PILEUX
En résumé, la chevelure humaine, qu'on la considère au point de vue de la classification anatomique des races, soit au point de vue de leur origine ou de leur mélange, offre une importance qui ne paraît pas avoir diminuée depuis la détermination de plus en plus précise des caractères d'un ordre plus élevé. 11 est certain que la détermination des groupes humains par la seule chevelure en dépit de l'habitat, de la langue, de la forme du crâne, des proportions des membres, et même de la couleur de la peau, n'est pas rigoureusement ni naturelle, ni d'une saine méthode. Cependant, il faut reconnaître que jusqu'à présent cette critique jpeut s'appliquer à tous les points de vue des séries anthropolojjiques spéciales. D'un autre côté, à part la chevelure en touffe, nous pouvons trouver parmi nous des spécimens de toutes les chevelures humaines, à titre d'exceptions, il est vrai, pour quelques types, tels que ceux de la chevelure dite laineuse, et du gros cheveu cylindrique de l'Américain. Mais la même remarque peut se faire des caractères craniologiques qui ne parviennent à s'établir dans une région donnée que par des moyennes, car la brachycéphalie, la dohchocéphalie, le prognathisme, les angles faciaux et les divers degiés d'angles faciaux et crâniens se rencontrent partout. Les proportions moyennes seules varient dans des Hmites, il est vrai, fort étendues. 11 faut enfin ajouter ici que les diverses formes de la chevelure se transmettent par l'hérédité avec une persistance comparable à celle de la coloration cutanée dans les croisements de races très-distinctes. E. Dally.
§111. Hygiène. I. L'hygiène de la chevelure comprend l'ensemble des moyens (pii ont pour but l'entretien et la conservation de cette partie de notre corps, en la préservant des causes diverses qui tendent à l'altérer ou à la détruire.
Elle peut s'adresser au cheveu sain ou au cheveu malade. Simplement préventive dans le premier cas, elle devient curative dans le deuxième par l'utile et indispensable concours qu'elle apporte à la thérapeutique. Nous devons remarquer pourtant que, dans ce dernier cas, les indications hygiéniques restent complètement subordonnées aux indications tirées de l'état morbide, et qu'elles ne sauraient en être séparées dans l'étude. En traiter ici serait dépasser évidemment les bornes de cet article, dont l'objet ne peut être que la recherche des moyens propres à assurer l'entretien et la conservation de la chevelure supposée dans l'état
de santé.
L'intégrité de la chevelure peut être compromise par des causes générales ou locales. Cette distinction, qu'il serait difficile de ne pas admettre en principe, n'a pourtant pas dans la pratique la valeur qu'on serait d'abord tenté de lui accorder. En effet, les causes générales, j'entends celles quiressortissent tout spécialement à l'hy^dène, n'ont ici qu'une importance relativement secondaire et minime; elles n'agissent sur la chevelure que d'une manière indirecte, mal définie, souvent
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même fort contestable; et tandis que, dans le cours de ce travail, nous rencontrerons constamment et à chaque pas les influences locales ou directes, il nous sulfira de marquer ici, et pour n'y plus revenir, la place des influences générales. Nous serons donc très-bref sur ce sujet, où d'ailleurs la matière de l'hygiène confine sans cesse et sans hmites bien marquées avec celles delà pathologie.
Eliminant donc parla pensée toutes les causes morbitiques internes, et le nombre en est grand, qui peuvent agir sur le cheveu d'une manière plus ou moins fâcheuse, cherchons la part qui revient, dans la production des désordres qui l'atteignent, aux influences générales qui sont du domaine de l'hygiène.
Or, quelques instants de réflexion suffisent pour montrer aussitôt combien cette part est petite, lorsqu'on veut s'astreindre à ne pas empiéter sur le terrain de la pathologie ; précaution que les auteurs ont trop souvent négligé d'observer. Tout se réduit, en eflet, à des modifications exercées sur l'ensemble de l'organisme, et par contre-coup, sur l'état de la chevelure, par un certain nombre de conditions physiologiques ou hygiéniques dont l'influence, parfois fort difficile à apprécier dans ses conséquences diverses, peut se résumer dans ce seul mot : déhilitation' Ainsi, agiront, par exemple, la plupart des causes qui tendent à affaiblir l'écO' nomie, et l'on sera en droit d'accuser la misère, l'insuffisance d'alimentation, la privation d'air et de lumière, l'habitation dans des lieux humides et malsains. Ainsi agiront encore les inquiétudes, les chagrins, les passions, les excès de toute nature, travaux excessifs, contentions d'esprit, veilles assidues et prolongées, etc. Il est pourtant une cause plus sérieuse, signalée par les observateurs de tous les temps, et qui paraît avoir une influence réelle et plus directe sur la chevelure, je veux parler de l'abus des plaisirs vénériens. Rien en effet de plus fréquent que la calvitie chez les individus qui se livrent à l'onanisme ou à un commerce immodéré avec les femmes. « Cette coïncidence, dit M. Cazenave, n'offre pas seulement de l'intérêt au point de vue de l'ébranlement nerveux que détermine l'abus des plaisirs vénériens, et dont elle serait une dépendance sympathique, elle est curieuse surtout en ce sens qu'elle tend à faire apprécier une sorte de relation entre la sécrétion spermatique et la sécrétion des cheveux, relation qui serait si intime, que la canitie, que la calvitie surtout apparaîtrait avec une facilité très-remar-» quable chez les individus affaiblis par des pertes réitérées et abondantes de semence. »
Que si, maintenant, abordant un autre côté de la question, et le plus important, nous examinons les influences générales précitées au point de vue des indications hygiéniques qu'on peuten tirer pour le bien delà chevelure, nous trouvons qu'elles n'ajoutent rien ou presque rien à nos ressources. Cette notion de causalité reste entre nos mains, sous ce rapport du moins, à peu près vide et sans portée; et cela seul suffirait pour nous donner la véritable mesure de sa valeur. En effet, quelle que soit l'importance que l'on attache d'ailleurs à l'intégrité de la chevelure, soit comme vêtement protecteur, soit comme ornement naturel, cette préoccupation devient nécessairement puérile et secondaire dans un très-grand nombre de cas. Quel remède opposer, par exemple, à la misère et aux conséquences qu'elle entraîne? Comment prévenir et empêcher les chagrins, peines, douleurs morales que la destinée réserve à chacun ? Ira-t-on, d'autre part, conseiller sérieusement à une personne en proie à des regrets que rienn'apaise, dechercher des dis tractions, des consolations dans l'intérêt bien entendu de sa chevelure ? L'homme emporté par ses passions, le savant qui consacre son temps et son activité à de pénibles recherches, s'arrêteront-ils devant cette perspective, la chute de leurs cheveux?
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Enfin, qui ne voit qu'en pareil cas, toute considération de cet ordre dispar;ùt en présence de ce fait bien autrement grave, la santé générale menacée!
L'hygiène de la clievelure se réduit donc,, à parler rigoureusement, à l'étude des influences locales ou directes, les seules dont il soit possible de préciser la valeur et le mode d'action, et par conséquent les seules qui soient de nature à fournir à cette partie de la science des données claires et positives.
Ces influences locales sont extrêmement nombreuses et diverses ; elles présentent dans leur action sur la chevelure des variétés presque infinies selon leur nature, leur mode d'application, selon l'état du cheveu hii-même, etc. Il importe donc de tracer d'abord quelques divisions propres à nous guider au milieu des détails qui vont se présenter en foule à notre étude. Ces divisions, je les prendrai dans la nature même du sujet, et j'étudierai successivement, dans autant de paragraphes séparés :
1" Les règles hygiéniques relatives aux soins élémentaires et usuels qu'il convient de donner à la chevelure.
2° Les règles hygiéniques relatives à la disposition qu'il convient de donner habituellement à la chevelure, et à quelques manœuvres nécessitées par la coiffure.
3° Les règles hygiéniques relatives à l'emploi de certains objets ou instruments de toilette de la lête, tels que peignes, brosses, fer, ciseaux, rasoir, etc.
4° Les règles hygiéniques relatives à l'emploi des cosmétiques.
b° Les règles hygiéniques retativesaux vêtements de la tète (coiffure).
6" Enfin, les règles hygiéniques relatives à l'usage des postiches, perruques, chignons, toupets, etc.
1° Règles hygiéniques relatives aux soins élémenlaires et usuels qu'il convient de donner à la chevelure. Les préceptes que je déduirai de ce premier paragraphe présentent ce caractère, qu'ils constituent en quelque sorte la partie fondamentale de l'hygiène de la tête ; qu'ils sont de tous .les temps et de tous les lieux, applicables à tous les âges et à toutes les personnes ; qu'ils ne sauraient dépendre enfin, à aucun degré, ni de l'empire de l'usage ni des caprices de la mode. Ils peuvent être résumés en deux mots: propreté et soins bien entendus de la tête.
De même que toutes les autres parties du tégument externe, le cuir chevelu dépose incessamment à sa surface des produits d'exhalation et de sécrétion, et ces produits s'y trouvent, en raison du développement cju'y acquiert le système pileux, dans des conditions toutes particulières. Il y a d'abord l'exhalation aqueuse, ordinairement insensible, mais qui devient apparente sous le nom de sueur, dès que l'équilibre n'existe plus entre la quantité du liquide sécrété et celle qui s'échappe par évaporation. Il y a ensuite le fluide sébacé, fourni par les glandes annexées aux follicules pileux, et quia pour objet, non-seulement de protéger le cuir chevelu, mais encore de revêtir le cheveu d'une couche qui l'isole et en facilite les glissements. Il y a enfin cette production continue d'écailles et de débris furfuracés qui résulte de la transformation et du renouvellement des couches superficielles de l'épiderme. Dans l'état physiologique parfait, lorsque tous ces mouvements s'accomplissent naturellement et sans rencontrer d'obstacles, les produits divers de l'excrélioii cutanée sontsuccessivemeut emportés et dispersés à tous les vents sans laisser trace de leur passage ; et il suifit alors de quelques précautions hygiéniques insignifiantes pour en débarrasser la tête. Mais trop souvent aussi il arrive que, par l'absence de toute culture habituelle de la chevelure, dans des conditions et dans des milieux oîi cette culture serait surtout nécessaire, que, par le fait d'e pra-
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tiques et de coutumes sur lesquelles uons aurons à revenir pour en montrer les dangers, trop souvent, dis-je, il arrive que les sécrétions du cuir chevelu sont retenues à sa surface, qu'elles y séjournent, s'y accumulent, se répandent même dans les clieveux, et que, parleur mélange et l'action réciproque de leurs éléments, elles y subissent une sorte de fermentation qui leur communique des propriétés ui itantes. Cette rétention anormale dematièressécrétées, augmentée encore des corpuscules et poussières organiques venus de l'atmosphère, a pour premier effet d'uTiter la peau, de provoquer ensuite une exagération fonctionnelle des oiganes sécréteurs, et ainsi commence et s'établit une sorte de cercle vicieux dont on ne sort le plus souvent, si l'on n'y met ordre en temps utile, que pour tomber dans l'état morbide.
Les préceptes hygiéniques découlent naturellement des considérations qui précèdent. Favoriser, ou tout au moins ne rien faire qui entrave le départ des résidus et poussières qui se forment spontanément à la surface du cuir chevelu : tel est le but à atteindre, et les moyens les plus simples y sufflsent. On aura soin, chaque jour, au moyen du démêloir, de prévenir toute intrication des cheveux, de leur imprimer une direction convenable, de leur donner une juste mesure d'aération. Le peigne fin ne sera employé qu'à des intervalles plus éloignés, avec précaution et sans violence, et après avoir pris le soin de lui préparer la voie avec le démêloir. Enfin, on se serviia utilement do la brosse pour baf.iyer ce qui aurait pu échapper au peigne, et parfaire ainsi la propreté de la tête.
Dans les premiers temps de l'existence, la tête du nouveau-né est encore trop peu solide, -son cut chevelu est trop irritable pour supporter sans inconvénient le dur contact du peigne et de la brosse : aussi fant-il s'abstenir alors de semblables manœuvres. On se contentera d'y passer de temps en temps une éponge imbibée d'eau tiède,pour entraîner la matière grasse qui y adhère. Si cette matière s'y est accumulée sous forme de croûtes membraneuses persistantes, si elle résiste aux lotions vinaigrées ou alcalines, on aura recours à des onctions répétées plus ou moins fréquemment avec un corps gras, huile d'amandes douces, cold-cream,cératsunpleou saturné, etc. Enfin, dans le cas où l'enfant aurait atteint l'âge de quatre à cinq mois sans avoir été débrirrassé de ces crasses, on les ramolliraitau moyen de cataplasmes, et la tête serait ensuite nettoyée avec une brosse douce de chiendent.
A propos des soins qui concernent l'enfance, je rappellerai qu'à cette époque de la vie, et en dehors de toute circonstance pathologique, rien n'est plus fréquent que l'apparition des poux sur la tête. Or, on sait avec quelle étonnante rapidité se propage ce parasite. L'indication hygiénique est donc de le détruire sans aucun retard, et si les soins ordinaires demeurent insuffisants, on fera sans hésiter des onctions avec l'onguent napolitain, ou mieux encore, des lotions avec une solution
de sublimé au 500'^.
Je termine cette première partie de mon travail par l'examen d'une pratique que je regarde comme pernicieuse et offensive pour les cheveux, je veux parler de l'habitude qui consiste à les mouiller fréquemment et plus ou moins largement, soit dans un but de propreté exagérée, soit pour en augmenter momentanément la souplesse et l'éclat. Sous l'influence de ce lavage continuel, le poil sedépomllepeu à peu du vernis protecteur que lui forme la matière sébacée; ses caractères physiques s'altèrent; il devient sec, cassant, terne, et si l'on persiste dans cette voie, comme il arrive presque toujours en pareil cas, car il semble que le seul moyen de remédier au mal soit d'en perpétuer la cause, la chevelure subit des motlificalions de plus en plus profondes, suivies tôt ou tard d'alopécie ou même de calvitie
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définitive. Quelques personnes ont l'habitude, non plus seulement de se mouiller les cheveux, mais de se laver la tête avec l'eau froide tous le.^ matins; on ne peut que blâmer celte hydrothérapie locale qui offre plus d'inconvénients encore que le lavage à l'eau tiède.
2« Règles hygiéniques relatives à la disposition des cheveux, à leur arrangement et à quelques manœuvres nécessitées par la coiffure. La manière de porter et de disposer les cheveux a Varié selon les temps, les lieux, les mœurs, l'usage, la mode, les convenances sociales, aussi bien chez l'homme que chez la femme L'homme les a portés tantôt longs, tantôt courts. Les Grecs, qui avaient une^ SI haute idée de la forme, ne comprenaient leurs dieux et leurs déesses que pares de longs cheveux : c'est en secouant sa chevelure que Jupiter faisait tremWer Ulympe. Les héros grecs se faisaient remarquer par la longueur et la beauté de leurs cheveux, qui retombaient en boucles sur leurs épaules : tels étaient Hercule Thésée, tel Ulysse devant Nausicaa , tel Achille, qu'Homère nous montre sacrifiant ses beaux cheveux sur le bûcher dePatrocle. La chevelure d'Hector, si l'on encroit la tradition, était longue par derrière, et courte par devant ; Paris laissait croître la sienne tout entière. On sait toute l'importance que les Gaulois et les Francs attachaient à la longueur de la chevelure: elle servait à distinguer l'homme libre de 1 esclave. C'est en conséquence de cette idée que les premières possessions romainés en Gaule reçurent le nom de Gallia hraccata (Gaule portant la braie), par opposition avec celui de Gallia coniata, qui désignait toute la portion du territoire restée indépendante. Au temps de César, les Gaulois portaient leurs cheveux roux fortement relevés en arrière; mais le conquérant les en fit dépouiller, voulant ainsi consacrer, en quelque sorte, leur asservissement et sa victoire. Après avoir subi des alternatives assez nombreuses, notamment sous Louis le Débonnaire, Charles le Chauve et Lothaire, le préjugé qui s'attachait aux cheveux longs s'efface peuà peu et finit par disparaître sous les successeurs de Hugues-Capet. Au moyen âge, alors que le casque devint la coiffure des guerriers, l'usage s'établit de se raser le front et de porter courts les cheveux de derrière. Au seizième siècle, on ne voit plus sur toutes les têtes, sur les plus hautes comuie sur les plus basses, que des cheveux très-courts : c'est que le roi François 1", qui laissait croître sa barbe pour dissimuler une cicatrice à la lèvre, avait trouvé bon de porter ses cheveux ras. Sous Louis XIV, qui avait au contraire uue grosse loupe à dissimuler, les cheveux longs reparurent, et comme ce moyen ne suffisait pas sans doute, le roi prit perruque, et tout le royaume avec lui. Cette coutume bizarre devait persister jusqu'au premier empire, et même reparaître un instant avec les émigrés sous la Restauration. Enfin, en 1848, la mode des cheveux longs, adoptée par la secte des Saint-Simoniens, redevint un signe de ralliement et d'indépendance, comme aux premiers temps de notre histoire : c'est à cette marque que se recon* naissaient les libres-penseurs et les romantiques. Peu à peu cependant, cet enthousiasme se refroidit, et ramenés enfin à une longueur plus raisonnable, les cheveux furent simplement relevés et séparés par une raie que l'on plaça soit à droite, soit à gauche, soit au milieu de la tête, comme il est encore d'usage de le faire aujourd'hui.
La coiffure n'a pas moins varié chez la femme que chezl'horame, mais avec cette différence curieuse à remarquer, que les modifications ne portent plus, à de rares exceptions près, sur la longueur même des cheveux, mais seulement sur des particularités de disposition et d'ornementation. C'est que dans tous les temps et dans tous les lieux, à tous les degrés de civihsation, la femme a compris et senti que sa
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chevelure était pour elle une parure sans égale, et qu'elle n'y pouvait rieu retrancher sans en diminuer la valeur. Aussi quede soins consacrés, partoutet toujours, à l'entretien de ce précieux ornement ! Que de richesse dans l'invention ! One de prodigalité dans les détails ! Un volume suffiiait à peine s'il fallait relater et décrire toutes les dispositions diverses, toutes les combinaisons variées que la femme a tout à tour données à sa coiffure. Quelques exemples pris au hasard suffiront pour en donner une idée. Tibulle nous apprend que les dames romaines se faisaient coiffer par leurs esclaves, et qu'il enlallait au moins trois : l'une pour étager les boucles, l'autre pour placer les nœuds dans les cheveux, une troisième pour y répandre des parfums; d'autres enfin ne faisaient que donner des conseils. Et ce n'était pas une petite affaire en vérité que ces coiffures, car elles se compliquaient ordinairement d'une foule d'accessoires destinés soit à maintenir les cheveux, soit à en relever l'éclat, bandelettes dites crinales, épingles d'or, d'argent ou d'ivoire, flèches, fleurs naturelles ou artificielles, perles, diadèmes, etc. etc. C'est à Rome que parurent, sur la tête des nobles patriciennes, les coiffures dites amoureuses, qui avaient la forme d'une tourterelle ou d'un cœur percé de dards ; les coiffures en lyre, les coiffures ^îtern'ères, les coiffures en forme de palmier, la coiffure o///mpienne, etc. , etc. Si de Rome nous passons en France, nous retrouvons les mêmes tendances et les mèmesexcès. Cependant, la coiffure des femmes s'y est maintenue relativement assez simple jusque vers le quinzième siècle ; on se contentait de relever les cheveux, de les tresser, de les natter, en les maintenant dans les bornes de leur disposition naturelle ; assez longtemps aussi, les cheveux restèrent plus ou moins enfouis sous le voile, le bonnet ou la cçiffe. Mais voici venir toute une série de modes plus bizarres les unes que les autres : coiffure en cœur, coiffure en raquette, coiffureàla garçon, coiffure à la Fontanges, coiffure à la comète, coiffure à la quesaco, coiffure en hérisson, en papillon, etc., etc. Et j'en passe, car le nombre en est si grand qu'il serait impossible de les énumérer toutes. Fort heureusement, la plupart de ces extravagances sont actuellement du domaine de l'histoire, je n'oserais dire sans retour possible, et je m'empresse de reconnaître qu'à part le chignon, trop souvent énorme et postiche, qui se balance sur leur nuque, les femmes savent généralement aujourd'hui prêtera leur coiffure de la grâce et du goût.
Ce qui est certain, c'est que le culte de la chevelure n'est pas moins en honnetlr aujourd'hui qu'autrefois chez les femmes, et qu'aujourd'hui comme autrefois, ce culte est souvent poussé beaucoup trop loin, au grand préjudice de cette chevelure pourtant si précieuse. Que de soins attentifs ne les voit-on pas prendre pour en rehausser momentanément l'éclat, pour en faire valoir toute la richesse, pour l'accommoder aux caprices d'une mode qui varie sans cesse ! Que d'heures laborieusement employées à façonner les cheveux, à les onduler, à les tresser, à les natter, à les rouler en torsades, en tire- bouchons, à les entrelacer de mille manières, à les emprisonner dans des papillottes pour leur donner le pli voulu ! Mais elles oublient que tous ces efforts, tous ces artifices qui constituent l'art de la coiffure, ne vont à rien moins qu'à les priver de cet ornement naturel, dont elles sont si lières. Elles oublient ou ne voient pas qu'à force de serrer leiîrs cheveux, de les tourmenter, de les tordre, de les tirailler dans tous les sens^ de ratisser la peau avec les dents du peigne (sans parler d'autres pratiques, dont il sera question plus loin), elles fatiguent le cuir chevelu, ébranlent le cheveu jusque dans sa racine, et que, s'il résiste d'abord à ces manœuvres, il reste affaibli dans ses adhérences, et se détache ensuite spontanément ou sous l'influence des causes les plus légères. C'est à la
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nuque que ces funestes effets apparaissent en premier lieu, car c'est là que le cheveu est ordinairement soumis aux tractions les plus fortes ; on les observe également, et pour la môme raison, duus le sens des séparations des cheveux, et notamment sur le sillon ou raie qui les partage symétriquement d'avant en arrière sur le milieu de la tète.
On ne saurait donc s'élever avec trop de force contre de semblables abus. On s'efforcera de persuader aux femmes que le cheveu, pour être insensible à la douleur, n'est cependant pas une chose inerte et sans vie ; qu'il a besoin d'air et de lumière; qu'on ne saurait impunément le tordre, le tirailler, l'emprisonner dans des liens qui l'étreignent ; qu'en un mot, la nature l'a fait souple et flexible pour flotter librement et sans entraves sur les i égions qu'il orne de sa présence, et qu'il importe de se rapprocher autant que possible de cette destination première. La coiffure qui conviendra le mieux, sera donc celle qui laissera aux cheveux, dans la mesure compatible avec l'usage et la mode, une liberté plus grande; on les séparera en larges bandeaux, plats ou légèrement soulevés, facilement pénétrables à l'air ; on les enroulera mollement ; on [lourra même leur donner parfois des dispositions plus complexes, les façonner, les tresser, les natter, selon les besoins de la coiffure, mais à la condition de n'employer aucune violence dans la manœuvre, et do les dénouer ensuite pour les laisser reposer pendant une partie du temps consacré à la toilette de chaque jour.
Les seules règles hygiéniques qui puissent s'appliquer à la disposition des cheveux cl.ez l'homme sont relatives à une particularité que nous avons dû négliger complètement chez la femme, je veux parler de la longueur qu'il convient de laisser à ces appendices. Rien d'absolu ne saurait évidemment être établi à cet égard. Que l'homme porte ses cheveux ou plus longs ou plus courts, la chose est assurément de peu d'importance. Mais il est, dans les deux cas, une limite qu'il est préférable de ne ponit dépasser, d'abord pour éviter le ridicule qui s'attache à toute exagération, ensuite parce que l'hygiène de la tète s'y trouve directement intéressée. Une longue chevelure exige en effet des soins continuels que l'homme, absorbé par des travaux incessants, ne saurait lui consacrer toujours ; elle devient ainsi nécessairement pour lui une cause d'embarras, de perte de temps s'il la cultive, et dans le cas contraire une source d'inconvénients et d'ennuis. L'homme a donc tout à gagner, et si je ne me trompe, fort peu de chose à perdre à faire le sacrihce d'un ornement qui ne convient ni à son sexe, ni à son genre de vie, dans les conditions où le place notre société actuelle.
Un autre excès tout aussi blâmable, selon moi, et beaucoup plus répandu, est celui qui consiste à porter les cheveux complètement ras, soit, d'une manière permanente, soit à de certaines époques de l'année. 11 ne faut pas oublier que les cheveux constituent pour la région qu'ils recouvrent une sorte de vêtement qui la protège, l'abrite, la fortifie, et que l'en dépouiller totalement, c'est aller contre cette fin que leur a donné la nature. On peut objecter, il est vrai, que les inconvénients attachés à cette pratique ne sauraient être bien sérieux, puisqu'on a cru devoir l'adopter sans distinction pour tous nos soldats, qui du reste ne semblent pas s'en porter plus mal ; mais je'ferai observer que, dans ce cas, et indépendamment des raisons bien connues qui la motivent, la mesure en question s'adresse à peu près exclusivement à des hommes jeunes, sains, bien constitués, robustes, et qu'elle implique d'ailleurs l'obligation pour le militaire en uniforme de ne jamais quitter en public le shako d'ordonnance. Quoi qu'il en soit, je persiste à considérer comme mauvaise en soi l'habitude de porter les cheveux ras, surtout lorsqu'elle
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n'a d'autre objet que la satisfaction d'une fantaisie ou d'un caprice, et je pense qu'elle se trouve alors en opposition avec la raison, le bon goîit et les règles d'une hygiène bien entendue de la tète.
Mauvaise chez l'homme, la pratique dont je viens de parler devient absurde lorsqu'on l'applique à l'enfance. Couper les cheveux de l'enfant sous le prétexte d'en favoriser la croissance, de les rendre plus longs, plus beaux, est un préjugé que rien ne justifie. C'est à cet âge <iue la tête a surtout besoin d'être protégée, défendue, et l'on ne saurait trop reconunander aux mères de respecter chez leurs enfants cette coiffure naturelle, qu'aucune autre ne remplace et ne supplée.
3» Règles hygiéniques relatives à l'emploi de certains objets ou instruments de toilette. J'ai dit plus haut comment et dans quelle mesure U couve naitd faire usage du démêloir, du peigne fm, de la brosse : ce sont là, pour les soins de la tête, des objets d'utilité première, journalière, courante, qui doivent se trouver dans toutes les mains, et dont il n'est permis à personne d'ignorer ou de négliger l'emploi. Je ne reviendrai pas sur ce sujet banal, tant il est simple, et qui ne prèle guère, il faut l'avouer, à l'amplification.
A côté de ces objets que j'appelerai nécessaires, il en est d'autres qui, bien qu'utiles encore, ne jouent cependant qu'un rôle accessoire dans la toilette de la tète, mais que les femmes, dociles au précepte d'Horace {miscetis utile dulci), savent transformer en instruments de parure et de luxe. Tels sont les peignes de formes et de dimensions infiniment variées qif elles portent pour retrousser leur cheveux, les contenir, les fixer dans la disposition qui leur a été donnée. Ces peignes font partie intégrante de la coiffure, qu'ils relèvent par la beauté de leur forme ou l'éclat de leur matière. Tels sont encore les cercles, épingles, flèches, rubans, etc.
Une recommandation importante s'applique à tous les objets que je viens d'énumérer, c'est la nécessité de les tenir dans un état de propreté constante ; elle est surtout de rigueur à l'égard des peignes de toilette, dont les dents plus ou moins serrées s'encrass.nt rapidement, et qui exigent alors, pour rempUr leur office, une violence et des efforts qui peuvent briser le cheveu ou le déraciner.
Ce précepte est également vrai pour la brosse, qui ne tarde guère à se charger de tous les détritus, poussières, pellicules, poils arrachés ou cassés que la tète lui abandonne chaque jour, de telle sorte qu'un moment arrive oîi, par un renversement des rôles, la friction se trouve avoir pour résultat de nettoyer la brosse.
A propos de ce dernier instrument, je doit mentionner l'application nouvelle, qui en a été faite sous le nom de nettoyage de la tête à la brosse mécanique. L'opération se pratique au moyen d'une brosse circulaire de grandes dimensions, qu'un système particulier fait mouvoir plus ou moins rapidement autour de son axe horizontal entre les mains du coiffeur, qui la dirige successivement sur les diverses parties du cuir chevelu. Cet appareil me semble en effet parfaitement lépondre au but qu'on lui assigne; mais je lui adresserai les deux objections suivantes : la première est qu'il n'agit qu'à la condition de déployer une force assez considérable pour agiter, secouer, ébranler la chevelure dans toute sa masse ; la seconde est relative au nettoyage, nécessairement difiicile et incomplet, d'un tel instrument, d'oii résulte le danger toujours possible des contagions parasitaires.
Les divers instruments, dont il vient d'être question, n'ont sur le cheveu qu'une action de contact, éphémère et bornée comme ce dernier. Il en est d'autres qui exercent sur cet organe une influence plus durable, qui lui font subir, qu'on me passe l'expression, un véritable traumatisme ; Je veux parler du fer, des ciseaux, du rasoir et des pinces à épiler.
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Une pratique incoiUcstablement très-nuisible pour le cheveu, et pourtant Lieu ancienne, est celle qui consiste à lui imprimer, au moyen du fer, une direction et des apparences qui ne sont pas en rapport avec sa tendance naturelle et sou mode de conformation: cest ce que l'on appelle la frisure artificielle. Elle no s'obtient qu'à la condition d'enrouler le poil autour d'une sorte de tringle en fer, préalablement portée au rouge, puis éteinte par l'immersion dans l'eau, c'est-à-dire à la condition de modifier instantanément, par l'application de la chaleur, son état physique et hygrométrique. Cette pratique, dont l'usage remonte aux anciens Mèdes et aux Perses, a des inconvénienis d'autant plus marqués que le cheveu est plus rebelle de sa nature, moins flexible, plus difficile à manier. Le contact brûlant du fer a pour résultat inévitable de dessécher le poil, de le rendre h\if^ile et cassant, de lui enlever son éclat, son brillant, et de lui donner enfin toutes les apparences du cheveu artificiel.
Les ciseaux sont aujourd'hui le seul instrument qui serve à la coupe ou à la taille des cheveux; mais il est bon de savoir qu'il n'en a pas été toujours ainsi, et qu'à Rome, par exemple, cette opération s'est longtemps pratiquée au moyen de deux rasoirs de grandeurs différentes, que le tonsor faisait manœuvrer en les opposant l'un à l'autre. La coupe la plus élégante était même celle qui se faisait avec un seul rasoir. Sans vouloir décider ici entre ces deux méthodes, dont l'usage semble bien perdu à tout jamais, j'arrive à l'emploi des ciseaux, considéré dans ses rapporls avec l'hygiène de la chevelure.
La coupe des cheveux doit être envisagée ici à deux points de vue distincts. Tantôt elle n'a d'autre but que de réprimer l'exubérance de ces appendices ; tantôt on se propose, par ce moyen, de les rendre plus épais, plus longs, plus beaux, ou même de remédier à certains défauts qu'ils présentent.
L'habitude de soumettre la chevelure à des coupes périodiques est devenue pour l'homme, depuis une trentaine d'années, une nécessité de convenance imposée ]iar l'usiige. Pratiquée avec mesure, cette opération ne présente aucun inconvénient sérieux. Elle semble même favoriser la sécrétion du poil par l'excitation légère et l'espèce de pléthore momentanée qu'elle provoque dans son organe producteur. On a comparé ce qui se passe alors aux phénomènes qui succèdent à toute perte de substance : une sorte de fièvre locale s'empare de la partie lésée et y fait appel aux forces de l'organisme. De là celte sensation de chaleur et parfois de démangeaison qui se répand aussitôt dans tout le cuir chevelu à la suite de l'opération. Sous l'influence de cette cause d'excitation indéfiniment répétée, l'équilibre fonctionnel de la papille pilifère se trouve à chaque instant rompu, et l'accroissement du poil se perpétue sans arriver jamais au terme marqué [lar la nature. Quelques observateurs avaient pensé même que cet appel continu du mouvement organique vers la chevelure pouvait à la longue retentir d'une manière fâcheuse sur la santé générale. Or, sans accorder à ce genre d'appréhension plus d'importance qu'il ne mérite, il est bon cependant d'eu tenir compte au moins dans un certain nombre de cas.
Je me suis expliqué plus haut sur la question des cheveux portés très-courts, examinée au point de vue de l'homme adulte et de l'enfant. Comme cette habitude implique la nécessité de répéter très-fréquemment la coupe de la chevelure, elle a pour conséquence d'entretenir sur les téguments du crâne un mouvement fluxioimairc qui peut dégénérer chez l'enfant en exsudations morbides, donner lieu à des ganglites cervicales et retentir même sur les organes encéphaliques. Résumant ce premier point sous forme de préceptes hygiéniques, je dirai
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donc : la section des cheveux, pratiquée avec mesure, est sans inconvénient; elle est inutile au moins dans les premières années de la vie, si ce n'est à de longs intervalles ; l'homme doit s'y soumettre, mais en se gardant de toute exagération et seulement dans le but de ramener les appendices pileux à des dimensions qui ne puissent l'incommoder.
Nous venons de voir que la coupe réitérée de la chevelure avait pour effet immédiat d'exciter l'énergie fonctionnelle des bulbes, et il semble d'abord logique d'en conclure que le résultat définitif soit de rendre les cheveux plus longs, plus beaux qu'ils ne l'eussent été dans les conditions de leur développement naturel. Rien pourtant n'est moins prouvé qu'une semblable proposition. Cette pratique peut servir tout au plus, comme le fait remarquer M. Cazenave, à retarder le moment oii la chevelure, si on l'avait abandonnée à elle-même, aurait atteint son apogée ou maximum de longueur ; et je crois aussi, avec cet auteur, que les plus belles chevelures sont celles que les ciseaux n'ont jamais touchées. Il faut donc regarder comme inutile encore, à ce point de vue, l'usage si répandu de couper les cheveux des jeunes enfants, usage qui leur inflige sans compensation une véritable mutilation.
Je serai plus réservé à l'égard d'une autre pratique dont l'utilité paraît réelle dans de certaines conditions, et qui consiste à rafraîchir la chevelure, c'est-àdire à en couper de temps en temps une portion minime. Elle est indiquée surtout lorsque les cheveux sont grêles, chétifs, clair-semés, lorsqu'ils languissent et tombent, sans qu'on puisse accuser aucune cause pathologique générale ou locale. Dans d'autres cas, elle servira à régulariser la croissance de la chevelure, souvent inégale sur les différents points de la tête. Enfin, il ne faut pas oublier que, dans les cas où il est indiqué de couper entièrement les cheveux, à très-peu de distance du cuir chevelu, on ne saurait prendre trop de précautions pour prévenir les accidents que cette opération peut entraîner après elle, tels que angine, rhumatismes, etc.
Quant à l'emploi du rasoir, il ne présente sous le rapport de l'hygiène de la chevelure, qu'un intérêt purement négatif. Son application doit être restreinte à certains cas d'alopécie survenant dans la convalescence des maladies graves, et qui rentrent par conséquent dans le domaine des faits pathologiques. Mais alors même je préfère à la rasure la section faite avec les ciseaux, section que l'on peut rapprocher aussi près que possible de la surface du cuir chevelu.
On sait que l'usage de se raser la tête est commun à beaucoup de peuples de l'Orient, et notamment à tous ceux qui suivent la religion de Mahomet ; mais, comme il faut toujours en revenir aux lois prescrites par la nature, la nécessité de se préserver la tête a fait imaginer le turban, sorte de coiffure qui est devenue pour ces peuples un véritable caractère distinctif, et qui semble faire partie pour ainsi dire, de celui qui la porte. Le turban est blanc chez les Turcs et rouge chez les Persans. La France l'a adopté pour certaines troupes spéciales, de formation africaine, les zouaves, les turcos, dont il relève et complète harmonieusement le costume à l'orientale.
Je n'ai point à parler ici de l'emploi du rasoir dans le traitement des affections morbides du cuir chevelu {voy. Alopécie, Pelade, Teignes, etc.).
La rasure du cuir chevelu dans la convalescence des maladies graves peut être suivie des mêmes accidents que la coupe entière de la chevelure : ce que j'ai dit de la coupe des cheveux s'applique de tout point à la rasure.
On emploie la pince à épiler dans l'état de santé tout aussi bien que dans l'état
7«S CHEVEUX (iiYGiÈxfiK
de maladie. C'est uniquement de son emploi dans l'état de santé que nous avons à parler ici. Le pins grand nombre de ceux qui ont recours à l'épilalion dans l'état de santé n'ont pas d'autre but que de faire disparaître des cheveux blancs qui tranchent sur une chevelure plus ou moins foncée, mais la disparition n'est que momentanée. L'épilation dans ce eus est bientôt suivie de la reproduction du cheveu qui paraît, et qui est en effet plus blanc qu'avant l'extraction. C'est précisément le contraire de ce qui a lieu dans la pelade. On ne peut donc que blâmer cette pratique, qui a pour effet de luâter les progrès de la canitie.
4° Règles hygiéniques relatives à remploi des cosmétiques, et en particulier des préparations qui servent à teindre les cheveux. L'usage de ces agents remonte aux temps les plus reculés des civilisations anciennes ; on pourrait même dire qu'il est antérieur à toute civilisation. Originaire d'Orient, si l'on en croit Pline, il passa ensuite chez les Grecs, qui le transmirent aux Romains victorieux. On le retrouve presque à chaque page de la Bible. Homère en parle en maint endroit. Aristote s'en occupe à propos des pommades dont les Grecs oignaient leur tête avant les banquets. Hippocrate en parle longuement. Enfin, et sans parler d'Ovide, qui a composé sur les cosmétiques un poëme dunt il ne reste qu'un fragment de 250 vers, les auteurs latins, Piaule, Catulle, Tibullo, Properce, Horace, Virgile, etc, sont remplis de passages où il est fait allusion à l'emploi des cosmétiques,
Appliqués à la chevelure, les cosmétiques (de v.oauih, parer), ont pour but soit de l'orner, de la conserver, de l'entretenir en bon état, de l'accommoder aux exigences de la coiffure, soit d'en corriger les défauts, les imperfections, d'eu dissimuler les infirmités, ou bien encore de masquer l'odeur plus ou moins repoussante qui s'en exhale chez quelques personnes.
Un très-grand nombre de personnes emploient journellement les cosraéliqiies sans autre motif que de favoriser les dispositions de la coiiïuie, ou même sans motif bien réel, et la première préparation venue fait aussitôt leur affaire. Cotte habitude qui dégénère facilement en abus, et que l'on rencontre dans toutes les classes de la société, chez l'homme comme chez la femme, est presque toujours au moins inutile, le plus ordinairement nuisible. Elle a d'abord pour inconvénient de rendre beaucoup plus dilficile la propreté de la tète, en raison des substances étrangères qu'elle y apporte sans cesse, et cet inconvénient devient d'autant plus sérieux que les agents employés sont, de par leur composition, doués de propriétés plus actives. Le meilleur cosmétique, en pareil cas, c'est-à-dire le moins mauvais, sera donc le plus simple, le plus inoffensif, celui-ci par exemple :
Pr. Moelle de bœuf préparée 50 ''riimmes.
Huile d'amande amère 10
Encore fera-t-on bien d'éviter que ce topique ne lancisse et n'acquière ainsi des propriétés irritantes.
On pourra également se servir, dans le même but, mais toujours avec précaution et mesure, de la préparation suivante, préconisée comme tant d'autres à tort ou à raison, pour ses veitus conservatrices :
Pr. Moelle de bœuf préparée 60 grammes.
Grai!.3e de veau préparée 60
baume du Pérou 4
Vanille 2
Huile de noisette . , 8
Chauffez au bain-marie pendant une demi-heure, passez et battez dans une terrine, avec nu pilon de bois.
CIIKVEUX (hygiène). 789
Nous en dirons autant des formules ci-dessous, que nous extrayons de l'officuie de Dorvault.
POMMADE rnlLOCOME.
Extrait de quinquina 2 grammes.
Huile d'amande douce 8 —
Moelle de bœuf . . . . • 24 —
Essence de bergamotte 6 gouttes.
Baume du Péiou 20 —
HCILE PHILOCOMB.
Moelle de bœuf
Huile d'amande douce J âa P. E.
Huile de noisette
Faites fondre, passez et aromatisez à volonté.
Il y a ilu reste une distinction importante à faire, dans l'emploi des cosmétiques précités, et en général dans l'emploi de tous les corps gras, selon que les cheveux sont naturellement secs, ou au contraire gras et humides. Dans le premier cas, on peut à la rigueur considérer comme rationnel de suppléer artificiellement l'insuffisance de la sécrétion physiologique ; on comprend, dis-je que les corps gras puissent corriger utilement la rudesse et l'aridité des cheveux. Mais qui ne voit que l'application de ces mêmes agents devient un contre-sens, et par suite un péril dans les conditions opposées !
Aux personnes qui ont les cheveux naturellement gras dans l'état de santé, nous recommandons les lotions très-affaiblies de sous-borate de soude, de chlorate de sonde ou de potasse, et mieux encore de simples lotions ammoniacales (8 à 10 gouttes d'ammoniaque pour 250 à 500 grammes d'eau distillée) ; à celles au contraire qui ont les cheveux arides et secs, des lotions huileuses, des onctions avec des pommades additionnées d'une petite quantité de turbith minéral, et légèrement aromatisées.
Les préparations que l'on emploie pour la chevelure ont quelquefois pour but delà parfumer. De tout temps, comme je l'ai dit, on s'est parfumé la tète. Au moment où le pasteur Aristée va pénétrer dans l'antre du vieux Protée, Cyrène répand sur tout sou corps une pure essence d'ambroisie :
at illi
Dulcis compositis spiravit r.rinibus aura, Atque habilis membris venit vigor.
Vir<ïile faisait donc remonter cet usage aux temps fabuleux. Mais le poëte ne nou^s apprend rien malheureusement sur la nature de cette essence d'ambroisie, sans doute réservée aux dieux seuls, et qui possédait de si merveilleuses propriétés. Beaucoup plus modestes dans leurs effets, nos parfums sont généralement composés d'huiles et d'essences aromatiques obtenues par voie de distillation. Parmi les recettes innombrables qui eu ont été données, je citerai surtout l'huile antique, dont voici la formule :
Pr. Huile de beti 500 grammes.
Teinture d'ambre 5 décigrammee.
Essence de bergamotte ou de Portugal. 2 gr. 4 déc.
l'huile de Célèbes :
Pr. Huile d'olive 1000 grammes.
Canelle ^ —
Santal citrin 43 —
Essence de Portugal 4 —
790 CHEVEUX (hygiène).
L'huile de Macassar, vantée en outre pour ses vertus conservatrices de la chevelure :
Pr. Huile de soleil 80 grammes.
Graisse d'oie oO
Styrax 8
Beurre de cacao 8 —
; Huile d'œuf's 8
( Néroli 4
Huile volaille de thym 8 —
Huile volatile de rose 1,03 —
Baume de Pérou 0,5 —
Mêlez. Laissez digérer ensemble et filtrez. Ces trois formules sont extraites de l'officine de Dorvault. On doit enfin rapprocher des préparations précédentes les cosmétiques désignés sous le nom de fixateurs, et qui servent, ainsi que cette dénomination l'indique, à fixer, à maintenir les cheveux. Ces cosmétiques ont pour base, soit une solution de gomme adragante, soit un mucilage de psyllium ou de semences de coings, avec addition dans tous les cas d'une certaine proportion d'eaude-vie.
Quoi qu'il en soit, e t pour résumer notre opinion au sujet de cette première catégorie de cosmétiques, nous pensons qu'ils ne doivent être employés qu'avec une réserve extrême ; qu'ils nuisent presque toujours à quelque degré ; qu'en un mot, et dans les conditions supposées, c'est-à-dire en dehors de tout état morbide, le meilleur parti est peut-être de s'en tenir aux: simples prescriptions d'hygiène qui ont fait l'objet de notre premier paragraphe.
Je passe à l'examen des cosmétiques destinés dans l'esprit de ceux qui les emploient, non plus à conserver la chevelure, à l'embellir, à la parfumer {ars ornatrix), mais but plus difficile à atteindre, à la réparer, à en corriger les défauts, à en dissimuler les imperfections réelles ou supposées.
On s'est de tout temps préoccupé de trouver les moyens do réparer les pertes éprouvées par la chevelure, et la simple éimmération des topiques préconisés tour à tour dans ce but nous entraînerait bien au delà des limites de cet article. Nous y verrions figurer, à côte de la graisse d'ours recommandée par Cléopâtre, les graisses de canard, de taupe, d'oie, de vipère; à côté de l'huile de laurier, de noix, d'aspic, de genièvre, l'huile de lézard ; à côté des cendres de sarment, d'avehnes, de châtaignes, celles de guêpes, de grenouilles, de lézards verts, de cantharides, etc.
Tout cela est maintenant du domaine de l'histoire. Mais à ces recettes en ont succédé d'autres qui, pour être moins bizarres dans la forme; ne valent guère mieux quant au fond. Ce sont presque toujours des graisses, des huiles d'amandes, d'olive, de noisette, parfumées par l'addition d'essences, de teintures, d'esprit de rose, de bergamote, de jasmin, etc., toutes préparations prônées comme infaillibles par le charlatanisme sous des noms plus ou moins retentissants. Ce n'est point ici le lieu d'entrer dans des détails sur ces prétendus remèdes offerts à la crédulité humaine par l'esprit de spéculation, remèdes dont les promesses n'aboutissent ordinairement qu'aux plus tristes déceptions. Est-ce à dire pourtant que le médecin ne puisse rien tenter parfois pour réparer les ravages éprouvés par la chevelure, et, si tout espoir lui semble interdit en ce sens, pour en arrêter du moins les progrès? Nous pensons qu'il est permis, qu'il est même rationnel de l'essayer dans un certain nombre de cas, lorsque par exemple, la calvitie est à son début, et qu'elle se montre prématurément sur un sujet
CHEVEUX (hygiène). 791
encore dans la force de l'âge. C'est dans ces limites que l'on conseillera l'emploi de quelques compositions qui sans doute ne répondront que bien rarement au but qu'on se propose, mais dont on peut dire qu'elles ne présentent aucun inconvénient notable. Telles sont les pommades suivantes, dont les iorraules smt encore extraites de l'officine de Dorvault.
Pr. Suc de citron A grammes.
Extrait de quinquina 8 —
Teinture de cantliarides 4 —
Huile volatile de cédrat 1,5 —
Huile de bergamote 0,5 —
Moelle de liœuf 60
En onctions sur la tête, préalablement lavée à l'eau de savon.
Ou la teinture de Cauderer, dans laquelle on fait entrer : feuilles de laurier, 60 grammes, girofle 8 grammes, esprit de lavande et esprit d'origan, de cliatpie 125 grammes, le tout traité par digestion, puis filtré, et additionné de : étlier sulfurique 15 grammes.
Ou enfin, et surtout la pommade du docteur Boucheron :
Pr. Savon médicinal.
Cendres de cuir .
Sol gemme . . .
Tartre rouge . .
Poudre à poudrer Sulfate de fer . .
Sel ammoniac . .
Coloquinte. . . .
Cachou
âà 30 grammes.
Faites une poudre fine, et formez une pommade avec :
Axonge Q. S.
On enduit un bonnet de taffetas de cette composition, et on le place sur la tête.
Le tannin, le sulfate de fer, la quinine, la teinture d'arnica, etc., ont été aussi préconisés ; mais chacun de ces agents répond à des indications spéciales qui ont été déjà mentionnées ou qui le seront plus tard dans ce Dictionnaire {voij. AlopÉciE, Canitie, Cuir chevelu. Pelade, etc.).
Mais si le problème de la reproduction des cheveux est encore à résoudre, les
moyens n'ont jamais manqué pour en changer la couleur. Cet art a eu sa légende
symbolique dans Médée la magicienne, qui avait le don de rajeunir. Selon le goût
et les idées dominantes, on s'est donné tour à tour des cheveux blonds, noirs,
jaunes, dorés, fauves, etc., sans parler des nuances intermédiaires. L'art de
teindre les cheveux nous serait venu des Persans, qui attachent-un très-grand prix
à une chevelure et à une barbe noires. Il florissait à Piome au temps de TibuUe
et d'Ovide; on avait recours à l'écorce verte de la noix, qui sert, dit TibuUe, à
dissimuler bien des années :
Coma tum mutatur ut annos Dissimulet viridi cortice tiiicta nucis.
On employait aussi les herbes de la Germanie; mais ces agents exerçaient sur les cheveux une action pernicieuse ; c'est Ovide qui nous l'apprend dans le distique suivant :
Dicebam: désiste tuos medicare capillos; Tingerc quam possis jam tibi nulla coma est.
Toute femme faisant trafic de ses charmes ne pouvait avoir des cheveux noirs;