‹ Dictionnaire encyclopedique des sciences medicales v.15Chapitre 91 sur 98 · CHEVEUX (PATHOLOGIE · texte numérisé non relu

CHEVEUX (PATHOLOGIE

et par conséquent commandent toujours l'emploi des moyens propres à les faire disparaître ; insecticides et parasiticides contre l'impétigo granulata et contre les teignes.

Le pronostic des teignes varie selon l'espèce : le favus, qui était autrefois incurable, est aujourd'hui de toutes les teignes la plus facile à guérir.

Les affections des cheveux produites par des néoplasmes ayant pour siège les bulbes pilifères et les glandes sébacées, se distinguent de toutes les autres par leur marche fatale et leur incurabilité (lupus, chéloïde, tsaratli, épithélioma, cancer).

Les affections deutéropathiques sont, plus ou moins graves selon la maladie qui les engendre et selon la période dans laquelle elles surviennent. Les cheveux qui tombent à la suite des maladies aiguës repoussent toujours. Dans les maladies chroniques, le pronostic est subordonné à la gravité de la maladie; la dépilation qui se produit au début de la chlorose, par le fait d'une névralgie idiopathique, d'un rhumatisme subaigu, etc., n'est pas irrémédiable; mais elle est définitive quand elle survient dans la dernière période des maladies constitutionnelles, des cachexies et des diathèses.

Le pronostic varie selon le genre et la nature de l'affection.

L'eczéma est, toutes choses égales d'ailleurs, moins difficile à guérir que le psoriasis, rimpéligo résiste moins que l'eczéma.

Le pityriasis arthritique, bien que très-rebelle, cède à une médication rationnelle plus vite et d'une façon plus durable que le pityriasis herpétique.

L'acné scrofuleuse exige un traitement beaucoup plus long que l'acné syphilitique. L'acné pilaris ombiliquéc est une affection dont on triomphe le mieux par l'emploi de la médication alcaline intus et extra.

Nous n'avons rien à dire sur le pronostic des phénomènes communs à l'état de santé et à l'état de malidie, et nous renvoyons le lecteur aux mots alopécie, canitie, calvitie de ce dictionnaire.

Thérapeutique. La chevelure étant pour l'homme un ornement et un vêtement protecteur, il importe d'abord d'éloigner les causes capables de l'altérer ou de la détruire, de guérir ensuite, s'il est possible, les affections dont elle est atteinte, et au besoin de la remplacer, quand elle est irrévocablement détruite, par des cheveux artificiels propres à remplir ce double besoin d'ornementation et de protection du corps. De là le triple traitement préservatif, curatif et palliatif.

1° Traitement préservatif . {Hygiène de la chevelure). Soustraire la chevelure cà l'action des causes qui peuvent la comprometti'e ou l'altérer, telle est l'indication fondamentale du traitement prophylactique. Les soins à donner aux cheveux dans l'état pliysiologique sont relatifs à la coupe de ces appendices, à leur nettoyage et à l'emploi des cosmétiques.

La culture de la chevelure intéresse plus particuHèrement la femme, et comme jnère, pour les soins à donner à ses jeunes enfants, et comme femme pour la conservation d'un de ses plus beaux ornements (Voir pour les détails l'article hygiène de la chevelure) .

2" Traitement curatif. Le traitement des affections génériques de la chevelure se confond avec celui des affections du cuir chevelu. Toutefois, nous rencontrons ici une médication spéciale : le follicule étant malade, il importe, pour faciliter l'action du traitement local, de couper les cheveux près du cuir chevelu, ou de les raser et quelquefois même de les arracher.

La coupe répétée des cheveux, le rafraîchissement de la chevelure, est d'une absolue nécessité dans le traitement du pityriasis arthritique.

upT. I£^c. \V. 49

770 CHEVEUX (ANTiinoi'OLociE).

Nous n'avons obtenu de véritables succès dans le traitement de Tacné sébicée lluente qu'tii faisant raser la lête à diverses reprises pour la badigeonner après chaque opération avec de l'Iuiile de cade pure ou mitigée par l'addition d'une certaine quantité d'huile d'amande douce, ou bien encore avec de l'huile de cade saponinée de Lebeuf de Bayonne.

L'arrachement des cheveux rend de grands services dans le traitement des états morbides de la chevelure. A l'arrachement en masse par la calotte et les bande» Jettes agglutinatives, nous avons substitué l'évulsion par la pince. La première méthode est aveugle et barbare ; la seconde est méthodique, scientifique et peu douloureuse.

L'épilation est indispensable dans le traitement du favus ; elle est extrêmement utile dans la cure des teignes tonsurante et pelade. La nécessité de cette opération est facile à comprendre : par l'évulsion de la racine du poil on facilite l'entrée dans le follicule pileux du liquide destiné à détruire les champignons parasites qui y sont renfermés.

L'évulsion des cheveux est encore indiquée dans les sycosis dn cuir chevelu ; elle est inutile dans l'acné pilaris ombiliquée, décrite à tort sous le nom de sycosis capillitii.

Dans quelques cas assez rares d'eczéma ou d'impétigo du cuir chevelu circonscrits, très-rebelles, ayant évidemment pour siège les bulbes pilifères et l'intérieur des follicules, les racines des cheveux altérées peuvent être considérées comme des épines qui entretiennent l'inflammation, et dans ces cas l'épilation facilite la cure et en abrège la durée.

3" Traitement jmlUatif. Il consiste dans l'emploi de tours, bandeaux, chignons, toupets et perruques, comme moyens propres à parfaire et compléter la toilette de la tête, ou bien à la garantir contre les injures extérieures, ou entin à dissimuler la perte partielle ou complète de la chevelure. (Voir la partie concernant l'hygiène de la chevelure) . Bazin.

§ II. Anthropologie. Les différents groupes du genre humain peuvent se classer selon de nombreux caractères naturels. La couleur de la peau, les formes du crâne, les proportions de diverses parties de la l'ace de la tète et des membres, les langues et enfin les particularités de la chevelure ont tour à tour servi de point de vue aux classifications.

Bory de Saint- Vincent a le premier, croyons-nous, attaché à ce dernier caractère une importance décisive. Il a, dès 1825, dans son Essai zoologiqtie sur le genre humain, divisé ce genre en deux grands groupes, les Léiotriques et les Vlotriques, c'est-à-dire le groupe des hommes à cheveux lisses et celui des hommes aux cheveux crépus, division sur laquelle nous reviendrons plus loin. Plus tard, Isidore Geoffroy-Saint-Hilaire, dans son mémoire sur la Classification anthropologique, a pris pour base fondamentale ['insertion des cheveux en attribuant à la seule race hottentote l'insertion circulaire, tandis que dans toutes les autres races humaines la ligne d'insertion est anguleuse. Mais parmi celles-ci les unes ont les cheveux lisses, les autres les ont crépus; de là une nouvelle subdivision empruntée, sans commentaire, à Bory qui com[jrend, d'une part, les races caucasique, américaine, hyperboréenne, malaise et uiongolique (cheveux lisses), et d'autre part les Cafres, les Éthiopiens et les Mélanésiens (cheveux crépus) (V07J. LioiRiQUEs). Ces différentes classes sont différenciées entre elles par des caractères de plus en plus spéciaux qui ne se rattachent plus à la chevelure.

CHEVEUX (ANTiinoi'OLOGiE). 771

Cette classification, tout en prenant les cheveux pour point de départ, réduisait à un degré d'extrême simplicité les caractères de la chevelure, beaucoup plus complexes que ne semblerait le comporter la dichotomie d'Isidore Geoffroy. Bioca dans ses Instructions générales sur l'anthropologie, (p. 57), Pruner-Bey, dans ses deux mémoires sur les Caractères microscopiques de la chevelure (Mémoires de la Soc. d'anthrop., t. II et III), et tout récemment Hœckel dans son Histoire de la création des êtres organisés (trad. Letourneau, iSli, p. 59) et Frédéric MûUer dans son Ethnographie générale (Vienne, 1873) ont singulièrement augmenté l'importance que l'on attachait aux caractères taxonomiques tirés de la chevelure. Nous aurons à revenir sur les travaux histologiques donnés par Pruner-Bey. Broca a particulièrement décrit la nature des cheveux, et il a précisé dans les termes suivants les recherches auxquelles les voyageurs doivent se livrer :

« La nature des cheveux doit être constatée avec soin. On dira s'ils sont longs ou courts, rares ou abondants, roides ou souples, lisses, ondes, bouclés, frisés ou laineux. Les cheveux lisses n'ont pas besoin d'être définis; les cheveux sont ondes lorsqu'ils décrivent de longues courbes ondulées; bouclés lorsque, au delà d'une certaine longueur, ils se recourbent en formant des anneaux en général incomplets et assez larges ; frisés lorsqu'ils forment dans toute leur longueur des anneaux ordinairement plus petits que les précédents. Les cheveux laineux diffèrent enfin des cheveux frisés par deux caractères; d'une part ils décrivent des anneaux encore plus petits; d'autre part ils s'enroulent et s'entortillent avec leurs voisins de manière à former de petites touffes crépues dont l'aspect rappelle celui de la laine. Comme les cheveux laineux sont en général assez courts, leurs touffes sont globuleuses et serrées les unes contre les autres. La forme extrême des che* velures laineuses porte le nom de chevelures à grains de poivre; elle s'observe chez les Hottentots; les touffes, très-petites comme le nom l'indique, sont plus denses, plus étroitement enroulées que dans les chevelures laineuses ordinaires. Lorsque les cheveux ont une plus grande longueur, les grains de poivre s'allongent en formant des espèces de torsades dures qui ressemblent à de grosses franges. On appelle enfin chevelures en tète de vadrouille, celles dont les cheveux gros, durs, roides et longs et différant par tous les caractères des cheveux laineux ordinaires, décrivent cependant, dans tout leur trajet, des courbes rapides et très-petites, se mêlent et s'intriquent avec leurs voisins sans former des touffes comme le font les cheveux laineux et constituent, par leur ensemble, une énorme masse globuleuse qui peut avoir plus de 30 centimètres de diamètre. »

Broca signale d'ailleurs les autres caractères importants de la chevelure, la couleur, l'implantation, l'insertion. Il mentionne cette particularité de la race hottentote, d'avoir les cheveux disposés en touffes isolées, en pinceau de brosse.

Quant à Hœckel, le rang qu'il a donné à la chevelure mérite une citation spéciale : « La conformation des cheveux, dit-il, doit prendre place immédiatement après le langage au point de vue de l'importance. Ce caractère morphologique, quelque secondaire qu'il soit en apparence, semble être un signe de race rigoureusement transmissible par l'hérédité. Parmi les douze espèces humaines que nous allons bientôt énumérer, il en est quatre, les quatre plus inférieures qui sont caractérisées par une chevelure laineuse ; chaque cheveu, considéré isolément, est aplati en ruban et a une section transversale elliptique. Les quatre espèces humaines à cheveux laineux {Vlotviques) peuvent se diviser en deux groupes : chez l'un de ces groupes, la chevelure est disposée en touffes {Lophocomi) ; chesj

772 CHEVEUX (antuuopolocie).

l'autre, elle est eu torsoii {Eriocomi). Chez les Lopbocomes comprenant les Papous et les Hottentots, les cheveux sont inégalement distribués eu touffes ou petites houppes. Au contraire, chez les Ériocomes, c'est-à-dire chez les Cafres et les Nègres, les cheveux laineux sont également répartis sur toute la surface du cuir chevelu. Les Ulotriques sont prognathes et dolicholéphales. Chez eux la couleur delà peau des cheveuxet celledes yeux est toujours très-foncée. Tous les hommes de ce groupe habitent l'hémisphère méiidional; ils franchissent l'équateuren Afi'ique seulement. En général, ils sont inférieurs à la plupart des Lissotriques et se ra[iprochent beaucoup plus du type simien. Les Ulotriques ne sont pas susceptibles d'une vraie culture cérébrale, d'un haut développement intellectuel, même dans un milieu social favorable comme on l'observe aujourd'hui aux États-Unis d'Amérique. Nul pcu|>le aux cheveux crépus n'a eu une véritable histoire. »

Quant aux Lissotriques, hommes à cheveux lisses, ou du moins non laineux {Léiotriques de Bory), Ilœckel eu compte huit races divisées en deux groupes : le groupe à cheveux droils (L. Eutijcomi) et le groupe à cheveux boudés (H. Enploconii). « Au premier groupe, dit-il, a|)partienuent les Anstralicns, les Malais, les Mongols, les races arctiqu/s et les américaines. Les hommes à cheveux bouclés, chez qui la barbe est aussi plus touffue que chez les autres espèces, conq3rennci;t les nravidiens, les Nubiens et les Méditerranéens. »

Parmi les Ulotriques, Ilœckel signale le Papou, « dont les cheveux laineux croissent en touffes roidées en spirales, ay;int souvent plus d'un pied de long, de sorte qu'ils semblent former une perruque laineuse. » C'est la tête de vadrotdlle dont il est question plus haut. On en rapproche avec raison la chevelure des Hotlenlols et des Buschmen qui habitent les régions montagneuses du Cap. Déjà Pruner- Bey, dans ses Études microscopiques sur la chevelure, avait établi ce rapprochement que de Quatrefiges a égalemrut reconnu dans son mémoire sur les Mincopies (Revue d Anthropologie, 1872, p. 55).

Les deux autres races ulotriques, les Nègres et les Cafres, ont les cheveux uniformément implantés. Ils ne forment point de touffes isolées, de façon que le fait singulier de l'isolement des Hottentots en Afrique n'est pas moins remarquable au jioint de vue de la chevelure qu'au point de vue des autres caractères ethniques. Mais il s'en faut que la chevelure du Papou (Lopbocomi) soit répandue dans toute l'Océanie, ni même dans toute la Mélanésie. Barnard Davis a décrit, dans une note communiquée à l'Institut anthropologique de Londres- (avril 1872), plus de cinquante spécimens de cheveux océaniens qu'il a présentés a la Société. On trouve là les cheveux longs et ondulés des Philippiens, à côté des cheveux crépus des Négritos et des cheveux en tire-bouchons des Tasmamens,

Dans toute la Polynésie, les cheveux sont longs et ondulés, et nous donnerons plus loin la théorie que l'on expose de ce caractère.

Hœckel est donc logique lorsqu'il compose ses Lissotriches de races océaniennes mêlées à des races asiatiques et européennes; mais ici se montre l'insuffisance des classifications tirées d'un seul caractère naturel. Il est évident qu'il n'y a qu'un intérêt fort minime à mettre côte à côte, dans .Lissotriches euthijcomi, les Américains, les Malais, les Australiens et les Mongols, qui diffèrent entre eux par tant d'autres caractères. Avoir les cheveux lisses et droits (et l'on pourrait ajouter noirs) est une caractéristique bien faible alors que la forme du crâne, la couleur de la peau, la taille, les proportions des membres, etc., diffèrent profondément.

Le "roupe des lissotriches euplocomi est encore plus extravagant. Là sont réunis en raison de leur chevelure lisse et bouclée, les Dravidiens du Deckan, les

CHEVEUX (APJTimoroLOGiE). 773

Nubiens et les Méditerranéens, c'est-à-dire les peuples qui habitent l'Europe, beaucoup moins aulour de la Méditerranée qu'autour de la Baltique, de la mer du Koid et de l'Atlantique.

On voit par cette analyse de la tentative de Ilœckel, que l'idée primitive de Bory, reprise par Isidore Geoffroy, a reçu un développement hors de proportion avec sa valeur réelle. Il est d'ailleurs évident que toute classification qui ne repose pas sur l'ensemble des caractères n'a d'autre importance que celle qui résulte d'une étude plus complète du caractère auquel on veut subordonner tous les autres. Quant à F. Mùller, il a adopté sans réserve toutes les divisions de Hœckel subordonnant ainsi aux cheveux les caractères linguistiques qu'il a si bien étudiés, ce qui le conduit à mettre dans la race méditerranéenne trois systèmes de langues irréductibles, le basque, le sémite et l'indo-européen, et dans la race mongolique, les langues agglutinatives uro-altaïques à côté des langues monosyllabique, chinoise et tibétaine. Pour Frédéric Mùller, l'explication d'une telle confusion est que les genres de Vhomo-primigeniiis s'étaient formés avant l'invention du langage articulé.

Nous avons heureusement des travaux plus importants que ceux de Hœckel, pour apprécier avec justesse la valeur toxonomique de la chevelure. E. Hamy, dans un article de la Gazette hebdomadaire de médecine (p. 225, 1868), a rappelé à l'occasion des mémoires de Pruner-Bey, cités plus haut, les écrits de ses prédécesseurs, Rudolphi, Heusinger, Erdl et Kôlliker. Mais il paraît que c'e.t à L. Weber que l'on doit la découverte de ce fait que la coupe transversale de cheveux, presque toujours ovale ou eliptique est ronde chez l'homn^e dont les cheveux ne bouclent point « de sorte que le grand diamètre de leur coupe transversale n'est que d'un sixième, d'un cinquième, d'un quart et rarement d'un tiers plus grand que l'autre. » Au contraire dans les cheveux bouclés le grand diamètre surpasse quelquefois d'un demi et même de deux tiers (L. Weber, Observations sur l épidémie ..... et les poils chez V homme. In Journal complément, du Dict. des se. méd., t. XXIX, p. 158-150, cité par Ilamy). Plus tard l'Américain Peter Brown établit cette loi, rappelée par Barnard Davis, que le degré d'éloignement de la forme cylindrique est la mesure de leur tendance à friser: « Le cheveu cylindrique, ajoute cet auteur, celui de l'indigène du Nord-Amérique est roide ou plat {lank). Celui de l'Européen, qui est de forme ovale, a une tendance à friser, est ondulé ou facile à tomber en boucles gracieuses. Plus le cheveu est elliptique, })lus il tend à friser, jusqu'au point oii en est arrivé le cheveu rubané du Tasraanien, ou du Mincopie irrésistiblement frisé, de même que le cheveu fixe, aplati et laineux du nègre d'Afrique, qu'aucun artifice de toilette ne parvient à dérouler » {Journal of the Anthrop. Inst., p. 100, 1872).

Les observations de Pruner-Bey ont confirmé ces premiers travaux. Ses études ont porté sur plus de cinq cents spécimens de chevelure, empruntés à toutes les races humaines et dont les coupes transversales ont été reproduites par un nombre é"al de dessins. Il nous est difficile de donner ici une analyse complète de ces mémoires, auquels nous renverrons le lecteur {Méni. de la Soc. d'anthr., t. II et 111) et qui donnent avec la plus grande précision le rapport des diamètres, le volume, la pigmentation et la forme générale des poils chez l'homme et chez les singes anthropomorphes.

Un point très-curieux des travaux de Pruner-Bey est que le métissage se traduit dans une même chevelure par la fusion et le ju.vta-posiLion des caractères iiilié-

774 CJIEYEUX (anthropologie).

rents à la chevelure de leurs parents ; de sorte que le savant antliropologiste a pu par l'examen de cheveux, provenant de la Sicile, reconnaître la présence dans cette île de trois éléments ethniques : l'arien, le sémite et l'allophyllétique.

On remarquera que jusqu'à présent nous n'avons parlé que de l'insertion de la forme et du volume des cheveux et nous avons facilement admis dans la science le résultat des observations des voyageurs et des anthropologistes. Nous devons maintenant mentionner ici les critiques que Nathusius a faites des procédés de recherches de Brown et de Pruner-Bey ; ce naturaliste a d'abord rappelé que quelques auteurs allemands ont soutenu que la forme cylindrique des brins de laine de mouton est la condition indispensable des ondulations les plus fines et les plus régulières, opinion opposée à celle des deux anthropologistes que nous venons de citer, et qui rattache au contraire lefrisé et le crépu non à la forme cylindrique mais à l'elliptique ; mais ce serait là une erreur, et le frisé des poils dépendrait de la forme spiroïde du follicule pileux et non du rapport des diamètres de poil; d'ailleurs Nathusius ayant mesuré comparativement des cheveux cafres et allemands, n'a piis trouvé de dilférences plus sensibles dans les rapports qu'il n'en trouvait entre des cheveux, provenant d'un môme individu {Bulletin de la Soc. d'anthr., p. 717, 1868).

Un autre document montrera les inconvénients possibles d'une généralisation peut-être halive. Topiuanl dans son étude sur les Races indigènes de l'Atistralie, m Bull, de la Soc. d'anthr., p. 246, 1872, dit, après avoir compulsé les relations des voyageurs, qu'il existerait en Nouvelle-Hollande : 1° des cheveux longs lisses et rudes ; 2" des cheveux longs lisses et soyeux ; 3" des cheveux longs, ondulés plus ou moins bouclés; 4° des cheveux longs plus ou moins frisés, crêpés ou crépus, sinon laineux ; 5" des cheveux courts ou crépus, laineux proprement dit, et 6" enfin des cheveux en touffes comme ceux des Papous. Il est vrai que les cheveux droits, longs et lisses paraissent être la règle, mais les exceptions sont si nombreuses, qu'avant de classer les Australiens dans les lissotriches à côté des Grecs et loin des Papous, il eût été sage à Hœckel et à Millier de connaître la proportion de ces cas exceptionnels.

Enfin, pour montrer le peu de sohdité des classifications, qui prennent la forme des cheveux pour point de vue, il faut rappeler ici que le sens de l'expression cheveux laineux est indéterminé. A. Sanson a fait justement remarquer que les laines ovines présentent autant de variétés que la chevelure humaine et qu'en particulier la laine du mérinos n'a de commun avec le cheveu du nègre que la section elliptique, dont la valeur est, on l'a' vu plus haut, contestée par Nathusius {Bull. Soc. d'anthr., p. 74, 1869). Les Nubiens lissotriches de Hœckel qui sont noirs et non nègres, dit-il, ont cependant les cheveux laineux et crépus comme ceux des nègres; un jeune Falacha, présenté par d'Abbadie à la Société d'anthropologie et dont les cheveux étaient aussi crépus que ceux des Nègres a offert à tous les membres de cette société une occasion de reconnaître l'erreur qui rattacherait certaines populations de l'Afrique centrale à certaines races aux cheveux lisses et au teint clair. Broca a donné à cette occasion la théorie de la chevelure dite laineuse, dont les poils peuvent être comparés à une colonne torse ou à une spirale, dont les tours obliques ont une longueur déterminée par la distance comprise entre les deux jjoints, où le grand diamètre de la coupe commence et termine sa révolution {BulL de la Soc. d'anthr., p. 72, 1869).

Nous avons assez parlé de la forme des cheveux. D'autres caractères jouent

CHEVEUX (anthropologie). Ti^

en anthropologie un rôle important. Les corrélations organiques des cheveux avec les dents, les yeux ou le teint, la longueur, la coiffure naturelle ou artifificielle, etc. Mais c'est surtout la couleur qui a servi aux ethnographes pour décrire les races contemporaines, et aux historiens pour déterminer la part qu'elles ont prise dans la constitution des races européennes blondes ou hiunes. Broca et Simonot avaient dressé en 1864 un tableau chromatique de la coloration des cheveux, qui reposait sur l'examen de plusieurs centaines d'écliantillons; après l'élimination des doubles le tableau renfermait plus de soixante nuances formant un cercle complet, passant du noir au blanc par le brun et le gris, et revenant du blanc au noir par le brun et le rouge {Bulletin de la Société d'antlir., 1864, p. 158), mais dans le tableau chromatique annexé aux instructions anthropologiques, l'éminent anthropologiste n'a conservé que trentetrois nuances numérotées qui servent pour la peau et pour les cheveux. L'expérience a prouvé que ces nuances étaient insuffisantes.

Si distinctes toutefois que soient ces nuances, il faut reconnaître que l'homme a en o-énéral une chevelure brune ou noire. La couleur claire est exclusivement propre à quelques groupes des populations européennes, parmi lesquels il convient de citer les Scandinaves, les Pélasges, quelques tribus germaniques. Cependant dans presque toutes les races humaines, on a cité des exceptions plutôt individuelles que collectives. C'est ainsi que l'on a souvent cité les Mandans de l'Améi'ique du Nord comme blonds, mais il semble probable que cette indication a plutôt été relative à quelques familles albinos qu'à tout une tribu. Les Kabyles de l'Auress offrent cependant au rapport de Faidherbe une proportion de blonds ou de cliàtains d'environ dix pour cent. Le même observateur dit que chez les Ouled-Jacoub, fraction des Âmaras et chez les Denhadja, cette proportion est dépassée. Il est vrai que dans l'opinion de Faidherbe ces Kabyles seraient origiliaires de l'Europe. [Bull, de la Soc. d'Anthr., 1870).

« La couleur noire des cheveux, dit Pruner-Bey, est celle que l'on rencontre sur presque tous les points du globe soit sous l'équateur, soit vers les pôles, soit dans les climats tempérés. Elle est l'apanage de l'Esquimau tout autant que dn nè"re, de l'Hindou brahmanique comme du Malais, et les nations européennes, en olfrent de nombreux exemples. Il n'en est pas aiusi de l'autre extrême de l'échelle chromatique, c'est-à-dire de la chevelure claire avec ses nuances presque imperceptibles du jaune de lin sérancé, du jaune de paille, du jaune doré auxquels se joignent le roux, le rouge de feu, etc. De cette dernière nuance, on peut établir une transition au brun rougeâtre et de là au brun clair, au brun foncé ou châtain, etc. Parmi ces innombrables nuances, le blond clair est réparti en masse sur peu de races : celles-ci appartiennent en grande partie à l'Europe et notamment aux rameaux germaniques, slaves et celtiques de la souche arienne et au rameau finnois des ïouraniens, on en trouve quelques exemples dans le Caucase, chez les Arméniens qui sont en partie d'origine aryenne, chez les Sémites de la Syrie et peut-être en Afrique chez les Berbères de l'Atlas. La chevelure rouge au contraire me paraît être représentée au moins par quelques individus chez presque toutes les races connues, soit équatoriales, soit boréales » [Mémoires de la Soc. d'anthr., t. 11, p. 4). C'est ce dernier fait qui a donne naissance à l'opinion que l'homme primitif était roux.

Ce qui est certain, c'est que bien que des exemples de chevelure blonde aient été signalés en Asie et en Afrique, nulle part ils n'y ont été assez nombreux pour que l'on ne puisse rattacher leur présence à des émigrations européennes.

"'^ fillEVKUX (ANTHRoroLocE).

Madame C. Royer s'est servie de ce fait pour soutenir que la race blonde est autochthono d'Europe et que les conquérants aryens n'étaient pas blonds « [1 tant tenu- compte de celait frappant, dit-elle : que la grande majorité de nos entants naissent blonds, que leurs cheveux et leurs yeux brunissent avec l'à-e et que c'est seulement chez les adultes que, même parmi les groupes de ponulatLis brunes le brnn se montre en majorité. Il est imjjossible de ne pas voir dans cette évolution un développement embryonnaire nous représentant les diverses phases généalogiques de nos races européennes reproduites sucsessivement dans la vie des individus et en vertu des lois de l'iiéi édité et de l'atavisme Si nos enfarits avant de devenir bruns passent en général par toutes les nuances du blond, c'est que les premières populations indigènes de l'Europe étaient blondes et que l'élément brun n'est venu s'y mélanger que plus tard. Et ce n'est pas seulement en France que l'on constate cette évolution du blond au brun » {Bull de Soc. anthr., 1873, p. 246). Broca à cette occasion a dit que pour lui la patrie originelle sinon de toutes les races blondes, ce qui lui paraît encore douteux, du moins de la plupart d'entre elles, était l'Europe. Mais il ne s'ensuit pas que toutes les races préhistoriques de l'Europe fussent blondes, et selon l'éminent professeur il y avait parmi les races primitives au moins une blonde et une brune. « Pour ce qui concerne la France, ajoute Broca, nous y trouvons partout des bruns et des blonds ; mais les premiers prédominent dans le sud et dans le centre, les derniers dans le nord et dans l'est. Cette disposition nous donne donc l'idée d'une ou de plusieurs races brunes au milieu desciuelles une ou plusieurs races blondes ont pénétré par le nord-est ; nous savons qu'il a en été ainsi dans les temps historiques, à l'époque des invasions germaniques et antérieurement à l'époque des invasions kymriques, et j'admets volontiers que plus anciennement encore d'autres peuples blonds avaient suivi la même voie » llbid p. 248), ^ '

Cette race blonde, — l'accord est maintenant établi sur ce point — était grande. La race Ijrune était petite. A la première la grande majorité des érudits contemporains rattaciie le nom de race kymrique, à la seconde le nom de race celtique. Il ne peut-être ici question des Celtes de la. linguistique auxquels on a attribué successivement des caractères ethniques fort divers, mais seulement des Celtes tels que les décrit et les cantonne J. César. Ajoutons que des recherciies de Magitot, il résulte que la taille, la couleur blonde et la plus grande fréquence de la carie dentaire marchent parallèlement {Bull, de la Soc. d'anthr., 1867, p. 85).

La question de la ré[iartition actuelle des blonds de l'Europe a donné lieu à de nombreux travaux parmi lesquels il faut citer ceux de Beddoœ (de Bristol), qui ont été repris et confirmés par un grand nombre d'observateurs, notamment par Vogt, Charnock, madame Royer, d'Omalius d'Halloy, de Quatrefages, etc. La conséquence en est que la prédominance des cheveux bruns sur les blonds va toujours croissant et que dans un temps donné, il se pourrait bien que la chevelure blonde ne se présentât plus que comme une réminiscence atavique d'une époque où les nombreuses races du genre humain n'avaient pas encore acquis runiloimité qu'elles tendent à revêtir, au grand détriment du pittoresque et de riiitérêt que peut offrir notre terre (voy. Bull, de la Soc. aanthr 1861 p. 562, 1864, p. 855, 1873, p. 257).

Dans un curieux travail sur la Prédominance croissante de la chevelure foncée en Angleterre {Anthropological Revieiv, 1864), J. Beddoœ, médecin de l'hôpital do Bristol, après avoir exprimé l'opiiuou que les constitutions blondes lui paraissent

CHEVEUX (anthropologie). 771

moins capables que les brunes de supporter les conditions anti-hygiéniques des grandes villes, ajoute que les i'enimes aux cheveux foncés ont bien plus de chance de se marier que les blondes. En effet, sur 757 femmes examinées à ce point de ^'ue, il se trouvait 33 rousses, 95 blondes, 240 châtain clair, 536 châtain foncé, et 33 aux cheveux noirs. Or, parmi les blondes, il ne s'en trouvait de mariées que 55 pour cent, tandis que parmi les noires on en comptait 79 pour cent ; les châtain clair, GO pour cent ; châtain foncé, 69 pour cent. Parmi les non mariées, la proportion est invcise. Sur 100 blondes, 37 sont filles, tandis que sur 100 femmes aux cheveux noirs on ne trouve que 18 filles.

Il semble donc, qu'en Angleterre, plus les cheveux d'une femme sont de couleur foncée, plus elle a de chances pour se marier et pour favoriser, en conséquence, l'envahissement du brun dans la chevelure humaine.

Le même auteur, dans son substantiel mémoire sur les Celtes de l'Irlande [Journal of Antliropology. 1870, p. 117), a établi ce qu'il appelle l'indice de nigrescence pour les populations irlandaises, c'est-à-dire la proportion de bruns par rapport aux blonds dans chaque comté, et ce travail tend à prouver que le brun foncé prédomine largemeiit eu Irlande partout où la race indigène n'a pas été profondément modifiée par l'immigration anglaise, et notamment dans les rangs inférieurs de la société. Les conclusions de Beddoœ sur le type celtique, en parlic fondées sur la répartition actuelle de la coloration des cheveux, constituent un des documents les plus importants sur un problème extrêmement obscur. Ou en trouvera un excellent résumé dans la Revue d'Anthropologie, t. I, p. 125.

Nous ne connaissons de travail analogue que celui qui a été fait par le docteur Argiliès : sur 47 basques vivants, des environs de Sainf-Jean-de-Luz, qui n'ont pas offert un seul individu aux cheveux blonds, deux d'entre eux les avaient d'un brun rougeâtre ; les 45 autres les avaient châtain foncé ou tout à fait noirs [Bidl. Soc. d'onthr. 1868, p. 14).

Il serait, d'ailleurs, fort intéressant de rechercher avec précision s'il existe quelque rapport entre la couleur des cheveux, la fécondité, les maladies, la menstruation, etc. Nous n'avons sur ces points que des observations vagues, mais point de statistique. C'est ainsi que Marc d'Espine et Brierre de Boi-mont ont cru reconnaître que les femmes ayant des cheveux blonds ou de couleur châtain étaient menstruées un peu plus tard que les femmes ayant les cheveux noirs, mais ces deux auteurs ont également trouvé que les femmes aux cheveux châtain foncé étaient réglées encore plus tardivement (cités par Lagneau. Bull. Soc. anthr. 1865, p. 755). Il nous reste cependant des statistiques, celles de Broca et de Magistot, qui assignent aux blonds : le premier, une plus haute taille ; le second, une plus mauvaise denture qu'aux bruns. Certaines qualités intellectuelles, affectives et morales sont aussi, d'après les croyances populaires, en relation avec la couleur de la chevelure, et qu'il s'agisse des blondes, ou qu'il s'agisse des brunes, il semblerait que la psychologie n'est plus du tout la même. Mais on est loin de s'enten Ire sur la répartition des dons, ce qui autorise à croire qu'en pareille matière le jugement est plutôt influencé par l'expérience persomielie que par l'observation froide et désinléiessée.

Toutefois, comme les amateurs de chevaux rattachent avec une certaine constance certaines c[ualités à la couleur de la robe et aux marques dont elle peut être parsemée, il se pourrait qu'une observation rigoureuse nous montrât chez les hommes de.> conditions du même ordre. A tort ou à raison, les honnues roux passeiit pour violents.

778 CHEVEUX (hygiène).

Dai wiu a signalé chez les animaux quelques corrélations d'un autre ordre : les cliats blancs aux yeux bleus sont invariablement sourds ; les moutons et les porcs blancs seraient affectés par les poisons végétaux d'une autre manière que les individus autrement colorés; les chiens nus, c'est-à-dire glabres, de race chinoise et turque, offrent constamment des anomalies dentaires, qui, selon Magitot, « échappent à toute loi fixe, puisqu'il y a tantôt corrélation de variaLihlé, t;ii;tàt. compensation ou balancement (Darwin, Origine des espèces, pages 20 et 178; trad. Royer et Magitot, les /iommes i)e/ws, Gazette médicale, 15 nov. 1873). Mais ici nous abandonnons un sujet qui sera plus amplement étudié à l'article

Page 1