CHEVEUX (hygiène
ils (levaient être janiies ou bleus. La plupart des courtisanes étaient donc obligées de se teindre la clievelure; et, par une conséquence forcée, les femmes qui^faisaient profession d'honnêteté se trouvaient dans l'obligation de porter des cheveux noirs. On conçoit tout ce qu'une semblable situation devait engendrer d'abus. Mais je reviens au côté hygiénique de mon sujet, le seul qui doive nous intéres-
ser ici.
Le noir est aujourd'hui à peu près la seule coloration que l'on demande à l'art de teindre les cheveux. Pour atteindre ce but, il y a deux ordres de moyens : les uns à peu près inotlensifs, les autres d'un emploi dangereux.
Parmi les cosmétiques de teinture que l'on peut considérer comme relativement inoffensifs, je citerai principalement d'abord l'huile de cade et la noix de galle, employées par les anciens, puis les infusions de fèves, de cônes de cyprè^ do grappes de lierre, d'écorce de saule, de noyer, de grenade, de sumac ou rhus corioria, le noir d'ivoire, le charbon de liège, les leuilles de viorne ou bourdaine blanche macérées dans l'huile, etc. Malheureusement ces moyens ne communiquent aux cheveux qu'une couleur infidèle, sans stabilité, qui déteint sur les mains, le linge, la coiffure, quelquefois même sur le visage, par le fait de la transpiration. Aussi leur préfère-t-on généralement les cosmétiques dont il me reste à parler.
Les agents de teinture que j'appelle dangereux ont généralement pour base, soit des sels de plomb (céruse, sulfate de plomb, acétate et sous-acétate de plomb) mélangés à de la chaux éteinte, soit l'azotate d'argent en dissolution plus ou moins concentrée, plus rarement des sels de fer. A ces derniers se rattache la lotion Laforest, dont voici la formule extraite de l'officine Dorvault :
Vin rouge- 3500
Sel commun ^q
Sulfate de fer 7.O
Faites cuire quelques minutes, et ajoutez :
Oxyde de cuivre 4.O
Laissez encore deux minutes au feu, et ajoutez :
Poudre de noix de galle 7.O
Pour noircir les cheveux, on les frotte de cette liqueur; on les dessèche avec un linge chaud au bout de quelques minutes, et on les bive avec de l'eau ordinaire.
Les préparations à base de plomb teignent les cheveux en brun foncé ; encore cette nuance n'est-elle obtenue immédiatement qu'à la condition d'imprégner ensuite la chevelure-d'une solution de sulfure de potasse, de sonde ou d'ammoniaque. Voici quelques-unes de ces préparations, consignées dans le livre de M. Cazenave :
Pv. Chaux vive éteinte à l'air jusqu'à ce
qu'elle tombe en poudre 2 parties.
Carbonate de plomb ^ '
Ou bien :
Pr. Acétate de plomb 2 parties.
Chaux carbonatée 5
Chaux vive éteinte 4
Ou encore :
P'"- Litharge 60 grammes.
Chaux éteinte jy
Amidon 50 __
Soluté de potasse g
CHEVEUX (iiyoiène). "'^'^
Faites une poudre homogène et conservez dans un flacon. On forme avec de l'eau et une de ces poudres une pâte claire; on l'étend sur les cheveux à l'aide d'un pinceau. Lorsqu'ils en sont tous bien chargés, on couvre la tête avec un bonnet de taffetas. Au bout de quatre ou six heures, on lave les ch^veux^pour les débarrasser de la composition (Cazenave, Maladies du cuir chevelu, p. 390).
Les préparations d'argent donnent à la chevelure une teinte noire beaucoup plus franche. On les emploie sous toutes les formes :
En pommade :
Vv. Nitrate d'argefit 8 grammes.
Crème de tartre 8 —
Ammoniaque faible IS —
Axonge '^^ ~~
Mêlez.
En pâte :
Pr. Azotate d'argent \ Sa. i'J grammes.
Protonitrate de meicuro ) .
Eau distillée "12^ —
Faites dissoudre, fdtrez, lavez. On fait une pâte claire avec ce soluté et quantité suffisante d'amidon, et on enduit les cheveux avec précaution, le soir. Sous forme liquide :
Pr. riitrate' d'argent • . ■i grammes,
Eau distillée ôO grammes
Suc vert T- s-
. On apphque à l'aide d'un peigne fin trempé dans le liquide et en évitant de ton-
cher la peau.
L'eau égyptienne, l'eau élhiopique étaient des préparations à base d'azotate
d'argent.
5» Règles hygiéniques relatives aux vêtements de la tête. Le mot coiffure s'emploie à peu près indifféreiument, foit pour exprimer la disposition particulière que l'on donne aux cheveux, soit pour désigner la partie des vcleraenls qui recouvre la tête.
Je viens d'étudier la coiffure selon la première acception du mot. Il me reste à l'envisager à son autre point de vue, c'est-à-dire comme vêtement de la
tête.
Les considérations dans lesquelles je suis entré sur les soins divers qu'il convient de donner à la chevelure nous font pressentir quelles peuvent être les conditions essentielles que doit remplir une bonne coiffure. Nous connaissons toute l'importance qu'il faut attacher aux soins de propreté de la tête ; nous savons qtie le cheveu ne doit être ni tiraillé, ni comprimé; qu'il a besoin d'air, de mouvement; que l'action répétée ou continue de la clialeur et de l'humidité exercent sur lui une influence fâcheuse; et qu'enfin toutes les causes' susceptibles de provoquer l'irritation du cuir chevelu, d'en exagérer les fonctions sécrétoires, retentissent presque fatalement sur le bulbe pileux, et par suite sur le cheveu lui-même. Nous sommes donc en possession d'un critérium assuré, et toute espèce de coiffure qui ne satisfera pas aux conditions précitées pourra être tenue par cela même défectueuse et mauvaise.
Ceci posé, je passe à l'application.
Je n'entre pas ici dans l'histoire des coiffures dans les divers temps et les divers pays; ce sera l'objet d'un article spécial. J'arrive sans autre transition aux coiffures généralement adoptées de nos jours {voij. Coiffures).