieux existent pour l'hémippe qui tient du cheval sous certains rapports, et de l'âne sous d'autres.
On sait que les animaux du genre cheval se mêlent entre eux et que si, dans la majorité des cas, leurs mulets sont inféconds, il n'en est pas toujours ainsi, et l'on voit en ce moment dans le jardin zoologique du bois de Boulogne, près Paris, une mule de provenance algériemie qui a déjà produit deuxfois. Le croisement dû cheval avec l'ânesse donne le mulet ou la mule, et l'on appelle bardeau celui de l'une avec la jument. On a aussi obtenu le mélange des autres espèces du même genre, soit entre elles, soit avec le cheval ou l'âne. F. Cuvier avait déjà signalé un mulet, né de zèbre et d'ânesse, obtenu à la ménagerie de Paris. Les autres produits hybrides provenant des difiérentes espèces d'équidés ont été réalisés pour la plupart dans la ménagerie de Knowsley, en Angleterre, qui appartenait à lord Derby. ^ La domestication du cheval et celle de l'âne se perdent dans la nuit des temps. D'autre part, on ne peut pas affirmer que les bandes sauvages de la première de de ces^ espèces existant encore dans quelques régions, ne proviennent pas de sujets issus à des époques historiques de chevaux déjà domestiques; ce qui est d'ailleurs certain pour les chevaux sauvages de l'Amériquo puisqu'il n'existait plus d'animaux de ce genre dans le nouveau monde lorsque les Européens s'y sont établis. Il serait donc sans utilité de reproduire ici les nombreux détails consignés dans les auteurs à propos des chevaux qu'ont possédés les anciens. Aussi nous bornerons-nous à rappeler que déjà les chevaux des âges préhistoriques constituaient au moins deux races distinctes, l'une plus robuste, l'autre plus élancée, et que les chevaux domestiques de nos jours diffèrent beaucoup entre eux par la taille ainsi que par les proportions.
Les sociétés modernes ont porté le cheval sur tous les points du globe. Los îles Sandwich qui sont l'un de ces points où la civilisation européenne a le mieux réussi, possèdent un grand nombre de ces animaux, et l'équitation y est en grande estime.
Solutré, près Maçon, renferme d'innombrables ossements de chevaux qui ont été accumulés par l'homme à l'époque préhistorique alors que vivaient avec lui, dans l'Europe centrale, ces troupeaux de rennes dont les débris travaillés ou brisés de main humaine, ont été employés à tant d'usages.
Nous n'entrerons pas dans la description des différentes variétés des deux espèces'ulilisées de la famille des équidés, le cheval et l'âne, nous bornant à renvoyer
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pour les détails des qualités propres à cliacuno de ces espèces et aux divers emplois qu'on en fait, aux belles pages que Bufl'on leur a consacrées dans son Histoire naturelle. Les divers produits que l'on en tire après leur mort et les faits d'anatomie spéciale ou de médecine vétérinaire qui se rattachent à l'une et à l'autre, seront aussi l'objet d'articles distincts ; il en sera de même pour l'hippophogie, qncstion qui a eu tant de retentissement dans ces dernièies années et dont la solution semble d'ailleurs dès à présent complète. P. Gervais.
g II. iSippophai^îc. li'liippopbagie est très-probablement aussi ancienne que le monde. Nos premiers parents devaient être moins difficiles que nous sous le rapport de l'alimenlalion ; et il serait surprenant qu'ils n'eussent pas utilisé, au moins d'abord pendant les disettes, puis d'une manière continue, la viande d'un animal qui n'inspire instinctivement aucune répugnance, et qui peut être pour l'alimentation une ressource précieuse par sa qualité et sa quantité. Le cheval, à l'état sauvage devait autrefois exciter comme toute autre pièce de gibier la convoitise du chasseur; et de nos jours encore, il devient la proie de l'homme dans les vastes plaines de l'Asie, de l'Afrique et de l'Amérique du Sud.
De là, à manger la chair des animaux réduits à la domesticité, il n'y a qu'un pas facile à franchir, surtout si l'animal est mort par accident, et dans un état de santé convenable. Le nom d'iuppopliages donné aux Sarmates par Ptolémée et les géographes grecs démontre que l'emploi alimentaire du cheval est loin d'être une nouveauté.
De nos jours, il n'est pas difficile de démontrer que l'iiippophagie est très-fréquente. D'après Mungo-Parck, les nègres font la chasse aux chevaux sauvages, et se nourrissent de leur chair qu' ils aiment beaucoup.
D'après le voyageur Philips, dans le royaume de Juida, on élève les chevaux comme bétail destiné à la nourriture.
M. Lucas, membre de la commission des sciences, qui a séjourné longtemps en Algérie, vers la frontière de Tunis, assure que les Arabes et les Maures mangent du cheval et du mulet. Lui-même, pendant quatorze mois, a consommé autant de viande de cheval que de viande de bœuf, et il préférait la première parce que les bœufs de ce pays sont petits et mal nourris.
En Améi'ique, suivant le rapport d'Azara [Histoire générale du Paraguay) les chevaux vagabonds des Pampas « fournissent la subsistance aux Indiens non soumis, encore plus vagabonds et plus indociles qu'eux. »
Chez les Patagons et chez les Puelches, M. Alcide d'Orbigiiy a constaté l'emploi habituel de la chair de cheval. D'après le même auteur, la viande des juments est préférée à toute autre. ^ On verra plus loin que cette qualité supérieure de la viande de jument a été constatée également en France.
En Bolivie, au Chili, en Araucanie, la viande de cheval est utilisée de même. Partout où la chasse des chevaux sauvages est possible, on s'y livre avec ardeur. D'après M. Gaimard, les chevaux sauvages des Malouines sont excellents, mais les poulains sont meilleurs. L'équipage de l'f/raniie ayant fait naufrage sur ces îles en 1820, trouva dans ce gibier une grande ressource. Beaucoup d'entre nous, dit ce célèbre médecin naturaliste, préféraient le cheval aux oies du pays. Nous étions lartagés à cet égard.
1 Lettres sur les substances alimentaires et particulièrement sur la viande de cheval par Isidore Geolfroy Saint-Hilaire. Paris, 185C, p. 03. Nous faisons de nombreux emprunts à celte excellente monographie.
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En A?ie, d'iiprcs Hérodote, toutes les classes de la société en Perse mangent du cheval, de l'àne et du chameau. Pour fêter l'anniversaire de la naissance, on sert sur la table des riches, ces animaux rôtis tout entiers.
En Chine, le peuple mange tous les chevaux sans exception. D'après le P. Duhalde « le peuple s'accommode fort de la chair des chevaux, quoique morts de vieillesse ou de maladie. »
Pallas parle de la chasse que les Tatars et les Cosaques font aux chevaux sauvages ; Hippolyte Cloquet porte le même témoignage pour les Mongoux et les Mautchoux. Beauplan a vu les mêmes faits en Ukraine, et Michaelis cité par Huzard, en Pologne.
Parmi les documents curieux qu'on peut citer pour démontrer combien l'emploi de la chair du cheval était fréquent même en Europe, se trouvent deux lettres adressées par deux papes du huitième siècle à St-Boniface, et qui ont été conscivées. Pour comprendre la prohibition dont cet aliment est frappé par Grégoire III, il faut savoir que l'usage de la viande de cheval était lié en Germanie à d'anciennes pratiques religieuses qui faisaient obstacle à la propagation du christianisme. Voici le passtige de la lettre de Grégoire III :
« Inter caîtera agrestem caballum aliquantos comedere adjunxisti plerosque et domesticum. Hoc nequaquam fieri deinceps, sanctissime frater, sinas, sed quibus potueris, Ghristo adjuvante, modis, per omnia compesce, et dignam eis impone pœnitentiam. Immundum enim est atque execrabile. »
Quelque temps après, le successeur de Grégoire, Zacharie, I, renouvelle les mêmes prohibitions qu'il étend au lièvre et au castor.
Ces citations suffisent poiir établir nettement que de tout temps et dans tous les pays le cheval a servi de nourriture à l'homme, sans qu'il semble en être résulté pour celui-ci aucun inconvénient.
De nos jours, au commencement du siècle, c'est surtout la nécessité qui imposa Iransitoirement ce genre de nourriture. Larrey est un de ceux qui ont le plus encouragé dans -les moments difficiles l'usage de cet aliment, sur lequel il donne à plusieurs reprises des renseignements dans ses Mémoires. Après la bataille de la Moskowa, « nos blessés, dit-il, furent réduits à la viande de cheval, aux pommes de terre, et aux tronçons de choux qui avec la chair de cet animal servirent quelques temps à faire de la soupe, » et un peu plus loin, « les chevaux surtout, privés de fourrages et constamment au bivouac périssaient en grand nombre. Souvent on n'attendait pas qu'ils tombassent pour les égorger. La chair de ces animaux que les soldats taisaient griller au premier feu de bivouac servait à apaiser la faim
qui les tourmentait. »
De Smolensk à Krasnoë, pendant les plus mauvais jours de la lugubre retraite de Russie, •( un cheval échappé était aussitôt assommé et dépecé presque vivant. Malheur à l'animal qui s'éloignait de quelques pas de son maître 1 Le partage qu'on faisait de ce butin devenait quelquefois un sujet de rixe entre les individus de toutes les classes ; les femmes elles-mêmes surmontaient tous les obstacles pour en avoir leur part. »
Larrey, pendant toute sa carrière, u'a cessé de se louer pour ses malades de l'hippophagie. C'est surtout pendant le siège d'Alexandrie, en Egypte, dit-il, qu'on a tiré de cette viande un parti extrêmement avantageux. Non-seulement elle a conservé la vie aux troupes qui ont défendu cette ville, mais encore elle a puissamment concouru à la j,uériton et au rétablissement des malades et des blessés que nous avions en grand nombre dans les hôpitaux. Elle a même contri-
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bué à faire diparaître une éjiidémie scorbutique qui s'était emparée de toute l'armée. Ou faisait journellement des distributions régnlières de cette viande, et fort heureusement que le nombre des chevaux a suffi pour conduire l'armée jusqu'à l'époque de la capitulation.... Pour répondre anx objections qui avaient été faite par beaucoup de personnages marquants de l'armée, et surmonter la répugnance du soldat, je fus le premier à faire tuer mes chevaux, et à manger de cette viande.
Après la bataille d'Eylau , Larrey nourrit encore les blessés avec du cheval préparé en bouilli et en bœuf ù la mode; et les consommateurs ne distinguaient presque pas cette viande de celle du bœuf.
Après la bataille d'Eslingen, la majeure partie de l'armée française est isolée dans l'île Lobau avec environ 6,000 blessés. Pendant trois jours, les vivres font complètement défaut. « Je leur fis faire la soupe, dit Larrey, avec la chair d'une assez grande quantité de chevaux dispersés dans cette île, et qui apjiartenaient à des généraux et à des officiers supérieurs. La cuirasse pectorale des cavaliers démontés et blessés eux-mêmes, servait de marmite pour la coction de cette viande, et au lieu de sel, dont nous étions entièrement dépourvus, elle fut assaisonnée avecde la poudreà canon. J'eus le soin seulementde faire décanter le bouillon en le versant d'une cuirasse dans une autre à travers une toile, et après l'avoir laissé clarifier par le repos. Tous nos soldats trouvèrent ce bouillon d'une très-bonne qualité. Ici, je donnai également l'exemple par le sacrifice de l'un de mes chevaux, et je fis usage de cette même nourriture, avec cette différence que j'avais pu conserver du sel et un peu de biscuit, qui me servit à faire la soupe. Le maréchal Masséna, commandant en chef de ces troupes, se trouva fort heureux de partager mon repas et en parut très-satisfait.
« Ainsi l'expérience démontre que l'usage de la viande de cheval est trèsconvenable pour lu nourriture de l'homme... Pourquoi ne pas tirer parti pour la classe indigente et pour les prisoimiers , des chevaux que l'on tue tous les jours à Paris? » (Parent-Duchatelet, Hygiène publique, Paris, 1856; tome 11, page 188).
A côté de l'hippophagie par disette, observée de nos jours, chez les peuples civilisés, on peut citer chez les mêmes peuples, l'hippophagie inconsciente qui est notoirement fréquente, mais dont il est difficile de donner des preuves pour des raisons faciles à concevoir.
Les saucissons dits de Lyon et d'Arles qui paraissent si souvent sur nos tables, sont confectionnés avec de la viande de mulet, d'âne et parfois de cheval. Ce dernier fait n'est donné par Geoffroy Saint-Hilaire que sous réserve ; mais pour l'emploi de la viande de mulet, il est certain ; et d'après M. Chevet, la viande d'càne sert au même usage.
D'après M. Linden, le savant directeur du jardin zoologique de Bruxelles, la viande de cheval est employée, en assez grande quantité, pour la préparation des saucissons qui se vendent dans tout le pays, sous le nom de saucissons de Bologne. On prépare également, ajoute le même auteur, « un hachis qui se vend sous forme de pâte. »
Le nombre et la variété des plats fournis par cei tains restaurants des grandes villes pour un prix relativement modique, est de nature à inspirer des soupçons sur l'origine des denrées premières qu'ils emploient. Pendant la première moitié de ce siècle, la viande de cheval ne servait ostensiblement qu'à la nourriture des animaux. A l'aide d'une autorisation accordée par la préfecture de police, il était
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permis :i tout particulier de faire entrer dans Paris autant de viande de cheval qu'il en voulait. « Beaucoup de gens, dit Parent-Duchatelet, profitent de cette permission, et en transportent des quantités assez considérables, qui ne leur coûtent presque rien, puisqu'on ne la pèse jamaisj ot qu'ils peuvent en remplir une holte pour la somme de trois sous. »
D'après le mènie auteur qui a été consulter à ce sujet les ouvriers équariisseurs, le Muséum d'histoire naturelle consommait autrefois environ vin^t chevaux par semaine pour la nourriture des animaux carnassiers. Qr, il est certain que deux ou trois chevaux pouvaient amplement suffire à tous les besoins. L'excédant recevait une destination inconnue. La citation suivante emprimtée à un rapport du commissaire de police du quartier Saint-Marlin, en 1850, est encore plus explicite.
« Il est de notoriété publique que l'on vend à raison de quatre sous la livre, chez divers restaurateurs de la capitale, de la viande choisie de cheval, nouvellement abattu ; que ceux qui ne peuvent ostensiblement faire entrer dans le jour de cotte viande, vont à une heure et àun lieu convenu, en jeter la nuit, par-dessus les murs, des morceaux considérables qui sont à l'instant ramassés... Ceci se pratique tous les jours. »
Vers la même époque, la commission sanitaire des quartiers de l'Observatoire, signala comme cause d'insalubrité, une maison encombrée de prostituées, dans laquelle on trouva des- masses considérables de chair de cheval que l'on destinait à la nourriture des habitants du quartier. 11 est inutile d'insister davantage pour démontrer qu'à Paris, la consommation de la chair de cheval est un fait journalier, qui se passe à l'insu du consommateur, à la santé duquel il ne porte aucune atteinte appréciable, ainsi qu'on pouvait facilement le prévoir par les exemples cités plus haut. De là à régulariser la vente decette denrée, et à faireprofiterplus largement le consommateur de son bas prix, il n'y avaitqu'un pas à faire, et un préjugé à vaincre. Dès 1811, Cadet, Parmenlier et Pariset demandaient, au nom du conseil de salubrité, « que la vente de la chair de cheval fût tolérée ; que l'on établit pour cela un abattoir affecté spécialement à l'équarrissage, et que l'on désignât des lieux où cette viande serait vendue, après avoir été journellement inspectée et reconnue saine par les agents de la police. » Ces vœux philanlropiques restèrent sans résultats. Une boutique de tripier, située au marché Saint-Jean, et où Ton a débité du cheval pour la nourriture des animaux, de 1809 à 18H, fut même fermée en exécution de l'ordonnance de police du 24 août 1811 , qui prescritaux équarrisseurs d'abattre et d'équarrir, dans le jour, les animaux vivants qui leur seraient amenés ; de ne dépouiller qu'en présence d'un expert vétérinaire ceux qui seraient morts ou atteints de maladie charbonneuse, et qui leur défend, ainsi qu'à tout autre, de vendre de la chair de cheval et d'autres animaux livrés à l'équarrissage.
Cette ordonnance provoqua des plaintes nombreuses, et la police, ne tarda pas à accorder l'autorisation de faire entrer de la viande de cheval à tout individu justifiant de sa moralité, et indiquant l'usage qu'il voulait faire de cette viande. Cette permission fut retirée en 1814, puis accordée de nouveau en 1816, et n'a plus été supprimée. Il paraît que les motifs déterminants de la malencontreuse ordonnance de 1811, étaient la crainte devoir le public attribuer à ce genre d'alimentation, et par conséquent à l'autorité qui l'aurait toléré, les épidémies dues à toute autre cause.
Depuis cette époque, l'un des plus ardents défenseurs de l'hippophagie a été
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Isidore Geoffroy Saiat-IIilaire, membre de l'Institut, et professeur au Muséum d'iiistoire naturelle. Ce savant philanthrope a publié sur ce sujet, un volume (déjà cité) dans lequel il a exposé, avec lucidité, toutes les raisons qui militent pour qu'eu ne perde pas un aliment précieux, alors que la viande fait défaut dans là ration do tant de travailleurs. Il a été aidé dans son œuvre par un grand nombre de savants, médecins et naturalistes dont les efforts ont été couronnés de succès. Aujourd'hui (51 décembre 1872), il existe à Paris plus de quarante boucheries de cheval. La viande est vendue à un prix moitié moindre que celle du bœuf, et par morceaux correspondants. Cette vente est l'objet d'une surveillance active de la part de l'administration, et présente toutes les garanties exigées par l'hygiène : encore quelques efforts, et le préjugé aura disparu.
On peut juger de l'iinportance de la viande de cheval dans l'alimentation, par le tableau suivant, dû à M. Decroix, et emprunté au Bulletin de la Société d'ac climatation [Yéniev iSlô) .
ÉTAT DES CHEVAUX, ANES ET MULETS AlUTTUS A PARIS POUR l' ALIMENTATION PUBLIQUE, DEPUIS l'ouverture DE LA PREMIÈRE BOUCHERIE, 0 JUILLET ISOG, JUSQU'aU 1" JANVIER 1875.