MULETS
* Dont quelques ânes et mulets,
- Le poids de viande nette est calculé à raison de 190 kilogram.nes de viande par cheval ou mulot, et 50 kilogrammes par âne, non compris le foie, le cœur, la langue, la cervelle, etc., qui sont livres à la consommation comme ceux du bœuf.
' Pendant les deux sièges, il n'y a pas eu de chiffres exacts ; d'après mes recherches, on a consommé de 60 à 70,000 chevaux.
Ainsi, en résumé, en 6 ans 1/2, près de seize millions de kilogrammes do viande de cheval ont été livrés à la consommation, au grand bénéfice de la classe nécessiteuse. On remarquera, dans ce tableau, la rapide progression des chiffres qui représentent la consommation, et le nombre considérable (65,000) d'animaux qui ont concouru utilement à l'alimentation de la population assiégée.
En province, les progrès de l'hippophagie sont également réguliers, bien qu'on ne puisse pas donnei' à cet égard de chiffras certains. A Beaucaire, on a créé une
CHEVAL (iiirpopHAGiL).
vaste fabrique de saucissons qui utilise environ 400 cl.evau. par an. A Paris on prépare des conserves de cheval qui sont excellentes. On voit, d'après ces documents, quen France l'hippophagie peut être considérée comme établie définitivement et peut rendre d'autant plus de services, qu'en général les épizooties qui attaquent 1 espèce bovine, respectent le cheval et réciproquement. Telles ont ele du moms, la peste bovine et les épizooties chevalines américaine et française Les autres peuples nous ont suivi et quelquefois précédé dans celte voie En Allemagne, notamment, la viande de cheval se vend dans des boucheries spéciales comme en France. En Danemark, tout boucher qui veut abattre un cheval h soumet préalablement à la visite d'un vétérinaire désigné par l'autorité. Ce dernier, lorsque l'animal est sain, lui imprime une marque sur les quatre sabotsceux-ci ne peuvent, sous aucun prétexte, être sépares du corps qu'où divise en quatre quartiers. De cette manière, l'acheteur est certain d'acheter de la viande saine, et trouve h son choix, à la même bouchene, du cheval ou du bœuf. Cette mesure est certainement excellente, surtout dans les pays où la population n'est pas assez nombreuse pour justifier la création de boucheries spéciales.
Qualités de la viande de cheval. La viande de cheval se présente tout à fait avec l'aspect de la viande de bœuf, de telle sorte qu'il faut un examen attentif pour les distinguer. 11 m'a semblé qu'en broyant ces viandes dans un mortier, avec un peu d'acide sulfurique, on développait dans la viande de cheval une odeur spéciale, désagréable, qui permet de la distinguer de celle du bœuf.
Le cheval rôti paraît presque aussi bon que le bœuf. Associé au porc, et bien assaisonné, ainsi que le recommande Larrey, il peut faire d'excellent ragoût. Le bouillon de cheval est aussi bon que celui de bœuf. Depuis longtemps, je fais préparer, chaque année, pour le cours de chimie du Val-de-Gràce, deux pot-au-feu assaisonnés et cuits convenablement, l'un de cheval et l'autre de bœuf. Il est impossible aux personnes qui goiîtent le bouillon de dire le nom de l'animal. Cette expérience réussit toujours. Le bouilli de cheval paraît en général plus dur et plus filandreux, et se distingue assez aisément. Du reste, comme pour le bœuf, il y a beaucoup de choix. Un cheval jeune, mort d'accident, ou convenablement reposé et engraissé avant sa mort, est nécessairement meilleur. Les juments et les chevaux hongres sont préférables aux chevaux entiers, et les animaux jeunes aux vieux. C'est cette circonstance qui rendra toujours la viande de bœut supérieure à celle du cheval, qui, en raison des services qu'il rend, n'est sacrifié que lorsque la vieillesse ou la maladie l'ont rendu invalide.
Les salaisons de cheval sont aussi bonnes que celles de bœuf, et bien supérieures à celles du mouton qui ont le goût de suif. La consistance des substances grasses est huileuse ou butyreuse. Elles sont inodores, et ont un arôme léger et agréable qui rappelle les pommes mûres. Cette graisse peut fort bien remplacer le beurre de cuisine et est supérieure à celle du mouton. Sa consistance fluide permet de la mélanger avec celle du bœuf, convenablement préparée, et de fournir ainsi ce qu'on a appelé pendant le siège le beurre de Paris, Le foie peut faire la base d'une excellente préparation, ainsi que la langue et la cervelle.
Objections faites à Ihippophagie. De toutes les objections faites à l'hippophagie, la plus importante est sans contredit celle qui se base sur la possibilité de la transmission à l'homme des maladies telles que la morve et le charbon. La valeur de cette objection est telle, qu'il convient de l'examiner avec soin. Voici les considérations sur lesquelles ou peut baser une opinion.
Les animaux (chats, chiens, carnassiers du Muséum d'histoire naturelle) aux-
CHEVAL (hippophagie). 751
quels on donne du cheval sans se préoccuper de ces maladies contagieuses, jouissent néanmoins d'une bonne santé.
Relativement aux maladies communes au cheval et au bœuf, telles que la phlhisie, on ne voit pas pourquoi la contagion par alimentation serait plus possible dans un cas que dans l'autre; et aucun fait, jusqu'à présent, ne semble justifier cette assertion.
Pendant la Révolution, on tua plus de 300 chevaux morveux à Saint-Germain ; ils furent tous enlevés et mangés par les pauvres de la ville, qui n'en éprouvèrent aucune indisposition.
Quelques années après, les professeurs d'Alfort firent abattre dans le bois de Vincennes un grand nombre de chevaux morveux et farcineux. Les habitauls des villages voisins les mangeaient tous, à mesure qu'ils y étaient conduits, et il n'en est rien résulté relativement à la contagion.
Morand, chirurgien des Invalides, rapporte dans les Mémoires de l'Académie royale des sciences, en 1766, que, le 7 octobre 1765, deux bœufs surmenés et malades, furent tués, dépecés et préparés par deux garçons bouchers qui furent, quelques jours après, atteints de pustule maligne, dont ils faillirent périr. Aucun de ceux qui mangèrent ces bœufs ne fut incommodé.
Parent-Duchatelet rapporte le fait suivant, qu'il tient d'une personne digne de confiance {toc. cit., p. 197). Un chien mordit successivement sept vacties laitières, et périt peu de temps après d'une rage bien confirmée, sous les yeux du médecin lui-même qui a raconté le fait, et après avoir mordu d'autres chiens qui furent tués étant enragés. Au bout d'un certain temps, les vaches, qui avaient continué à fournir du lait, furent atteintes des symptômes de la rage et vendues à deux bouchers qui distribuèrent leur viande aux consommateurs, sans que ni ce lait, ni cette viande aient occasionné le moindre accident à toute la population de la petite ville de Montargis.
Ces faits seraient faciles à multiplier; nous citerons encore les suivants, empruntés à M. Decroix, habile vétérinaire [loc. cit.), et qui visent directement la question de contagion due à l'hippophagie. Voici la reproduction littérale du texte ;
« Pour lever les doutes à ce sujet, j'ai d'abord fait usage de la chair cuite de tous les chevaux morveux ou farcineux qui ont été abattus dans mon service. N'ayant éprouvé aucun accident, j'ai voulu savoir si les amateurs de biftecks saignants ne seraient pas exposés à être victimes du nouvel aliment. Pour résoudre cette autre question, j'ai avalé une dizaine de fois de la viande crue provenant de chevaux atteints des maladies ci-dessus dénommées. Il n'en résulta encore aucune indisposition.
« Une fois engagé dans cette voie, j'ai voulu savoir si la chair des animaux morts pouvait être nuisible à la santé. J'ai donc mangé, de 1861 à 1871, de la chair cuite de tous les animaux de mon service, morts de n'importe quelle maladie. Résultat : pas d'accident.
« J'ai voulu savoir si les viandes de bœufs, moutons, veaux, saisies par les inspecteurs de la boucherie, étaient réellement insalubres. Pendant six mois, j'ai obtenu de M. Chevreul, dii'ecteur du Jardin des plantes, d'avoir de la viande saisie et livrée aux bêtes de la ménagerie. Durant cette période, j'ai mangé plusieurs fois par semaine de cette viande, et je n'ai pas éprouvé la moindre indispositiouj tnalgré certaines appréhensions et une répugnance, fille du préjugé.
« Et maintenant, après une expérience personnelle d'une dizaine d'années et
752 CIILYÂLIILU.
de nombreuses observations recueillies sur les autres, je me crois autorisé à affirmer de la façon la plus absolue, que l'on peut, sans aucun danger, faire usage de la cliair cuite, non corrompue, provenant de nos animaux : cheval, bœuf, mouton, morts de n'importe quelle maladie, comme morve, cliarbon, rage, typhus. ))
Il est impossible de citer des expériences plus concluantes ; elles ne tendraient à rien moins qu'à supprimer toute intervention du contrôle au point de vue sanitaire, ce qui serait, je crois, une mauvaise mesure. 11 n'est douteux aujourd'hui pour personne, que la température de 100 degrés ne prive toutes les matières virulentes de leurs propriétés contagieuses [voy. à ce sujet l'article Aliment). Il est même probable qu'une température inférieure suffirait, mais nul ne sait exactement quelle est la limite. Lors donc qu'un débris d'animal atteint de maladie contagieuse est soumis, dans toutes ses parties et jusqu'au centre, à la température de 100 degrés (comme, par exemple, dans la préparation du pot-au-feu ou du rata des soldats), nul doute que le danger n'ait disparu. Quant au rôti saignant, il n'en est pas de même. La couleur rutilante du sang indique que l'albumine n'est pas coagulée. Les expériences directes prouvent que la température peut ne pas atteindre 60 degrés. Une semblable viande peut-elle conserver des propriétés septiques? la réponse est au moins indécise. L'expérience de M. Decroix, ci-dessus rapportée, démontre que, dans les cas où il a opéré, la viande crue d'animaux farcineux pouvait être ingérée impunément : en serait-il de même sur des femmes, des enfants, et avec toutes les variétés de morve ? ce sont là des points non élucidés ; et si l'amour de la science peut conduire un savant à tenter sur lui-même de semblables essais, aucune considéi'ation ne saurait les excuser quand il s'agit du public. L'autorité agit sagement en surveillant l'abatage et en interdisant la vente des animaux atteints de certaines maladies. Peut-être, dans les cas douteux, serait-il possible, pour ne pas s'exposer à perdre par excès de timidité une substance alimentaire, de ne l'exposer à la vente qu'après cuisson convenable. P. Coulier.
CHEVALIER (PoTioiN de). Votj. Ammomaque (Pharmacologic) .
CDEVALIER (Jean-Damien). Ce médecin était d'Angers, où il naquit en iG82. Reçu docteur dans la Faculté de Paris, le 1" décembre 1718, il mourut dans cette dernière ville, le 18 octobre 1755, après avoir exercé à Saint-Domingue, avec le titre de médecin du roi. Outre deux ou trois thèses qu'il a composées pendant son stage scolaire, et parmi lesquelles je remarque celle-ci : An fehribus intermiltentihus alcalia? (1720, in-4''), Chevalier est auteur des ouvrages suivants :
I. Uc flexions critiques sur le Traité de Vusage des différentes saignées, principalement de celle du pied, par Silva. Paris, 1730, in-'12. — II. Ergo a diversa causa movcntur ccrc' briim et dura meninx. Paris, 175G, in-i°. — III. An vini potus salubris ? Paris, 1745, in-4». — IV. Lettres à M. Dejean sur les maladies de Saint-Domingue. Paris, 1752, in-12. — V. Lettres sur les plantes de Saint-Domingue. Paris, 1752, in-S». — VI. Chirurgie coniplcle. Paris, 1752, in-12, 2 vol. A. C.
CHEVALIER (TnoMAs), chirurgien anglais, né dans la seconde moitié dudi.'chuitième siècle, professa longtemps l'anatomie et la chirurgie au collège des chirurgiens de Londres, et avait obtenu le titre de chirurgien extraordinaire du roi. / Il mourut subitement le 9 juin 1824. H a l'ait paraître les ouvrages suivants:
I. Introduction to a Course of Lectures on the Opérations ofSurgery. London, 1801, in-S".
CHEVEUX (rATiioLOGiE). 755
— II. A Treatke of Gwishot-Wounds (Mém. cour, par le Coll. des cliirurff. de Londres). Ibid., 1801. in-12. — III. The Huntcrian Oiation (delivered 14 fcbr. 1821). Londoii, 1825, 111-4°. — IV. Lectures on the General Structure of the Huinan Body and on Ihe Analomj and Fimctions oftheSkin. Ibid., 1823, in-8% pi. 7. E. Bgd.
cnEVÉ (Émile-Joseph-Maurice). Ancien médecinde la marine qui a rendu son nom populaire par l'ardeur qu'ila mise à propager et à vulgariser par ses brillantes leçons si avidement suivies, la mélhode musicale de Galin continuée par Aimé Paris, dont il avait épousé la sœur. Les rapports de la médecine avec la musique ont été signalés, même en vers, l'application de cet art à la thérapeutique a fourni matière à d'intéressantes recherches, nous pouvons donc consacrer quelques lignes à un confrère distingué qui, d'ailleurs s'était déjà fait connaître chez nous, par d'excellents cours d'anatomie et de physiologie qu'il donna à l'École pratique d'a}irès une méthode qui lui était particulière. Emile Chevé était né à Douarnenez (Finistère), en 1804, et il entra vers 1821 dans le corps de santé de la marine. Envoyé au Sénégal, sa belle conduite pendant une épidémie de fièvre jaune qui régna en 1830, lui mérita la croix de la Légion d'honneur. Revenu en France pour rétablir sa santé profondément altérée, il entra, comme secrétaire, auprès de l'inspecteur général au ministère de la marine et se fit recevoir docteur (1836). Mais, en 1838, il abandonna cette position pour se consacrer exclusivement à l'enseignement de la musique. On connaît les succès qu'il y obtint et les précieux avantages qu'en retiraient les ouvriers qu'il arrachait ainsi aux séductions malsaines des plaisirs grossiers, et auxignobles entraînements du cabaret. Les fatigues extrêmes de cet enseignement auquel il se livrait sans mesure, hâtèrent la marche d'une affection organique du cœur à laquelle il succomba dans les premiers jours de septembre 1864- Chevé n'a publié en fait de médecine que sa dissertation inaugurale intitulée : Relation des épidémies de fièvre jaune qui ont régné à Corée et à Saint-Louis (Sénégal) pendant l'hivernage de 1830 (th. de Paris, 1856. n° 65). Ses autres écrits sont relatifs à la musique et à l'enseignement de cet art. Nous ne citerons qu'une méthode élémentaire de musique vocale dont lu partie théorique a été rédigée pat' Emile Chevé ; tout le reste est de sa femme, madame Chevé. E. Bgd.
CHEVELU (cuir). VoIJ. ClIEVEUX, pEAU, TÊTE. CHEVELURE. Vog . CnEVEUX.
CUEVEISTBE. Voy. Bakdages.
CHEVEUX (de capillus). Ce sont les poils qui se développent sur le tégument du crâne, d'où le nom de cuir chevelu donné à cette portion de la surface cutanée.
L'étude du cheveu appartient en réalité à 1 histoire générale du système pileux. Toutefois, considérant l'importance qu'il présente dans ce système, les caractères particuliers qui le distinguent des autres productions du même ordre, la variété presque infinie des phénomènes pathologiques dont il est le siège spécial, et parfois exclusif, j'ai pensé qu'un article à part sur un sujet aussi important ne serait point déplacé dans une encyclopédie médicale [vog. Pileux (Système)].
Je m'occuperai successivement: 1" de l'anatoinie des cheveux; 2" de leur physiologie; 5" enfin, un troisième chapitre sera consacré à des considérations pathologiques.
LICT. i:Nr,. XV, ■ 48
754 CHEVEUX (patuologie).
Qiiniit à l'iiygièiic de la chevelure, j'en ferai l'objet d'un travail spécial, qui Yiciidra à la suite de cet article.
I. Considérations ajnatomiques. Les cheveux recouvrent la presque totalité de la surface crânienne. Leur limite est marquée par une ligne sinueuse et iestonnée qui, partant de la région sous-occipitale, remonte symétriquement de chaque côté de la tète au-dessus des régions mastoïdiennes et auriculaires pour se réunu' sur la partie supérieure et médiane du visage, qu'elle encadre dans une double courbe à concavité tournée en bas.
Analomie descriptive. On admet généralement que l'implantation des cheveux se fait presque toujours obliquement par rapport à la surlace du cuir chevelu, et que le sens de cette obliquité varie sur les différents points de la tête. Selon M. Sappey (Traife'd'anatomie descriptive, 2° édition), cette manière de voir ne serait rien moins que fondée, et l'insertion des poils aurait toujours lieu perpendiculairement. Quoi qu'il en soit, les cheveux ne sont pas jetés comme au hasard à la surface du cuir chevelu ; ils sont rangés suivant des courbes dont l'ensemble figure ce que l'on a appelé des tourbillons. Plusieurs tourbillons donnent lieu par leur réunion à des dispositions plus complexes, désignées sous le nom de croix, et que l'on rencontre notamment sur les régions sous-occipitale et temporopariétale. Ces règles n'ont cependant rien d'absolu, et il existe des peuples auxquels il paraît difficile de les appliquer, les Hottentots et les Papous par exemple, dont la chevelure est disposée naturellement en touffes arrondies plus ou moins larges.
L'abondance des cheveux présente de très-grandes différences selon les races humaines, et pour une même race, selon le sexe, l'âge, les individus, etc. Il est des cas où ils sont tellement nombreux et pressés qu'ils ne laissent entre leurs racines presque aucun intervalle ; il en est d'autres oiî ils paraissent relativement rares et clair-semés. Toutes choses égales, plus la chevelure est fine, plus il y a de cheveux implantés sur un espace donné. Aussi les blonds l'emportent-ils à cet égard généralement sur les bruns. Aucune région de la peau ne saurait d'ailleurs être comparée au cuir chevelu, sous le rapport du nombre des poils. Withof a compté, chez un homme dont le système pileux avait un développement moyen, 293 poils sur un quart de ligne carrée du crâne, 39 au menton, 24 au pubis, 23 à l'avant-bras, 19 au bord externe de la face dorsale de la main, 15 sur la face antérieure de la cuisse. La chevelure est habituellement plus fournie chez la femme que chez l'homme, comme si l'activité du système pileux, selon la remarque de Cruveilhier, se concentrait chez elle sur le cuir chevelu.
Le diamètre des cheveux varie dans des proportions qui sont comprises entre C^'^jOB et 0"™,H en épaisseur. Nous verrons que ce diamètre est rarement le même dans tous les sens de la coupe transversale d'un cheveu. Souples, flexueux et ondoyants, lorsque leur volume est très-ténu, les cheveux deviennent roides et rectihgnes dans les conditions opposées.
Un caractère bien important est celui qui résulte de la direction générale des cheveux, et de l'aspect tout particulier que cette direction leur imprime selon les cas. On dit que la, chevelure est lisse lorsque les cheveux se superposent à la manière de filaments rectilignes. Cette forme prédomine surtout chez les Américains^ chez les peuples de la haute Asie, de la Chine, du Japon, etc. Elle est commune aussi en Europe, mais d'une façon moins exclusive. Les cheveux bouclés soiit ceux qui se contournent en anneaux à leur extrémité seulement ; on les rencontré principalement dans les races arienne et sémitique. L'état frisé résulte de la
CHEVEUX (pathologie). 755
courbure du cheveu dans toute sa longueur ; on l'observe notamment en É'^ypte en Abyssmie, etc. Enfin la chevelure crépue, qui n'est que l'exagéiation^et en quelque sorte la combinaison des états bouclé et frisé, est surtout "dominante eu Afrique, où elle constitue l'un des attributs les plus marquants de la race nè-^re.' Le docteur Pruner-Bey, dans une étude très-intéressante sur la chevelure, considérée comme caractéristique des races humaines, a montré que les différences qu'elle présente dans sa disposition générale correspondent à des différences précises et constantes dans la forme du cheveu lui-même. Examinant au microscope les sections transversales des cheveux, il a reconnu que la figure de section était circulaire dans les cheveux lisses, ovalaire et comprimée dans les cheveux bouclés et frisés, elliptique et fortement aplatie dans les cheveux crépus. Plus aplati est le cheveu, dit cet observateur, plus grande est sa tendance à l'enroulement; plus au contraire il s'arrondit, plus il devient lisse et roide. Or, si l'on considère que la disposition résultant pour la chevelure de sa roideur ou de sa flexibilité constitue l'un des caractères les plus persistants des races humaines à type bien défini, qu'il n'existe pas de nègre, par exemple, sans cheveux plus ou moins crépus, pas d'Américain sans cheveux lisses et plats, pas d'arien dont la chevelure ne se distingue facilement des deux formes précitées, on comprendra que M. Pruner- Bey ait pu songer-à la solution de ce problème, en apparence invraisemblable : « un cheveu étant donné, reconnaître d'après son épaisseur et la forme de ses contours la race de l'individu sur lequel il a été pris. » Mais je n'insiste pas sur ces faits, n'ayant point ici à traiter de la chevelure au point de vue anthropologique.
La longueur des cheveux abandonnés à leur croissance naturelle a des limites encore peu connues, mais qui varient considérablement suivant les individus et les races. Cet accroissement est surtout marqué chez la femme, où on les voit fréquemment descendre jusqu'à la ceinture, et, dans certains cas, se prolonger jusque sur les cuisses. L'^s cheveux lisses sont ceux qui atteignent la plus grande longueur, tandis que les cheveux crépus arrivent presque aussitôt à un terme maximum qu'ils ne dépassent pas. Quel contraste, dit .M. Pruner-Bey, entre la crinière roide et lisse qui enveloppe presque tout entier le Pied-Noir et 'le Sioux, et les touffes entortillées qui descendent à peine à la hauteur de l'épaule de là négresse et plus encore de la Boschismane !
La couleur des cheveux présente des variétés presque infinies, mais qu'on peut ramener à trois types principaux, le noir, le blond, le rouge de feu. La couleur noire est celle qui paraît le plus également répandue sur les différents points du globe. Le blond clair appartient surtout à l'Europe, et notamment aux rameaux germanique, slave et celtique de la souche arienne. La chevelure rouge se trouve représentée, au moins par quelques individus, chez presque toutes "les nations connues, soit équatoriales, soit boréales, etc. (Pruner-Bey). Parmi les nuances intermédiaires aux types précités se placent le brun, le brun rougeàlre, le brun clair, le châtain, le blond avec ses tons si divers, le jaune de lin, le jaune de paille, le jaune doré, le rouge teinté de noir on roux, etc., etc. La couleur des cheveux diffère le plus souvent, sur un même individu, de celle des autres parties du système pileux ; elle peut aussi n'être pas uniforme sur toutes les régions du cuir chevelu ; enfin^ il n'est pas jusqu'au cheveu lui-même qui ne présente quelquefois des teintes variées de son point d'émergence à son extrémité terminale.
Le.'- cheveu-x sont flexibles et élastiques. Cette propriété permet de changer ar-
75G CHEVEUX (i'atuo ogie).
tinciellenient leur disposition générale et leur aspect, de donner, par exemple, aux cheveux plats les plus rebelles toutes les apparences des cheveux bouclés, ondulés, irisés, crépus ; mais ces modifications sont essentiellement passagères, et hi chevelure ne tarde guère à reprendre les caractères qui lui sont propres. L'élasticité du cheveu n'est pas moins remarquable dans le sens de sa longueur ; on a constaté qu'il pouvait èlre allongé de près d'un tiers sans se rompre, et que, dans ce cas, salou^-ueur primitive ne se trouvait pas accrue de plus d'un sixième environ. Cette extensibiUté se concilie néanmoins avec une force de résistance considérable : un cheveu pourrait supporter, selon son diamètre, un poids de 60 à
180 grammes.
Les cheveux sont hygrométriques ; ils absorbent la vapeur atmosphérique dans les temps humides, et la restituent lorsque l'air redevient sec. Dans le premier cas ils s'allongent, et se raccourcissent dans le deuxième. L'hygromètre à cheveu n'est qu'une application ingénieuse de cette propriété.
Disons enfin, pour en terminer avec les propriétés physiques, que les cheveux ont été quelquefois trouvés idio-électriques au point de fournir des étincelles avec un bruit de crépitation.
Structure des cheveux. Comme elle ne diffère pas notablement de la structurc des poils qui se développent sur les autres régions du c.or]^s, je me bornerai ici à esquisser les principaux traits d'une description qui sera l'objet d'une étude approfondie dans une autre partie de cet ouvrage {voy. l'article Poils).
Nous examinerons successivement le cheveu lui-même, et le folhcule dont il
émane.
1» Le cheveu présente à considérer deux parties distinctes, 1 une extérieure, qui constitue le phanère proprement dit, et que l'on appelle tige, corps ou hampe du poil; l'autre intra-cutanée, qui est la racine, et dont l'extrémité inférieure aboutit à une saillie cachée au fond du crypte folliculaire.
Une pellicule épidermique à la périphérie, une substance intermédiaire dite corticale ou fibreuse, une substance médullaire placée au centre et qui peut manquer, telles senties parties constituantes du cheveu.
La pellicule épidermique l'entoure d'une enveloppe complète, très-mince et trèsadhérente. C'est une membrane transparente, composée de petites lamelles quadrilatères ou rectangulaires, dépourvues de noyaux, et fortement imbriquées de bas en haut. Cette cuticule est complètement indépendante de la lame cornée de l'épiderme tégumentaire. Au niveau du bulbe, les lamelles sont brusquement remplacées par des cellules à noyau molles, allongées transversalement, et qui se confondent par degrés avec les cellules de cet organe.
Li substance corticale forme à proprement parler la charpente du cheveu. De même que la pellicule épidermique, elle diffère selon qu'on l'examine sur la tige ou sur la racine. Sur la tige, elle est manifestement fibreuse dans le sens longitudinal. Ses fibres sont droites et parallèles, et se décomposent, selon Kolhker, en fibres-cellules plates et généralement fusiformes, inégales, à bords irreguliers, soudées à leurs extrémités, et mesurant de0--,054 à 0-"»,068dansleur longueur. L'écorce de la tige présente en outre des taches et des stries transversales. Les taches sont dues, soit à des amas de granulations pigmentaires, soit à de petits espaces remplis d'air. Quant aux stries, qui avaient fait croire à l'existence de fibres circulaires ou eu spirale, elles sont considérées car Kollïker tantôt comme les IJcTues de démarcation des fibres-cellules aux points où e/Ies se joignent pour constlluer les fibres, et tantôt comme les noyaux de ces éléments eux-mêmes. Sur la
CHEVEUX (pathologie). 757
racine, la structure fibreuse de l'écorco, d'ahord semblable à celle de la tige, se perd do plus en plus à mesure qu'on se rapproche du bulbe. Les lamelles deviennent plus molles et plus courtes, puis se Iransformeut en cellules d'abord ovalaircs, puis tout à fait rondes, et dès lors ne se distinguent plus des éléments du boulon.
C'est dans la substance corticale que réside le principe colorant du cheveu. La matière pigmeulaire s'y trouve sous deux états : soit grenue ou en amas, soit diffuse dans les lamelles.
Au centre du poil est la substance médullaire. Elle commence un peu au-dessus du bulbe, et s'étend jusqu'au voisinage de la pointe.. Son diamètre est à celui du cbeveu entier comme 1 est à 3 ou 5. Elle manque très-souvent dans les cbcveux colorés, rarement dans les cheveux blancs. Elle est parfois interrompue de distance en distance. Elle est composée de cellules rectangulaires ou carrées, quelquefois arrondies ou fusiformes, renfermant des granulations qui paraissent noires ou d'un blanc brillant, selon la manière dont on les éclaire. Ces granulations, dit Kolliker, ne sont pas formées dégraisse ou de pigment, comme on l'a cru jusqu'alors : Ce sont de petites bulles d'air répandues dans le contenu visqueux des cellules.
Le prolongement radiculaire de la tige (racine) est constitué du bas en haut par le bulbe ou bouton, la souche et l'origine proprementdite du poil. Le bouton est lepoint noir qui se voit à l'extrémité de la racine après l'arrachement du poil. Il entraîne parfois avec lui une couche blanchâtre, inégale, que nous décrirons bientôt sous le nom de capsule ou gaîne de la racine. Il a la forme d'un renflement conoïde ou cylindrique, excavé inférieurement pour emboîter la papille pilifère. La souche est formée par l'épanouissement du bouton et l'évolution commençante des fibres longitudinales. C'est à sa partie supérieure et centrale que se montrent sous la forme d'un mince tractus un peu aplati, les premiers rudiments du canal médullaire.
2" Le cheveu est enchâssé à sa racine dans un petit appareil assez compliqué, le follicule pileux. C'est une petite cavité ovoïde, logée dans l'épaisseur de la peau, qu'elle traverse le plus souvent soit obliquement, soit au contraire perpendiculairement.
Parmi les membranes ou tuniques qui entrent dans la composition de l'appareil folliculaire, il en est deux qui sont une continuation évidente et directe du tissu de la peau représentée par le derme et l'épiderme ; d'autres semblent n'être qu'une sorte de bourgeonnement venu de la profondeur, et plus particulièrement de la papille dermique et du bulbe. Les premières constituent sans contredit la partie fondamentale du système tout entier ; les autres peuvent être considérées comme accessoires, et destinées surtout soit à renforcer les parois du follicule, soit à protégea la racine du poil.
Avec la plupart des anatomistes je distinguerai dans le follicule : a, le follicule proprement dit ; b, la capsule ou gaîne de la racine.
a. Le follicule proprement dit est constitué essentiellement par un prolongement du derme renversé en cul-de-sac. C'est une tunique à texture fdjreuse, formée de fibres longitudinales, riche en vaisseaux. Sa face externe répond d'abord au tissu dermique ambiant, qu'elle traverse sur le cuir chevelu, et au delà du derme au tissu sous-cutané, ou elle s'isole et devient distincte. Celte première tunique détermine la forme du follicule. Elle se trouve renforcée dans ses deux tiers inférieurs par radjoiiction de deux nouvelles couches, nées toutes deux de la pro-
758 CHEVEUX (pathologie).
fondeur de la cavité, et dont l'une externe, composée de fibres transversnios fnsiformes, lui est intimement unie, tandis que l'autre, plus interne, membrane hyaline, vitrée, amorphe, appliquée sur la précédente, n'est vraisemblablement qu'un produit d'exsudatiou des cellules externes du germe.
b. La capsule est cette partie de l'appareil folliculaire qui entoure immédiatement le poil à sa racine, et fait corps avec lui. Lorsqu'on arrache un cheveu, la membrane hyaline reste toujours avec la papille dans le follicule, tandis que la capsule est souvent entraînée avec le bulbe ou bouton, dont en effet aucune ligne de démarcation ne la sépare. De même que dans le foUicule proprement dit, nous retrouvons ici une tunique principale, fournie directement par la peau, et dans les deux tiers inférieurs un double feuillet concentriquemcnt placé.
La tunique principale de la capsule (gaine externe de quelques auteurs) est une émanation de l'épiderme cutané avec ses deux couches, -l'une muqueuse, l'autre cornée. Elle est appliquée dans ses deux tiers inférieurs sur la membrane hyaline, et dans sa partie supérieure sur la tunique à fibres longitudinales, qui à cet enroit constitue toute la paroi folliculaire. Des deux couches qui la composent, la plus extérieure ou couche muqueuse est la seule qui se prolonge jusqu'au bulbe, qu'elle contribue à former; quand à la lame cornée, elle s'amincit peu à peu et disparaît complètement vers la réunion du tiers supérieur au tiers moyen du crypte pileux. L'étude du développement et du mode d'éruption des poils nous rendra compte de cette disposition singulière.
En dedans de la tunique que je viens de décrire, mais dans les deux tiers inférieurs seulement du follicule, au-dessous du revêtement fourni par la lame cornée, se trouvent deux feuillets qui par leur disposition rappellent assez bien les écailles imbriquées de certains bulbes végétaux : c'est la gaîne interne de quelques auteurs. De ces deux feuillets, le plus externe, formé de cellules polygonales allongées, transparentes, légèrement jaunâtres, fait suite aux couches externes du bulbe ; le plus interne, de nature épidermique, se continue profondément avec la pellicule épidermique du poil, qui lui reste intimement unie par sa face correspondante. En haut, ces deux feuillets capsulaires se terminent non loin de l'embouchure des glandes sébacées (à la même hauteur que la membrane hyaline) par un bord dentelé et comme tranchant. C'est au niveau de ce bord que le poil, déjà résistant, sedégage de ses enveloppes, et devient relativement libre ; mais ce n'est que plus haut, à la sortie du follicule, que comiricnce véritablement sa tige on portion aérienne.
En résumé, le follicule nous otfre à considérer successivement : au centre, la racine du poil, fixée profondément par son bulbe à la papille dermique, c'est-àdire à la tunique fibreuse externe, soutenue latéralement par des feuillets qui rengainent, et enfin se dégageant de ses enveloppes à une certaine dislance de l'orifice qu'elle va bientôt franchir sous le nom de tige. Autour de la racine, dans ses deux tiers inférieurs (bulbe et souche), le double feuillet de la gaîne, qui lui adhère intimement ; et dans le tiers supérieur une petite cavité dont le poil est l'axe, et dans laquelle viennent s'ouvrir les conduits des deux glandes sébacées annexes. Plus en dehors, la tunique capsulaire épidermique qui s'étend par sa couche muqueuse de la portion la plus reculée du bulbe jusqu'à l'orifice extérieur ou cutané, et qui tapisse de sa lame cornée la cavité qui précède cet orifice. Enfin, plus en dehors encore, la tunique fibreuse externe ou dermique renforcée infcrieurement de la membrane à fibres transversales et delà membrane hyaline. II. CoNSiDÉRATiOKS PHYSIOLOGIQUES. Lcs germcs des cheveux commencent à
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paraître entre la seizième et la dix-septième semaine de la vie intra-utérino. Ces germes résultent d'un bourgeonnement de la couche muqueuse de l'épiderme vers la profondeur. Les cheveux ne se montrent que trois à cinq semaines après le développement du germe ; d'abord recouverts par la couche cornée de l'épiderme, ils se contournent en spirale ou s'enroulent sur eux-mêmes ; puis cette barrière venant â s'amincir, le cheveu la perce enfin et fait éruption à l'extérieur.
La vie du cheveu, comme celle des poils en général, est presque tout entière concentrée dans le follicule qui lui a donné naissance. Coupé, il repousse, arraché, un autre cheveu se développe en sa place. De même que l'épiderme, dont il est une dépendance, le cheveu est d'abord un produit exhalé des capillaires sanguins à la surface de la papille. Ce produit s'organise en cellules, qui se multiplient peuà peu, et dont les unes, situées au centre, se transforment en substance médullaire, d'autres plus externes en lamelles corticales, d'autres enfin en cellules épidermiques.
Les phénomènes qui se passent dans l'intérieur du cheveu lui-même sont trèsobscurs, et consistent vraisemblablement surtout en des modifications d'ordre physique. On peut admettre que les poils sont incessamment traversés par des fluides lournis par la région profonde et vasculaire du follicule, et que ces fluides, après s'être répandus de cellule en cellule dans toutes les parties de la tige, vont ensuite s'évaporer à sa surface. Cette sorte de circulation suffirait à la nutrition du cheveu et à sa conservation. Les petites bulles d'air que nous avons constatées dans l'écorce et dans la moelle résulteraient d'un défaut de rapport entre les principes qui affluent dans le poil et ceux qui s'en échappent par évaporation (Kôlliker).
Le rôle du follicule pileux ne se borne pas seulement à produire et à sécréter le poil ; il a encore pour fonction de le soutenir et de le protéger dans sa partie la plus délicate, la plus vivante, c'est-à-dire dans sa racine; il sert, en outre, à maintenir cette partie dans le degré d'humidité nécessaire aux phénomènes qui s'y accomplissent. C'est dans ce but évident de protection que la nature a pris soin de l'entourer jusqu'au tiers supérieur du follicule de cette double couche que nous avons décrite sous le nom de capsule ou gaîne de la racine.
Au sortir de la capsule, le cheveu traverse, comme nous l'avons dit, une petite cavité cil il s'imprègne du fluide huileux qu'y déversent incessamment les glandes sébacées annexes ; ainsi lubrifié, il franchit sans obstacle l'orifice extérieur du follicule. Un autre avantage du sébum est de revêtir la tige d'une couche onctueuse qui augmente son imperméabilité.
Les cheveux ont été considérés de tout temps comme l'un des ornements les plus précieux du corps humain. La mythologie a paré ses dieux et ses déesses de luxuriantes chevelures. Les Grecs et les Romains tenaient les cheveux en grand honneur; et l'on sait que les Gaulois et les Francs en faisaient un signe de noblesse et de puissance. Aujourd'hui les hommes portent indifféremment les cheveux longs ou courts ; mais le culte de la chevelure n'a pas diminué chez les femmes, dont elle constitue en effet un élément de beauté très-apprécié.
Mais les cheveux ne sont-ils, en réalité, qu'un vain ornement, une parure naturelle, et rien de plus? Toute leur fin se réduit-elle â encadrer et accompagner plus ou moins agréablement le visage? Assurément non. De même que le pelage des animaux, qu'ils représentent surtout dans l'espèce humaine, ils sont pour les parties qu'ils recouvrent un moyen de défense contre les agents extérieurs. Ils constituent d'abord pour ces parties une sorte de vêtement qui les isole, qui ra-
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IcMilit l'évaporation à leur surface, qui les préserve des brusques variations de la tompéraluro. De plus, accumulés principalement sur les régions postérieures de la tête, qui se trouvent plus exposées par leur situation même, ils fortifient le crâne d'une couche élastique, résistante et mobile, qui adoucit les contacts, amortit les chocs, et contribue ainsi à prévenir toute répercussion violente sur les organes encéphaliques.
La couleur des cheveux est en relation fréquente avec le tempérament. Les individus bilieux sont assez communément bruns, tandis que les cheveux blonds sont l'apanage ordinaire des sujets lymphatiques. Mais ces règles sont sujettes à de nombreuses exceptions.
Du reste, la couleur de la chevelure présente, pour un même individu, des modifications souvent très-marquées suivant l'âge; elle est rarement, chez l'enfant, ce qu'elle doit être chez l'adulte, et toutes les variétés de teinte aboutissent en définitive, chez le vieillard, à un terme commun, la canitie. La décoloration des cheveux est généralement graduelle et progressive ; mais on l'a vue se produire subitement sous l'influence d'émotions morales ou autres causes mal déterminées. Elle peut aussi survenir prématurément, dans la jeunesse ou l'âge adulte, par le seul lliit d'une prédisposition spéciale, et le plus souvent héréditaire.
L'abondance et le développement de la chevelure ne présentent généralement aucun rapport avecla force musculaire ou l'état de santé de celui qui la porte; et l'on voit chaque jour des personnes chétives, et même phthisiques, l'emporter, à cet égard, sur les individus les plus robustes et les mieux constitués.
II. Considérations pathologiques sur les cheveux. La pathologie du cheveu ne doit pas être confondue avec la pathologie du cuir chevelu; elle ne doit pas l'être non plus avec celle du système pileux en général. Dans les considérations qui vont suivre, il ne sera question que des états morbides exclusivement propres aux cheveux.
Historique. Dès la plus haute antiquité, on a séparé les lésions des cheveux de celles du cuir chevelu : il suffit, pour s'en convaincre, de lire les articles alopécie, canitie, calvitie, area, ophiasis, tinea capillorum, scissura capillonnn, des auteurs grecs et latins. Hippocrate, Celse et Galien, les Arabes et les Arabistes, ont, tour à tour, donné les mêmes descriptions de ces états morbides. Au moyeuâge, l'introduction du mot teigne dans le langage scientifique, par Etienne d'Antioche, en réduisant à un seul genre de maladie toutes les affections du cuir chevelu et des cheveux, est venu mettre de la confusion dans cette intéressante partie de la pathologie cutanée. "Willan et Bateman n'ont pas davantage éclairé la question en substituant au mot teigne le mot porrigo, qui comprenait tout à la fois des affections génériques et des affections spéciales ; qui confondait des affections scrofuleuses et dartreuses avec des affections parasitaires. Biett a restreint la signification du mot porrigo, qui, selon lui, doit servir à désigner la teigne faveuse. En 1850, parut le Traité de M. Cazenave sur les maladies du cuir chevelu ; l'auteur traite des affections du cuir chevelu dans cinq sections :
Première section. Éruptions non contagieuses (achore, eczéma, impétigo, pityriasis et psoriasis).
Deuxième section. Eruptions contagieuses (favus et herpès toiisurant).
Troisième section. Vices de conformation, décolorations (vitiligo).
Quatrième section. Maladies des follicules sébacés et plique.
Cinquième section. Alopécie.
La division en éruptions contagieuses et non contagieuses est éminemment
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pratique. Mais pourquoi ce litre : éruplmis, appliqué à des affections de cause interne ou constitutionnelles, et à des affections de cause externe ou parasitaires? C'est que, pour M. Cazenave, le favus est aussi bien une affection dépiiratoire que l'achore. La contagion du favus et de l'herpès tonsurant est un mystèriî pour M. Cazenave, qui rejette avec dédain ce qu'il appelle la théorie végétale ou l'hypothèse des mycodermes !
L'achromie vraie, ou vililigo, se trouve confondue avec une affection contagieuse, la pelade.
C'est par une simple vue de l'esprit que la plique polonaise se trouve rapprochée de l'acné sébacée sous le nom d'acné endémique de la Pologne.
Remarquons enfin que, dans ce livre, symptômes, lésions, affections se trouvent confondus ou traités dans des sections placées sur le même rang, comme autant de maladies diverses.
Vers la même époque, nous commencions nos recherches sur les affections parasitaires, qui parurent un peu plus tard. Le mot teigne reçoit une signification en harmonie avec les progrès de la science. La véritable nature des affections contagieuses est irrévocablement démontrée par l'observation clinique et microscopique, par l'expérimentation. Les teignes sont des affections des poils, et notamment des cheveux; elles cessent spontanément dès que les poils sont détruits.
Nous allons étudier d'une manière générale les états morbides des cheveux, en nous conformant à la méthode que nous avons toujours suivie dans nos leçons de l'hôpital Saint-Louis.
Les états morbides des cheveux sont des symptômes, des lésions et des affections.
A. Symptômes. Parmi les symptômes, nous trouvons des phénomènes qui sont communs à l'état physiologique et à l'état morbide ; ces phénomènes ont été traités d'une manière complète aux mots alopécie, calvitie, canitie ; nous ne reviendrons pas sur ce que nous en avons dit. Les autres symptômes peuvent être partagés en deux catégories, d'après le siège qu'ils occupent : les uns consistent dans des altérations des caractères physiques de la tige du cheveu ; les autres sont la conséquence d'une lésion des organes générateurs et protecteurs des cheveux, c'est-à-dir'e des papilles pilifères et des glandes annexées au poil.
Symptômes fournis par la tige du cheveu. Les cheveux peuvent subir un accroissement considérable en longueur; mais en général cet accroissement ne vient qu'après une dépilation plus ou moins générale.
Dans certains cas, on observe çà et là sur la tige des renflements partiels, des inégalités formées par l'écartement des fibres de l'écorce; ce sont là plutôt des lésions que des symptômes, et ces lésions appartiennent surtout aux affections parasitaires.
La couleur des cheveux est d'une grande importance en séméiotique. Elle dénote parfois la profession de celui qui la présente ; telle est la couleur verte de la chevelure che^ les ouvriers qui travaillent le cuivre, ou la couleur rouge-ponceau des ouvriers employés à la fabrication de la fuchsme et de la rubine.
C'est par la décoloration des cheveux qu'on reconnaît la canitie et le vitiligo du cuir chevelu.
Le changement de couleur des cheveux par places met souvent sur la voie du diagnostic des teignes. La couleur noire charbonneuse des petits cheveux cassés indique l'infiltration des spores trichophytiques.
L'odeur exhalée par la chevelure dans les maladies est plus ou moins fétide ;
762 CHEVEUX (pathologie).
elle offre une assez gi'ande importance dans le diagnostic des affeclions dos cheveux et du cuir clieveiu. Qui ue connaît l'odeur spécifique du favus, l'odeur aigre de la teigne muqueuse des petits enfants. La plique polonaise donne lieu, dil-c::, à une odeur horriblement fétide.
La sécheresse, l'aridité des cheveux indiquent le défaut de sécrétion sébacée; c'est un caractère propre aux affections squameuses.
L'augmentation du vernis, l'état gras des cheveux décèlent l'acné et le flux sébacé du cuir chevelu.
Le tortillement, la fragilité, la brisure des cheveux à quelques millimètres de la peau sont des signes importants pour le diagnostic des teignes. Mais parfois les ciicveux se cassent sans qu'il y ait de parasites; cette lésion s'observe au début du. pityriasis du cuir chevelu, alors qu'il n'y a encore ni démangeaisons, ni desquamation; on peut la rapprocher d'une lésion analogue des ongles, dont les bords libres se cassent et se fendillent au début de l'eczéma et du pityriasis unguium.
Toutes ces modifications des caractères physiques donnent par leur ensemble des signes importants pour le diagnostic. Ainsi le dépoli des cheveux, leur aspect cendré et lanugineux, l'odeur de souris suffisent à caractériser la teigne laveuse. Par l'immobilité des cheveux, leur aspect terne et mort, leur mode d'implantation, on reconnaît les toupets et les perruques.
On voit parfois les cheveux s'entremêler, s'enlacer, s'enrouler, former tig^iasse; l'intri cation et le feutrage des cheveux s'observent dans les maladies aiguës et chroniques, mais plus particulièrement dans les maladies aiguës, où la toilette de la tète est toujours négligée et parfois complètement supprimée. C'est à ce défaut de soins, aux mouvements désordonnés de la tête, et surtout à la compression longtemps continuée de la chevelure qu'il faut attribuer cet état des cheveux, et non, comme l'ont pensé quelques séméiologistes, Double, entre autres, à l'organisation de la tige des cheveux dont les écailles s'engageraient les unes sous les autres. L'intrication des cheveux est un des caractères essentiels de la pHque polonaise.
Mentionnons pour mémoire la chute et le blanchiment des cheveux, qui se trouvent décrits, cà tous les points de vue, aux articles Canitie, Alopécie et Calvitie de ce dictionnaire.
Symptômes fournis par les bulbes et les glandes sébacées. Les cheveux sont des filaments épidermiques dépourvus de sensibilité, de contractilité et de vascularité ; il n'en est pas de même des bulbes pilifères et des glandes annexées aux follicules.
Dans, le pityriasis pilarls les démangeaisons sont parfois très-intenses. Les bulbes pileux sont le siège de picotements très-vifs qui portent le malade à se gratter sans cesse. Dans certains états pathologiques du cuir chevelu, les papilles pilifères sont tuméfiées et douloureuses ; le moindre attouchement exercé sur les cheveux augmente la souffrance et parfois l'hémorrhagie qui se produit à l'insertion du cheveu. On constate ia douleur par les mouvements imprimés aux cheveux dans certaines névralgies du cuir chevelu, l'hémorrhagie du bulbe dans la plique et l'acné végétante.
Les cheveux se hérissent dans les passions vives, comme la colère et la frayeur. Ce phénomène se produit aussi dans l'état morbide ; on l'observe parfois dans le frisson des fièvres et dans certaines névroses couvulsives.
Les auteurs ont attribué ce redressement des cheveux à la contraction de fais-
CHEVEUX (pathologie). 765
ccfiiix muscnlaires propres au bulbe pilifère; il me paraît bien plutôt dû à la contraction du muscle occipito-frontal.
Les symptômes qui ont pour siège les glandes annexes sont le llux sébacé et les petites croûtelles qui entourent les cheveux à leur sortie du follicule.
Mais il ne suffit pas toujours d'examiner les cheveux sur place, il est encore parfois nécessaire de les extraire pour les examiner individuellement, soit à l'œil armé de la loupe, soit avec le microscope.
Un cas douteux se présente : il s'agit de savoir si les croûtes du cuir chevelu, dont la simple inspection laisse dans le doute le médecin le plus habile, sont du favus ou de l'impétigo. Arrachez avec la pince quelques-uns des cheveux qui traversent les crolites, examinez-les à contre-jour à l'œil nu ou avec la loupe, et vous serez immédiatement fixé sur le diagnostic. Les capsules sont-elles à l'état normal, c'est de l'impétigo ; sont elles au contraire énormément distendues, vous êtes en présence d'un favus.
Il ne faut pas négliger d'examiner à la loupe ou même au microscope les cheveux qui tombent. Cet examen fournit des signes importants qui permettent de distinguer le pityriasis arthritique du pityriasis herpétique, l'eczéma pilare du psoriasis pilaris.
B. Lésions. Elles portent sur la tige ou sur la racine, sur la papille pilifcrc on sur les glandes sébacées qui viennent s'ouvrir dans le follicule. On peut les rattacher à trois paragraphes, selon qu'elles ressortissent à l'anatomie descriptive, à l'anatomie de texture ou à l'anatomie de région.
1. Les altérations j)hy niques des cheveux, sous le rapport de la longueur et de l'épaissseur, de la couleur, de la souplesse et de l'aridité, de l'adhérence au bulbe, etc., sont tout à la fois des symptômes et des lésions. Nous ne répéterons pas ici ce que nous avons dit plus haut sur les symptômes fournis par les clie veux .
2. Les lésions de texture sont nombreuses et variées; on les rencontre tantôt sur l'écorce, d'autres fois sur la moelle, dans d'autres circonstances tout à la fois surl'écorce et sur la moelle. Les fibres de l'écorce sont écartées, et forment dos nœuds de distance en distance; on dirait d'un jonc. Elles sont quelquefois tout à fait séparées de la tige qui est bifide ou ressemble à un épi, aux barbes d'une plume {scissura pïlorum des auteurs anciens, tricoptitose àe M. Devergie, voir le n° 1, a'' année. Annales de dermatologie , publiées par M. Doyon). Ces altérations des cheveux, quand elles ne sont pas parasitaires, existent avec la sécheresse de ces appendices et l'absence de sécrétion sébacée.
Les deux parties constituantes de la%e sont confondues, imprégnées de spores ; il est impossible de les distinguer (teigne tonsurante).
Les cellules de la moelle subissent aussi de nombreuses altérations de couleur et de forme, dans les affections qui intéressent la chevelure.
La racine du cheveu s'altère de dehors en dedans ou de dedans en dehors. Ainsi l'altération parasitaire dans les teignes faveuse et tonsurante se communique à la racine par l'intérieur de la capsule sans déraciner le cheveu, tandis que dans la pelade elle s'y propage par l'extérieur de la capsule qu'elle soulève et délachû du bulbe pilifère.
Les altérations de la papille pileuse sont aussi nombreuses que variées. Tantôt la lésion ne consiste que dans une élaboration imparfaite des cellules malpighiennes, qui au lieu de produire de la matière pileuse ne donnent lieu qu'à une substance cornée ou simplement épideimique.
76ï CHEVEUX (l'ATiiûLociii;).
Dans (ViiiUrcs circonslanfcs, la p;ipille est hyperlropbiée en totalité ou sevileiiK'iit dans ses éléments vasculaires ou nciveux.
Elle peut devenir le siège de néoplasmes divers dans la cbéloïde, le cancroïde, le lupus, la syphilis, etc.
Les glandes annexes des cheveux sont atrophiées ou hypertrophiées. Elles sont le siège d'un travail inflammatoire dans Tacné pileuse simple et dans l'acné ombiliquée. Les loupes, si fréquentes au cuir chevelu, ne sont que des kystes formés par les parois épaissies de ces glandes.
3. Considérées au point de vue de l'anatomie de région, les lésions des cheveux ne se présentent pas avec une égale fréquence sur toutes les parties du cuir chevelu. Ainsi, la chute naturelle des cheveux commence par les régions frontale, temporale, sincipitale; et elle ne se produit qu'en dernier lieu sur la région occpitale.
L'acné pilaris ombiliquée encadre la figure et suit la ligne d'implantation des cheveux. L'acné pilaris simple affecte surtout les régions temporale et sincipitale. (Test à la région sous-occipitale et à la partie supérieure de la nuque que se place de préférence l'acné chéloïdique. Enfin, c'est sur le segment postérieur de la tète que l'on obsei've plus particulièrement l'impétigo granulata.
C. Affections des cheveux {Passiones capillorum) . Elles sont génériques ou spéciales.
a. Les affections génériques les plus ordinaires sont : l'eczéma et l'impétigo, le pityriasis et le psoriasis, le sycosis et l'acné.
L'eczéma des cheveux est fort diificile à distinguer de l'eczéma du cuir chevelu, surtout à l'état aigu. Toutefois, la variété de teigne désignée par Alibert sous le nom de teigne amiantacée, et dans laquelle le cheveu est en quelque sorte contenu dans une gaîne épidermique blanchâtre, doit être regardée, non pas, ainsi que l'a avancé à tort Mahon jeune, comme un pityriasis de la gaîne épidermique du cheveu, mais bien comme un eczéma du bulbe pilifère. On sait combien dans cette affection le cheveu est peu adhérent au bulbe ; et, dans la gaîne épidermique du poil examinée au microscope on trouve non-seulement des cellules épithèliales, mais encore des globules pyoïdes et des globules de pus. Dans le pityriasis arthritique, la gaîne épidermique du poil est très-courte et ne contient ni globules pyoïdes, ni globules de pus.
Le pityriasis de la chevelure est celui que nous avons décrit sous le nom de pityriasis arthritique. 11 est facile à distinguer du pityriasis de nature herpétique par les rougeurs circulaires qui entourent les cheveux à leur sortie du follicule, par ses squames radiculaires, les pustulettes acnéïques qui se développent concurremment, etc.
Le psoriasis peut débuter par le bulbe des cheveux : il y a un psoriasis pilaris comme il y a un psoriasis unguium. Et nous devons faire ici remarquer que, par le mot pilaris, nous n'entendons pas seulement désigner le siège sur une région velue, mais encore surtout le siège dans le follicule pileux lui-même. En d'autres termes, c'est le siège anatomique de l'affection que nous voulons indiquer par cette èpithète, et non point la situation topographique. Dans ce dernier cas nous disons simplement, eczéma, psoriasis, lichen du cuir chevelu, du pubis, des aisselles, ou d'une manière générale, eczéma, psoriasis, etc., des régions velues.
L'acné du cuir chevelu est fréquente. Je distingue deux formes d'acné pilaris; l'une est l'acné pileuse simple, l'autre l'acné pilaris ombiliquée.
CllKVEUX (rMiiOLOGiE). 765
crve
Le sycosis du cuir chevelu esL infiniment plus rare que l'acné. On l'obs dans deux conditions fort différentes: tantôt il est discret et accompagné d'u suppuration profonde et abondante qui attaque le cheveu dans sa racine et en entraîne la perte irrémédiable: d'autres fois il est confluent, et se compose de tubercules nombreux et rapprochés en forme de plaques luimmulaires ; ces tubercules .uppurcnt et sont jaunâtres au sommet. Ce cas s'observe sur les enduits altemls de tei"netonsurante du cuir chevelu traitée par les agents subtitutifs.
L'affection que Batemau et M. Devergie ont décrite sous le nom de sijcosis capillitii n'est pour nous que de l'acné pileuse ombiliquée.
Les affections populeuses sont généralement étrangères au cuir chevelu. Rayer est le seul dermatologiste qui ait parlé du lichen du cuir chevelu. Cette affection, selon lui, se montrerait parfois sur les régions temporales, mais ne serait alors qu'une sorte d'extension d'un lichen préexistant du front et des joues. Or les caractères qu'il lui donne font assez voir qu'il s'agit bien plutôt d'un pityriasis
qued'unlichen. .
J'ai admis un lichen pllaris par hypertrophie papillaire, et un lichen par altération fonctionnelle de la papille. Dans la première variété, on trouve de grosses papules constituées par l'hypertrophie du follicule et de la papille ; dans la seconde la papille a cessé de sécréter le poil, et n'élabore plus que de la matière cornée ou épidermique. Ces deux variétés peuvent se présenter sur le cuir chevelu, mais elles y sont relativement fort rares.
b. Les affections ^spéciales des cheveux sont de cause externe ou de cause
interne. , i • t .
Les premières sont l'eczéma, le sycosis, 1 acné, etc., prodmts directement par
des agents irritants. Ce sonf des affections purement mécaniques ou traumatiques.
Nous^citerons comme un exemple l'éruption sycosique qui se produit à la suite de
frictions répétées d'huile de cade sur le cuir chevelu. Les autres sont les affections
parasitaires déterminées par des parasites animaux ou végétaux: l'impétigo gra-
nulata est une affection provoquée par les poux ; les teignes sont des affections de
la chevelure produites par les parasites végétaux ou mycodermes.
Les affections de cause interne sont protopathiques ou deutéropathiques. Dentéropathiques, elles ressortissent à la séméiotique générale : ce sont des troubles de la nutrition qui surviennent dans le cours et le décours des maladies aiguës ou chrmiiques des empreintes de la maladie sur les poils et les cheveux en particulier, comme il en existe sur les ongles. Nous trouvons dans cette catégorie l'arrêt de développement des cheveux, leur atrophie, leur changement de couleur, leur chute toutes modifications qui se montrent dans les maladies constitutionnelles etles'dialhèses sous la seule innnence des atteintes portées aux forces de la vie. Mais il faut bien prendre garde de confondre ce genre d'affections avec celles que je désigne sous le nom de protopathiques. Je suis convaincu, pour mon compte, que beaucoup d'alopécies syphilitiques et arthritiques considérées comme diathesiques ne sont autre chose que des syphilides méconnues ou des arthritides du cuir chevelu occasionnant la perte de la chevelure.
Les affections spéciales protopathiques de la chevelure sont constitutionnelles, cachectiques ou diathésiques. ^ ^ ■ , ,
Le diagnostic du siège anatomique des affections génériques du cuir clievelu conduit au diagnostic de la spécialité. Si le pityriasis de cette région a exclusivement pour siège les bulbes piteux, c'est un pityriasis arthritique; et cette proposition est également vraie pour l'eczéma. Pour le psoriasis au contraire, la locali-
^C"^ CHEVEUX (pathologie).
salion sur le bulbe pileux sera la marque de sou origine herpétique. Cette reJaliou remarquable entre le siège anatomique et la nature se retrouve dans le psoriasis ungumm, qui appartient également à l'herpétisme.
Dans les affections génériques exclusives aux cheveux, on diagnostique la spécialité par la forme de l'alfection. Ainsi, le sycosis isolé et profondément supmiratifdu cun- chevelu est de provenance scrofuleuse; le sycosis confinent par placards arrondis est phyto-parasitaire. L'acné pilaris ombiliquée est une arlhntije, tandis que l'acné sébacée fluente ou croûteuse, l'acné atrophique ou lupus acnéïquc sont des affections scrofuleuses.
Dans les cachexies et les diathèses, il importe de bien distinguer les affections protopathiques des affections deutéropathiques. Dans la lèpre, par exemple, la chute des cheveux et des poils survient tantôt par suite d'une altération profonde de la constitution, et tantôt par le fait d'une paralysie ou par l'infiltration tsaratliique des bulbes pilifères.
Étiologie. Rechercher les causes des états morbides des cheveux, c'est indiquer les maladies qui les produisent. Or ces maladies sont de cause externe ou de cause interne.
Parmi les maladies de cause externe, nous comptons d'abord toutes les blessures du crâne. Puis viennent les lésions produites par des agents irritants, par les peignes fins, les brosses trop dures, les lavages à l'eau froide, les nettoyages trop rép^étés du cuir chevelu, l'emploi des cosmétiques, pommades, etc., etc. 11 y a enfin les parasites du genre pediculi et les champignons des teignes.
Toutes les maladies de cause interne peuvent altérer la chevelure ; mais les unes retentissent directement sur le cuir chevelu par des affections spéciales, les autres n'agissent qu'indirectement par une même lésion de la constitution. Ce que nous devons ici particulièrement étudier, ce sont les infiuences physiologiques, physiques et pathologiques qui prédisposent aux affections des cheveux.
Influences physiologiques. L'âge exerce une influence très-remarquable sur l'état morbide de la chevelure. Cette influence dépend tantôt de conditions physiologiques, tantôt de conditions hygiéniques. Dans l'enfance, les mouvements vitaux sont particulièrement dirigés du côté de la tète, l'accroissement des cheveux est remarquable, et l'on sait combien sont fréquentes dans la première et la seconde enfance les affections cutanées génériques du cuir chevelu.
Les parasites de l'ordre animal et de l'ordre végétal se rencontrent plus souvent sur la tête des enfants que sur celle des adultes : ce qui tient évidemment au manque de soins hygiéniques, et à ce que l'enfant est sans défense contre la contagion parasitaire.
Le sexe n'exerce pas une moindre influence. La femme pour qui la chevelure est un des plus beaux ornements, laisse croître ses cheveux et se trouve dans l'obligation pour les nettoyer et les ordonner d'exercer avec le peigne des tiraillements qui irritent incessamment le bulbe, et prédisposent au pityriasis et à l'acné. C'est surtout chez la femme que l'on voit l'abus des cosmétiques et le lavage de la chevelure, amener la chute des cheveux.
Notons aussi les fâcheux effets delà mode actuelle qui oblige nos dames à remplacer la chevelure naturelle par une chevelure artificielle. L'une des plus sérieuses conséquences de cette pratique est la transmission de la contagion parasitaire. Nombre de femmes chez lesquelles nous constatons en ce moment de la pelade ou de la pseudo-pelade ne doivent pas à d'autres causes la triste maladie dont elles sont atteintes.
CHEVEUX (pathologie). 707
Le tempérament n'est pas sans influence sur l'état de la chevelure. Le tempérament lymphatique, qui se traduit le plus souvent par des cheveux blonds, prédispose à l'acné; le tempérament sanguin et bilieux au pityriasis pilaris.
On observe plus fréquemment la chute des cheveux sur les personnes d'une constitution faible que sur celles d'une constitution forte. Toutefois, cette assertion aurait besoin d'être appuyée sur des relevés statistiques très-nombreux, car nous savons que la chute prématurée des cheveux est un des traits caractéristiques de la constitution arthritique, et que les individus phthisiques ou scrofuleux conservent très-souvent leur chevelure intacte et très-nourrie jusque dans les derniers jours de la maladie. La chute des cheveux chez les phthisiques présage la mort, a dit Hippocrate : Plithisici quibus ad ignem spiiiiitn olet graviter^ ac tum capilU fluunt e capite, moriuntur (Hipp. Aphor., V, 11).
Influences des agents hygiéniques. Le régime alimentaire, l'habitation dans des lieux humides, les vêtements (chapeaux, bonnets), les émotions morales, les chagrins, les veilles prolongées, peuvent exercer une influence très-marquée sur le développement des états morbides de la chevelure.
Influences physiques. L'abus des cosmétiques, le lavage trop fréquemment répété de la chevelure, l'emploi d'ornements artificiels, tours, chignons monstrueux bandeaux, etc., sont des causes prédisposantes et trop souvent occasionnelles d'états morbides des cheveux. Les exercices corporels, en provoquant la production de la sueur sur le cuir chevelu, chez les arthritiques, prédisposent à la calvitie prématurée.
Influences pathologiques. Toutes les maladies qui débilitent la constitution, comme la chlorose et l'anémie, prédisposent aux aifections qui altèrent ou font tomber les cheveux.
DiAGiNOSTic. Le diagnostic des symptômes et des lésions ne présente aucune difficulté quant à leur valeur séméiotique ; nous l'avons indiqué à propos de chaque symptôme et de chaque lésion en particulier. Il ne s'agit, en ce moment, que du diagnostic des affections.
11 est souvent fort difficile de reconnaître les états morbides de la chevelure, car les lésions élémentaires se dérobent à l'œil de l'observateur, cachées qu'elles sont par les cheveux eux-mêmes. Chez les personnes du sexe qui ont une chevelure épaisse et longue, c'est bien plutôt en touchant avec le doigt qu'en regardant qu'on découvre et sent de petites croûtes sous les cheveux.
L'inspection du cuir chevelu réclame toujours beaucoup d'attention de la part du médecin. Les malades et les femmes surtout qui se nettoient souvent la tête, qui se brossent et se peignent avec le peigne fiUj la débarrassent ainsi de ses nombreuses pellicules, et même des pustulettes acnéiques qui peuvent exister à l'implantation des cheveux. Au moment de la consultation, le cuir chevelu paraît sain, et l'on a peine à s'expliquer les dires des malades sur l'abondance des squames qui tombent de la tête, et l'intensité des démangeaisons qu'elles éprou^ vent. Il est vrai que leurs rapports sont souvent empreints d'une évidente exagération ; mais souvent elles vous font voir et les squames qu'elles ont recueillies, et les cheveux qu'elles ont perdus chaque jour, le tout précieusement conservé dans du papier ad hoc, pour que vous ne puissiez en ignorer. Quoi qu'il en soit, il faut chercher avec attention, et souvent l'on découvre à l'insertion des cheveux, sur le tuir chevelu, de petits points rouges hémorrhagiques qui sont l'effet de l'arrachement des pustulettes acnéiques.
Les affections génériques des cheveux sont communes aux éléments vitaux bul-
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Lcux et glandulaires des poils et à la peau du cuir chevelu, ou exclusivement propres aux cheveux. Les premières sont l'eczéma, le pityriasis, le psoriasis, que 1 on retrouve également et sur les régions velues et sur celles qui sont glabres on dépourvues de poils, comme la paume des mains et la plante des pieds. Les secondes sont le sycosis et l'acné, éruptions qne l'on ne voit jamais Ki où les poils font défaut, et qui ne sont autre chose que l'inflammation, soit du bulbe pileux pour le sycosis, soit delà glande annexée aux poils pour l'acné.
Une pren)ière question à résoudre dans le diagnostic est donc celle de savoir à quels signes nous reconnaîtrons qu'une affection commune à la peau et aux cheveux, sur le cuir chevelu, a pour siège exclusif les éléments vitaux des cheveux, et pourra conséquemment être appelée eczéma pilare, pityriasis pilaris, ou psoriasis pdaris selon qu'il s'agira de l'une ou de l'autre de ces trois affections.
Entendus dans ce sens, nous pouvons dire que l'eczéma pilare et le psoriasis pilaris existent rarement isolés sur le cuir chevelu ; le diagnostic du siège anatomique est d'ailleurs ici d'une faible importance, car le traitement est absolument le même que celui de l'eczéma et du psoriasis du cuir chevelu.
Il n'en est pas de môme pour le pityriasis. Eu effet, le pityriasis pilaris, que nous appelons arthritique en raison de sa nature, commande l'emploi des alcalins, et le pityriasis herpétique, celui des préparations arsenicales. Nous avons déjà dit à quels signes ces deux espèces de pityriasis peuvent être distinguées.
Le diagnostic du sycosis et de l'acné, comme affections génériques, ne saurait offrir aucune difficulté. Dans les deux genres, la lésion élémentaire est une pustule; mais la pustule de l'acné est plus superficielle, moins enchâssée dans le cuir chevelu que celle du sycosis. Quant à l'acné sébacée, on pourrait la confondre sur le cuir chevelu avec l'acné pustuleuse, ces deux affections donnant lieu à la production de croûtes ; mais l'état gras des cheveux, et le suintement huileux quand les croûtes sont détachées viendraient bien vite éclairer le diagnostic.
Reste donc à établir le diagnostic de la nature du sycosis et de l'acné pilaris. Ce diagnostic repose sur la forme et les caractères objectifs et subjectifs de l'éruption. Nous avons déjà dit à quels signes on reconnaît, sur le cuir chevelu, deux espèces de sycosis, l'une scrofuleuse et l'autre parasitaire. Pour ce qui est do l'acné, elle traduit sur le cuir chevelu la scrofule, la syphilis et l'arthritis. A la scrofule se rattachent les acnés sébacées fluente et croûteuse, qui font partie des scrofulides bénignes, et l'acné fibro-plastique ou lupus qui fait partie des scrofulides malignes. A la syphilis appartient l'acné pustuleuse par groupes disséminés dans la chevelure, affection qui se distingue de l'acné arthritique par ses caractères objectifs et subjectifs, tels que l'absence de démangeaisons, la couleur cuivrée du pourtour des groupes, les croûtes noircàtre's, etc. Enfin, c'est dans la grande classe des arthritides que viennent se ranger les acnés pilaris simples et pilaris ombiliquées, faciles à reconnaît) e par le siège de la pustule, sa forme, par les picotements ou démangeaisons vives, la chute des cheveux, les petites cicatrices qui en sont la conséquence.
Pr.OiNosTic. Les états morbides de la chevelure sont si variés, leurs causes sont si multipliées et si diverses qu'il est bien difficile de poser des règles générales sur leur pronostic.
Les affections de cause externe sont généralement moins graves que celles de cause interne.
Dans aucun cas, elles ne sont utiles à aucun degré à la conservation du la santé,